Chronique familiale



 Les d'Albon au service de l'Eglise du XIIIe au XVe siècle

Sommaire

 1 - La famille d’Albon et le chapitre de Saint-Jean de Lyon

C’est seulement en 1365 que, pour la première fois, un membre de la famille d’Albon entre dans le noble chapitre. Il s’agit de Gillet d’Albon († 1427), fils d’Henri d’Albon, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Blanche Richard de Saint-Priest. Ainsi, il faut attendre la seconde moitié du XIVe siècle pour voir un fils d’Albon devenir chanoine de Lyon. Pourquoi une si longue attente pour une famille d’origine soi-disant si illustre ? Après lui, d’autres personnages lui emboîtent le pas : certains sont de simples chanoines, d’autres deviennent de hauts dignitaires du chapitre.

 1.1 - La recherche des offices laïcs

Il n’est pas vain de dire que les premiers contacts des d’Albon avec l’Église de Lyon sont loin d’être très amicaux. En effet, le fondateur de la dynastie, André d’Albon, participe à la révolte des bourgeois lyonnais contre le chapitre cathédral en 1269. Il est parmi ceux qui ont juré la trêve du 27 juin 1269 avec également Pons d’Albon, son frère ou son fils selon les auteurs . Il est aussi accusé d’avoir été parmi ceux qui ont enlevé les chaînes du pont du Rhône en 1273 . De plus, un fils d’André d’Albon, dont le prénom n’est pas précisé, participe au saccage de Sivrieux (sic) en Dombes en 1269 .

Cependant, et malgré ces premiers heurts, André puis ses successeurs cherchent à se réconcilier avec l’Église de Lyon. Ainsi, en 1275, Aymar de Roussillon, archevêque de Lyon (1274-1282), charge André d’Albon de percevoir ses droits de lods et ventes, c’est-à-dire les taxes qu’il perçoit lors de mutation de biens entre deux personnes. Ceci n’est pas sans déplaire aux chanoines qui s’irritent de voir un ex-insurgé au service de leur archevêque .

En outre, il semble qu’il ait acquis la seigneurie de Curis , dans les Monts d’Or, fief qui relève de l’Église, prouvant ainsi sa réconciliation avec celle-ci selon A. Steyert . La date exacte de cette acquisition n’est pas connue. C. Le Laboureur parle de 1250, G.-A. Pérouse dans son histoire de Curis propose les environs de 1270. Ce qui semble être le plus probable, c’est qu’elle ait eu lieu après l’insurrection de 1269-1271, malheureusement les cartulaires sont muets sur ce point. Il paraît toutefois surprenant de voir un bourgeois lyonnais, qui plus est insurgé, obtenir du chapitre une telle concession. Curis est certes une « minuscule seigneurie » selon G. de Valous, il n’en reste pas moins qu’elle permet de contrôler les carrières des Monts d’Or qui fournissent la ville de Lyon en pierres de taille, et de surveiller également la Saône.

De plus, il aurait fait orner de peintures le piédestal de la grande croix situé sur l’autel de la Croix dans la cathédrale Saint-Jean. Il aurait également fait construire les deux chapelles situées sous le jubé et léguer 10 livres viennoises pour la construction de l’église-cathédrale ainsi que 20 sols pour celle de l’église Sainte-Croix. Ses exécuteurs testamentaires, autrement dit ses fils, auraient offert à la chapelle Saint-Pierre dans la cathédrale, un calice d’argent du poids d’un marc et demi . Il semble donc qu’André d’Albon ait été très attaché à la cathédrale ce qui peut paraître singulier pour un bourgeois lyonnais, ancien insurgé et habitant le quartier de l’église Saint-Paul . Il est alors fort probable qu’après les années 1270, André d’Albon ait voulu se racheter vis-à-vis du chapitre cathédral de Lyon.

Le fils d’André d’Albon, Gui, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, continue d’entretenir d’étroites relations avec l’archevêque de Lyon. En effet, il est courrier de Lyon . Or, c’est le principal officier de la cour séculière de justice. Jusqu’en 1320, cette cour relève à la fois de l’autorité du chapitre cathédral et de celle de l’archevêque. Ce dernier en nomme les officiers, dont le courrier, mais il doit obtenir l’accord du chapitre. Les fonctions de ce courrier sont assez vastes : juge d’instruction de la ville, juge suprême de la cour. Il a aussi des compétences dans les domaines du ravitaillement et de l’hygiène publics. Il est également « bailli de toute la terre des châteaux du siège archiépiscopal », contrôlant « ainsi toutes les juridictions temporelles relevant de l’archevêque ». Il doit donc être à la fois homme d’arme et un expert en droit . Par conséquent, il a suivi des études de droit. On peut supposer que Gui d’Albon ait été au moins initié en droit dans la maison paternelle, située dans le vieux bourg, rue Raysin. En effet, l’archidiacre de Beaune, Geoffroy Mailliat, y a ouvert vers 1285 un cours de décrétales, mais sans avoir obtenu l’autorisation des chanoines. Ces derniers essayent de l’empêcher d’enseigner. Or il semble qu’il ait été protégé, par la suite, par les bourgeois lyonnais et également par l’archevêque Raoul de Thourotte (1284-1288). Gui d’Albon exerce cette fonction de courrier de lyon en 1298 où on le voit « remettre, sur ordre de l’archevêque, le prieur de la Platière en possession de la place qui est devant son église » .

Henri d’Albon, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, fils de Gui et petit-fils d’André, participe semble-t-il à de nombreuses reprises aux affaires de l’Église et, « en témoignage des bons offices qu’ils en [ont] reçus, les chanoines [ont] décidé, le 3 novembre 1363 de demander au Souverain Pontife un canonicat pour un de ses fils » : Gillet d’Albon. Malheureusement, Beyssac ne cite ni d’exemples ni les sources dont il tire cette affirmation sur ces bonnes relations et sur les actions du seigneur de Saint-Forgeux. On sait seulement qu’il prête hommage au chapitre en juillet 1335 .

Cependant, à la même époque, le cousin du chanoine Gillet d’Albon, Humbert d’Albon, seigneur de Pollionnay († avant 1408), lui aussi arrière-petit-fils d’André d’Albon, est au service du chapitre cathédral. Effectivement, les chanoines le nomment châtelain de plusieurs de leurs châteaux : Tassin en 1363 pour 15 mois, Couzon et Albigny en 1365 selon A. Steyert, en 1366 et 1367 pour J. Beyssac, Anse en 1367 et 1368. En 1374, il devient bailli de toutes les terres de l’Église de Lyon, puis en juin 1375, courrier d’Anse.

Vingt ans plus tard, le frère de Gillet d’Albon, Guillaume, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux († après 1404), est lui aussi au service des chanoines de Lyon. Le chapitre lui confie la garde du château de Condrieu en 1392 et le nomme également, comme son cousin Humbert de Pollionnay, bailli de toutes les terres et baronnies de l’Église de Lyon. Son fils Jean de l’Espinasse, seigneur de Saint-André, en 1420, reçoit également la charge de bailli et gouverneur des terres de l’Église de Lyon, qu’il conserve jusqu’à sa mort en 1442 .

Le chapitre semble désormais accordé sans ambages sa confiance aux d’Albon. En leur remettant la garde des châteaux d’Anse et de Condrieu, les chanoines leur confient l’ensemble de leurs possessions. En effet, ces forteresses sont les deux pièces maîtresses du système défensif du chapitre : Anse contrôlant le nord, Condrieu le sud . Le châtelain est donc celui qui a la garde d’un château, mais il a également des fonctions de police, d’entretien de la voirie, et surtout il dispose de l’exercice de la basse justice. Il doit prêter le serment de servir avec loyauté l’Église de Lyon, serment qu’il renouvelle tous les ans. Il doit aussi « rendre compte de son mandat et recevoir éventuellement des instructions ».

Le bailli de toutes les terres de l’Église de Lyon est semble-t-il le juge et l’intendant des possessions de l’Église et notamment de celles du chapitre puisque c’est lui qui désigne le détenteur de cet office. Ce terme est rarement employé dans les textes, il est donc difficile de définir exactement ces fonctions. Cependant, on peut supposer qu’il a été créé pour faire concurrence au bailli royal qui prend de plus en plus d’ampleur dans le gouvernement de la région aux XIVe et XVe siècles.

 1.2 - Une pléiade de fonctions au sein du chapitre

De la seconde moitié du XIVe siècle au début du XVIe siècle, sur cinq générations, on ne compte pas moins de douze chanoines au sein de la famille d’Albon . Quatre d’entre eux obtiennent des personnats au XVe siècle et au début du XVIe siècle. Ce sont eux dont au connaît le mieux la carrière et sur lesquels on a le plus d’informations. Il s’agit de Gillet d’Albon († 1427), prévôt de Fourvière, d’Henri d’Albon (1375-1453), prévôt de Fourvière puis chantre, de Renaud d’Albon († 1444), chamarier, de Guichard d’Albon († 1483), chantre. Pour terminer, il y a Antoine d’Albon (1486-1525), prévôt de Fourvière puis abbé de l’Ile-Barbe et finalement doyen du chapitre cathédral.

Avant d’en arriver là, ce que l’on remarque, c’est l’abondance des offices mais aussi des bénéfices qui ont été conférés aux chanoines de la famille. En effet, on ne compte pas moins de douze paroisses desservies par l’un d’eux : Anse, Villebois, Saint-Romain-en-Roannais, Neulise, Condrieu, Saint-Jean-de-Bonnefonds, Feurs, Saint-Germain-d’Orviaci, Saint-Pierre-les-Nonnains à Lyon, Cogny, Clamart, Sury-le-Comtal . Toutes ou presque appartiennent au diocèse de Lyon, exceptée Clamart qui est dans le diocèse de Paris. C’est Louis d’Albon († 1505) qui en est le curé vers 1500 . Il est le fils de Gilles d’Albon, seigneur de St-André, et de Jeanne de La Palisse. Certaines cures sont sous un patronage autre que celui du chapitre de Saint-Jean ou de l’archevêque. C’est le cas de Villebois sous le patronage de l’abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains tout comme la paroisse du même nom, de Feurs dont le curé est désigné par le prieur de Randan, membre de l’abbaye de Savigny, et de Sury-le-Comtal où il y a un prieuré du même nom dépendant de l’abbaye de l’Ile-Barbe.

Outre les cures, et seulement à partir de la fin du XVe siècle, certains chanoines de la famille sont placés à la tête de prieurés et d’abbayes. Effectivement, sous le règne de Louis XI (1461-1483), les évêques obtiennent la commende des abbayes et des prieurés , c’est-à-dire la possibilité de nommer à leur tête un séculier voire un laïc. Ainsi, les chanoines de Saint-Jean peuvent être placés à la tête d’établissements monastiques sans pour cela aller à l’encontre des statuts capitulaires. Il serait fastidieux d’énumérer l’ensemble des prieurés détenus par ces chanoines. Les plus significatifs sont ceux de Montrottier, de Randan, de Noailly, de Mornant qui appartiennent à l’abbaye de Savigny, et ceux de Saint-Romain-en-Jarez et de Saint-Rambert en Forez qui sont à l’Ile-Barbe.

Ceci nous laisse déjà entrevoir les rapports étroits que peuvent entretenir les d’Albon avec les trois abbayes de Savigny, de l’Ile-Barbe et de Saint-Pierre et que nous étudierons par la suite.

Il semble donc que les chanoines d’Albon tiennent une place assez importante au sein du diocèse. Cependant, comme tout être humain, ils n’ont pas le don d’ubiquité. Or, certains d’entre eux cumulent jusqu’à cinq cures simultanément comme le prévôt de Fourvière Henri d’Albon dont les bénéfices sont d’ailleurs loin d’être limitrophes. En effet, il est curé de Neulise dans le Roannais, de Villebois dans le Bugey, de Condrieu au sud de Lyon, d’Anse au nord de Lyon, de Saint-Jean-de-Bonnefonds dans la vallée du Gier . La palme revient sans conteste à Louis d’Albon qui dessert quatre paroisses dont celle de Clamart au diocèse de Paris, et il est également à la tête de six prieurés . On peut alors mettre en doute la qualité de leurs différentes prestations, d’autant plus, et il ne faut pas l’oublier, qu’ils sont chanoines de Saint-Jean ce qui implique de lourdes obligations : résidence dans le cloître, assistances aux offices et aux assemblées capitulaires, administration de leurs obéances… Le cumul des fonctions est déjà un problème au Moyen-âge !

Les premiers membres de la famille d’Albon entrés dans le chapitre cathédral sont ceux dont on connaît bien, grâce à J. Beyssac, les différents offices qu’ils ont occupés au sein du chapitre. Ce que l’on remarque de prime abord c’est l’intérêt qu’ils portent pour la justice et pour l’administration financière du chapitre.

Ainsi, Gillet d’Albon, puis son neveu Henri sont nommés à plusieurs reprises juge du glaive spirituel et cour du cloître : le premier en 1377, de 1391 à 1393, 1398 et 1399 ; le second de 1410 à 1435 . Deux chanoines sont nommés à cet office tous les ans. Ils sont là pour exercer la juridiction séculière et spirituelle du chapitre.

Gillet et ses neveux Henri et Renaud ont été également à plusieurs reprises auditeurs de la cour de comptes : Gillet en 1410 et avant, 1412, de 1416 à 1419, de 1421 à 1423 ; Henri de 1408 à 1410, en 1413, 1415, 1419, 1420, 1422, 1435, 1437, 1438 et 1442 . Cet office consiste à recevoir et arrêter les comptes de tous ceux faisant partis du chapitre qui perçoivent ou dépensent une quelconque somme d’argent.

Gillet a été aussi nommé receveur des comptes de l’Église en 1397, 1398, 1400 et de 1404 à 1409, receveur des revenus du comté en 1397 et de 1398 à 1400, maître de l’œuvre de la grande église de 1401 à 1403, receveur des hôtelleries en 1405, receveur des fruits nouveaux du cens du comté en 1408 , livreur de 1416 à 1419 . Henri lui a été notamment payeur de 1415 à 1420 tout comme son frère Renaud, percepteur des lods et reconnaissances du comté en 1420 , gestionnaire de la grande aumône en 1422 .

En somme, ils ont été chargés de gérer les revenus du chapitre cathédral. Leurs collègues ont semble-t-il confiance en eux. Désignés à ces postes à plusieurs reprises et souvent sur plusieurs années, on peut alors penser qu’ils ont su gérer correctement et avec intégrité les deniers capitulaires.

Cette confiance leur permet d’être plusieurs fois les représentants du chapitre auprès du roi, de parlements, du pape, d’un concile. Gillet est délégué à la cour du roi le 12 juillet 1382 , au parlement de Paris en 1393 et en 1395, et au parlement de Poitiers en 1422 . Henri est notamment député au concile de Constance le 8 janvier 1416 et de nouveau le 29 janvier 1417, député au conseil royal à Bourges le 15 janvier 1423 . Renaud lui aussi est envoyé en délégation au concile de Constance le 29 janvier 1417, au parlement de Poitiers le 12 avril 1421, auprès du Dauphin Charles (1403-1461), le 5 septembre 1422, puis le 22 mars et le 15 mai 1423 auprès de ce dernier devenu le roi Charles VII ; enfin, le 8 novembre 1426 il est député à la cour de Rome .

De plus, deux d’entre eux, Gillet puis son neveu Henri, ont gagné la confiance de l’archevêque en devenant son vicaire général le premier au moins en 1409 , le second de 1411 à 1429 . Henri semble avoir été très apprécié puisqu’il a conservé son poste bien qu’il y ait eu un changement d’archevêque en 1415. A la mort de Philippe de Thurey (1389-1415), Amédée de Talaru (1415-1444) est élu au siège archiépiscopal. Or, habituellement, quand il y a mort ou résignation d’un archevêque, le vicaire change. En effet, il est avec l’official, l’un des plus importants auxiliaires de l’archevêque, c’est pourquoi celui-ci choisit bien évidemment un homme de confiance qui va expédier les affaires courantes durant son éloignement. Le vicaire a de nombreuses et lourdes attributions : il est lieutenant général, il dirige la police, reçoit les plaintes en justice, enregistre les actes de la chancellerie archiépiscopale, règle toutes les affaires de l’administration ecclésiastique, y compris les sentences d’excommunication .

Progressivement, les d’Albon montent les échelons de la hiérarchie capitulaire. Ainsi, dès 1406, Gillet d’Albon est désigné sacristain mais il refuse ce personnat . Il devient ensuite maître du chœur de 1410 à 1418, puis prévôt de Fourvière de 1418 à 1419 . En 1419, il est nommé à la chantrerie sous réserve de récupérer son ancienne dignité au cas où la nouvelle lui serait retirée, et c’est ce qui arrive en 1424 où Gillet redevient prévôt de Fourvière et ce jusqu’à son décès en 1427 . Pendant que Gillet est chantre, son neveu, Henri obtient la prévôté de Fourvière, puis de 1429 à 1448 il détient la chantrerie . Son frère Renaud, lui n’obtient que la dignité de chamarier de 1433 à 1444 . En 1448, Henri résigne son personnat de chantre au profit de son neveu Guichard qui le conserve jusqu’à son décès en 1483 . C’est le petit-neveu de Guichard, Antoine qui, après avoir été lui aussi prévôt de Fourvière (1514-1523), atteint le sommet de la hiérarchie en devenant le doyen du chapitre de 1523 à 1525 . Il faut attendre la fin du XVIe siècle et un autre Antoine d’Albon (1508-1573), neveu du précédent, pour que la famille connaisse la consécration au sein de l’Église de Lyon : en 1563, ce dernier devient archevêque de Lyon et ce pour dix ans.

Tableau : Les dignitaires du chapitre cathédral au sein de la famille d’Albon.

Malgré des débuts relationnels assez tendus, les d’Albon finissent par participer activement et à bien s’intégrer à la vie du chapitre cathédral de Lyon. Parfois, simples officiers capitulaires, parfois hauts dignitaires, au fil des siècles, les d’Albon sont devenus incontournables au sein de la noble assemblée. Cependant, ils s’illustrent également dans un autre établissement ecclésiastique dont l’importance n’est pas des moindre en Lyonnais : l’abbaye de Savigny.

 2 - La place des d’Albon au sein de l’abbaye de Savigny

Du XIIIe au début du XVIe siècle, on recense, parmi les hommes de la famille d’Albon, une douzaine de membres de l’abbaye de Savigny. Trois d’entre eux en deviennent les abbés, mais la grande majorité sont des prieurs et quelques-uns obtiennent un office claustral.

 2.1 - Des moines de Savigny : officiers claustraux et prieurs

Le premier moine de Savigny de la famille d’Albon est un certain Gilles d’Albon, fils de Pons – celui qui a participé avec André d’Albon à la révolte de 1269 – et de Sauvage de l’Ouvroir . Il est cité dans le testament de sa mère qui date de 1306 et dont Le Laboureur nous donne quelques extraits . Ainsi, la famille, dès l’extrême fin du XIIIe siècle et le début du XIVe siècle, est en rapport avec l’abbaye. Ces rapports deviennent plus importants et plus proches à partir de la fin du XIIIe siècle, c’est-à-dire le moment où les d’Albon s’allient avec la famille d’Oingt, vassale de l’abbaye, dont ils héritent des seigneuries de Saint-Forgeux et de Saint-Romain-de-Popey qui sont dans l’aire d’influence de Savigny. Ainsi, Guy d’Albon, un des fils du second seigneur de Saint-Forgeux aussi seigneur de Curis, Henri d’Albon, devient moine de Savigny sans doute au milieu du XIVe siècle. Il en est de même de son cousin Etienne d’Albon, fils d’Etienne d’Albon, seigneur de Bagnols et coseigneur de Châtillon-d’Azergues, et de Jacqueline de Saint-Germain, qui, lui, est clerc dès 1340 , puis moine de Savigny. Dès lors, au moins dans la branche des seigneurs de Curis et de Saint-Forgeux – y compris le rameau de Saint-André –, il y a, au minimum, un membre de l’abbaye à chaque génération.

Quelques-uns uns d’entre eux exercent des charges claustrales. Il y en a essentiellement deux : la chamarie et l’hôtellerie. Etienne d’Albon, puis François d’Albon (1451-1521), le futur abbé de Savigny, et Antoine d’Albon (1452-1515), depuis abbé de l’Ile-Barbe, ont été chamariers de Savigny, le premier en 1369 et le dernier en 1504 . Troisième personnage de l’abbaye après l’abbé et le grand-prieur, le chamarier ou camérier est chargé des vêtements et de la literie des frères, il perçoit directement les revenus des différentes dépendances, ainsi que les dons fait à l’abbaye qu’il répartit entre les différents officiers et prieurs . Là encore, on s’aperçoit que cette noble famille est composée de bons administrateurs ou du moins il semble qu’on leur fasse aisément confiance pour gérer argent et biens, comme on a pu déjà le voir avec les chanoines de Lyon.

Ensuite, Guillaume d’Albon, fils de Thibaud d’Albon, seigneur de Bagnols et de Châtillon-d’Azergues, et de Catherine de Varey, est hôtelier en 1456 et sans doute déjà antérieurement. Puis Robinet d’Albon (1456-1502), fils de Gilles, seigneur de Saint-André, et de Jeanne de la Palisse, l’est également, mais lui, dans la seconde moitié du XVe siècle. Cet office consiste à héberger les visiteurs d’importance, aussi bien laïques qu’ecclésiastiques, qui se rendent à l’abbaye. L’hôtelier réside hors du monastère, dans ce que l’on appelle le Palais, ceci afin de traiter plus aisément ses hôtes sans pour autant gêner la vie des moines. Cependant, plus tard, les nombreuses guerres l’oblige à s’installer dans le couvent.

En fait, la plupart des moines de la famille d’Albon sont à la tête de prieurés. Cinq d’entre eux sont prieurs de Mornant : Etienne d’Albon en 1369 ; Jean d’Albon, depuis abbé, pourvu par provisions apostoliques le 15 décembre 1448 ; Robinet d’Albon dont les provisions sont du 2 août 1477 ; Antoine d’Albon, abbé de l’Ile-Barbe, qui résigne ce prieuré le 5 novembre 1514 en faveur de son cousin germain, François d’Albon, abbé de Savigny . Ce prieuré régulier est un riche bénéfice. Il est sous la garde des seigneurs de Riverie , de la famille des Roussillon, ce qui peut expliquer la présence des d’Albon à sa tête .

Il y a également deux prieurs de Tarare, lui aussi riche bénéfice. Tout d’abord, Jean d’Albon, dit le jeune (1448-av.1487), fils de Gilles, seigneur de Saint-André, et de Jeanne de la Palisse, devient prieur le 10 janvier 1470 . Ensuite, François d’Albon, futur abbé de Savigny, est prieur dès avant son accession à l’abbatiat en 1492 . D’après H. Forest, son successeur à l’abbatiat, que l’on verra plus avant dans cette étude, semble hérité également du prieuré .

De plus, Guillaume d’Albon, depuis abbé de Savigny, a été prieur de Montrottier de 1414 à 1428 . Ce prieur est souvent appelé castellanus, car il réside dans le château, point stratégique du système de défense de l’abbaye. Ses revenus sont assez considérables car il a sous sa dépendance un très grand nombre de paroisses sur lesquelles il prélève la dîme.

Enfin, au sein de la famille, il y a, entre autre, un prieur d’Arnas en la personne de Jean d’Albon, futur abbé, qui reçoit ses provisions apostoliques le 15 décembre 1448 . Il y a également un prieur de Noailly avec Jean dit le jeune nommé le 20 janvier 1480 . De plus, Antoine , frère de l’abbé François est prieur de Saint-Clément-de-Valorgue , au diocèse de Clermont. Enfin, quant à Robinet d’Albon, il est prieur de Randan .

 2.2 - La succession à l’abbatiat

Pendant près de deux siècles, se sont succédés sur le siège abbatial de Savigny des fils de la famille d’Albon. En effet, du XVe au XVIIe siècles, la transmission du titre d’abbé se fait d’oncle à neveu sans interruption, du moins au XVe siècle. Ainsi, de 1415 à 1521, se succèdent à l’abbatiat trois personnages de la famille : Guillaume d’Albon (1379-1456), son neveu Jean d’Albon († 1492), et enfin, François d’Albon (1451-1521), neveu du précédent .

Guillaume d’Albon, fils de Guillaume, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et d’Alix de l’Espinasse, est le premier abbé de Savigny de la famille d’Albon. Il est élu le 22 août 1415 par les moines. Il reçoit, ensuite, la confirmation de l’archevêque de Lyon le 26 août suivant, après avoir subit un examen très approfondi effectué par le chapitre cathédral dont font partie son oncle et son frère, Gillet et Henri d’Albon . C’est cet abbé qui fait réparer une partie du château de Sain-Bel qui devient dès lors la résidence abbatiale . Le chroniqueur et moine de Savigny, Benoît Mailliard, parle de Guillaume comme d’un « homme de grande science et de grande vertu, profond canoniste et administrateur prudent » . Voilà sans doute pourquoi il est choisi comme administrateur intérimaire du diocèse de Lyon en 1447, pendant la minorité de l’archevêque Charles de Bourbon . A la fin de sa vie, Guillaume reste longtemps paralysé jusqu’à son décès survenu le 12 janvier 1456 (n. st.) dans son château de Sain-Bel .

Jean d’Albon, son neveu, fils de Jean, seigneur de Saint-André, et de Guillemette de Laire, lui succède. L’élection a lieu le 29 janvier 1456 (n. st.), mais elle s’avère plus difficile que prévue . Pressenti pour succéder à son oncle qu’il a suppléé dans l’administration de l’abbaye durant les dernières années de sa vie, Jean d’Albon se heurte pourtant à un concurrent de taille : Antoine de Balsac, moine de Cluny, prieur d’Ambierle, futur évêque de Valence et de Die . Il est le frère de Rauffet de Balsac, époux de Jeanne d’Albon, elle-même fille du dernier seigneur de Châtillon-d’Azergues et de Bagnols de la famille, et par conséquent, cousine éloignée de Jean. Rauffet, personnage marquant de ce siècle, use de toute son influence pour faire élire son frère. Cependant, les moines, à la majorité, choisissent Jean d’Albon. Pourtant, les partisans du prieur d’Ambierle s’y opposent et eux aussi proclament abbé Antoine de Balsac . Ce conflit dure pendant plusieurs années car l’archevêque de Lyon, refuse de les départager et renvoie l’affaire devant le pape qui se prononce en faveur d’Antoine de Balsac. Jean d’Albon fait appel et se fait rendre justice par un procès devant la cour du Parlement le 28 juin 1460. Il est mis en possession le 7 décembre 1461 après avoir subit les examens d’usage devant le chapitre qui lui est favorable depuis bien longtemps. Selon Benoît Mailliard, Jean d’Albon a été un homme pieux et juste qui, pendant la famine de 1480, a distribué de larges aumônes laissant ainsi une mémoire bénie . Il meurt le 31 août 1492 .

Son successeur est François d’Albon, son neveu, fils de Guillaume, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Marie de la Palisse. Il fait construire notamment le clocher de la grande église de l’abbaye . Son œuvre principale est sans doute d’avoir fait réformer les statuts de l’abbaye. Ces nouveaux statuts sont promulgués le 12 novembre 1493 . Il en a fait lui-même la traduction en français à la suite du texte latin de chaque statut. Ils sont en fait très largement inspirés de ceux du chapitre de Saint-Jean de Lyon, amenant ainsi l’abbaye à perdre peu à peu son caractère conventuel pour devenir un chapitre noble dont les dignitaires, essentiellement, s’assimilent aux membres des chapitres cathédraux. Il s’éteint à 69 ans, le 28 mars 1521. Dès le 26 mars, il avait résigné sa charge en faveur de son petit-neveu, Antoine d’Albon, le futur archevêque de Lyon.

Tableau : La succession à l’abbatiat de Savigny au sein de la famille d’Albon.

Comment peut-on expliquer cette succession ? Est-ce une volonté familiale qui fait partie d’un projet d’ascension tant sociale que politique ? Ou est-ce tout simplement dû au fait que nous sommes ici en présence de trois grands personnages de mérite ? Aucun auteur n’a jusqu’ici répondu plus ou moins directement à ses questions. Il faudrait pour cela faire une étude très appronfondie de ces trois abbatiats, de leur gestion, de leur influence dans le diocèse et dans la vie politique lyonnaise.

 3 - La présence des d’Albon dans d’autres abbayes et chapitres

Outre le chapitre cathédral de Lyon et l’abbaye de Savigny, on retrouve des membres de la famille d’Albon au sein de diverses communautés ecclésiatiques, implantées aussi bien dans la région que dans le reste du royaume de France.

 3.1 - L’abbaye des Dames de Saint-Pierre

L’abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains accueille toutes les filles de la famille qui n’ont pas été mariées et qui sont destinées à prendre le voile. Cette exclusivité s’explique par la richesse et par le prestige de ce monastère féminin.

 3.1.1 - Du simple puellare mérovingien au monastère réformé du XVIe siècle

Au milieu du VIe siècle, Sacerdos, évêque de Lyon, fonde un puellare, c’est-à-dire une communauté de pieuses laïques, sous le vocable de Sainte Eulalie, dans le quartier Saint-Georges . Les religieuses auraient ensuite été transférées, à une date inconnue, dans le monastère de Saint-Pierre. Le véritable fondateur de la communauté monastique est en fait Ennemond, lui aussi évêque de Lyon et ce un siècle plus tard . Cette communauté de religieuses a survécu pendant des siècles à toutes les vicissitudes et elle a évoluée .

A l’époque carolingienne, les bâtiments sont restaurés par Leidrade, évêque de Lyon (798-816), et très rapidement il est doté par les rois de Bourgogne. Monastère riche et influent, Saint-Pierre est convoité par les puissants seigneurs laïcs de la région. Ainsi, à l’apogée des comtes du Forez, on voit des abbesses foréziennes diriger les moniales . C’est le cas de la première abbesse connue par un document, Adaltrude, fille de Girard, comte de Forez puis de Lyon, qui a vécu dans la seconde moitié du Xe siècle. Il en est ainsi d’Asseline, abbesse en 988 et supposée morte à partir de 993, qui appartient à la même famille . Avec le déclin de l’influence des comtes du Forez, on assiste à un changement de direction dans le monastère de Saint-Pierre.

A partir de 1173, l’archevêque de Lyon n’est plus sous la tutelle des comtes de Forez. Il octroye à l’abbaye de Saint-Pierre des libertés dont elle profite habilement pendant un peu plus d’un siècle. Elle connaît alors un certain accroissement de son pouvoir temporel, mais il n’est rien par rapport à son rayonnement spirituel qui dépasse largement le diocèse de Lyon. Ceci est dû entre autre à la présence de la papauté à Lyon avec les conciles de 1245 et 1274 qui par ailleurs permettent l’entrée de l’influence du comte de Savoie, allié du pape et protecteur du premier concile de Lyon, dans les affaires lyonnaises et y compris dans la direction du monastère.

En effet, quatre abbesses savoyardes se succèdent sur le siège abbatial. Tout d’abord, il y a Bérarde de Bohan, abbesse de 1243 à 1247, fille d’un vassal du comte de Savoie. Ensuite, lui succède Alix de Savoie de 1247 à environ 1257, fille du comte Thomas et sœur de l’archevêque de Lyon, Philippe de Savoie (1246-1267). Puis, vient Brune de Grammont abbesse de 1260 à 1266, fille d’un vassal du comte de Savoie tout comme Agathe de Genève qui est abbesse de 1279 à 1290 environ, fille de Guillaume de Genève dont la sœur a épousé le comte Thomas de Savoie – Agathe est donc la cousine germaine de l’abbesse Alix et de l’archevêque Philippe depuis comte de Savoie . Ces abbesses ont bien dirigé le monastère, elles ont su faire grandir leur abbaye avec la cité mais aussi la protéger de l’urbanisation de leur quartier jadis si tranquille. Il est vrai que tout ceci a été facilité par des circonstances très favorables tels la croissance démographique, les progrès de l’agriculture et du commerce du XIIIe siècle et surtout la richesse et la gloire de Lyon, capitale de la Chrétienté durant sept années. « Pendant cette ère d’indépendance relative, Saint-Pierre a pu, grâce à ses abbesses, acquérir assez de ressources et de puissance pour pouvoir s’adapter aux événements qui, à nouveau, ont placé le comté de Lyon sous une nouvelle dépendance, plus lointaine, mais très sensible cependant, celle des rois de France ».

Au XIVe siècle le monastère de Saint-Pierre est devenu riche et prospère. Les nobles de la région y placent leurs filles afin de leur procurer des revenus convenables et confortables. La prospérité de l’abbaye se voit au travers notamment de ses prieurés dont les revenus font vivre assez richement les moniales et dont « l’implantation n’est pas sans rapport avec le recrutement du couvent car ils prouvent, aux yeux des seigneurs, la richesse de l’abbaye » . Les religieuses continuent d’augmenter leurs possessions ainsi que leurs ressources et ce grâce notament à la protection des plus puissants seigneurs mais aussi grâce à la bienveillance pontificale. « Mais la vie religieuse subit une baisse sensible et la recherche du profit remplace la vocation. Des conflits surgissent qui sont d’intérêt et n’ont aucun motif spirituel » .

A la fin du XVe siècle, l’abbaye bénédictine s’est transformée en un chapitre noble à l’image du chapitre cathédral de Saint-Jean. La vie des moniales y est « très indépendant, facile, aussi peu monastique que possible. L’esprit du monde y [a] largement pénétré et la vieille règle de saint Benoît n’y [est] plus qu’un vague souvenir » . A l’exception des novices, les religieuses ne vivent plus en communauté, mais dans des maisons individuelles séparées avec cour et jardin où elles reçoivent qui elles veulent quand elles veulent. De plus, elles sortent librement du monastère grâce à la présence de nombreuses portes autour de l’abbaye. « Du reste, les dames de Saint-Pierre se [mêlent] souvent à la foule pendant les offices et se [montrent] volontiers au dehors » lors de processions notamment.

Ainsi, l’abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains au début du XVIe siècle fait l’objet d’une réforme, initiée par le conseiller de Louis XII, le cardinal d’Amboise, soutenu par la très pieuse reine Anne de Bretagne. La réforme débute en mai 1503 avec plusieurs visites du monastère afin de constater le relâchement des religieuses. Le constat alarmant et l’opposition farouche des religieuses à toute réforme entraînent l’abbaye dans un conflit de longue haleine contre l’archevêque de Lyon et le royaume et ce jusqu’en 1516.

 3.1.2 - Les filles d’Albon à l’abbaye : des simples moniales aux abbesses

Sans aucune exception, l’ensemble des filles de la famille d’Albon devenues religieuses sont entrées à l’abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains, soit une dizaine de personnes. La première semble-t-il à faire partie du noble monastère est Jacquette d’Albon , fille d’Etienne, seigneur de Bagnols et coseigneur de Châtillon-d’Azergues, et de Jacqueline de Saint-Germain , et ce environ au milieu du XIVe siècle.

Certaines des filles d’Albon sont simples religieuses, ou du moins c’est ce que l’on en sait. C’est le cas de Guicharde d’Albon († 1484), fille de Jean, seigneur de Saint-André, et de Guillemette de Laire, longtemps considérée à tort comme abbesse . Il en est de même en ce qui concerne Jeanne d’Albon (1461-1495) , fille de Gillet, seigneur de Saint-André, et de Jeanne de la Palisse. Enfin, Sybille et de Marie d’Albon , filles d’Henri, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et d’Anne de Montmorin, semblent être, elles aussi, de simples moniales.

D’autres jeunes filles de la famille sont prieures. Selon l’obituaire de Saint-Pierre , Jacquette d’Albon est prieure claustrale. La prieure claustrale est celle qui « anime toute la vie spirituelle » du monastère qu’elle ne peut quitter. C’est elle qui est chargée de « l’inspection du chœur, de la formation des novices et très certainement de l’éducation des filles nobles confiées parfois fort jeunes au monastère » . Jacquette d’Albon est également prieure de Villebois . Marguerite d’Albon († 1429), fille de Guillaume, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et d’Alix de l’Espinasse, est prieure d’Arandon . Sa sœur, Blanche d’Albon († 1404), elle, est prieure de Saint-Symphorien-d’Abron , au diocèse de Nevers. Guillemette d’Albon (1447-1503) , fille de Gillet, seigneur de Saint-André, et de Jeanne de la Palisse, à l’instar de sa grande-tante est prieure de Saint-Symphorien-sur-Abron ainsi que de Pouilly , depuis elle est abbesse de Saint-Pierre. Enfin, il y a une troisième prieure de Saint-Symphorien-sur-Abron dans la famille en la personne de Françoise d’Albon (v. 1490-1541) , fille d’Henri d’Albon, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et d’Anne de Montmorin, qui, elle aussi, devient plus tard abbesse de Saint-Pierre.

Les prieures sont les déléguées de l’abbesse . Elles administrent et entretiennent leur prieuré au nom du monastère. Elles y résident et y vivent « à leur gré, fort agréablement sans doute » . D’ailleurs, Guillemette d’Albon avant son accession à l’abbatiat a été prieure de Pouilly où elle a fait édifié le logis prieural dont on conserve encore aujourd’hui une galerie ouverte à deux étages . Les prieures doivent se rendre à l’abbaye une fois par an, afin de faire leur rapport à l’abbesse. Or, très rapidement, des conflits entre l’abbesse et les prieures sont apparus car certaines d’entre elles ont, au fil des années, considéré leur prieuré comme un bien personnel .

C’est au XVe siècle que la famille d’Albon acquiert le siège abbatial de Saint-Pierre. En effet, Péronne ou Pernette d’Albon, fille de Guillaume, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et d’Alix de l’Espinasse, est nommée le 3 octobre 1435 par les vicaires généraux du diocèse, à la suite d’une longue querelle entre les moniales sur le choix d’une nouvelle abbesse . Ensuite, en 1478 Guillemette d’Albon succède à l’abbesse Marie d’Amanzé. Cependant, dès le 9 novembre 1479, elle est obligée de s’absenter et charge son frère Jean d’Albon, prieur de Tarare, d’administrer l’abbaye. Ceci porte à croire qu’elle, s’intéresse peu au bon ordre de son monastère, d’autant plus qu’en 1483, son frère Jean l’administre toujours. En effet, elle a de nouveau quitté Lyon, mais cette fois à cause de la peste, et, il est probable qu’elle soit elle-même déjà malade. Effectivement, durant la toute première visite de l’abbaye en mai 1503 elle est également absente. D’ailleurs, elle s’éteind le 10 juillet 1503 et est inhummée dans l’église de l’abbaye. En pleine tourmente réformiste, lui succède le 5 novembre 1503 Françoise d’Albon, sa petite cousine et non sa nièce, qui lui avait déjà été associée par le pape Pie III pour l’administration de l’abbaye « peu de temps auparavant » . Elle a été une opposante farouche à la réforme engagée par le cardinal d’Amboise si bien qu’elle est déposée en 1516 après que le pape Léon X ait approuvé cette réforme par une bulle du 9 juin 1516 .

L’abbesse est le « rouage essentiel du gouvernement du monastère » . Elle veille à l’observance de la règle et doit stimuler la spiritualité de ses filles. Elle nomme aux bénéfices et se doit d’être présente à tous les actes importants de la vie de l’abbaye tant sur le plan temporel – achat, ventes de biens, de terres… – que sur le plan spirituel. Elue par l’ensemble des Dames de Saint-Pierre, elle doit obtenir la confirmation uniquement du pape dont l’abbaye dépend directement.

Etre religieuse à l’abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains, monastère féminin réservée exclusivement à la noblesse, est d’un très grand prestige. Cet ascendant rejaillit bien entendu sur la famille d’Albon. Cependant, une autre abbaye, cette fois masculine, est tout aussi prestigieuse à Lyon : l’abbaye de l’Ile-Barbe ; mais ce rayonnment tient plus de son ancienneté et de sa richesse intellectuelle et spirituelle.

Tableau : Les abbesses de Saint-Pierre dans la famille d’Albon.

 3.2 - L’abbaye de l’Ile-Barbe

Seuls quatre personnages de la famille d’Albon font partie de l’abbaye de l’Ile-Barbe. Henri d’Albon, fils d’Henri, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Blanche Richard de Saint-Priest, est moine en 1361 . Ensuite Antoine d’Albon (1452-1515), fils de Gillet d’Albon, seigneur de Saint-André, et de Jeanne de la Palisse, est abbé de 1504 à 1507. Lui succède Jean d’Albon, fils de Guillaume, seigneur de Curis et de St-Forgeux, et de Marie de la Palisse, abbé de 1507 à 1514. Enfin, Antoine d’Albon (1486-1525), fils d’Henri d’Albon, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et d’Anne de Montmorin, devient abbé commendataire en 1514 et le reste jusqu’en 1525.

Antique monastère, fondé semble-t-il au IIIe siècle de notre ère , l’Ile-Barbe est une « abbaye d’importance moyenne » qui « a joué un grand rôle dans l’histoire lyonnaise » . Elle dispose de possessions en Franc-Lyonnais, dans la Dombes, la Bresse, les Monts du Lyonnais, le Forez, le Dauphiné et en Provence. Les biens éloignés de l’abbaye sont administrès soit par l’intermédiaire d’un prieuré soit sont concédés en fief à la noblesse locale.

Au IXe siècle, l’abbaye reçoit les égards des archevêques de Lyon, mais avec son développement et sa richesse des rivalités apparaissent ce qui « expliquent son rôle favorable à la France dans la réunion de Lyon au royaume » .

Du Xe au XIIe siècle, l’Ile-Barbe atteint son apogée au point de vue de son rayonnement intellectuel et spirituel grâce notamment à sa remarquable bibliothèque. Malheureusement, dès le XIIIe siècle et jusqu’à sa sécularisation au XVIe siècle, l’abbaye tombe dans une décadence irréversible . En effet, dès lors l’abbaye n’a plus que des abbés commendataires menant une vie mondaine, éloignée de la règle de saint Benoît et des préoccupations spirituelles du monastère. Les d’Albon ont leur part dans cette décadence.

Antoine d’Albon (1452-1507) est élu abbé de l’Ile-Barbe en 1504 . En 1507, il fait rebâtir le réfectoire « d’une structure magnifique » où l’on trouve ses armes « à la cime de tous les pilliers ». « Il [fait] aussi plusieurs autres réparations dans l’Isle, et principalement à la fontaine dont il restablit les tuyaux et canaux » qui amènent, en traversant la Saône, l’eau d’une source de Saint-Rambert à la maison abbatiale et au cloître où « elle [rejaillit] dans un superbe bassin de marbre qui la [rend] par douze robinets pour le lavement des mains » . Il est vrai qu’à l’instar de J. Picot, on peut se demander où est passé « la pauvreté bénédictine dans ces installations magnifiques » . D’après J. Beyssac, il décède « avant la fin de mai 1507 » . Lui succède alors Jean d’Albon, son cousin germain, que C. Le Laboureur oublie de citer. Celui-ci résigne sa charge en novembre 1514 au profit de son neveu Antoine d’Albon.

Antoine d’Albon (1486-1525) devient alors, avec l’appui de Louis XII, abbé commendataire de l’Ile-Barbe . Cet homme est un spécialiste du cumul des bénéfices : à la fois haut-dignitaire du chapitre cathédral de Lyon, il est également à la tête de différents prieurés et cures et il est même abbé de Saint-Sauveur d’Anchin dans le Nord de la France . On peut comprendre pourquoi l’abbaye de l’Ile-Barbe tombe progressivement en décadence avec de tels abbés, d’autant plus que son successeur, un autre Antoine d’Albon (1508-1573), cumule lui aussi les bénéfices et pas des moindres : abbé de Savigny, de l’Ile-Barbe donc, archevêque d’Arles puis de Lyon… C’est d’ailleurs lui qui propose la sécularisation de l’abbaye qui est alors rattachée au chapitre de Saint-Jean en 1549.

Tableau : La succession à l’abbatiat de l’Ile-Barbe au sein de la famille d’Albon.

Il semble donc que les abbés de la famille d’Albon n’aient pas été très bénéfiques pour l’abbaye de l’Ile-Barbe. Ils donnent plutôt l’impression de ne pas être très portés sur le côté spirituel de leur abbatiat. D’ailleurs, l’un d’entre eux, Antoine d’Albon (1486-1525), est l’exemple parfait du prélat cumulard. Il est tout à fait représentatif de ces ecclésiastiques qui disposent simultanément de plusieurs bénéfices. Ils ont plus de considération pour leurs revenus que pour leurs administrés. Ainsi, beaucoup de religieux de la famille disposent de bénéfices ou de dignités souvent hors du Lyonnais.

 3.3 - Les autres offices dans d’autres Églises de France

On retrouve la famille d’Albon notamment dans trois autres chapitres lyonnais. A Saint-Irénée, Milon d’Albon, fils de Pons et de Sauvage de l’Ouvroir, est chanoine . A Saint-Paul, Jean d’Albon († 1344), fils de Gui, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Marguerite d’Oingt, est chanoine de 1316 à 1343 et chamarier en 1326, 1338 et 1343 . Enfin, à Saint-Just, Etienne d’Albon († 1397), fils de Thibaud, seigneur de Bagnols et coseigneur de Châtillon-d’Azergues, est chanoine en 1375 . Il en est de même de Louis d’Albon († 1505), chanoine de Lyon, qui entre au chapitre de Saint-Just le 6 avril 1501 .

Cependant, la famille ne se limite pas au diocèse de Lyon. En effet, dès le milieu du XIVe siècle, l’un d’eux, Louis d’Albon, fils de Gui, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Marguerite d’Oingt, obtient en 1335 une expectative pour un canonicat au chapitre de Troyes .

De plus, Jean d’Albon († 1476) avant de devenir chanoine de Lyon, a été prieur de Manzès au diocèse de Mirepoix et de Villeneuve au diocèse de Béziers : il est nommé le 20 novembre 1373 . Gui d’Albon († 1505), chanoine de Lyon, est pourvu du prieuré bénédictin de Bauzel au diocèse de Vienne, dépendant de la Chaise-Dieu, dès le 24 septembre 1496 .

Quant à Louis d’Albon († 1505), chanoine de Lyon, il obtient au début du XVIe siècle, deux prieurés dans le diocèse tout proche de Clermont : il s’agit des prieurés de Saint-Christophe de Vichy le 16 septembre 1500, et celui de Saint-Jean dit de Gramont le 6 juillet 1505 . Qui plus est, c’est lui qui inaugure dans la famille la détention de bénéfices situés dans le Nord du royaume. Ainsi, il est chanoine de Thérouanne , et dès le 20 août 1481 il est archidiacre de Flandres dans ce même chapitre . Son frère, Antoine d’Albon (1452-1507), avant d’être abbé de l’Ile-Barbe, est abbé de Saint-Sauveur-du-Mont au diocèse de Thérouanne du 16 février 1497 à sa résignation le 20 novembre 1504 , puis le 25 novembre 1504, il est pourvu de l’évêché d’Arras mais ses provisions sont contestées et invalidées . Un autre Antoine d’Albon (1486-1525), abbé de l’Ile-Barbe est également abbé de Saint-Sauveur d’Anchin . Enfin, bien avant les précédents, Jean d’Albon († 1344), le chanoine de Saint-Paul dont on a parlé plus haut, a été chanoine de l’Ile , au diocèse de Tournai, dans le comté de Flandre.

Pour terminer, on remarque parmi la très nombreuse famille d’Albon un chevalier de Rhodes dans les premières générations : il s’agit de Guy d’Albon , fils de Gui, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Marguerite d’Oingt. C’est le seul membre de l’ordre des Hospitaliers au Moyen-Age. Ce n’est qu’au XVIIe siècle que des d’Albon deviennent chevalier de Malte. On peut également noter que dans la seconde moitié du XIIIe siècle, il y a un chevalier de l’ordre du Temple du nom de Gui d’Albon, commandeur de Laumusse . Est-ce que tout ceci est un réel indice de la participation des d’Albon aux croisades comme le suggère également le blason de la famille : de sable à la croix d’or ? En efftet, la croix est le symbole de la Chrétienté et des croisades. Le sable, lui, représente la mort de l’ennemi, mais aussi, et c’est peut-être le plus intéressant ici, le passage vers un homme nouveau. Pour l’instant aucun document ne peut confirmer cette soi-disante participation aux croisades et surtout pas, comme l’a dit Steyert, la charte qui fait partie de la collection Courtois établie au XIXe siècle pour la fameuse salle des Croisades de Versailles .

Les religieux de la famille d’Albon ne se sont pas limités aux prestigieux chapitre et abbayes du diocèse de Lyon. On les retrouve un peu partout dans le royaume et à la fin du XVe siècle essentiellement dans le Nord. Malheureusement, trop peu de choses sont connues sur la carrière des membres de cette dynastie. De beaucoup d’entre eux on ne connaît que le prénom et non leur destinée. Parfois, on sait seulement qu’ils sont religieux sans savoir dans quel monastère. Un travail de fond est à faire, mais il est de longue haleine, sans doute semé d’embûches et sûrement très fastidieux.

 4 - Conclusion

La famille d’Albon a envoyé ses enfants dans les plus prestigieux établissements religieux de la région : le chapitre cathédral de Lyon, l’abbaye de Savigny, l’abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains, l’abbaye de l’Ile-Barbe. Un petit nombre de ces religieux du nom d’Albon, pour des raisons pour l’instant inconnues, se sont éloignés du diocèse de Lyon. Certains se sont illustrés dans l’exercice de leur office religieux. D’autres, au contraire, n’ont pas été à la hauteur, précipitant, parfois, la fin de leur communauté religieuse. Toutefois, il est incontestable que la famille d’Albon doit une grande partie de son ascension sociale et de sa fortune à l’Église, et plus précisément à l’Église de Lyon. Cependant, cela peut-il en être autrement dans ce Lyonnais totalement soumis à l’autorité de l’archevêque de Lyon et du chapitre cathédral ? Ne sont-ils pas, avec d’autres établissements ecclésiastiques, comme Savigny, Ainay ou l’Ile-Barbe, les principaux et les plus grands seigneurs de la province ? Néanmoins, les grands seigneurs féodaux du voisinage disposent en Lyonnais d’une certaine influence car nombre de leurs vassaux y ont des terres ou des membres de leur famille appartiennent à l’Église de Lyon. Les ducs de Bourbon sont de ceux-là. Ils permettent alors à la famille d’Albon de diversifier au mieux leur vasselage et cela les conduit directement au service du roi de France.


Index des pages
  1. Découvrez les arbres en ligne

    Découvrez les arbres généalogiques en ligne et l'organisation des menus, via une courte visite guidée.

    Si vous ne souhaitez pas faire cette visite immédiatement, vous pourrez y revenir plus tard en cliquant sur le lien "Visite guidée" situé en bas de page.

  2. Accueil Geneanet (1/7)

    Cliquez sur ce logo pour revenir à l'accueil de Geneanet.

  3. Gestion de votre compte (2/7)

    Une fois connecté à Geneanet, vous pourrez consulter ici votre messagerie, revoir et paramétrer vos alertes généalogiques, et gérer vos informations personnelles.

    C'est dans le menu "Mon compte" que vous aurez désormais la possibilité de vous déconnecter.

  4. Connexion et création de compte (2/7)

    Vous n'êtes pas identifié sur Geneanet. Cliquez sur l'un des liens pour vous connecter ou bien pour créer votre compte Geneanet.

  5. Accueil de l'arbre (3/7)

    En cliquant ici, vous retournez à l'accueil de l'arbre que vous visitez.

  6. Outils de recherche (4/7)

    Les champs de saisie vous permettent de chercher une personne dans cet arbre. avec la liste alphabétique des noms.

    En passant la souris sur cette zone, vous affichez les options supplémentaires :
    - lien vers la souche de l'arbre
    - liste de tous les noms de l'arbre
    - options de recherche avancée

  7. Menu généalogique (5/7)

    Ce menu contient tous les outils et actions anciennement placés dans le menu gauche latéral.

    Si vous êtes connecté sur votre arbre, il vous offre un accès rapide aux fonctionnalités de mise à jour de votre généalogie, de paramétrage de votre arbre, etc.

  8. Droits d'accès à l'arbre (6/7)

    Selon les droits d'accès dont vous disposez, vous pouvez changer votre mode de consultation :
    - visiteur : vous pouvez consulter librement l'arbre, sauf les individus marqués comme privés (contemporains) et leurs photos
    - invité : vous pouvez consulter l'arbre entièrement, y compris les individus privés et les photos
    - éditeur : vous pouvez consulter et modifier l'arbre entièrement.

  9. Mode contrasté (7/7)

    Pour un meilleur confort de lecture, cliquez sur ce lien pour activer le mode contrasté sur tous les arbres en ligne.

  10. C'est fini !

    Si vous souhaitez recommencer la visite guidée, cliquez sur le lien "Visite guidée" en bas de la page.