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Vous pouvez me retrouver sur mon site www.lesmotsjustes.org où je publie un blog consacré aux histoires de vie et où vous pouvez acheter mes livres : une vie à Puy-Guillaume et quatre siècles d'histoires de paysans en Auvergne, Forez et Savoie.

 

 Chronique familiale



Sommaire

 1 - Quatre siècles d'histoire paysanne en forez, auvergne et savoie

 1.1 - Prologue

 1.1.1 - Le nombre impressionnant de nos ancêtres directs et la subjectivité de nos arbres généalogiques

Théoriquement, le nombre de nos ancêtres directs se calcule par la formule suivante 2 puissance G (G étant le nombre de générations prises en compte pour construire votre arbre généalogique). Sur douze générations, comme je l'ai entrepris avec un premier ancêtre connu né en 1595, cela donne pour moi (née en 1951) 4096 ancêtres. Le nombre de mariages entre cousins réduit l'effectif, bien sûr.

Je n'ai retrouvé que 683 ancêtres directs sur ces 4096 théoriques, faute d'enregistrements dans les paroisses où ils vivaient, malgré l'ordonnance de 1539 préconisant cet enregistrement et pour beaucoup d'entre eux je n'ai retrouvé que les date de naissance, de mariage ou de décès et les lieux. Ces chiffres donnent le vertige devant notre méconnaissance considérable de nos origines et l'extrème brassage de nos racines.Plus j'avançais dans ma généalogie, plus je constatais que ma subjectivité me conduisais à privilégier l'approfondissement d'une branche par rapport à une autre, d'un personnage par rapport à un autre. Je voulais, par exemple, donner autant de place aux femmes qu'aux hommes, contrairement à ce que l'on fait en suivant seulement la lignée patronymique, ne pas oublier non plus les oncles et tantes, cousins et cousines, neveux et nièces qui constituaient l'environnement souvent très proche de nos ancêtres , et pour les oncles et tantes célibataires, « ceux qui tenaient les murs de la maison » comme dit encore une tante pour qui la dispersion du patrimoine est un des grands malheurs qui peuvent arriver à une famille.
C'est donc un arbre subjectif que je présente, celui des racines que je ressens comme miennes et en inventant ma propre manière de présenter cet arbre, en élaguant tous ceux (et toutes celles) dont je ne parlerai pas. Il reste après ma sélection une dizaine d'ancêtres dont je vais esaayer de vous faire partager l'histoire…. sur les 8549 individus qui figurent dans mon arbre généalogique.

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 1.1.2 - Tous originaires de pays rudes

Les lieux où nous avons vécu nous marquent à jamais. Ils déterminent pour beaucoup notre relation au monde. Ce que l'on y voit, le temps qu'il y fait, les plantes qui y poussent, les chemins qui les traversent, qui y mènent ou qui en partent, les voisins que l'on a ou l'isolement dans lequel on vit, tout cela fait de nous ce que nous sommes.
Les lieux de l'histoire de ma famille tiennent dans deux mouchoirs de poche de 20 km de côté pour le plus grand, moins de dix pour le plus petit ; ils sont faciles à atteindre maintenant, ils sont tous en bordure d'une autoroute. L'A 89 (sortie Les Salles) pour la branche paternelle, l'A430 (sortie Albertville) pour la branche maternelle. Bien que mes ascendants aient peu bougé jusqu'à la génération de mes parents, ils vivaient dans des lieux de passage et de frontière: le franchissement des Monts du Forez, incontournable pour aller de Lyon à Bordeaux (celui qu'a suivi Montaigne en 1580), limite entre l'Auvergne et le Forez, le passage vers l'Italie par le col du petit St Bernard (celui qu'a suivi Hannibal en -218 avant JC), limite entre la France et le royaume de Sardaigne.
Des pays rudes et isolés : La chevalerie, Bounier, Sommet, Les Cros, Le grand bois, Bénétan ou Montesseau sont tous situés à plus de mille mètres d'altitude et connaissent la neige pendant les mois d'hiver (aujourd'hui encore), Coubanouze, Biorges et La Bathie ou Esserts-Blay sont moins élevés et plus riants, moins isolés aussi. Tous ces hameaux sont de petite taille, même s'il faut les imaginer beaucoup plus peuplés qu'ils ne le sont aujourd'hui (certains sont quasiment inhabités aujourd'hui, même si aucun n'est abandonné). Des pays où la pierre est toujours là près de la terre arable, où l'on cultivait le seigle et la pomme de terre plus que le blé.

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 1.1.3 - Tous paysans et artisans

Tous mes ancêtres sont des paysans jusqu'à la génération de mes parents, des petits paysans, mais paysans propriétaires, qui travaillaient la terre et élevaient des animaux, mais ils avaient tous une activité complémentaire, sans doute plus ou moins importante : Marchands de bois par eau, coutelier, charpentier, sabotier, marchand, charron, colporteur, ardoisier, cabaretier…
Aucun ne semble avoir fait des études importantes, mais beaucoup savaient signer assez tôt, se sont préoccupés de politique et tous ont veillé jalousement à l'accroissement et à la transmission du patrimoine. Bien modeste patrimoine, durement acquis et défendu par toutes sortes de méthodes qui sont restées honnêtes (allant du célibat, à la descendance restreinte et aux recours au tribunaux).

 1.1.4 - Avec des croyances qui ont donné à ma famille sa couleur particulière

Le patrimoine génétique, les lieux et les métiers nous déterminent en partie, mais nous héritons aussi de nos ancêtres de croyances qui traversent les générations et influencent notre vision du monde et j'ai voulu aussi témoigner de cette vision du monde qui était la leur.
Tous mes ancêtres ont été élevés dans la religion catholique mais leurs degrés de pratique ont sans doute été très variables. Ils ont eu des oncles prêtres, des tantes religieuses et certaines mères confites en religion, ils ont vécu proches de lieux de mission (comme l'Ermitage au-dessus de Vollore) mais la tendance familiale semble plutôt pencher vers une mécréance discrète et ancienne.
Ce n'étaient pas non plus des aventuriers ; quatre siècle d'enracinement et pas une seule émigration repérée ni vers les Antilles, ni vers la Nouvelle France, ni vers les colonies, ni même vers les villes proches. Les plus lointains voyages sont ceux des marchands de bois par eau vers Nantes, des colporteurs d'Arconsat vers le Mexique et Cuba, des savoyards vers Paris, des auvergnats vers Lyon ; mais il s'agit dans tous les cas d'émigrations limitées dans le temps avec un retour espéré (et souvent réalisé) au pays, d'émigrations pour se constituer le pécule qui permettra de mieux vivre au pays. Pas plus aventuriers dans leurs entreprises professionnelles ou leurs mariages : ils ont toujours suivi la voie de leurs parents de la façon la plus traditionnelle. Le plus entreprenant de tous a fait faillite ! Aucun non plus n'a fait fortune !
Ni aventuriers, ni grands guerriers ; ils ont souvent échappé au service militaire ou même à la conscription en raison de tares physiques ou en se cachant. Ceux qui ont fait la grande guerre (mon grand-père maternel et mon arrière grand-père paternel) ne l'ont pas faite sur les champs de bataille.
Je ne vous invite donc pas à lire une grande épopée, mais l'histoire d'une famille qui a connu à travers le temps des malheurs et des bonheurs et a compté quelques personnalités attachantes et d'autres moins.J'y ai consacré trois ans de travail assez intense, en recherches généalogiques, poursuite de fausses pistes, visites des lieux, rencontres de cousins et cousines, lectures d'ouvrages, numérisation et transcription de documents d'archives, questions sur de forums, visites aux archives départementales, rédactions intermédiaires.

Danièle Godard-Livet
Mars 2012- Août 2015
www.lesmotsjustes.org

 1.2 - Souvenirs d'enfance

On commence toujours sa généalogie d'un point particulier. Le mien, c'est celui des vacances à la Chevalerie et de ces nombreuses "tantes" qui y venaient l'été et dont la position dans l'arbre de notre ascendance était pour le moins obscure. Elles s'appelaient Marthe, Finette, Camille ou Colette et nous les voyions vivre, et puis il y avait la mystérieuse tante Gal dont on parlait beaucoup mais qui était morte.

Vous vous appeliez Marthe lévigne ,Marie Félicie Antoinette guyonnet,Camille guyonnet et Colette mathieu. Vous étiez des grandes personnes qui vivaient sans mari, sans enfant, sans même un animal domestique. Je vous revois fanant comme dans une photo de J.F. Lartigue, car vous étiez des citadines passant seulement l’été à la campagne, occupées de vous, prêtant parfois la main distraitement et pour peu de temps.
Finette entretenait sa peau extraordinairement douce, Marthe lisait des romans policiers, Camille était si fantasque et Colette si rare que je ne sais plus à quoi elles passaient leur temps.

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A la Chevalerie vous aviez toutes une maison acquise dans d’obscures héritages, mais vous veniez de la ville, toutes fonctionnaires, toutes dans l’enseignement ou les postes. Vous ne prêtiez aucune attention aux enfants que nous étions mais je me souviens très bien de vous. Pour moi, vous restez des personnes admirables et mystérieuses, plus que des grands-tantes (que vous n’étiez pas toutes d’ailleurs), modèle désiré par mon père pour son unique fille, mais peu prisé par ma mère.
Je ne vous ai jamais vues comme les vieilles filles solitaires, amères et désœuvrées que vous étiez sans doute. Il flotte toujours sur vous un parfum de liberté. Votre égoïsme à vous avait une fois pour toute délimité le champ de votre regard sur le monde mais je ne vous ai jamais entendu vous plaindre. D’ailleurs vous ne parliez pas aux enfants !
Que j’aimais votre étrangeté, votre vie de bohème comme il peut en exister à la campagne : repas de n’importe quoi, à n’importe quelle heure, régimes surprises, lectures à n’en plus finir, jamais un tricot (ou alors infini et inachevé), jamais un bonbon ou un livre pour les enfants, sublimes, entières d’égoïsme.
Ma grand-mère Maria Maria guyonnet, bien qu’ayant mari et enfants, était comme vous, dans une version paysanne et sauvageonne, pas arrangée comme une citadine, mais oubliant tout quand ses sœurs étaient là pour vaquer à de longues lectures de magazines ou d’infinies rêvasseries, l’éloignant des fourneaux et de son travail de fermière.

Au cours de ma recherche, une cousine m'a remis une photo de vous prise dans les années 1910. Vous êtes devant un décor de photographe, sans doute à la demande de la tante Gal dont j'ai découvert l'identité au cours de mes recherches Marie Antoinette guyonnet, la soeur de mon arrière grand père mariée à un Monsieur Gal: Marthe est la première à droite, Maria ma grand-mère vient ensuite, puis une cousine inconnue, puis c'est Finette Marie Félicité Antoinette Guyonnet, puis une autre cousine inconnue. Camille mon autre grand tante n'est pas encore née et les deux cousines inconnues, sans doute deux autres nièces de la tante Gal Niche lévigne et Germaine guyonnet.

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 2 - La branche paternelle de mon arbre

 2.1 - Gilbert Godard (1740-1820) et Jeanne Cohas (1748-1784) à Coubanouze

Gilbert godard a 35 ans lorsqu'il épouse en 1775 Jeanne cohas de huit ans sa cadette qui apporte avec elle toute l'histoire des Cohas de Coubanouze et particulièrement leurs dettes qu'il faut régler.
Jeanne Cohas est veuve et mère d'un enfant de quatre ans lorsque Gilbert l'épouse ; elle traîne avec elle des conflits familiaux qui s'étendent sur plusieurs générations et ont failli provoquer la ruine de la famille mais elle possède des terres à Coubanouze, patrimoine que ne possède sans doute pas Gilbert Godard.
Gilbert Godard conservera une grande quantité de documents relatant les affaires de la famille Cohas et il l'abondera des procédures en tous genres qu'il initiera lui-même après avoir réglé les affaires de Jeanne. Ces documents sont parvenus jusqu'à nous (plus de mille pages, dont les plus anciennes remontent au 17eme siècle, conservées par les Godard de Coubanouze) et c'est sur eux que je m'appuie pour raconter l'histoire.

 2.1.1 - Les ancêtres de Gilbert Godard

Gilbert est né en 1740 à St Priest la Vêtre d'une famille de marchands, installée à Landrevit mais originaire de St Marcel d'Urfé où le premier ancêtre connu Marcel Godard (quadrisaïeul de Gilbert) est mort à 25 ans de la peste au hameau de Gaudran en 1637.Nous connaissons les ancêtres de Gilbert dans le siècle qui précède la naissance du Gilbert Godard qui nous occupe.

2.1.1.1 - St Marcel d'Urfé : 1630-1704 (Marcel et André)

Nous sommes en 1630 à St Marcel d'urfé quand Etienne Gazel, bachelier en théologie et précepteur du fils du seigneur du lieu prend en charge l'enregistrement des baptêmes, mariages, sépultures dans le premier registre de la paroisse ; c'est là que nous trouvons les baptêmes des premiers enfants de Marcel Godard et Gilberte Buysson : Marie, Jehan ,Claude, André et Germaine et les décès en 1637 de Marcel et ses deux filles. Sans doute tués par la peste qui fait rage à Gaudrand. Mauvais départ pour notre lignée !

Les Godard de St Marcel semblent une bien honnête famille de marchands de St Marcel ; L'épouse de Marcel Godard, Gilberte Buysson était fille de procureur d'office au mandement de St Marcel ; le frère et toutes les sœurs de Marcel se sont mariées avec des marchands ou des artisans de la région.

La famille était-elle originaire de St Marcel d'urfé, ou bien de St Just en chevalet où l'on trouve des Godard dès 1615 (en particulier à Escrat, tout proche de Gaudrand), ou de la paroisse de Perreux dans les faubourg de Roanne où des enfants Godard sont baptisés dès 1575 ? Rien ne permet de le dire, en revanche l'activité de marchand a l'air de se transmettre de père en fils, mais rien n'indique de quoi font commerce ces marchands. La graphie du patronyme est aussi très variable entre Godard, Goudard ou Gondard.

André Godard épouse une Geneviève Gilbert dont il aura 8 enfants, mais seulement deux fils survivants dont Marcel mon ancêtre né en 1676 à Gaudran qui survit à son jumeau, premier né qui sera baptisé sous le nom de François. C'est ce Marcel qui quittera St Marcel d'Urfé pour St Priest la Vêtre.

source : archives de la Loire BMS St Marcel d'Urfé 1676archives de la loire

2.1.1.2 - St Priest la Vêtre 1704- 1775 : Marcel, Claude et Jean Godard

En 1704 Marcel épouse Jeanne Bourganel et s'installe, au hameau de Landrevie où la famille va rester trois quart de siècle de 1704 à 1775.Marcel et Jeanne n'ont que deux fils Claude, notre ancêtre et Jean et de nombreuses filles.Claude meurt jeune à 55ans bien qu'ayant eu le temps de se marier 3 fois et laisse à Gilbert notre ancêtre qui n'a que 11ans à sa mort des frères et sœurs et des demi-soeurs en bas âge.
Jean, frère de Claude et l'oncle de Gilbert, s'est installé à St Julien la Vêtre où il a épousé Jeanne Chassain.
Marcel mort de la peste à 25 ans, André qui perd sa femme à 50 ans, Marcel qui survit à son jumeau, décédé à la naissance et Claude qui meurt jeune à 53 ans, voilà la fragile ascendance de Gilbert Godard qui naît en 1740 dans une famille de marchands de la plaine du Forez. Rien de bien extraordinaire au 17eme siècle et au début du 18eme siècle.

 2.1.2 - Retour sur l'histoire de Jeanne et des Cohas de Coubanouze

2.1.2.1 - Les Cohas de Coubanouze, fermiers devenus propriétaires et marchands

Jeanne Cohas nait en 1748 dans la paroisse des Salles, sans doute à Coubanouze alors que ses parents étaient grangers à Rullion. Ses parents Claude Cohas et Claudine Rochon sont mariés depuis 5 ans et elle est le troisième enfant du couple, la troisième fille.

En 1750, la famille va s'installer complêtement à Coubanouze et tenter de vivre sur des terres qui lui appartiennent depuis une cinquantaine d'année mais qu'elle a toujours exploité ou loué en plus de l'activité de fermiers qui a été celle des aïeux de Jeanne de père en fils depuis la moitié du XVIIeme siècle à Goutoule, puis à Relanges et enfin à Rullion. Toujours chez les mêmes propriétaires, les de Gaulne que nous connaissons par un renouvellement du bail de Goutoule consenti en 1693 à Gilbert et son fils Mathieu à la mort de Durand Cohas, déjà titulaire du bail établi pour la première fois en 1668.

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Clauses du bail de 1693 aux Cohas père et fils'''
'''Le bail est conclu pour la « somme de trois cent livres, douze chapons, vingt livres de beurre, vingt livres fromage, cinquante œufs de poule pour chacune des desdites années pour quoi les dits preneurs promettent payer et porter à la dite damoiselle également dans sa maison au lieu de Montbrison en deux paiements égaux le premier qui sera de cent cinquante livres à la prochaine fête de St Jean Baptiste prochain et l'autre à la Noël »'''
source: archive privée Coubanouze1693

Pourquoi Claude le père de Jeanne a-t-il décidé d'abandonner la carrière de fermier pour s'installer complètement à Coubanouze et en vivre ? La famille compte beaucoup de filles et peu de garçons et il a bien besoin de la proximité de ses gendres pour mettre en valeur la terre ? L'envie de s'essayer à un autre métier, celui de marchand où la proximité de Cervières sera favorable ? Nous ne savons rien du pourquoi de cette installation à Coubanouze.

Nous savons en revanche que la terre venait d'un héritage Vinel que le grand-père de Claude, Gilbert Cohas (notre ancêtre commun avec Carla B.) avait habilement entrepris d'acquérir en mariant son fils à une Vinel, alors qu'il épousait lui-même en secondes noces une sœur de sa belle-fille.A ces deux mariages célébrés en même temps en 1690, auxquels s'étaient ajoutés un autre mariage Cohas-Vinel en 1716 et la donation aux époux d'un oncle Vinel célibataire.
Depuis 1724 Barthélémy Vinel, journalier à Cervières, cousin issu de germain d'une Vinel épouse Cohas empoisonnait la vie des Cohas de procès et de menaces de saisies.L'affaire ne sera réglée qu'en 1758 par la vente d'un pré au curé et un emprunt qui éteindront la dette due à Barthélémy Vinel, devenu vigneron à St Germain Laval.

2.1.2.2 - Le temps de la vie heureuse

A la naissance de Jeanne, ils sont une dizaine à la maison : les grands parents de Jeanne (Antoine et Toussainte), ses parents (Claude et Claudine), les deux sœurs aînée de Jeanne (Anne et Toussainte) mais aussi ses oncles et tantes Pierre, Marie, Claude, Blaise et Pierre qui ne sont pas encore mariés et dont le plus jeune n'a que 17ans. C'est une famille normale de laboureurs où quatre générations vivent ensemble et une famille de laboureurs plutôt prospère qui compte dix enfants arrivant à l'âge adulte à chaque génération depuis trois générations.

La famille a bien parfois des soucis avec les gabelous qui pourchassent la contrebande de sel entre Auvergne, Forez et Bourbonnais, dont les régimes de gabelle sont très différents. Un document de 1742 témoigne que la famille est soupçonnée (sans doute à partir de dénonciations), mais qu'elle sait faire face.

Faire face aux gabelous par le silence et l'absence
'La perquisition fait découvrir dans un premier temps du sel « honnête » accompagné de son certificat, mais la quantité semble trop faible pour le nombre de personnes présentes dans la maisonnée(11) et il est demandé d'ouvrir tous les recoins de la maison ; c'est vers la porte de la basse cour que sera trouvé le sel de contrebande (une livre trois quarts), « lequel pot nous avonsdécouvert....apercu dans icelui blan que nous aurions reconnu être contrebande ce que nous aurions fait observé audit Coahs fils à l'absence de père en présence desdits girard et rochon le sommant de par le roy de nous dire était lui ou son père qui avait caché cedit sel dans cette cache faite expressément » Ce sel est saisi et deux echantillons soigneusement enveloppés sont transmis au greffe des gabelles du Forez à Montbrison. Le père n'étant pas là, une assignation à comparâtre dans les huits jours est remise à son fils''.''
source: archive privée Coubanouze 1740

Jeanne a tout pour être heureuse dans cette grande famille même si elle doit sans doute s'employer à garder les vaches, à aider à préparer les repas, à s'occuper des petits (elle a vite six frères et sœurs de plus et 5 cousins qui naissent à Coubanouze chez sa tante Jeanne avant que leurs parents s'installent au bois de Rézolle et puis deux chez sa tante Marie, les cousins Dulac et les cousins Girard). Elle trouve sans doute du temps pour jouer avec les enfants du hameau ; au moins une vingtaine de gamins : les enfants Berger, les enfants Rochon, les enfants Combe (un siècle plus tard,en 1841 Coubanouze comptera 60 habitants ; moins de 10 aujourd'hui !).
Jeanne est heureuse, ses grandes sœurs s'occupent des bébés avec la grand mère et sa mère. Elle est toujours dehors à désherber le jardin, nourrir les animaux, garder les vaches et courir la campagne avec ses cousins et les copains du hameau. Des fois ils vont loin jusqu'au château ou jusqu'à l'étang. C'est interdit mais personne ne les voit.

Elle sent bien que son père a des soucis et elle se souvient du jour où il a fallu vendre le pré au curé du village, un bon pré qui donnait trois ou quatre charretées de foin. Elle n'avait que 10ans en 1758 mais elle a compris.

'La conclusion de l''interminable procès'
'Claude, le père de Jeanne, a bien l'intention de régler cette interminable procès qui oppose la famille à Barthélémy Vinel depuis 1727, suite à une promesse de son grand père Mathieu 1716 non honorée par son père Antoine. La somme demandée au départ 280 livres qui correspond presque à une année de fermage que doit la famille à ses bailleurs a été renégociée à la baisse, mais toujours non acquittée, elle s'est accrue des intérêts et des frais de justice à 599 livres 19 sols et six deniers qu'il faut payer en 1758. Claude Cohas empruntera 200 livres à son oncle Antoine Cohas de Chalmette moyennant une rente annuelle de 10 livres et vendra un pré à Romain Philippon prêtre habitant aux Salles en réméré (avec faculté de rachat pendant neuf ans) « lesdits Cohas et femme Rochon ont de leur gré vendu remis et tranporté comme par les présentes ils vendent au fonds puits entrees issues prise d'eau aisances appartenances quelconques et la jouissance comme lesdits vendeurs en ont ou du jouir cèdent remettent et transportent avec promesse de maintenir garantir envers et contre tous Mr Philippon acceptant un prè appelé la laigne du.....situe au tenement appelé les seignes paroisse des Salles prenant de matin le chemin appelé le laigne ? allant de la Rorieà Coubanouze de midi le chemin tendant de Cervières à St just en Chevalet de bise et soir les terresdesdits vendeurs aussi de soir sauf meilleurs confins si aucun il y a Ledit prè de la contenanced’environ trois chars de foin au surplus ils le vendent franc exempt de toutes charges pentionssubstitution assigantion et quittancements de toute autre charge icelle à l'exception du cens et frais pour couvrir le dit cens et fruits du passé jusqu'à ce jour demeurent à la charge desdits vendeursqui comptent que ledit Mr Philippon se mette des a present en possession dudit pré la présentevente faite moyennant le prix et somme de 399livres 19 sols »'
source: archive privée Coubanouze 1758

Mais l'interminable procès est tout juste réglé que des appétits (légitimes sans doute) se réveillent dans la famille. Blaise Cohas, dit le grand, un frère de Claude et oncle de Jeanne, qui s'est établi au village des Barges à St Romain d'Urphé avec sa femme réclame 160 L (pour les droits légitimes paternel et maternel dudit Blaise et 320 L (pour le contrat de mariage dudit Blaise de février 1753) Il travaillait jusqu'à son mariage avec son frère et leur père,ainsi qu'à l'atelier de la Goutte, à la fonderie de plomb. La dette sera réduite au motif que Blaise mangeait à la table familiale lorsqu'il travaillait à Coubanouze.

Jeanne a confiance. Mais les choses ne vont pas s'arranger comme elle le croyait.

2.1.2.3 - Le temps des malheurs

En 1760 la mère de Jeanne succombe à la naissance de son dernier fils Romain qui ne survit pas. La grand mère Toussainte meurt à qq jours de là. Puis c'est le grand père Antoine qui meurt en 1764.
Claude, le père de Jeanne se remarie avec une veuve Claudine Parisis qui apporte de nouvelles terres à exploiter situées à la Rorie : Claudine Parisis possède un domaine indivis avec celui de Jean Peurière qui est loué par le père de Jeanne.Mais cela n'arrếte pas les difficultés.Le père a aussi des ennuis commerciaux avec Jean Peurière (ferme impayée), Jean Girodié (emprunt non remboursé), Blaise Cohas (avec qui les affaires ne sont toujours pas réglées). beaucoup d'argent qu'il n'arrive pas à payer. Il emprunte à nouveau et signe une reconnaissance de dettes à Romain Rochon laboureur et marchand du bois de rézolle, neveu par alliance.Claude Cohas est sans doute aux abois . On le retrouve noyé au bord de l'étang de la goutte le 30 janvier 1765


deces_de_Claude_Cohas_30_janvier_1765.jpg
source : archives de la Loire BMS des Salles de 1758 à 1770 p 61/116
La mort du père et ce qu'il laisse
« Claude Cohas à son décès arrivé au mois de février laissa au lieu de Coubanouze, paroisse des Salles, deux vaches, quinze brebis, beaucoup de meubles et d'effets, une récolte (rentrée) de blé, avoine, chanvre er truffes.Plus dans le domaine qu'il tenait de ferme de Jean Peurière indivis d'avec celui de Claudine Parisis femme dudit Cohas, il laissa quatre vaches, un cochon et beaucou d'autres bestiaux et de meubles et effets. Une récolte rentrée de blé, avoine, chanvre et truffes.Plus tant le domaine de Coubanouze que celui de la Rourie étaient ensemencés. »source: archive privée Coubanouze 1766

Jeanne a douze ans, elle est orpheline avec seulement une belle-mère avec laquelle son père s'était remarié trois ans avant et deux grandes sœurs à peine plus âgées qu'elle et six petits frères et sœurs et une demie sœur Cohas et deux demi sœurs Rochon, du premier mariage de sa belle-mère.
L'oncle Pierre qui n'est pas encore marié à 40 ans devient leur tuteur. L'autre oncle Pierre a 33 ans et les aidera ; il n'est pas marié lui non plus.On marie Toussainte, la sœur aînée de Jeanne, dès que possible en 1765 ; elle part à St Romain d'urfé avec Jacques Labouré , granger à Peurière et on cherche un mari à Jeanne.

Comment vont-ils s'en sortir ? Et en plus les malheurs ne s'arrêtent pas là : en 1767, jeanne perd encore un frère et une sœur, en 1769 sa tante Marie de Coubanouze meurt à son tour.
Pour autant les créanciers de Claude qui ne désarment pas : Romain Rochon et Jean Girodié et envoient les huissiers qui saisissent des biens et le vendent aux enchères en 1769.


'les biens saisis en 1769 et la vente aux enchères'
« un lit de plumes avec son chevet pesant ensemble 30livres, une couverte de laine demi vie dite barreaux barré à l'usage du pays, quatre draps de toile grossière, un autre mauvais lit de plumes pesant 22 livres, deux pots de fonte tenant environ un ….et demi, deux crémaillères, une hache...étant tous les meubles exploitables trouvés dans ledit domicile. »Il semble qu'un voisin (Jean Peurière, créancier) ait accepté de se faire le gardien volontaire de ces biens et que par deux fois, le gardien volontaire ne se soit pas présenté pour la vente aux enchères.source: archive privée Coubanouze 1769

La vente aux enchères n'a pas suffi à régler les dettes et c'est maintenant des oncles et tantes qui se mettent à critiquer la gestion de l'oncle tuteur , puis celle de Pierre Maréchal, le mari que Jeanne a épousé en 1770 ; c'est un marchand de St Marcel d'urfé. De nouveaux procès sont engagés contre le tuteur qui aurait joui des biens depuis la mort de Claude Cohas et les aurait laissé se dégrader ; l' oncle de Claude Mathieu Cohas, tisserand de St Romain d'urphé et le frère de Claude, autre Claude Cohas charpentier de St germain laval rapellent aussi les promesses faites lors de leurs mariages en 1752 et 1755, comme l'avait fait Blaise en son temps.Malade ou découragé, Pierre Maréchal se réfugie chez son père où il mourra en 1772.

L'oncle Pierre Cohas, tuteur de Jeanne meurt en 1774 en faisant de Jeanne son héritière mais Jeanne est à nouveau seule avec son enfant.

2.1.2.4 - Le courage de Jeanne dans l'adversité

Tous les malheurs qui frappent Jeanne depuis dix ans, depuis la mort de son père, ne font pitié à personne et elle doit continuer à se battre contre tous. A la mort de son tuteur, elle veut récupérer les denrées laissées par son oncle(du foin et 28 cartons de blé)dont les Choffriasse ont la garde. Lorsqu'elle somme les Choffriasse père et fils de lui rendre les denrées laissées par son oncle ils disent ne pouvoir les rendre sans la présence de Bonnet Pailler qui est maintenant granger ; ce que complète Marguerite Planche, veuve de Pierre Cohas en ne voulant pas rendre le foin.On ne sait si Jeanne a eu gain de cause mais il est certain qu'elle a su montrer beaucoup de détermination. Heuresement, elle va rencontrer un second mari qui va la sortir des difficultés.

 2.1.3 - La rencontre de Jeanne Cohas et de Gilbert Godard

Gilbert Godard a 35ans, c'est son premier mariage ; Jeanne en a 27 et elle est déjà veuve avec un enfant. Ils auront ensemble quatre garçons : Jacques, Antoine, Jean (qui ne survivra pas) et Jacques.A deux siècles et demi de distance, comment faire autre chose que des conjectures sur cette rencontre et ce mariage ?

Gilbert est un orphelin comme Jeanne dont le père s'est remarié deux fois après la mort de sa mère, est-ce cela qui les rapproche ? Une expérience commune ?
Gilbert est un marchand dont la famille est originaire de St Marcel d'Urfé comme Pierre Maréchal le premier mari de Jeanne, comme le père de Jeanne avait entrepris de le devenir ; était-ce une fréquentation de son père ?Par sa tante Marie (marié à un Avignent de St Priest la Vêtre), sa sœur françoise et sa demi-sœur Jeanne George (mariées à des Gros de Noirétable) ou sa sœur Marie (mariée à un Bertrand à Noirétable ou encore sa demi sœur marie Françoise (mariée à un Bartholin de St Didier sous rochefort) ou encore ses autres demi -sœurs (Gabrielle et Antoinette) mariées à Trelins et à Boen, Gilbert a des alliances dans toute la région de Boen à Noirétable avec des familles qui comptent ; un bon réseau de relations , bien informé sur les opportunités de mariage ?Gilbert a sans doute aussi un tempérament conquérant aimant les défis et acceptant les responsabilités : se retrouvant à la mort de son père l'aîné mâle d'une fratrie de 9enfants qui ne comptait qu'un autre garçon, il a marié tout le monde avant son propre mariage. Est-ce la difficulté de l'entreprise qui a poussé Gilbert Godard vers Jeanne Cohas ?

Les difficultés ne manqueront pas, mais Gilbert Godard révèlera un véritable goût de la procédure, avec plus ou moins de succès.

 2.1.4 - Gilbert Godard règle les affaires de Jeanne

Gilbert Godard apporte avec lui des relations et une connaissance des procédures et des mondes judiciaires et commerciaux qu'il va mettre au service des affaires embrouillées de Jeanne en commençant par un solide contrat de mariage qui s'efforce de garantir la transmission de l'héritage de Jeanne, la terre de Coubanouze si durement acquise.

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Le contrat de mariage de Jeanne et Gilbert Cohas
Dans le contrat de mariage de Jeanne et Gilbert Godard, Gilbert renonce pour 1800 livres aux droits sur l'héritage de ses parents et de son frère Mathieu décédé au profit de son frère Jacques marchand à landrevie et s'engage à payer la dot qu'il apporte en lits, couvertures et armoire en frène fermant à clé (600 livres). Jeanne s'engage à payer 357 livres à sa sœur Toussainte et à son mari pour qu'elle renonce à ses droits sur l'héritage de leurs parents et de leur frère et sœur décédé. sa sœur et son beau frère conserve des droits sur un frène et un cerisier .Le contrat de mariage comporte également un long paragraphe sur la transmission de l'héritage de Jeanne Cohas :« au surplus convenu entre les futurs conjoints qu'un des enfants qui naitront du présent Mariage sera l'héritier universel de ladite Jeanne Cohas aux charges de la legitime de droit des autres enfants et d'hérédité et dans le cas où ladite jeanne Cohas vint à décéder intestat et sans faire le choix de celuy de leurs enfants qui pourraient naître du présent mariage alors et dans ce cas seulement ce sera l'ainé des enfants mâles et à défaut d'enfant mâle ce sera l'ainé des filles comme encore ladite future épouse viendra à décéder avant son dit futur époux celui ci aura la liberté de nommer celui que bon lui semblera de leurs enfants pour héritier de ladite Cohas sa future épouse. »
source: archive privée Coubanouze 1774

Gilbert Godard règle progressivement toutes les affaires de Jeanne ; d'abord avec la famille en 1775 avec Claude Cohas, le petit neveu de Chalmette (271 livres) et Mathieu Cohas le grand oncle tisserand de St Romain d'urfé, puis en 1778 Claude Cohas l' oncle oncle charpentier de St germain Laval (….). Mais sans doute n'honore-t-il pas toujours les promesses faites , car 1779, on voit revenir les mêmes affaires avec Romain Rochon , Claude Cohas de Chalmette et Claude Cohas le charpentier de St germain Laval pour la coquette somme de 799 livres qu'il emprunte à Etienne Godard, son cousin prêtre (fils de Jean qui s'est marié à St Julien la Vêtre), avec promesse de lui rendre annuellement la somme de 39 livres 11 deniers 19 sols.


quittance_Etienne_Godard_pour_les_maries_Godard_Cohas.JPGLa quittance de 799 livres acquittée par le cousin prêtre
lesditsmariés godard et cohas s'acquitter envers ledit maîtreGodard de la susdite somme de 784 livres et dix huit solslaquelle jointe à celle 75 livres à eux présentement porté par ledit maître godardforme la totale de 799 livres dix huit sols feront avec la même solidité que de plein gré et consentir au dit maitre Godard la rente annuelle et consituée de 39 livres dix neuf sols onze deniers dont le premier paiement commencera ce jourd'huy en un an et ainsi continuera annuellement ainsi que lesdits mariés godard et cohas s'y obligent toujours avec solidité jusqu'au remboursement du capital et paiement des arrérages lors échus coûts du présent acte et juste frais ainsi voulu expectivement accepté et promis observé à peine de dépens par promesse serments, obligation soumission renonciation et clauze plus requise fait et passé au bourg de Champoly après midi le 29 février 1779 ont les dits maître godard, ledit claude cohas de chalmette et ledit gilbert godard signé et non les autres parties qui ont déclaré ne savoir signer de ce enquis et sommés sur la minuteont signé godard prêtre godard cohas delestra notaire royal et grangeneuve notaire royal,controllé à Cervièresle 18 février 1779 reçu 6 livres 6 sols et signé delavalette commis pour expédition guernard notaire royal légataire des minutes de grangeneuve.
source: archive privée Coubanouze 1799


Les affaires de Jeanne semblent réglées, mais Gilbert n'est sans doute pas bon payeur et n'honore pas les obbligations qu'il a signées. Aussi certaines affaires reviennent-elles au fil du temps, non réglées augmentées des intérêts et de frais de procédures.Mais sans aucun doute aussi Gilbert aime les procédures, sait s'en arranger, les faire durer à son avantage que ce soit à son profit ou pour toute la famille.


On retrouve dans ses papiers (toutes archives privées de Coubanouze):

Les contrats de Mariage de sa belle sœur françoise avec Vachon (1779), de sa belle sœur Marguerite avec Begon (1784)
Le procès qui oppose les héritiers de Girodié prêtre (allié à ses soeurs et demi sœur Marie et Jeanne Georges mariées avec des Gros de Noirétable ) vers 1800.
Et toutes les affaires que nous allons rapidement évoquer.

Un procès en 1777 contre Etienne Faye, ouvrier aux mines de plomb (contestation des termes d'un bail) , en 1779 contre Mathieu Font bonne et Jean Peurière, en 1780 contre Marie Pontadit sa belle sœur veuve, en 1781 contre julien Girodié l'héritier de Jean Girodié, en 1782 contre Bonnet Pailler, marguerite Planche et les choffriasse et Jean Peurière (la paille et les cartons de blés non rendus à Jeanne après la mort de son tuteur, en 1782 contre Jean Béal son voisin pour une histoire de paille vendue trop cher (cette affaire donnera lieu à beaucoup d'écritures, d'audience repoussées et d'enquête auprès de témoins (Barthélémy Coppéré, Claude Girard, Jean Choffriasse, Mathieu Fontbonne, Antoine Griffon.En 1783 contre Jean Béal, son voisin fermier d' Hugues Rochon de Villechaize pour une histoire d'arbre indûment ébranché , contre Jeanne Villeneuve (fille de la tante Claudine mariée à Chalmette), contre Jean Cohas (fils de Claude Cohas de St germain laval) , contre Jean Forest de St marcel d'urfé, contre antoine duroux...

 2.1.5 - La mort de Jeanne Cohas, la révolution, le remariage de Gilbert avec sa belle-sœur et de nouveaux procès

Jeanne meurt en 1784; en 1781, elle avait perdu le premier fils qu'elle avait eu de Pierre Maréchal, elle n'a pas 40ans mais ne meurt pas en couches ; son acte de décès ne dit rien. Gilbert n'est même pas présent à l'enterrement.mais cela ne semble pas mettre un frein à l'acharnement procédurier de Gilbert Godard.Gilbert est une personnalité d'une certaine importance, sans doute plus ou moins contestée, qui aime la reconnaissance et les affaires ; on ne sait pas s'il sait lire et écrire mais il sait signer (et sans doute lire, sinon il ne conserverait pas une telle quantité de papiers) :
- il a participé à la rédaction du cahier de doléances des Salles,en mars 1789 parmi la vingtaine de laboureurs (paysans propriétaires) appelés à élire les députés du tiers état, mais il n'a pas été élu député (Pour les Salles, les deux députés sont Julien Girodié et Laur Girard Fialin ;
- il devient un temps officier public après la révolution.
Il a des relations et sans doute des appuis :
- le bon cousin prêteur Etienne Godard est maintenant vicaire des Salles ; et son frère Claude Godard, autre cousin est l'un des deux députés du tiers état de St Julien la Vêtre
- son neveu et deux de ses nièces ont épousé à St Jean la Vêtre des descendants du seigneur2 du Bost Edmée de Chaussecourteen 1793 Gilbert Godard épousera sa belle sœur Françoise devenue veuve, elle aussi,. Ils auront ensemble une fille née la même année.Les procès et les quittances impayées se succèdent. Gilbert Godard est un infatiguable procédurier qui défend son bien, quitte à ne pas payer ses dettes.

Après la mort de Jeanne, sa demi-sœur Antoinette Cohas (fille de Claude Cohas et Claudine Parisis) épouse de Jean Villeneuve demande sa part des biens et des produits depuis la mort de son père.
Mathieu Fontbonne veuf d'Antoinette Rochon, fille du premier mariage de Claudine Parisis (avec Claude Rochon) s'estime lésée en tant qu'héritière de terres indivises entre Claudine Parisis et Jean Peurière. Lesquelles terres ont été louées puis achetées à Jean Peurière par Pierre Cohas. Intervention de Jean desconches fils du premier mari de Marguerite Planche ensuite épouse de Pierre Cohas.
des quittances impayées suite à des prêts (Claude Cohas de Chalmette, de grosellier, liveton, duroux, poncet, gilbert peurière, duroux, bourganel, guenard notaire de St just en chevalet, jérôme Mathevon prébendier des salles, jean cohas cordonnier de st Germain Laval, rivaux, françoise girard.
des impôts impayés (taille et vingtième )et cens et servis (confrérie du st esprit).

 2.1.6 - Les Godard quittent Coubanouze pour St Jean la Vêtre pour deux générations

Les relations avec les voisins deviennent-elles trop compliquées (il semble y avoir eu qq coups échangés ; on retrouve deux procès verbaux accusant les godard de maltraitances sur des voisins : gilbert et antoine godard contre antoine Cohas de la Rourie, gilbert godard contre jacques fontbonne du 11eme régiment de cavalerie), les saisies sont-elles trop importantes ? Rien ne le précise mais Gilbert Godard a vieilli et il n'a sans doute plus la même énergie pour se battre.
Et les Godard quittent Coubanouze et règlent même certaines vielles dettes en vendant de la terre.

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Douze pieds carrés de terre vendus en 1819 à Gilbert Peurière (pour acquitter une dette antérieure à 1803?)
« Nous soussigné Gilbert Godard propriétaire demeurant au lieu des Hutes paroisse de St Jean la Vêtre et Gilbert Peurière propriétaire demeurant au lieu de la Rourie paroisse des Salles sommes convenus ce qui suit……un coin de terrain situé audit village de la rourie de grandeur de douze pieds carré environ avec le peuplier qu'il y a dedans joignant de matin la grande de Jean Peurière et de midi et de soir le batiment de Pierre Treille, et de bise le chemin qui traverse le village par son millieu confinés avec icelui coin de terrain ses entrées, appartenances et dépendances moyennnant le prix et la somme de vingt francs, laquelle somme de vingt francs le dit Peurière promet et s'oblige à payer le 20 août prochain…. »
source: archive privée Coubanouze 1819

Jacques Godard, le fils aîné de Gilbert, et Marie Philippon mariés en 1797 quittent les salles avec leurs enfants pour St Jean la vêtre où ils seront fermiers de Monsieur Coste de son domaine des utes.
L'autre Jacques Godard, fils de Gilbert marié à Marie Grange en 1807 quitte aussi les Salles pour St Jean la Vêtre, où on perd sa trace.
Ne reste à Coubanouze qu'Antoine Godard, le troisième fils et sa femme Antoinette Berthon. Leur unique fils ne restera pas à Coubanouze après son mariage, il partira à Cleppé dans la vallée où il est dit garde puis homme d'affaires. Plusieurs de leurs enfants se marient à Chazelles mais on perd leur trace.
Gilbert Godard lui-même mourra en 1820 à St Jean La Vêtre chez ses enfants.
Malgré tous ces procès qu'il a intentés, tous les contrats de mariages qu'il a gardés, toutes les procédures conservées dans ses papiers, on ne sait pas qui était Gilbert Godard. Quel était son véritable métier, agriculteur ou marchand ? Honnête ou malhonnête ? Apprécié ou détesté ?

 2.1.7 - Deux générations éloignées de Coubanouze mais qui ont appris la prudence des aventures judiciaires de leur père et grand-père.

Les descendants de Jacques et Marie Philippon ne reviendront à Coubanouze qu'en 1856, deux générations après le départ de Gilbert Godard et de ses enfants.

2.1.7.1 - Jacques l'aîné, fils de Gilbert

Jacques l'aîné, fils de Gilbert, perd sa femme Marie Philippon en 1818, puis sa fille Marguerite en 1819. Il loue les terres de Coubanouze, en achète aussi et en hérite enfin (de sa tante Marguerite Cohas de Coubanouze). Il paye ses dettes et n' a pas le tempérament procédurier de son père comme le montre les papiers qu'il a laissés. Il n'aura qu'un garçon Gilbert et de nombreuses filles, peu de main d'oeuvre pour l'aider ;

2.1.7.2 - Gilbert, fils de Jacques, petit fils de Gilbert

Gilbert, petit fils de Gilbert, épousera une femme de caractère (Marie Roiret, une fille Janvier par sa mère) sera très prudent avec les droits de ses tantes et réglera pour chacune la contrepartie des avantages qui lui viennent de l'héritage promises par son père lors de leur mariage, documents précieusement gardés qui attribuent 3000F à Anne,épouse vial, 3000F à Marie, épouse Faye et 4000 Fà Françoise épouse Massacrier.
Marie Roiret appartient à cette grande famille Roiret qui a un pied à Noirétable (Vérines, le mas, la bitortie, la gibernie, théolier...) et un pied à St Jean La vêtre, famille apparentée aux Janvier et aux Bertrand . Famille qui compte un marthyr de la révolution, Mathieu Roiret, séminariste décapité à Lyon en 1794, un lointain cousin de Marie (leur arrière grand père était commun) et un soldat de Napoléon Jean Roiret, oncle de Marie qui a fait partie de la garde impériale de 1799 à 1808 et a épousé une fille de la demi-soeur du premier Gilbert Godard, Pironne Gros, fille de Jeanne george Godard et Gilbert Gros.
Gilbert achète des terres à Coubanouze: le prè Ste Foy (1ha 28 pour 1700 F) et le pré de l'heurt partagé entre plusieurs héritiers pour 900F ainsi que la maison chez Riboulot et un jardin pour 100F et le pré de la loge à St Jean la Vêtre pour 330 F. On imagine un couple déterminé à accroître son patrimoine et sans doute à se réinstaller à Coubanouze. Mais Gilbert, fils de Jacques l'aîné, petit fils de Gilbert, mourra avant soixante ans et ne verra qu'à peine le retour à Coubanouze.

2.1.7.3 - Antoine, fils de Marie Roiret

C'est Antoine, arrière petit fils de Gilbert qui revient à Coubanouze avec sa mère Marie Roiret qui reste chef de famille comme en témoigne les documents des recensements. Elle a déjà cinquante ans, marié ses deux filles aînées et vient s'installer à Coubanouze avec ses six enfants célbataires (4 garçons et 2 filles). Gilbert son époux mourra peu après le retour à Coubanouze et Marie ne laissera pas ses fils se marier facilement :
- Antoine, son aîné ne se mariera qu'en 1868, lorsqu'elle aura atteint 64ans et lui 38 ans).
- Jean Marie ne se mariera qu'en 1870 (à 33 ans en ayant recours à un acte respectueux) pour partir créer avec sa femme un hotel à Sail sous Couzan où l'on a découvert des eaux thermales qu'on commence à embouteiller et où une activité de station thermale se développe. Ils n'auront pas d'enfants et leurs neveux seront les héritiers désignés.
- Jean Antoine mourra célbataire à 42 ans
- Jean ne se mariera jamais (en 1906, il apparaît toujours dans les états du recensement comme le frère célibataire du chef de famille.

Si Gilbert a réglé les promesses de son père faites aux mariages de ses tantes, Antoine va demander renonciation aux droits successifs à ses neveux issus du mariage de ses tantes, et la cession des droits successifs de ses soeurs et de son frère marié. La volonté de se protéger de querelles de succession est claire.

Le souci de trouver pour ses fils, des épouses ayant du patrimoine très clair aussi, puisqu'on trouve dans les papiers d'Antoine le relevé de la matrice cadastral des biens de Jean Treille.

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En effet, Antoine Godard et Marie Curtil, les tard-mariés n'auront que deux fils (et perdront deux enfants à la naissance) qu'ils marieront à deux soeurs Brière, Treille par leur mère et héritières de bois. Mais c'est une autre histoire que nous apprendront avec celles des sœurs Brière.

 2.2 - Les sœurs Brière (1872 et 1874 – 1946 et 1948 et les frères Godard (1870 et 1872- ? et 1946)

En 1898, le 14 mai les deux sœurs Brière Marie Elisabeth et Clotide Maria des Cros d'Arconsat épousent aux Salles les deux frères Antoine Marie et Johannès Marie Godard de Coubanouze. Les sœurs Brière sont les filles de Jean Brière et Claudine Treille, mariés à Arconsat en 1871.
Longtemps ce mariage de leurs parents m'a étonnée et pour tout dire paru bien improbable : comment un granger de la Faye, fils de granger et employé au scitol de Mme Petel avait-il épousé la sœur de Claude Treille dit le riche ? Pourquoi dans les années 1870, alors que le train était en construction dans la vallée de la Durolle, que Chabreloche se séparait d'Arconsat et que Noirétable allait prendre son essor de petite capitale régionale et de future station climatique, fuir la modernité et remonter à Arconsat dans une communauté agricole de charrons et de colporteurs, chez les Treille ?

On connait l'histoire de la famille Treille d'Arconsat par une généalogie Guillemot qui leur est consacrée sur deux siècles ( XVIIIeme et le XIX eme siècle) et pour ce qui concerne la communauté installée aux Cros d'Arconsat par les nombreux documents de famille retrouvés dans une cache pratiquée dans un mur, ouverte lors d'une démolition. Ces documents (un millier de pages comme pour les Cohas et Godard de Coubanouze ont été numérisés par Jean François Faye, président de l'association des amis des bois noirs qui nous en a aimablement confié une copie.

 2.2.1 - Petit détour par l'histoire des Treille d'Arconsat (histoire de parsonniers et de charrons)

Pierre Treille né vers 1667 à St Just en Chevalet vient s'installer vers 1717 comme charpentier au Puy avec sa femme Isabeau Delorme épousée en 1708 et leurs premiers enfants qu'ils ont eu à Villette commune de Noirétable. Le couple a six enfants (dont trois fils vivants) qui vont tous faire souche à Arconsat.
Leur fils Jean et sa sœur Michelle s'installent ensuite à La Roche sur la commune d'Arconsat où ils ont épousé le même jour en 1742 deux enfants Faure (de Jean Faure et Anne Pauze, eux aussi charpentier, granger et meunier). Jean est toujours charpentier et reprend avec son beau frère le domaine de la Roche qui appartient à la dame Dubessey, veuve Delestra de Cervières (bail 3,6, 9 conclu en 1766 reconduction d'un bail de 1759).

Jean et sa femme n'ont que deux enfants Pierre et Antoine qui s'installent aux Cros (vers 1768 au moment du mariage de Pierre?) comme charpentiers charrons. Antoine restera célibataire mais Pierre aura 3 fils ; son testament de 1821 privilégie l'aîné et le cadet, Claude et Michel qui devront rester vivre avec lui, le troisième enfant Bonnet qui n'est même pas cité dans le testament s'allie aux Guillemins dont il devient parsonnier.

Bonnet est mon ancêtre qui avec ses deux fils Blaise et Claude organise l'acquisition et la gestion d'un patrimoine familial sur le mode de la communauté agricole.A l'origine de ce patrimoine, l'usufruit des possessions de Marie Guillemin qui meurt très tôt sans avoir donné d'enfant à Bonnet Treille (usufruit qui sera racheté par un oncle et un neveu Guillemin à Bonnet Treille pour 500 F en 1819 après un procès). Remarié avec une Gouttebarge, Bonnet a deux fils. L'association des deux frères Blaise et Claude est scellé en 1844 devant notaire après la mort précoce de leur père.

Les parsonniers dans la montagne thiernoise étaient les paysans qui vivaient en communauté "au même feu et au même lieu", n'hésitaient pas à réaliser des mariages entre cousins ou entre oncles et nièces et travaillaient sous la direction d'un maître élu et d'une maîtresse élue (qui ne pouvait être la femme ou la soeur du maître. Tout le patrimoine restait commun. Cette modalité juridique d'association d'origine très ancienne a perduré jusqu'à la fin du 19eme siècle (parfois plus tard); elle a donné lieu au livre "Les bons Dieux" de Jean Anglade, car il s'agissait toujours de communautés très chrétiennes. Certaines branches de la famille Treille ont clairement conservé cette modalité d'association sur la longue durée; en ce qui concerne notre branche, l'association va tourner court pour des raisons qui nous échappent.

Blaise et Claude, sont charrons et colporteurs, mais aussi grangers des Rolland et cultivateurs de leurs propres terres. Ils ont épousé deux sœurs Cornet en 1838 et 1848.

On connaît les charrons, gens du travail du bois et du fer qui faisaient les roues de charettes mais aussi les moyeux et les essieux. L'encyclopédie de d'Alembert et Diderot nous explique très bien ce métier disparu et nous montre de nombreuses planches.charron.jpgPas étonnant pour des descendants de charpentiers qui vivent près de cette grand chemin qui va de Roanne à Thiers. Pas étonnant que tout le hameau des Cros y consacre son activité.

Pour ce qui est de l'activité de Colporteurs, je n'ai rien trouvé sur ces colporteurs au long cours qui exerçaient leur activité jusqu'en Amérique.Leur activité de commerce semble s'apparenter plus à celle des émigrants de Barcelonnette dans la vallée de l'Ubaye qui partirent vers le Mexique qu'à celle des colporteurs de livres, d'images et de menus objets qui parcouraient les monts d'Auvergne. Les bribes de mes connaissances viennent des documents retrouvés : un mort à Mexico en 1865, un mort à Oran en 1850, un carnet de Cuba qui ne dit pas grand chose, Arconsat capitale mondiale de la saucisse de chou dont la recette viendrait de Grèce, mais aussi l'histoire d'un certain Renè Masson qui créa en 1849 à Mexico un journal en français « le trait d'union » dont les principaux abonnés étaient sans doute les « colporteurs », « pacotilleurs », mais aussi des artisans et d'autres actifs immigrés Renè Masson était lui-même à l'origine un de ces colporteurs : il aurait quitté la France en 1844 avec un lot de « pacotille » de flanelles et de parapluie qu'il ne paiera jamais à son fournisseur (dette de 11 812 francs). Il est peu probable que nos ancêtres aient été abonnés car le niveau de leur expression écrite laisse penser qu'ils n'étaient pas très bons lecteurs mais dans le contrat de mariage de Claude, le père de notre ancêtre on trouve la mention des 10 000 apportés par le futur « provenant de son activité commerciale dans l'Amérique Centrale ».

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Quelles sont les raisons de la dissenssion entre les deux frères ? On ne les sait pas. Certes les parents ont avantagé l'aîné lors de son mariage,mais celui-ci était antérieur à la création de la société. Pourtant les deux frères amorcent le partage de leur société en 1854, dix ans après sa création, puis le partage complet de l'héritage en 1859 après la mort de leur mère (en déshéritant pour une rente de 50 F annuel leur soeur célbataire jugée "incapable d'administrer ses biens elle-même"). Et leur patrimoine s'accroit encore en 1863 de l'héritage de leurs femmes Claudine et Marie Cornet qui héritent en partie de leur grand père et de leur grand mère (Bonnet Cornet et Marie Faure).
On sait par ce document de partage de leur société qu'ils n'avaient, ni l'un ni l'autre fait leur service militaire; Blaise n'avait pas été tiré au sort et Claude avait acheté un remplaçant.

Puis le malheur va frapper plus durement encore la famille lorsque Claude, frère de Blaise, meurt à Mexico en 1865 à 39 ans laissant une veuve et deux orphelins, juste après le partage des affaires entre les deux frères. Les familles des deux frères autrefois si proches ne se parlent plus, ne s'entraident plus, ne se connaissent plus.

Après ce décès, Blaise,le père, se retire des affaires et donne procuration sur tous ses biens à son fils Claude qui vient de se marier à Marie Carton (en 1862). Sans doute un beau mariage, car si Marie Carton n'a que 17 ans et pas de père, sa mère Antoinette Carton est déjà deux fois veuve de deux fils Pauze (Blaise et Jean Blaise) charrons et propriétaire à La Pauze.
On cherche un époux pour Claudine, la soeur de Claude, car il n'y a plus d'homme pour travailler avec Claude et le père, depuis la mort de l'oncle Claude; un mari travailleur et conciliant car les parents de Claude et de Claudine ont avantagé leur fils aîné lors de son mariage en lui donnant le quart en préciput de leurs biens immobiliers sur Arconsat, celles sur Durolle et St Priest La Prugne.

C'est dans ce contexte que Jean Brière va épouser Claudine Treille, la sœur de Claude Treille, dit le riche. Un beau patrimoine mais une famille divisée et endeuillée. Le très lointain cousin Bruyère (plutôt du côté Cornet et gouttebarge, du côté de la mère et de la grand-mère), propriétaire à la Faye et marchand de bois(devenu Brière) dont les aieux sont originaires d'Arconsat, mais qui avait quitté les pentes pour des altitudes plus clémentes, fait un retour aux sources.

Un double mariage a lieu à Noirétable, et non à Arconsat le 24 octobre 1871 à dix heures du soir (?). Jean Brière et son frère Johanny se marient le même jour. Les deux contrats de mariage ont été conclus chez maître Dusantin à St Didier sur Rochefort et les deux frères ont les mêmes témoins : Bertrand Georges, propriétaire à Noirétable, Claude Vialle, propriétaire aux Suchaux et Claude Treille, propriétaire aux Cros d'Arconsat.Johanny Brière, le frère de Jean, épouse une Raillère propriétaire à la Croix de mission où ils iront s'installer.Ils resteront à Noirétable où leur fils aîné ouvrira le premier grand hotel de voyageurs dans la station climatique qui démarre.

 2.2.2 - L'enfance des sœurs Brière

Jean Brière et sa femme Claudine Treille s'installent d'abord à La Faye où naissent leurs deux filles en 1872 et 1874. Mais en 1877, à la mort de Blaise Treille et de la donation anticipée que fait la mère de Claude et de Claudine "pour faciliter le partage entre ces deux enfants", Jean Brière est dit habiter au Grand bois commune de Viscomtat. En 1898, lors du mariage de ses filles avec les frères Godard, la famille est dite habiter aux Cros d'Arconsat. Où les filles Brière ont-elles grandi ? A La Faye, au Grand bois ou aux Cros ?

La Faye se trouve dans la vallée de la Durolle où passe la route et où passera bientôt le train; c'est un hameau isolé mais une halte où l'on peut voir du monde. Les Cros d'Arconsat sont un bout du monde, cerné par la forêt. Un monde dur tout tourné vers le travail du bois, les scieurs, les charpentiers, les charrons et ces transporteurs qui font le voyage sur le grand chemin entre Roanne et Thiers. La vie est maintenant dans la vallée et Chabreloche a revendiqué son statut de commune indépendante et l'a obtenu en 1876.Le grand bois sur la commune de Viscomtat est plus isolé encore, si c'est possible.
Les deux sœurs Brière seront élevées dans l'ambiance d' une famille restreinte où l'on travaille beaucoup dans un hameau de bout du monde où l'on ne parle à personne. Pas de quoi avoir une vision optimiste du monde et de l'avenir.Reste le secours de la religion et de l'Ermitage où les sœurs Treille vont sans doute plus souvent qu'à l'hotel des voyageurs de leur oncle à Noirétable.

Comment expliquer ces déménagements et d'où vient ce domaine de Viscomtat qui n'apparait nulle part dans les possessions des Treille ? Quel est le statut de Jean Brière au Grand Bois, fermier ou propriétaire ? La terre du grand bois aurait-elle été achetée avec la part d'héritage de Claudine qui aurait été donnée en argent par Claude, plutôt qu'en parcelles durements acquises ? Jean Brière est-il revenu aux Cros pour aider son beau frère Claude après le mariage de son fils avec une Sauzede de Sommet et le départ de sa fille pour Vollore Montagne marié à un Gouttebarge ou bien a-t-il toujours travaillé sur les deux domaines?
En effet, depuis la rupture entre Blaise et Claude en 1859, puis la mort de Claude et celle de Marie, la sœur de Claude et Claudine qui meurt en 1875 juste après son mariage, privant la famille de la force de travail d'un beau frère, la famille manque singulièrement de bras. Et Blaise,l'unique fils de Claude a sans doute une faible santé (il sera reformé en 1890 et 1891 pour faiblesse , mais maintenu en services auxiliaires en 1914 ); il mourra à 49 ans en 1918.

Lors du partage de 1877, Claudine a reçu 3/8 des biens de la succession et son frère Claude 5/8 (ayant été préciputé d'un quart); de plus,même s'il travaille aux Cros avec son beau père et son beau frère au moment du mariage de ses filles, Jean Brière semble avoir gardé un statut subalterne par rapport à Claude qui devient vraiment le riche, fort des héritages de son père (Blaise mort en 1877) partagé avec sa soeur et de sa femme Marie Carton (morte vers 1900 laissant un bel héritage à ses deux enfants) dont il a l'usufruit et qu'il gère avec son fils Blaise comme le montre un bail qu'ils passent ensemble en 1905 avec Rémy Pitelet pour le domaine de La Pauze. Plus sans doute de nombreux achats.

Claude Treille dit le riche possède en effet une grande quantité de parcelles de terres et de bois...même si ce que dit la légende "qu'il mettait un jour entier à prcourir ses terres sans en sortir" tient plus à la dispersion de ses petites parcelles qu'à la taille en valeur absolue de ses domaines.
L'état de ses possessions en 1888 sur la commune d'Arconsat occupe quatre pages, compte une centaine de parcelles, et environune centaine d'ha (le seul domaine de la Pauze ccontient 45 h). Et nous savons que ses héritages comportait aussi des terres sur les communes de Celles, Chabreloche et St Priest la Prugne.

Si nous savons beaucoup de choses sur Claude Treille dit le riche par les nombreuses archives retrouvées aux Cros, nous n'avons presque aucun document mentionnant Jean Brière, à part la donation de 1877 faite par la mère de Claude et de Claudine à ses enfants qui ne donne pas la constitution de chacun des lots. Et les soeurs Brière, malgré la moindre donation reçue par leur mère (qui ne concerne qu'une partie des héritages de Claude), restent néanmoins de bons partis pour les frères Godard qu'elles vont épouser. Et l'histoire de leurs familles se ressemblent étrangement pour ce qui est de l'acquisition et de la défense du patrimoine : des artisans et grangers devenus propriétaires grâce à des héritages qui viennent par les femmes, des testaments reçus sur les lits des morts, des partages compliqués, des acquisitions et des procès...un même esprit les anime

 2.2.3 - Deux couples qui connaîtront des histoires bien différentes

Les sœurs Brière vont se marier toutes les deux le même jour, le 14 mai, 1898 avec deux frères Godard, mais leur vie sera bien différente. Le mariage est célébré aux Salles et les témoins sont , du côté Godard l'oncle Jean célibataire et l'oncle Jean Marie, cabaretier de Sail en Couzan, du côté Brière, le frère de Jean Johanny Brière et Henri Gouttebarge, le cousin des filles.

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Clothilde Antonia Jeanne l'aînée que l'on dit la plus intelligente épouse Antoine Marie et part avec lui à Coubanouze.Marie Elisabeth la cadette, notre ancêtre la plus religieuse épouse Johannès Marie et le couple reste à Arconsat jusqu'en 1906. Marie Elisabeth et Johannès Marie s'installent alors à Visomtat, au grand bois, un lieu encore plus isolé que les Cros, où Marie Elisabeth a sans doute passé une partie de sa jeunesse.

Les deux couples se fréquentent sans doute, du moins au début, et donnent le même nom à leurs premiers enfants, mais leurs histoires de vie sont de plus en plus divergentes :
- Clotilde Antonia et Antoine Marie auront 8 enfants et Antoine Marie ne partira pas à la grande guerre (grâce à ses six enfants vivants en 1914)- Marie Elisabeth et Johannés Marie n'auront que 4 enfants et Johannès Marie sera mobilisé lors de la grande Guerre (d'abord au front jusqu'en 1916, puis détaché aux établissements AGuiraud (Noirétable fabrication de caisse) jusqu'à la fin de la guerre pendant que ses trois fils, et particulièrement son aîné mon grand père, conduisent la ferme.

Autant la famille de Clotilde Antonia et Antoine Marie reste liée et implantée aux Salles (et pour partie à Coubanouze), autant celle du grand bois va se disperser , ignorer le reste du monde et quitter le grand bois et l'agriculture. Seul Jérôme,un des fils de Marie Elisabeth conservera la ferme et l'exploitera toute sa vie avant que tous ses enfants n'en partent tout en restant très attachés à ces racines où leurs descendants se retrouvent chaque année.

L'histoire de Jean Claudius, mon grand père, fils de Marie Elisabeth et frère de Jérôme est bien différente....au point que j'ai toujours ignoré l'existence demes cousins de Viscomtat et des Salles jusqu'à cette recherche généalogique !

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De mémoire de ceux qui se souviennent, la vie chez Clotilde Antonia et Antoine Marie est plus joyeuse et plus agréable que celle que l'on mène au grand bois. Caractère aigri de Johannès Marie ? Bigotterie et pingrerie de Marie Elisabeth ? dureté de la vie dans la ferme qu'ils ont reprise ? Difficultés nées de l'absence du père mobilisé pendant cinq ans alors que son fils le plus âgé n'a que 15 ans ?Isolement ?

Jean Claudius, mon grand-père, s' évadera pour La Chevalerie, reproduisant le déracinement et la vie de gendre de Jean Brière, son grand-père et laissant à son frère cadet Jérôme le bénéfice d'exploiter la ferme de son père. Il aurait pu avoir une autre vie qu'il n'a pas choisie. Au moment de son installation avec Maria Guyonnet, une installation dans la plaine avait été évoquée ou la reprise de l'hotel restaurant du grand oncle Godard à Sail sous Couzan qui avait fait des frères Godard ses héritiers....

Jean Claudius malgré son départ du grand bois et son travail comme sabotier n'échappera pas au déterminisme du réseau familial, en épousant une petite fille Sauzede de Sommet (comme Blaise Treille, le cousin de sa mère) résidant à Vollore Montagne (comme Jeanne Marie Antoinette Treille épouse Gouttebarge, la cousine de sa mère). un fils d'henri Gouttebarge sera d'ailleurs son témoin de mariage comme henri Gouttebarge avait été le témoin de mariage de ses parents.

Evasion ou enfermement ? l'histoire de ce grand-père lui appartient, mais à La Chevalerie, hameau de Vollore-Montagne, il va épouser avec Maria Guyonnet l'histoire des Lévigne, des Sauzede et des Guyonnet que vont vous raconter maintenant Marie Lévigne et Marie Antoinette Guyonnet.

 2.2.4 - Les Godard des Salles, les Godard de Viscomtat et les Treille des Cros

J'ai retrouvé ces trois branches au cours de mes recherches, celle d'Antoine Godard restée en partie aux Salles, celle de Jérôme Godard restée en partie à Viscomtat et celle de Blaise Treille, le fils de Claude dit le riche, le cousin des soeurs Brière dont certains descendants habitent toujours Les Cros et j'en parlerai au terme de cette chronique. Ce sont eux qui m'ont fait connaître Coubanouze où certains habitent toujours et le Grand bois où la famille se retrouve en pélerinage sur les traces du grand père comme Les Cros...même si un ancêtre a peut-être bu la fortune de Claude , le riche.

 2.3 - Marie Lévigne (1809-1882) et la Chevalerie

Avec Marie Lévigne, nous remontons dans le temps au tout début du XIXeme siècle. Marie est contemporaine de Blaise et Claude Treille, les colporteurs et de Gilbert Godard, le petit fils de Jeanne Cohas et Gilbert Godard, celui qui ne reviendra à Coubanouze que pour y mourrir.Aucune archive privée avant la fin du 19eme siècle de ce côté-là; et encore, celles dont j'ai disposé venaient des archives du Puy de Dôme grâce à des dépôts de notaires !Mais il a beaucoup été écrit sur Vollore, l'abbé Gueslon d'abord (histoire de vollore), Bruno Ciotti sur la révolte de Vollore (du volontaire au conscrit, 2 tomes), Les Bons dieux de Jean Anglade, Gaspard des montagnes de...qui ne se passe pas si loin à Ambert et aux alentours, La ville noire de George Sand dans la montagne de Thiers, la naviguation sur la Dore et L'Allier de ...., Augerolles au XVIIIeme siècleJ'ai puisé dans tous ces livres ce qui ne figurait pas dans les archives.

 2.3.1 - Une famille qui se vit comme déclassée

Le mariage des parents de Marie Lévigne, Annet Lévigne et Péronne Lévigne en 1804, cousins au 5eme degré, semble faire suite à une longue série de mariages entre proches parents dont cette famille de marchands de bois est coutumière. N'est-ce vraiment que cela ? Pierre Lévigne de la Chevalerie vient de perdre son fils aîné, mort à 43 ans laissant une veuve et dix enfants ; il a d'autres fils mais pourquoi ne pas marier sa petite fille Péronne avec cet Annet Lévigne de la Côte, un cousin qu'on ne fréquente plus beaucoup depuis que la révolution a éloigné les deux branches ? Les autres enfants de sa bru sont encore très jeunes, et cet Annet Lévigne qui n'a que 30ans est le fils aîné d'Annet Lévigne de la Côte, le frère de Pierre de la Chevalerie ?

Au mariage d'Annet et de Peronne, c'est la famille de la Chevalerie, celle de Peronne qui est la plus présente avec Pierre désigné comme oncle paternel de l'époux, Etienne un de ses fils comme oncle paternel de l'épouse, Françoise comme mère de l'épouse ; la famille de la Côte, celle d'Annet n'est représentée que par l'un de ses jeunes frères d'Annet, Huguet.
Ce sera la même chose lors de la naissance de leur premier enfant : Françoise née en 1806, déclaré par son père, son aïeul Pierre et son grand oncle Etienne.

Mais les choses ne se passeront pas comme l'entendait le grand père Pierre ; Françoise Planat, la bru veuve, souhaite garder sa place et celle de ses fils. Elle aussi est fille de marchands de bois , de Mathieu Planat et Anne Chalmette et petite fille d'un notaire royal de Courpière. Et c'est sans conteste une forte femme qui ne décèdera qu'à 80ans en 1837.
Annet et Péronne quitteront très vite la chevalerie pour s'installer à Aubusson d'Auvergne à La souche où naîtront Annette, Marie et Annet leurs autres enfants.

A La Chevalerie, depuis la mort du père de Peronne, fils aîné de Pierre, il y a trois personnalités incontournables , Pierre le patriarche, Françoise Planat, l'épouse du fils aîné tôt décédé, la mère de Péronne, et Etienne Lévigne un autre fils de Pierre qui ne se mariera pas mais sera avec son père de tous les mariages et de tous les baptêmes dans la famille. Il n'y avait manifestement pas de place pour Annet et Peronne et leurs enfants.

 2.3.2 - La chevalerie, les marchands de bois

Pour comprendre un peu mieux la situation, il faut faire un détour par la chevalerie, le monde des marchands de bois et les ruptures de la révolution française.

La chevalerie d'abord, ce hameau de Vollore Montagne, au bord de l'horizon, à plus de 1000m d'altitude, entre le ciel et les blocs de granit, les bruyères et les sapins drus, les fougères, les serves et les ruisseaux, un belvédère au dessus de la plaine.
Un lieu sauvage et sans doute si peu conquis par la religion catholique que Louis XIV avait senti le besoin d'y créer une mission qui deviendra le couvent de l'ermitage. Les frères Lévigne n'ont-ils pas contesté le paiement de la dîme dans des temps plus anciens ?

Depuis les années 1700, deux frères Lévigne Etienne et Annet mariés à deux sœurs Marguerite et Antoinette Servillie s'y sont installés, venant sans doute d'Augerolles ; ils sont marchands de bois, et même marchands de bois par eau. Bien que les envoyés de Colbert aient jugés les bois de la région de faible qualité par rapport à des hétraies ou des chénaies de plus belle venue, le commerce du bois par eau est une grande activité du pays grâce à la proximité de la Dore qui permet, lors des crues, de transporter les troncs vers Paris ou Nantes, amarrés ensemble en sapines.

C'est un commerce rude et périlleux qui tient ensemble des familles dans une sorte d'aristocratie du danger, du bois et de l'eau et d'un certain niveau d'éducation à défaut de richesse. Les Lévigne, les pouzet, les planat, les chomette, les janvier sont des marchands de bois qui se marient entre eux.

Un siècle plus tard, quand commence notre histoire, les Lévigne se sont multipliés à Vollore Montagne, au point d'un tiers des mariages de la commune sont des mariages Lévigne. Ils ne sont plus tous marchands de bois, ni à la Chevalerie, ni à La Côte. Mais ceux qui nous concernent le sont restés et ils en sont fiers, même s'ils sont tous aussi agriculteurs. Pierre Lévigne, le patriarche de la Chevalerie qui a déjà 72 ans au moment du mariage d'Annet et de Péronne et Barthélémy Maurice le petit fils qui prendra sa suite se désigneront jusqu'à leur mort comme marchand de bois.

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Pour tout dire nous ne savons pas grand chose de cette activité malgré la lecture du gros volume consacré à la navigation sur la Dore et sur l'Allier. On imagine la difficulté du débardage de ces bois, le transport en charroi tiré par des bœufs jusqu'au port de Lanau, l'entreposage sur les berges dans l'attente de la crue, la confection des sapines et le terrible guidage de ces embarcations rudimentaires sur la rivière en eau profonde. Tous les obstacles, depuis les chemins défoncés, les ponts inexistants sur les ruisseaux, les berges difficiles, les rapides, les tourbillons, les bancs de sable. Peu de chose, si ce n'est le témoignage de ce fils du patriarche Pierre dont le cadavre a été retrouvé à Gores en Varenne. Modeste mais poignante preuve de l'activité de nos ancêtres.

 2.3.3 - La révolution à Vollore

Il faut maintenant en venir à la révolution qui avait mis de la distance entre Annet lévigne le révolutionnaire (le grand père d'Annet) et Pierre Lévigne le conservateur le grand père de Péronne).

A la révolution, la commune de Vollore Montagne a été créée par division de la grande commune de Vollore10 et Annet Lévigne en est devenu le premier maire, très fier de l'être.

La révolution à Vollore Montagne n'a pas été toute simple, pas à cause d'un seigneur défendant ses privilèges, ni à cause des prêtres réfractaires, pas plus au sujet de la vente des biens de l'Eglise comme biens nationaux, mais à cause des réquisitions et de la conscription.

Le seigneur, sans doute pas très riche était réfugié à Paris et sans revendication si ce n'est celle de survivre et de sauver sa peau. Quant aux prêtres, pauvres prêtres issus de familles de pauvres gens, les familles ont préféré les cacher. Personne pour partir à la chasse des prêtres qui n'avaient pas juré fidélité à la République ; rien à voir avec la petite vendée qu'a connu le département voisin de la Loire. Annet le révolutionnaire et Pierre le conservateur avaient deux frères prêtres, Hugues et Antoine, l'un desservant de Vollore montagne, l'autre missionnaire à l'ermitage. Tous les deux condamnés à mort, puis à l'exil, ils ne semblent pas avoir été inquiétés. Hugues est mort à 71 ans en 1814 et Antoine est devenu curé du Brugeron après la révolution.

Concernant les biens nationaux, ils ont acheté ce qu'ils pouvaient, parcelles à la mesure de leurs moyens sans doute moins grands que ceux de notables mieux installés de la plaine, notaires de Vollore Ville ou de Courpière ou marchands de bois d'Augerolles plus prospères.

Mais surtout ces braves montagnards pauvres et isolés, têtes raides, n'ont eu aucun enthousiasme pour se lever comme un peuple pour défendre la république. Les soldats de l'an II, très peu pour eux. C'est la révolte de Vollore qui a conduit à l'intervention de la troupe et à la décapitation à Thiers d'une quinzaine de malheureux !

Les deux frères Pierre et Annet semblent bien s'être séparés autour de ces évènements révolutionnaires. Et ces deux branches Lévigne auront à partir de là des histoires bien différentes, sans doute sur des caractères et des valeurs différents plus que sur des faits précis.

 2.3.4 - Deux histoires familiales bien différentes

Pierre le conservateur de la Chevalerie se comporte en parfait patriarche, ne laissant aucun de ses fils se marier après la mort de son aîné et confiant son héritage à son petit fils Barthélémy Maurice Lévigne marié à 23 ans (en 1809 après la défection d'Annet et Péronne) avec la fille d'un boulanger de Celles sur Durolle (peur de manquer héritée de la révolution?); héritage qu'il confiera ensuite à son fils Jacques Barthélémy François Lévigne, époux d'annette Borias en 1846 puis de Jeanne Fayard en 1859 ; qui le transmettra à Jean Antole Lévigne...qui le vendra en 1923 aux descendants de Marie Lévigne : Annet Jean Guyonnet et Angèle Aimée Sauzede. Plus d'un siècle après que les parents de Marie aient quitté La Chevalerie. .

C'est aussi la branche de Pierre qui s'occupera des affaires publiques de Vollore Montagne pendant le siècle en fournissant plusieurs maires à Vollore Montagne : Jacques Barthélémy François de 1830 à 1850, Jean François Lévigne, son frère de 1876 à 1881 et Anatole Lévigne de 1888 à 1892 puis de 1908 à 1919 et en ayant le souci de l'éducation de ses enfants (un des enfants créera la première grande pharmacie de Lyon en....

Mais n'allons pas trop vite dans cette histoire et restons au début du XIXeme siècle

Le souci de transmission familiale d'Annet de la Côte sera bien moins organisé de même que son souci d'éducation de ses enfants. Le métier de marchand de bois a également été abandonné pour l'agriculture. En 1817, trois des fils d'Annet de la Côte sont témoins sur son acte de décès :Pierre cultivateur à Bournier, le fils cadet, Annet le père de Marie, cultivateur à la Côte et un autre Annet, mais aucun ne sait signer au contraire des petits fils de Pierre.

Annet et Péronne les parents de Marie Lévigne meurent à Noirétable en 1838 et 1845 à La Faye (où s'est installé leur autre fils d' Annet marié à une Jeanne Marie Robert de St Jean La Vêtre?). Et Marie devient propriétaire à La Côte.

 2.3.5 - Marie Lévigne, propriétaire à La Côte se marie

On ne sait rien de Marie entre sa naissance à Aubusson d'Auvergne en 1809 après le départ de ses parents de la Chevalerie et son mariage en 1846.

A près de quarante ans, ses deux sœurs aînées Françoise et Anne ne sont pas mariés, pas plus que son frère cadet Annet. Marie, quant à elle, se marie à 37ans avec un garçon de Celles sur Durolle, fils d'un coutelier, forgeron de Sommet, Pierre Sauzede.

Les Sauzede (sozedde, sauzedde) sont connus à Sommet depuis au moins les années 1700, longue lignée de couteliers dans un hameau tout consacré à la coutellerie à proximité de Thiers13. Par mariage, ils sont plusieurs fois alliés à des membres des communautés agricoles de la région : les Ferrier, les Chevalérias, les Dozolme, les Treille (Pierre Sauzede qui épouse Marie Lévigne est un frère de la grand mère de Catherine Sauzede qui a épousé le fils de Claude, le riche, dans l'épisode précédent).

Pierre Sauzede est plus jeune que Marie de quelques années et elle a sans doute fait sa connaissance par l'entremise de son oncle Pierre lévigne de Bournier qui a marié en 1841 et 1845 deux de ses fils Annet et Claude à deux filles Mure de Sommet : Jeanne Marie et Marie Louise deux nièces de sa femme Jeanne Marie Mure.

Le mariage de Marie Lévigne et Pierre Sauzede est célébré à Vollore Montagne, par l' oncle de Marie : Barthélémy Lévigne, maire de Vollore Montagne et héritier de la Chevalerie, en présence de son cousin, Jacques Barthélémy Lévigne, d'un aubergiste de Vollore Montagne Maurice Sugier et d'un Benoit Fayard des Rossias (ancien maire et futur beau père de son fils ? ).<:p>

Le marié et son témoin, un Dozolme de Sommet, son beau frère, ne savent pas signer mais Marie Lévigne signe pour deux. Marie a visiblement une petite formation (acquise chez les sœurs d'Augerolles installées en 1824?) et une belle signature ambitieuse.

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Pierre Sauzede et Marie Lévigne auront deux enfants : Michel Annet né en 1847 et Annet Prosper né en 1850 qui mourra en 1870, l'année de sa conscription. Il semble que le couple vit avec la sœur et le frère de Marie, Françoise et Annet, tous deux célibataires tandis que Anne l'autre soeur vit à Lyon où elle mourra célibataire, probablement après une vie de domestique au 8 quai d'occident (devenu quai Maréchal Joffre). Tout l'héritage de la fratrie ira à leur sœur Marie Lévigne et à ses enfants.

 2.3.6 - Michel Annet Sauzede, le fils unique choyé

En 1867, Michel Annet Sauzede est exempté de service militaire pour un doigt brisé à la main gauche et deux doigts retractés. Fils unique après la mort de son frère et relativement riche grâce aux héritages de sa mère et de ses tantes et oncle, il épouse en 1870 une orpheline16, dont la sœur vient de mourir à 25ans en laissant une petite Michelle Angèle de 4ans : Jeanne Sophie Fayard qui a du bien à Pamolle et aux Rossias et qui mourra à 38 ans en lui laissant 4 enfants : Marie Séraphine, Maria Rachel, Angèle Aimée et Pierre Prosper.

Comment Michel Annet a-t-il pu entrer dans une lignée (les Fayard de Pamole et des Rossias alliés à leurs Voisins Grange et Rappe) si soucieuse de conserver son patrimoine dans la famille, qui n'est pas effrayée par les dispenses de consanguinité et dont tous les mariages se font avec un contrat de mariage ?

Sans doute sa mère a-t-elle oeuvré pour l'avenir de son fils : dès son mariage, elle avait pour témoin Benoit Fayard maire de Vollore de 1823 à 1830, l'oncle qui compte dans la famille Fayard, propriétaire aux Rossias. Plus certainement, c'est la présence de Jeanne Sophie (des Rossias) à la Côte auprès de son beau frère veuf qui a permis la rencontre de Jeanne Sophie et de Michel Annet. Et Michel Annet a du charme et une grande confiance en sa bonne étoile.

Sans doute le mariage de Michel Sauzede avec Jeanne Sophie ne plaît pas à tout le monde ; la famille fayard n'est pas là, alors qu'elle était bien représentée au mariage de sa sœur Jacqueline Jeanne avec son cousin Jean Marie Fayard : deux aubergistes (Sugier et Decouzon), un instituteur (Vigier) et un boulanger (Batisse) sont les témoins. Même chose sur le contrat de mariage de Jeanne Sophie et de Michel, où Michel Annet comme son père Pierre n'apporte rien.


extrait du contrat de mariage de Michel Annet Sauzede et Jeanne Sophie Fayard« le futur époux s'est constitué ses vêtements et linge de corps qui seront repris en nature à la dissolution du présent mariage dans l'état où ils existeront alors. »« la future épouse s'est aussi constituée en mariage : 1° tous les droits successifs mobiliers et immobiliers qui lui sont échus par le décès de Benoit Fayard, son père décédé depuis environ vingt et un an lesquels ne sont pas encore liquidés avec ses co-héritiers. »Leur mariage est conclu sous le régime de la communauté réduite aux acquets avec donation au conjoint survivant de l'usufruit des biens possédés au moment du décès sauf en cas de remariage.

Cependant après la mort de sa mère en 1882 et celle de sa femme en 1886, Michel Annet Lévigne se retrouve en usufruit , par la grâce de Dieu et la prévoyance de sa mère, à la tête d'un beau patrimoine représentant au moins cinq vies de travail (l'héritage de sa mère et celui du frère et des sœurs de sa mère, les enfants célibataires d'Annet et Péronne Lévigne auquel s'ajoute l'héritage de Jeanne Sophie Fayard) et des achats faits par Michel et sa femme pendant la communauté.

Michel Annet Sauzede était présent lors du décès de sa mère, mais il n'est pas là lors du décès de sa femme qui sera déclaré par deux non parents, Etienne et Victor Decouzon (le père et le frère de son épouse en secondes noces...dix ans plus tard!).

 2.3.7 - Michel Annet Sauzede, le failli qui fait payer ses enfants

Très rapidement Michel Annet dilapidera l'héritage et sera contraint à la saisie de ses biens par un jugement de faillite du tribunal de Thiers le 7 janvier 1892 mais le fera racheter pour 20 000 F en indivision par son fils et deux de ses gendres en en gardant l'usufruit et en demandant de plus renonciation de ses enfants aux biens acquis dans la communauté Sauzede-Fayard et donc à leurs droits successifs jusqu'à la mort de leur père. La vente du patrimoine Lévigne-Lévigne (une 30taine d'hectares de bois, près et terre et des bâtiments ) ne sera conclue en 1907 car la renonciation aux biens de la communauté viendra tardivement du côté du tuteur de l'unique héritier mineur d'une de ses filles décédée en 1897.

Les archives du Puy de Dôme conservent ce document assez hallucinant qui détaille l'ensemble des parcelles rachetées par les enfants et leur provenance. J'en garde précieusement une copie pour me souvenir que dans les familles, tout est possible (malheureusement trop volumineuse pour être placée ici : une trentaine de pages format A3!).

En 1897, il se remarie avec une veuve, Catherine Cécile Angèle Decouzon, veuve de Louis François Tourlonias (qui n'est autre qu'une petite fille du cousin de sa mère Barthélémy Lévigne, dont le père Etienne Decouzon était le témoin de son premier mariage et avec son frère Victor les déclarants du décès de sa première femme ; on garde l'esprit de famille et un goût pour les auberges!). Ils quittent La Côte pour s'installer au Verdier et y ouvrir une auberge dont on dit qu'elle l'occupera plus (devant et derrière le comptoir) que le scitol18 des virets dont il est aussi usufruitier.

Le partage de l'indivision entre les héritiers acheteurs du patrimoine de leurs grands parents Lévigne-Lévigne n'aura lieu qu'en 1920, peu avant le mariage de leurs propres enfants, les petits enfants de Michel Annet.

Les trois filles et le fils de Michel Annet et de Jeanne Sophie se sont tous mariés. Sa seconde fille Angèle Aimée Sauzede, mon arrière grand-mère a épousé en 1899 mon arrière grand-père Antonin Guyonnet qui avant son service militaire était domestique chez un cousin Lévigne de la Chevalerie et passait sans doute souvent au Verdier en allant de Bournier à la Chevalerie. C'est alors que les Guyonnet de Bournier sont entrés dans la famille.

Ainsi se termine l'histoire de Marie Lévigne, qui n'a pas vu se réaliser ses espoirs de promotion sociale mais les a laissés en partage quelque part dans sa descendance. Petite fille du premier maire de Vollore Montagne mais descendante déclassée des marchands de bois de la Chevalerie, propriétaire à la Côte mais tard mariée, perdant son fils de 20 ans et déçue par son fils unique Michel Annet SauzedeLa suite sera racontée par Marie Antoinette Guyonnet, une tante qui a beaucoup compté dans l'histoire de la famille, connue sous le nom de tante Gal.

 2.3.8 - Les Lévigne de Vollore Montagne et les Sauzede de Sommet

J'ai retrouvé les descendants de Pierre Lévigne à Vollore Montagne et ceux de Catherine Sauzede à Sommet. Les Lévigne ont fait des recherches généalogiques qui ont conforté les miennes, les Sauzede de Sommet ont peut-être des archives au grenier mais sont surtout très informés de la généalogie de Madame, une commauté agricole qui a donné des prêtres et un évèque américain.J'en reparlerai à la fin de cette chronique.

 2.4 - Marie Antoinette Guyonnet 1863-1949– la tante Gal

Et c'est alors que la tante Gal entre en scène. Ce n'est pas une aïeule, elle est morte avant ma naissance mais son rôle dans l'histoire de la famille a été déterminant.

C'est une Guyonnet, la sœur aînée d'Antonin Guyonnet qui a épouse en 1899 Angèle Aimée Sauzede, une des filles de Michel Annet Sauzede.
Les Guyonnet entrent dans la famille dont ils vont devenir l'unique horizon, la coupant des Godard des Salles et de Viscomtat, des Sauzede de Vollore Montagne et de Celles sur Durolle, des Brière et des Treille de Noirétable et d'Arconsat et des Lévigne de la Chevalerie...et même des Guyonnet de Bournier.

 2.4.1 - Les guyonnet de Bournier

Les Guyonnet sont une famille établie à Vollore Montagne depuis les années 1700, et plus précisément à Bournier pour ceux qui nous occupent. Le nom n'est pas rare et on en retrouve beaucoup dès le XVIIIeme siècle de St Just en Chevalet à Limons et Luzillat en passant par Vollore Montagne. La graphie du nom est très variable : Guionet, bournier-Guionet, Guionet Bournier, Guyonnet.

Une famille d'agriculteurs qui n'invoquent aucune autre activité dans les actes qui les concernent : ni marchands, ni marchands de bois, ni tanneurs, ni colporteurs. Certains ont une activité de peigneurs de chanvre, de tisserands ou plus tard de tailleurs d'habits.

Une famille sans doute plus modeste que celles que nous avons vues jusqu'à présent et qui se tient éloignée de la chose publique : Aucun mandat, aucune citation au moment de la révolution, pas même de personnalité locale que l'on retrouve comme témoin au mariages et aux enterrements. Juste un aïeul au nom étonnant Jean dit le rouge bournier Guyonnet (1730-1810), dont le fils épousera la fille de Jacques Gatin 1775-1840 (dit Jacques sans crainte maréchal la justice, mort en prison à Riom)...qui se trouve être le trisaïeul du grand père de Colette Mathieu.

Une famille dont les enfants se placent un temps comme domestique, chez des cousins plus ou moins proches, comme c'est cas d'Antonin Guyonnet à La chevalerie avant qu'il népouse Angèle Aimée Sauzede ; mais comme c'est le cas pour d'autres aussi :
- Peronne Guyonnet (1832 )une grand tante de Marie Antoinette Guyonnet qui était domestique à la Chevalerie avant d'épouser à 33 ans un sabotier
- Marie Guyonnet (1856 ) domestique à noirétable avant d'épouser un Antoine Godard, menuisier de St jean La vêtre.

 2.4.2 - Les débuts de Marie Antoinette Guyonnet

Marie Antoinette Guyonnet commence sa vie d'adulte comme domestique à Lyon. On la retrouve dans les années 1880 au 22 rue des remparts d'Ainay chez un vieux médecin célibataire, le docteur Vacher. A sa mort à 88 ans, il en fait son héritière.acte_de_deces_docteur_vacher.jpgantoinette_guyonnet_domestique22_rue_des_remparts_d_Ainay.jpg

Elle épouse très rapidement un télégraphiste originaire de Mende qui travaillait tout près de la rue des remparts d'Ainay au central téléphonique de Lyon. Le contrat de mariage est passé chez un notaire de Caluire (non retrouvé), mais le mariage a lieu à Vollore Montagne en 1900. Elle a 37 ans et elle est dite rentière.

Le couple s'installe à Lyon avec la petite sœur de Marie Antoinette, Marie Félicie de 16 ans sa cadette qui fait office de domestique. Le couple déménage ensuite à St Etienne où le mari est muté.

Ce n'est qu'en 1920, à la retraite et n'ayant jamais eu d'enfants, que le couple vient s'installer à La Chevalerie chez le petit frère de Marie Antoinette, Antonin qui a épousé Angèle Aimée Sauzede dont il a trois filles : Maria(1900), Finette (1903) et Camille (1913). La tante et le tonton Gal vont alors présider aux destinées de la famille d'Antonin.







 2.4.3 - Les rencontres qu'elle aurait pu faire à Lyon

Lorsque Marie Antoinette Guyonnet exerçait ses talents de domestique à Lyon, d'autres descendants des Lévigne et des Guyonnet de Vollore Montagne réussissaient à Lyon.

Auguste Lévigne (1848-1939), descendant des marchands de bois de la Chevalerie, fils du maire de Vollore Montagne faisait fortune dans la pharmacie en créant la première pharmacie de gros de la région lyonnaise, place Sathonay. Ses enfants seraient docteur en médecine, notaire et prêtre. Petit fils de Barthélémy Maurice Lévigne, lui même petit fils de Pierre Lévigne, il n'avait pas perdu le sens patriarcal qui était la marque de Pierre Lévigne et ses frères étaient ses obligés, qu'ils soient prêtre comme Firmin, héritier de la Chevalerie comme Anatole, prête nom de la pharmacie de Sathonay comme Clovis, ou régisseur de la Jallerie comme Jean Marc.

Théodore Lévigne (1848-1912), petit fils d'une Anna Bournier Guyonnet et d'un JeanBaptiste Lévigne mariés en 1815 à Vollore Ville mais tous les deux issus de Vollore Montagne, devenait un peintre connu, repéré dès ses 15ans, formé à Lyon et à Paris. Certaines de ses oeuvres sont exposés dans des musées. Très prolifique mais assez inégal semble-t-il, il a encore une côte sur le marché de l'art. Ses grands parents étaient morts très jeune, laissant trois enfants dont un seul fit souche à Vollore Montagne comme tailleur d'habits (l'ancêtre de ma" tante" Colette Mathieu), les deux autres émigrant vers Noirétable, puis Roanne, puis Lyon pour les parents de Théodore. Marie Antoinette Guyonnet était une cousine issue de germain.

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Aucune de ces rencontres n'a eu lieu, mais ces différences de destinées n'ont sans doute pas manqué d'aiguiser des jalousies déjà anciennes.<:p>

 2.4.4 - La retraite et l'emprise de Marie Antoinette Guyonnet

En amenant une certaine modernité à La Chevalerie, en s'occupant du mariage et de l'installation de Maria et du célibat de Finette et de Camille, en s'entourant de nièces et en invitant ses connaissances stéphanoises, tout en tenant à distance ses autres frères et sœurs Guyonnet et en faisant miroiter à tous son hypothétique fortune et des espoirs d'héritage, la tante Gal aura une grosse emprise sur la famille.

2.4.4.1 - L'achat de la ferme Lévigne de la Chevalerie

Marie Antoinette a-t-elle un contentieux avec son frère Jean Maurice qui s'est établi à Bournier à la suite du père en 1897 et sa sœur Marie Louise qui a épousé un coutelier (Antoine Lévigne) en 1893 partant s'installer à l'obtancie, hameau de Celles sur Durolle ? Les contrats de mariage de ce frère et de cette sœur mentionnent un paiement de soulte à Marie Louise de la part de Jean Maurice, mais les autres enfants ne sont pas cités !

Marie Antoinette Guyonnet et son complice Michel Sauzede ont-ils une revanche à prendre sur les Lévigne de la chevalerie dont descendent tous les Lévigne alliés aux Guyonnet ?
- Antoine lévigne, le mari de sa sœur est le fils d'un cousin germain de notre Marie Lévigne ;
- Henri Clément Lévigne, le mari de sa cousine Jeanne Marie (Sugier Maillot) descend des Lévigne de la Chevalerie, de la branche d'Annet Lévigne et antoinette Servillie dont les descendants ont quitté depuis longtemps la Chevalerie mais qui y conservent encore des héritages ;
- Françoise Lévigne, la grand mère maternelle de Marie Antoinette descend elle-même de cette branche lévigne anciennement installée à La chevalerie.

Contentieux ou /et revanche Marie Antoinette Guyonnet épouse Gal tout se passera comme si. Marie Antoinette va établir son petit royaume à la chevalerie et s'entourer de Lévigne face aux « cousins de Bournier ».

Je n'ai malheureusement pas de photo de Marie Antoinette Guyonnet,la redoutée tante Gal, juste une mauvaise photo de son époux Joseph Gal avec son vélo.

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Le domaine des Lévigne descendants des marchands de bois qui avaient exclu Marie Lévigne, se trouve en vente : Antonin Guyonnet et sa femme Angèle Aimée Sauzede vont l'acheter et occuper la grande maison de la Chevalerie. Camille et Finette, les sœurs de Maria y auront leur résidence secondaire, comme Marthe, la fille d'Antoine Lévigne et de Marie Louise ou comme Colette, la petite fille d'Henri Clément Lévigne.

Cet achat date de 1921 et nous est connu par le contrat de mariage de Jean Godard et Maria Guyonnet, comme un apport des Guyonnet-Sauzede au jeune couple qui cohabitera avec eux. Marie Antoinette Guyonnet a-t-elle contribué à fournir l'argent nécessaire à cet achat ? Nous ne le savons pas, mais, sans cette aide, on peut imaginer la vie de privation qu'il a fallu à Antonin et à Angèle Aimée qui avaient déjà racheté les terres de leur père en 1907, pour acheter à peine vingt ans après un autre domaine.

Domaine qu'ils enviaient et dont le propriétaire partait à la retraite; une occasion d'obtenir enfin cette maison de famille dont le frère du propriétaire Auguste avait fait fortune à Lyon, mais domaine dont on peut douter qu'il fût une bonne affaire. En effet, outre les pauvres terres de montagne qu'il comportait, le domaine était aussi constitué de bâtisses ancestrales déjà présentes au cadastre napoléonien de 1810 jamais modernisées mais solidement construites en blocs de granit grossier.

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2.4.4.2 - Le mariage de Maria Guyonnet avec Jean Godard et le célibat de ses soeurs

On marie donc Maria, l'aînée, avec Jean Godard, un gendre trouvé à Viscomtat qui n'est pas loin. On a vu qu'il est en rupture avec son père avec lequel il ne s'entend pas et sans doute le réseau des Sauzede (de Celles à Arconsat) et des Gouttebarge (marié à une Treille d'Arconsat, mais vivant à Vollore-Montagne) a-t-il aidé à sélectionner ce gendre.

Les deux soeurs de Maria resteront célibataires et deviendront fonctionnaires : Finette entrera dans les postes comme son oncle par alliance, alors que Camille embrasseront la carrière d'institutrice. Etait-ce leur vrai choix ou bien la tante Gal l'a-t-elle fait pour elles, sachant que le domaine qu'allait exploiter le gendre n'était pas si grand, que les enfants conduisaient toujours à des partges et que le métier de fonctionnaire avait bien des avantages, comme le montrait la retraite du tonton Gal.

La propriété des trois soeurs restera en indivision jusqu'en 1982, exploitée par la seule qui s'est mariée (Maria, ma grand-mère avec Jean Godard mon grand père) ou aura lieu le partage entre mon père et sa soeur et la dernière tante encore vivante Finette.

Le contrat de mariage de Jean Godard et Maria Guyonnet ressemble à s'y méprendre à un contrat qui aurait pu être passé un siècle plus tôt, celui de Blaise Treille et Marie Cornet de 1838 par exemple.

Il détaille les apports des parents respectifs,les règles de cohabitation et la dédite en cas de mésentente la répartition des bénéfices.
Maria est avantagée d'un quart en préciput sur ses soeurs pour la propriété acquise en 1921 des Lévigne-Verdier et reçoit aussi en préciput les bois et pacages nommés les Berthes et une part de scitol résultant du partage de 1920.
Les parents de Jean apportent 12000F en billets de la banque de France et Jean apporte 100F de son épargne personnelle.
"les époux guyonnet s'obligent à recevoir les futurs époux, en leur demeure et compagnie, à les loger, à les nourrir et entretenir, selon leur état et condition, sauf de la part des époux à apporter leur travail et leurs soins dans le ménage commun. Toutefois cette cohabitation n'empêchera pas lesdits futurs de réaliser des bénéfices sur leurs biens propres et leur industrie et pendant tout le temps que durera cette cohabitation, les dits futurs auront droit à la moitié des bénéfices nets qui se réaliseront dans le ménage commun, lesquels bénéfices seront partagés chaque année au 31 décembre. Et si cette co-habitation vient à cesser pour cause d'incompatibilité, les époux guyonnet s'obligent solidairement mais pour ce cas seulement à payer et verser aux futurs époux...deux cents francs par an, ladite somme représentant le revenu annuel du quart de propriété donné plus haut en préciput à la future épouse."

Marie Antoinette règnera sur le monde dont elle s'est entouré jusqu'à sa mort. L'héritage du docteur Vacher n'était peut-être pas aussi important que prévu (et fort déprécié pour la partie constituée d'emprunts russes) et elle finira sa vie dépendant uniquement de la retraite de son mari. Qu'a-t-elle vraiment laissé en héritage à sa petite cour ? Il n'en est fait mention nulle part dans les actes que nous possédons, et particulier le partage que font en 1944 les parents Guyonnet-Sauzede à leurs trois filles (partage qui ne deviendra effectif qu'en 1982 pour leur deux petits enfants (mon père et ma tante et leur unique tante encore vivante). Mais elle gardera jusqu'à la fin ses domestiques, sa sœur Marie Félicie qui ne se mariera pas et le Marcel qui deviendra ensuite le domestique de Jean Godard, et mênera grand train (dans les proportions de ce modeste hameau perdu).

C'est dans ce royaume étrange que mon grand-père et ma grand-mère ont vécu, que mon père et ma tante ont grandi et j'ai moi-même connu ce drôle d'univers de tantes qui venaient passer l'été dans ce coin de montagne, se mêlant très peu aux travaux des champs comme des citadines en visite. Sur une propriété indivise exploitée par un seul couple qui ne possédait presque rien, mais rendait sans doute des comptes.

L'exode rural a été particulièrement tardif dans ce petit monde de la montagne de Thiers et des alentours de Noirétable. Mais je ne m'étonne plus d'avoir ressenti le sentiment qu'on y vivait dans un autre temps.
Malgré l'indivision et la cohabitation, les relations familiales hors du cercle restreint des "tantes" étaient extrèmement réduites et je n'apprendrai que récemment que les habitants de la maison voisine de celle de mes grands parents étaient la cousine de ma grand mère et son mari (leurs mères étaient des soeurs Sauzede toutes les deux, mais l'une avait épousé un Guyonnet et l'autre un Lévigne, lointain descendant du grand Pierre Lévigne de la Chevalerie), et nous ne parlions pas à ces gens-là.

 2.4.5 - les guyonnet de Bournier, seuls cousins et mal connus

Enfant, je connaissais les "tantes" Lévigne et j'avais entendu parler des cousins de Bournier (très roux avec des tâches de rousseur disait-on) que j'ai retrouvés depuis. Mais comme les Godard de Coubanouze et de Viscomtat ou les Treille d'Arconsat, je n'ai jamais connu les cousins Sauzede.

Les relations, peu intenses, avaient sans doute existé puisque je possède une carte postale d'un neveu Guyonnet (Louis, un des fils de Jean Maurice Guyonnet) qui demande en 1918 des nouvelles de la petite Camille née en 1913.

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 3 - La branche maternelle savoyarde de mon arbre

 Marie Emma Cattelin(1894-1970) et François Isidore Alphonse Jacquet (1893-1978)
La Bâthie et Bénétan

La Bâthie est une petite commune de la vallée de l'Isère, entre Albertville et Moutiers. Le hameau principal s'appelle encore Gubigny à l'époque de notre histoire, mais la commune compte bien d'autres hameaux, certains en fond de vallée comme St Didier, Chantemerle, Arbine ou Langon, d'autres sur les pentes qui montent très raides et très haut au dessus du fond de cette vallée glacière toute plate et de faible altitude mais étroite et dominée par des sommets qui culminent à 3000m. Biorges, La Ravoire, Laire, Le Fugier, Montesseau pour ceux qui sont habités en permanence ; plus haut, Le Mondon, Lachat, Le Daru, Bénétan (sur la commune de Cevins) qui ne sont occupés que l'été ; plus haut encore, ce ne sont plus des hameaux mais des chalets d'alpage.

Le bas de la vallée jouit d'un climat agréable : c'était la villégiature des évèques de Tarentaise qui possédaient le château de Chantemerle.

Les villages alentour s'appellent Tours en Savoie, Cevins sur la rive droite comme La Bâthie ; Esserts-blay, Rognaix, St Paul sur Isère, Feissons sur Isère sur la rive gauche de l'Isère, la moins ensoleillée. Dans cette portion orientée Nord-Sud de L'isère, la rive droite est plus clémente que la rive gauche, on y cultive la vigne et on y voit un peu plus le soleil. Les terrains propres à la culture sont peu nombreux dans la commune ; au-dessus très vite s'étendent les alpages où l'on n'accède que l'été lorsque la neige a fondu.

Voilà le cadre de notre histoire , entre Tarentaise et Beaufortain, tout près de la frontière italienne.

 3.1 - Les Cattelin, une famille honorable et unie

Marie Emma Cattelin naît à La Bâthie le 30 septembre 1894 chez Laurent Cattelin et Marceline Blanc , peu de mois après la mort de son arrière grand père Joseph qui a atteint l'âge respectable de 97 ans après deux mariages et onze enfants et toute une vie passée à La Bâthie.

La famille (Cattelin ou Cathelin) est connue dans le village depuis au moins 1705, premier mariage connu entre Didier Cattelin et Françoise Ruffier. Françoise et Antoine, les parents de Joseph Marie Cattelin allient par leur mariage les deux branches Cattelin connues. Famille sans doute originaire de Biorges et du Péchu (Pichu) le hameau au-dessus où des Cattelin portaient au début du 18eme siècle des surnoms évocateurs : Didier Cattelin le rouge et Didier Cattelin pistolet !

Marie Emma naît dans une famille honorable, son grand-père Vincent était maire de la commune de 1871 à 1881 (il le sera à nouveau à partir de mai 1900), comme son grand-père Antoine avant lui et a épousé une petite fille de Louis Tellier, une personnalité d'Esserts-blay dont nous reparlerons (propriétaire des forges d'Arbine et un temps exploitant des ardoisières de Cevins et de La Bâthie).

Lorsque Marie naît tous les descendants de Joseph Marie Cattelin habitent la Bâthie. A Biorges pour certains (François, Antoine et marie Félicité Dorothée épouse Besson), mais à Gubigny pour la plupart.

En 1896, il y a 15 ménages Cattelin parents, descendants de Joseph Marie Cattelin à La Bâthie, 15 maisons où habitent des oncles et tantes, cousins et cousines plus ou moins proches (15 % des maisons du village). Cela donne l'impression d'évoluer dans une grande famille, même s'il n'y a pas de grande maison familiale, même si sans doute on ne fréquente pas tout le monde de la même manière. Et probablement pas du tout les familles des deux tantes déjà décédées à la naissance de Marie Emma, dont les époux se sont remariés et habitent La Bâthie : Marie Adélaïde Cattelin, une sœur de Laurent Cattelin, épouse Gaudichon qui est morte à 37ans en 1888, six ans avant la naissance de Marie Emma et Agathe Louise Cattelin, une grand tante de la deuxieme famille de Joseph Marie Cattelin, épouse Vieuge qui est morte en couches à 38ans en 1893 juste avant la naissance de Marie Emma.

Il faut rajouter à cet effectif Cattelin, les bonnes relations conservées avec la famille Tellier : Ferdinand Tellier, demi-frère de Marie Joséphine et de Marie Victoire Tellier, a terminé sa vie, veuf et rentier, en 1888 chez sa demie soeur Marie Joséphine et son mari Camille Vincent. Et lorsque naît Marie Emma, si Marie Victoire n'est plus là (décédée à 43 ans en 1880), son second époux Joseph Julien Lassiaz habite toujours La Bâthie avec trois de leurs quatre enfants : Alix Azélie, Joseph et François Charles Albert. Lorsque Michel Camille Lassiaz, le 4eme enfant de Marie Victoire et Joseph Julien Lassiaz qui vit à Paris se mariera en 1898, avec Marie Elisa Fillion leurs témoins seront François Camille, Ferdinand, Laurent et Joseph Vuillet, le mari de leur sœur Marie Léonie.

La famille de Marie Emma est une famille fortement implantée à La Bâthie et unie, y compris avec ses membres immigrés temporaires à Paris, comme ils en ont presque tous fait l'expérience. Tous les oncles et tantes de Marie Emma sont partis s'employer un temps à Paris ; seuls Camille Vincent Cattelin, son grand père et ses deux fils François Camille et Laurent, son père, font exception. Peut-être à cause des revenus complémentaires qu'ils tiraient de leur auberge et des ardoisières. Mais nous y reviendrons.

 3.1.1 - L'émigration temporaire vers Paris

Au milieu du XIXeme siècle, toutes ces familles pas très riches et inoccupées l'hiver envoient leurs garçons et leurs filles à Paris. Installation pour quelques années ou seulement pendant la morte saison ? Difficile à dire car les couples reviennent souvent se marier au pays avec des émigré du pays comme eux et leurs enfants naissent parfois à Paris, parfois à La Bâthie où la mère est rentrée seule pour accoucher (enfants qui sont alors mis en pension pour un temps chez les grands parents). Les couples restés au pays ont souvent des domestiques pour remplacer les enfants émigrés ; on trouve toujours plus pauvre que soi !

Chez les Cattelin, il ne s'agit pas de l'émigration des plus pauvres, les célèbres ramoneurs savoyards, enfants vendus tous jeunes à des maîtres ramoneurs qui les exploitent et les renvoient rarement chez eux. Il s'agit d'une émigration de jeunes adultes célibataires qui exercent un métier et se constituent un pécule pour démarrer leur vie au pays ; rares sont ceux qui ne rentrent pas.

C'était déjà la même chose à la génération précédente et l'on trouve dans l'état civil reconstitué de Paris le mariage en 1831 dans le 3eme arrondissement de Vincent Cattelin (un frère de Joseph Marie) avec une bourguignone Edmée Marchand native de Jeux les barres en Côte d'or qu'il raménera à La Bâthie.

Suivons ceux des oncles et tantes de Marie Emma qui ont pris ce chemin :

3.1.1.1 - L'émigration des grands oncles et grands-tantes de Marie Emma

François Cattelin (1828-1892) a épousé à Paris à 37ans en 1865 une fille de Rognaix Lucie Ducrey. On ne sait pas ce qu'il faisait à Paris ni où il habitait. En 1876, il est à Biorges.

Alexandre Cattelin (1836- ) a épousé en 1866 (30 ans) une fille originaire de la Somme Augustine Lescallier. Ils vivaient Cité Joly dans le XIeme arrondissement, elle était passementière et lui cocher, leur fils Edouard est élevé par ses grands parents jusqu'en 1881. Eux rentrent à La Bâthie en 1891.

Pierre Cattelin (1839-1918) a épousé en 1866 une fille de La Bâthie (Césarine Cadet). Il vivait 10 rue St Dominique et était commissionnaire. Ils sont à La Bâthie en 1876, mais Pierre est absent lors de la naissance de son deuxième fils en 1868 à La Bâthie.

Agathe Félicité Dorothée (1841-1882) s'est mariée à 28 ans en 1869 avec un veuf de La Bâthie qui avait déjà deux enfants : Jean Marie Besson ; ils sont à Biorges en 1876. on sait qu'il était auparavant cocher à Paris et habitait dans le 11eme arrondissement 17 rue des amandiers Popincourt avec sa première épouse qui y est morte. Leur fils Emile Jean Baptiste Besson(1875-1952) vit à Paris, comme les enfants de François Cattelin et Lucie Ducrey (Marie Sylvie, Lucien Elie et Marie Adeline) qui, eux, ne rentreront jamais à La Bâthie et dont Emile Jean Baptiste semble avoir pris la suite au 108 quai de Jemmapes.

Agathe Louise (1855-1893) épouse en 1888 un garcon de Feissons sur Isère (Vieuge), Il est marchand de vins à Paris Xeme et ils habitent 37 rue des marais. Ils rentrent à La Bâthie dans les années 1890. Agathe Louise meurt en couches en 1893.

Claude Antoine (1846-) marié à 43 ans en 1886 à Paris avec une fille de Rognaix, Julie Mugnier, vivait 123 foubourg du temple et était garçon de magasin (sa femme porteuse de pains) n'apparaît à La Bâthie qu'au recensement de 1891.
Des frères de Claude Antoine, Eugène Constant (1850-) et Marie Théodore (1853-) on ne retrouve que Marie Théodore Cattelin, cocher à St Ouen, témoin au mariage de Claude Antoine et Julie Mugnier avec Alexandre, cocher lui aussi et François Vieuge marchand de vins. Ils ne rentreront pas à la Bâthie.

Jeanne Françoise Cattelin (1848- ) se marie très tardivement à La Bâthie après s'être occupée de ses parents Joseph Marie Cattelin et Rosalie Jacquet toute sa vie.

3.1.1.2 - L'émigration des oncles et tantes de Marie Emma

Marie Adélaïde Cattelin (1851-1888) épouse en 1873 un garçon de St Paul sur Isère (François Elie Gaudichon, dont le neveu épousera à une sœur de Marceline Blanc en 1889), il est marchand de vin à Paris où ils vivront ensemble rue volta jusqu'à la mort de Marie Adelaïde (qui revient mourir chez ses parents). Leurs premiers enfants Marie Elisa et Marie Franceline sont élevées par leurs grands parents Camille Vincent et Joséphine jusqu'en 1881.

Marie Amélie (1867-1957) épouse en 1888 un garçon d'Esserts-Blay (Jules Sébastien Jean Marie Blanc qui est un cousin de Marceline et de Marie Célestine Blanc). Pour eux ce sera une immigration définitive. Leurs deux premières filles Marie et Ernestine (ou Célestine) vivent un moment chez les grands parents en 1891 et 1906 mais on perd toute la famille de vue ensuite. On sait seulement que Marie Amélie est morte à Clermont-Ferrand.

Marie Léonie Cattelin (1869-), qui semble être venue aider son beau frère après la mort de Marie Adelaïde (elle habite rue Volta et exerce le métier de cuisinière) épouse à Paris IIIeme en 1892 un garçon du Grand-Bornand (Joseph Vuillet) qui est alors garçon de magasin et vit rue St Martin.
Ferdinand Cattelin(1862- 1906) a son premier enfant à Paris avec Marie Clémentine Jacquet en 1889 ; lui aussi était sans doute venu prêter la main à son beau frère après la mort de Marie Adélaïde.

3.1.1.3 - Moins d'émigration du côté Tellier (les enfants des deux mariages de Marie Victoire tellier, la sœur de Joséphine)

Marie Victoire Tellier est la sœur de Joséphine Tellier, toutes les deux petites filles de Louis Tellier, arrière grand tante et arrière grand mère de Marie Emma Cattelin.

Les enfants du premier mariage de Marie Victoire Tellier (avec Tartarat Contet) Marie Françoise et Louis Alphonse meurent jeunes comme leur père ; Louis Alphonse comme soldat au régiment des sapeurs pompiers de Paris.
Les enfants de son second mariage en 1866 (avec Joseph Julien Lassiaz) ne partent guère quant à eux à part Michel Camille qu'on ne connaît que par son mariage et sa fiche militaire :
- Alix Azélie Lassiaz (1868-1921) est à Lyon lorsqu'elle épouse François Alphonse Vauthier en 1893 (une famille dont nous reparlerons qui venant de Haute Saône s'est établie un temps à La Bâthie avant de s'installer sur Lyon). Ils ne reviendront à La Bâthie qu'en 1901.
- Michel Camille (1870- ) qui n'apparaît jamais chez ses parents à partir de 1876 (où a-t-il été élevé et par qui?) se marie à La Bâthie en 1898, mais avec sa femme Elisa Fillion (qui comme sa mère est née à Paris de bâthiolains émigrés, un cocher et une cuisinière, avant un retour au pays « à la retraite ») ils habitent le XIXeme arrondissement et le XVIIIeme et laissent leur fille Alix Lassiaz chez sa grand mère à Chantemerle ;
- Joseph Lassiaz ( 1872- 1914) est meunier, il épouse en 1897 une fille d'Esserts-Blay, Léontine Dalès avec laquelle il aura 8 enfants en qq années. Semble mourir brutalement entre aout 1914 et septembre 1914 : dispensé de mobilisation générale du fait de ses 6 enfants vivants en Aout 14, sa femme se remarie en septembre avec le frère d'un meunier (Emile Collombier) qui est un Tartarat Contet par sa mère.
- François Charles Albert Lassiaz (1875- ), meunier lui aussi, reste handicapé suite à un accident pendant son service militaire en 1899. Il épousera l'institutrice Clothilde Rey et semble avoir vécu de sa pension d'invalidité et du salaire de sa femme. On reparlera de lui car leur fille sera une grande amie de Marie Thérèse.



La famille Cattelin, comme beaucoup d'autres familles bâthiolaines, ne connaîtra que très peu d' émigrations définitives au XIXeme siècle : les seuls repérés sont les enfants de François Cattelin et Lucie Ducrey, et Marie Amélie Cattelin épouse de Jules Sébastien Jean Marie Blanc. Et puis, il y a cet Eugène Constant, le frère du cocher Claude Antoine qu'on perd de vue, mais qui a peut-être fait souche ailleurs. A l'inverse même, les Gaudichon (natif se St Paul sur Isère) et les Vieuge( né à Feissons sur Isère) se sont installés à La Bâthie malgré les décès de leurs épouses Cattelin.

Par ailleurs, avant 1900, il y a peu de mariages avec des non-savoyards (et même chez les Cattelin peu de mariages hors de la famille élargie), mais cela change au tournant du siècle, même avant la grande guerre pourtant toujours citée comme inaugurant une époque de mobilité accrue.

On remarque aussi la propension de la famille Cattelin à occuper des professions de service intermédiaires, un peu moins dures et au-dessus des purs manutentionnaires, porteurs ou journaliers et hommes de peine : cocher, cuisinière, passementière, marchands de vin, commissionnaire, garçon de magasin.

 3.1.2 - Au moment où nait Marie Emma, les temps ont changé.

Ni Marie Emma, ni ses sœurs, ni son frère n'émigreront vers Paris. La situation de la famille et les temps ont changé. Non que le village se soit agrandi mais il s'est modernisé.

A La Bâthie des maisons se sont construites pour les nouveaux couples et leurs enfants ne vivent plus avec la génération de leurs parents : en 20ans de 1876 à 1896, 35 maisons ont été construites, soit une augmentation de 50 % alors que la population n'a pas augmenté. Il faut dire qu'en 1876 la cohabitation était extrême : plusieurs familles avec de très nombreux enfants et parfois des domestiques cohabitaient dans la même maison.

Une école a été construite avec la mairie et des logements pour les instituteurs, près de la nouvelle église qui a été déplacée de St Didier à Gubigny où elle a été construite dans les terrains encore vides en direction de la plaine de l'Isère, juste avant la nationale 90 de Grenoble à Aoste.

Le train s'arrête à La Bâthie depuis 1893 ; il y a une gare, un chef de gare et un garde-barrière et la construction de la ligne vers Moutiers continue.

De nouveaux quartiers ont vu le jour, allant un peu plus vers la plaine de l'Isère, désormais partiellement endiguée, au niveau d'Arbine et dont on ne craint plus les inondations (ou dont on a oublié la force, comme celle de 1859) : « vers la gare », « sous gubigny », « sous l'abbaye ». Les hameaux sur les hauteurs comme Montesseau, La Ravoire ou Laire se sont un peu vidés (mais les agents recenseurs ne signalent pas comme à Tours des maisons inhabitées).

Pourtant, il n'y a pas de maison Cattelin transmise de génération en génération :

En 1876, Joseph Marie habite une maison avec sa seconde épouse Rosalie, mais Pierre son frère et Vincent son fils cohabitent avec des étrangers dans d'autres maisons. François son autre frère vit à Biorges comme Agathe Félicité Dorothée épouse Besson.

En 1896, au contraire, la décohabitation des générations et le partage des maisons avec des étrangers est quasiment terminé pour la famille Cattelin :
- François Valentin Vieuge, le veuf d'Agathe Louise, remarié, a sa maison après avoir cohabité avec Pierre ;
- Pierre et Alexandre ont leur maison, comme Antoine leur demi-frère qui après avoir habité Biorges, vit à Gubigny et loge sa mère Rosalie, veuve de Joseph Marie
- Camille, Ferdinand et Laurent ont chacun leur maison, mais Camille Vincent leur père abrite toujours les Vuillet (sa fille Marie Léonie, son mari Joseph Vuillet et leurs deux enfants) ;
- Théodore, fils de Pierre et Lucien Elie (à Biorges), fils de François ont aussi leur maison ;
- François Elie Gaudichon (veuf de Marie Adelaïde Cattelin) remarié à Françoise Trolliet revient à La Bâthie en 1901 ; il habite Arbine.

De 1876 à 1896 une intense activité de réorganisation du village de Gubigny a lieu : l'argent des immigrés, les crues du nant de Gubigny, des incendies ont peut-être contribué à la destruction des anciennes maisons puis à la reconstruction de nouvelles, moins tassées les unes sur les autres et plus nombreuses. Toutefois, les familles Cattelin n'arrêtent pas de bouger (les numéros de maisons recensées ne sont jamais les mêmes pour la même famille, même en imaginant un déplacement totalement aléatoire des agents recenseurs d'une année sur l'autre et un décalage dû à l'accroissement du nombre de maisons, je n'ai pas trouvé de régularité).

Laurent et Marceline, les parents d'Emma sont sans doute les plus stables :une maison tout au bout du village près du ruisseau de Gubigny.

Marie Emma et ses sœurs comme son frère iront à l'école. Il y a quatre instituteurs qui viennent d'ailleurs et non 2 institueurs et deux adjoints. En 1901, ils s'appellent Vuillerme, Vallory, Martin et Pépin ; en 1906, Féchoz, Effrancey, quai et Maffey ; en 1911, Messiez gaston et Louise, Quai et Clothilde Lassiaz buissier femme du menuisier Tissot alice. Mais Marie a déjà 12 ans et va continuer ses études à Albertville chez les sœurs (ce qui est rare dans le village).
Il y a un curé et un vicaire :Monsieur le curé s'appelle en 1901François Joseph Gay et le vicaire Alexandre Vigier en 1906 Rullier Alexis et le vicaire Camille Capuçon en 1911, Collat jules joseph et le vicaire Louis Simond

 3.1.3 - De quoi vit-on à Gubigny dans ces années-là ?

A l'exception de quelques aubergistes, tout le monde se dit cultivateur, encore en 1896. On a quelques vaches qu'on nourrit à l'étable et qui dorment sur des feuilles de chataîgniers qu'on ramasse dans les clousets en même temps que les chataîgnes (comme je l'ai encore vu dans les années 60), et qui montent à l'alpage l'été où l'on fait aussi provision de foin dans les chalets de Lachat, du Mondon ou de Bénétan. On produit un peu de maïs et quelques autres céréales dans les meilleurs champs de la plaine, sans doute des pommes de terre, des raves et des choux et du chanvre comme partout en France à cette époque. De la vigne sur les côteaux.

On a un potager et une basse cour qu'on travaille avec soin. Et on prête la main à diverses tâches dans une importante pluri-activité. Il existe plusieurs martinets, plusieurs scieries, plusieurs moulins sur les ruisseaux de la commune. On repère aussi quelques autres employeurs: l'usine Robert ? La société grenobloise ? les ardoisières de cevins et ce que les agents recenseurs nomment « l'électricité » qui deviendra l'industrie employeuse de La Bâthie ?

La production de corindon n'a pas encore commencé. La construction de l'usine débute en 1895, et la production en 1905 sous la direction de M. Granger qui habite Arbine et prend la suite de M. Besançon qui habitait au fond du village en 1896, près de chez Laurent et Marceline.
En 1905, Paul girod « la société des forges et acièries électriques Paul Girod » démarre à Ugine , mais c'est encore trop loin pour les bâthiolains qui n'y travaillent pas.

On trouve aussi des cafés, auberges ou hôtel : en 1886 les aubergistes Vieuge et Jacquet et Cattelin, en 1896 l'auberge Vieuge près de la gare ; en 1911,le café Pastre au fond du village, le café restaurant Vieuge et l'hotel restaurant Vauthier à Arbine.

En 1911, On est encore cultivateur pour les hommes ou ménagère pour les femmes. Il y a aussi quelques artisants (menuisier, charpentier, charron, galocher, boucher, boulanger, meunier, forgeron, maréchal ferrant, débitant, dentellière, couturière) mais encore peu d'employés ou d'ouvriers à l'usine . Le chemin de fer qui continue à être posé vers Moutiers et au-delà emploie plus de personnes que l'usine (chef de gare, garde-barrière, mécanicien et poseurs de rails).

Et puis il y a les ardoisières de la Bâthie qui apportent un travail d'été.

 3.1.4 - Les ardoisières de La Bâthie et Bénétan

Il existe sur les communes de La Bâthie et de Cevins à plus de 2000m d'altitude plusieurs affleurements d'ardoises exploités depuis fort longtemps par les Comtes de Cevins ; le hameau de Bénétan à 1000m d'altitude semble avoir toujours servi de base intermédiaire entre les sites d'exploitation et la vallée (en 1732, il comptait plus de trente maisons).

L'histoire de la propriété et de l'exploitation de ces ardoisières est complexe et confuse: les parcelles exploitées étaient pour partie propriété privée et pour partie données à bail par les communes, parfois à des exploitants différents. Les documents manquent pour suivre les différents propriétaires et exploitants (malgré le livre de Marc Pointet) mais jamais ce livre ne cite les Cattelin avant la reprise temporaire de l'exploitation des ardoisières de 1945 à 1950 par Adrien Cattelin (avec son fils Marius comme cuisinier).

J'ai recherché pourquoi les ardoisières avaient une telle place dans l'histoire de la famille ; voici ce que j'ai trouvé :
Les Vauthier, les Lassiaz et les Cattelin ont une histoire de famille autour des ardoisières de La Bâthie, histoire complexe de filiation, de rachat, de remariage qui commence après la révolution.

Louis Tellier originaire d'Esserts-blay, propriétaire des forges d'Arbine, achète en 1802 la parcelle de terrain où se trouvent les ardoisières de La Bâthie. Il exploite un temps les ardoisières de La Bâthie et de Cevins, en tant que propriétaire et bailleur pour partie.Il revend à son gendre Joseph Marie Tartarat-Contet dont les enfants Marius et Françoise vont exploiter avec un Thomas Bochet ;

Françoise Tartarat-Contet épouse un Napoléon Tollombert venu d'Ecole dans les Bauges qui reprend l'ensemble de l'exploitation en 1860 (Marius et Thomas faisant défaut) mais la revend très vite (en 1864) à une société par action qui conduira de 1864 à 1880 une exploitation raisonnée en réalisant des investissements très importants (une route, des câbles de transport, des entrepôts à Arbine) et en recrutant un directeur, ingénieur des Ponts et chaussées : M. Grangier).

La fille de Napoléon Tollombert, Guillemine, épouse Pierre Charles Vauthier (1865) et les deux petites filles de Louis Tellier (Marie Joséphine épouse Cattelin (1850) pour l'une, Marie Victoire épouse Tartarat Contet (un frère de Marius) en première noce (1859), et Lassiaz (1866, beau frère de Thomas Bochet) en seconde noce) ont sans doute saisi l'opportunité de reprendre l'exploitation des ardoisières de La Bâthie vers 1875. Avec quels titres, quels arrangements avec la commune ? On n'en sait rien. Avec quels statuts ? De dirigeants ou d'ouvriers ? Avec quels profits ? Quelle place y avait les Cattelin dans une entreprise dont la propriété semble être détenue par les Lassiaz et les Vauthier (lesquels Vauthier habitent Lyon) ? Celle de gérants en tant qu'alliés par mariage ?

On n'en sait guère plus lorsqu' on lit ce qu'écrit B. Grangier, l'ingénieur des Ponts et Chausées employé par la société des ardoisières de Cevins : « Nous l'avons vu cette année, elle a été remise en activité par un ouvrier de la commune qui a pris une dizaine de nos bons ardoisiers, ce qui nuit à notre campagne. Nous avons été obligés d'en renvoyer quelques uns des nôtres qui fréquentaient les chantiers de notre voisin, et venaient ensuite semer le mécontentement sur les nôtres, l'exploitant a baissé les prix ; autrefois les Guméry (exploitant des ardoisières de Cevins au titre de la société Deschamps et Guméry de 1845 à 1861) et les Tollombert avaient toujours eu soin de conjurer cette concurrence en adjugeant cette carrière. »

Les deux familles scellent leur alliance par le mariage de François Alphonse Vauthier (petit fils de Napoleon Tollombert) et d'Alix Azélie Lassiaz (arrière petite fille de Louis Tellier et nièce de Marie Joséphine) en 1893 ; alliance qui sera renforcée par le mariage de Sara Cattelin avec Louis Pierre Julien Vauthier en 1920, mais c'est une autre histoire, la guerre est passée par là et l'exploitation des ardoisières de La Bâthie s'est arrêtée.

 3.1.5 - Les Tellier, Tollombert et Vauthier : industriels qui viennent d'ailleurs dans un monde de paysans

Louis Tellier d'Esserts-blay (1752-1810) est un personnage : gros acheteur de biens nationaux, propriétaire des forges d'Arbine, acheteur d'une parcelle des ardoisières, exploitant des ardoisières de Cevins et de La Bâthie25. « Cela permet à Louis TELLIER de devenir l’exploitant unique de toutes les ardoisières De Cevins et de La Bâthie. A l’époque, il y emploie en moyenne une centaine d’ouvriers, du printemps à l’automne. Il est difficile de savoir comment cela s’est fini. En 1807, Louis TELLIER n’exploite plus les carrières de la commune de Cevins, désormais louées à Joseph BIRON de Chambéry. Il semble avoir revendu à Joseph Marie COMTET (de La Bâthie) la carrière qu’il avait acheté à Mrs PONT et TARDIEU ».

Les Tollombert sont une famille nombreuse et connue d'Ecole dans les Bauges. Napoléon né en 1810, outre qu'il épouse la fille d'un exploitant des ardoisières et récupère ces ardoisières à la suite du défaut de son beau père, semble avoir été un bon gestionnaire d'après ce qu'en dit l'ingénieur Grangier. On trouve de nombreuses publicités qu'il fait insérer dans les journaux pour vendre ses ardoises et il participe aux foires-expositions. Pourtant, la famille ne semble pas avoir fait que de bonnes affaires comme on le voit dans les annonces judiciaires publiées ; en 1860, il a créé sa société avec Marius Tartarat-comtet, mais en 1878 tous ses héritiers se trouvent débiteurs comme héritiers de leur mère Jeanne Françoise Tartarat Comtet.

Les Vauthier ( Charles 1816-1883 et sa femme Félicité Biguet) arrivent à La Bâthie venant de Hte Saône, mais il ont déjà beaucoup bougé lorsqu'ils s'installent à Arbine (Annecy, Arvillard où sont nés leurs enfants). Charles est maître de forges et vient sans doute reprendre les forges d'Arbine (précédemment exploitées par Louis Tellier puis par un fils de Napoléon Tollombert) où l'on fond un plomb argentifère dont un filon se trouve affleurer près de là. Tous les fils Pierre Charles, François et Michel sont forgerons. Pierre Charles qui a épousé à La Bâthie une fille de Napoléon Tollombert quitte rapidement, dans les années 1880, la maison familiale puis le hameau d'Arbine pour Lyon où il vivra. Son fils Alphonse né en 1867 reviendra à La Bâthie dans les années 1900 avec sa femme Alix Azélie Lassiaz qu'il a épousée à Lyon (la fille de Marie Victoire Tellier et nièce de Joséphine).


L'esprit d'entreprise qui fait un peu défaut à la famille Cattelin se retrouve dans les descendants des Vauthier et des Lassiaz : deux des petites filles de Jeanne Marie Lassiaz (Lydie et Olga dont le père était un important marchand de bois de Cevins) épouseront des Rigotti de Cevins, comme aussi le petit fils de Louis Pierre Julien Vauthier. La famille Rigotti de Cevins, issu d'un Joseph Rigotti tailleur de pierres italien immigré, est un exemple d'intégration réussie et de réussite sociale : achat de la maison forte des comtes de Cevins, descendants entrepreneurs dans la marbrerie et le bâtiment, et même artistes : Edouard Rigotti est peintre26, un autre des descendants a créé une entreprise de fabrication d'anches d'instruments de musique.

 3.1.6 - le temps de la vie heureuse

Les étés de Marie Emma se passent donc à Bénétan (qui compte plutôt moins de châlets en 1876 qu'un siècle et demi avant), entre garde des quelques vaches, moutons, chèvres et poules que l'on monte de la plaine pour l'été, récolte des foins que l'on garde pour l'hiver, travail au potager d'été que l'on plante en mai avec des plants de la plaine, cueillette des champignons, des airelles et des framboises, charrois de la plaine vers Bénétan, puis de Bénétan vers les ardoisières.
Promenades et liberté dans ce petit paradis fermé par les sommets, étourdi par le bruit du torrent et de la cascade du Dard qui ferme l'horizon. Et tous les cousins et cousines.

Dans ces années-là se construisent les chalets (sur les ruines d'autres chalets, car Bénétan comptait déjà de nombreux chalets en 1732) de Vincent et Marie Joséphine,, de Ferdinand et Marie Clémentine, Laurent et Marceline, « le village Cattelin » ; Camille et Jeanne Marie ont, quant à eux, un chalet au Mondon étape sur le chemin de La Bâthie pour les exploitants des ardoisières (on l'apprend dans l'acte de naissance de Marie Louise Vuillet le 18 aout 1892 dont la mère Marie Léonie vient momentanément de Paris à La Bâthie pour accoucher chez son frère aîné).

Marie Emma fille de Laurent et de Marceline est la deuxième fille de la famille, sa sœur ainée s'appelle Jeanne Josephine et serait la préférée de sa mère et sa sœur cadette Léonie Josephine ; puis viendra le petit frère Adrien. Mais elle grandit au milieu de ses cousins, enfants de Camille, Ferdinand, Marie Léonie.

Des cousins de Marie Emma du côté de son père (Gaudichon, Cattelin, Blanc et Vuillet) ou du côté de sa mère (Gaudichon, Blanc et Bonvin), il est certain que ce sont les Cattelin et les Vuillet, présents l'été à Bénétan qui ont été les plus proches, et c'est sans doute parmi eux que se trouvait le premier amoureux de Marie Emma.

Les cousins Gaudichon du côté de la tante Marie Célestine Blanc font-ils partis des fréquentations de la famille plus que les enfants Gaudichon de Marie Adélaïde depuis son décès ? Les enfants de Marie Adelaïde sont beaucoup plus âgés que Marie Emma et ceux de Marie Célestine (la sœur de Marceline) habitent Esserts-Blay. Pourtant Marie Elisa et Marie Franceline Gaudichon ont passé leurs premières années chez leurs grands parents Vincent et Joséphine. Au cimetière d'Esserts-Blay, on ne retrouve que la tombe de la famille de Joseph Gaudichon, un fils de Marie Célestine Blanc épouse de Séraphin Gaudichon, un cousin germain contemporain de Marie Emma. Se sont-ils fréquenté ou non ? Brouille entre les familles ou simplement prise de distance ou encore ignorance de notre part.

Les Blanc, tous d'Esserts blay : La famille fréquente-t-elle les frères de Marceline et de Marie Célestine et leurs enfants ? On sait déjà qu' on perd la trace de Marie Amélie Cattelin marié à un de leurs cousins germains avant la naissance de Marie Emma et morte à Clermont Ferrand. Leurs filles Marie et Célestine (ernestine) seront pourtant un moment élevés par les grands parents Vincent et Joséphine. Au cimetière d'Esserts-Blay, on trouve la tombe de Jérémie Blanc (un jeune frère de Marceline et Marie Célestine Blanc qui ne s'est marié qu'à 50 ans avec une Marie Louise Mercier de 14 ans sa cadette et dont les enfants sont contemporains des petits enfants de Marceline et Marie Célestine)

La cousine Marie Célestine Bonvin née en 1894 fille de Marie Louise Blanc (sœur de Marceline et de Marie Célestine) et de Joseph Bonvin a juste l'âge de Marie Emma. Très tôt orpheline de mère, on la perd de vue après le remariage de son père avec Victorine Gros. Mais elle se trouve être une lointaine cousine de François Isidore Alphonse Jacquet, mais attendons un peu, il ne fait pas encore partie de l'histoire.

Si les cousins Blanc, Gaudichon et Bonvin ont peu compté dans la vie de Marie Emma, qui sont ces cousins et cousines si proches de Marie Emma ? Qui est, parmi eux, l'amoureux de Marie Emma ?
- Les enfants de Camille : Julie Angeline (1885-), François Gabriel (1887-), Jean Marie Léon(1890-) , André Alphonse(1893-) et Aline Cattelin(1896-)
- Les enfants de Ferdinand Cattelin : Louis Ferdinand (1890-), Sara(1894-),
- les enfants de Marie Léonie : Marie Louise (1892- )et Emile Vuillet (1894-)

 3.1.7 - Premiers nuages dans ce bonheur complet

Entre 1901 et 1906, la famille Cattelin va être frappée par trois décès, ceux de Vincent, le grand-père et de deux des oncles de Marie Emma : Camille et Ferdinand

Est-ce l'ardoisière ? Un accident dans le débardage des bois, comme cela arrivait souvent quand la bille glissait sur l'herbe, prenait de la vitesse et écrasait les travailleurs restés en dessous? Là encore on ne sait rien.

La famille de Marie Emma reste la seule épargnée avec la famille Vuillet; Laurent et Marceline et leurs quatre enfants restent très proches des tantes par alliance devenues veuves et chargées de famille. Jeanne Marie Lassiaz et Marie Clémentine Jacquet sont veuves avec 5 orphelins et 2 orphelins (Marie Clémentine a déjà perdu deux filles de la tuberculose). Elles reprennent le travail de leurs maris : aubergiste pour Jeanne Marie et boulangère pour Marie Clémentine.

Une fille de Jeanne Marie Lassiaz et Camille Cattelin se marie vite et bien à Cevins en 1905 à tout juste 20 ans avec Marie Julien Blanc, marchand de bois. La nouvelle famille vit à Cevins et semble prospère : nombreux enfants et des domestiques (scieurs ou transporteurs). Deux de ces filles épouseront des fils Rigotti dont nous avons déjà parlé.

En 1912, c'est le tour de la sœur aînée de Marie Emma qui se marie à 21 ans avec Jean Baptiste Lennoz-Gratin de La Bâthie, fils de l'ancien maire dont son grand-père avait repris le mandat. La même année, un frère et une sœur de Jean Baptiste épousent une Billat pour Léon Séraphin et un Jacquet Marius pour Marie Marceline.

Ensuite, ce devrait être le tour de Marie Emma de se marier, mais c'est la guerre. Tous les garçons partent ou presque, les oncles, les cousins, les beaux-frère, les garçons de la classe de Marie Emma, la classe 1914 ; il n'y a plus de mariage, mais des avis de décès.

 3.1.8 - La grande Guerre

Tous les hommes nés entre 1867 et 1901 sont mobilisés et l'on sait que beaucoup ne sont pas revenus : 52 décès pour 1320 habitants en 1911 (femmes et enfants compris), 4 % de la population !

Comment se faire une idée de ce qu'a pu être cette guerre pour Marie Emma. Sur les 52 disparus de La Bâthie, Marie Emma en connaissait beaucoup, qu'ils soient parents ou proches par l'âge et peut-être parmi ceux-là son amoureux pour lequel Marie Emma demandait de prier sans jamais vouloir donner son nom. Que de prières pendant cette guerre pour tous les hommes partis au front, souvent en première ligne.

La liste des morts sera longue :
- deux des fils de Jeanne Marie Lassiaz, déjà veuve : deux cousins proches de Marie Emma, morts tous les deux à 24ans, Jean Marie Léon tué le 12 septembre 1914 à Bruyères (88) et André Alphonse tué à Cergy en Laonnois (02) en 1917 ;
- le fils aîné de Lucien Elie Cattelin de Biorges : un cousin issu de germain de Marie Emma François antoine marie Cattelin qui ne vivait plus à La Bâthie depuis longtemps mais dont les grands parents étaient encore présents à la naissance de Marie Emma, tué à 23 ans en 1915 à Cumières le mort Homme (55)
- un fils de Théodore Cattelin, cousin issu de germain de Marie Emma : David Cattelin (1896-1917) mort des suites de ses blessures à Soissons dans l'Aisne en 1917
- André Emile Besson(1892-1915), un petit fils de Jean Marie Besson, le mari en secondes noces de Marie Félicité Dorothée Cattelin tué en Alsace à Lingekopf Orbey
- Victor Alphonse Fillion(1887-1917), un beau frère de Michel Camille Lassiaz le fils de sa grand tante maternelle Marie Victoire qui vivait lui aussi à Paris mais avait grandi à La Bâthie, à Chantemerle chez sa mère ; blessé par un éclat d'obus en 1915, tué en 1917 à Douaumont.

A tous ces morts pour la France, il faut ajouter les morts précoces (de chagrin ou de la grippe espagnole?) comme celle des parents d'André Emile Besson en 1917 et 1918 à 61ans et 56 ans.

Cependant quelques rares hommes restent, trop vieux ou trop jeunes, déjà handicapés ou encore chargés de nombreux enfants. Dans l'entourage de Marie Emma, c'est le cas pour :
- Joseph François Vuillet, le mari de Marie Léonie réformé pour épilepsie et son fils Emile ;
- Laurent Cattelin, le père de Marie Emma juste trop âgé pour être appelé ;
- les plus jeunes des arrière petits enfants de Joseph, comme Adrien, le frère de Marie Emma, Emile, Albert et Léon Cattelin,- les enfants de Noël Marie Julien Blanc, le mari de Jeanne Joséphine, déclaré bon pour le service mais dispensé comme aîné 7 enfants, rappelé en 1914 mais libéré en 1915 comme père de 6 enfants.
- Joseph Lassiaz, un des fils de sa grand tante Marie Victoire, meunier à Arbine, dispensé comme père de 6 enfants mais qui mourra entre août et septembre 1914
- François Charles Albert Lassiaz, un autre fils de Marie Victoire, handicapé et pensionné depuis son accident au service militaire en 1899.

La famille directe de Marie Emma fait partie de celle qui n'ont matériellement pas trop souffert de la guerre (son père et son frère ne sont pas partis). Mais Marie Emma ne s' est sans doute jamais remise du choc du départ brutal de tous ses compagnons de jeu, de l'angoisse de l'attente des nouvelles, ni de la mort de son amoureux qui n'a laissé que sa mandoline.

 3.1.9 - Après la guerre

La vie va reprendre très vite.

Marie Emma et ses cousins et cousines rescapés vont se marier en 1919, 1920, 1921. Léonie Joséphine épouse un Payot apparenté aux Lennoz Gratin son beau frère ; Adrien épouse une Pastre, une voisine fille d'un immigré italien de deuxième génération naturalisé (l'homme qui a fait un peu de tout : géomêtre, instituteur, puis aubergiste). Sara épouse un Vauthier, François Gabriel, le garde forestier, une Fidélie, d'origine alsacienne. Emile vuillet épouse une Bal.

D'autres (peu nombreux encore) quittent La Bâthie et se marient ailleurs comme Aline Marie Cattelin, une sœur de François Gabriel, qui épouse un Sicco27 et part vers le sud de la France ou Louis Ferdinand Cattelin, un frère de Sara qui se marie à une Houguier à Albertville.

La vie a surtout beaucoup changé :
la population n'est plus que de 1245 habitants (contre 1320 en 1911) mais il y a maintenant du travail industriel à l'electochimie qui emploie de plus en plus de monde dont Marie Emma au moment de son mariage (C'est le patron de l'usine qui les aurait fait se rencontrer) ; la Savoie comme département rural dont les enfants ont été appelés dans l'infanterie a perdu plus de soldats que la moyenne nationale 4 % contre 3 %;un nouveau lieu de sociabilité est né avec l'usine, où les proximités d'idées peuvent concurrencer les liens familiaux, mais il faudra encore quelques années pour que se manifestent ces oppositions politiques ;
Dans la famille, les vieux qui ont échappé à la guerre, n'hésitent pas à se remarier : Laurent, le père de Marie Emma part se marier à Paris en 1927 (et dépenser les revenus de la famille en menant la grande vie- ce dont les petits enfants ne parlent encore qu'à mots couverts), François Alphonse Vauthier épouse Jeanne Nelly Jacquet en 1921 pendant que leurs enfants fondent prudemment de petites familles où les enfants seront peu nombreux.
Les premiers divorces apparaissent dans les familles, au moins parmi les proches des Jacquet ...qui vont bientôt entrer en scène.

Et puis oublie-t-on les différences entre ceux qui sont partis au front et ceux qui sont restés au pays ?
- Ceux qui auraient pu y échapper, car réformés plusieurs fois parfois, mais qui ont dû partir quand même : Emile Jean Baptiste Besson (1875-1952)
- ceux qui sont revenus très mal en point, cassés par la guerre :Emile François Payot (pieds gelés et bronchite), Léon Séraphin Lennoz Gratin (paludisme en orient), Pierre Joseph Gaudichon (1885-1921) qui a souffert de diarrhée au front et mourra peu après son retour
- ceux qui ont pu avoir des affectations loin du front :Théodore Eugène Cattelin (1868-1959) ajourné en 1890 pour défaut de taille, maintenu en service auxilliaire en 1914, détaché à la société des carbures métalliques en 1916 comme père de 6 enfants vivants, Marie Julien Blanc né en 1882, dispensé de service en 1902 comme aîné de sept enfants, rappelé le 6 aout 1914, renvoyé le 11 juin 1915 comme père de 6 enfants vivants
- les héros qui sont rentrés : Noël Hector Cattelin (mitrailleur avion, cité trois fois, croix de guerre), Jean Baptiste François Lennoz Gratin
- les fous chanceux :Louis Pierre Julien Vauthier (engagé volontaire, croix de guerre)

Marie Emma, se marie à 27ans avec François Isidore Alphonse Jacquet (examiné par trois commissions de réforme mais maintenu en service auxilliaire) qui rentre de la guerre qu'il a faite de 1914 à 1919 en bonne partie au Maroc dans l'aviation comme rampant. Ce n'est sans doute pas le mariage dont elle avait rêvé.

 3.2 - Epouser un Jacquet

François Isidore Alphonse n'est pas grand (1,69m), il est un peu tordu par une lordose scoliose et rentre de la guerre vivant, mais sans gloire ; Dès son service militaire il a été classé dans les services auxiliaires pour faiblesse de constitution, ce qui sera confirmé par plusieurs commissions de réforme même après la mobilisation générale mais ne l'empêchera pas d'être mobilisé et d'accomplir 5 années de service.

Détails des services et mutations diversesincorporé au 97e régiment d'infanterie à Modane SERVICE AUXILLIAIRE à compter du 20 novembre 1913Arrivé au corps soldat de 2eme classe le 20 novembre 1913. Classé dans le service auxilliairepar décision du général commandant la subdivision de chambéry en date du 12 décembre 1913 suivant avis de la commission de réforme de Chambéry du 9 octobre 1913 pour lordose scoliose. Maintenu à son corps. MAINTENU. SERVICE AUXILLIAIRE par la commission de réforme de Donzère du 17 décembre 1914. Passé au 2eme groupe d'aviation le 23 juillet 1916. Passé au 3eme groupe d'aviation le 1er juillet 1917. Mis en congé illimité de démobilisation le 3 septembre 1919 (9eme échelon n° 218) par le 2eme groupe d'aviation Certificat de bonne conduite accordé ?

Campagnes Contre l'allemagne du 2 aout 1914 au 2 septembre 1919 inclusintérieur : du 2-8-14 au 19-9-16 inclusau Maroc : du 20-9-16 au 2-9-19 inclus

blessures citations, décorationsclassé service auxilliaire le 9 décembre 1913 commission de réforme de Chambéry (faiblesse de constitution, lordose scoliose)Maintenu service auxilliaire commission des trois médecins le 17 décembre 1914 à DonzèreAffecté à la 26 C* le 2 aout 1914 ( D 26 inscrit à côté)Affecté à la 31 C* le 14 octobre 1916 ( D31 inscrit à côté)Passé au 2eme groupe d'av ; le 23-7-16 % du général de Lyon du 18-7-16 **9607. R de C le 23-7-16Arrivé le 23-7-16 * * n°11585 1/11 du 14-7-16Escadrille du Maroc n° 305 le sept 16Embarqué à Bordeaux le 20-9-16Débarqué à Casablanca le 21-9-16

Les Jacquet et Cadet (François Isidore est le fils de Marie Lucien Jacquet et Françoise Cadet) ne font pas partie des familles les plus en vue de La Bâthie, bien qu'on retrouve leur trace depuis fort longtemps dans le village (dès 1700). Lors de la naissance de Jeanne Nelly, la sœur de François Isidore, Marie Lucien Jacquet et Françoise Cadet habitaient encore Montesseau, le hameau le plus élevé de La Bâthie, le dernier à 1000m qui est encore habité toute l'année dans ces années 1890. Des familles très nombreuses qui n'arrivent pas à maintenir en vie tous leurs enfants, des mariages consanguins, des tares (goitre, crétinisme), des enfants naturels et même des mendiants comme Philiberte (1789-1856) une grand tante de Marie Lucien et Claude(1829-1868), le fils du grand oncle Didier), de l'émigration longue vers Paris ou de l'émigration vers d'autres lieux de pauvreté comme Magloire Jacquet qui est parti de La Bâthie pour se marier à Arêches (en 1859). Ce sont de vieilles histoires quand naît François Isidore en 1893, mais certains s'en souviennent peut-être encore.

Certes les deux familles Jacquet et Cattelin sont ponctuellement apparentées depuis longtemps, Rosalie Jacquet, une grand tante de François Isidore n'a-t-elle pas épousé en secondes noces l'arrière grand père de Marie Emma, de 16 ans son aîné ? et à la génération d'après Marie Clémentine Jacquet, une tante de François Isidore n'a-t-elle pas épousé un oncle de Marie Emma, Ferdinand Jacquet ? Et plus près encore, juste avant la guerre en 1912, une belle sœur Lennoz Gratin de Marie Emma a épousé Marius Jacquet, le frère aîné de François Isidore.

Comme son épouse, Marie Emma Cattelin, il fonde une famille par -delà les deuils et les injustices de la guerre dont sa famille a eu son lot :
-de morts : Marie Lucien Cadet(1884-1915) et Clément Séraphin Cadet(1886-1914), deux cousins, enfants de Marie Joseph Cadet ont vécu quelques années d'enfance chez Marie Lucien et Françoise, David Cattelin (1896-1917) cousin commun avec Marie Emma (via Rosalie Jacquet), Louis Anselme Montet (1877-1914) le mari de sa cousine (un peu lointaine) Zite Marie Félicité Jacquet et son frère Jules Adrien Montet (1888-1917), Albert César Bonvin (1894-1916), petit fils de sa grand tante Elisabeth Jacquet épouse Bonvin
- de cassés par la guerre : Joseph Alfred Jacquet (1875-1917), un fils de Jean Marie Jacquet qui meurt à l'hôpital Bégin d'une pleurésie non contractée en service, Félix Albert Cadet (1894-1922), fils de Joseph Cadet et Marie Dosithée Simond qui décède à Vaux en Velin d'une pleurésie contractée aux armées ;
- de affectés loin du front : Alfred Alexandre Ronque( 1867-1936), son beau frère
- de héros : Marius Jacquet (1885-1968) son frère, croix de guerre ; Joseph Garzend (1895-1974), Joseph Cadet(1883-1971) le premier fils de Marie Mathilde, deux cousins de François Isisdore
- de fous chanceux : Philippe Maurice Louis (1894-1959) fils de Marie Mathilde Cadet encore un cousin, deux fois déserteur, condamné par le conseil de guerre mais grâcié

 3.2.1 - Les cousins Jacquet, Cadet, Garzend et Louis

Entrons dans la famille de François Isidore Alphonse Jacquet, comme nous l'avons fait pour celle de Marie Emma. Revenons un peu sur ces cousins de François Isidore Jacquet et leurs parcours de vie. Comme chez les Cattelin, il y a eu des émigrations vers Paris du côté Jacquet comme du côté Cadet mais également ces tantes Cadet, sœurs de Françoise Cadet qui eurent beaucoup d'enfants sans avoir de mari....

3.2.1.1 - les enfants de Jean Marie Jacquet(1846-ca 1911) et Marie Constance Montgelard ( 1853- ca 1921).

En 1901, le couple Jacquet-Montgelard marié en 1873 à La Bâthie habite 6 rue d'aubervilliers à Paris ; lui est porteur de farine. Leurs enfants sont tous nés à Paris, mais ont passé leurs premières années à La Bâthie (Marie Mélanie chez sa grand mère Françoise Billat, Joseph Alfred chez son oncle Gabin Montgelard où il figure au recensement sous le terme de « nourrisson du chef »29, ). Les parents ne rentrent à La Bâthie qu'en 1906 avec leur fille Marie (couturière) qui vient d'avoir une fille Simone Jacquet (1903- )née à Paris sans père connu....et un neveu Marcel Fontaine.
Marie Mélanie s'était pourtant mariée à Paris en 1896 avec Bernard Montarnal fils d'un charbonnier venu du Cantal avec sa femme et ils avaient eu ensemble une fille Germaine ; qu'est devenu ce mari ? Pour la fille, qui n'est jamais rentrée à La Bâthie on sait qu'elle est devenue sténodactylo et a épousé un tailleur d'origine italienne (Piazza) dont un frère a épousé une cousine Montegelard de la Bâthie, preuve que malgré l'émigration parisienne les liens avec la famille n'étaient pas perdus.
Marie la couturière aura une autre fille, Raymonde, née en 1906 .
Après la mort du grand père et la disparition (?) de leur mère et de son mari, Raymonde et Simone vivront à La Bâthie avec une tante marie Bouvet et leur grand mère, puis avec leur seule tante , employée à l'électrochimie. Simone épousera en 1926 un cousin Cattelin Emile (fils de Théodore et Philomène), on perd la trace de Raymonde Jacquet (à moins qu'il ne s'agisse de l'épouse de François Alphonse Garzend qui revient avec son mari à La Bâthie dans les années 30????).

Leur fils Joseph Alfred, posier d'étain, a épousé en 1901 dans le 20eme arrondissement de Paris une Blanchisseuse Julia Berthe Cachier dont il divorcera en 1910. Joseph Alfred et Julia Berthe habitent 26 rue terre neuve. On ne le reverra pas à La Bâthie ; il mourra en 1917 à l'hopital Bégin d'une maladie non contractée en service (il avait été affecté pendant la guerre aux usines Péricaud)

3.2.1.2 - Les enfants de Marie Joseph Cadet et marie Séraphine Dosithée Simond

Si Marie Joseph Cadet (1857-1914) a travaillé à Paris comme garçon de magasin (29 rue d'enghein et 6 boulevard des Capucines dans les années 1880 et si tous les enfants qu'il a eus avec Marie Dosithée Simond sont nés à La Bâthie (élevés pour les deux premiers quelques années chez Marie Lucien Jacquet et Françoise Cadet), la famille se trouve à La Bâthie à partir de 1896 où naîtront deux autres enfants Marie Léontine et Eugène Alexis31.
Mais le fils aîné part travailler à Paris (rue St Fiacre en 1909, 103 rue du théatre en 1912) où il se mariera avec une non bâthiolaine (Bernard)à la mairie du XVe. Lui-même et deux de ses frères (comme leur père et leur tante Marie Rosalie morts en 1914 tous les deux) ne survivront pas à la guerre de 14-18, tués au combat ou des suites de blessures.
Leur sœur Marie Léontine Cadet et leur belle sœur Jeanne Joséphine Girod (veuve de Clément Séraphin) se marieront à La Bâthie après la guerre, l'une avec un Tartarat (Pierre Joseph Tartarat), l'autre avec un Tartarat Bardet (Lucien Alexis Tartarat Bardet) et y fonderont une famille ; leur fils François Tartarat Bardet épousera une Cattelin (fille d'Emile Cattelin et Simone Jacquet : Raymonde Philomène Henriette)en 1927.

La famille Tartarat sera à nouveau très touchée par la seconde guerre mondiale : René Joseph tartarat mourra en déportation pour faits de résistance, son oncle, sa tante et un cousin seront assassinés le 22 octobre 1944 à La Bâthie.

3.2.1.3 - Les enfants de Marie Rosalie Cadet, devenue épouse Garzend et Les enfants de Marie Mathilde Cadet, devenue épouse Louis.

Les deux tantes côté Cadet de François Isidore Alphonse Jacquet auront plusieurs enfants naturels avant de trouver un mari. Pour ces filles orphelines de père très jeunes et sans frère aîné parti à Paris, le scénario est toujours le même : naissance de l'enfant chez sa grand-mère qui le déclare puis reconnaissance par la mère quelques jours plus tard. Deux seulement survivront Marius Cadet (1872- fils de Marie Rosalie et Joseph Cadet (1883- fils de Marie Mathilde).

En 1876, Marie Rosalie (1852-1914) épouse à La Bâthie Joseph Garzend dont elle aura sept enfants dont six survivront. Seule Séraphine semble s'être mariée à La Bâthie et y avoir fondé une famille avec Jospeh Mercier Balaz, fermier à Biorges ; ils auront neuf enfants (dont une épousera un Montet, apparentés à la famille du mari de Zite Marie Félicité Jacquet, une petite nièce du père de François Isidore Alphonse.

Lorsque Françoise (née Cadet-devenue Garzend par le mariage de ses parents) l'aînée se marie à Paris en 1901 avec un employé du métropolitain natif de l'Indre, son frère Marius, employé à Paris et son oncle Jean Marie, employé à Aubervilliers sont ses témoins.Marie Eugénie Garzend se marie à Paris en 1905 avec un Fillion de La Bâthie, François Alphonse Garzend, conducteur de four électrique, en 1911 à Paris aussi avec une Pointet de La Bâthie (il reviendra à La Bâthie ; en 1936, il est contremaître à l'électrochimie du temps de M. Greffe directeur et Grandmangin ingénieur ; sa petite fille se mariera à La Bâthie en 1965 avec un Micol) et Séraphin Garzend à Grenoble avec une Mathex de la Bâthie (ils reviendront vivre à La Bâthie où naîtra leur fille)

L'autre tante maternelle de François Isidore Jacquet, Marie Mathilde Cadet (1864- aura cinq enfants (dont deux survivront) avec Joseph Louis, tailleur de pierre originaire de Valence, après ses quatre enfants naturels dont seul l'aîné Joseph a survécu ; elle vivra beaucoup à La Bâthie (sans son mari) après avoir résidé avec lui à Albertville, Voiron et Lyon où sont nés leurs enfants. Ses enfants aussi.Son fils Philippe Maurice Louis dit Jean désertera deux fois pendant la guerre de 14-18, après avoir été blessé par un éclat d'obus en 1916, mais sa condamnation par le conseil de guerre à 4ans de travaux d'intérêt publics sera suspendue. Son fils, le petit fils de Marie Mathilde mourra en déportation en 1945. L'autre petit fils de Marie Mathilde épousera la sœur d'un autre déporté de La Bâthie.



Marie Emma Cattelin en épousant François Isidore Alphonse Jacquet entre dans une famille qui ne ressemble en rien à la sienne. Plus pauvre, où les émigrés vers Paris sont partis pour toute une vie, où de nombreux enfants sont morts en bas âge, où les enfants naturels ont été nombreux, où les parents sont décédés tôt, où les liens familiaux existaient mais étaient sans doute moins étroits que dans la famille Cattelin.

Est-ce pour cela que le nouveau couple s'est tourné principalement vers les cousins Cattelin, ignorant les cousins Jacquet, Cadet Garzend et Louis ?

Pourtant, François Isidore Alphonse a pu connaître ses cousines Simone et Raymonde Jacquet, ses cousins Séraphin et Joseph Garzend , Séraphine et Séraphin et les enfants Mercier Balaz et le cousin et la cousine Louis ; comme lui, ils habitaient La Bâthie et étaient d'âges comparables au sien.
Pourtant la grand-mère Cadet pleurait les éxilés à Paris (dont elle avait conservé une lettre). Mais Marie Joseph Cadet était rentré à La Bâthie et sa fille et sa belle fille veuve de guerre y avait refait leur vie !
Bien sûr il n'y avait pas de lieu commun pour se retrouver et passer du temps ensemble comme à Bénétan. Et puis, dans cette famille où les hommes sont rares, on imagine que le travail prend toute la place: on n'imagine pas François Isidore Alphonse Jacquet jouant avec frères et soeurs et cousins comme Marie Emma Cattelin.

 3.2.2 - Les parents de François Isidore Alphonse Jacquet

Marie Lucien Jacquet et Françoise Cadet se sont mariés en 1877. Et leur portrait en dit long sur le couple.

François Isidore est le dernier enfant vivant d'une famille de 10 enfants dont il ne reste que 4 survivants. Quand il naît sa sœur Marie Françoise, de 15 ans son aînée, va se marier avec un pensionnaire de la maison employé des PLM ; elle sera veuve l'année suivante et François Isidore sera élevé avec sa nièce Cécile Delaye jusqu'au remariage de sa sœur en 1907 avec Alfred Ronque et le départ du couple vers Arbine où naîtront les nombreux neveux Ronque.

Son frère Marius a 8 ans de plus que lui. Il n'y a que sa sœur Jeanne Nelly qui soit du même âge que lui. Mais on ne joue pas beaucoup chez les Jacquet-Cadet, on travaille pour survivre dans l'acharnement à s'en sortir que développe le père Marie Lucien.

François Jacquet, le père de Marie Lucien est mort jeune à 56 ans en 1875 et Marie Lucien a pris en charge toute sa famille sans l'aide de son oncle Joseph (qui vient de faire un second mariage plutôt favorable avec une Bertheloz Molliex un peu pourvu (du moins y-a-t-il un contrat de mariage) ou de sa tante Elisabeth. Claude Jacquet l'arrière grand père est mort depuis 10 ans et rien n'est là pour maintenir ou seulement rappeler les liens familiaux.

Jamais les cousins issus de germains de son grand oncle Joseph Jacquet (des Jacquet, des Rey et des Montet) et de sa grand tante Elisabeth Jacquet (des Bonvin)32, ne seront très proches de François Isidore ( excepté peut-être le mariage de Cécile Delaye avec son cousin Louis Alfred Bonvin33), moins proches que ses cousins cattelin (les enfants de sa grand tante paternelle marie clémentine Jacquet épouse de Ferdinand Cattelin ou ceux de sa grand tante maternelle Césarine Cadet épouse de Pierre Cattelin.

C'est le courage et la longévité de Marie Lucien, le père de François Isidore, qui sortiront sa famille de la pauvreté : Dès la mort de son père, alors qu'il a 24 ans Marie Lucien prend en charge sa mère (Françoise Billat) , la mère de sa femme (Marie Virginie Pommat qui devient veuve à 50ans dans les mêmes années) , une sœur de sa femme(Marie Mathilde Cadet) et le premier enfant de son frère Jean Marie parti à Paris, Marie Mélanie Jacquet, ainsi que sa plus jeune sœur Marie Clémentine.

L'arrangement ne tiendra pas longtemps : Françoise Billat reprendra son indépendance et finira sa vie auprès de sa fille chez les Cattelin ; Marie Virginie Pommat s'installera seule et élèvera seule les enfants naturels de sa fille Marie Mathilde Cadet.

Marie Lucien construit sa maison vers les années 1900, près de l'église, de la mairie et de l'école dans ces zones d'extension de Gubigny. Des 10 enfants que sa femme met au monde de 1877 à 1895, seuls quatre survivront. Mais ces deuils n'entament pas son courage ni son esprit d'entreprise. De part la situation de sa maison proche de l'église et de la mairie, il est souvent sollicité comme témoin lors de l'enregistrement des baptêmes et des décès ; il a ouvert un café sans doute fréquenté après les offices et les cérémonies. Cela lui confère une certaine notoriété et peut-être même une aisance relative. Il accueille aussi des pensionnaires, profitant des opportunités du développement de La Bâthie (Joseph Delaye, le pensionnaire employé des PLM qui épousera une des sœurs de François Isidore (la seule qui aura des enfants) et en aura un enfant avant de mourir très prématurément l'année suivant son mariage) et il s'emploie à l'usine dès 1911.

Marie Françoise Jacquet se remarie en 1907 avec Alexandre Alfred Ronque, de 12 ans plus âgé qu'elle. Ils s'installent à Arbine ; ils ont 3 enfants + Cécile Delaye (la fille du premier mariage de sa mère) lorsque la guerre arrive. Alexandre Alfred Ronque sera affecté aux carbures métalliques en 1916 mais Marius et François Isidore doivent partir comme les cousins Cadet, Jacquet, Garzend et Louis.

Ses enfants, ceux qui ont survécu, ont fait quelques études. François Isidore est un col blanc à l'électro-chimie (où il travaillait déjà avant la guerre) et il a eu la curiosité de choisir l'aéronautique qui démarrait pendant la guerre et le maroc, plutôt que des postes plus exposés.

De ce mariage presqu'arrangé (par le directeur de l'usine), où les deux mariés apportent leur quota de deuils de guerre, où Marie Emma gardera toujours un sentiment de déclassement, comment faire un mariage heureux ? Ce sera une vie de travailleurs et de silence où François Isidore acceptera les conditions de Marie Emma comme son père Marie Lucien l'avait fait avec sa femme Françoise Cadet.Marie Emma et François Isidore Alphonse n'auront que deux enfants en 1924 et 1928. Marius et Marie Nelly n'auront pas d'enfants. Ils seront toute leur vie pluri-actifs : aubergiste et comptable à l' électrochimie et agriculteurs.

 3.2.3 - Marie Emma et Isidore et l'enfance de leurs deux enfants

Les enfants de Marie Emma et Isidore Jacquet vivent une enfance qui ressemble à celle de leur mère toute tournée vers la famille Cattelin. En 1936 quand les enfants ont une dizaine d'années, La Bâthie a changé par rapport au moment de la naissance de Marie Emma et Isidore, mais sans doute pas tant que ça.

On monte toujours à Bénétan l'été mais il n'y a personne pour entretenir le chalet où Sara et François Gabriel ont pris la suite des veuves de Camille et de Ferdinand ; Deux époux morts jeunes et deux fils morts pour la France !
Travaille-t-on toujours aux ardoisières ou bien le travail ne reprendra-t-il qu'après la deuxième guerre mondiale ? Les installations sont toujours là et, malgré les interdictions, les enfants s'en servent pour jouer.

Comme du temps de la jeunesse de leur mère, on monte encore l'été avec les deux vaches et les poules, on fait le potager et les foins et on court la montagne. La cascade du dard coule encore à plein régime, pas encore vidée de son débit par la construction du barrage de Roselend et la conduite forcée qui descend jusqu'à la centrale de La Bâthie.

L'univers de leurs fréquentations se portera plus sur la famille Cattelin que sur les familles Jacquet et Cadet et Bénétan sera de nouveau le lieu des rassemblements en été. Marie Thérèse e et Lucien auront un peu la même enfance que leur mère, frère et sœur soudés avec des cousins et cousines, les enfants des cousins et cousines de leur mère Marie Emma :
- Camille et Suzanne Cattelin, les enfants de François Gabriel, les petits enfants de Camille (Marie et Eugène Sicco, les autres petits enfants sont partis avec leurs parents dans le sud de la France et ne connaîtront pas Bénétan)
- Albert Ferdinand Vauthier le fils de Sara34, le petit fils de Ferdinand Cattelin
- Marius, Adrienne et Marie Louise Lennoz Gratin, les enfants de Jeanne Joséphine ; Marthe et Marius Payot les enfants de Léonie Joséphine, Marius Cattelin, le fils d'Adrien et de Germaine Pastre, tous petits enfants de Laurent Cattelin
- Louis, Marie Louise, Germaine et Emma Vuillet les enfants d'Emile Vuillet, les petits enfants de Joseph Vuillet
- Théodore et Philomène, leurs enfants Noël, David, Moïse, Emile , Albert et Léon (de l'âge de Marie Emma) et leurs enfants Marius michel, gisèle émile (noël) raymonde (emile) andré pierre et irène (léon)...... (de lâge de Marie Thérèse et de Lucien)

Les seuls cousins qu'ils ont côté Jacquet sont les Ronque (et Cécile Delaye), enfants de Marie Françoise Jacquet et Alexandre Alfred Ronque, la seule de la famille Jacquet à avoir des enfants, presque tous plus âgés que Marie Thèrèse et Lucien, car Marie Françoise avait quinze ans de plus que son frère !
Les Ronque, une famille de travailleurs manuels qui vit très unie à Arbine : ouvrier d'usine, forgeron, menuisier, commis boucher. Julien Ronque,le commis boucher qui travaillait chez Payot épousera une cousine Payot.

Nul souvenir dans la famille des enfants des cousins Garzend (Gaston et Marie Rosalie ) ou Louis (Marcel), petits enfants des tantes Cadet Marie Rosalie et Marie Mathilde, qui pourtant vivent à La Bâthie.

Jusqu'à la nouvelle guerre qui arrivera avant les 40 ans des parents, avant les 20 ans des enfants qui font , pour certains, des études plus longues et pour beaucoup se dispersent vers des mariages et des métiers loin de La Bâthie.

 3.2.4 - La Bâthie avant la seconde guerre mondiale

En 1936 qui reste à La Bâthie des 28 petits enfants et des 45 arrière petits enfants de Joseph Marie Cattelin (de ses deux mariages avec Marguerite Blanc et Rosalie Jacquet ) et des 12 arrière petits enfants de François Jacquet (le père de Marie Lucien) ?

Il y a eu des départs mais il reste au moins un descendant de chacune des branches de la famille qui habite encore La Bâthie et y élève ses enfants et se rappelle l'histoire de la famille. Les départs complets de certaines branches n'auront lieu qu'après la seconde guerre mondiale.

Il y a même eu des retours comme celui de François Alphonse Garzend un cousin germain de Françoise Isidore (du côté de sa grand-mère maternelle) qui après avoir vécu à Paris et s'être marié à Paris, rentre en 1926 à La Bâthie où il sera contremaître à l'électro-chimie. Avec sa femme Francine Célestine Pointet, ils ont deux enfants Gaston et Marie Rosalie Françoise et habitent Arbine. Tous les autres enfants de la tante maternelle de François Isidore vivent déjà ailleurs, comme le frère de Francine Célestine Pointet qui s'est marié à Montréal et mourra au Maroc.

L'électrochimie emploie toujours plus de monde et les artisans traditionnels ont en partie disparu mais La Bâthie reste un village de cultivateurs où pointent cependant des habitudes urbaines ; il y a maintenant un coiffeur. Mais la démographie reste à l'étiage, plus basse qu'avant la première guerre mondiale.

 3.2.5 - La seconde guerre mondiale

Il y a eu de la résistance dans ces montagnes et dans ces usines. 18 fusillés ou déportés sur le monument aux morts de La Bâthie, 165 sur le monument de la résistance à Albertville.

La Bâthie se situe entre deux des secteurs organisés par la résistance à partir de 1943, celui du beaufortain dont le foyer se trouve au lac de la Girote en construction qui libérera Albertville et celui de la Tarentaise centré sur Aime et Moutiers qui libérera Moutiers. Ses deux secteurs auront à leur actif d'importantes destructions et sabotages et deux parachutages alliés très importants, mais aussi un optimisme excessif en août 1944 qui conduira à des déportations, des exécutions sommaires lors des contre-attaques allemandes.

Trois des victimes ont des liens familiaux avec François Isidore Jacquet :
- Marcel Louis, tué à chambéry en 1944 (petit fils de Marie Mathilde Cadet) et René Joseph Tartarat (petit fils de Marie Joseph Cadet) déporté à Bergen Belsen pour faits de résistance et Auguste Ferdinand Tartarat tué à Séez près de Bourg St Maurice en septembre 1944 (une des suites du désastre du Combottier sans doute (contre-attaque allemande à partir du col du petit St bernard)), un arrière petit neveu de Joseph Garzend, le mari de Marie Rosalie Cadet qui avait l'âge de Marie Thérèse et de Lucien.

Marie Thérèse et Lucien en connaissaient certainement d'autres comme ce Fernand Lennoz-Gratin, fils d'un mutilé de la grande guerre qui s'était réinstallé à La Bâthie après la guerre de 14, tué le 8 juillet 1944 à La Bâthie. Pas parent mais forte tête de 19ans. Ou Marius Busillet qui habitait Biorges mort en juin 1944 à Albertville, Ou Alfred Guméry, tué en allemagne en septembre 1944 né en 1923 qui habitait Langon en 1936. Moins certainement Marcel Francisque Pommat né en 1920 cousin de Vuillet et des jacquet tué à Neuengamm ou Georges Christin Billat né en 1921 et mort en 1945 à Lubeck (il habitait Prulliet avec ses parents et ses frères et sœurs en 1936).

Des drames aussi, après la libération de la Haute Savoie et d'Albertville, alors que les tribunaux de guerre de la France libre délibéraient rapidement comme au Grand Bornand (75 miliciens exécutés) ou le drame des Tartarat de Chamelon : l'oncle de René Joseph Tartarat, sa tante, son cousin et sa grand-mère sont retrouvés assassinés chez eux en octobre 1944 ; c'est l'oncle curé qui venait leur rendre visite qui fait la découverte. Vengeance contre des miliciens qui avaient permis la déportation d'un neveu ? Simple jalousie familiale pour la maison et les terres de Chamelon ? Les deux frères, il est vrai, avaient suivi des voix bien différentes : alors que le père de René joseph était resté au pays, paysan puis ouvrier à l'électrochimie, son frère Jean François avait été longtemps chauffeur à Paris et n'était rentré à La Bâthie qu'avant la guerre.

Secret bien gardé que cette quasi guerre civile des Savoie ! A peine, nous a-t-on raconté que l'on cachait des résistants à Bénétan et qu'il y avait beaucoup de communistes à la Bâthie ! Dans le cas de l'assassinat des Tartarat de Chamelon ne raconte-t-on pas que le meurtre aurait été commis à l'instigation de l'instituteur très communiste qui aurait fait boire des jeunes et les aurait envoyés dans cette expédition punitive pour venger la dénonciation du cousin déporté ou l'honneur de la France (la petite fille, fille et sœur des assassinés aurait fréquenté les allemands) ?

De quel côté était la famille Jacquet à cette époque ? Avec un François Isidore Alphonse qui avait milité dans les croix de feu, elle n'était sans doute pas du côté des communistes ! Pas de Cattelin non plus dans les victimes de la seconde guerre mondiale.

 3.2.6 - L'après-guerre

Juste avant la guerre Adrien Cattelin, le frère de Marie Emma, s'est remarié avec une fille Guméry dont il aura deux filles (Rolande et Poupette). Il conservera le café hérité des Pastre et se lancera après la guerre dans l'exploitation renouvelée des ardoisières où il s'emploiera avec Marius (son fils) Henri et Noël Tartarat Bardet, Séraphin Lennoz Gratin, Séraphin Billat, Michel Bonvin, Adolphe Busillet, Sylvain Cadet, André blanc, Fernand Lennoz Gratin, les frères Trolliet. Et des prisonniers allemands.

Des Bâthiolains prisonniers en Allemagne y feront souche comme ce Cadet retrouvé via geneanet

Et une démographie qui va repartir, des constructions de maisons, une nouvelle route « la déviation » qui double la nationale 90 (devenue départementale 990) qui coupe les champs de la plaine de l'Isère en deux et qu'il faut traverser pour aller pêcher la truite et prolonge ce qui deviendra l'autoroute A430 vers Moutiers et Bourg St Maurice et les stations de la Tarentaise.

Sans oublier des inimitiés tenaces entre voisins qui font la petite histoire de tout village comme celle qui opposera les Jacquet et les Billat, voisins dans le village qui jamais ne vendront aux Jacquet cette parcelle qui jouxtait leur propriété qu'ils ont préféré vendre au crédit agricole. D'où venait la querelle ? D'une lettre anonyme attribuée à Marie Emma qui avait conduit les gendarmes à enquêter ? De l'achat en viager par les Billat de la maison que Nelly Jacquet avait acheté à sa retraite, tout près de celle de son frère et qui n'avait pas coûté cher aux Billat puisque Nelly était morte quelques mois après ?
Pourtant les Billat et les Cattelin avaient des liens familiaux nombreux, via les Pastre (première épouse d'Adrien, frère de Marie Emma), les Lennoz-Gratin (dont un frère avait épousé une sœur de Marie Emma) et les Payot (dont un fils avait épousé une sœur de Marie Emma) ; et les Jacquet n'étaient pas sans lien avec les Billat puisque la femme de Séraphin Billat (Huguette Bonvin, fille de Cécile Delaye et d'un lointain cousin Bonvin des Jacquet) n'était autre que la petite nièce de François Isidore Jacquet (dont la grand-mère était aussi une Billat Françoise).Mais peut-être ses proximités familiales n'arrangeaient-elles rien, bien au contraire.

 3.3 - La famille savoyarde et les débits de boisson, cafés, auberges, hotels , restaurants

Il y a toujours eu des cafés et des aubergistes à Gubigny et à Arbine ; en 1891, il y en a une douzaine. Et la famille y tient une place incontestable. La plus grande longévité dans la profession revient aux Pastre qu'on suit dans leur métier d'aubergiste de 1876 à 1936.Jean Félix Pastre l'immigré italien de 2eme génération, naturalisé français et qui sait tout faire, tient déjà une auberge en 1876 avec sa femme, une nièce de Joseph Marie Cattelin : Césarine Cattelin; son fils Sylvain Alexis prendra la suite avec sa femme Eugénie (Billat) épousée en 1901. En 1936, ils sont toujours là, toujours aubergiste l'année où meurt leur fille Angèle qui avait épousé Adrien Cattelin.

En 1896, un hôtel s'installe à La Bâthie dans le quartier de la gare tenu par François Valentin Vieuge qui vient de perdre sa femme Agathe Louise Cattelin ; en 1901 c'est François Gaudichon qui ouvre une auberge puis un hôtel à Arbine, lui aussi après avoir perdu sa femme Marie Adelaïde Cattelin. Tous deux étaient précédemment marchands de vin à Paris.

Dans ces mêmes années(1901-1906) Camille et Laurent Cattelin sont aubergistes, comme Lucien Jacquet. Les années suivantes, l'activité n'est plus recensée comme telle, jusqu'à ce que Marie Emma Cattelin épouse Jacquet tienne à nouveau un café en 1931.L'hôtel de la gare sera tenu par des Vieuge jusqu'en 1926, confié à d'autres ensuite ; mais l'hotel café restaurant d'Arbine reste entre les mains de François Gaudichon, puis de sa veuve Angèle, puis d'Angèle remariée et enfin en 1936 de sa fille Noëlie Gaudichon.

Les Vauthier eux-mêmes ont trempé dans la profession : en 1906 Alphonse est voyageur en liqueurs et en 1926, Louis fabricant de limonade. Comme Joseph Garzend l'époux de Marie Rosalie Cadet ou Jean Lassiaz (demi frère de Jeanne Marie Lassiaz la si tôt veuve de Camille cattelin) l'époux de Louise Agathe Besson (une des filles de Marie Félicité Dorothée Cattelin) qui ont tenu auberge à Arbine dans les années 1890 et peut-être plus tard, même si les recensements ne le mentionne pas, jusqu'à la mort précoce du mari de Louise Agathe en 1929. Leur fille Agathe devenue Peizerat est la grand mère du champion de patinage Gwendal Peizerat.

Etonnante constante !

 4 - La vie des grands parents et la rencontre des parents à Lyon

Mes parents se sont rencontrés à Lyon où ils faisaient leurs études tous les deux après la guerre. Il n'avait pas été si facile de quitter la famille pour faire valoir son envie de vivre autrement.
La seconde guerre mondiale avait sans doute constitué une excellente excuse pour les familles qui ne comprenaient pas les souhaits de leurs enfants.<:p>

Ma mère avait d'abord commencé à travailler comme laborantine dans l'usine où travaillait son père avant d'avoir le droit de s'installer à Lyon pour entreprendre des études d'infirmière. Elle semble avoir cohabité alors avec Paule Alzial qui restera son amie pour la vie.

Mon père était destiné à rester auprès de ses parents et de ses tantes. C'est l'instituteur du village qui avait insisté pour qu'il prépare le concours de l'école normale d'instituteur, qu'il avait raté. Il semble avoir fait ensuite une école de laiterie avant d'avoir le droit de préparer le concours des écoles vétérinaires logeant à Thiers chez sa tante Finette d'abord puis à Paris chez des cousins, parents de Marthe Lévigne. Après sa réussite au concours, il se retrouvait lui aussi à Lyon dans une chambre d'étudiant. Il partage sa chambre avec Jean Fade, fils de paysan des Vosges qui restera son ami pour toujours.

 4.1 - La vie de Marie Emma Cattelin et d'Isidore Jacquet

Après la seconde guerre mondiale les enfants de Marie Emma Cattelin et François Isidore Jacquet vont faire des études, puis se marier et partir loin. Pas trop d'abord : Marie Thérèse, après avoir travaillé au laboratoire de l'électrochimie pendant la guerre, fait ses études d'infirmière puis d'assistante sociale à Lyon et travaille un temps à Arêches, Lucien entre aux Arts et Métiers de Cluses pour ses études d'ingénieur. Puis beaucoup plus loin après leurs mariages : Lucien et sa femme38 vivent à Ste Maxime dans le sud de la France, Marie Thérèse et son mari Paul Godard s'installent dans le Puy de Dôme.

François Isidore Alphonse et sa femme acquièrent, une moto puis une voiture (une Juva 4) et installent sans doute la salle de bains dans la maison de Marie Lucien.

Les enfants et les petits enfants viennent pour les vacances peu de temps, vont aussi un peu à Bénétan, mais les étés d'autrefois ont bien disparu. Ils profitent du centre de vacances de Ronce les bains, propriété de l'électrochimie.

Le chalet de pépé Laurent a été partagé entre les quatre enfants ; seuls Adrien et Marie Emma en sont désormais propriétaires après avoir racheté les parts de Jeanne Joséphine et Léonie Joséphine et un partage difficile. Marie Emma a gardé la pièce à vivre avec ses deux fenêtres, alors qu'Adrien a l'ancienne étable et ses dépendances !

Ce sont leurs enfants qui apporteront toutes les améliorations : Rolande et son mari du côté d'Adrien, Lucien et sa femme du côté de Marie Emma (entretiendra aussi le jardin et la maison de La Bâthie après la mort de François Isidore Alphonse Jacquet).Marie Thérèse et Lucien se voient encore un peu avant d'être pris dans leurs vies de famille et leurs vies professionnelles et la distance qui les séparent.

Et puis dans les années 60 tout change encore beaucoup pour La Bâthie avec la construction du barrage de Roselend ; c'est toute cette zone de la Tarentaise qui se transforme, avec les stations de ski aussi.

Marie Emma meurt jeune en 1970 à 76 ans avant d'avoir vu se marier ses petits enfants et naître ses arrière-petits enfants, emportant dans la tombe tous ses secrets qu'elle ne voulait partager avec personne. François Isidore la suivra quelques années après en 1978. Lui non plus ne connaîtra aucun de ses arrière petits enfants.

Le partage des possessions de François Isidore Jacquet et Marie Emma Cattelin s'est fait après la mort de Marie Emma selon les volontés de François Isidore ; Lucien recevra les biens de la Bathie :la maison, son jardin et son verger comme le chalet de Bénétan et des parcelles de terrains dispersées sur la commune de La Bâthie ; les terres les plus grandes sont ces longs champs au bord de l'Isère : la muraz tellier (E 677) et les vernays (E3634), deux parcelles qui contiennent à elles deux un demi hectare mais ne sont pas voisines l'une de l'autre. Le reste est constitué de micro parcelles de bois taillis et de prés. Marie Thérèse reçoit sa part en argent.

 4.2 - La maturité et la vieillesse de Maria Guyonnet et Jean Godard

Maria Guyonnet et Jean Godard vivent avec les parents, leur fille Marinette et les sœurs de Maria. Marinette ne fait pas d'études préférant garder les vaches et ne partira (pas très loin à Noirétable) qu'au moment de son mariage.

Le départ de Paul est plutôt mal vécu, comme une défection, un abandon de la famille. Il s'en défend écrivant souvent, en particulier à sa tante Finette dont il est très proche.

L'exploitation familiale se modernise en installant une laiterie plus proche des règles d'hygiène modernes. Puis ce sera un tracteur, puis une voiture.

Paul rentrera à La Chevalerie après ses études, à défaut de mieux. Il est marié et sa femme est enceinte. Ils ne quitteront définitivement la Chevalerie qu'un peu plus tard pour s'installer à une cinquantaine de Kilomètres à Puy-Guillaume où une clientèle vétérinaire se libère qu'ils achèteront avec un prêt consenti par l'entreprise où travaille Isidore Jacquet. Les auvergnats n'aideront pas le fils prodigue !

La mort des parents de Maria surviendra en 1955 à 80 ans pour lui et 1966 à 90 ans pour elle.Jusqu'à mes 20 ans, je suis souvent allée à La Chevalerie, avec mon père le dimanche, avec mes frères pour des vacances et après encore lorsque mon frère y a retapé une maison (dont il avait hérité). Après la mort deJean (en 1976) et celle de Maria (en 1980) , plus rien ne nous y a conduits.

La tante Finette survivante à ses deux sœurs (Maria et Camille) sera prise en pension par sa nièce à Noirétable.

Un partage compliqué des biens de ses parents laissa un souvenir douloureux à mon père...et la fierté de posséder enfin des bois !

 5 - Aujourd'hui, des lieux et des descendants, auxquels j'ai rendu visite

 5.1 - A la Bathie et à Bénétan

Les ardoisières ne sont plus exploitées depuis la courte reprise des années d'après guerre et l'on voudrait en faire un site classé.Le chalet de la tante Sara s'est effondré et on n'en voit plus que les fondations. Bénétan s'est enrichi de beaucoup de chalets qui servent de résidences d'été, construites avec ou sans permis de construire. Il y a maintenant l'eau courante, mais toujours pas d'électricité sauf pour ceux qui ont installé des panneaux solaires ou des groupes électrogènes.

L'électrochimie qui a fait vivre des générations de bathiolains continue après des fusions, des reventes et cessions de branches d'activité et La Bâthie abrite la centrale de Roselend. Un plan de protection des inondations de l'Isère et des torrents est en cours d'élaboration.

Le village a connu une forte croissance de sa population, dépassant dès les années 1950 le niveau des années 1900 et plus de 2000 habitants aujourd'hui. Sa population est maintenant double de ce qu'elle était avant la seconde guerre ; un boum de la construction aussi : 907 maisons et 250 appartements à comparer aux 250 maisons des années 30 (tous hameaux confondus); 30 % seulement des gens travaillent dans la commune ; ce n'est pas un village riche, le revenu moyen des ménages est de 22 572€ en 2011 mais il n'y a presque pas de chômage 6,5 %

Et les descendants des contemporains de Marie Emma et François Isidore, que sont-ils devenus ? Cette recherche a été l'occasion de renouer avec certains et d'en découvrir d'autres grâce aux sites de généalogie.Force est de constater que les liens familiaux si forts à la naissance de Marie Emma et François Isidore vers 1900 se sont bien distendus avec leurs neveux et nièces , cousins de leurs enfants.

Coté Jacquet, la famille est fâchée avec les Billat, descendants d'Huguette Bonvin et Séraphin Billat, peut-être à cause de l'héritage de Jeanne Nélie Jacquet.Côté Cattelin comme Côté Jacquet, plus personne n'habite La Bâthie sauf la cousine Rolande, nièce de Marie Emma et les enfants de sa sœur et la fille de Marius Payot, le neveu boucher de Marie Emma, témoin de mariage de sa cousine Marie Thérèse avec Lucien, qui tient le camping. Neveu dont la sœur Marthe Marceline Payot qui avait pourtant épousé un neveu Ronque n'a pas laissé que de bons souvenirs. Bizarrement, tous ceux là ont été touchés par des morts prématurées : Marius Payot, Julien René Ronque et Poupette la sœur de Rolande.Côté Cattelin, des descendants de Marie Léonie Cattelin (une tante de Marie Emma) et Joseph Vuillet, un frère et une sœur viennent de racheter le chalet à des cousins. C'est le chalet juste en face de celui de pépé Laurent.Et même parmi les descendants de François Isidore Jacquet et Marie Emma Cattelin on ne se connaît pas tous ; certains ne sont jamais allés à La Bâthie ou à Bénétan que même son héritier délaisse.

 5.2 - Les Salles et Vollore-Montagne aujourd'hui

Les hauteurs du Forez et de la proche Auvergne n'ont pas connu le développement des vallées savoyardes. Vollore-Montagne s'est dépeuplé et la déprise agricole est presque totale. Les maisons de la Chevalerie ne sont plus habitées par personne et sont loués aux vacanciers qui veulent un bol d'air pur et ont peu de moyens ; il reste encore des habitants à l'année à Bournier mais leur activité est plus touristique qu'agricole. C'est pareil au grand bois depuis longtemps, où personne n'a pris la suite de Jérome, préférant choisir des activités salariées dans la région.Les Salles et Cervières sont devenus des lieux touristiques eux aussi, même si l'activité agricole et forestière y sont plus présentes. Et c'est un godard (lointain cousin) qui en était maire jusqu'aux dernière élections municipales en 2013.Les espoirs de comme station climatique de Noirétable se sont effondrés depuis longtemps, même si un casino y est toujours actif et s'il y reste quelques restaurants actifs.

 5.3 - Nos visites sur les lieux

Avec mon mari, nous sommes allés sur les lieux de cette histoire et il en a rendu compte dans son blog :

http://leclairon.blog.lemonde.fr/2013/05/02/les-bois-noirs/

http://leclairon.blog.lemonde.fr/2013/05/02/la-montagne-thiernoise/

http://leclairon.blog.lemonde.fr/2012/09/06/beaufortain-la-montagne-preservee/

http://leclairon.blog.lemonde.fr/2012/08/31/benetan/

 6 - Ils se souviennent de Jacques

Jacques aurait eu 62 ans le 18 Août 2015. Il s'est tué en montagne il y a 26 ans.

Son souvenir vit chez ses amis d'enfance, ses copains de lycée et ses amis de l'école vétérinaire d'Alfort qui m'ont contactés spontanément ou qui ont répondu très vite à mes sollicitations et m'ont autorisée à employer leurs mots.

Passionné par un nombre incalculable de choses, Jacques ne faisait rien à moitié : trop, c'était juste assez. La nature, la taxidermie et l'ornithologie, les explosifs et les armes, les moteurs et les motos, la navigation aérienne et l'astronomie, la plongée sous-marine les coquillages et les aquariums. Il savait entraîner les autres dans ses passions. Exubérant quand il chantait, il était aussi réservé et pudique.

 6.1 - Michel Roche se souvient

Le club de jeunes de l'époque nous a permis de passer pas mal de temps ensemble, surtout avec jean paul.je me souviens bien de ton père, homme très sympathique qui a soigné les chiens de mes parents. Jacques aussi m'a laissé de bons souvenirs mais aussi un plutôt triste: le jour où il a fabriquer cette fameuse bombe qui lui a endommagé la main lors de son explosion dans la cabane du jardin. Par la suite, j'ai été très admiratif de la dextérité dont il faisait preuve pour manipuler ses instruments vétérinaires lors des soins prodigués à mes chiens. Je suis également en retraite et je vais à Puy Guillaume chaque semaine entretenir le jardin, ma mère habitant toujours la maison de mes grands parents.

 6.2 - Rémy Bas se souvient :

J'en ai aussi quelques uns,de nos bagarres de quartiers, style "guerre des boutons"quand on etait plu s jeunes,et puis le club de jeunes... J'ai notemment souvenir du jour où Jacques a perdu ses doigts en concoctant un pétard plus puissant que les pétards a mèche qu'on utilisait pour faire éclater les pommes pourries au dessus de nos "ennemis".

 6.3 - Richard Boyer se souvient :

Si je peux vous être utile dans vos recherches sur les personnes qui ont connu votre père ou votre frère Jacques, sachez que j'étais à Blaise Pascal dans les classes de Jean Paul et ensuite de Jacques car , contrairement aux Godard, je n'étais pas un élève brillant et, comme j'ai redoublé, j'ai pu connaître vos 2 frères.
Plus particulièrement Jacques car nous partagions une passion commune, les expériences de chimie et spécialement les explosifs et c'est la raison des blessures aux mains que nous avons eu tous les deux ( pas dans la même expérience) mais j'ai pu garder tous mes doigts contrairement à votre frère.En sortant de Blaise, j'ai fait une école d'ingénieur et j'ai travaillé 30 ans dans l'industrie de l'armement et par conséquent dans les explosifs et j'ai pu mesurer toutes les erreurs que nous avions faites dans notre jeunesse.

Ce que je me souviens, c'est que pendant les heures de permanence, nous allions dans la salle des internes dans laquelle Jacques avait son casier qui fermait par un cadenas et dans lequel il rangeait des "échantillons" pour essayer le week end à Puy Guillaume.J'avais déjà expérimenté la formule désherbant (chlorate de soude) et sucre en poudre pour faire des fusées dans des corps de pompes à vélo !
Mais Jacques, en remplaçant le sucre cristallisé par du sucre glace, a diminué la granulométrie du mélange, le rendant de ce fait plus réactif et plus dangereux, d'où l'accident.Je me souviens m'être inquiété de son absence toute une semaine en classe et de son arrivée le lundi suivant avec la main droite bandée.
J'ai lu, avec beaucoup d'intérêt, l'histoire de votre famille et j'y ai retrouvé des points communs avec mon enfance car mes parents sont aussi partis de rien à la libération et ma mère nous lavait aussi dans la bassine en tirant de l'eau chaude d'un réservoir qui se situait sur le côté de la cuisinière à charbon,unique moyen de chauffage pour tout l'appartement sans aucun confort qu'ils louaient à Beaumont.Je me suis souvenu en vous lisant que Jacques avait, comme moi, déniché une vieille moto alors que nous n'avions pas encore l'age du permis et qu'il en faisait dans les chemins. Je me suis souvent demandé comment il pouvait se débrouiller avec sa main droite mais il était doué pour beaucoup de choses et déjà pour réussir le concours véto et être admis à Maison Alfort.

 6.4 - Jean Michel Avoine se souvient :

Dans ma vie j' ai rencontré beaucoup de monde; j' ai eu un grand nombre de copains mais je n' ai jamais eu qu' un seul ami, Jacques. Et je pense que j' étais aussi son ami. J'étais son témoin de mariage.
Les anecdotes que je raconte s' espacent entre octobre 71 et, je crois, le printemps 74. Pendant cette période nous étions la plupart du temps ensemble; Jacques venait souvent passer ses week end chez mes parents du côté de Nemours. Mon père, pourtant très dur et difficile l' avait complètement adopté.

Au printemps 74, si mes souvenirs sont bons,'il a commencé à sortir avec Elisabeth. Cet évènement n' a rien changé à notre amitié mais a modifié profondément nos relations qui se sont bien entendu fortement espacées.

J' ai été averti de son accident par téléphone, mais je suis incapable de me souvenir de la personne qui m' a prévenu. Je crois, mais c'est loin d' être sûr, que j'ai été averti par Vaillant, un copain de promo avec lequel je me suis rendu à l' enterrement.

Le premier souvenir que j' ai de Jacques, c' est à la rentrée à Alfort. Nous étions une cinquantaine au moins venant du Lycée Marcellin Berthelot et l' un d' entre nous a dit à peu près :
"il doit bien y avoir ici un pauvre tordu qui débarque tout seul de Marmilhat"
Alors Jacques a levé un doigt timide et a dit "oui, moi "
Nous avons alors engagé la conversation et fait connaissance et je l' ai trouvé vraiment très sympa. Un peu plus tard nous nous sommes retrouvé voisins de chambre; cela a été le début d' une grande amitié. Sais-tu que j' étais le témoin de son mariage et qu' il était le parrain de ma fille aînée ?

Je me souviens également de tes grands parents de Vollore Montagne chez lesquels Jacques m' avait emmené manger une ENORME omelette un matin de premier Janvier en rentrant de notre réveillon (dur,dur...). Il y avait des dindons dans la cour et Jacques imitait leurs gloussements à la perfection.

Brillant et éclectique, curieux et observateur, le tout agrémenté de beaucoup d' originalité, de qualités artistiques et d' un goût certain de l' inutile. Jacques cultivait la passion de la nature et de la mécanique ainsi que le mépris du danger.
Dans ma mémoire nostalgique, Jacques est pour toujours chaussé de ses rangers mal fermées, coiffé de son bonnet, revêtu d' un pull marin et de sa veste en mouton naturel « blanche » à manches courtes. Ses cheveux sont longs, et des mèches rebelles tombent devant ses yeux bleus qui pétillent. Et contrairement à ce que l' on pourrait penser, cet ensemble fait ressortir une élégance naturelle.

Il est en haut d' un rocher, tendu comme un arc, et ses yeux sont fixés sur un arbre à quelques mètres vers lequel il va sauter et s' agripper aux branches.

Il tient une bière dans la main gauche, assis à une table de la »Munch » , il écarte de l' index de sa main mutilée les mèches rebelles devant ses yeux et, le regard rieur, entonne à pleine voix « les 3 Louis d' or » une des ses paillardes préférées.

Au beau milieu de sa chambre il est agenouillé dans le cambouis au beau milieu d' un amas de pièces mécaniques éparpillées autour de sa moto dépecée.

Il dessine une mouette rieuse sur une feuille de papier Canson. On croirait une illustration sortie tout droit d' un traité d' ornithologie.

Il traverse une rivière sur un tronc instable alors qu' à quelques mètres il y a un pont.

Il repeint sa chambre en rouge sang et noir?

Il est 21 h, on est ensemble dans sa chambre et on se demande quelle « glanderie » faire ce soir :
Peut-être décorer une statue de l' Ecole, lâcher des animaux dans la salle d' examen du lendemain, faire l' autopsie de la moto du prof d' anatomie ou mettre la voiture d' un germ-free sur cales ?

En costume trois pièces il traverse le terrain de Foot en desserrant sa cravate, le sourire aux lèvres et la mèche au vent ; encore un examen de passé sans problème.

L' hydrolyse a bien fonctionné, il y a 10 centimètres d' eau qui dévalent les escaliers de la cité U.

Il me dit qu'il ne passe pas de trains à cette heure, mais nous sortons juste du tunnel où il m' a fait passer quand un convoi surgit .

Dans sa salle de bain glougloute un alambic bricolé qui distille de la rue fétide.

Nous sommes en vacances et il revient de faire les courses avec comme seul achat un énorme pot de câpres.

Nous lâchons des cochons dans le cercle des élèves pendant la boum mensuelle au tout début des slows.

Il est en TP d' anatomie et, malgré les deux seuls doigts intacts de sa main droite, il dissèque avec élégance et une rare précision le système veineux en plâtre bleu d' un âne dépecé.

Il dévale en glissant-courant un sentier enneigé ou il m' a entrainé. Nous coupons les uns après les autres les lacets qui mènent de la Toussuire à la gare dans la vallée ; il n' a pas eu l' envie d' attendre le car.

Sur sa moto , m' accrochant tant bien que mal, il remonte à toute vitesse le cours d' un ruisseau dans la montagne près de chez lui.

Depuis le toit du cercle des élèves, nous faisons basculer la poubelle emplie d' eau sur les étudiants assis sur les marches du Grisbi.

Nous roulons dans Paris dans ma vieille voiture, soudain il arrache mes clés du contact et les jette par la fenêtre !

Il recouvre ma voiture de colle et de plume pendant que je défais dans sa chambre un ballot de paille pour y loger 2 porcelets.

Il me prête ses cours afin que je puisse réviser l' examen du lendemain.

Après des heures de marche à l' aventure dans la forêt de l' Ospédale, Il s'arrête brutalement, me fait signe de ne pas bouger, porte ses jumelles à ses yeux : il a enfin trouvé la sitelle corse. Le plus dur va être de retrouver la voiture.

 6.5 - Jean Pierre Camadro se souvient :

J'avais une grande admiration pour Jacques. Il allait toujours au bout des choses qu'il entreprenait, au bout même dans ses excès! il y a comme ça des personnages qui traversent votre vie en vous donnant l'impression qu'il vivent bien plus vite que vous...et finalement, je me rends compte que je ne pouvais pas imaginer Jacques être vieux. J'espère que vous comprenez ce que je veux dire...J'écoute Cat Stevens.. c'était un de ses chanteurs préféré à l'époque de nos études, si j'excepte les paillardes qu'ils beuglait une grands chope de bière à la main... :-)

 6.6 - Yves Dorso se souvient :

Dominique Zert et moi avons redoublé la deuxième année (avec vingt quatre autres) et nous avons été adoptés par la promo Avoine Godard comme elle était souvent appelée. C'est dire que les deux amis étaient connus, parce que JM Avoine avait réussi une très belle place au concours et en imposait par ses qualités intellectuelles et parce que Jacques avait la réputation d'un caractère fort.
Dominique et Jacques se connaissait bien sans trop se fréquenter et j'avais découvert chez Jacques vis à vis de Dominique qui était lui aussi une personnalité hors du commun, beaucoup de discrétion et de pudeur. C'est aussi comme ça qu'il s'était comporté en Corse (le but était de trouver la Sitelle Corse seul oiseau endémique à cette île).
Pour moi ce qui caractérisait Jacques c'est une franchise et une curiosité intellectuelle, mais plus qu'une franchise c'est un degré important de liberté d'esprit, il ne se censurait jamais dans l'expression de ses jugements ou de ses idées. Nous étions jeunes et cette qualité était rare.Jacques apportait beaucoup aux gens qu'il aimait bien. Ceux qui le froissaient ou choquaient ses convictions pouvaient en revanche s'attendre à des volées de bois vert redoutables. Mais je ne l'ai jamais vu être méchant.


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