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Vous vous intéressez à la généalogie dans les Ardennes : bienvenue. Les données présentées sont plus larges que la simple genealogie de ma famille, en particulier sur l'Ardenne (ou les Ardennes). Regardez  également les chroniques.

 Chronique familiale



 BANOGNE RECOUVRANCE, petit village à l'écart des grandes routes


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Banogne-Recouvrance est le berceau d'une branche des WARNET, mes ascendants maternels.
Ils y habitèrent du XVIIème siècle à la première guerre mondiale.

De 1914 à 1918, le village fut envahi, occupé par des troupes (récit ci-dessous de l'écrivain allemand Ernst Jünger qui n'avait alors pas vingt ans). Puis, il fut détruit dans les derniers jours de conflit.

[Joseph Jean Hubert WARNET], qui avait été mobilisé en 1914 décide à la fin de la guerre, de ne pas s'y réinstaller.

Le village est aujourd'hui à l'écart des grandes routes. Mais il a été un lieu de passage pour les pélerins pendant plusieurs siècles. En effet, de Saint-Fergeux, une petite route monte vers Banogne-Recouvrance. C'est l'un des chemins par lesquels ces pélerins allaient autrefois se recueillir auprès de la vierge noire de Liesse. A l'endroit le plus élevé, on aperçoit, à plus de quarante kilomètres, la cathédrale de Laon.

  La constitution du village

Banogne

L'orthographe de Banogne n'a guère varié durant les siècles : BALOGNES en 1226, BALOIGNES en 1322, BANNOINGNE en 1390. Une des hypothèses est une création de ce bourg par des habitants venant d'HANNOGNE (Hannogne-Saint-Remy).

Une pierre de granit de l'époque romaine a été trouvée en 1955 au lieu dit du Moulin Tondu.

Le bourg est cité dans des cartulaires au XIIIème siècle. En 1342, le meurtre du chevalier Raoul de BANOGNE est mentionné à Ecly. En fait, plusieurs chevaliers et habitants semblent se partager le territoire de Banogne qui dépend de la baronnie du Thour. Un aveu fourni au Roi par Jean II de CHATILLON, seigneur du Thour en 1390, cite successivement Jehan et Joffroy de CHEVRIERE, les héritiers de Guillaume et de Perin de la BRACOIGNE, monsieur de LOR, Raoul de BANOGNE, les enfants BULETEZ, Jean CRAUCHON, Renault de CHANTERAINE, Renault VILAIN, et Pierre CHOLET.

La chapelle primitive placée sous le patronage de Saint-Simon est une annexe de la paroisse du Thour. Une maison seigneuriale a existé près du chemin de Ruisselois.
L'eau est rare sur le plateau d'une altitude de 136 mètres.Parmi les lieux dits, citons "La Louvière" vraisemblablement fréquenté par des loups au moyen-âge, "la voie des Ribaults" fréquentée par des personnes peu recommandables, "la Perrière" (une ancienne carrière?), le "Vieux Moustiers" (emplacement d'une chapelle ou église ?), "Croerelle" puis "Créruelle" une rue crayeuse, le "Bois Ladame", le "Fond de Bury", le "Prier à Wybis", etc.
Le "Grand Chemin" est sans doute une ancienne voie romaine venant de Reims par Asfeld, et Saint-Germainmont,

En 1570, Banogne est qualifiée de cense, et est toujours rattachée à la paroisse du Thour dont les barons et l’Hôtel Dieu de Reims se partagent le terroir. Nous ne trouvons plus en ce lieu de descendants des chevaliers ou écuyers mentionnés dans l'aveu de 1390, si ce n'est les CHOLET.
Des laboureurs sont cités : Jacques CURAFE, Jacques LOILLIER, Nicolas LAPIERRE, Nicolas RAYNAULT, Nicolas LOSTELAIN, Michel DESTRUMEL, Jean CHARLIER, Simon BAILLET, Robert JOBART et Nicolas HUART.
On y trouve également Jean DURANT, meunier au moulin à vent, André LOTHELAIN boucher, Joseph DARDENNE tailleur, Jean PHILIPOT maréchal, etc.

Peu après les destructions dues à la Fronde, un certain Jean JOBART loue des terres en 1685 à Banogne au couvent des dames religieuses de la congrégation de Notre Dame de Rethel.

En 1744, Nicolas JOBART est lieutenant de la baronnie du Thour, Martin LOILLIER collecteur de l'impôt du sel et Claude LEMPEREUR maître d'école. En 1755, Pierre CARRE loue de son coté des terres à l’Hôtel Dieu.

En mai 1775, une épidémie de grippe se déclare, touchant principalement les adultes. Un tiers de ces adultes succombent. Le Docteur [TELINGE] est mis à contribution pour combattre la pandémie.

Recouvrance

Cet hameau est probablement une fondation de l'Hotel Dieu de Reims ou des seigneurs du Thour. Au XVIème et XVIIème siècle, les escarmouches étaient vives et fréquentes. Pour tenter de s'en préserver, on creusait des fossés. A Recouvrance, on avait construit à l'extrémité du hameau un fort où les habitants se réfugiaient. Les lieux dits "le Fort", "La Porte du fort", "derrière le fort" en rappellent encore l'existence.

En 1657, après les tumultes de la Fronde, il ne reste à Recouvrance que 35 habitants, quatorze maisons ont brulées et le fort n'existe plus.

A la veille de la Révolution, les principaux habitants sont les familles LEQUEUX, CARRE, JOBART. A la même époque, Recouvrance se sépare de la commune-mère de Banogne et en reste séparée jusqu'en 1822. Survient la Révolution, la fuite de Varennes à quelques lieux de Banogne-Recouvrance, la fin de la Royauté et l’avènement de la République, la terreur jacobine. Ces évènements restent un peu lointains pour ce bourg. En septembre 1794 (fructidor an II), Jean Baptiste DOUCE et Bertrand DEVIGNE sont nommés commissaires vérificateurs et défenseurs de la Patrie.
Quelques mois plus tard, la municipalité est renommée et est désormais composée de Jean DEGRES, maire, Pierre WARNET, adjoint, Pierre DOUCE, JOBART le Jeune, Jean DEHUT. Les officiers sont Bertrand DEVIGNE, DEVIE, MAQUIN le Jeune, Valentin FOURNY, Jean Baptiste LOTHENIN, Pierre CARRE. Les réquisitions se multiplient. Un des sujets chauds est la fabrication de salpêtre demandée par l'Assemblée Nationale.

Avec la fin de la République et l'avènement de l'Empire, la municipalité est recomposée de FLEURY, DEHUT, DEVIGNE, WARNET, LOILLIER, CURY, DEGRE, CARRE, maire, et BOURGE, secrétaire.

De 1815 à 1818, Banogne et Recouvrance subissent une occupation par des troupes russes.

En 1821, de nouvelles cloches sont inaugurées à l'église de Banogne.
Une cloche de taille moyenne porte l'inscription "faite en 1821 par les soins de Jean-Evangéliste JOBART, maire de Banogne, membre du conseil départemental. J'ai été bénite par M.FROMENTIN, curé de cette paroisse depuis cinquante ans. J'ai eu pour parrain M. Ponce JOBART, propriétaire à Ruisseloye et pour marraine Marie-Jeanne JOBART, épouse de Claude François LOILLIER, propriétaire à Banogne qui m'ont nommé Marie-Jeanne".
Sur l'autre cloche, la mention est la suivante : "Faite en 1821 par les soins de M. Antoine GOSE, propriétaire et maire de Recouvrance. J'ai été bénite par M.FROMENTIN, curé de cette paroisse depuis cinquante ans. J'ai eu pour parrain M.J.N. WARNET, propriétaire à Recouvrance, adjoint au maire et pour marraine Mlle Jeanne Marie FLEURY, qui m'ont nommé Jeanne Marie".

Sur le chemin déjà cité de Saint-Fergeux à Liesse, une toute petite chapelle construite en 1610 est restaurée une première fois en 1851 (elle l'a été récemment grâce à la volonté d'habitants bénévoles de la commune sous la direction de Daniel GRIMPRET). La légende rapporte que Louis XIV en voyage dans la région s'y est arrêté.

L'écart de Ruisselois

Cet écart était constitué de quelques fermes, longtemps propriété de l'abbaye de de Signy, puis du collège des jésuites de Reims. Une carrière de craie blanche tendre sans silex est exploitée à proximité. A la Révolution, un sieur WARNET acquiert ce Bien National.

La réunion des différents bourgs en un village

En 1822, les bourgs n'en font plus qu'un. Banogne est de fait le centre du nouveau village , Recouvrance et le Ruisselois en deviennent des hameaux.

C'est une commune rurale, qui outre l'agriculture, tire paisiblement ses revenus d'un cheptel de vaches, de moutons, et de chevaux ardennais, avant que la folie des hommes ne s'abatte à nouveau sur lui.

  L'épreuve de la Grande Guerre et le récit de Ernst Jünger soldat allemand

Nous disposons de plusieurs récits autobiographiques sur l'impact de la guerre de 14-18 sur ce village, cité également dans Orages d'Acier, journal de guerre de l'écrivain allemand Ernst Jünger.

Ernst Jünger séjourne à Recouvrance de février à mars 1915. Il n'a pas tout à fait 20 ans. Le front s'est déjà stabilisé et le hameau est légèrement à l'arrière de ce front, occupé par les allemands et servant de lieu de formation.

Recouvrance était un petit village à l'écart des grandes routes, niché dans de gracieuses collines de craie, où l'on rassemblait, venus de tous les régiments de notre division, un certain nombre de jeunes soldats pour leur donner une instruction militaire approfondie, sous la direction d'officiers et de sous-officiers d'élite.

Ernst Jünger relate les beuveries nocturnes qui succèdent, dans quelques demeures abandonnées aux soldats, aux journées d'instruction :
Quand, aux premières lueurs du jour, les différentes sections jaillissaient des bistrots respectifs, les petites maisons de calcaire donnaient le spectacle insolite d'un chahut estudiantin.

Mais une partie de la population civile est restée sur place et cohabite cahin-caha avec les militaires allemands :
Nous habitions par groupe de trois ou quatre et faisions popote ensemble. C'est surtout de notre dîner quotidien, oeufs brouillés et pommes de terre sautées, que j'ai gardé le meilleur souvenir. Le dimanche, nous nous offrions un lapin, selon la coutume du pays, ou un coq. J'étais chargé des achats pour le repas du soir: c'est à ce titre que je me vis présenter par notre hôtesse, un beau jour, toute une série de bons qu'elle avait reçus pour acquis de réquisition, véritable anthologie d'humour populaire : la plupart disaient que le fusilier X... avait accordé ses faveurs à la file de la maison et avait dû réquisitionner une douzaine d'oeufs pour se remonter.

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Les habitants étaient bien étonnés de voir que nous autres, simples soldats, parlions plus ou moins couramment le français. Il en résultait parfois des incidents forts drôles. C'est ainsi que j'étais un matin chez le barbier du village, lorsqu'un des clients qui attendaient leur tour cria à ce barbier, alors qu'il avait tout juste Clément sous son rasoir-couteau, avec l'accent sourd des paysans champenois : "Eh, coupe la gorge avec ! (*) ", en se passant l'arête de la main tendue sur le cou. A son grand effroi, Clément répliqua d'un air flegmatique : "quand à moi, j'aimerais mieux la garder ('*)", faisant montre ainsi de ce calme qui sied au guerrier.
(*) En français dans le texte.

Banogne-Recouvrance subit comme tout le département quatre ans d'occupation. Le 10 octobre1918, les habitants restés sur place reçoivent l'ordre d'évacuer. La commune de Banogne-Recouvrance, située désormais sur la ligne de front , subit des bombardements terribles à un mois de l'armistice. Sur 125 maisons, seules dix maisons restent debout. La commune, libérée en novembre, est un champ de ruine, l'église est détruite, les terres labourables sont parsemées d'obus.

Elle a été reconstruite dans la décennie qui a suivi.


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