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''Essai de Généalogie'', par Alain GARRIC
Loi Informatique et Libertés respectée "moins de 100 ans" non visible

H  Pierre BELAIN D'ESNAMBUC

Titres: Sieur D'ESNAMBUC, Flibustier , Corsaire , Gouverneur de la Martinique (mars 1635 - décembre 1636)


Pierre BELAIN D'ESNAMBUC
  • Né le 9 mars 1585 (samedi) - ALLOUVILLE BELLEFOSSE 76
  • Décédé en juillet 1637 , à l’âge de 52 ans
  • Gouverneur général pour le Roy des Isles d'Amérique

Parents

 
 

Frères et sœurs

(pages liées)

Notes

Notes individuelles

Site très bien documenté :
http://www.mairie-dieppe.fr/quiquengrogne/quiquengrogne34/esnambuc.html

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Gravure de 1743

"d'Esnambuc joue les flibustiers"

Belain d'Esnambuc

Tous les écrivains, du Père Dutertre en 1667 à Louis Estancelin en 1832 par exemple, ont vu « dans l' illustre pionnier un cadet de la maison Dyel de Vaudroques, en Normandie » .

Par ses recherches Pierre Margry va rétablir le vrai patronyme de notre colonisateur et donc redonner ses véritables lettres de noblesse à Pierre Belain d' Esnambuc. Il s 'appuie, pour le démontrer, sur les actes de la prise de possession des îles de la Martinique et de la Dominique, retrouvés aux Archives des Affaires Etrangères dont voici le contenu :

« Nous, Pierre de B(e)lain, escuyer, sieur (de) d 'Esnambuc, capitaine entretenu de la marine et gouverneur pour le Roy en l' isle de Saint-Christophe des Indes occidentales, ce jourd' huy 15 de septembre 1635, je suis arrivé en l' isle de la Martinique par la grâce de Dieu, accompagné d' honorable homme Jean Dupont, lieutenant de la Compagnie colonelle en ladite isle de Saint-Christophe, des sieurs de La Garenne, La Chesnaye, Levesque, Morin et autres en nombre, en présence desquels et du capitaine Drouain (sic), le sieur Allard et autres de son équipage, j' ay pris pleine et entière possession de ladite isle de la Martinique, pour et au nom du Roy, nostre sire, Monseigneur le cardinal de Richelieu et nos seigneurs de la Compagnie, et j' ay fait planter la croix et arborer le pavillon de France, le tout pour l' augmentation de la foy catholique, apostolique et romaine, et pour faire profit de ladite isle au Roy et à nosd. Seigneurs, suivant les commissions à nous octroyées par sa Majesté et ay laissé le dict Dupont pour gouverneur et autres pour officiers, qui y seront reconnus, selon l' ordre que je luy ay laissé. Fait aud. lieu de la Martinique, l' an et jour que dessus, signé à l' original Belain, Louis Drouault (sic), Dupont, Jacob Allart, Guillaume Lefort et Morin. »

Ainsi le 9 septembre 1862 Pierre Margry inaugure dans l' église la plaque commémorative en présence notamment de monseigneur Antoine Boutonnet, évêque de la Basse-Terre à La Guadeloupe et de M. le baron Clément Baillardel de Lareinty (1824-1901), délégué de la Martinique ; plaque dont voici l' inscription :

A LA MÉMOIRE. DE PIERRE BELAIN. Sr D' ESNAMBUC. FILS DE NICOLAS BELAIN. SIEUR DE QUENONVILLE ET D' ESNAMBUC. BAPTISÉ. LE 9 MARS. 1585. DANS CETTE ÉGLISE DE St QUENTIN. D' ALLOUVILLE. DÉCÈDÉ. AUX ANTILLES VERS DÉCEMBRE. 1636.

"les Normands quittent les lieux pour radouber leur voilier"

Revenons en l' an 1614, Nicolas le père de Pierre s' est endetté à un tel point qu' il est obligé de vendre le dernier domaine des d' Esnambuc. C' est donc ruiné que le fils Pierre décide de courir les océans et de jouer les flibustiers avec cette devise en tête « Cherche qui n' a ».

Avec son fidèle compagnon, Urbain de Roissey, un autre Normand, ils vont partir sur l' océan Atlantique en vue de prises corsaires de quelques bons galions espagnols chargés d' or. Mais les années passent qui ne permettent pas de racheter la terre natale. C' est alors, qu' un jour de 1625, entre la Jamaïque et l' île de Cuba, notre capitaine d' Esnambuc à bord de son brigantin avec ses 35 hommes d' équipage, 4 canons et quelques pierriers, croise un navire espagnol de 400 tonneaux monté de 35 canons. Il décide de l' affronter !

Durant trois heures, malgré une attaque courageuse, les Normands quittent les lieux pour radouber leur voilier qui a beaucoup souffert des coups de canons adverses. Cependant, cette infortune va leur offrir une belle récompense : une île ! « L' île fertile et capable d' être habitée par les Français » : l' île de Saint-Christophe.

Ils trouvent sur place des compatriotes dont le capitaine cède aussitôt sa place à d' Esnambuc. Par contre la moitié de l' île est occupée par des Anglais sous les ordres du capitaine Thomas Waernard.

Il faut retourner en France et faire venir des colons. C' est ce que d' Esnambuc fait. De retour en France, avec la précieuse aide du cardinal Richelieu et de plusieurs associés, est créée la Compagnie de Saint-Christophe « qui devait avoir pour objet de faire habiter et peupler les îles de Saint-Christophe, la Barbade et autres « situées à l' entrée du Pérou » » (sous-entendu les îles des Antilles).

D Esnambuc part « du Havre pour les Antilles fin janvier 1627 sur un vaisseau nommé la Catholique avec 322 hommes, tandis que Du Roissey allait en Bretagne, et où il en emmenait 210 à bord des vaisseaux la Cardinale et la Victoire. »

Le retour en force sur l' île ne va pas se faire, cette fois-ci, sans l' hostilité des Indiens de Saint-Christophe. Ces derniers vont demander l' aide des Indiens des îles voisines, entre 3.000 et 4.000 d' entre eux arrivent par pirogues. Malgré la supériorité du nombre, les armes à feu des Français (et des Anglais, toujours présents sur l' île), viennent à bout de cette révolte. La plupart des Indiens rebroussent chemin et regagnent en hâte leur île, abandonnant sur place leurs morts.

Quant au partage de l' île avec les Anglais un traité est établi « mais les choses ainsi arrangées, bien que les conventions eussent été jurées sur les saints Evangiles, ne durèrent pas longtemps par la faute des Anglais. Les colonies devaient sentir le contrecoup de ce qui se passait en Europe, l' Angleterre aidant ouvertement les huguenots de La Rochelle (1627-1628).

Un article du traité du 13 mai 1627 avait bien, il est vrai, établi que, si la guerre survenait en Europe entre les Français et les Anglais, les chefs de Saint-Christophe ne se combattraient qu' autant que cela leur serait commandé expressément par leurs princes, et qu' en cas de tel commandement, « ils seraient obligez de s' entreadvertir avant de faire aucune hostilité. »

Très vite, les Anglais violent ce premier traité en franchissant la limite instaurée.

D' Esnambuc, irrité, décide de repasser en France pour réclamer des renforts auprès de Richelieu. « Richelieu répondit aux désirs de d' Esnambuc par l' envoi d' une escadre aux ordres de M. de Cahuzac. [ )

Naturellement, la cessation des hostilités signée le 24 avril entre l' Angleterre et la France modifia ces instructions. Cahuzac, parti du Havre le 5 juin 1629, arrivait le 25 juillet à la Basse-Terre de Saint-Christophe »

Après maints pourparlers, et même, après prises de navires anglais, et plusieurs entrevues, le gouverneur anglais accepta de revenir aux termes du premier traité. Alors qu' on en finit pour quelque temps avec les Anglais ce sont les Espagnols qui apparaissent au large avec « 16 galions, 29 navires et 8 galiotes pour les descentes ».

L' attaque qui ne se poursuit pas à l' intérieur des terres coûte, en particulier, la vie au neveu de d' Esnambuc.

Du Roissey, l' ami fidèle, l' abandonne rapidement et retourne en France.

D' Esnambuc assemble son conseil et décide que cent cinquante hommes seulement iront habiter Antigoa, une île au nord de la Guadeloupe. Les autres demeureront à Saint-Martin, à l' Anguille et à Saint-Barthélémy.

A Saint-Martin, d' Esnambuc retrouve un capitaine français, un certain Giron. Ce dernier l' accompagne voir dans quel état se trouve l' île de Saint-Christophe. Ils découvrent que les Anglais sont toujours là alors qu' ils avaient promis aux Espagnols de quitter les lieux. Une fois de plus, les Français vont récupérer leur territoire par la force. La colonie française restaurée, il est décidé d' amasser le plus possible de petun (tabac) et de repartir en France avant la probable arrivée de colons espagnols.

Mais les semaines, les mois passent et d' Esnambuc ne cherche plus à rentrer en France. Le commerce du tabac est florissant grâce à une ordonnance de Richelieu (N' oublions pas qu' il est associé dans la Compagnie). Cette ordonnance impose une taxe de 30 sols par livre de tabac étranger entrant en France. Ce qui avantage évidemment nos colons de Saint-Christophe !

Cette déclaration du roi, datée du 17 novembre 1629, avance comme cause première à cette taxe : le fait que le tabac arrive en trop grande quantité dans le royaume « de sorte que nos sujets, à cause du bon marché, en prennent à toutes heures dont ils reçoivent grand préjudice et altération de leur santé »

Ainsi et grâce au secours de vaisseaux apportant ce dont ils ont besoin, les colons se fixent sur l' île et abandonnent l' intention d' un retour en terre natale. Après bien des vicissitudes, la première colonie aux Antilles est réalisée. « La fondation des colonies demande des sacrifices trop grands et trop continus pour être l' oeuvre de particuliers seuls ; néanmoins d' Esnambuc, par sa manière désintéressée, par son dévouement à son petit peuple autant que par les vues qu' il exposait dans l' intérêt même de l' entreprise, se faisait écouter de la Compagnie, comme il savait se faire entendre des émigrants et concilier les intérêts de tous avec celui de l' établissement »

A propos de ces émigrants, il est à noter que leur recrutement se fait tout d' abord par des « engagés ». On appelle ainsi les hommes qui se louent à d' autres pour un certain nombre d' années, en échange de quoi leur passage dans les colonies leur est payé. C' est d' usage également à l' époque chez les Anglais et les Hollandais, seule la durée du contrat est différente. D' Esnambuc accorde aux « engagés » leur liberté au bout de trois ans d' où leur surnom des « Trente-six mois ».

En 1634, malgré l' importance de la population installée et l' activité qui règne dans l' île, d' Esnambuc présente à la Compagnie quelques observations qui, pour améliorer et étendre la colonisation, vont faire réfléchir Richelieu et l' amener à la création de la Compagnie des îles d Amérique en remplacement de la Compagnie de Saint-Christophe.

Le Cardinal ordonne à Cavelet du Hertelay (l' un des directeurs de la Compagnie) de réunir les associés de la Compagnie afin de finaliser ce projet ; ce qui est fait lors de la réunion du 31 janvier 1635. Le 12 février, Richelieu signe « l' acte par lequel la Compagnie de Saint-Christophe était autorisée à s' étendre et à se nommer la Compagnie des Iles d' Amérique ».

Elle doit essayer de coloniser d' autres îles situées « depuis le 10e degré jusqu' au 20e degré au-deçà de la ligne équinoxiale, occupées ou non par les princes chrétiens. »

La raison première avancée à cette colonisation est d' évangéliser les peuples indiens mais l' on sait qu' elle est avant tout économique. Environ 4.000 personnes, Françaises et catholiques, doivent émigrer dans un délai de vingt ans. Le roi donne aux associés de la Compagnie la propriété des îles en compensation des dépenses dites d' établissement (par exemple pour la construction de forts ).

Aux propriétaires, ensuite, de distribuer les terres en fixant à leur guise les redevances. De la constitution de cette nouvelle Compagnie découlent rapidement de nouvelles possessions françaises dans l' Océan Atlantique. C' est donc, en cette année 1635, la colonisation de l' île de la Guadeloupe par Charles Lienard, sieur de l' Olive le 29 juin.

En septembre celle de la Martinique par d' Esnambuc. Pierre Margry a retrouvé la lettre manuscrite qui annonce cet événement au cardinal de Richelieu (cette lettre est d' ailleurs la seule pièce écrite de la main de d' Esnambuc que Pierre Margry ait eu entre les mains).

Pour coloniser la Martinique, d' Esnambuc, emmène, « plus de cent cinquante hommes acclimatés depuis longtemps à Saint-Christophe, habitués aux travaux des défrichements, tous hommes de main, capable de bâtir, de labourer et de combattre ; il les munit d' armes, de poudre, leur donna des instruments de labourage et de construction, les fournit ensuite de plants de manioc, de patates, de graines »

Les constructions sur l' île, à cette époque, sont des cases bâties avec des fourches d' acomas et couvertes de feuilles de palmistes. Ce n' est qu' après la mort du colonisateur que l' on commence à construire en pierres et briques. D' Esnambuc parle aussi dans sa lettre de la Dominique. Il prend possession de cette île le 17 septembre.

La colonisation est une réussite dans les Antilles car les capitaines des navires français peuvent être cautionnés « jusqu' à 200 passagers, chacun au taux de 200 livres de pétun à recevoir à Saint-Christophe ou à la Martinique ; que, si les habitants ne le payaient pas, les capitaines pouvaient réclamer le prix du passage en France aux agents de la Compagnie »

Ce qui est suivi d' effet et la Compagnie va accorder de grands avantages aux artisans et hommes mariés et exempter « de tous droits les femmes, les filles et les enfants, qui assuraient le développement de la colonie. Ensuite, elle arrêtait, le 7 mai 1636, que ceux qui mèneraient leurs femmes à Saint-Christophe et dans les autres îles pour y demeurer avec eux, ou qui s' y marieraient, ne payeraient que 60 livres de pétun. »

Après avoir assuré la propriété privée, l' installation des personnes aux diverses fonctions pour organiser la société civile (greffiers, juges, notaires ), il n' est pas oublié la consolidation de l' établissement de la religion chrétienne. C' est ainsi, qu' à la demande de Richelieu, les capucins de Normandie remplacent les prêtres séculiers.

Le roi Louis XIII fait savoir au pape le mérite de ces missions auprès des populations indiennes. L' occupation de Saint-Christophe par d' Esnambuc et les envois de missionnaires ont donc un effet de la plus haute importance sur la souveraineté des mers accordées jusqu' à présent par Rome aux seules nations espagnoles et portugaises.

En effet, « Le Saint-Siège, dans l' intérêt même de la religion, céda sur un point qu' il sentait ne pouvoir plus défendre et son autorisation donnée aux capucins pour Saint-Christophe comme aux dominicains pour la Guadeloupe, en date du 12 juillet 1635, consacra en même temps le principe de la liberté des mers. »

Belle revanche pour d' Esnambuc sur les Espagnols ! Quant au développement économique sur l' île il ne va pas se limiter à la culture du tabac mais très vite il est demandé aux colons de planter chaque année de nouveaux plants de cotonniers. Et c' est plus tard que suivront l' implantation de la culture de l' indigo et de la canne à sucre. 1636, donc vingt-cinq ans après avoir quitté, pour la première fois, sa terre de Normandie, d' Esnambuc, fier de son oeuvre colonisatrice (entre 4.000 et 5.000 hommes à Saint-Christophe) mais fatigué, demande à la Compagnie l' autorisation de rentrer en France. La Compagnie, appréciant trop ses services, se dérobe à ses demandes.

Hélas, il meurt là-bas en décembre 1636 selon le Père Dutertre ; Pierre Margry évoque l' hypothèse qu' il soit mort l' été 1637 et la Société de l' Histoire de Normandie écrit à ce sujet qu' il est mort d' épuisement en France en 1637.

Arbre d'ascendance Aperçu de l'arbre

Nicolas BELAIN , Sieur DE QUENONVILLE ca 1540-1599   Perrone DUVAL ca 1555-
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portrait
Pierre BELAIN D'ESNAMBUC , Gouverneur de la Martinique 1585-1637