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Bienvenue sur l'arbre de mon petit fils, de mes enfants et de mes cousins. Merci de citer vos sources et ne rien copier sans vérifier !

Nella mia ricerca genealogica, mi piacerebbe trovare cugini di Sicilia. Si trovi antenati comuni sul mio albero, potete contattarmi, sarebbe un piacere. À presto per incontri genealogici.

 

 Chronique familiale



 La vie d'une bastide.


Je savais que mon ancêtre Antoine Chassaud habitait la Bastide Neuve à Cabriès. Je pensais que cette maison avait disparu depuis longtemps.

Un jour, une dame m'a contactée après avoir vu sur mon arbre généalogique et m'a appris que la bastide est toujours debout :

"j'ai fait 2 balades sur le plateau de l'Arbois. Et chaque fois en arrivant devant La Bastide Neuve, j'ai eu le souffle coupé devant sa beauté"

C'est ainsi que l'enquête a commencé avec cette dame qui est devenue ma complice.

Au cœur de ma Provence, entre les villages de Cabriès, Calas, Ventabren et Vitrolles, s'étend une langue de terre qui appartient à la commune d'Aix en Provence. Là où aujourd'hui, s'étendent la déchetterie et la gare du TGV, sur le plateau de l'Arbois battu par le mistral, se dressent les ruines imposantes de ce qui fut la Bastide Neuve. Ces ruines témoignent de l'ancienne majesté d'une propriété. Elle est composée de deux maisons qui devait faire deux étages. Elle est déjà présente sur les cartes de Cassini, (1756/1815) ce qui témoigne de son âge certain.

Sur place, le terrain est immense, deux cents hectares. Autour des maisons on retrouve un puits, une citerne, un four, un poulailler dans un enchevêtrement de broussailles, de buissons, entourés de chemins caillouteux et de prairies à l'abandon où coulent des ruisselets. Plus loin il y a encore la trace de l'aire de battage, les ruines d'une bergerie qui devait mesurer 600 mètres carrés. Entre les immenses murs de pierres taillées, se dressent un figuier, un amandier, des chênes kermès. Au sol de la maison, dans les gravas, une unique et énorme poutre est tombée de ce qui fut le premier étage. Les murs montent encore par endroit sur deux étages, avec des vestiges de fenêtres, de portes voutées, d'escaliers.

Après des recherches aux archives départementales d'Aix en Provence et au travers des actes de ventes, la vie de la Bastide Neuve se découvre petit à petit sous nos yeux.

L'acte de 1669 nous apprend que la Bastide Neuve a été construite avant 1668 au Sud du terrain, tandis qu'au Nord, se trouve déjà la bastide de Mion/Millon, plus ancienne, faisant elle aussi partie du domaine de Saint Girons.

Avant 1669, la Bastide Neuve appartenait à Alexandre de Saint Girons, père et fils qui la cédèrent à Pierre d'Olivary puis, à sa veuve, Sibylle des Martin de Puyloubier en échange de leurs créances. Elle devint ensuite la propriété de leur petit fils, messire Henry Honoré d’Olivary sieur de Camp Redon. Né le 16 septembre 1712, il était fils ainé de Charles d'Olivary et de Marie Marguerite Élisabeth de Grimaldi d'Antibes. Il est décédé le 24 août 1789.

Grâce à une carte transmise par "Les Amis du Vieil Aix" nous apprenons qu'en 1696, il n'y avait que vingt bastides dans tout le terroir d'Aix.

La description de la Bastide, en 1669 nous est donnée dans l'acte transcrit par un ami paléographe :

ladicte bastide neufve qui est du costé de levant séparé du restant par un vestibule concistant en une salle basse sur le devant et une escurye sur le dernier estant le tout encores imparfaict ny ayant que les fenêtres percées et ferrées en bonne et deube forme en ladicte salle basse qui est du costé du midy et levant ensemble sur les deux chambres qui sont au dessus d'icelles auxquelles il ny a ny dessus ny dessous aucung plancher ny ayant a celle qui est sur le devant que deux poutres et le couvert de la chambre qui reste au dessus boissé entieremant fors quelques travettes quy manquent et l'autre qui est sur le dernier vers le septentrion ny a que le plancher de la chambre qui reste aussy de ce costé de parachevé avec le couvert d'icelle lequel couvert de ladicte chambre qui est sur le devant ensemble le plancher que conviendra faire au dessus d'icelle sera faict et parachevé a frais communs avec le creancier qui se colloquera sur ladicte chambre qui est soubz le toit a scavoir 2 tiers desdict frais par ladicte dame d'ollivari et l'autre tiers par ledict creancier avons aussi colloqué ladicte dame sur la faculté de la montée du four qui est dans la cuisine de ladicte bastide pris en collocation par damoyselle Louise d'ARGUILLOSY femme dudict Maistre Sainctgirons soubs ladicte réserve et passage de la porte qui est sur le dernier pour aller à l'haire (aire) sur la faculté de laquelle aire avons aussi colloqué ladicte dame ensemble sur celle de ladicte chapelle qui est au devant de ladicte bastide soubs le titre (vocable) Saincte Magdellene et de tous les patis qui sont autour tant deladicte bastide que chapelle jusques au bout du jas faculté du puits qui est au commencement de l'autre vallon de Vantedou qui est au devant de ladicte bastide vers le midy et celle de la fontaine ditte d'Arboussiere pour abreuver le betail gros....

En 1746, il vendit la Bastide Neuve ainsi que le domaine, à Gaspard Martin qui meurt le 7 mai 1765 à la Bastide Neuve et en est dépossédé par exploit d'huissier en 1768.Le frère de Gaspard, Denis Martin décède le 29 avril 1765. Sa fille Thérèse a épousé Pierre Gazel qui n’est jamais ménager de la B.N. :

« ménager » 1773, « ménager de Callas » en 1774, « ménager » en 1775 et 1777, « berger » en 1779, 1781, 1783, 1785, « ménager à Calas » en 1787 « berger » en 1789.

Ce sont les enfants de ce couple qui sont par la suite propriétaires avec les Chassaud. Donc, ils le sont pour avoir hérité de leur mère, Thérèse (+5 juin 1809), fille de Denis. Thérèse a un frère qui reste célibataire une sœur qui décède jeune, une autre qui décède en couche dès son premier enfant et une autre sœur, Ursule dont la fille épouse Jean Paul Thomas MILLE. On retrouve les descendants Mille dans les recensements de 1866 et 1872.

Mon ancêtre, Joseph Chassaud, est né entre 1679 et 1683, et vit à Cabriès. Le jour de son mariage, en février 1718, il est surnommé "de la Tourre". C'est le quartier voisin de la Bastide Neuve.

Un de ses fils Pierre Chassaud, marié avec Marguerite Gazel, est ménager de la Bastide Neuve dès 1779, à la naissance de sa fille Marie Madeleine.

En février 1781, il signe devant notaire un pacte pour faire un "puis à frais commun à l'endroit où il trouverait de l'eau, soit sur le fonds dudit Mérentier, soit sur le fonds dudit Chassaud, frais d'entretien par moitié et usage en commun...", paie à Pierre Chassaud, la moitié de la dépense de creusement, d'empierrement de construction des murs d'appui. L'eau s'étant trouvée dans le fond dudit Chassaud qui en a fait la dépense.

Ce document nous dit que Pierre Chassaud et Sébastien Merentier étaient propriétaires chacun d'une partie de la Bastide Neuve en 1781.

Pierre Chassaud décède le lendemain de Noël 1781, à l'âge de 47 ans.

L'autre fils de Joseph, Antoine Chassaud décède en 1804. Sur l'acte de décès, il est qualifié de "propriétaire et ménager de la Bastide Neuve territoire d'Aix".

De retour aux archives départementales, nous fouillons les registres des notaires. Sur les pages jaunies et poussiéreuses, nous retrouvons un acte de vente.

Il est daté du 6 avril 1782 et nous apprend qu'Antoine Chassaud a acheté la Bastide à Maitre Mérentier,Sébastien Mérentier notaire, celui la même qui l'a acquis de Gaspard Martin. Mais dans cet acte, il n'en achète qu'une parcelle, 13 carterées, en mesures de cette époque.

En 1833, les trois fils d'Antoine vendent la Bastide Neuve à Jean Baptiste Stanislas Perret. Il y a Pierre, Louis et Jean, tous illettrés comme leur père. L'acte de vente nous apprend qu'elle ne leur appartient que pour moitié, l'autre partie étant aux frères Gazel. Et pourtant, ils vendent 260 carterées !

Les frères Gazel sont cinq, tous fils de Pierre Gazel et Thérèse Martin. En 1779, ils ont eu une fille, née en même temps que Marie Magdeleine Chassaud, et le curé ne dit pas qu'il habite à la Bastide Neuve.

L'acte de vente des frères Chassaud précise que la maison est partagée en deux "le corridor et l'escalier sont communs aux deux familles".

Les tables d'imposition nous donnent un aperçu du domaine : Chênes, amandiers, cultures, vignes, broussailles, poulailler, puits, fontaine, citerne.

Il est intéressant de noter que les mariages liaient ces deux familles. Pierre, frère d'Antoine, est déjà ménager de la Bastide Neuve depuis 1761, grâce à son mariage avec Marguerite Gazel. Il décède en décembre 1761, son frère rachète le domaine en avril 1762. Leur sœur a épousé Joseph Gazel. Une des filles de Pierre épouse Jean Joseph Gazel. L'autre fille épouse Jean Etienne Florens et le fils de ce couple épouse Marguerite Claire Gazel.

L'acte de vente de 1833 pourrait laisser penser que les Chassaud quittent la Bastide Neuve. Il n'en est rien. Au recensement de 1836, Jean Chassaud y habite toujours avec Magdeleine Lataud son épouse et leur cinq enfants. Il y décède en 1849, veuf depuis quatre ans. Pierre est décédé dès 1834 au domaine Saint Pons chez "sieur Martin son gendre".

Nous avons cherché à savoir jusqu'à quelle époque la bastide a été habitée. Nous avons donc consulté les recensements :

En 1856, un seul des cinq frères Gazel habite toujours la Bastide Neuve. C'est le berger, Joseph Gazel, le seul absent des fiches d'imposition. Il y vit avec son épouse, Adélaïde Reynaud leur fils Joseph Pascal Gazel et la famille de ce dernier.

En 1866 Joseph Gazel est toujours là avec sa famille. Il est devenu propriétaire de la bastide neuve. Il y vit avec son épouse, leurs enfants, leur fille, Marie Ursule Gazel et la famille qu'elle a fondé avec Jean Baptiste Vincent Mille.

En 1872, les deux familles Gazel et Mille sont toujours à la Bastide Neuve. Jean Baptiste Vincent Mille époux de Marie Ursule et Joseph Pascal Gazel frère de Marie Ursule, en sont les propriétaires.

Ils ont une domestique, Marie Blanc, un berger, Auguste Cocher. Ils vivent avec leurs enfants, dont la fille ainée Sabine Joséphine Mille et son époux, Séverin Jouve.

En 1891, ce dernier couple vit encore à la Bastide Neuve avec ses quatre enfants, Victor, cultivateur de 18 ans, Louis, Mélanie, Augustin, Henri.

La présence du berger ne nous étonne pas. Nous avons retrouvé les traces très discrètes d'une bergerie qui devait mesurer 500 mètres carrés. Construite en pierres calcaires, elle était recouverte de tuiles. Continuant notre enquête, nous apprenons que l'on compte entre 1 et 1,5 m² par brebis en race rustique, ce qui correspond donc un troupeau entre 300 et 500 têtes, à priori la taille connue des troupeaux de ce territoire, à l'époque.

Race rustique :

Brebis à l’entretien (vide ou milieu de gestation) : 1 m² / brebis
Brebis en fin de gestation : 1,2 m² / brebis
Brebis allaitante avec un agneau : 1,5 m² / brebis
Brebis allaitante avec deux agneaux : 2 m² / brebis
(Gaétan Conges, spécialiste des bergeries de Crau)

Nous avons retrouvé un des propriétaires actuels et nous l'avons laissé nous raconter :

"En 1901 la bastide était toujours debout, habitée. Un tableau au fusain en témoigne. Pendant la seconde guerre mondiale, cent mille soldats américains se sont installés sur le terrain. En une journée, ils ont dévoré tout le raisin de nos vignes. Nous les avons laissés faire, fallait-il qu'ils aient faim ! Pour se chauffer, ils ont pris les poutres de la grande bergerie puis de la maison. C'est ainsi que les bâtiments se sont écroulés.

Jusqu'en 1944, il y avait un garde-chasse sur le terrain. Cela ne nous empêchait pas de chasser les grives et les pinsons. D'ailleurs, jusqu'en 1963, sur le marché devant la Halle aux grains, on vendait des appelants, pinsons et grives en cages, qui servaient à attirer leurs congénères.

En 1975, il y avait encore trois cents chèvres du Roves sur le terrain. Le berger dormait dans le four".

Aujourd'hui, en 2014, la Bastide Neuve appartient encore pour quelques mois aux descendants de Alexandre Marius Florens, fils de Marie Barbe Gazel et Raphaël Florens.

Les propriétaires sont expropriés pour laisser place à l'extension de la décharge de la communauté du pays d'Aix. Ce terrain de 200 hectares est destiné au stockage de nos déchets.

Les ruines de la bastide, une des plus anciennes de la ville d'Aix en Provence, seront préservées et feront partie du parc national de l'Arbois.

Actes trouvés :

- Acte de collocation du 9 juillet 1669, enregistré en 1672 notaire Bermond François Honoré

- Acte de vente de la bastide à Gaspard Martin 1746

- Accord pour construire un puits commun Sébastien Mérentier et Pierre Chassaud par acte en 1781

- Acte de vente de Mérentier à Antoine Chassaud en 1782

- Acte de vente d'une parcelle par Antoine Chassaud à Marroc en 1782

- Acte de vente des frères Chassaud héritiers d’Antoine) en 1833

- Partages de biens sans rapports avec la bastide du frère de Thérèse Martin à ses neveux et nièces.

- Recensements de 1856, 1866, 1872, 1891, 1896


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