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Marguerite Emilie Félicité Vernet
  • Née le 21 juillet 1760 - Bayonne (64)
  • Décédée le 24 juillet 1794 - Paris (porte de Vincennes) , à l’âge de 34 ans
  • Inhumée - Fosse commune du cimetière de Picpus (Paris 75012)
  • Ci-contre son portrait en 1789, Par Mme Vigée le Brun (1789) (détail). Assassinée "révolutionnairement" sous la Terreur avec son amie Rosalie Filleul
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 Parents

 Union(s) et enfant(s)

 Frères et sœurs

 Notes

Notes individuelles

MADAME CHALGRIN, NÉE VERNET

(exécutée le 24 juillet 1794)

David, Filleul et Vigée le Brun : attributions hasardeuses des portraits de Mme Chalgrin

Le portrait de Madame Chalgrin par David

Mme Chalgrin, personne pleine de charme (quand "l" part, il reste "chagrin", disait-on), avait toujours vécue séparée de son mari après la naissance de leur fille unique. Elle fut la maitresse du chevalier de Conti et participa aux fêtes brillantes du couchant de la monarchie. Elle n'émigra pas et après la loi sur les anciens nobles, elle quitta sa maison rue Garancière pour aller résider dans l'hôtel de Travers à Passy, résidence principale de son amie la portraitiste Rosalie Filleul. D'après certains documents cités plus bas, elle aurait été courtisée par David qui, pour lui plaire, aurait commencé son portrait. Ce portrait dont tout les contemporains de la Révolution, notamment Mme Vigée Le Brun amie intime du modèle, ne se méprirent pas sur l'identité du modèle, est passé à Carle puis à Horace Vernet puis à sa fille Mme Delaroche décédée avant son mari.

Le journal d'Alger annonçait bientôt dans son édition de …1869 que M. Delaroche qui vient de mourir à Alger, lègue une "ébauche du portrait de Mme Chalgrin par Louis David". Or M. Delaroche arrière neveu de Mme Chalgrin, connaissait mieux l'identité de ce modèle, que certains conservateurs du Louvre, principalement Gaston Brière (dont on peine à suivre les nombreuses publications sur tous les sujets) qui ont abusivement "désidentifié" ce malheureux portrait, sans doute pour épargner à Louis David la honte de devoir associer publiquement son nom au portrait de sa victime la plus célèbre (elle a été guillotinée malgré les appels au secours de Carle Vernet, tandis que les memes jours, l'administrateur de la police politique David signait la grâce de plusieurs personnes (voir Daniel Wildenstein).

Brière confond le portrait du Louvre, qui représente bien Mme Chalgrin (cf. l'esquisse peinte du British Museum à Londres signée et identifiée "Mme Chalgrin") avec un hypothétique portrait de Mme Trudaine, épouse de guillotiné), portrait mal identifié d'un inventaire de 1826, du moins, de dimensions avoisinantes à celui de Mme Chalgrin, et dont on a perdu la trace.

On ne voit donc pas très bien comment le portrait de Mme Chalgrin qui trôna pendant des années dans le salon d'Horace Vernet puis dans celui des Delaroche, salons parisiens où la famille, les proches et autres notables contemporains de la Révolution ont défilé, auraient exposé un portrait d'une personne qui n'était pas leur tante en la faisant passer pour telle.

Sur l'annonce du leg Delaroche voir entre autres:

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75394404.image.r=DAVID.f2.hl

Les familles Hocquart, Lecouteux ou le Peletier de Mortefontaine ont, le sait-on, volontairement détruit des portraits peints avant la Terreur par Louis David de sinistre mémoire. Mme Trudaine pouvait elle aussi avoir détruit son portrait par David si tant est que celui-ci ait existé.

SUR LE PORTRAIT DE Madame CHALGRIN par Rosalie FILLEUL

Voir la notice "Rosalie Filleul née Boquet"

https://gw.geneanet.org/darbroz_w?lang=fr&pz=rose&nz=theze&ocz=0&p=anne+rosalie+adelaide&n=boquet

Un pastel par Mme Filleul, représentant son amie Chalgrin vers 1793 ou 1794, exposé à Paris Grand Palais 2015, conservé dans le château familial des descendants de Mme Filleul à Montbouy, a tout récemment été abusivement donné à Mme Vigée le Brun par M.Joseph Baillio vice président de l'Institut Wildenstein dans son catalogue de l'exposition Vigée le brun (Grand Palais, 2015).

On remarque d'ailleurs dans cette exposition ambitieuse que quelques œuvres, notamment un grand pastel fort usé représentant une mère et son enfant, présentés comme des œuvres de Vigée le Brun, ne sont évidemment pas de la grande artiste. Ni le portrait présumé de la duchesse d'Orléans, qui est était traditionnellement attribuée Jean-Siffrein Duplessis. D'autres attributions ou identifications hasardeuses, par MM. Baillio ou Salmon, mériteraient commentaire. A l'inverse, il est étonnant que le beau portrait de Mme Augeard, par Mme Vigée le Brun, qui est entreposé depuis des années dans le hangar parisien de la société de Guy Wildenstein et Cie , n'ait pas été présenté au public . Il y a un vrai mystère autour de l'origine de ce portrait décrit et publié avant la seconde guerre mondiale, et qui est entré depuis, dans des circonstances indéterminées, dans la collection Wildenstein. Il était encore visible à la fin des années 1990 dans l'entrepot parisien du 8e arrondissement, et l'exposition de 2015 aurait été une grande occasion pour M. Baillio de le montrer au public. Pourquoi ne l'a-t-il pas fait ?

Et pourquoi donc le portrait de Mme Augeard par Mme Vigée le Brun reste-t-il indéfiniment caché ?

Mme Chalgrin fut la grande amie de Mme Charles Louis Filleul de Besne, née Rosalie Anne Boquet de Liancourt, veuve en 1788 du concierge du château royal de La Muette, chez qui elle demeura à Passy sous la Révolution. Elle lui louait un appartement à l'hôtel de Travers (dépendance du château de La Muette), au petit loyer de 300 livres par an. Mme Filleul qui l'aimait et voulait avoir chaque jour son visage sous les yeux, dans son salon, a probablement réalisé d'elle, du moins on peut le supposer, un portrait au pastel, autrefois reproduit par Edmond Cleray dans son article sur cette artiste (Les arts et les artistes).

M. Edmond Cléray avait d'ailleurs été reçu en 1907 par le petit fils de Mme Filleul qui lui avait donné l'indication des portraits réalisés par Mme Filleul et aucun par MmeVigée le Brun. Il ressort en effet qu'aucun des portraits de famille, conservé chez les decendants Filleul, n'était de la main de Mme Vigée le Brun avec laquelle Mme Filleul était en froid depuis plusieurs années avant la Révolution (il n'existe d'ailleurs pas de portrait de l'une par l'autre). Il est donc douteux que Mme Filleul, portraitiste distinguée, ait confié à sa rivale Vigée le Brun le soin de réaliser, pour le placer dans son salon, un portrait d'Emilie Chalgrin leur amie commune. Outre les rivalités d'artistes et les anciennes rivalités de faveur auprès de la reine, s'ajoute le fait que Rosalie Filleul était constitutionnelle du point de vue politique, tandis que Elisabeth Vigée le Brun, ultra royaliste, émigrait dès juillet 1789 à la suite du comte d'Artois et de la duchesse de Polignac.

Malgré cela, M. Joseph Baillio, sans justification sérieuse mais par inadvertance ou pour satisfaire un caprice, a décidé de changer l'attribution ancienne et bien certifiée à la pastelliste Rosalie Filleul, contre toute raison et contre toute évidence. Il a été suivi ou précédé en cela par M. Neil Jeffares, et on ne sait d'ailleurs pas bien qui a copié sur l'autre, car M. Jeffares m'affiirme par courriel que M. Baillio lui a fait changer l'attribution du pastel Chalgrin, ex- Filleul en Vigée Le brun depuis l'exposition de 2015. Tandis que Joseph Baillio cite Jeffares comme étant sa source dans son catalogue d'exposition.

En outre, si ce pastel réattribué abusivement par M. Joseph Baillio était une oeuvre de Vigée le Brun, sa date d'exécution devrait être 1789, selon la liste dressée par la grande artiste. Or la jeune femme représentée du pastel porte, sous un chapeau, les cheveux plats et tombants sur le front comme à la fin de la Révolution où les coiffures relevées et poudrées de 1789 ont été abandonnées. Et il est inconcevable que Mme Chalgrin, personne distinguée, se soit abandonnée au point de se laisser représenter avec une coiffure excentrique qui n'existait d'ailleurs pas en 1789. D'après la coiffure et l'accoutrement très négligé ce pastel ne peut évidemment pas dater de l'année 1789 Il a été réalisé à une date postérieure, en pleine révolution, probablement sous la Terreur lorsque Mmes Filleul et Chalgrin partageaient le même toit. Alors, Mme Vigée le Brun est loin, en émigration ...

Que conclure ? Ce pastel était et doit rester attribué à Mme Filleul qui l'a exécuté d'après nature lors de sa cohabitation avec son amie Chalgrin. Celle-ci vivait simplement, ses revenus étaient très diminués, et elle avait abandonné les coiffures relevées, dégageant entièrement le front, et copieusement poudrées, marque des ci-devant aristocrates.

Le touchant portrait au pastel de Mme Chalgrin, réalisé par sa meilleure amie, quelques mois ou quelques semaines avant d'être guillotinée, que nous avions admiré en 1992 à l'invitation aimable de M. Jean d'Arodes, héritier de la collection de la famille Filleul, était alors placé à gauche en entrant dans le grand salon du château familial de Chenevières à Montbouy, près de Montargis. Les objets précieux et oeuvres d'artiste appartenant à Mme Filleul y furent regroupés après sa mort car restitués à ses enfants après le 9 thermidor an II, et ils provenaient tous de l'hôtel de Travers, jouxtant le château de la Muette (Paris XVIe), ou de la rue Neuve des Mathurins à Paris où Mme Filleul eut un pied-à-terre à partir de 1790. Outre les meubles dont un salon recouvert de tapisserie et un speldide cartel, il y avait, dans une pièce attenante au salon de Chenevières, le magnifique portrait de Mme Boquet née Hallé, la mère de l'artiste (remarqué à l'exposition de Saint-Luc), également les portraits du fils unique de Mme Filleul, et ceux de ses beaux enfants nés du premier et du second mariage de M. Filleul. Il y avait aussi, dans le grand salon, l'autoportrait à l'huile de Mme Filleul (présenté à l'exposition Vigée le Brun au Grand Palais, 2015), qui donne la pleine mesure du talent de cette artiste. M. Jean d'Arodes qui conservait pieusement ces souvenirs, nous a en outre aimablement laissé accéder aux archives familailes poussant l'obligeance jusqu'à nous donner la photocopie de documents manuscrits sur la famille Filleul. Ces documens et d'autres issus des archives nationales principalement nous ont permis de retracer la vie de Mmes Filleul et Chalgrin (à paraître).

Le vrai portrait de Mme Chalgrin par Mme Vigée le Brun.

Outre le pastel réalisé par Rosalie Filleul, il existe un grand portrait à l'huile de Mme Chalgrin représentée dans un ovale peint, exécuté en 1789 par Mme Vigée le Brun, bien authentique et indiqué comme provenant de l'ancienne collection de la marquise Desandrouin fille du modèle. Ce portrait de Emilie Chalgrin en robe bleue et fichu menteur (mode de 1789), est très caractéritique de la manière de Mme le Brun (grande écharpe rose, port de tête légèrement incliné de côté, sourire à la Raphaël, regard tendre et velouté, et il se trouve aujourd'hui dans une collection privée d'un hôtel particulier du centre de la France. Sur ce portrait, l'un des plus charmants de Mme Vigée le Brun, les fossettes et la couleur des yeux de lMme Chalgrin sont d'une nuance de gris vert, très exactement celle de son portrait certifié, enfant, par Lépicié, une huile sur toile conservée au Petit palais à Paris. Ce portrait aurait eu sa place à l'exposition de 2015 si M. Baillio se fût mieux documenté, car c'est un des plus charmants portraits d'amitié que Vigée le Brun ait réalisé, donnant à son modèle une grâce et un mouvement caractéristiques de son talent. C'est assurément l'un des meilleurs portraits psychologiques de Mme Vigée le Brun (voir photo ci-dessus)

Mme Chalgrin et Mme Filleul furent on le sait les victimes d'une sombre machination montée par le policier Blache qui sollicita contre elles des dénonciations d'un brocanteur à qui elles avaient confié à la vente des objets de rebut provenant du château de la Muette. Ancienne concierge du château royal, en suite de son mari impotent, Mme Filleul avait hérité, de par ses fonctions, de la jouissance de cet hôtel dit de Travers et de la propriété des divers objets qui le meublaient, souvent des pièces usagées ou dépareillées (qui avaient conservé la marque du château de la Muette). Le Tribunal révolutionnaire refusa d'entrer dans ces détails et fit décapiter les deux femmes au prétexte qu'elles avaient ... volé du mobilier national.

Pressé par Carle vernet d'intervenir en faveur de sa soeur, le peintre David qui était un amoureux éconduit de Mme Chalgrin, a clairement refusé d'intervenir en sa faveur, car il est intervenu pour d'autres personnes. malgré les efforts désespérés de Carle Vernet son frère; elle fut exécutée peu avant le mariage projeté de sa fille avec le graveur Saugrain, trois jours avant le 9 thermidor qui l'eût sauvée.

ICONOGRAPHIE

Mme Chalgrin alors Melle Emilie Vernet a posé enfant pour le peintre Lépicié, ami de son père (Musée du Petit Palais).

Elle a également posé pour Mme Filleul son amie qui a laissé d'elle un magnifique pastel conservé avec les souvenirs de Mme Filleul à Chenevières, paroisse de Montbouy en Bourgogne. de manière incompréhensible ce pastel a été abusivement donné à Mme le brun par Joseph Baillio.

Son portrait par Vigée le Brun, daté 1789, est en collection privée, et le portrait de son frère par la même artiste est connu par une gravure. Leur père Joseph Vernet avait posé quelques années plus tôt pour Mme le Brun (musée du Louvre).

Un célèbre portrait par David (dessin préparatoire par David et élegendé Mme Chalgrin à la british Library), provenant de la collection de Horace Vernet, légué par la famille et conservé au Louvre, a , par le caprice d'un conservateur, été légendé "portrait de Mme Trudaine", identification sous laquelle - peut-être pour éviter de raviver le scandale - il était sorti de l'atelier de David lui-même longtemps tenu en suspicion par ses contemporains pour sa participation aux crimes du Comité de sûreté générale (police politique de la Terreur). Mme Vigée le brun l'avait provoqué en public, à l'époque de la Restauration, le tenant pour respondable de la mort de son amie Mme Chalgrin.

Mme Chalgrin fut aussi amie du peintre suédois Hall qui a réalisé son portrait en miniature de forme ovale et non ronde, comme le suppose une identification de Mme Régine de Plinval. Car si l'on s'en tient l'inventaire Hall effectué par le marchand J.-B.Le Brun que Mme de Plinval cite dans son catalogue, cette miniature était bien ovale.

EXTRAIT DE LA BIOGRAPHIE par E. CLERAY

Le portrait de MADAME CHALGRIN qu'a légué au Louvre Paul Delaroche, arrière-petit-fils du modèle, nous la représente avec des cheveux légers et abondants qui encadrent un jeune et frais visage, une expressive physionomie. Elle porte une robe noire à ceinture bleue, et sur ses épaules est jeté un grand fichu de linon blanc. Mais la tête seule est achevée, et elle se détache sur un fond rouge sang... Le portrait est de DAVID : nous allons comprendre pourquoi il ne l'a pas terminé.

Emilie-Félicité Vernet était née à Bayonne en 1760 (voir Casimir Stryienski, Deux victimes de la Terreur, Madame Chalgrin (Paris, Girard, 1899). Sa mère, l'Anglaise Virginia Parker, devint folle en 1774. Son père, Joseph Vernet, le peintre des Ports de mer, était logé au Louvre comme pensionné du Roi, et c'est au Louvrequ'elle fut élevée, au milieu des objets d'art et des artistes. Le peintre Lépicié fit son portrait lorsqu'elle avait douze ans. Elle a un joli visage malicieux de petite fille en bonne santé. Une fossette sur la joue et ses yeux gris vert se retrouvent sur son portrait à l'huile peint par Mme Vigée le brun en 1789. A seize ans, en 1776, elle épousa l'architecte Chalgrin, âgé de 38 ans, membre de l'Académie royale d'architecture, intendant des bâtiments du Comte de Provence, bâtisseur des tours de Saint-Sulpice et de l'église Saint-Philippe du Roule, futur collaborateur de Reymond pourles plans de l'Arc de Triomphe de l'Étoile. Brillant mariage! Chalgrin menait la vie à grandes guides, le talent, selon lui, ayant besoin « d'être soutenu du vernis de l'opulence » ( voir Viel, Notice sur J.-P. Chalgrin (Paris, I8I4)) . Cette union pourtant ne dura pas. Les époux eurent une fille en 1777, Pu*s s e séparèrent en 1782 : « Nous allons être bien malheureux, disait Voltaire, car sans Elle, il ne reste que Chagrin ». Elle revint habiter le Louvre avec son père et son frère Carie Vernet, lui aussi de l'Académie et logé, comme ses collègues, aux frais du Roi. Elle avait beaucoup de succès dans l'élégante et frivole société d'avant 1789. Madame Vigée-Lebrun nous raconte un souper grec impromptu dont elle était : « La charmante Madame Chalgrin arriva la première. Aussitôt je la coiffe, je l'habille. Puis vint Madame de Bonneuil, si remarquable par sa beauté; Madame Vigée, ma belle-soeur, qui, sans être aussi jolie, avait les plus beaux yeux du monde, et les voilà toutes trois métamorphosées en véritables athéniennes. » On costume aussi le marquis de Cubières, Ginguené, le sculpteur Ghaudet, mademoiselle de Bonneuil, — future Madame Regnaud de St-Jeand'Angély, — et quand arrivent les derniers invités, ils trouvent tous ces néo-grecs autour d'une table nue, devant un brouet noir, chantant le choeur de Gluck : le Dieu de Paphos et de Gnide, que le marquis de Cubières accompagnait sur sa lyre... On était en 1788 : le brouet révolutionnaire n'était pas loin !

En 1789, Madame Ghalgrin perd son père et reste au Louvre avec son frère Carie Vcrnet (père d'Horace); mais, le 10 août 1792, elle doit fuir le palais ensanglanté, déshonoré, et elle se réfugie à Passy chez son amie Madame Filleul. Madame Filleul, née Boquet, très connue pour sa beauté, portraitiste de talent, touchait elle aussi une pension — 600 livres — sur la cassette royale. Son mari, ancien gardien du château de la Muette, avait reçu de Louis XVI, en dédommagement de cette charge supprimée en 1786, les meubles garnissant son appartement, une pension de 6000 livres réversible sur sa femme et un hôtel situé rue de l'Église à Passy ( Arch. Nat., W431, 967).. C'est dans cet hôtel, ancienne dépendance du château de la Muette, devenue ainsi propriété particulière, que Madame Ghalgrin loua un modeste appartement de 3oo francs par an. La fille de Joseph Vernet était d'ailleurs ruinée par la Révolution : elle n'avait plus pour vivre que le revenu de sa dot restituée (40 000 francs), et elle élevait pauvrement, obscurément, sa fille. Or, le 2 messidor an IV (20 juin 1794), le Comité de Sûreté Générale recevait une dénonciation l'informant que « la nommée Filleul, intime amie de la Messaline Antoinette »t avait « volé ou soustrait quantité d'effets précieux provenant des ameublements appartenant à la liste civile », au château de la Muette devenu domaine national, « qu'elle avait eu des complices... et que, dans la maison qu'elle occupait présentement et qui lui avait été donnée par ladite Antoinette, elle avait soustrait notamment du linge et des cartels de cheminée ». Blache, agent du Comité, se rendit aussitôt à Passy et arrêta Madame Filleul, puis revint avec elle cinq jours après pour saisir et charger sur une voiture nationale son argenterie, ses objets précieux, ses papiers. Parmi les papiers, des paquets de lettres sans date, ni adresse, ni signature, sans aucun caractère politique, et que le payeur-général de la Trésorerie de la Guerre, Piscatory, affirma lui appartenir : il les avait « prêtées pour lire » à Madame Chalgrin. Puis « deux fragments d'une brochure portant pour titre : Avis aux Émigrés ». On trouva en outre dans une armoire « vingt livres de bougies que ladite Filleul a déclaréavoir fait présent à ladite Chalgrin ». Madame Chalgrin fut en conséquence arrêtée, et Blache, dans le rapport que nous résumons, la qualifie sans autre forme de procès de « femme dont la réputation est plus que tarée » ; il ajoute que la correspondance saisie « paraît plus que criminelle», et que « c'est au Comité de Sûreté Générale à en juger ».

A Madame Chalgrin, — enfermée pour avoir possédé vingt livres de bougies, — et à Madame Filleul, — qui produisit en vain les titres de propriété les plus authentiques, et qu'on accusait d'avoir soustrait et vendu des meubles volés, — on joignit d'ailleurs le concierge Hollande (72 ans) et André Chéron, adjudicataire d'une partie de la Muette ; la veuve Bocquet, mère de Madame Filleul,âgée de 7a ans; l'ex-garde-meuble Pierre Longrois, âgé de 84 ans, sa femme et sa fille...

Et tout ce monde, ces trois veuves, ces vieillards, cette famille entière, furent traînés comme des malfaiteurs devant ce qu'on osait appeler un Tribunal! Le peintre Carie Vernet fit tout ce qu'il put pour sauver sa soeur. Dans quatre Notes au Comité de Salut Public, il établit que le monogramme J. F. C. des couverts d'argent saisis signifiait Jean-François Ghalgrin, c'est-à-dire prouvait qu'ils étaient étrangers à Madame Filleul. Il observa que les lettres n'avaient nullement trait aux affaires publiques, qu' « elles étaient uniquement le fruit d'une confiance intime » - C'étaient des lettres d'amour, maïs Mme Ghalgrin n'était que la confidente de Piscatory, et l'on voit d'ailleurs dans quelles conditions. -, et que la précaution prise d'en effacer les noms « avait été dictée par un juste motif de bienséance et d'égard pour soi-même et pour les autres ». En ce qui concerne la réputationde Madame Ghalgrin, le Comité de Salut Public, observait Vernet, « reconnaîtra bientôt combien une femme qui réunit une estime et un intérêt aussi général est loin de mériter le soupçon de complicité dans une spoliation à laquelle elle n'a pas pu contribuer et dont les témoignages de détresse qui l'environnent éloigneraient seuls l'idée ». Il ne parlait même pas des vingt livres de bougie, tant le grief sans doute lui paraissait grotesque. Un homme pouvait obtenir le salut de Madame Chalgrin, de la fille et de la soeur de confrères illustres, de celle qui était la femme d'un autre confrère non moins illustre : cet homme était le peintre David, conventionnel, membre du Comité de Sûreté Générale, auteur du programme de la Fête de l'Être Suprême, très lié avec Robespierre. Carle Vernet alla chez lui et le supplia de prononcer un mot en faveur de la prisonnière : « J'ai peint Brutus, répondit-il, je ne saurais solliciter Robespierre ; le tribunal est juste, ta sœur est une aristocrate, et je ne me dérangerai pas pour elle. » — Le tribunal est juste I Le tribunal dont il avait été l'un des premiers patrons et auquel il avait fait donner, comme juré, son élève Gérard... Dans quelques jours, le 8 Thermidor, aux Jacobins, David s'écriera qu'il voulait

Le 5 thermidor (23 juillet 1794)1 quand Madame Chalgrin reçut à travers les barreaux de la Conciergerie son acte d'accusation, elle rayonna d'espérance, car les faits retenus étaient si faux qu'elle pensait facile de le prouver. « Elle a cru jusqu'à son dernier jour, écrit Riouffe, que c'était le féroce David qui la conduisait à l'échafaud » (Mémoires).

Or le lendemain, devant le Tribunal, aucune explication ne fut admise, aucun témoin entendu ; et voici comment Fouquier-Tinville requit contre Madame Chalgrin : « A l'égard de Hollande, de Chéron et de la femme Chalgrin, ils sont bien constamment les complices de Longrois et de la femme Filleul. Ils ont concouru avec eux au vol fait au garde-meuble de la Muette... La femme Chalgrin était l'intime amie de la Filleul; elle logeait avec elle. On a trouvé dans son appartement cinquante livres de bougies lors de la perquisition qui fut faite chez la Filleul, et que celle-ci déclara lui avoir données. Toutes ces circonstances démontrent évidemment qu'Hollande, la femme Chalgrin et les filles Longrois avaient pris part au vol du garde-meuble, etqu'ils s'étaient partagé entre eux le fruit de cette spoliation criminelle. » On a bien lu cinquante livres de bougies, — au lieu des vingt annoncées par le procès-verbal de l'agent Blache. — Pour ces paquets de bougies reçus en cadeau, Emilie-Félicité Vernet- Chalgrin périt sur l'échafaud avec dix autres femmes dont deux septuagénaires, et vingt-cinqhommes dont le plus jeune avait 16 ans et le plus âgé 84. Le fond rouge sur lequel se détache au Louvre, dans le portrait inachevé par David, la tête de Madame Chalgrin, c'est la teinte du sang de la guillotine.

 Sources

  • Personne: Olivier Blanc, Portraits de femmes. Artistes et modèles à l'époque de Marie-Antoinette, Paris, Didier Carpentier éditions, 2006.

  Photos & documents

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 Aperçu de l'arbre

Jean Vernet   Louise Geraud            
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Antoine Vernet   Marie-Thérèse Granier   Mark Parker   Madeleine Sarner
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Claude Joseph Vernet 1714-1789   Virginia Parker 1728-1810
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Marguerite Emilie Félicité Vernet 1760-1794


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