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Vous vous intéressez à la généalogie dans les Ardennes : bienvenue. Les données présentées sont plus larges que la simple genealogie de ma famille, en particulier sur l'Ardenne (ou les Ardennes). Regardez  également les chroniques.

 Chronique familiale



  LES CI-DEVANTS ARDENNAIS ET LA REVOLUTION



Quelle est sa situation des nobles en Ardennes à la veille de la Révolution ? Quel choix font-ils entre l'émigration et le ralliement au nouveau régime ? Quel est le comportement de leurs anciens sujets à leur égard ?
Que devient la demeure seigneuriale, le château, ce symbole local de son pouvoir ?

Cette noblesse ardennaise avait été placée les siècles précédents sous le signe de la guerre, guerre étrangère mais aussi guerre civile (guerres de religion et frondes contre le Roi). Des troupes armées ont traversées et pillées ce territoire durant ces deux siècles.
Cette insécurité s’était traduit par l’éclosion de châteaux dans le moindre village voire de plusieurs châteaux d’une valeur militaire diverse. Une grande partie de la noblesse est associée à l’effort militaire, tout en canalisant cette énergie sous l’autorité royale par le jeu, par exemple, des compagnies d’Ordonnance . L’existence de charges militaires et de places fortes a attiré sur place des aristocrates d’autres régions de France qui sont venus chercher dans l’Est et dans les Ardennes un emploi.
Dans ce territoire aux frontières du Royaume, l’influence des grandes maisons (les Guise, les bouillon, les Luxembourg, les Clèves, …) s’était progressivement réduite au prorit des Condé.
Pendant la Révolution, cette région se trouve vite placée au premier rang des événements, avec les menaces extérieures sur Sedan, Charleville ou l’Argonne, et également la tentative de fuite du Roi en juin 1791, qui provoque un véritable choc politique.

Sommaire

 1 - La petite Noblesse

Quelques exemples de cette petite noblesse implantée aux frontières de la France

Les LARDENNOIS de VILLE

Maison originaire de la province du Luxembourg, en Belgique. Les branches installées en Ardennes possèdent cinq parts sur six de la seigneurie de Termes, Echaude et la Bergerie, la rivière d'Aire du ruisseau de Talma à celui de Mouron, la terre de Bolandre, la moitié de la seigneurie de Bourrut, la terre de Dohan, une ardoisière à Bellevaux, sans compter des droits et des dîmes à Beaurepaire, Mouron, Pouilly, etc...

A la Révolution, [Antoine Philippe de LARDENOIS de VILLE] émigre avec son colonel et parent, le comte de ROUCY. Il combat dans l'armée des Princes, dernière représentation de l’ancienne France Militaire pour reprendre l’expression de Chateaubriand, qui en fait partie. Un assemblage confus d’hommes faits, de vieillars, d’enfants descendus de leurs colombiers, jargonnant normand, breton, picard, gascon, provençal, languedocien. […] Cet arrière-ban, tout ridicule qu’il paraissait, avait quelque chose d’honorable et de touchant parce qu’il était animé de convictions sincères. .

Cette armée des Princes accompagne les Prussiens et les Autrichiens dans leur marche vers Paris, à trvars la Lorraine et l’Argonne. Les émigrés sont accueillis avec hostilité par les paysans, et quelquefois même avec des coups de fusils de quelques patriotes. Ils sont à Vouziers le 18 septembre 1792 et … s’égarent dans la plaine lorsque l’armée de BRUNSWICK est accrochée à Valmy par les troupes de DUMOURIEZ et KELLERMANN. Ils doivent suivre la retraite précipitée et cette pauvre armée est dissoute à Arlon.

Il se met ensuite au service de l'Angleterre. Il est de l'expédition des Antilles, laquelle s'empare de la Martinique et de la Guadeloupe (il était propriétaire dans cette île par son épouse).

A la première Restauration, il revient en France avec Louis XVIII et reçoit le grade de lieutenant-général. Il trouve son domaine sur la commune de Termes vendu et son château démoli. Il est d'abord membre de la commission des secours accordés par le ministère de la Maison du Roi aux émigrés. Il devient ensuite gouverneur de Toulon. Lorsque Napoléon revient de l'île d'Elbe, ses troupes se déclarent pour l'empereur. Il se retire en Piémont.
En 1816, le roi étant revenu sur son trône, il est nommé gouverneur de Guadeloupe. Puis gouverneur du château des Tuileries.

Les VILLELONGUE

Maison du Rethélois, malgré un nom qui évoque davantage le Languedoc ou le Roussillon. . Gauzelin de VILLELONGUE prit part à la septième croisade dirigée par Saint Louis.

Ils ont été seigneurs de Nouvion sur Meuse, Wasigny, Dommery, La Raminoise, Villers devant Raucourt, Hardoncelle, Guignicourt, Arnicourt, Saint-Morel, Bertoncourt, etc.

[François Louis] reste installé sur ses terres en Thiérache pendant toute la Révolution. Sa mère effectue un prudent voyage à Spa pendant la Terreur.
Quelques cousins émigrent. Un autre, [le colonel de VILLELONGUE] continue d’exercer. Mais il n'a plus la confiance du ministère de la Guerre du fait de ses origines aristocrates, et il perd le commandement de l'école du Génie de Mézières, destitué par un de ses anciens élèves, Lazare CARNOT. Un autre encore, [Pierre Joseph] est un camarade du jeune Napoléon BONAPARTE à l'école militaire de Brienne.

Les MAILLART

Maison originaire de la région de Liège, elle se met au service du Roi de France et s'établit dans les Ardennes en 1363.

L'origine du nom vient d'un des ascendant de cette lignée, Jean (Coley) dit le Grand Maillart, pour son maniement ... de la massue.
Surnommé aussi le grand Hutois, il est, en pays liégeois, gentilhomme du comté de Huy. Il se distingue par sa vaillance au service de l'Evêque de Liège, qui le fait chevalier, favorise son mariage et le dote. Mais il perd la vue, les deux yeux crevés, dans un combat contre les Frisons en 1017 (son infirmité est à l'origine du jeu de colin-maillard).
Un de ses descendants, Henri de MAILLART accompagne Du GUESCLIN en Castille, dans son expédition au service du roi Charles V. C'est le premier à se fixer aux frontières de la Champagne.

Pendant la Révolution, un des descendants de cette lignée, [César Hector de MAILLART] a de grandes difficultés à se soustraire aux requêtes des gens de Landres. Ceux-ci veulent en effet le mettre à leur tête pour combattre ... les Prussiens venus restaurer la monarchie absolue.

Finalement, il abandonne cette situation ambigüe, quitte le pays et émigre à Munster en Allemagne. Il rejoint les troupes du Comte d'Artois; Ses biens sont saisis par les révolutionnaires et deviennent des biens nationaux, vendus en tant que tels.
Le château de Landres est vendu en 1796 à Jean Baptiste TRICOURT, imprimeur à Mézières, qui le démolit complètement, condition impérative mise à la vente.
Le château de Landreville est adjugé un an plus tôt à Jean Baptiste Lambert LOMBART, maître des forges de Fléville et de Chéhéry, qui l'achète avec toutes ses terres. Ce château est laissé à l'abandon, alors qu'il aurait dû être détruit de même. En 1815, ce château est pillé par les Russes. Il sera racheté par le fils de César Hector de MAILLART.

Les BEFFROY

Famille ancienne, de tradition militaire. Leur devise : HONOR AD ARMA

D'aucuns pensent que cette famille est originaire d'Allemagne et descend de la Maison de Beffrid;
d'autres soupçonnent une branche de l'illustre Maison de Beauffremont, dont le nom, jusqu'au XVe siècle, s'est orthographié de Beffroymont;
D'autres enfin supposent une origine anglaise, de part la singularité dans la pièce principale de ses armoiries, la position de la queue du lion qui n'est pas usitée dans les blasons français mais se rencontre fréquemment en Angleterre.

Les BEFFROY portent les titres de seigneurs de la cour de Beffroy, de Vrizy, de la Grève, de Germont, de Beaurepaire, d'Haudrecy, de Novion, de Vaux-lèsRubigny, de Vaudancourt, de Logny, de Crévecœur, de Sauceuille, de Servion, de Havy, d'Hardoncelles, de Remilly, barons de Montigny, d'Equaucourt, de Le Hérie et d'Olizy, en Champagne.

A la Révolution, les BEFFROY installés au château d'Hardoncelle et au château de La Grève,émigrent., notamment [Louis Antoine de BEFFROY]. Les révolutionnaires détruisent le château de la Grève mais respectent celui d'Hardoncelle.

Plusieurs autres membres de la famille restent en France et combattent dans les armées de la République puis de l'Empire. C'est le cas par exemple d' [Antoine Ferdinand de BEFFROY] trop jeune au moment de la Révolution mais qui s’engage dans les troupes impériales.


L'ancien militaire [Louis Paul de BEFFROY] qui avait quitté le service en 1785 avec le grade de capitaine et vivait chichement en concubinage avec ... sa cuisinière, reprend les armes. Il combat notamment en Vendée contre … les chouans et les royalistes, et devient général. Mais sa qualité d'ancien noble lui vaut quelques méfiances et il doit renoncer à cette curieuse deuxième carrière. Peut être échappa t-il au sort du [citoyen-général LESCUYER], arrêté au moment de la trahison de DUMOURIEZ et guillotiné. .

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Les REGNIER

Maison originaire de Thiérache, implantée en particulier à Vrigneux en Thiérache, et sur un lieu-dit à proximité, Hocquet,. Ils sont au XVIIe siècle au service du duc de Bouillon.

Ils deviennent seigneurs de Rocan, en Ardennes, par alliance avec les ESCANNEVELLE. Ce sont des militaires dont la vie est très éloignée de celle de la noblesse de cour..

En mars 1789, [François IV de REGNIER], modeste seigneur de Vrigneux en Thiéache et de Rocan, se retire de l’armée après 43 ans de bons et loyaux services et s’installe dans le rocailleux château de Rocan, sur la paroisse de Chéhéry. Ce même moi de mars 1789, les habitants de la paroisse rédigent leurs cahiers de doléances. Ces cahiers ne s’en prennent pas à l’autorité seigneuriale et s’ils réclament des fusils, c’est contre les loups : "pour la tranquilité de la paroisse, il seroit bien nécessaire que six notables habitants soient armés de fusils pour la défense de la paroisse, tant contre les bêtes enragés que contre les mal vivants ".

La commune de Chéhéry suit ensuite les événements parisiens , la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges et des droits féodaux, la vente des biens du clergé, le serment imposé aux prêtres, la fuite du Roi et son arrestation à Varennes, en Argonne.

La situation est très tendue au début de l’année 1792. La ville de Sedan, à proximité, reçoit des renforts, des volontaires de toute la France, des Marseillais, des fédérés bretons, qui disciplinés et qui jettent l’effroi dans la population par leurs passiosn révolutionnaires.

La loi du 18 avril prononce la confiscation des biens des émigrés mais elle ne suffit pas à stopper les départs des aristocrates. De lourdes voitures suivent les chemins détournés et vont rejoindre par les villages de Stonne et du Chêne, la route de Reims à la frontière. Des dragons autrichiens protègent quelquefois ces convois à proximité d’Orval.

Le premier juin 1792, des coups de feux éclatent alors que les REGNIER sont en train de dîner dans leur château de Rocan. Des pierres sont projettés, des vitres volent en éclat. Ce sont quelques habitants de Chéhéry auxquels se sont joints des sans-culottes venus de Mouzon .
Personne n’est blessé, mais le départ est décidé.
Il se fait un beau matin, à pied. François de REGNIER est accompagné de son épouse et de ses cinq enfants, dont le plus grand a dix ans. L e plus petit a trois ans et c’est [Charles François Henry], grand-père du futur poète Henri de REGNIER. On marche vers l’Est par les chemins de terre, jusque la tombée de la nuit. Là, une halte se fait quand un bruit de chevaux réveille toute la famille. Ce sont des moines de la Chartreuse de Mont-Dieu qui se dirigent aussi vers la frontière, en évitant les villages de Douzy et Escombre jusque Muno. Ils emmènent avec eux les fugutifs. Un cousin de François de REGNIER, [ Joseph DESSAULX], reste à Ballay, où il est né. En 1793, il est arrêté comme de nombreux autres ci-devants et enfermé pendant plusieurs mois, au Mont-Dieu, justement, l’abbaye ayanyt été convertie en prison, en tant que suspect, et sous prétexte d'émigration, malgré ses justifications, pour être sorti quelques jours du territoire. Il occupe avec sa femme et ses deux enfants la cellule n°33.
Parvenu au Luxembourg puis en Allemagne, François de REGNIER se rend à Coblenz dans l’Armée des Princes.. Après la campagne sans gloire en Lorraine et Argonne, et la dissolution de cette armée des Princes à Arlon, il se rend en Autriche, séjourne chez le prince de Lichenstein puis gagne Vienne. Lui et sa famille y vit misérablement, il taille des sabots et les vend de porte en porte et sa femme fait des lessives… Pendant ce temps, la commune de Chéhéry prend fait et acte de son émigration. Une grande partie des biens de la famille deviennent biens nationaux. Le 2 brumaire de l’an X (octobre 1801), sa femme rentre en France avec sa fille Charlotte Louise Françoise., âgée de 16 ans. Elles obtiennent leur radiation de la liste des émigrés et s’installent à Ballay chez les DESSAULX. Un an après, Charles François Henry et ses deux sœurs encore vivantes, Charlotte Marie Françoise Sophie et Françoise Victoire obtiennent un certificat d’amnistie. que n’obtient pas immédiatement leur père. A la Restauration, François de REGNIER tente de rentrer en possession de certains de ses biens . Lorsqu’il meurt en septembre 1825, la loi dite du milliard des émigrés vient d’être promulguée. Cette loi vise à indemniser les ci-devants spoliés pour avoir émigré mais c’est aussi un moyen de calmer les craintes des acheteurs des biens nationaux de perdre les propriétés acquises. Les aristocrates reçoivent des rentes de 3 %.. Entretemps, François de REGNIER s’est fixé à Lalobbe et y a acquis le château d’en haut, sa fille mariée à François de sales des LYONS achetant dans cette même commune le château d’en bas.

Les CHAMISSO

Maison originaire de Lorraine. Seigneurs de plusieurs fiefs en Argonne, et en Ardennes d'Andevanne et des Horgnes. C'est une famille aux moyens modestes même si elle peut se prévaloir d'alliances matrimoniales avec les meilleures lignées de la région.

En mai 1792, un peu moins d'un an après l'échec de la fuite de Varennes du roi, la situation des aristocrates devenant de plus en plus précaire, la famille CHAMISSO quitte le château de Boncourt, et s'enfuit vers le Nord. Après un passage par les Flandres, la Hollande, puis l'Allemagne avec Düsseldorf, Wurtzbourg, Bayreuth, cette famille de modestes aristocrates s'installe à Berlin.
Le père,Louis Marie de CHAMISSO devient l'aide de camp du maréchal de Broglie dans l'armée des Princes. Le reste de la famille s’installe à Berlin et vit fort modestement. Le plus jeune enfant [Louis Charles Adelaïde] change son prénom en Adelbert.

En janvier 1793, le château de Boncourt est livré aux démolisseurs et disparaît. Bien plus tard, Adelbert von CHAMISSO écrira un poème, appris par coeur par des générations de lycéens allemands, « Das Schloss Boncourt », évoque le château familial rasé par la Révolution :

«C'est ainsi, château de mes pères,
Que tu vis toujours en mon coeur,
Alors que rien de toi ne reste,
Qu'une terre où va la charrue.
»

Toute sa vie , ce château lui reviendra en tête, avec une grande précision. Trente ans après sa disparition, il écrit ainsi à sa soeur : «Récemment j'ai peint dans ma mémoire le jardin, jusqu'à la plus petite courbe de l'allée la plus éloignée, jusqu'au moindre buisson, et ma force d'imagination était si vive qu elle me représentait avec la plus grande précision tous ces détails intacts. J'étais hors de moi ! » .

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Pour survenir aux besoins, les enfants CHAMISSO entrent comme miniaturistes à la fabrique royale de porcelaines. Le plus jeune, Adelbert, a la chance d'être admis comme page au service de la reine Frédérique Louise. La reine,très soucieuse de l'éducation de ses pages, le fait entrer au lycée français de Berlin où CHAMISSO a ses premiers contacts avec la colonie, c'est-à-dire les protestants français ayant trouvé refuge à Berlin après la révocation de l'édit de Nantes, en 1685. La colonie est un milieu très fermé. CHAMISSO s'y fait des amis qu'il gardera jusqu'à la fin de sa vie, comme Friedrich de La MOTTE-FOUQUE. C'est là qu'il fait connaissance avec la littérature allemande contemporaine,et ses auteurs, KLOPSTOCK, SCHILLER, et avec la philosophie de Moses MENDELSSOHN.

La question de son devenir se posant pour lui du fait des circonstances, le jeune Adelbert entre dans l'armée prussienne en 1798, comme enseigne dans le régiment d'infanterie de Götze, alors en garnison à Berlin. Il sert pendant huit ans. C’est là qu’il apprend véritablement l’allemand.

En 1801, sa famille revient en France. Son père, et ses frères et soeurs. Sa mère était déjà rentré dès 1797. Elle s’était installé dans un modeste garni du faubourg Poissonnière à Paris et avait adressé une supplique au Directoire dans laquelle elle réclamait à la Nation la liquidation de tous ses apports personnels en mariage, puisque son mari avait émigré et que ses biens avait été vendus. Elle signait citoyenne Marie-Anne Gargam, femme Chamisso-Boncourt. Elle reprenait ainsi un stratagème utilisé par le frère de son mari, [ Louis Charles de CHAMISSO] et sa maîtresse Catherine LAUER pour récupérer une partie de leur biens vendus comme biens nationaux.

Un moment hésitant, Adelbert décide de rester en Allemagne. Pendant qu'il est en garnison à Berlin, il fréquente les salons littéraires juifs berlinois et notamment le plus célèbre, celui de Rahel LEWIN, future femme de son ami August VARNHAGEN. La question de l'assimilation et de la conversion qui concernent autant CHAMISSO, bien que non juif, tourmente au plus haut point Rahel VARNHAGEN.

Son engagement dans l'armée prussienne est remis en question par la capitulation de l'armée prussienne. Avait-il vraiment la vocation militaire ? Prisonnier, libéré sur parole, il se rend en France, mais ses deux parents sont morts. Il passe en Argonne participer aux vendanges avec ses cousines .En décembre 1806, il est à Paris, chez son frère Hippolyte, d'où il écrit : "Je hais la France, et l'Allemagne n'est plus et pas encore".

Cette Allemagne qui n'est plus, c’est l'Allemagne politique, démembrée par les Français. Et l’Allemagne qui est en train de naître, c’est cette Allemagne intellectuelle qui, depuis GOETHE, séduit tant, cette Allemagne idéale, cosmopolite, romantique, mère de tous les arts et de toutes les sciences, cette Allemagne destinée à jouer dans le monde le rôle d'une Hellade moderne.

Aldebert séjourne aussi chez son frère Charles à Vertus, et chez sa soeur Louise à Troyes. Il retourne ensuite à Berlin. Berlin se trouve alors sous occupation française. Ses amis allemands sont tous devenus patriotes, animés par un esprit de revanche, le cosmopolitisme est suspect. On lui montre une certaine mauvaise humeur, on lui reproche son caractère abrupt et taciturne, sa tabagie. Les années 1808-1809 sont pour Chamisso des années difficiles.

En octobre 1808, il écrit : "Au demeurant, le monde m'est de toutes parts fermé comme avec des planches clouées, et je ne sais ni d'où partir ni où aller". Il se réfugie chez son ami Édouard HITZIG, à Berlin, chez qui il passe deux années dans le désoeuvrement et l'angoisse. Il dit de lui-même qu il est la bête la plus passive du monde.

En 1810, après la paix de Tilsitt, il est à nouveau en France. Il espère un moment un emploi au lycée de Pontivy (Napoléonville) puis à Paris aux Archives impériales. Sans succès. Dans une lettre à sa soeur, il écrit : "On vit très bien à l'allemande ici à Paris." Il fréquente, en effet, la colonie allemande de Paris "car nulle part je n'ai été plus lourdement allemand" qu'en France. Il y rencontre Alexandre von HUMBOLDT qui le fascine avec la découverte de la "physionomie étrangère de la création qui nous est inconnue". Dans un milieu caractérisé par une grande liberté sexuelle, il a une liaison avec Helmina von CHEZY qui "a deux enfants et plus de maris". Il vit ainsi quelques semaines de bonheur intensif.

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C'est à ce moment-là qu'il rencontre Madame de STAEL. Napoléon, après l'avoir exilée une première fois, l'avait autorisé à s'installer au château de Chaumont, où CHAMISSO passe un long moment. À Chaumont, il est en bonne compagnie, il y a Wilhelm SCHLEGEL, Juliette RECAMIER, Mathieu de MONTMORENCY, des artistes scandinaves, des peintres italiens, des hommes de lettres de toutes langues. Voici ce qu'écrit CHAMISSO : "Ma patrie : je suis français en Allemagne et allemand en France, catholique chez les protestants, protestant chez les catholiques, philosophe chez les gens religieux et cagot chez les gens sans préjugés ; homme du monde chez les savants, et pédant dans le monde, jacobin chez les aristocrates, et chez les démocrates un noble, un homme de l'Ancien Régime, etc. Je ne suis nulle part de mise, je suis partout étranger, je voudrais trop étreindre, tout m'échappe. Je suis malheureux Puisque ce soir la place n'est pas encore prise, permettez-moi d'aller me jeter la tête la première dans la rivière." Après un bref séjour en Vendée chez le préfet BARANDE, CHAMISSO retrouve Madame de STAEL exilée en Suisse par ordre de l'empereur, après la publication de son livre De l'Allemagne. Là, il commence, lors de grandes marches à pied, à s'intéresser à la flore.

En août 1812, il est de retour en Allemagne, et s'inscrit à l'université de Berlin, nouvellement fondée, pour y étudier la médecine et les sciences naturelles. L'étrange histoire de Peter Schlemihl est écrite durant l'été 1813, et publiée l'année suivante. Lorsqu'en 1815 on lui offre de prendre part comme naturaliste à un voyage autour du monde, il accepte sans hésitation. Il s'agit d'une expédition russe qui a pour but de trouver un passage vers le Pacifique par le Grand Nord. CHAMISSO a trente-cinq ans et part explorer le monde comme géographe, géologue, météorologue, botaniste, zoologue, ethnographe et linguiste. C'est dans ces domaines qu'il va exceller pendant son voyage de trois ans et qu'il va publier à son retour. Dans la mer de Behring, il existe encore à l'heure actuelle une Chamisso-Island. Plus il s'éloigne, plus son attachement à l'Allemagne lui devient clair. En 1816 il écrit à son ami HITZIG, du Chili, le 25 février : "Berlin, grâce à toi, est devenu pour moi le pays de mes pères et le nombril de mon univers, d'où je suis parti pour exécuter mon périple, pour y revenir et y étendre en un repas léger mes os fatigués, quand le temps viendra, si Dieu le veut." À son retour, il publie un article sur le mode de reproduction d'une sorte de salpiens ( petits escargots de mer) qui lui vaut le titre de docteur honoraire de la faculté de Berlin. Il est nommé conservateur de l'Herbarium royal de Berlin, et ensuite directeur du Jardin botanique. Il devient célèbre comme navigateur et naturaliste.

CHAMISSO écrit aussi, à usage privé, des poèmes aimables sur la famille, les étapes de la vie, tel Amour et vie de femme (Frauenliebe und -leben). Le ton en est naïf, teinté d humour, la veine un peu fade et traditionaliste. En 1827, à l'occasion d'une réédition de SCHLEMIHL, Chamisso se décide à publier ses poésies. C'est un grand succès. En mai 1827, il écrit à Louis de La FOYE : "Ce que l'on souhaite dans sa jeunesse, on l'a en plénitude dans l'âge mûr, je crois que je suis un poète d'Allemagne". Et quatre ans plus tard : "Le peuple chante mes chansons, on les chante dans les salons, les compositeurs en sont fous, les jeunes les déclament dans les écoles, mon portrait est placé après GOETHE, TIECK, et SCHLEGEL, à la quatrième place dans la série des poètes allemands contemporains, et de belles jeunes dames me pressent pieusement la main ! Qui aurait pensé tout cela dans nos vertes jeunes années !"

En 1819, il épouse une jeune fille de 17 ans (il en a trente-sept), Antonie PIASTE dont il dit qu'elle ressemble à la fois à la Vierge et à l'enfant. Ils auront sept enfants. À la naissance du premier, Ernst Ludwig Deodatus, il écrit à La FOYE : "Je l'ai, selon la coutume du pays, fait baptiser dans la religion protestante." Il voyage à Hambourg, dans la famille HERTZ, l'une des maisons juives qu'il fréquente depuis longtemps. Marianne, la jolie et vive maîtresse de maison, le reçoit si chaleureusement que l'année suivante naît, dans la famille HERTZ, un garçon, Wilhelm HERTZ en même temps que naît dans la famille CHAMISSO un garçon, Max von CHAMISSO, tous deux fils d'Adelbert. Enfin, en 1826, il est de nouveau en France, pour récupérer la somme qui lui revient sur les réparations accordées à sa famille pour les dommages subis pendant la Révolution. C'est sa part du fameux milliard des émigrés. Il meurt en 1838, vraisemblablement d'un cancer du poumon, quinze mois après sa femme, morte de tuberculose.

 2 - Les relais traditionnels du Pouvoir Royal

Un certain nombre de familles ont longtemps servi de relais privilégié entre le Roi et la noblesse de la Champagne et des Ardennes. Il s’agissait pour le pouvoir central, très marqué par les désobéissances constatées durant la Fronde, deux siècles auparavant, de disposer de points d’appui fiables et influants dans ectte région stratégique, et de tenir les principales places fortes. Ce n’était point des emplois honorifiques en Cour qui leur étaient réservés mais des postes de commandement dans l’armée et des fonctions de gouverneur.
Les JOYEUSE à Grandpré, les NETTANCOURT, les ANGLURE, les LENONCOURT, les ASFELD puis les POUILLY et les AMBLY ont joué ce rôle.
Ils se retrouvent très naturellement au premier rang au moment de la Révolution.

Les POUILLY

Cette maison a pris son nom d'un château situé à trois lieues de Stenay. Ce sont des descendants de la famille d’Ardenne dont ils conservent les armes.
Armes d'argent au lion d'or, couronné, armé et lampassé de gueules.
La branche aînée a fait souche en Ardennes, ils sont seigneurs de Cornay, de Fléville, de Marcq, baron de Lançon, de Montgon et Mélimé, de La Francheville, de Châtillon sur Bar. Une autre branche dite d'Isnor ou d'Inor, s'est davantage développée sur la rive droite de la Meuse, d'Inor à Louppy mais a détenue également les fiefs d'Escombres, de Pouru-Saint-Remy, d'Autrecourt, etc.

La branche aînée de Cornay voit sa terre élevée en baronnie par Louis XII en 1508 et ne cesse de servir la France par les armes, sous tous les régimes qui se sont succédé. Parmi les personnages marquant, on peut citer Henri, combattant des guerres d’Italie avec Charles VIII et chambellan de François 1er, Louis II, compagnon de guerre d’Henri IV César, tué à Turckheim à la tête de la cavalerie de Turenne, Jean, gouverneur de Mézières, fait marquis de Lançon par Louis XIV)
Cette famille en partie protestante pendant les guerres de religion est appréciée de Henri IV mais sait aussi se montrer fidèle à son successeur Louis XIII.
[Charles de POUILLY] émigre en 1792, entrainant son régiment, comme son frère [Anselme Louis]. Il sert dans l'armée de CONDE jusqu'en 1801. Il rentre en France en 1802 et se marie l'année suivante.
Leur soeur, [Louise] épouse un brillant militaire roturier des jeunes armées révolutionnaires, Jean Baptiste LORCET, qui participe à la pacification de la Vendée et deviendra général et baron d’Empire. Leur mère, [Louise de LARDENOIS de VILLE] reste en France, installée fermement dans le château de Cornay. Elle essaye « en bonne citoyenne » de tenir la maison et de maintenir un lien entre les membres de sa famille, catholiques, protestants ou athées, royalistes ou bonapartistes.


Le château de Cornay n’est ni réquisitionné ni saisi. Après la Restauration de la monarchie, il redevient le point d'ancrage en Ardennes de cette branche des POUILLY, une branche qui reste fidèle à sa vocation militaire et qui sert loyalement les différents régimes à la tête de l’Etat.

Bien des années plus tard, au XXe siècle, le général Henri de POUILLY, placé à la tête du corps d'armée d'Oran, sauvera probablement la République, avec quelques autres militaires , lors du putsch des généraux en juin 1961 à Alger. Il mettra de coté ses doutes sur la politique algérienne du président, le général de GAULLE, pour ne retenir que son devoir de fidélité à l’Etat. Et ceci bien qu'un de ses fils, lieutenant servant lui aussi en Algérie, ai été assassiné par le F.L.N. quelques années plus tôt.
Il affirmera cette position de fidélité et d'obéissance au pouvoir politique, entraînant dans son sillage ses subordonnés et ses troupes à Oran, alors qu’une grande partie de la hiérarchie militaire reste dans l’expectative, évitant de prendre partie. Et il ira courageusement s’en expliquer avec l’un des putschistes, le général CHALLE, qui le connaît bien et qui l’a appellé à Alger. Il sera arrêté en sortant de cet entretien sur ordre d’un autre général putschiste. .

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La branche cadette, fidèle également au métier des armes, est restée attachée aux ducs de Lorraine. Elle compte en particulier sept gouverneurs de Stenay dont le plus connu, Simon de Pouilly, occupe la charge de maréchal du Barrois et est le proche conseiller du duc Charles IV.

La Révolution éclate. [Albert Louis de POUILLY], officier supérieur "de grande distinction" , admis aux honneurs de la Cour à Versailles, est député de la Noblesse aux Etats Généraux de 1789. Il est du nombre des députés de l'Ordre de la Noblesse qui adhérent à la mesure de la suppression des droits féodaux et au rachat des redevances seigneuriales. Croit-il encore à une réconciliation entre la France et son Monarque ?
Mais il émigre en juillet 1790. Le Prince de Condé, exilé à Turin dès septembre 1789, vient de publier un manifeste invitant l’aristocratie à se ranger sous son étendard : « Oui, j’irai, malgré l’horreur que doit naturellement inspirer à un descendant de Saint-Louis l’idée de tremper son épée dans le sang des Français, j’irai à la tête de la noblesse de toutes les nations et suivi de tous les sujets fidèles à leur Roi qui se réuniront sous nos drapeaux, j’irai tenter de délivrer ce monarque infortuné ».


Albert Louis de POUILLY devient l'un des commandants de la coalition (constituée en août 1791 par l'Autriche, la Prusse et quelques centaines d'émigrés menés par le frère du Roi de France). Installé à Luxembourg, il est chargé de recevoir les émigrés et de leur faire délivrer des passeports pour renforcer les troupes de la coalition. Le Prince de Condé est à Worms et le comte d’Artois à Coblenz.
Il reçoit à cette occasion la Croix de commandeur de Saint-Louis. Envoyé ensuite á la Cour de Berlin, comme représentant des Princes Français, il accompagne en qualité d'ambassadeur de ces derniers le Roi de Prusse dans la campagne de 1792 en Argonne. Deux de ses fils l'accompagnent (Albert et Emmanuel) à qui il fait prendre dorénavant le nom de MENSDORFF (emprunté à une dépendance de son comté de Roussy) afin que ces derniers ne soient point reconnus s'ils viennent à tomber entre les mains des "bleus". Un de ses grands amis, son cousin Guy-Augustin de La PARRA, chevalier de Salgues, est tué au combat de Constance à la tête de son régiment, descendant d'Aubertin. En 1800, il décède en Allemagne, à Miltenberg, où sa famille s'est retirée en quittant le Luxembourg.

Désespérant des Rois de France que sa famille a servis pendant plusieurs siècles, son fils [Emmanuel] décide de s’attacher à une nouvelle lignée, celle dont est issue la reine Marie-Antoinette. Il donne naissance aux MENSDORFF-POUILLY. Exilé dans le village de Mensdorff au Luxembourg, il en a adopté le nom sur le conseil de son père. Il exerce par la suite de hautes responsabilités militaires puis politiques dans l’empire austro-hongrois. Il épouse le 22 février 1804 la princesse Sophie de SAXE-COBOURG-SAALFELD.

Leur fils Alexandre de MENSDORFF-POUILLY est un grand serviteur de l’Autriche, ministre des affaires étrangères en 1864-1866 et ministre-président de l'empire d'Autriche. .

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Les AMBLY

Cette famille, d’origine chevaleresque, est issue des Ardennes Walonnes, et en particulier de Franchimont . Plusieurs de ses membres ont participé aux croisades. Regnault d’AMBLY, seigneur d’Ambly, de Perthes, d’Olisy, de Beaufort, de Malmy, de Marigny, de Vendres, de Vassy, fut surnommé Angoulevent par le Roi Saint-Louis, pour avoir battu les Sarrasins malgré le vent contraire.

La terre d’Ambly, dans le Rethelois, est érigée en marquisat en récompense des services de [ Claude Jean Antoine d’AMBLY], maréchal des camps et armées du Roi., nommé également gouverneur militaire de Reims.

Le 27 mars 1789, ce Claude Jean Antoine d’AMBLY est élu député de la noblesse aux Etats-Généraux par le bailliage de Reims. Lors des séances de cette assemblée à Versailles, il soutient avec opiniatreté les privilèges de son ordre. Dans la séance du 30 juin 1789, suite à la réunion des trois ordres, il remet au président la protestation suivante : « Le marquis d'Ambly, député de la noblesse du bailliage de Reims, déclare que les cahiers lui enjoignent d'opiner par ordre, et, en conséquence il demande acte de la présente déclaration, ne pouvant prendre part aux délibérations des Etats-Généraux tant que ses commettants ne lui aient donné de nouveaux pouvoirs soit à lui ou à toute autre».
Le 7 août 1789, il demande que le droit de chasse soit réservé à ceux qui possèdent "une certaine quotité de terre» ". "En Angleterre, complète-t-il, les propriétaires seuls d’un fonds de cent guinées peuvent porter un fusil".
Le 18 novembre, il émet le souhait que les députés nommés par chaque assemblée de département soient exclusivement choisis parmi les éligibles du département électeur.
Le 2 décembre 1789, MIRABEAU ayant pris la défense de GOUY d’ARCY qui avait dénoncé le ministre de la marine et soutenu qu’un député ne pouvait être réputé calomniateur, le marquis d’Ambly propose d’exclure tout député qui ferait une dénonciation sans preuves, et provoque en duel Mirabeau "Élevé, dit-il, dans les camps depuis l’âge de douze ans, je n’ai point appris à faire des phrases, mais je sais faire autre chose. L’honneur me dit et m’ordonne de soutenir qu’une dénonciation sans preuves est une injure dont ne doit jamais se charger un député. " Ses propos cause un grand tumulte dans l’assemblée. Au passage, il taite Monsieur de MIRABEAU de "grand gueux ".
Adjoint, sur sa demande, dès le 15 décembre 1789, au comité militaire, il intervient à pluiseurs repriss sur ce sujet. Il s'exprime sur les pensions, et dénonce l'insurrection du régiment de Royal Champagne.
Le 25 janvier 1790, il demande encore, de concert avec MM. d'ESTOURMEL et de BOUVILLE, la question préalable sur une proposition de Robespierre, tendant à différer, jusqu'à l'établissement de l'égalité politique entre toutes les parties du royaume, l'exécution des dispositions concernant la nature et la quotité des contributions.
Le 19 juin, il s'élance à la tribune pour protester contre le décret qui abolit la noblesse.
Le 13 juin 1791, il s'oppose au serment proposé pour l'armée. Et s'il prête lui-même ce serment de fidélité, le 21 juin 1791, il rappelle à cette occasion que les Jacobins l'ont rayé de la liste des lieutenants généraux: "Je suis fort âgé ; j’avais demandé à être employé, et j’avais été mis sur la liste des lieutenants généraux ; j’ai été rayé par les jacobins, qui ont substitue à ma place M. de Montesquieu. Cela m’est égal ; ma patrie est ingrate envers moi ; je jure de lui rester fidèle".
Dans l’une des dernières séances de cette longue session, le marquis d’AMBLY ayant informé l’assemblée que "la populace" a exercé des violences dans une de ses terres où se trouvent sa femme et son fils, le député CHABROUD fait observer froidement qu’il doit pour cela s’adresser aux tribunaux, et l’on passe à l’ordre du jour. Il émigre aussitôt après la session
Il quitte la France, et fait, malgré son serment de fidélité, la campagne de 1792, au sein de l'Armée de Condé. Il y retrouve ses cousins Gaspard Hardouin François d’AMBLY et Eugène Charles Antoine d’AMBLY. .Mais, compte-tenu de son grand âge, il doit cesser assez vite de participer à ces opérations militaires. Il décède à Hambourg en 1798.

 3 - Aristocrate et révolutionnaire

La Maison d’AVERHOULT est originaire d’Artois, avant de s’installer en Ardennes. Elle est alliée en particulier aux SCHULEMBERG, comte de Montdejeux, et était plus proche des Princes de Sedan que des Princes de Condé. A la mort de Jean d’AVERHOULT, en 1691, son épouse quitte la France pour la Hollande, désirant élever ses enfants dans la foi calviniste.

[Jean Antoine DAVERHOULT] est son petit fils et il est né à Utrecht en 1756. Il participe en 1787 aux troupes des "patriotes", ces républicains bataves opposés à la Maison d'Orange. Cette révolution des patriotes déclenche un grand nombre de turbulences en Hollande : commentaires politiques, lettres ouvertes, dénonciations, plaintes. Elle provoque la naissance d'une presse politique dont quelques journaux sont diffusés sur le territoire des Pays-Bas tout entier,. Chaque ville et nombre de villages créent des milices patriotes qui parviennent en quelques années à organiser un réseau national
Jean Antoine d’AVERHOULT est élu membre du nouveau conseil municipal d'Utrecht et dirige en tant qu'officier les troupes bourgeoises contre les orangistes, avec un certain succès dans un premier temps. Mais il doit quitter ce pays après l'intervention prussienne. Il se réfugie en France, le pays de ses ancêtres, et se fait naturalisé français.

En 1789, il se déclare en faveur de la Révolution et crée un régiment hollandais pour défendre la France. Après la fuite de Varennes, il veut encore croire à la sincérité du roi ainsi qu’à son attachement au nouveau régime.
Il est un des fondateurs du club des Feuillants à Paris en 1791. Il devint administrateur du département des Ardennes, puis, le 31 août 1791, est élu dans ce département, le 3e sur 8, avec 250 voix sur 337 votants, comme député de l'Assemblée Législative.
Il siége parmi les modérés, et rejoint les rangs du parti constitutionnel, contre les jacobins. Le 27 novembre 1791, il presse l'assemblée d'exiger des électeurs de Trèves et de Mayence la dissolution des corps d'émigrés qui se rassemblent chez eux, mais il s'oppose, le 16 décembre, à la mise en accusation du cardinal de ROHAN, parce que, comme prince de l'Empire, il avait le droit de lever des soldats.
Le 8 janvier 1792, il est nommé président de l'Assemblée. Le 14, il dit que "sous le règne de la liberté, le peuple a le droit de prétendre, non seulement à la subsistance, mais encore à l'abondance et au bonheur". Le 25, il émet l'opinion que l'empereur Léopold veut moins déclarer la guerre à la nation française qu'à la philosophie, et demande qu'on laissât aux lumières le soin d'éclairer l'univers. Il vote d'ailleurs pour la guerre, parle sur la peine à infliger aux déserteurs, propose l'ajournement de la discussion sur la garde du roi, s'oppose à la formation d'un camp sous Paris, inculpe la municipalité de Paris, défend son ami LAFAYETTE contre GUADET, et se rapproche de plus en plus du parti de la cour.

Le 12 avril 1792, il salue ses compatriotes bataves en ces termes :
« Messieurs, en Hollande où la Constitution française est adorée de tous les amis de la liberté, deux poètes, M. Bernard Bosc et Mlle Pétronille Moëns, une jeune fille de 20 ans, aveugle depuis sa cinquième année, ont composé des pièces en vers hollandais sur les principes de la Constitution française. Ils ont dédié leur ouvrage à l'Assemblée nationale et au roi qu'ils appellent les premiers représentants d'un peuple libre, et m'ont chargé de faire l'hommage d'un exemplaire à l'Assemblée nationale. »
Ce témoignage public d'attachement à la Révolution française est accueilli par des applaudissements et sanctionné par l'inscription dans les procès-verbaux. Il est signalé aussi dans la presse néerlandaise.

Après avoir protesté, à plusieurs reprises contre les événements du 20 juin (la marche des sans-culottes sur les Tuileries), il fait rendre un décret répressif contre les sociétés populaires, insiste pour la punition de PETION et de MANUEL, et, le 26 juillet 1792, donne sa démission de député, en annonçant son départ pour l'armée, où il vient d'être nommé colonel. Son souhait est de défendre la liberté, à la tête de son régiment, sous les ordres de LAFAYETTE, auquel il est doublement attaché comme patriote français et comme patriote batave. Mais le pouvoir est désormais aux mains des jacobins qui se méfient de LAFAYETTE.

Quelques jours plus tard, THURIOT rend compte à l'assemblée que d'AVERHOULT, ayant voulu passer à l'étranger, a été rencontré par des moissonneurs près de Sedan, et qu'il s'est brûlé la cervelle au moment où on voulait l'arrêter. Une autre version est qu'il ait été assassiné. Il semble en fait qu'il y ait eu une première arrestation , qu'il ait réussi à s'échapper, et que, sur le point d'être repris, il se suicida.

 4 - Et encore

Impossible de citer chaque famille : les GRUTHUS, les SAHUGUET, les EISTAGNOL, les MECQUENEM, les FLAVIGNY, les FINFE, les IVORY, les AYVELLES, les PAVANT, les ESCANNEVELLE, les BOURNONVILLE, les VERRIERES, etc


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