Chronique familiale



 Les stratégies matrimoniales de la famille d'Albon entre le XIIIe et le XVe siècle


La famille d’Albon élabore ses alliances matrimoniales avec soin. Ainsi, l’étude de ses mariages peut sans doute expliquer comment elle a pu s’agréger aussi vite à la noblesse et de quelle façon elle a construit sa fortune. Ainsi, la conclusion d’unions avec des héritières lui permet d’augmenter et de consolider son assise foncière. En même temps, elle se construit un important réseau d’alliances lui donnant une assise géographique non négligeable.

Sommaire

 1 - Les mariages avec des héritières

L’union avec une riche héritière est un des critères pour faire un beau mariage. Or, une des préoccupations principales de la noblesse est d’acquérir de nouvelles terres et d’accroître le patrimoine familial, afin de transmettre à leurs descendants une fortune digne de leur statut . Ce type de mariage est un bon moyen de le faire. Les d’Albon l’utilisent régulièrement. Avec deux doubles mariages, que l’on peut considérer comme fondateurs de la fortune familiale, et avec de multiples unions contractés avec des héritières, ils se forgent un patrimoine foncier solide et compact.

 1.1 - Les doubles mariages fondateurs

A deux reprises, la famille d’Albon a contracté un double mariage, c’est-à-dire que deux de ses fils ont épousé deux sœurs. Ces mariages ont marqué un tournant dans l’histoire familiale : ils ont été le fondement de leur fortune et de leur ascension au sein de la noblesse. Le premier est une union avec la famille d’Oingt vers 1288, le second est une alliance avec la maison de La Palisse en 1437.

 1.1.1 - Avec la famille d’Oingt

A la fin du XIIIe siècle, Gui et Guillaume d’Albon épousent Marguerite et Eléonore d’Oingt, filles d’Etienne d’Oingt († avant 1284), seigneur de Châtillon-d’Azergues, de Bagnols, de Saint-Forgeux et de Saint-Romain-de-Popey, et d’Arthaude de Roussillon. Le mariage a lieu entre la fin de l’année 1288 et le début de 1289. En effet, on sait que, par un acte du 28 décembre 1288, Marguerite et Eléonore apportent en dot à leurs futurs époux « les terres et seigneuries de Châtillon-d’Azergues, Saint-Forgeux et Saint-Romain-de-Popey, et en général tous les biens provenant de l’héritage de leur père ». Puis, dès le 2 février 1289 (n. st.), les deux frères d’Albon « font hommage à l’archevêque de Lyon de la seigneurie de Bagnols » qu’ils détiennent du chef de leurs épouses . Leur mariage prend donc place entre ces deux dates sans que l’on ait pour l’instant plus de précisions. Néanmoins, là n’est pas le plus important.

Cette alliance matrimoniale est, sans doute, avant tout, un des rouages de la politique d’André d’Albon, père de Gui et de Guillaume, afin de permettre à sa descendance d’accéder à la noblesse. Or, la famille d’Oingt est au XIIIe siècle l’une des plus anciennes et des plus puissantes familles de la noblesse du Lyonnais. Alors, une alliance matrimoniale avec eux permettrait aux d’Albon de faire un pas de géant dans leur agrégation à la noblesse. Comme beaucoup de familles nobles au XIIIe siècle, la famille d’Oingt connaît de grandes difficultés financières. Ces problèmes sont généralement la conséquence de revenus souvent modestes, voire médiocres, alors que les dépenses à effectuer afin de maintenir rang et prestige sont très importantes . Ainsi, Etienne d’Oingt, à l’instar de son père Guichard III, n’a pas une situation financière des plus aisée, si bien qu’il est obligé de vendre plusieurs de ses terres. Il vend notamment à l’abbaye de Savigny ce qu’il possédait à l’Arbresle et à Sain-Bel. Ce mariage est donc un bon moyen pour les d’Albon de récupérer quelques terres et seigneuries nobles.

Même si la famille manque régulièrement d’argent, elle n’en garde pas moins son prestige : Etienne d’Oingt n’épouse-t-il pas une fille de la très ancienne et très prestigieuse famille dauphinoise de Roussillon ? L’épouse d’Etienne d’Oingt, Artaude de Roussillon, est née de l’union d’Arthaud IV († v. 1270), seigneur de Roussillon et d’Annonay, et d’Artaude de Forez. Elle est également la sœur d’Aymar de Roussillon († 1282) qui détient le siège archiépiscopal lyonnais de 1274 à 1282.

Or, il semblerait que les Roussillon jouent un rôle non négligeable dans l’union matrimoniale qui nous concerne. En effet, Etienne d’Oingt est décédé vers 1284 . Dès décembre 1284, ses cinq filles abandonnent leurs droits sur Châtillon d’Azergues, Bagnols, Saint-Forgeux et Saint-Romain-de-Popey à leur cousin germain, Arthaud V, seigneur de Roussillon et d’Annonay . Celui-ci devient alors leur protecteur. De plus, l’un des fils d’Etienne d’Oingt et d’Artaude de Roussillon, Gillet fait de même l’année suivante . Il y a donc de fortes probabilités pour que le mariage de Marguerite et d’Eléonore d’Oingt avec les d’Albon ait été arrangé entre les Roussillon et André d’Albon, qui, un temps, fut le protégé d’Aymar de Roussillon, archevêque de Lyon . D’autant qu’Arthaud de Roussillon, sans présager de sa noblesse d’âme, renonce assez aisément, à l’occasion de ce mariage, à la donation faite par ses cousines, et ce, dans un acte en date du 28 décembre 1288 . Ajoutons que, pour parfaire le tout, André d’Albon passe un accord avec Guiburge d’Oingt, sœur de Marguerite et d’Eléonore, et son époux, Guy, seigneur de Saint-Symphorien, le 5 mars 1289 (n. st.). Ceux-ci renoncent à leurs droits sur l’héritage d’Etienne d’Oingt, et ce, en faveur de Marguerite et d’Eléonore. En contrepartie, André d’Albon doit leur payer 200 livres.

C’est ainsi que les terres de Saint-Forgeux, de Châtillon-d’Azergues, de Bagnols et de Saint-Romain-de-Popey entrent dans le patrimoine foncier de la famille d’Albon. Dans un premier temps, Guy et Guillaume d’Albon, du chef de leur épouse, sont coseigneurs de ces quatre terres. D’ailleurs, à deux reprises, ensemble, ils font hommage à l’archevêque de Lyon pour leur seigneurie de Bagnols : la première fois le 2 février 1289 (n. st.) et la seconde le 9 mai 1290 . Plus tard, les deux frères d’Albon décident de se répartir les quatre seigneuries. L’aîné, Guy garde Saint-Forgeux et Saint-Romain-de-Popey, seigneuries qui sont voisines. Il cède, en échange, à son cadet Guillaume d’Albon, ses droits sur Bagnols et sur Châtillon-d’Azergues . Guillaume d’Albon et sa descendance deviennent alors seigneurs de Bagnols et coseigneurs de Châtillon . Ce partage de l’héritage d’Etienne d’Oingt évite une trop grande dispersion des terres, concentrant ainsi chaque branche de la famille sur un ensemble compact de seigneuries.

Tableau : Les liens de parentés entre les famille d'Oingt, de Roussillon et d'Albon à la fin du XIIIe siècle.

Ce mariage peut être considéré comme le premier acte fondateur de la famille d’Albon. Grâce à lui, elle acquiert d’importantes terres et seigneuries, mais surtout, cette alliance avec une famille de noblesse ancienne lui procure lustre, prestige et une certaine forme d’anoblissement. Outre les seigneuries de Saint-Forgeux, de Bagnols, de Châtillon-d’Azergues et de Saint-Romain-de-Popey, les sœurs d’Oingt transmettent également leur sang noble à leur descendance.

 1.1.2 - Avec la famille de La Palisse

Le 21 février 1437 (n. st.) a lieu le second double mariage au sein de la famille d’Albon. Au château de Chazeuil , en Bourbonnais, Guillaume (1418-1484) et Gillet d’Albon († 1480) épousent Marie et Jeanne de La Palisse. Celles-ci sont les filles d’Antoine de La Palisse († av. 1430), seigneur de Chazeuil, et d’Annette de Chauvigny.

La maison de La Palisse est une ancienne famille de chevaliers qui possède de nombreuses terres en Bourbonnais, en Auvergne, en Bourgogne ainsi qu’en Forez et Roannais. Elle s’est illustrée par ses services militaires et par ses offices auprès des ducs de Bourbon. Le dernier représentant est Antoine de La Palisse, seigneur de Chazeuil. Il est issu d’une branche de la famille qui a acquis par mariage la seigneurie de Chazeuil en 1243 , puis, vers 1275, « la coseigneurie de Chenay, aux confins du Brionnais et du Roannais ». Il n’a pour héritier que deux filles, les susdites Marie et Jeanne. Il semble que seule l’aînée, Marie, ait hérité du château et de la seigneurie de Chazeuil . En réalité, en 1444, Guillaume et Gillet avouent conjointement, au nom de leur épouse, la seigneurie de Chazeuil en indivis, au duc de Bourbon. Étrangement, ni la descendance de Marie et de Guillaume d’Albon, ni celle de Jeanne et Gillet d’Albon, ne paraît plus posséder la seigneurie de Chazeuil. Elle ne réapparaît dans la famille qu’au XVIe siècle et donne son nom à une branche de la lignée des Saint-Forgeux qui en sont les seigneurs. Sans doute s’agit-il d’une omission de la part de A. Steyert.

Tableau : La seigneurie de Chazeuil au sein de la famille d'Albon.

Ce double mariage n’est pas très important du point de vue de l’apport foncier, à la différence de celui avec la famille d’Oingt. Cependant, il reste un mariage fondateur et crucial pour la famille d’Albon car c’est la première alliance faite avec une famille auvergnate. Cette union leur ouvre, en quelque sorte, les portes de l’entourage des ducs de Bourbon, ou plutôt elle conforte leur volonté de s’implanter en Bourbonnais ou en Auvergne, c’est-à-dire au plus près de leur nouveau seigneur. En effet, on retrouve parmi les participants à la double noce des hommes de la noblesse auvergnate ou bourbonnaise tel « Jean de Chauvigny, seigneur de Saint Giraud des Vaux » ou bien des hommes proches du duc de Bourbon comme « Pierre de Thoulon, seigneur de Genet, Conseiller et Chambellan ordinaire du Roy, Chancelier du Duc de Bourbon ».

Dès lors, d’autres mariages avec des familles d’Auvergne ou du Bourbonnais se réalisent, ancrant progressivement les d’Albon dans le centre du royaume de France. D’ailleurs, l’époux de Marie de La Palisse, Guillaume, possède en coseigneurie avec ses neveux, fils de Jeanne, des « chevances du Bourbonnais : Sériziat, Chameil, Magnet, Saint-Félix, Bost, Vicq, Creuzier-le-Vieux, Saint-Germain, Saint-Rémy, Vichy ». L’implantation en Bourbonnais est donc bien une réalité et elle a tendance à s’accentuer jusqu’à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle.

Outre ces deux doubles mariages qui ont jeté les bases de la fortune et de l’ascension familiale, les d’Albon contractent diverses unions dont l’intérêt principal est l’acquisition de biens fonciers en des lieux bien précis.

 1.2 - Des acquisitions territoriales stratégiques

Très rapidement, les d’Albon cherchent à augmenter leur patrimoine foncier, à acquérir des terres mais pas n’importe lesquelles. Tant qu’il est possible, il est plus intéressant de regrouper différentes seigneuries dans une même région, car la dispersion des possessions est un frein à la puissance. Certains mariages permettent justement ce regroupement, tout au plus, ils peuvent le laisser espérer. Dans un premier temps, l’action des d’Albon se concentre dans le Lyonnais, puis dans le Forez avant de chercher à renforcer leur implantation dans la principauté bourbonnaise.

 1.2.1 - En Lyonnais

Le 14 décembre 1293, Henri d’Albon, troisième fils d’André d’Albon, achète « la maison de Poüillenay avec la Tour, et tous les édifices en dépendans, le village, les hommes, cens, servis, usages, droicts, domaines et revenus » ainsi que la viguerie de Marcy pour 3 000 livres viennois. Cette seigneurie appartenait à Jean de Fuers et à Guillemette, son épouse. Ils ont été obligés de la vendre afin de payer leurs dettes. Le chapitre cathédral de Lyon ratifie cette vente par un acte du 21 janvier 1294, puis la seigneurie est inféodée par l’Église de Lyon le 17 septembre 1303.

Cette acquisition semble être légitimée par le fait qu’Henri d’Albon ait épousé Marguerite dite Huguette de Fuers, sœur de Jean et fille de Mathieu qui, en 1259, acheta la seigneurie de Pollionnay au chapitre. La famille de Fuers fait partie de ces grandes lignées du patriciat lyonnais qui ont tenu une place importante à Lyon. Moins connue que d’autres, il n’en reste pas moins que nombre de ses membres ont participé aux grands événements de la ville ainsi qu’à son administration.

L’achat de Pollionnay est une aubaine pour Henri d’Albon. En effet, il semble que le dernier-né des fils d’André d’Albon, Henri, n’ait bénéficié ni de la politique matrimoniale ni de l’héritage de son père. D’ailleurs, d’après C. Le Laboureur, il serait sorti défait d’une guerre contre ses frères, Gui et Guillaume, qu’il aurait menée au sujet de la seigneurie de Châtillon-d’Azergues. Selon l’auteur des Masures de l’Ile-Barbe, il aurait eu des droits sur cette seigneurie, hérités de son père, ce qui semble être fort peu probable, comme a bien su le démontrer B. Galland.

Fief du chapitre cathédral de Lyon, Pollionnay est une seigneurie de l’Ouest Lyonnais, limitrophe de la baronnie de Savigny. Par conséquent, elle permet à l’Église de Lyon de surveiller son alliée mais non moins puissante voisine, dirigée par des abbés toujours très ambitieux. Le seigneur de Pollionnay est alors un observateur très utile au chapitre. Cela tendrait à démontrer les relations étroites et privilégiées que les d’Albon ont pu entretenir avec l’Église de Lyon, ce que nous reverrons plus longuement en son temps.

Tableau : Les seigneurs de Pollionnay : des Fuers aux d'Albon.

Plus tard, au sein de la branche des seigneurs de Bagnols et de Châtillon-d’Azergues un autre mariage avantageux a lieu, en tout cas en apparence. Effectivement, Thibaud d’Albon, seigneur de Bagnols et coseigneur de Châtillon-d’Azergues, à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle, épouse Catherine de Varey. Cette dernière appartient à l’une des plus illustres famille patricienne de Lyon et plus précisément à la branche d’Avauges. Elle est la fille d’Ennemond de Varey, seigneur d’Avauges et coseigneur de Châtillon. Cette branche de la famille s’est agrégée à la noblesse grâce à la possession de plusieurs seigneuries mais surtout grâce au service militaire assuré par ses membres.

Selon A. Steyert, Catherine de Varey est dame d’Avauges et en partie de Châtillon-d’Azergues. Avant d’évoquer la seigneurie de Châtillon, abordons dans un premier temps celle d’Avauges. La seigneurie d’Avauges est achetée en 1306 par Guillaume de Varey, citoyen de Lyon, à Jean de Varennes, chevalier, seigneur d’Avauges et de Sandars. Guillaume lui verse la somme de 3 000 livres. Cela lui permet de changer sa situation sociale et sans doute d’épouser la fille d’une ancienne famille de la noblesse lyonnaise : Catherine de Talaru, fille de Jean de Talaru, chevalier, et de Marguerite Mauvoisin. Son fils, Ennemond hérite d’Avauges. La seigneurie passe ensuite dans les mains de Guillaume, fils du précédent, qui rédige son testament le 21 novembre 1443. Jean de Varey, neveu du précédent devient à sa suite seigneur d’Avauges. Un autre Jean, son oncle, hérite de la seigneurie.

Étrangement, bien que le dernier seigneur d’Avauges de la famille de Varey ait des héritiers, ce serait sa sœur Catherine, épouse de Thibaud d’Albon, qui deviendrait dame d’Avauges et transmettrait ce fief à sa descendance. Ceci est d’autant plus énigmatique que, dans la généalogie des d’Albon donnée par A. Steyert, le titre de seigneur d’Avauges n’est pas attribué aux successeurs de Thibaud et de Catherine. Cependant, il réapparaît à partir de la seconde moitié du XVIe siècle au sein du rameau de Saint-Forgeux. Est-ce là une erreur commise par A. Steyert ? La seigneurie d’Avauges n’entre-t-elle dans le patrimoine des d’Albon qu’au XVIe siècle ? Si cela est le cas, a-t-elle été achetée à cette époque ou bien fait-elle partie d’un quelconque héritage ? On peut également penser qu’elle a pu faire l’objet d’un échange ou d’une vente entre la branche de Bagnols et celle de Saint-Forgeux. Or, cette dernière a tout avantage à acquérir le château d’Avauges qui est limitrophe de leur seigneurie de Saint-Romain-de-Popey, et proche de celle de Saint-Forgeux.

En ce qui concerne la seigneurie de Châtillon-d’Azergues, ce n’est pas plus simple ni plus clair. La coseigneurie de Châtillon est aux Varey depuis environ 1378, date à laquelle Jean de Varey prête hommage à l’archevêque de Lyon pour cette seigneurie. Il l’avait achetée auparavant à Humbert Richard. Il teste le 13 mars 1381 et transmet sa part de la seigneurie de Châtillon à son parent Jean de Varey. Celui-ci meurt très tôt et c’est alors son père, Ennemond de Varey, qui devient coseigneur de Châtillon-d’Azergues. En 1382, il prête hommage comme « seigneur de la moitié de Châtillon ». Son petit-fils, lui aussi appelé Ennemond, lui succède et prête hommage en 1391. Cependant, il ne conserve pas longtemps cette seigneurie puisqu’il l’a vend à Hugues Jossard que l’on voit faire hommage à l’archevêque de Lyon pour la seigneurie de Châtillon en 1401.

Comment dans ces conditions, Catherine de Varey, tante du dernier coseigneur de Châtillon de sa famille, a-t-elle pu transmettre à sa descendance cette partie de la seigneurie ? C’est pourtant ce que laisse entendre A. Steyert. D’après C. Le Laboureur, A. Steyert et G. de Valous, dans le contrat de mariage entre Thibaud d’Albon et Catherine de Varey il serait stipulé que leur fils aîné recevrait cette terre par préciput. Ceci permettrait alors à la famille d’Albon d’augmenter leurs droits sur la seigneurie de Châtillon-d’Azergues. Peut-être envisagent-ils d’en acquérir la totalité grâce à ce mariage. Malheureusement, ce n’est pas vraiment le cas, comme on n’a pu le voir précédemment.

Alors, cette terre dont disposerait Catherine de Varey ne serait-ce pas, en fait, sa dot qui serait alors composée de biens fonciers, à savoir ici, une partie de la seigneurie de Châtillon ? Ou alors, s’agit-il de son douaire ? En effet, Thibaud d’Albon, lors du contrat de mariage, aurait pu céder Châtillon comme douaire à sa future épouse. Dès lors, celle-ci aurait pu préciser que son fils aîné aurait son douaire par préciput, c’est-à-dire qu’il pourra le prélever de l’héritage avant que celui-ci soit partagé. En termes clairs, le premier-né du couple peut disposer de cette terre à tout moment. Supposons alors que Guichard d’Albon, fils aîné de Thibaud et de Catherine, souhaite justement prendre possession de Châtillon bien que ses parents, ou du moins son père, soient encore vivants. Par conséquent, ceci expliquerait la fureur de Thibaud d’Albon qui pille et ruine Châtillon, se retire à Bagnols, puis déshérite son fils au profit du cadet et de sa descendance.

Tableau : Les coseigneurs de Châtillon d'Azergues du XIVe au XVe siècle.

La politique foncière des deux branches cadettes de la famille évoquée ici ne semble pas tellement être une réussite. Effectivement, Pollionnay est vendue en 1391 à Claude de Pompierre, citoyen de Lyon. La branche de Pollionnay s’éteint alors, enfin, dans les textes. Il est possible que les anciens seigneurs de Pollionnay ait une postérité, mais, dans ce cas, il est fort probable qu’ils ont dû déroger. C’est pourquoi, ils disparaissent de notre connaissance. Quant à la branche des seigneurs de Bagnols et de Châtillon, elle ne se perpétue que peu de temps. Avant la fin du XVe siècle, elle se fond dans la famille de Balsac, dont les membres deviennent alors seigneurs de Bagnols et de Châtillon.

 1.2.2 - En Forez

Le 3 août 1362, à Lyon, Guillaume d’Albon, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, épouse Alix de l’Espinasse. Elle est l’unique fille et l’héritière d’Hugues de l’Espinasse, seigneur de Saint-André, et d’Alix de Commières. Dans leur contrat de mariage, il est précisé que la seigneurie de Saint-André est destinée au second fils du couple qui devra porter les nom et armes de l’Espinasse.

Au Moyen Age, il est fréquent de voir que, lorsqu’un nom est sur le point de s’éteindre faute d’héritier mâle, se soit la fille héritière qui le transmette à son fils cadet avec le patrimoine qui lui est attaché. Il arrive même, parfois, que le mari accepte « de renoncer à ses nom et armes pour prendre ceux de son épouse ». Précisons que si le fils cadet de Guillaume et d’Alix, Jean, adopte le nom de sa mère, ses enfants et toute sa descendance ne le suivent pas et conservent leur patronyme d’origine ou bien prennent celui de leur principale seigneurie, Saint-André.

La famille de l’Espinasse est une ancienne famille du Forez. Elle « figure parmi les entreprenants seigneurs alleutiers d’entre Roannais, Brionnais et Bourbonnais ». Les seigneurs de Saint-André appartiennent à une branche cadette de cette grande famille.

Le premier seigneur de Saint-André est Geoffroy de l’Espinasse, chevalier, qui, en 1247, a fait construire la maison-forte de Saint-André sur des terres relevant du prieuré d’Ambierle. La seigneurie se transmet de génération en génération sans difficulté jusqu’à Hugues de l’Espinasse († 1371). Celui-ci a six garçons et une fille. Sa fille, c’est Alix, l’épouse de Guillaume d’Albon. Sur ses six garçons, cinq d’entre eux sont entrés en religion. Or, son seul héritier, Guy, meurt avant lui, vers 1361, laissant quatre enfants. Parmi eux, il y a Humbert († av. 1402), le dernier seigneur de Saint-André du nom de l’Espinasse. A sa mort sans postérité, la seigneurie de Saint-André est partagée entre ses deux sœurs et sa tante Alix laquelle en reçoit la moitié. Contrairement à ce qu’a laissé entendre A. Steyert, les d’Albon n’héritent pas de la seigneurie de Savianges, en Charolais. C’est, en fait, Catherine de l’Espinasse, sœur d’Humbert, le dernier seigneur de Saint-André, qui en est dotée. Progressivement, les d’Albon refont l’unité de la seigneurie de Saint-André, grâce notamment à leur service auprès des ducs de Bourbon et aux libéralités qui en découlent.

Vers 1400, le fils aîné de Guillaume d’Albon et d’Alix de l’Espinasse, Guichard (1363-1443), épouse Philiberte de Semur. Elle est la fille de Gauvain de Semur, seigneur d’Ouches et de Billezois, et de Jeanne de Sercy.

La famille de Semur est une ancienne lignée forézienne établie à Ouches vers 1250. Ils disposent également des seigneuries d’Arcy en Brionnais, de Vindecy en Charolais, de Billezois en Bourbonnais et de Saint-Christophe-en-Brionnais. Le dernier seigneur d’Ouches du nom de Semur, Gauvain, fait sa carrière en Bourgogne. En 1368, il est écuyer du comte d’Armagnac, seigneur dans le Charolais, puis, il est échanson du duc Philippe de Bourgogne (1342-1404) qu’il sert en Flandres en 1382. Gauvain de Semur n’a que deux filles : Marguerite († av. 1445) qui épouse Jean de Neuville puis Guillaume d’Amanzé, et ladite Philiberte. En 1409, Guillaume d’Amanzé traite avec Guillaume d’Albon de la succession de leur beau-père. Philiberte semble hériter de l’ensemble du patrimoine paternel.

Restée veuve vers 1443, Philiberte, décédant sans descendance, fait don des seigneuries d’Ouches et de Billezois à son neveu, Gillet d’Albon († 1480), seigneur de Saint-André. Celui-ci fait hommage au duc de Bourbon pour Billezois en 1452, puis pour Ouches en 1459. Billezois passe ensuite dans le patrimoine des d’Amanzé, descendants de la sœur de Philiberte de Semur. A l’inverse, C. Le Laboureur nous dit que Philiberte fait don de la terre d’Ouches à son mari, puis, après le décès de celui-ci, à son beau-frère, Jean d’Albon, seigneur de Saint-André. Il précise aussi qu’en 1440, Guichard d’Albon partage ses biens entre ses deux neveux, Guillaume et Gillet. Le premier reçoit Saint-Forgeux et Curis, le second Saint-André. Quant à Ouches, A. Steyert indique que Guichard souhaite que cette seigneurie reste indivise entre ses deux neveux, même après le trépas de Philiberte, son épouse. C’est ce qui se passa jusqu’en 1481.

Tableau : La transmission des seigneuries de Saint-André et d'Ouches à la famille d'Albon.

Enfin, même si la manière dont est transmise la seigneurie d’Ouches n’est pas très certaine, il n’en reste pas moins que, dès lors, la famille d’Albon met un pied en Forez, ou plus exactement en Roannais. Elle s’y implante durablement en créant une nouvelle branche dans la lignée : celle des seigneurs de Saint-André et d’Ouches.

 1.2.3 - Le renforcement de l’implantation bourbonnaise

Déjà implantés en Bourbonnais depuis les années 1437, les d’Albon réalisent un nouveau mariage bénéfique du point de vue foncier en 1510. En effet, le 22 janvier 1510 (n. st.), Jean d’Albon (1472-1550), seigneur de Saint-André et d’Ouches, épouse Charlotte de la Roche, dame de Tournoël, non loin de Riom, et de Cébazat.

Les La Roche sont une famille de « haute chevalerie » auvergnate. Leurs possessions se situent essentiellement en Basse-Auvergne : seigneurie de La Roche en Limousin, de Tournoël, de Châteauneuf-sur-Sioule, de Miremont, de Saint-Gervais et de Cébazat. Au XIVe siècle, cette maison s’est illustrée avec Hugues III de La Roche († 1398) qui fut grand maréchal de la cour de Rome, gouverneur du Comtat Venaissin et capitaine général de la Basse-Auvergne. Il participa avec vigueur à la défense de l’Auvergne contre les Anglais et les routiers, et, il défendit avec succès la ville de Limoges.

L’arrière-petit-fils de cet Hugues III, Jean II de La Roche († 1467), est le dernier seigneur de La Roche et de Tournoël de sa race. De son mariage avec Françoise de Talaru –aussi prénommée Catherine –, il laisse une fille, Charlotte, son unique héritière. Celle-ci est confiée à la tutelle de son oncle, Antoine de La Roche. Ayant soi-disant détourné les revenus de sa protégée, Antoine est chassé du château de Tournoël par sa belle-sœur, Françoise de Talaru. Il porte alors l’affaire devant le bailli de Montferrand qui, à cette époque, n’est autre que Guichard d’Albon (1438-1502). Ce dernier rend la tutelle de Charlotte à Antoine de La Roche et condamne Françoise de Talaru « à vider Tournoël d’un grand tas de gens de guerre, de vaccabons (sic) inconnus qu’elle y aurait introduits ».

Finalement, Guichard d’Albon décide de fiancer son fils et successeur, Jean, à Charlotte de la Roche avant d’en épouser la mère le 2 mai 1502. La légende dit que Françoise de Talaru aurait ensorcelé le vieux seigneur de Saint-André. En effet, son beau-frère, Antoine de La Roche, pendant le procès, l’avait accusée de « Mélusine, Circé, magicienne et sorcière » et cette réputation l’a sans doute longtemps poursuivit. Plus vraisemblablement, Guichard étant instruit du dossier a dû se rendre compte des avantages que ce mariage pouvait apporter à son fils. Pour parfaire le tout et sans doute pour éviter des problèmes de dispersion de l’héritage des La Roche par un remariage de Françoise de Talaru, il décide de l’épouser lui-même. L’union est de courte durée puisqu’il s’éteint trois semaines après la noce, le 23 mai 1502.

Tableau : Les seigneurs de Tournoël : des La Roche aux d'Albon.

En épousant des héritières, les d’Albon ont progressivement construit leur assise foncière. D’abord installés en Lyonnais, ils s’implantent ensuite en Forez, d’où ils s’étendent dans le Bourbonnais voisin. Sans cette base, leur fortune n’aurait sans doute pas pu se faire à la fin du XVe siècle et au XVIe siècle. Cependant, l’ancrage d’un patrimoine foncier dans une région bien déterminée n’est pas suffisant. Il est absolument nécessaire de se construire un réseau familial influent et étoffé, élément fondamental de toute réussite.

 2 - L’élaboration d’un réseau d’alliances

L’élaboration d’un réseau d’alliances familiales est un des points fondamental de la politique lignagère matrimoniale de toute famille de la noblesse. Habituellement, « on observe une grande continuité dans les politiques familiales », et ce, de génération en génération. Le mariage étant la clef de voûte de ce système, le choix de l’épouse ou de l’époux n’est donc pas laissé au hasard. Il entre dans cette « volonté d’établir et de consolider des liens d’alliances avec d’autres familles de la noblesse régionale ». Ainsi, dans la politique matrimoniale des d’Albon prédominent des alliances avec les noblesses lyonnaise et forézienne puis bourbonnaise. Certaines unions mal expliquées peuvent être considérées comme des alliances de revers.

 2.1 - La prédominance des alliances lyonnaises, foréziennes puis bourbonnaises

Le premier aspect de la politique matrimoniale des d’Albon est cette prépondérance d’unions avec des membres de la noblesse du Lyonnais, de celle du Forez puis, plus tardivement, de celle de la principauté bourbonnaise.

 2.1.1 - Les alliances avec des voisins

Dans un premier temps, la famille d’Albon a plutôt tendance à contracter des alliances matrimoniales avec des familles voisines, ou du moins avec des maisons dont les possessions sont situées en Lyonnais et en Beaujolais.

Comme nous l’avons déjà évoqué, en 1289, a lieu le double mariage avec la famille d’Oingt. Nous n’y revenons pas. Cependant, il est important de noter qu’un autre mariage avec cette famille a lieu vers le milieu du XIVe siècle. Ainsi, Jean d’Albon († 1362), seigneur de Bagnols et coseigneur de Châtillon-d’Azergues, épouse Marguerite d’Oingt, dame d’Oingt. Elle est la fille de Guy III († v. 1340), seigneur d’Oingt et de Fleurdelys de Varey. Jean et Marguerite sont cousins au huitième degré : ils descendent tous les deux de Guichard III († av. 1268), seigneur d’Oingt.

Cf. Les liens de parenté entre Jean d'Albon et Marguerite d'Oingt

Ce mariage permet de renouveler des liens avec cette prestigieuse famille de la noblesse du Lyonnais qui est à l’agonie. Il rend peut-être aussi possible le mariage de Thibaud d’Albon, seigneur de Bagnols et coseigneur de Châtillon-d’Azergues, avec Catherine de Varey. Le premier est le neveu de Jean d’Albon, la seconde est la cousine germaine de Marguerite.

En 1303, Agnès d’Albon, fille de Gui († 1338), seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Marguerite d’Oingt, épouse Jean d’Azergues, alias de Faverges ou de Châtillon, coseigneur de Châtillon-d’Azergues. S’agit-il du dernier représentant de la famille de Châtillon, coseigneur dudit lieu, évoqué par B. Galland ? Sont-ils les parents de Catherine de Châtillon dont le mari, Humbert Richard, a vendu la seigneurie à Jean de Varey ? Si cela est le cas, il est étrange que la famille d’Albon n’ait pas essayer de récupérer cette partie de la seigneurie de Châtillon.

Il est évident que par ces alliances avec les familles d’Oingt et de Châtillon, les d’Albon souhaitent se concilier leurs voisins. Peut-être même espèrent-ils hériter de leurs possessions. A partir de leur seigneurie de Bagnols et de Châtillon-d’Azergues, les d’Albon tentent d’étendre leur influence dans la partie lyonnaise de la vallée d’Azergues.

Les d’Albon s’allient également à deux reprises à la famille de Talaru. Connue dès le XIIe siècle, les Talaru sont à l’origine seigneurs de ce lieu. Talaru est un lieu-dit qui se trouve à « un kilomètre à vol d’oiseau de Saint-Forgeux ». Cependant, ils ne semblent pas garder cette seigneurie bien longtemps. Ils deviennent ensuite seigneurs de la Grange et de Noailly dans le Roannais. Cette famille s’illustre essentiellement au sein de l’Église de Lyon. En effet, on ne compte pas moins de deux archevêques de Lyon, vingt-cinq chanoines de Lyon, plusieurs abbés et moines de Savigny… « Au XIVe siècle, la maison de Talaru "envahit" littéralement l’Église de Lyon ». C’est justement durant le seconde moitié du XIVe siècle que les Talaru et les d’Albon s’allient.

Ainsi, le premier mariage concerne Anne d’Albon, fille d’Henri († 1361), seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Blanche Richard, et Mathieu de Talaru († ap. 1382), seigneur de la Grange et de Noailly. Le contrat de mariage est signé à l’Arbresle le 16 juillet 1349. Malheureusement, Anne meurt sans laisser de postérité à son époux qui se remarie le 15 octobre 1364 avec Béatrice de Marcilly, héritière de la seigneurie de Chalmazel. Leur fils aîné, Antoine († 1392), seigneur de la Grange et de Noailly, épouse Alix d’Albon († 1390), fille de Guillaume, seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et d’Alix de l’Espinasse. Le contrat de mariage est signé à Lyon le 4 mars 1384 (n. st.). La cérémonie religieuse se déroule en l’église Sainte-Croix de Lyon et est célébrée par Jean de Talaru († 1392) archevêque de Lyon, grand-oncle du marié.

Outre des mariages avec des voisins, la maison d’Albon s’allie également avec d’autres familles de la noblesse beaujolaise et lyonnaise. Ainsi, sans doute au milieu du XIVe siècle, Marguerite d’Albon, fille d’Henri († 1361), seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Blanche Richard, épouse Hugues de Trézettes, seigneur dudit lieu. Les Trézettes sont d’une ancienne famille chevaleresque du Beaujolais qui dispose aussi de quelques biens en Forez à partir du XIVe siècle.

Il en est de même de la famille de Montagny qui, par son château de Montagny, au nord-ouest de Givors, appartient à la noblesse lyonnaise, mais elle appartient aussi à la noblesse forézienne par des fiefs qu’elle a acquit dans le comté au XIVe siècle. Les d’Albon contractent une alliance avec les Montagny en 1305 : Sibille d’Albon, fille de Gui († 1338), seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Marguerite d’Oingt, épouse Guichard de Montagny († 1334). Il est seigneur de Montagny mais aussi de Magneu-le-Gabion, d’Estaingt, de Tortorel et de Mably, tous quatre en Forez. Guichard est également sénéchal de Saintonge en 1326.

L’ensemble de ces alliances démontre à quel point les d’Albon, dès le XIVe siècle, sont bien intégrés au sein de la noblesse du Lyonnais. Grâce à ces mariages avec des familles souvent influentes et prestigieuses dans la région, les d’Albon s’agrègent très rapidement au second ordre de la société médiévale. Cependant, progressivement, la famille d’Albon choisit d’orienter son extension et son influence vers le Forez et le Roannais.

 2.1.2 - La stratégie forézienne à partir du milieu du XIVe siècle

Avec le mariage de Guillaume d’Albon et d’Alix de l’Espinasse en 1362, débute une nouvelle période pour les d’Albon. Désormais, ils se tournent beaucoup plus du côté du comté de Forez. En effet, avec cette union, ils acquièrent des terres dans le Roannais et dès lors, nombre de leurs mariages se font avec des familles de la noblesse forézienne.

Déjà au début du XIVe siècle, il y a eu deux unions avec des filles du Forez. La première concerne Etienne d’Albon, seigneur de Bagnols et de Châtillon-d’Azergues qui épouse en 1313 Jacqueline de Saint-Germain, fille d’Artaud de Saint-Germain, seigneur de Montrond. Les Saint-Germain apparaissent dans la première moitié du XIIIe siècle. Ils sont alors coseigneurs de Saint-Germain-Laval dans le comté de Forez. Ils possèdent également des biens dans le Donzy et dans le Beaujolais. En 1302, ils échangent Saint-Germain contre le château de Montrond, et désormais, leur ascension sociale et économique est lancée.

La seconde union est organisée entre Agathe d’Albon, fille de Gui († 1338), seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et Gaudemar de Revois († 1350), seigneur du Fay et de Bouthéon, le 18 février 1314 (n. st.). Certes, cette alliance n’est pas forcément très reluisante. En effet, Gaudemar de Revois, ou plutôt de Reveux, est le fils d’Etienne Blanc, homme nouvellement installé en Forez. C’est lui qui acquiert la seigneurie de Reveux, située à Saint-Jean-Bonnefonds, dans le Jarez, où il construit en 1274 la maison-forte du Fay. Son fils Gaudemar est né entre 1285 et 1290. Celui-ci, entre 1319 et 1324, échange sa seigneurie du Fay contre celle de Bouthéon. Il fait une carrière au service du roi Philippe VI de Valois : bailli de Vitry en 1328, bailli de Chaumont en 1330 mais relevé de ses fonctions en 1336 ; bailli de Lille et gouverneur de Tournaisis en 1337 ; bailli de Vermandois en 1340 ; à nouveau bailli de Chaumont en 1343 et de Vermandois en 1345. Disgrâcié pour n’avoir pas su défendre le gué de la Blanchetaque sur la Somme, il revient en grâce à partir de 1347. Dès lors, il est bailli de Sens, sénéchal de Beaucaire de 1348 à 1350.

Après l’alliance avec les l’Espinasse, les mariages foréziens s’enchaînent. Vers 1400 Guichard d’Albon épouse Philiberte de Semur. Le mariage d’Alix d’Albon avec Antoine de Talaru est aussi quelque part une union forézienne puisque Antoine est seigneur de Noailly en Roannais, non loin de Saint-André et d’Ouches. Ensuite, en 1416, Jean d’Albon, seigneur de Saint-André, épouse Guillemette de Laire. Elle est la fille de Rollet de Laire et de Béatrice de Salsat, dame de Cuzieu. Les Laire sont originaires du Valentinois où ils possèdent la seigneurie de Laire. En 1367, ils acquièrent la seigneurie de Cornillon en Forez, non loin de Firminy.

Au XVe et au XVIe siècle, les mariages foréziens continuent, mais il sont moins nombreux. En 1407, Amé d’Albon († 1415), fils de Thibaud d’Albon, seigneur de Bagnols et de Châtillon, épouse Marguerite Raybe. Elle est la fille d’Itier dit Perceval Raybe, seigneur de Saint-Marcel-d’Urfé. Ce dernier achète, vers 1411, le quart de la seigneurie de Saint-André à Hugues Damas, seigneur de Couzan. En effet, celui-ci avait épousé Isabelle Damas du Plessis, fille de Girard et de Catherine de l’Espinasse, dame de Savianges, héritière d’un quart de la seigneurie de Saint-André. La maison Raybe de Saint-Marcel est une branche cadette des Raybe d’Urfé.

C’est une des plus anciennes familles du Forez : elle est connue depuis le XIe siècle . Seigneurs « de médiocre fortune », la branche aînée d’Urfé n’entre au service du roi qu’au XIVe siècle, et, dès lors, ils font une « prodigieuse fortune ». D’ailleurs, il y a une alliance qui se fait entre les d’Albon et les d’Urfé, à la fin du XVIe siècle. Effectivement, Marguerite d’Albon, fille de Gillet († 1480), seigneur de Saint-André, et de Jeanne de La Palisse, veuve pour la seconde fois, épouse un d’Urfé, surnommé Pailliard. Malheureusement, nous ne pouvons entrer plus dans les détails car tous les auteurs consultés lui ont quasiment tous donné un prénom et une filiation différents. C’est encore là une question à éclaircir sur la généalogie des d’Albon.

En 1463, Catherine d’Albon, fille de Guillaume (1418-1484), seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, et de Marie de La Palisse, épouse Claude de Lavieu, seigneur de Poncins. En fait, Claude de Lavieu appartient à une branche de la prestigieuse famille auvergnate de Saint-Nectaire, qui hérita par mariage des seigneuries de Poncins et de Roche. En effet, Erail de Saint-Nectaire épousa, dans la seconde moitié du XIVe siècle, Catherine de Lavieu, dame de Poncins, de Roche et de Grezolles. Leur fils, Jean, seigneur de Roche et de Poncins, prit le nom de Lavieu. Le château de Roche est une importante forteresse du Jarez. Poncins, lui, est de « moindre valeur militaire ». Les Lavieu forment une très grande famille forézienne, composée de plusieurs branches, souvent mal affiliées les unes aux autres. Néanmoins, cette famille est d’une influence et d’une puissance incontestables dans la région.

En 1471, a lieu un mariage tout aussi prestigieux que le précédent. Le 3 septembre, Guillaume d’Albon († 1474), chevalier, frère de la susdite Catherine, épouse Marguerite de Lévis-Couzan. Elle est la fille d’Eustache de Lévis, seigneur de Quaylus, de Villeneuve et de Perrière, et d’Alix Damas, dame de Couzan. Mariage d’un prestige sans nom pour les d’Albon, mais il est sans doute beaucoup trop court pour qu’il ait pu avoir une quelconque influence dans l’ascension familiale, du moins a priori.

Enfin, pour terminer, mentionnons les deux unions avec la famille de Saint-Chamond et avec celle de Sainte-Colombe. Elles n’apportent plus grand chose au prestige des d’Albon, qui depuis longtemps n’ont plus besoin de cela. Cependant, elles permettent de confirmer leur ascension et leur place au sein de la noblesse du royaume.

Nous le voyons, à partir du XIVe siècle, la maison d’Albon effectue ses mariages principalement au sein de la noblesse forézienne. Notons, cependant, que toute ces familles du Forez, sans exception, ont des membres au sein du prestigieux chapitre cathédral de Lyon. D’ailleurs, on peut se demander si cette noble assemblée ne joue pas, parfois, le rôle de l’entremetteuse. Cependant, il est certain que les d’Albon font dès lors partie du cercle assez fermé des puissants nobles de la région. La maison d’Albon est, sans conteste, l’une des plus grandes et des plus influentes familles du Lyonnais et du Forez. Néanmoins, l’ambition de ces membres ne s’arrête pas là : le Bourbonnais tout proche les appelle et leur tend les bras.

 2.1.3 - Le rapprochement de la principauté bourbonnaise

Outre le double mariage avec les La Palisse, et l’union avec une La Roche, la famille d’Albon a contracté quelques alliances avec des maisons auvergnates : Balsac, Saint-Nectaire, Montmorin et La Tour-Saint-Vidal. Les trois premières sont d’anciennes familles de la province d’Auvergne qui ont su s’illustrer au sein de l’armée de l’administration et de l’Église. On les retrouve souvent dans l’entourage du roi ou bien dans celui des ducs de Bourbon.

La première alliance a lieu le 16 février 1454 entre Jeanne d’Albon, fille et héritière d’Antoine, seigneur de Bagnols et de Châtillon, et Rauffet de Balsac († 1473), seigneur dudit lieu. Il est également conseiller et chambellan du roi Louis XI et sénéchal de Beaucaire. Il obtient à plusieurs reprises des offices royaux tant militaires qu’administratifs. Cependant, c’est essentiellement par les armes que Rauffet s’illustre. Les d’Albon ne gagnèrent pas vraiment avec cette union puisqu’ils perdirent les seigneuries de Bagnols et de Châtillon qui revinrent à Rauffet et à ses héritiers.

Néanmoins, les alliances avec les Saint-Nectaire et les Montmorin donnent beaucoup plus de lustre aux d’Albon. Puissantes et anciennes familles d’Auvergne, déjà alliées entre elles, on les retrouvent très souvent au service des ducs de Bourbon et du roi de France. Sont-elles à l’origine de l’ascension sociale des d’Albon ? Sont-elles à l’origine de leur entrée au service des ducs de Bourbon ? Elles ne sont peut-être pas celle qui ont mis le pied à l’étrier. Cependant, avoir comme alliés des Montmorin ou des Saint-Nectaire, cela a dû facilité les choses pour les d’Albon.

Enfin, évoquons tout de même les deux alliances avec les La Tour-Saint-Vidal, certes moins prestigieuses, mais qui confirment la volonté qu’ont les d’Albon de s’implanter de plus en plus en Auvergne. Les La Tour-Saint-Vidal apparaissent au XIIIe siècle. C’est une famille de la petite noblesse du Velay qui grâce aux d’Albon fait son entrée au chapitre cathédral de Lyon au XVIe siècle.

Implantés foncièrement en Lyonnais, en Forez et en Bourbonnais, les d’Albon contractent logiquement des alliances avec la noblesse de ces régions. Petit à petit, ils construisent autour de leur maison un solide et un influent réseau familial qui joue certainement un rôle considérable dans l’ascension de la famille d’Albon et dans l’accroissement de sa fortune. Pourtant, cette maison organise également des mariages dont l’intérêt politique n’est pas pour l’instant apparent. Ces alliances de revers restent encore assez énigmatiques.

 2.2 - Les alliances de revers

La famille d’Albon contracte des alliances matrimoniales avec des lignées issues du patriciat lyonnais, de la noblesse dauphinoise et savoyarde. Ces alliances ne semblent pas obéir, a priori, à une quelconque logique ni à une quelconque stratégie.

 2.2.1 - Les mariages avec le patriciat lyonnais

Ainsi, il y a quelques unions épisodiques avec des membres de la bourgeoisie lyonnaise. Quel aurait pu être l’intérêt pour les d’Albon, eux qui par tous les moyens cherchent à faire oublier leurs origines bourgeoises et marchandes ? En ce qui concerne l’alliance avec les Fuers, les Varey et les Jossard, l’intérêt est évident : les premiers permettent de consolider l’achat de la seigneurie de Pollionnay, tandis que les deux derniers sont les coseigneurs avec eux de Châtillon-d’Azergues. Or, on peut supposer que les d’Albon, par ces deux mariages pensent pouvoir réunifier enfin cette seigneurie.

Là où l’explication est beaucoup moins évidente, c’est pour le mariage d’Humbert d’Albon († 1408), seigneur de Pollionnay, avec une fille de la famille Julien, famille d’officiers lyonnais à partir du XIVe siècle. Il en est de même pour le mariage, à la fin du XVe siècle, de Catherine d’Albon, veuve de Claude de Lavieu, avec Jean Le Bourguignon, secrétaire du chapitre de Lyon. Est-ce que ce personnage correspond à ce Jean Le Bourguignon qui est procureur du roi au bailliage de Châlon de 1488 à 1493 et qui semble être également receveur ordinaire de la châtellenie de la Colonne en Saône et Loire de 1505 à 1507 ? Le seul point commun de ces deux unions, c’est que ce sont des secondes noces. Y a-t-il un lien entre le fait de se marier une seconde fois et un mariage hypogamique ou hypergamique ? Est-il possible que ce soit des mariages d’amour ? Bien que rares au Moyen Age, les mariages d’amour ne sont pas non plus inconcevables d’autant plus qu’ils correspondent à la doctrine de l’Église qui exige le consentement mutuel des époux pour valider l’union. Dès lors la question reste posée.

 2.2.2 - Les mariages dauphinois

On recense également quelques mariages avec des familles de la noblesse dauphinoise. Trois d’entre eux ont lieu au sein de la branche de Pollionnay. Ainsi, Louis d’Albon († v. 1340), chevalier, épouse Marguerite de Maubec. Cette famille est sans doute l’une des plus importantes du Viennois. Maubec fait partie des quatre grandes baronnies du Dauphiné. Leur fils Humbert († v. 1408) épouse en première noce Yolande de Clermont. C’est « la plus grande et la plus illustre [famille] de la province [de Dauphiné], tant par ses origines que par les hommes distingués qu’elle a produit ». Enfin, la sœur d’Humbert, Blanche d’Albon épouse Arthaud de Nerpol, seigneur de Chalmont, ou plutôt seigneur des Charmes. Comment expliquer ces trois mariages sur deux générations. Les d’Albon de Pollionnay avaient-ils quelques intérêts en Dauphiné ? Envisageaient-ils de s’implanter dans cette province ? Ou bien, est-ce que cela ne prouverait pas, justement, leurs origines dauphinoises, origines attribuées par A. Steyert ?

Au XIVe siècle, Henri d’Albon († 1361), seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, épouse Blanche Richard de Saint-Priest. C’est une famille chevaleresque du Viennois, installée à Saint-Priest en Velein depuis le XIIIe siècle. Cette lignée donna plusieurs chanoines à l’Église de Lyon, dont un doyen au milieu du XIIIe siècle. Cette maison ne semble pas faire partie de la haute noblesse. Cependant, cette alliance n’est pas sans intérêt pour les d’Albon. En effet, le fait que des membres de la famille Richard fassent partie du chapitre cathédral de Lyon, prouve qu’elle appartient bien à la noblesse régionale. Par cette union, les d’Albon augmentent à nouveau leur sang noble. D’ailleurs, un des fils d’Henri et de Blanche devient chanoine de Lyon en 1365. Est-ce une simple coïncidence, ou se mariage a-t-il joué un rôle dans l’acceptation de Gillet au sein du chapitre de Saint-Jean ?

Enfin, la dernière alliance dauphinoise prend place au début du XVIe siècle. Ainsi, le 15 janvier 1500, Guicharde d’Albon († v. 1523), fille d’Henri (1447-1502), seigneur de Curis et de Saint-Forgeux, épouse François de Sassenage († 1573), seigneur de Pont-en-Royans. Puissante et illustre famille du Dauphiné, connue depuis le XIe siècle, les Sassenage n’apportent aux d’Albon que la confirmation de leur élévation sociale au sein de la noblesse du royaume au XVIe siècle.

 2.2.3 - Les mariages savoyards

Étrangement, parmi les différentes alliances matrimoniales des d’Albon, on recense deux mariages avec la noblesse savoyarde. Ainsi, Marguerite d’Albon, fille de Gillet († 1480), seigneur de Saint-André, épouse le 6 février 1457 ou 1475, Louis de Rivoire († v. 1480), seigneur de Gerbaix, de Belmont et de Lay. Puis, en seconde noce, elle épouse en 1483 François-Louis de Belletruche, seigneur d’Anuys, de Cornillon et de Marthod.

Les Rivoire sont originaires du Dauphiné, mais ils se sont installés en Savoie et plus précisément dans le Petit-Bugey. Quant aux Belletruche, ils disposent de plusieurs terres en Tarentaise et ils sont bien connus à partir du XIVe siècle. Ces deux lignées remplissent d’importantes charges dans le duché de Savoie, auprès des ducs qu’ils servent fidèlement.

Comment expliquer cette double alliance savoyarde ? D’autant que les d’Albon de Saint-André sont, dès cette période, c’est-à-dire la seconde moitié du XVe siècle, bien implantés en Roannais et sont au service des ducs de Bourbon. Précisons, de plus, que Marguerite est la seule fille de Gillet et de Jeanne de La Palisse à avoir été mariée. Pensent-ils pouvoir se mettre au service des ducs de Savoie si cela ne fonctionne pas auprès des ducs de Bourbon ? Cela semble peu probable vu qu’ils n’ont aucune attache foncière dans le duché. Ne seraient-ce pas des mariages suggérés ou organisés par les ducs de Bourbon et de Savoie afin de sceller un quelconque accord entre leur deux principautés ?

Les alliances matrimoniales avec le patriciat lyonnais, avec la noblesse du Dauphiné et celle de la Savoie semblent être en marge de la politique lignagère de la famille. Permettent-elles au moins à la famille de diversifier au mieux ses attaches. Cela permet de montrer également qu’elle n’est plus seulement une famille de la petite noblesse régionale, mais qu’elle appartient indubitablement à la haute noblesse du royaume de France.


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