Alphonse Pascal DEFRANCE
Alphonse Pascal DEFRANCE
  • Né le 5 septembre 1895 (jeudi) - Villers-Bretonneux, 80799, Somme, Picardie, France
  • Décédé le 5 janvier 1926 (mardi) - Paris, 75114, Paris, Île-de-France, France,à l'âge de 30 ans
  • Employé de commerce
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ILS AVAIENT 20 ANS EN 1914 – LES COPAINS DE LA CLASSE 15

PUBLIÉ LE 9 Oct 2022 par delasommeabellefontaine

Né le 5 septembre 1895, Alphonse DEFRANCE est le fils naturel de Marie-Héloïse DEFRANCE. Il est déclaré de père inconnu.

Marie-Héloïse est ouvrière en bonneterie. Elle réside Rue de la Gare à Villers-Bretonneux, chez sa mère, Emélie, ouvrière en bonneterie comme elle. Marie-Héloïse est orpheline de père depuis l’âge de 8 ans. La vie n’est pas simple.

Quand naît Alphonse, Marie-Héloïse n’a que 21 ans. La naissance n’était certainement pas souhaitée mais la chance peut être maintenant au rendez-vous. D’ici quelques années, un homme acceptera peut-être de l’épouser ! Le petit bébé aura alors un père…

Mais il n’y aura point de place pour un roman d’amour dans la triste vie de Marie-Héloïse DEFRANCE. Quatre années après la naissance de l’enfant, elle s’éteint. La maladie a mis fin à une existence de 25 années. Alphonse est alors élevé par sa grand-mère et l’homme qui partage sa vie depuis quelques mois, Edouard FOURNIER. Au sein de ce couple de grands-parents bien attentionnés, Edouard vit une enfance plutôt agréable. Une vie simple. Une vie d’enfant de famille d’ouvriers.

A Villers-Bretonneux, une douzaine de fabriques de bonneterie emploient des milliers d’ouvriers. La plus grande d’entre-elles, l’usine DELACOUR, compte plus de 1 000 employés. Selon les périodes, les journaliers trouvent également du travail, alternant souvent travaux des champs et emploi à l’usine. La commune compte plus de 5 000 habitants. Elle est située dans le canton de Corbie, à une dizaine de kilomètres d’Amiens. Les produits finis de bonneterie sont expédiés dans toute la France, en Allemagne, en Suisse et en Espagne. Même si l’activité diminue à cause de la concurrence des habits confectionnés, la bonneterie reste la principale ressource de Villers-Bretonneux.

Alphonse DEFRANCE est allé à l’école avec assiduité. S’il n’est pas allé jusqu’au Certificat d’Etudes comme Louis DERSIGNY ou Marcel DIEU, il sait parfaitement lire, écrire et compter. Embauché à l’usine DELACOUR comme ouvrier bonnetier, il évolue rapidement vers le métier de comptable. L’avenir s’annonce plutôt radieux pour lui.

Le 1er août 1914, le gouvernement de la France décrète la Mobilisation générale. Les hommes ayant effectué leur service militaire doivent se préparer à partir pour défendre leur pays. Alphonse est trop jeune encore. Il n’a encore que 18 ans. Comme tous les copains nés comme lui en 1895, il faut attendre.

Le 16 décembre 1914, les jeunes hommes de la Classe 1915 sont appelés. Ils sont au moins 30 à attendre le train sur le quai de la gare de Villers-Bretonneux. Les parents, les frères et sœurs, les fiancées, les voisins sont venus les soutenir. La guerre s’éternise et les morts se comptent maintenant par centaines de milliers. Dans la commune, plusieurs décès ont été déjà annoncés. Et pour ceux qui sont considérés comme « disparus », l’attente est déjà insupportable dans les familles. Elle sera parfois interminable.

Huit garçons de Villers-Bretonneux ont reçu leur affectation pour rejoindre le 8e Régiment d’Infanterie de Saint-Omer. L’appel de cette classe d’âge a été anticipé. Il faut reconstituer de nombreux régiments qui ont été décimés par les combats des premiers mois de guerre. Les combats menés par le 8e RI, notamment à Dinant en Belgique, à Guise dans l’Aisne pendant la Retraite de l’Armée française et à l’occasion de la Bataille de la Marne, début septembre 1914, ont entraîné de terribles pertes. Il est important de former de jeunes recrues pour reconstituer le 8e RI. Quels sont les critères de choix pour l’affectation ? Ils sont quelquefois très rationnels et prennent en compte les compétences ou la localisation géographique. Pour les jeunes de la Classe 1915 de Villers-Bretonneux, le critère semble beaucoup plus… alphabétique. Les jeunes dont le nom de famille commence par C ou D ont presque tous été affectés au 8e Régiment d’Infanterie.

Avec Alphonse DEFRANCE, sont convoqués Jean CHEVALIER, Acheul DELAVENNE, Louis DERSIGNY, Paul DESANLIS, Prosper DHEILLY, Marcel DIEU et Maurice DIEU. Aucun d’entre eux n’a encore atteint l’âge de 20 ans. Ils se connaissent bien. Ils ont fréquenté ensemble l’école du bourg. Ils travaillent presque tous dans les fabriques de bonneterie. Seul Prosper DHEILLY est cultivateur.

Quelques heures plus tard, les 8 jeunes hommes de Villers-Bretonneux rejoignent le dépôt du régiment pour y suivre une instruction militaire de plusieurs semaines. Nul ne sait réellement quand et où aura lieu le premier combat.

Acheul DELAVENNE est un des premiers à quitter la caserne pour rejoindre le front. Les combats dans le secteur de Mesnil-les-Hurlus dans la Marne en février 1915 ont provoqué de nombreuses pertes. Le 48e RI est en complète reconstitution. Les hommes qui ont débuté la guerre sont maintenant rares dans l’unité.

Acheul DELAVENNE est le seul des 8 jeunes copains à participer aux combats des Eparges près de Verdun, début avril. Les 7 autres le rejoignent plus tard.

Acheul a vécu l’horreur. Le petit ouvrier bonnetier a vu tomber tant d’hommes à ses côtés. Des jeunes hommes de 20 ans comme lui. Philogone COZETTE de Cardonnette, Georges CUISSET de Marcelcave, Théodore DAMERVAL de Contay… La liste est déjà longue.

La prochaine mission emmène les hommes du 48e RI au Sud des Eparges. Du 14 au 28 avril 1915, le régiment est amené par étapes à Lérouville. Il assure la garde du secteur allant de Brosseitte au Bois d’Ailly. Acheul DELAVENNE a raconté à ses copains l’enfer des Eparges. C’est la peur au ventre que les jeunes hommes de la Classe 1915 de Villers-Bretonneux engagent le combat contre les troupes allemandes pour défendre le Bois d’Ailly. Les combats durent trois jours, la journée du 5 mai étant de loin la plus meurtrière.

Le 5 mai au soir, 6 des 8 jeunes de Villers-Bretonneux sont hors de combat. Jean CHEVALIER, Acheul DELAVENNE, Louis DERSIGNY et Marcel DIEU ont été tués. Louis avait 20 ans. Jean, Acheul et Marcel avaient 19 ans. Paul DESANLIS et Maurice DIEU sont considérés comme disparus.

Relevé le 7 mai, le régiment est dirigé vers Pontavert. Il y restera jusqu’au 3 août.

Le traumatisme est insupportable pour Alphonse DEFRANCE et Prosper DHEILLY, les deux seuls rescapés. La guerre doit continuer mais l’espoir de survivre a disparu dans leurs têtes depuis le 5 mai 1915.

Un mois après les combats du Bois d’Ailly, Alphonse DEFRANCE est transféré au 36e Régiment d’Infanterie.Il est blessé à l’épaule gauche, le 25 septembre 1915, par shrapnel (Obus rempli de balles, qu'il projette en éclatant - https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Shrapnel).Après avoir été hospitalisé, il revient au front au début de l’année 1916. Le 23 juin, il est évacué pour gale eczématisée. Quand l’Armistice est signé, le 11 novembre 1918, Alphonse DEFRANCE est sur un lit d’hôpital. Le 12 août 1918 à Lassigny dans l’Oise, il a subi une blessure grave à la nuque par éclats d’obus.

Prosper DHEILLY ne connaîtra pas la fin de la guerre. Il a été tué le 10 octobre 1917 en Flandre Occidentale.

Début janvier 1919, Paul DESANLIS et Maurice DIEU sont de retour. Capturés par les Allemands le 5 mai 1915 au Bois d’Ailly, ils ont passé trois ans et demi dans des camps d’internement outre-Rhin. Leur santé n’est pas bonne. Paul DESANLIS est victime d’emphysème pulmonaire et Maurice DIEU devra vivre avec les séquelles d’une « plaie transfixiante par balle de l’hémithorax droit ».

En 1919, Alphonse DEFRANCE, Paul DESANLIS et Maurice DIEU sont les seuls rescapés du groupe des 8 copains du 8e RI. Ils sont malades ou estropiés. Ils ont 24 ans. On leur en donnerait presque le double…

Après la guerre, les trois copains quittent leur commune en ruines. Les combats d’avril 1918 ont détruit la plupart des maisons et des fabriques de bonneterie à Villers-Bretonneux.

Paul DESANLIS part s’installer dans le Gard, Maurice DIEU et Alphonse DEFRANCE en région parisienne.

Usé physiquement, Alphonse DEFRANCE meurt à Paris le 5 janvier 1926. Rescapé de la Grande Guerre, son nom ne figure sur aucun monument. Il avait 30 ans.

Xavier BECQUET

 Sources

  Photos & documents

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 Aperçu de l'arbre

  Anthoine DEFRANCE ca 1830-ca 1882 portrait
Emélie GRANDPIERRE ca 1842-
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X X père inconnu  portrait
Marie-Héloïse DEFRANCE ca 1874-ca 1899
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portrait
Alphonse Pascal DEFRANCE 1895-1926