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Bonjour à tous                                                  

Françoise                                                                                       Michel                                                                         

Ascendance maternelle Bretagne - Finistere Sud                  Ascendance maternelle Ile de France et Picardie

Ascendance paternelle Périgord - Dordogne                         Ascendance paternelle Ile de France et Luxembourg

N'hésitez pas à me contacter pour réparer d'éventuelles erreurs. Ma Généalogie n'y fait pas abstraction ; sans compter les subtilités de la paléographie

 

 Chronique familiale



 '''Informations diverses'''

Sommaire

 1 - La Bretagne

 1.1 - ''' Le Climat

CLIMAT EN BRETAGNE

Bretagne : Climat, Climatologie, Epidémies, Mortalité, Maladie en Bretagne

En 1258 : En janvier, les pommiers et les fraisiers étaient couverts de fleurs blanches.

En 1314 : En 1314, l’été fut si froid et tous les fruits si tardifs, que l’on trouvoit des cerises à la nativité de la vierge. Cette année les vendanges ne se firent que vers la Toussaint, et l’année suivante il y eut une grande cherté (dom Bonnaventure du Plesseix).

En 1423 : Il survenait parfois de terribles vagues de froidure, comme en janvier 1423 où, note un contemporain, « la tête des poules et des coqs gelait ». De même en 1432 et 1439, et en d'autres années encore. C'était alors la misère noire dans les campagnes (Le Pays de Rieux, abbé Henri Le Breton).

En 1434 : "En cette année fist ès parties de Bretagne une merveilleuse gelée, laquelle, sans cesser, continue depuis la feste de Saint-André (30 novembre) jusqu'au cinquième jour de février ; et ce furent les blés et les vignes grandement empirés" (Le Baud).

En 1436 : Le 6 juillet "après vespres churent gros marteaux comme qui jettast pierre du Ciel, dont l'en fust moult espouvanté".

En 1529 : Il n'y eut nulle gelée en hiver, et il fit aussi chaud en mars que d'ordinaire à la Saint-Jean.

En 1540 : Le beau temps et la chaleur durèrent depuis le mois de février jusqu'au 19 septembre. Dans cet intervalle, il ne plut que six fois. A la fin de mai, on mangea des cerises. Le 25 juin on était au milieu des moissons. Année remarquable par son extrême abondance de toutes choses nécessaires à la vie.

En 1573 : Les arbres se couvrirent de fleurs en janvier et abritèrent en février les nids des oiseaux. A Pâques, les blés étaient prêts pour la moisson.

En 1599 : A la date du 14 janvier 1599, Jean-Efflam Pichic (recteur de Plestin-les-Grèves) signale que l'église de Plouaret et la maison de Lesmaez ont été « brisées et rompues par les tonnerres de maligns esprits ».

En 1601-1609-1615-1619 : Hivers d'une douceur excessive. En 1618, "le jour de saint Barnabé au mois de juin (dans la nuit du 11 juin), il y eut à Morlaix une si horrible tourmente d'éclairs de tonnerre et de foudre, qu'on pensait la fin du monde être venue et la foudre tombant sur la tour de Notre-Dame du Mur abattit quelques brasses de la pointe de l'aiguille".

En 1642 : — " En l'automne, il y eut partout la province de Bretagne un grand déluge d'eau qui ruina les ponts, étangs et moulins et fit grand dommage " (Chronique des abbés Gallerne, Saint-Guen).

En 1662 : On n'alluma pas les cheminées une seule fois, et les arbres furent en fleurs dès le mois de février. Il est vrai que tout à coup, à la fin de février, le froid fut si intense que la Manche fut gelée, que les cloches se brisaient au moindre choc, et qu'enfin un nombre considérable de personnes périrent.

En 1709 : " Le 6 janvier de cette année, sur le soir, commença une période de température glaciale qui s'aggrava singulièrement à partir du 13 janvier. Le 2 février survint un dégel si brusque que la débâcle des glaces causa partout de gros ravages. Puis le froid rigoureux reprit et dura jusqu'à la fin du mois, avec chutes de neige et vents impétueux, gelant les blés et les arbres fruitiers. A la messe, le vin glaçait dans le calice, et il fallait recourir à des réchauds pour le garder liquide. Quant aux baptêmes, on dut les administrer à domicile " (Histoire de Rieux, par Henry Le Breton). En 1709, le thermomètre descendit de 15 à 20 degrés au-dessous de zéro, le froid dura cinq semaines, les ceps de vigne gelèrent et on dut replanter la vigne (à Pallet, entre autre).

Paroisse de Sévérac : « Récit de la plus terrible année qu'on ait vue depuis que le monde est créé, ainsi que je vais dire. Elle a eu trois hivers ; l'un qui commença la mi décembre 1708 et fut assez grand pour les biens de la terre, le second com­mença le 7 janvier 1709 et dura jusqu'au 27 du même mois ; froid si terrible avec la neige depuis le 9 avec grand vent qu'on ne pouvait aller ni venir. Les oiseaux faisaient pitié. Toutes les alouettes moururent presque ; les merles, les mauvis, les étour­neaux et autres petits oiseaux remplissaient les maisons, les grolles s'entremangeaient. Les grains ne souffrirent pas, à ce qu'on croit, de ce choc, mais tout étant mortifié par ce que je viens de dire, et le temps étant tantôt pluie, tantôt neige fondue. Il survint un troisième hiver le 22 février ensuivant qui dura 9 jours. C'était un froid sans pareil, un vent brûlant, les fro­ments moururent, les seigles de même. Les vignes moururent quasi toutes, du moins les vieilles ; de vin, point, par conséquent. Elles repoussèrent par les pieds et jetèrent des lames, mais cela ne fit guère. Il mourut quantité de pommiers même dans le mois de mai, tout fleuris, de gros châtaigners, tous les pins, les noyers, les amandiers, beaucoup d'abricotiers, les houx, les épines noires, toutes les ronces. Il n'y eut par conséquent point de mûres ni prunelles. Cela causa un grand dommage à la moisson, car les oiseaux qui étaient demeurés ne trouvant point à se viander dans les buissons, se ruaient sur les grains. Les genêts eurent le même sort, les ajoncs, les bruyères, Il n'y eut par conséquent point de fleurs, les abeilles moururent de faim, cependant la cire ne fut point chère, depuis 16 à 18 sols la livre. Point de miel. Les pauvres se disposent à manger du pain de racines de popites qu'on dit être bonnes pour faire du pain, du moins à empêcher de mourir. Ces popites sont des herbes qui croissent dans les landes, la feuille quasi comme de la porée, une tige au milieu à peu près comme l'asperge, elle fleurit blanc. Cette herbe a une racine composée de noeuds » (D'après les registres paroissiaux).

Paroisse de Héric : « Nous avons eu cette année 1709 un hiver si rigoureux que tout a pensé périr. Les hommes ont souffert extraordinairement. La nourriture commune du pauvre peuple n'était que du son qu'ils faisaient cuire avec de l'eau et un peu de lait avec quelques mauvaises herbes qu'ils ramassaient par la campagne » (D'après les registres paroissiaux).

En 1723-1730 : Hivers très doux.

En 1740 : Le froid commença le 6 janvier pour ne finir que le 1er mars. Il gela dans tous les mois de cette année 1740. " Ce qui donna de très mauvais vins, d'autant qu'il gela très fort le 15 octobre jusqu'à la Toussaint et qu'il fallut vendanger le raisin tout vert ou tout gelé " (Archives paroissiales de Monnières).

En 1751, du 14 au 15 mars, une violente tempête ravagea le pays.

En 1760 (le 22 juin) : Un orage de grêle traverse toute la paroisse de Penvénan (Trégor). Les récoltes sont dévastées. Cette année-là le prix du froment est en hausse de 28 % sur le marché de Lannion.

En 1771-1772 : "Toutes les manufactures du diocèse de Tréguier sont réduites à l'inaction" note le Contrôleur Général. La raison en est la suite d'intempéries qui mouillent le lin.

En 1773 (le 18 août) : Un orage terrible, accompagné de tonnerre et suivi, selon Habasque, d'un tremblement de terre provoque la rupture de la chaussée de l'étang du Minihy près de Châtelaudren. Le leff déborde. A Saint-Brieuc, le même orage emporte un pont de pierres élevé en 1756 par le duc d'Aiguillon.

En 1782-1783 : La chaleur fut extraordinaire en décembre. En janvier tout était fleuri comme en juillet habituellement.

En 1783-1784 : Hiver 1783-1784 très rigoureux (Trégor). Gelée en Basse-Bretagne, le 9 mai 1784.

En 1785 : Grande sécheresse dans le Trégor.

En 1788 : Hiver très rigoureux dans le Trégor. Les paysans se nourrissent de "quantité de gibier qui a péri par le froid excessif qu'il a fait, surtout les perdrix". En juin 1788, le bas de Guingamp est noyé sous près d'un mètre d'eau à la suite des pluies torrentielles.

En 1789 (juin et juillet) : Des pluies abondantes compromettent les récoltes dans le Trégor.

En 1794 : Eté violemment orageux dans le Trégor. En décembre 1794, début d'un hiver rigoureux fait de neige et de glace.

En 1795 : Hiver épouvantable qui restera dans les mémoires (Habasque le cite en 1834 !). Neige en janvier 1795.

 1.2 - Les Maladies

ANNEES de MALADIE, EPIDEMIES, MORTALITE EN BRETAGNE

Bretagne : Climat, Climatologie, Epidémies, Mortalité, Maladie en Bretagne

En 1162 : Notre chronique (Bonaventure du Plesseix) marque que dans la même année il y eut une grande famine en Bretagne qui obligea les hommes à manger la terre et quelques uns leur propres enfants et elle adjoute pour marquer la cherté des vivres que le septier d’avoine coutoit cinquante sols, somme prodigieuse pour un temps ou on ne comptoit que treize sols quatre deniers dans un marc d’argent. Cette famine avoit été précédée par une pluie de sang dans le diocèse de Dol, ou l’on avoit vu des ruisseaux de sang couler d’une fontaine et du pain coupé verser du sang en abondance, si c’estaient, ajoute dom Bonnaventure du Plesseix, des signes qui pronostiquaient la guerre, ils n'étoient pas trompeurs et il ne falloit pas de miracle pour apprendre aux bretons ce qu’ils n'éprouvoient que trop, et le mal avoit précédé les avertissements (Quimperlé - A. de Blois, 1881, p. 129).

En 1345 : Dans toute la Province, il y eut un cours considérable de cette maladie qu'on nommait "le feu Saint-Antoine" ;

En 1348 : Une peste épouvantable se fit sentir d'abord dans le Maine et en Anjou, puis dans toute la Bretagne. Mortalité effrayante. En 1484, elle ravage Poitiers, Laval, Le Mans. Cette cruelle maladie fut appelée dans nos pays "la Bosse", parce que son dernier degré de malignité s'annonçait par des bubons gros comme un oeuf aux aisselles et aux aines, signes qui ne laissaient plus aux malades aucune espérance de vie. En 1485, le duc François II crée " Le Médecin des Epidémies ", sans grand résultat. En 1501, la peste fait plus de 4.000 morts à Nantes. Elle réapparaît en 1518. La peste sévit à Nantes en 1501, 1522, 1523, 1529, 1530, 1567, 1576. Les lépreux furent d'abord soignés à Nantes, dans la léproserie de Saint-Lazare, supprimée en 1569 et dépendant de la paroisse de Saint-Similien.

En 1481 : La gelée dura depuis le lendemain de Noël (1480) jusqu'au 8 février, "pendant lequel temps fist la plus grande froidure que les anciens eussent jamais veu faire en leurs vies". "Fust le bled moult cher universellement et rare. A cette cause mourut grande quantité de peuple de famine et quand d'autres voulaient manger, ils ne pouvaient pour ce qu'ils avaient les conduits retraits, pour avoir esté trop sans manger (Commines)".

En 1510 : Coqueluche presque générale à laquelle peu de gens échappèrent et dont beaucoup furent les victimes. On la nomma "coqueluche", dit Mezerai (ou Mezeray), parce qu'elle affublait la tête d'une douleur fort pesante et que les premiers qui en furent atteints parurent avec des coqueluchons. Elle causait aussi une grande douleur à l'estomac, aux reins, aux jambes, avec fièvre chaude accompagnée de fâcheux délires et d'un dégoût de toutes les viandes ainsi que du vin. Elle fit périr beaucoup de monde.

En 1519 : La Bretagne essuya de si furieuses tempêtes que plusieurs clochers et plusieurs forêts furent renversés.

En 1534 : La plupart des plantes gelèrent jusqu'à la racine. Il y eut aussi de violents tremblements de terre.

En 1528 : Et durant les quatre années suivantes, la stérilité fut grande dans toute notre province et le blé très cher, de sorte que le peuple en général y fut réduit à une misère extrême.

En 1564 : "Il n'y avait aucune maison où l'eau ne gelast à la glace en tous lieux qu'on pust la mettre hors le feu". Toutes les nuictz et matins, quand toutes personnes se levaient de leur lit, la glace était très prise sur le drap de dessus, de l'eau qu'engendraient le vent et alaine des personnes qui étaient couchez dans le lit. La plus grande froidure qui feust fut le jour de la feste des saints Innocents, 26 décembre, auquel jour les mainz, les piedz, les aureilles de plusieurs hommes gelèrent qui cheminaient par les champs. Les crestes des coqs et poules furent gelez et tombèrent de dessus leurs testes (Abbé Hatton, France Rurale).

En 1583, lutte contre les épidémies dans la région de Nantes. En 1583, la police rédigea un règlement pour arrêter la peste qui continuait ses ravages ; " il fut prescrit à chaque habitant de balayer son pavé, sous peine d'amende ; on décida qu'il serait établi des latrines dans toutes les maisons qui en manquaient, et que les anciennes fosses d'aisance seraient visitées ; que leur vidange aurait lieu la nuit, depuis 10 heures du soir jusqu'à 2 heures du matin ; que pour neutraliser l'odeur, les maisons seraient parfumées avec de l'encens ; que trois fois par semaine, il serait allumé dans les carrefours un feu public pour lequel chacun fournirait un fagot de bois sec ou 5 sous d'amende ; que les maisons pestiférées seraient nettoyées, soit aux frais des propriétaires, soit aux frais des fermiers ; que les malades et les convalescents seraient habillés de bougran avec une croix blanche sur la poitrine et une autre sur le dos, et qu'ils porteraient une baguette blanche à la main ; qu'il en serait de même du chirurgien du Sanitat ; que les domestiques de cette maison ne sortiraient pas sans avoir aussi eux une baguette blanche à la main, avec une cloche au bout, pour avertir toute personne saine de s'écarter ; qu'il serait nommé un médecin et un chirurgien pour visiter les malades à domicile, et trois fois la semaine au Sanitat ; que les malades se feraient transporter à l'Hospice la nuit et par les ruelles ; que les convalescents qui se présenteraient en public avant quarante jours seraient fouettés, ou paieraient 10 écus d'amende ; que les morts ne seraient pas enterrés au cimetière de la paroisse ; que chaque dizainier serait tenu de faire connaître les malades de son quartier, dans chaque desquels seraient établis gens de bien et d'honneur pour veiller à l'exécution du règlement ". La maladie cessa ses ravages, grâce à plusieurs de ces précautions qui étaient très sages, mais ce ne fut pas pour longtemps (Guépin).

En 1586, 1590, 1592, 1594, 1596, 1598 : Crises de subsistances dans le Trégor et ailleurs.

En 1598 : Après la Ligue, pays ruiné, population diminuée, terrains en friche, famine terrible suivie d'épidémie.

En 1660-1661 : Après un printemps idéal vinrent des mois humides et froids, à tel point que la récolte fut mauvaise. Misère noire causée par la disette de blé.

En 1709 : En février et mars, froid d'une intensité surprenante. La Manche gela et les cloches se brisaient au moindre choc. Un nombre considérable de personnes périrent.

En 1731 : Dès 1731, des marins du Pays de Retz ont rapporté des dysenteries de la Martinique. En 1749 et 1765, " le pays du vignoble du Muscadet est touché par cette maladie qui fait 11.000 malades et 2.635 morts en 1765 ...". Le typhus sévit à partir de 1741, puis apparaissent la variole, la typhoïde, les fièvres éruptives, les dysenteries ;

Au XVIIIème siècle, chaque paroisse présente trois foyers d'infection : les chemins vicinaux, le cimetière, l'église. Les chemins vicinaux ne sont jamais entretenus : ils sont remplis de cloaques immondes, de mares d'eau croupissantes et de fondrières. En 1755, les corvoyeurs de Basse-Goulaine. commandés pour travailler à la grande route de Nantes à Paris exposent à l'Intendant « que les arches de cette paroisse, sur lesquelles lesdits corvoyeurs seraient obligées de passer, sont tombées en ruines et impraticables à l'effet d'y pouvoir passer ». Les cimetières sont des foyers d'infection beaucoup plus redoutables pour les campagnes que les chemins. Partout ils sont placés au milieu du village, autour de l'église. Ils sont très exigus, on y entasse les morts les uns sur les autres, sans attendre que le temps ait achevé son travail de décomposition. Pendant les chaleurs, après les pluies ces champs de morts exhalent des miasmes putrides. Le recteur de Vertou, déclare au sénéchal de Nantes en 1749, que le cimetière de sa paroisse, « qui est fort petit, était si rempli de cadavres que lorsqu'on faisait une fosse, on y en découvrait des cadavres qui n'étaient pas à moitié consumés, de sorte qu'il se répand une fort mauvaise odeur dans tout le bourg, dont les suites pourraient être très dangereuses ». L'ordonnance du 15 mai 1776 qui prescrivit de transporter les cimetières hors de l'enceinte des villes et villages fut presque partout éludée par l'inertie et l'égoïsme des généraux de paroisse. En 1785, une épidémie, due aux émanations du cimetière, désola Avessac et quelques paroisses avoisinantes. Les églises sont de véritables succursales des cimetières, souvent le tiers, parfois la moitié des fidèles s'y font inhumer. En temps d'épidémie, l'entassement des cadavres les transforme en véritables foyers de putréfaction. Le sol y exhale des odeurs, infectes d'autant plus dangereuses que les assistants sont nombreux aux offices et que l'air ne s'y renouvelle pas. Un arrêt du Parlement de Bretagne, en 1758, ordonna d'exhumer tous les corps enterrés dans les églises ; mais il resta lettre morte et l'ordonnance de 1776, qui renouvela les défenses d'enterrer dans les églises, ne fut pas mieux observée. Dans les villes, la situation sanitaire n'est pas meilleure. A Nantes, malgré les efforts de la municipalité, les rues sont encombrées d’immondices. Les marchés ont lieu sur les voies publiques : dans celles où se vend le beurre, il y a toujours des débris de pots, car les hocquetters (les répurgateurs) ne les enlèvent pas, n’en pouvant faire usage pour leurs fumiers ; les délivres de maçonnerie restent devant les maisons. Dans le quartier Saint-Nicolas, une seule maison a des latrines ; les habitants des autres jettent les matières fécales dans la rue. Parmi les autres causes d’infection, il faut citer l’insalubrité des habitations étroites, humides, environnées de fumiers, dans les campagnes, la mauvaise qualité de l’eau, le manque de soins corporels, et par dessus tout la misère des classes pauvres. Cette misère a pour conséquence une mauvaise alimentation favorable au développement des maladies L’abus du poisson salé provoque des épidémies à Saint-Jean-de-Boiseau en 1784, à Clisson en 1786. Mais les plus redoutables fléaux sont la dysenterie qui, en 1748, fait 80.000 victimes en Bretagne, et la fièvre typhoïde qui, en 1758, cause une mortalité effrayante dans toute la province. Les médecins sont assez nombreux ; dans les grandes villes à Nantes existe même une Faculté de médecine ; mais ils sont rares dans les petites villes et presque complètement inconnus dans les campagnes. Les chirurgiens sont beaucoup plus répandus. En 1786, on en compte 14 dans la subdélégation de Blain, 10 dans celles de Guérande et de Châteaubriant. Les médecins sont des bourgeois assez instruits qui connaissent les « caractères des maladies », les chirurgiens sont des ouvriers manuels qui pratiquent de menues opérations, réduisent les fractures, et excellent surtout dans les saignées. Ils sont, en général, d’une ignorance totale [Note : Les « aumôneries » ou petits hôpitaux. fondés au Moyen-âge, ont presque tous disparu ; les « bureaux de charité » sont rares et leurs ressources sont insuffisantes. Il existe des « hôpitaux généraux », presque tous créés au XVIIIème siècle, à Ancenis, Blain, Bourgneuf, Châteaubriant, Clisson, Guérande, Le Croisic, Le Loroux-Bottereau, Machecoul, Nantes, Paimbœuf, Pornic, ….] (d’après Dupuy).

En 1757 : En 1757, l'escadre commandée par l'amiral Dubois de la Motte, revenant d'Amérique, importa dans les hôpitaux et dans la ville de Brest le germe d'une terrible maladie, qui répandit bientôt ses ravages dans toute la Bretagne, à la suite des marins congédiés. Lorient, prévenu tardivement, ne sut pas fermer ses portes aux hommes provenant de cette malheureuse escadre ; et, du mois de janvier au mois de juillet 1758, cette ville et ses environs virent doubler le chiffre ordinaire des décès. Voici la marche de l'épidémie à Lorient : décembre 1757 , 40 décès ; 56 en janvier 1758 ; 63 en février ; 69 en mars ; 70 en avril ; 63 en mai ; 54 en juin , et 41 en juillet. La ville avait affermé une maison à Kerfontaniou, où elle établit un hôpital pour les malades de l'épidémie. Nantes est épargné par le Grand typhus Brestois de 1757 qui fait 2.000 morts, ainsi que par les grandes épidémies bretonnes de dysenterie de 1741 et de 1779, qui font 50.000 morts.

En 1758 : Très mauvaise année de blé à cause de l'abondance des pluies.

En 1770 : La misère avait pris des proportions inquiétantes par suite de la cherté des blés. Le Parlement de Bretagne jugea la situation assez grande pour décider au nom de la Cour l'emprunt d'une somme de 90 000 livres, pour acheter au dehors des graines et qui seraient ensuite vendues et réparties dans les endroits les plus nécessiteux de la province. En plus, on autorisait les généraux des paroisses à prendre dans leurs coffres telles sommes qu'ils jugeraient nécessaires pour subvenir d'ici la prochaine récolte aux besoins les plus pressants des pauvres.

En 1772, à Derval, on compte 600 mendiants sur 1460 communiants ; à Saint-Philbert, au même moment, le nombre des pauvres est si grand qu'on peut dire la paroisse ruinée ; la plupart des paysans ont dû vendre leur petit domaine [Note : A Vallet, en 1780, sur 6 à 7000 habitants, on compte parfois 1100 pauvres (Léon Maître) ; à Saint-André-des-Eaux, en 1777, la détresse des habitants est effroyable ; l'un d'eux est mort de faim ; beaucoup n'ont pas de quoi se couvrir (Dupuy)].

Un état de 1774 estime que sur les 16 paroisses de la Subdélégation de Pontchâteau, il y en a cinq très pauvres où le quart des habitants est réduit à la misère, sept où les pauvres sont encore assez nombreux, quatre seulement où il y en a très peu. En 1774 et en 1779, on vit des campagnards réduits à se nourrir d'herbe, de laitage, de feuilles de choux, de navets, de marc de cidre. La crainte de la disette affole les populations qui essaient parfois de s'opposer par la force à l'exportation des grains [en 1743, au Port-Launay (Couëron)]. On accuse les grands propriétaires d'affamer le peuple par leurs accaparements et leurs spéculations. La misère des classes rurales bretonnes a deux conséquences, funestes : les épidémies et le développement du vagabondage et de la mendicité. Le nombre des vagabonds et des mendiants pillant les champs, détroussant les voyageurs, terrorisant les habitants des fermes et des hameaux, atteint un chiffre invraisemblable qui ne fait qu'augmenter jusqu'en 1789. On ne sait plus alors comment se débarrasser de ces indésirables de plus en plus audacieux et malfaisants. Les habitants d'Orvault et ceux de la Chapelle-Saint-Sauveur demandent dans leurs Cahiers qu'on prenne des mesures contre eux (d'après H. SÉE).

En 1775 : Autre année de disette et de misère. Il fallut encore faire venir du blé de l'étranger.

En 1779 : Une épidémie de dysenterie bacillaire provoque 45 000 décès en quelques semaines. La variole coutumière à nos marins d'Afrique, sévit à Nantes et dans toute la Bretagne ; elle est très meurtrière de 1774 à 1789 ... persiste au XIXème siècle et se termine par l'épidémie hispano-nazairienne de 1887, apportée par le navire " La Fayette " où on recensera 238 cas et 33 morts (dixit le Professeur Kerneis, Nantes).

En 1787 : Extraordinaire tempête de neige. Les branches des arbres se brisèrent sous le poids de la glace. Les pommiers surtout furent grandement éprouvés dans notre région.

En 1788 : Hiver marqué par la rigueur du froid et la persistance d'une glace qui rendit impossible tout travail extérieur.

En 1788-1789 : " Cette année (1789) est remarquable par un hiver le plus rigoureux, le plus constant et le plus long dans la rigueur qui ait été éprouvé de mémoire d'homme. Il a commencé le 24 novembre 1788 et n'a cessé que le 13 janvier 1789. La première semaine était tolérable ; mais ensuite il est tombé du verglas et de la neige tour à tour qui ont occupé et couvert la terre pendant six semaines, sans aucun adoucissement ni relâchement pour la vivacité du froid. Il n'était possible de vaquer à aucune occupation que ce soit, ce qui a réduit le peuple à une grande misère, le pain ayant monté à Nantes jusqu'à quatre sols la livre. Au dégel, on a trouvé sur les bords du lac une quantité prodigieuse de poissons crevés, parmi lesquels des carpes de trois pieds. Les étangs, pièces d'eau, grenouillères et autres trous tous dépeuplés. Une des plus grandes peines, c'est que ce froid ayant été précédé d'une longue sécheresse, on n'avait pas d'eau à donner aux bestiaux et rien de plus difficile que de les conduire ou d'aller leur chercher de l'eau sur une glace universelle qui couvrait la surface des chemins. La rigueur de la saison ayant dérangé les tempéraments, il y a eu un cours de maladie qui a emporté beaucoup de monde dans quantité de paroisses ; ici, comme ailleurs, on a eu des malades, mais sans mortalité, la difficulté a été de les administrer. Le verglas a singulièrement conservé le blé. Aujourd'hui, 27 janvier 1789, il lève où il n'y en avait point et il donne les plus belles espérances. Le vin a gelé dans les barriques et il s'en est perdu une grande quantité. La glace sur le lac avait 20 pouces d'épaisseur et on passait aisément et sans crainte pour se rendre à la Chevrolière (Anciens registres de la paroisse de Saint-Lumine de Coutais). L'automne fut fort sec et les fontaines se tarirent en grande partie. Le 22 novembre au soir, le froid commença pour ne finir qu'à la fin de janvier 1789. On était obligé de ramasser la neige, qui resta deux mois sur la terre, et de la faire fondre pour abreuver les bestiaux (Anciens registres de Saint-Herblain). Une grande partie de la baie de Bourgneuf était couverte de glaçons et, du rivage du bois de la Chaise, on pouvait aller sur la glace à plus d'une lieue en mer. Toutes les huîtres gelèrent et périrent ; on fut quelques années sans pouvoir en faire la pêche " (Piet, Etudes sur Noirmoutier) (d'après L. Delattre).

"L'hiver, la neige s'éleva à plus de 10 pieds, dans le pays du Méné et des environs. L'on fut sept semaines sans pouvoir mener les troupeaux aux champs". Années de disette et de misère. Ces sortes de fléaux provinrent soit des intempéries des saisons, soit des maladies ou épidémies.

Nota : A la demande de l'Académie de médecine, une grande enquête nationale a eu lieu de 1775 à 1790. Quelques médecins de l'ouest répondirent, mais nous n'en connaissons pas pour le Trégor où une trentaine exerçaient pourtant vers 1786. Seul nous est accessible le mémoire briochin du docteur Bagot. Ce manuscrit contient un résumé climatique des années 1772-1777, puis un relevé des températures jusqu'à la Révolution. Par lui, nous apprenons qu'à Saint-Brieuc, la moyenne annuelle des températures entre 1778 et 1788 fut de 9° C. Un siècle plus tard à Perros-Guirec et Bréhat les moyennes annuelles sont respectivement de 11,2 ° C et 11° C : un réchauffement de deux degrés.

 1.3 - Tremblements de Terre

TREMBLEMENTS DE TERRE EN BRETAGNE

Bretagne : Tremblements de terre en Bretagne

En mars 709 : Tremblement de terre ressenti au Mont-Saint-Michel et dans l'archipel anglo-normand (signalé par Alexandre Chèvremont) ;

Les 22-29 octobres 842 : Tremblements de terre dans les îles anglo-normandes. Bruits souterrains dans toute la rance (A. Chèvremont) ;

En 1039-1091 : Secousses désastreuses dans le golfe normanno-breton, en Angleterre et dans l'Anjou (A. Chèvremont) ;

En 1112-1117, le 20 décembre 1119 et le 14 avril 1115 : Tempêtes effroyables dans le golfe normanno-breton. Chute des tours et des pinacles des églises. Le ciel est en feu et la lune est couleur de sang. Puis terrible tremblement de terre dans le golfe normanno-breton. Le monastère du Mont-Saint-Michel est incendié par la foudre, dont les éclats accompagnent les secousses du sol (A. Chèvremont) ;

En 1118, un grand tremblement de terre "subvertit les édifices et les arbres actuellement fichés et la cité de Nantes fut misérablement brûlée " ;

En 1155 (commencement d'avril) : Violentes secousses au Mont-Saint-Michel et à Tombelaine (De Parville) ;

En 1161 : Tremblement dans le Contentin et dans les îles anglo-normandes (A. Chèvremont) ;

Vers 1286 : La Chronique de Saint-Brieuc, nous dit qu'en 1286, avant la mort de Jean Ier, arrivée le 8 octobre, la terre tremble dans toute la Bretagne, pendant 40 jours, et plusieurs fois par jour, surtout à Vannes, où le tremblement fut continuel et renversa de nombreux édifices. Après la mort du duc, le tremblement se fit sentir encore près d'un an surtout à Vannes, mais avec des intervalles (Pr. I. 41) ;

Le 5 novembre 1386 « Le 5 novembre 1386 encore, se fit sentir à Nantes un violent tremblement de terre, qui se répéta avec plus de force, le 28 mai de l'année suivante, en plusieurs endroits de la province. Ce dernier inspira d'autant plus de terreur qu'il fut accompagné de coups de tonnerre aussi épouvantables que multipliés ». L'abbé Manet (Histoire de la Petite-Bretagne ou Bretagne-Armorique ... - 1834) ne dit pas où il a puisé ces renseignements ;

En 1427 : Tremblement de terre qui se fait sentir depuis Montpellier jusqu'en Hollande. La ville de Nantes est en partie renversée. 13 villages engloutis dans la contrée de Dol, 55 en Hollande (Chèvremont) ;

En 1544 « La ville de Rennes essuya aussi, cette année-là, un tremblement de terre si violent que les meubles s'entrechoquaient dans les maisons ; mais ni le mois ni le jour de cet événement n'ont été marqués ». L'abbé Manet (Histoire de la Petite-Bretagne ou Bretagne-Armorique ... - 1834) ne dit pas d'où il a extrait ces renseignements ;

En 1584 (mercredi 12 novembre à 7 h. du soir) : Violent tremblement de terre au Mont-Saint-Michel (De Parville) ;

En 1601 : Le 9 (19 ?) décembre 1601, Bertrand Jouhan (recteur de Plestin-les-Grèves) note que vers 10 heures du soir, il s'est produit un grand tremblement de terre ; sur quoi il a sollicité la pitié du Dieu Tout Puissant par l'intercession de la Sainte Vierge et de tous les Saints et Saintes du Paradis et s'en est remis à la volonté du Seigneur (Note : Cette secousse sismique fut ressentie dans toute la Bretagne comme l'atteste une autre note inscrite sur la page de garde d'un registre de Saint-Melaine de Morlaix par Messire Goulven Le Goff, vicaire perpétuel de la paroisse : « Le dix neuffiesme jour de décembre l'an mil six centz ung, environ unze heures en nuict se trova ung tramblement de terre si epoventable et estoit si terrible que les chandelliers, bacins sonoient, les chambres trembloient et fut un grand épouventement au peuple. Dieu nous donne sa grâce d'éviter toutz les perils et le paradis en fin ».

Le 10 mars 1619 (entre 7 et 8 h. du soir) :Idem (De Parville) ;

Le 6 juillet 1640 (à 10 h et 11 h, du soir) : Violent tremblement de terre au Mont-Saint-Michel, en Bretagne et en Normandie (De Parville) ;

En 1647 : " Le samedi 16 novembre, environ une heure de nuit la terre trembla " (Chronique des abbés Gallerne, Saint-Guen).

En 1648 : " Le dernier jour de mars au soir, grand tremblement de terre " (Chronique des abbés Gallerne, Saint-Guen).

En 1701, tremblement de terre (Voir Histoire civile, politique et religieuse de la ville de Nantes et du comté Nantais (jusqu'en 1747) par l'abbé Travers - Publiée de 1836 à 1841, Nantes) ;

Le 13 janvier 1725 : tremblement de terre survenu dans la région guérandaise (relaté par l'astronome Bouguer le 14 avril 1725) ;

Le 7 avril 1767 : tremblement de terre survenu à Nantes le 7 avril 1767 à une heure du matin ;

Le 22 juin 1770 : Secousses dans la région de Dol. Le marais est subitement envahi par les eaux (A. Chèvremont) ;

En 1793, tremblement de terre (Voir Histoire de Nantes) ;

Le 25 janvier 1799. Josselin, 6 pluviôse, an VII, — 25 janvier 1799. « Ce matin, à quatre heures moins un quart, on a éprouvé, à Josselin, une secousse violente de tremblement de terre qui a duré environ soixante-trois secondes, qui a été précédée d'an bruit souterrain semblable à celui du tonnerre et qui a paru venir du sud-sud-ouest et se prolonger à l'ouest-nord et nord-nord-est. Le château bâti sur le roc vif et toutes les maisons ont tellement tremblé que presque tous les habitants ont été éveillés par la commotion forte qu'ont éprouvée leurs lits, par le bruit des portes et fenêtres et le cliquetis des batteries de cuisine. — Il ne serait peut-être pas indifférent que vous fissiez part de cet événement, très rare dans ce pays, à l'Institut nationale... » (lettre d'Elie, commissaire du Directoire exécutif près de l'administration municipale de Josselin, à celui près du département du Morbihan). Le 12 pluviôse, — 31 janvier, — un autre commissaire, Manson, « commissaire du Directoire exécutif près l'administration centrale du département de la Loire-Inférieure », écrivait de Nantes « à son collègue du département du Morbihan : ... Je pense que vous aurez ressenti comme nous la violente secousse du tremblement de terre qui a eu lieu dans la nuit du 5 au 6, sur les 4 heures du matin ». — Ici, de la frayeur et chute de quelques cheminées et de vieux murs isolés. « A Machecoul, beaucoup de maisons ont été renversées et les habitants ont éprouvé des pertes considérables ». Notre administration désirerait savoir ce qui est arrivé dans votre département. Le commissaire résidant à Vannes répond, le 17 pluviôse — 5 février — : « Nous aussi avons ressenti les secousses du tremblement de terre et, même à deux reprises. La première fut moins forte que la seconde, qui succéda presque aussitôt. Celle-ci a duré dans certains endroits cinq à six secondes ; dans d'autres, 20 à 30 secondes. — Ce phénomène me réveilla. Je sentis mon lit trembler, tous les meubles de mon appartement semblaient en mouvement et j'entendis un bruit souterrain. Cette situation m'a paru [durer] trois à quatre secondes. Ce tremblement fut suivi d'une pluie très forte. Au reste, il n'en est résulté aucun malheur ; on m'a dit que quelques parties de vieux murs s'étaient écroulées », voilà tout. Ce tremblement de terre, remarque M. Mauricet « eut son centre d'action à Machecoul », prés du lac de Grandlieu. « Le phénomène se produisit 36 heures environ après la pleine lune de janvier ; heure qui coïncide avec l'établissement de la marée sur nos côtes. L'épacte de cette année 1799 est de XXIII ; la nouvelle lune eut lieu le 8 janvier, la pleine lune le 22. Le tremblement de terre coïncide donc avec le moment des plus fortes marées de janvier 1799. Autre singularité : l'année 1799 est la 17ème de l'ère chrétienne où il n'y ait pas eu d'éclipse, ce qui ne se reproduira qu'en 1897 » (M. Alphonse Mauricet, Tremblement de terre en Bretagne - 1887, Vannes). On trouve, d'autre part, sur le même événement, dans le Registre de Concoret, mémoires d'un prêtre réfractaire, publié par Ropartz (Saint-Brieuc, Prudhomme, 1853), p. 46 : « 1799. Le vendredi 25 janvier, vers les 4 heures du matin, on a ressenti, à Concoret, un violent tremblement de terre qui, d'abord, a causé une secousse en l'air et puis un bercement qui a ébranlé les maisons, de façon que des cheminées et des ardoises de dessus les toits en sont tombées. Ce tremblement de terre parait avoir été général en France, suivant les papiers publics » ;

Les 3-4 août 1826 : Secousses ressenties à Saint-Malo (A. Chèvremont) ;

Au XIXème siècle (date ?) : Secousses ressenties à Nantes et accompagnées d'un coup de vent très violent. L'atmosphère était comme en flammes (A. Chèvremont) ;

En 1881 (la nuit du 28 au 29 mai) : Deux secousses dans les environs de Guingamp (A. Chèvremont) ;

En 1895 (6 décembre à 4 h. 1/2 du matin et le 7 décembre à 9h. 1/2 du matin) : A Lorient, le 7, trois secousses (vaisselle brisée, glaces et cadres tombés, etc.). Le 6, à Dragueville (Manche), bruit "comme le roulement d'une charrette lancée au galop", murs et planchers secoués. Au Mont-Saint-Michel secousses légères, mais au donjon du Mont trépidations effrayantes. Secousses légères à Granville, Avranches, Pontorson, Dol, Saint-Malo. A Cuguen, vaisselle violemment agitée, vitres brisées. Tout l'Ouest fut secoué (De Parville) ;

Le 14 juin 1896 : « 14 juin 1896, à 8 heures 48 minutes. Deux secousses, à Saint-Brieuc et environs, région de Loudéac, etc. La première secousse a duré deux secondes et a été plus forte que la deuxième, laquelle a été à peine sensible » ;

Le 23 octobre 1896, disait un journal breton du même mois, dans toute la région entre Dinard et La Richardais .. , le lendemain du dernier orage, les habitants furent très surpris de voir tous les récipients à l'air libre remplis d'une eau de pluie noirâtre. Dans différents endroits, elle est tombée bleuâtre, dans d'autres elle avait une teinte brune très prononcée ... Il est regrettable qu'on n'en ait pas fait l'analyse. « Ajoutons qu'au cours de cet orage, on a ressenti une légère secousse de tremblement de terre. L'oscillation n'a duré qu'une seconde ; elle paraissait aller de l'ouest à l'est » ;

Le 24 décembre 1897 : « Le 24 décembre 1897, à 1 heure 40 du matin, une forte secousse de tremblement de terre, allant de l'est à l'ouest, a été ressentie à Treffendel. Le grondement souterrain ... a duré de 5 à 6 secondes et a été si fort ... que plusieurs disaient que ce devait être un coup de mine » (Voir Avenir de Rennes, numéro du 2 janvier 1898) ;

Le mercredi 19 janvier 1898 : Le mercredi 19 janvier 1898, vers 8 heures du soir, secousse de tremblement de terre à la Roche-Bernard (sur la Vilaine, non loin de l'embouchure). « Bruit assez fort, rappelant à peu près le roulement lointain produit par une batterie en marche » (Voir Avenir de Morbihan, numéro du 4 février 1898) ;

 2 - Les Métiers d’Autrefois

 2.1 - '''Bottier

Grâce à son esprit créatif, à ses compétences techniques et à son habileté, le bottier confectionne à la main des chaussures et des bottes sur mesure. Objectif : obtenir des chaussures confortables répondant aux envies ou aux besoins des clients.

 2.2 - '''Brodeuse

Il n’est peut-être pas de métier dont l’histoire, en Occident surtout, ait été plus intimement liée à celle de la peinture. Si la broderie est tombée en décadence de nos jours, et même dès la fin du seizième siècle, il ne faut pas oublier que, pendant longtemps, les peintres furent les auxiliaires des brodeurs : ceux-ci peignaient avec leurs aiguilles les compositions que les peintres avaient d’abord ébauchées au moyen de leurs pinceaux et dont ils avaient fait les cartons.

C’était un métier difficile. « Dans tout le moyen âge, dit de Laborde, et jusqu’à la fin du seizième siècle, broder était un art, une branche sérieuse, estimable, de la peinture. L’aiguille, véritable pinceau, se promenait sur la toile et laissait derrière elle le fil teint en guise de couleur, produisant une peinture d’un ton soyeux et d’une touche ingénieuse. » dit le roman de Flore et Blanceflor. Dans plus d’un inventaire de trésor du moyen âge se trouvent mentionnés des portraits en broderie.Il est à peine utile de rappeler que la fameuse tapisserie de Bayeux, qui représente les hauts faits de Guillaume le Conquérant , passe pour être l’ouvrage de la reine Mathilde ; et, bien que le fait ne soit pas absolument prouvé, il n’y aurait pas lieu d’en être surpris.

Il serait trop long d’énumérer les spécimens de broderies qui sont parvenus jusqu’à nous. Citons en première ligne les ornements épiscopaux de Thomas Becket, conservés aujourd’hui à la cathédrale de Sens, et que la gravure a souvent reproduits ; mentionnons encore les ornements de la chapelle de Charles le Téméraire, aujourd’hui à Berne.

Au dix-septième siècle, Alexandre Paynet, brodeur du roi Louis XIII, exécuta de magnifiques ornements que ce prince avait l’intention d’offrir au saint sépulcre de Jérusalem. Mais ce serait une grande entreprise que de vouloir indiquer tous les fragments d’étoffes brodées qui se trouvent encore aujourd’hui soit dans les trésors des églises, soit dans les bibliothèques, où souvent ils ont servi de couverture à des manuscrits.

La corporation des brodeurs et brodeuses reçut d’Etienne Boileau ses premiers statuts vers la fin du treizième siècle, en même temps que celle des « faiseuses d’aumosnières sarrazinoises », dont le métier ne différait qu’en ce qu’il s’appliquait à de plus petits objets. Dans ces statuts, on énumère les brodeurs et brodeuses qui se trouvaient alors à Paris, et il est à remarquer que plusieurs de ces dernières avaient pour maris des enlumineurs : on observe le même fait en 1316, date à laquelle la corporation eut de nouveaux statuts. Cette association d’enlumineurs et de brodeuses ne fut pas sans doute fortuite, et on peut croire que ces deux métiers ne pouvaient guère subsister l’un sans l’autre, le peintre créant les motifs que la brodeuse exécutait ensuite avec l’aiguille.En Italie, de grands peintres ne dédaignèrent pas de faire des cartons pour des broderies : Antonio Pollajolo dessina pour Saint-Jean de Florence des ornements magnifiques, qui furent exécutés par des brodeuses ; bien d’autres s’associèrent à de semblables travaux.Les règlements qui régissaient le métier des brodeurs à l’époque d’Etienne Boileau n’étaient pas fort nombreux ; ils concernaient les conditions d’apprentissage et la direction de la corporation par quatre prud’hommes ; quelques dispositions, enfin, déterminaient quand et comment on devait travailler : « Nuls ne nule ne pourra ouvrer ou dit mestier de nuiz fors tant come la lueur du jour durra tant seulement ; car l’œuvre fete de nuiz ne peut estre si bone ne si souffisante come l’œuvre fete de jour. »

L’apprentissage durait huit ans, et chaque maître ou maîtresse ne pouvait avoir qu’un apprenti ou une « apprentice » à la fois. Ce long apprentissage assurait la transmission d’ouvrier en ouvrier de tous les procédés de l’art. Les statuts des « faiseuses d’aumosnières sarrazinoises » étaient à peu près semblables.

Le métier se maintint très florissant jusqu’au dix-septième siècle ; puis vinrent plusieurs ordonnances qui défendirent l’abus des broderies et des ornements d’or dans le costume, et force fut aux brodeurs-chasubliers (c’est le nom que leur donnent les statuts de 1648) de se consacrer presque exclusivement à la confection des chasubles et des autres ornements religieux. A part ces travaux, on ne broda plus guère que des étoffes légères ; on employa plus rarement la soie et l’or.Le nombre des maîtres fut limité à douze cents par les statuts de 1648 ; mais cette disposition ne fut jamais rigoureusement observée, bien que le nombre dût être forcément assez restreint, puisqu’on n’admettait à l’apprentissage que des fils de maître ou de compagnon et que chaque maître ne pouvait avoir qu’un apprenti. L’apprentissage durait six ans, et l’on n’était reçu maître qu’à condition d’ouvrir boutique et qu’après avoir été compagnon pendant trois ans. Le chef-d’œuvre, apprécié par les jurés visiteurs, était obligatoire ; seuls, les fils de maître étaient exempts de quelques-unes de ces formalités. On ne pouvait parvenir à la maîtrise avant l’âge de vingt ans.

Aucun maître ne pouvait s’associer avec un compagnon. Distingués en jeunes, modernes ou anciens, suivant qu’ils comptaient dix, vingt ou trente ans de réception, les maîtres devaient assister, au moins au nombre de trente, aux assemblées générales pour que les délibérations fussent valables.

Dans leurs broderies, les ouvriers du dix-septième et du dix-huitième siècle, cherchaient surtout à imiter les dentelles les plus renommées, telles que le point de Hongrie et la dentelle de Saxe. Exécutée tantôt à la main, tantôt au métier, la première, d’une exécution plus longue et plus difficile, fut toujours préférée.

Voici les termes qui, au dix-huitième siècle, désignaient les genres de broderie les plus usités :

- broderie « à deux endroits » ou broderie « passée », travail qui produisait un dessin exactement semblable sur les deux faces de l’étoffe ;

- broderie « appliquée », exécutée sur de la grosse toile, que l’on découpait ensuite pour la coudre sur une autre étoffe ;

- broderie « en couchure » ou broderie d’or et d’argent : les mêmes matières servaient aussi à la broderie « en guipure » ; mais, pour exécuter celle-ci, on commençait par dessiner sur l’étoffe même, puis on découpait du vélin en suivant les formes du dessin, et l’on cousait ensuite par-dessus l’or avec de la soie.

- broderie « plate », garnie de paillettes, et broderie en chenilles de soie, usitée surtout pour les ornements sacerdotaux.

Tels étaient les principaux genres de broderies que l’on exécutait lors de la suppression de la corporation. Si, au point de vue des procédés et de l’habileté de la main-d’œuvre, les brodeurs avaient fait des progrès, un examen même peu attentif de leurs productions montre dans quel état d’infériorité ils se trouvaient vis-à-vis de leurs prédécesseurs : la broderie n’était plus un art, mais un métier.

 2.3 - Charretier - Roulier

Transporteur de marchandises au moyen de chevaux et de charrettes à comparer de nos jours au camionneur routier, transporteur et métiers associés

 2.4 - Cloutier

De nos jours, on dit souvent : "C’est un vieux clou, cela ne vaut pas un clou, travailler pour des clous, clouer le bec..." Mais il y a aussi "le clou du spectacle" ! Autrefois, la fabrication de ce petit objet métallique indispensable était le fruit de tout un savoir-faire

 2.5 - Cocher

Celui qui conduisait une coche (grande diligence dans laquelle on voyageait), mais aussi un cabriolet (voiture hippomobile légère à deux roues, généralement munie d'une capote).

 2.6 - Cordier

LocalisationAvant que n'apparaissent les manufactures, on trouvait des artisans cordiers dans toutes les régions de la France, avec une prédilection pour les lieux de production du chanvre et les régions maritimes, Bretagne et Charentes, grandes demandeuses de cordes et de câbles.

La matièreLe matériau le plus employé est le chanvre. Le cordier peut aussi utiliser du lin, du tilleul ou du crin.

Les outilsLe premier travail du cordier consiste à préparer le chanvre qu'il a acheté roui et broyé. Pour cela il utilise différents peignes aux dents plus ou moins longues et écartées (aussi appelés seran). Le plus grossier sert à débarrasser le chanvre des débris de bois (c'est le teillage), le plus fin sert à séparer les fibres en fils très fins (c'est le peignage).Vient ensuite le filage. Pour cela, le cordier prend de la filasse qu'il tient dans un tablier autour de la taille. Après avoir fait une boucle qu'il accroche au rouet, le cordier va dévider le chanvre tout en reculant le long de l'aire qui peut mesurer jusqu'à cent mètres, tandis que le tourneur fait mouvoir la roue. Cela a pour effet de produire un fil tordu sur lui-même soutenu de près en près par des rateliers ou râteaux. Tout l'art du cordier consiste à dévider le chanvre le plus régulièrement possible.La dernière étape consiste à réunir les fils et à les tordre ensemble pour faire des cordes. Ce travail peut s'effectuer sur le rouet pour les petits diamètres ; pour les tailles plus importantes, on utilise un chariot. Le principe, qui est toujours le même, consiste à réunir plusieurs fils, par torsion, pour produire un toron, puis plusieurs torons pour obtenir une corde. La corde terminée est enduite d'une solution de colle et d'eau.

Au fil su temps

Issus de la corporations des cordiers du Moyen-Age dont les statuts remonte au 17 janvier 1394, le métier de cordier est très ancien. La corporation des cordiers de Saint Valéry sur Somme est née en 1503. On relève en 1442 que les cordiers sont tenus «de bailler et livrer tous cordages gros et menus aux gens de justice... quand les cas adviennent pour lier, pendre et exécuter larrons, meurtriers et autres malfaiteurs.» (Lettre patentes données à Tours par Charles VII).En 1692, sous l'impulsion de Colbert, la Corderie Royale de Rochefort est édifiée dans un bâtiment de 370 mètres de long.Mais bien souvent, jusqu'au début du XXième siècle, le cordier reste un artisan de village qui travaille à l'extérieur (par nécessité de place), mais à l'abri de la pluie qui influe sur la qualité des cordages. Sa production est destinée essentiellement au monde agricole, mais aussi aux autres artisans, tous consommateurs d'au moins un type de ficelle ou de corde. Aujourd'hui la culture du chanvre a pratiquement disparue et le cordier avec elle.

 2.7 - Cordonnier

Cordonniers et savetiers, assis sur leur légendaire escabelle, ont-ils vraiment toujours chanté comme le prétend la fable ? Sous l’Ancien Régime, en ville et à la campagne, ces artisans du cuir, ces "bijoutiers sur le genou" sont nombreux, remuants et n’ont pas toujours bonne réputation…Les corporations de la chaussureAu Moyen ge, trois métiers se partagent la fabrication et la vente des chausssures :- le sueur ou cordouannier qui utilise le cordouan, cuir importé en provenance de Cordoue. Il ne peut ni ne doit faire de souliers de basane (peau de mouton soumise à un tanage végétal) de plus d’un empan de pied ou de haut (environ vingt centimètres) ;- le çavetonnier de petit solers, c’est-à-dire de petits souliers de basane ;- le savetier qui racommode les souliers usagés.Pour être reçu maître cordonnier, il faut avoir fait un apprentissage de quatre ans, offrir des garanties d’honnêteté suffisantes et avoir exécuté un chef-d’oeuvre dont les critères évoluent avec la mode. Les çavetonniers doivent réaliser le même travail que les cordonniers mais en basane. Aux savetiers, on demande de remonter ou de reprendre de vieux souliers ou bottes.La distinction entre cordonnier, çavetonnier et savetier est donc essentiellement fonction du matériau qu’ils ont le droit d’utiliser. Mais les règlements, qui offrent au cordonnier d’utiliser la basane en contrefort ou qui permettent au çavetonnier "d’être cordonnier s’il a de quoi, pourvu qu’il ne mêle, en un même ouvrage, du cordouan et de la basane", restent ambigus. La similitude de leurs travaux crée d’importants litiges au sein de la corporation et les délits contre les statuts sont fréquents. Des ouvriers en chambre, les chambrelans, travaillent au noir.

Derrière l’établiL’image du cordonnier, assis dans son échoppe, ne s’est guère modifiée du Moyen ge au XIXème siècle. La boutique, souvent minuscule, est peinte de couleur rouge. Elle est souvent surmontée d’une enseigne en tôle découpée, en forme de botte.Les outils n’ont pas changé non plus. Ils sont simples et leur nombre restreint : le couteau à pied et le tranchet qui servent à tailler l’ouvrage et couper le cuir, différents marteaux pour brocher la semelle ou battre le cuir, des tenailles pour retirer les clous, le buis et les biseigles en buis ou en os pour lisser les talons et le tour des semelles, une alène et du fil enduit de poix pour coudre, des clous pour brocher, de la teinture à la noix de Galle, du cirage. De très nombreuses formes, un tire-pied pour maintenir l’ouvrage sur le genou en travaillant et une petite auge de pierre ou de bois où le gros cuir trempe avant d’être battu complètement, c’est l’outillage que les raccommodeurs de souliers continuent à utiliser.La découpe et la couture du quartier, de l’empeigne (parties du cuir recouvrant le talon et le dessus du pied) et des ailettes (petits morceaux de cuir cousus à l’empeigne) précèdent le travail sur la forme sur laquelle on coupe la première et la deuxième semelle que l’on assemble au-dessus de la chaussure par une couture renforcée par une trépointe. Après la teinture et le lissage du talon au buis, le cordonnier retire le soulier de sa forme, procède au finissage et pose boucles, rubans et boutons.

Extrait du chapitre concerné, dans l’ouvrage Les métiers d’autrefois, de Marie-Odile Mergnac, Claire Lanaspre, Baptiste Bertrand et Max Déjean, Archives et Culture.

 2.8 - Couturière

La couture est un métier, mais aussi un loisir. Le professionnel qui pratique la couture est appelé un couturier (ou une couturière). Ses principales tâches sont la confection, la retouche ou l'ajustement de vêtements. Généralement, le couturier est appelé à exercer son métier dans un établissement spécialisé en couture, chez un teinturier, dans une manufacture de vêtements, ou encore dans une boutique de vêtements habillés, lesquelles emploient habituellement leurs propres couturiers. Toutefois, on retrouve la pratique de la couture dans différents corps de métiers, notamment chez les militaires, chez les techniciens des matériaux ou encore dans les industries fabriquant des produits qui nécessitent l'assemblage de textiles comme les tentes, abris, cerfs-volants, courroies, harnets, étuis, métiers du spectacle, etc.Conception d'un vêtement

La conception d'un vêtement n'est pas le fruit du hasard. Comme le corps, le vêtement qui l'habille a des règles d'architectures précises que même le plus grand des créateurs devra suivre. Ainsi, pour créer un vêtement, une couturière a deux possibilités: soit elle utilise la technique du moulage qui consiste à utiliser un mannequin pour mouler le vêtement dessus et ainsi lui donner la forme voulue, soit elle utilise la technique de la coupe à plat qui consiste à tracer le vêtement sur papier (soit à plat d'ou le nom de cette technique). Il existe diverses méthodes de coupe à plat et plusieurs ouvrages lui sont consacrés. Une fois que le vêtement est entièrement tracé sur papier, on obtient un patron qui servira à couper les diverses pièces de tissu nécessaires à l'assemblage du vêtement.

 2.9 - Dentellière

LocalisationEn France, les dentellières sont très localisées. Citons tout d'abord Le Puy en Velay, tête de proue de la dentelle d'hier et d'aujourd'hui. Citons aussi la Normandie, Alençon bien sûr, mais aussi Caen. N'oublions pas non plus le Nord et le Pas-de-Calais avec Calais, Valenciennes, Caudry, Bailleul...

La MatièreLe fil utilisé est du lin, de la laine, du chanvre ou quelquefois de la soie. Avant que les fils ne soient résistants, la dentellière travaillait à l'aiguille.

Les OutilsOu plutôt, l'outil devrait-on dire ; car en pratique, l'unique outil de la dentellière est le carreau, aussi appelé tambour ou métier. Pour être complètement précis, il faut y ajouter les épingles à tête, les fuseaux (aussi appelés broquelets à Valenciennes ou bloquets à Lille), le dessin de la dentelle et surtout les mains de la dentellière, l'élément le plus important.

Au fil du TempsC'est au XVème siècle que l'on commence à voir apparaitre la dentelle au fuseau. Son origine serait italienne. L'activité de la dentelle se développe jusqu'en 1639, date à laquelle un édit en interdit le port. Heureusement cet édit sera annulé. L'activité reprend jusqu'à la Révolution, avec au passage la création des manufactures royales par Colbert.Chaque région possède son point : d'Alençon en Normandie, de Valenciennes en Artois et en Flandre, d'Esprit au Puy.Napoléon 1er, puis Napoléon III relanceront l'activité. En 1830, le système Leavers (du nom de son inventeur anglais) est adapté au métier Jacquard ; la production entame une étape industrielle très importante, notamment à Calais. En 1910, il y avait 2708 métiers occupants 32000 ouvriers et ouvrières à Calais. Les métiers mécaniques produisent une dentelle de qualité proche de celle faite au fuseau ; un label "Dentelle de Calais" en fait foi.Aujourd'hui, la dentellière au fuseau revient sur le devant de la scène ; des écoles sont créées et des cours de dentelle donnés, notamment au Puy et à Bailleul. D'ailleurs, au Puy, on n'attend qu'une chose : que la loi de 1903 imposant l'enseignement de la dentelle à l'école soit appliquée.

 2.10 - Fileur - Fileuse

Personne travaillant dans une corderie (royale) et qui alimente la corde en chanvre tout en assurant sa régularité et sa tension pendant que le tourneur tourne à l’autre extrémité.

 2.11 - Garde des Plaisirs - Garde Chasse

Personnage typiquement francilien, assez haut en couleurs, au titre pompeux, mais dont la fonction deviendra fortement impopulaire à la veille de la Révolution française. Depuis le règne de Charles VI le fol, à la fin du XIVème siècle, les rois de France ont conforté une réputation de fort appétit : le pouvoir, les femmes et la chasse : ce dernier étant certainement leur préféré puisque les domaines forestiers, appelés capitainerie, où ils exerçaient leur passion cynégétique sont joliment intitulés : “les Plaisirs du roi”. Les offices de garde-chasse seront donc très prisés durant l’Ancien régime.Très jaloux de leurs territoires, les souverains cèderont très difficilement des parcelles de leurs domaines. Seuls les Princes de Sang tels les CONDÉ pour la forêt d’Halatte à côté de Chantilly (Oise) et les CONTI pour la forêt de l’Isle-Adam (Val d’Oise) et leurs terres qui vont à Pierrelaye (Val d’ Oise), puis le Comte d’ARTOIS devenu seigneur de Maisons-Laffitte (Yvelines), pourront obtenir des espaces importants. Quelques favoris ou seigneurs locaux, en montrant patte blanche, obtiendront la possibilité de chasser avec leurs équipages dans de rares secteurs

 2.12 - Instituteur

Chaque ville, chaque village voit apparaître au cours du XIXème siècle un nouveau personnage : l’instituteur. Redingote noire, petites lunettes et règle à la main, voici le hussard noir chargé d’éduquer toute une classe d’âge à la citoyenneté républicaine…

 2.13 - Journalier - Brassier - Manouvrier

Sous l’Ancien Régime, ces appellations différentes selon les régions désignent celui qui loue ses bras à la journée. On pense trop souvent qu’il s’agit d’un ouvrier agricole. Dans de nombreux cas pourtant, le terme recouvre un petit artisan rural ou citadin.

Rarement manoeuvre. Ouvrier ou ouvrière qui travaille de ses mains.

 2.14 - Lavandière

Une lavandière désigne toute femme qui lavait le linge à la main, dans un cours d'eau ou un lavoir1 tandis qu'une laveuse est une femme qui faisait profession de laver le linge2. Un nom voisin était buandière. Le mot de lavandière se reprendra avec l’habitude de parfumer le linge propre avec de la lavande.

Travail et conditions de vie

En toutes saisons, une lavandière devait d'abord apporter le linge au bord d'un cours d'eau ou dans un lavoir public. À genoux sur une pierre plate ou sur le bord incliné du lavoir, elle jetait le linge dans l'eau, le frottait avec de la cendre, le rinçait et le tordait en le pliant plusieurs fois. Elle le battait ensuite avec un battoir en bois afin de l'essorer le plus possible. Finalement elle plaçait le linge essoré dans un panier ou une brouette pour l'amener vers le lieu de séchage.

Les artistes, peintres et poètes, ont souvent embelli l'image de ces femmes du peuple, en les présentant dans un cadre romantique et des paysages magnifiés. En fait, leur condition sociale et matérielle était dans la plupart des cas difficile : les femmes devaient, tout en lavant, s'occuper de leurs plus jeunes enfants. Certaines exerçaient parallèlement l'activité de nourrice. Leurs mains étaient très souvent abîmées pour avoir trempé trop longtemps et trop fréquemment dans l'eau bouillante ou au contraire dans l'eau parfois glacée des lavoirs.

Les blanchisseries ont pris la relève de cette activité, et la généralisation de l'eau courante dans les habitations, puis la généralisation de l'emploi des machines à laver, ont définitivement fait disparaître ce métier pénible au milieu du XXe siècle.

 2.15 - Le Ferblantier

Le ferblantier est celui qui fabrique ou qui vend des outils ou ustensiles en fer-blanc souvent ménagers tels que par exemple les casseroles, les bassines, les assiettes, les lanternes en fer recouvert d'une fine couche d'étain.

C'est une appellation professionnelle provenant de fer-blanc, un acier doux recouvert d'une fine couche d'étain.

Elle désigne aussi :

Des ouvriers ou artisans fabriquant des ustensiles de ménage ou de jardinage en acier galvanisé. Cette profession a pratiquement disparu de nos jours.

Dans certaines régions de montagne, notamment en Suisse et en Haute-Savoie, des ouvriers et artisans couvreurs-zingueurs, posant et façonnant des ouvrages de toiture en acier galvanisé. Dans ces régions, il s'agit donc un métier du bâtiment.

Au Québec, depuis la fin du XXe siècle, le métier de ferblantier consiste surtout à préparer, fabriquer et installer des conduits de ventilation en tôle galvanisée. Une portion moindre des ferblantiers œuvre comme couvreur sur toitures dites traditionnelles/artisanales à pignon, de style Canadienne et sur les bâtiments à valeur architecturale; sur de nombreuses églises notamment. Divers métaux galvanisés (pré-peints) sont d'usage courant, mais le cuivre demeure le métal le plus noble et durable. À l'opposé, des pièces de protection contre la pluie sur toitures plates, couvrant les bâtiments, soit résidentiels comme les toits plats typiques de la ville de Montréal, soit commerciaux ou industriels doivent être fabriquées, préparées et installées également par les ferblantiers.

 2.16 - Maître Chandelier

Histoire de la bougie

La bougie a été inventée au milieu du 19ème siècle, à la différence de son ancêtre la chandelle, qui remonte au moins vers 3000 ans avant J.C. Sa fonction principale est d'éclairer. La bougie est également une ancienne unité de mesure qui fut remplacée par le candela. (Le Candela est une unité de mesure utilisée pour représenter une quantité d'éclairage, autrement dit une intensité lumineuse).

Bougies faites à la main

Pendant des siècles on a utilisé du jonc fendu pour faire des chandelles. Trempé dans de la graisse animale ou végétale le jonc étais mis à durcir un certain temps. Ensuite on l'utilisait en le faisant brûler dans des brûle-joncs.

La première étape de fabrication d’un cierge ou d'une bougie est la préparation de la mèche en fonction du calibre et de l’utilisation. On place les mèches ensuite sur un manège de plusieurs plateaux supportant chacun plusieurs dizaines de bougies . On trempe les mèches dans un bac de cire et on la laisse épaissir le temps de faire les autres. On recommence l’opération jusqu’à obtenir la taille voulue. Les bougies traditionnelles prennent 1/2 heure alors que pour les cierges pascals il faut une journée. La forme conique se fait toute seule.

En Occident, à partir du Moyen Âge la chandelle rivalise avec la lampe à huile. Cette dernière a l'inconvénient de réclamer une attention constante : il faut la remplir régulièrement, couper et remonter la mèche qui charbonne, nettoyer l'huile qui coule. La chandelle, seulement constituée d'une mèche entourée de suif de bœuf ou de mouton, est plus pratique sans être excessivement chère (mais elle est taxée et l'huile reste plus économique). Plus de liquide qui se renverse, de flamme à ajuster, de réservoir à remplir. Mais le suif coule et graisse les doigts, la flamme demeure jaune et fumeuse, il faut toujours entretenir la mèche qui finit par charbonner.

La noblesse et le clergé s'éclairaient avec des cierges en cire d'abeille alors que le peuple se contentait de l'éclairage au suif. Le cierge de cire conserve les avantages de la chandelle et en élimine les défauts mais seule la haute société peut se permettre d'en acquérir en raison de son coût.

L'apprentissage pour la fabrication des chandelles était de six ans. Tout individu arrivant à Paris, qui voulait entrer dans le métier, devait prouver qu'il avait fait ces six années. Les maitres chandeliers formaient corporation en diverses villes : celle de Londres en Angleterre était importante. Celle de Paris faisait remonter à Philippe 1er ses premiers statuts. Enregistrés par Etienne Boileau, ils furent refondus en 1392 et en 1464. En 1428, les chandeliers de cire eurent des statuts spéciaux. Au XVII° siècle, ils se réunirent en une seule corporation avec les huiliers-moutardiers. 12 chandeliers suivaient alors la Cour du Roi.

La fabrication et la vente des chandelles était l'objet d'une surveillance scrupuleuse de la part des quatre Jurés du métier. Les cierges de cire étaient beaucoup plus réputés que les chandelles de suif : elles éclairaient mieux, brûlaient plus lentement et ne sentaient pas mauvais.

En 1372 le Prévôt Hugues Aubriot étendit les tâches des Jurés à l'inspection des suifs "dont l'en fait ou pourrait faire chandelles", en les motivant par un intéressement aux amendes.La principale duperie en matière de chandelles de suif consistait à mélanger de la graisse de bœuf avec des graisses de diverses origines. Les statuts des chandeliers de suif interdisaient clairement ces pratiques.

L'amende de cinq sous et la perte des objets falsifiés était rigoureusement appliquée : "Fause oeuvre de chandoile de suif," dit l'article 14, " est trop domacheuse chose au pauvre et au riche, et trop vilaine."

Quand un bourgeois voulait faire faire des chandelles chez lui, le maître devait venir en personne, pour procéder à cette besogne; s'il envoyait un de ses ouvriers, il était passible de l'amende. Chaque maître pouvait avoir deux colporteurs pour vendre ses marchandises dans la rue.

L'origine du mot "bougie" provient de "Bugaya" une ville d'Algérie en Kabylie maritime qui fournissait une grande quantité de cire pour la fabrication des chandelles. La bougie telle que nous la connaissons fut fabriquée au milieu du 19ème siècle et se différencie de la chandelle à cause de sa matière première et de mèches de coton tressé. Le tressage permet à la mèche de se courber et de se consumer lentement, rendant inutile de besoin de la moucher. La chandelle disparaît alors, et la cire perd de son intérêt.

Comment la bougie brûle-t-elle ?

Le principe du fonctionnement de la bougie utilise le phénomène d'auto-alimentation :

Une bougie est constituée d’un bloc de cire ou de paraffine dont le centre est traversé par une mèche, en coton par exemple.

Lorsque l’on allume la bougie, l’air surchauffé fait fondre la paraffine tout autour d’elle. Cette paraffine fondue monte le long de la mèche par capillarité car la paraffine fluide a tendance à monter le long de la mèche jusqu’à proximité de la flamme.

Cette paraffine fluide s'évapore puis se mélange alors à l'air et certaines de ses molécules forment un gaz combustible. Celui-ci est brûlé par la flamme, ce qui permet de l’alimenter.

Pour que la flamme soit entretenue, il faut que la température du milieu qui brûle soit suffisante.

La flamme est éteinte quand on souffle suffisamment fort dessus car le souffle crée un courant d'air froid qui refroidit l'environnement de la flamme, la cire refroidissant plus vite que la chaleur de la flamme ne le réchauffe. La température devient alors inférieure à la température de combustion et la flamme s'éteint.

Comment la bougie brûle-t-elle ?

Le principe du fonctionnement de la bougie utilise le phénomène d'auto-alimentation :

Une bougie est constituée d’un bloc de cire ou de paraffine dont le centre est traversé par une mèche, en coton par exemple.

Lorsque l’on allume la bougie, l’air surchauffé fait fondre la paraffine tout autour d’elle. Cette paraffine fondue monte le long de la mèche par capillarité car la paraffine fluide a tendance à monter le long de la mèche jusqu’à proximité de la flamme.

Cette paraffine fluide s'évapore puis se mélange alors à l'air et certaines de ses molécules forment un gaz combustible. Celui-ci est brûlé par la flamme, ce qui permet de l’alimenter.

Pour que la flamme soit entretenue, il faut que la température du milieu qui brûle soit suffisante.

La flamme est éteinte quand on souffle suffisamment fort dessus car le souffle crée un courant d'air froid qui refroidit l'environnement de la flamme, la cire refroidissant plus vite que la chaleur de la flamme ne le réchauffe. La température devient alors inférieure à la température de combustion et la flamme s'éteint.La bougie de nos jours

La bougie constitue toujours une source de lumière de dépannage, mais ses utilisations ordinaires ne sont pas de l'ordre de l'utilitaire, elle est fréquemment utilisée en décoration et pour la diffusion de senteurs. On trouve également des bougies flottantes pour les jeux de lumière et des bougies représentant des personnages, des fleurs, fruits etc...Elle symbolise les années écoulées sur les gâteaux d'anniversaire ou sert de décoration des sapins de Noël, avec des risques importants d'incendie d'où son remplacement par des bougies électriques qui imitent les vraies.

Elle crée aussi l'intimité lors d'un dîner aux chandelles, au restaurant ou chez soi, à moins qu'elle ne se multiplie sur les lustres et les chandeliers dans des reconstitutions historiques parfois approximatives ou des réceptions.

Son emploi est toujours de mise dans les rituels religieux (on parle alors de cierge) comme le cierge pascal chrétien et elle participe à l'éclairage des cérémonies. La piété catholique est également toujours utilisatrice des bougies allumées en accompagnement d'une prière, tout particulièrement quand elle est adressée à la Vierge Marie ou à des saints : le geste de faire brûler un cierge en remerciement perdure très largement.

En savoir plus !

En 1783, le chimiste suédois Carl Scheele (1742-1786) avait, dans le cadre de ses recherches sur le savon, fait bouillir de l'huile d'olive avec de l'oxyde de plomb et obtenu une substance au goût sucré qu'il avait appelée Ölsüss et que l'on connaît maintenant sous le nom de glycérine.En 1823, le chimiste français Michel-Eugène Chevreul (1786-1889), poussé par cette découverte, découvrit que ce ne sont pas les corps gras qui se combinent avec l'alcali pour former le savon, mais qu'ils sont d'abord décomposés en acides gras et en glycérine (ou glycérol). Chevreul est ainsi à l'origine de la théorie de la saponification. Ces deux éléments seront à la base d'une industrialisation massive de la bougie et du savon. Désormais, savonniers et ciriers appartiennent à la même corporation, dont Nantes devient la capitale. Aujourd'hui encore, 80 % de la production française de bougies provient de la région nantaise.

L'apparition de la paraffine solide (distillation du pétrole) et de la stéarine (extrait de graisse animale et végétale) permet désormais la production de bougies de meilleure qualité.La petite histoire

Les Mémoires de Miraulmont citent cette fameuse ordonnance royale qui obligeait le chancelier de France à rendre au trésorier les tronchons de la cire qui avait servi à son éclairage.

L'ordonnance, comme toutes les autres, passa sans remédier au mal, mais elle eut l'honneur de créer un proverbe devenu si célèbre :

"les économies de bouts de chandelle".

 2.17 - Menetrier

Du Moyen Âge à la fin du XVIIIe s., joueur d'instrument de petite condition. (Les ménétriers furent organisés en corporation dès 1321.)

Musicien qui jouait dans les villages, violoneux.

 2.18 - Meunier

Meunier, tu dors ? Transformer le blé en farine, que le boulanger changera en pain, est une tâche primordiale dans la société traditionnelle française. Aussi, moulins et meuniers sont-ils fêtés dans notre patrimoine culturel, des comptines enfantines aux images d’Épinal coquines…

 2.19 - Mulquinier - Mulsquinier - Murquinier

Ouvrier qui tisse la batiste, tissu léger tissé très serré aussi appelé mulquin.Celui qui s'occupe des préparations et du commerce des plus beaux fils, particulièrement ceux qui sont propres pour la fabrication des dentelles

 2.20 - Pourvoyeur

Soldat qui est chargé d’approvisionner en munitions une pièce à tir rapide.

 2.21 - Tanneur

On a dit méchamment que pour faire un bon tanneur, il fallait être grand, fort et bête. Fort oui, mais le reste est gratuit. Le tanneur transforme la matière première (le cuir) sans lien direct avec l’utilisateur final ; son travail est obscur, malodorant, pénible... bref : ingrat.

Echarneurs, tanneurs et corroyeursL’apprentissage du métier de tanneur est difficile comme le coup de main qu’il faut acquérir, cuir après cuir. La fabrication comporte trois grands types d’opérations : l’écharnage, le tannage et le corroyage, l’ensemble prenant facilement deux ans.L’écharnage (ou travail de rivière) consiste, après avoir fait tremper à l’eau courante les peaux brutes, à les débarrasser des souillures, poils et débris de chair, et à les préparer à subir l’action du tan. Pas question de faire un trou sur la peau gonflée d’eau et de chaux ! On doit voir la trace des longs coups de faux, signe que les cuirs ont été écharnés juste ce qu’il faut. Autrefois effectué entièrement à la main à l’aide de couteaux spéciaux (voir illustration de la page de droite), ce travail est aujourd’hui effectué avec des tonneaux roulants, les foulons, et sur des machines appelées écharneuses.Le tannage proprement dit recouvre basserrie et couchage en fosses. Les peaux sont transformées en cuir sous l’effet de substances tannantes qui se fixent sur les fibres pour les rendre imputrescibles. Les peaux passent dans une série de bassins emplis avec du jus tannant d’une concentration de plus en plus forte, puis effectuent un long séjour dans de grandes fosses où elles s’intercalent avec des couches d’écorce de chêne broyées. Le travail de basserrie est délicat : il ne faut pas que la peau, dont la "fleur" est fragile au sortir des pelains, se "graine" au contact du jus de tannin où l’on aurait mis trop de poudre. Le travail du coucheur en fosse demande aussi de l’expérience, car le cuir doit reposer bien à plat sur le précédent, en suivant un mouvement circulaire, et il doit être uniformément en contact avec la poudre de tannin.Quant au corroyeur, c’est en quelque sorte l’aristocrate du métier, qui égalise les cuirs en épaisseur. Son apprentissage est plus long, la gamme des cuirs et des outils est plus variée. Il faut savoir affûter et manier le fameux couteau à dérayer, à double lame, utiliser l’étire, petite lame de fer dont l’affûtage très soigneux sur un grès fin permet de détacher toutes les aspérités du côté chair pour donner au cuir un fini impeccable. Travail fatiguant qui donne des durillons aux doigts des corroyeurs spécialisés. Le rebroussage à la marguerite, cette grosse pièce de bois munie de dents, provoque une intense fatigue.

Machines et dangers en tout genreL’introduction des machines, à partir de 1850, si elle supprime certains efforts, provoque la déqualification des ouvriers et est la cause de graves accidents. La presse de l’époque en rapporte de nombreux exemples : main broyée par les rebrousseuses mécaniques, doigts écrasés par les marteaux, bras arrachés par les broyeurs à écorce, fractures provoquées par les poulies…Même en dehors des ateliers mécanisés, le danger subsiste. On cite le cas d’ouvriers morts noyés en tombant dans des fosses mais, le plus souvent, les accidents se limitent à des coupures, surtout chez les écharneurs.Plus grave est le charbon, la plus redoutable maladie professionnelle des tanneurs, qui apparaît à partir de la fin du XIXème siècle, avec l’introduction de peaux exotiques. Elle se manifeste par une pustule maligne qui se développe sur le cou, les lèvres ou les yeux et qui entraîne la mort en l’absence de soins rapides.

 2.22 - Tisseur - Tisserand

Technique du tissageLa théorie du tissage est simple : il s'agit de croiser des fils. Les fils disposés dans le sens de la longueur sont appelés fils de chaine et ceux disposés dans le sens de la largeur, fils de trame. L'ensemble compose le tissu, aussi appelé toile. Les fils de chaine étaient préparés par les fabricants. Le tisserand était chargé de tisser la trame. Pour cela, les fils de chaine étaient tendus entre deux ensouples, la deuxième recevant le tissu fini. Le tisserand devait alors préparer les canettes qui recevaient le fil à tisser. C'est cette canette qui permettait de passer le fil de trame dans un sens puis dans l'autre, entre les fils alternativement soulevés de la chaine, afin de former le tissu. Dans le Nord, la canette est aussi appelée épeule. C'était souvent les enfants qui étaient chargés d'enrouler le fil sur les épeules.La marque de fabriqueInstitué par la loi des finances du 28 avril 1816, la Marque de Fabrique devait être apposée sur toute pièce de tissu terminée. Elle avait pour but de distinguer les tissus fabriqués en France et éviter ainsi la contrebande qui était très tentante étant donnée la proximité de la frontière belge. La marque de fabrique était constituée d'une marque et d'un numéro de fabrication. A défaut, le fabricant devait apposer un numéro d'ordre ainsi qu'un signe distinctif de sa fabrique.Quand la pièce était terminée et marquée, le bureau de mesure apposait un plomb attestant la longueur de la pièce. Appelé bureau du scel, bureau de la manufacture, bureau d'estampillage ou bureau d'aunage, il existait depuis le XVème siècle.

La région fabriqueLa frontière belgeLe Ferrain, La Pévèle et Le Mélantois composent la région fabrique ; c'est-à-dire la zone d'où provenaient les matières textiles servant à la production des fabricants de Roubaix et de Tourcoing. Cette région est très copieusemnt irriguée, ce qui est un atout indispensable pour les travaux textiles : lavage, teinture, etc...L'ensemble de cette région fabrique était déjà très peuplée depuis longtemps. Rien que dans les villes et villages, on compte 100.000 habitants en 1800, pour atteindre 170.000 en 1850. Tourcoing et Roubaix à elles seules totalisent plus de 50.000 habitants en 1850, et la population ne cessera de s'accroître.Les contraintes douanièresLes contraintes douanières commencent à l'époque de la Révolution. La création de fabrique ou d'usine près de la frontière nécessite l'autorisation du préfet et l'avis du directeur des douanes. Après une période floue, le rétablissement de la frontière en 1816 complique la situation. Il est alors défendu de faire tisser dans les communes belges ; "Toutes les communes qui se trouvent dans les deux myria-mètres des frontières de terre sont assujeties au régime des douanes...".L'apparition et la diffusion du métier Jacquard, en 1830, augmente encore les contraintes. La douane fait une distinction entre les métiers Jacquard et les métiers classiques, sans qu'aucune justification ne vienne étayer ce distingo. Le métiers Jacquard sont alors interdits à l'est de Roubaix et Tourcoing et dans la zone frontalière. Ce n'est qu'en 1840 que cette interdiction tombera, avec cependant la restriction suivante : les tisserands ne pouvaient couper la pièce qui était sur le métier qu'en présence des douaniers. Ceux-ci étant évidemment bien moins nombreux que les tisserands, l'attente pouvait durer jusqu'à 2 ou 3 jours, avec le manque à gagner que cela impliquait.L'apparition et la diffusion du métier Jacquard, en 1830, augmente encore les contraintes. La douane fait une distinction entre les métiers Jacquard et les métiers classiques, sans qu'aucune justification ne vienne étayer ce distingo. Le métiers Jacquard sont alors interdits à l'est de Roubaix et Tourcoing et dans la zone frontalière. Ce n'est qu'en 1840 que cette interdiction tombera, avec cependant la restriction suivante : les tisserands ne pouvaient couper la pièce qui était sur le métier qu'en présence des douaniers. Ceux-ci étant évidemment bien moins nombreux que les tisserands, l'attente pouvait durer jusqu'à 2 ou 3 jours, avec le manque à gagner que cela impliquait.

Main d'oeuvre féminineDe tous temps, la main d'oeuvre féminine a toujours été très importante dans le domaine du textile. Dans la région de Saint Amand, on comptait en 1789 plus de 2000 fileuses. Dans cette même région, en 1826, elles représentaient 90% des ouvriers du textile. Cette proportion est surtout valable pour le travail à domicile.Toutefois dans les fabriques, la part des ouvrières pouvait atteindre 50%, voire 70% dans les filatures de lin et de coton. Par exemple à Roubaix en 1852, il y a 22.500 ouvriers employés dans le textile ; parmi eux on trouve 12.000 femmes ou filles.Pour le tisserand à domicile, la vie, bien que totalement différente de celle de l'ouvrier de fabrique, comporte aussi ses contraintes.

Les contraintesL'engagement réciproque est aussi un élément important de ses relations avec le fabricant. Celui-ci était tenu d'informer le tisserand qu'il lui remettait la dernière chaîne à confectionner. Toutefois une chaîne permettant de tisser deux pièces, ce point était souvent source de litige.Quand le tisserand avait terminé sa pièce, il l'apportait au fabricant et renégociait parfois le prix de façon décidé au départ.Le fabricant était tenu au départ de noter la quantité de matière délivrée. Lors de la remise de la pièce, une pesée permettait de comparer. La différence (appelée freinte) était composée pour partie de pertes inévitables dues aux déchets, et aux modifications hygrométriques ; parfois la freinte était aussi la partie de matière prélevée par le tisserand pour son usage personnel.Le fabricant était souvent confronté à la lenteur de travail du tisserand à domicile. Le tissage n'était souvent pour celui-ci qu'une activité d'appoint qu'il délaissait volontiers pour vaquer à d'autres activité plus rémunératrice suivant les saisons. Les retards pour la remise d'une pièce pouvaient alors atteindre plusieurs mois. Certains tisserands travaillaient aussi pour plusieurs fabricants ce qui ne facilitait pas la ponctualité.

La vie du tisserandPériodiquement, à l'aube, le tisserand sort de sa modeste maison dans un des nombreux villages autour de Roubaix ou Tourcoing. Sur sa brouette (outil indispensable duquel viendra le surnom "broutteux"), il va porter au fabricant avec lequel il s'est engagé, la pièce qu'il vient de terminer. A l'époque, nombreux étaient encore les chemins de terre qui traversaient les campagnes. Ce n'est qu'aux abords de la ville que l'artisan trouvera des voies pavées où la brouette sera moins difficile à pousser.En échange de la pièce, le fabricant remet au tisserand sa rémunération. Et le tisserand repart en sens inverse avec la chaîne enroulée sur l'ensouple et la trame nécessaires à la fabrication d'une autre pièce, toujours au moyen de sa brouette.

Le lendemain, pendant que le tisserand prépare le métier en rentrant les fils de chaîne dans les lisses, sa femme ou ses enfants sont chargés de confectionner les épeules (canettes) qui seront placées à l'intérieur de la navette.

Les jours vont alors succéder aux jours ; levé dès l'aube, couché souvent après le soleil, ne s'arrêtant que pour s'alimenter, la journée du tisserand est rythmée par le va et vient de la navette dans le métier.

Le dimanche est le seul jour non travaillé. Le matin est consacré au jardin qui apportera les fruits et les légumes. L'après-midi se passera à l'estaminet entre une bonne bière, une longue pipe et les jeux de l'arrière salle.

L'habitat du tisserandLa maison du tisserand est en générale petite (moins de 50 m2), ne comporte qu'une porte et une fenêtre. Elle n'est souvent composée que de deux pièces :La cuisine avec sa cheminée qui tient lieu de pièce à vivre.L'ouvroir est la partie réservée au tissage où trône le métier ("l'outil"). Cette partie est généralement en terre battue pour maintenir l'humidité nécessaire au fil.

Sous les combles, la soupente sert de chambre pour tous.Que ce soit en ville ou à la campagne, les maisons étaient mitoyennes et alignées le long des chemins ou des rues. Dans les villes, comme à Roubaix, elles étaient parfois organisées autour d'un espace centrale, qu'on appelait cour ; Ces lieux ont pris ensuite le nom de "courée".

Parfois les maisons sont organisées en fonction de la forme du terrain, et on trouve regroupé, la filature, les habitations des tisserands et l'indispensable estaminet (cabaret). Cet ensemble prend alors le nom de "fort"Le règlement d'atelier, souvent écrit par le fabricant, régissait la vie de la fabrique et lui permettait de maintenir l'ordre dans son entreprise. En voila les principales composantes.

Les obligationsL'engagement réciproque est l'élément-clef de ces obligations. La durée en est généralement de 15 jours. Pendant cette période le maître ne peut pas licencier son ouvrier et l'ouvrier ne peut pas quitter la fabrique.

La période d'essai est une pratique très rare, qu'on retrouve parfois lorsqu'il s'agit de travailler sur un métier Jacquard. Dans ce cas, elle durait quelques jours ou bien impliquait la fabrication d'un certain nombre de pièce."tout ouvrier n'ayant jamais travaillé aux jacquarts, quoique tisserand, sera tenu de faire dix pièces sans pouvoir quitter ; sinon il devra payer 10F d'apprentissage". (règlement atelier Dutilleul-Lorthiois - Roncq - 1841)

Le livret d'ouvrier doit être présenté lors de l'entrée dans l'atelier ; il est rendu à l'ouvrier lors de sa sortie. Ce livret constituait un moyen de pression de la part des fabricants ; en cas de conflit avec l'ouvrier, son livret ne lui était pas rendu, empêchant toute embauche postérieure.

Les horairesBien que le règlement se contente souvent d'une formule vague (...suivant l'usage établi en cette ville...), les fabricants sont très stricts sur les horaires de travail.La journée comporte en général 14 heures (y compris les pauses). En été on commence à 5 heures du matin. La pause du midi est de 1 ou 2 heures, complétée par des pauses d'un quart d'heure dans la journée.L'usage de la cloche est généralisé ; il annonce le début et la fin du travail et marque les pauses.

Les retards sont sanctionnés par des amendes et, lorsqu'ils deviennent répétitifs par la remise du livret, c'est-à-dire le renvoi de l'ouvrier. Les absences sont défalquées de la paie.

L'atelier est un espace clos ; les étrangers n'y sont pas admis, et l'ouvrier qui en sort est soumis à une amende. De même l'ouvrier qui est trouvé ailleurs que sur son lieu de travail doit payer une amende.

La moralitéLe vol est sévèrement puni. L'ouvrier qui a volé le fabricant, soit en emmenant du fil, soit en le trompant sur les quantités prises et rendues, se voyait infligé une amende. Dans les cas plus graves il pouvait y avoir plainte déposée par le fabricant."L'ouvrier sera tenu de rendre compte à chaque pièce qu'il rapportera, de la quantité de laine qu'on lui aura délivrée, et le manquant, s'il y en a, sera retenu sur sa pièce. Si ses déchets sont plus considérables qu'aux autres ouvriers, il pourra être renvoyé de suite sans avertissement à cause du préjudice qu'il fait à son maître". (règlement atelier Grimonprez - 1835)

L'ivresse était puni d'une amende et il était interdit d'introduire de l'alcool dans les ateliers.Les jeux et la dissipation impliquaient également une amende. De même il était interdit d'écrire, de barbouiller les murs, de déposer des ordures, de faire des graffitis sur les portes et murs. La présence de main d'oeuvre enfantine explique probablement ces règles.

Les ouvriers coupables d'insultes ou d'insubordination envers le maître ou les contremaîtres risquaient de 2 à 5 ans de prison. D'une manière générale, tout ce qui pouvait amener le trouble dans le bon déroulement du travail était sévèrement réprimé. Le Code pénal abondait dans ce sens : "Toute coalition de la part des ouvriers pour faire cesser en même temps le travail dans un atelier, empêcher de s'y rendre et d'y rester avant ou après de certaines heures, et en général pour suspendre, empêcher, enchérir les travaux, s'il y a eu tentative ou commencement d'exécution, sera punie d'un emprisonnement d'un mois au moins et trois mois au plus. Les chefs ou moteurs seront punis d'un emprisonnement de 2 à 5 ans". (Code pénal Titre Cinq).

Le nettoyage de l'atelier fait partie des tâches imposées par le règlement. Le balayage avait lieu deux fois par jour.

Pour des raisons évidentes de sécurité, il était strictement interdit de fumer dans les ateliers, ni même de se promener avec une pipe, fut-elle éteinte !Les poêles étaient allumés une fois par jour, et il était interdit d'y toucher, pour éviter les risques d'incendies.

 2.23 - Tourneur sur Bois

Le tourneur sur bois est un compagnon spécialisé dans la réalisation de pièces en bois tourné : fuseaux, pieds de chaises, bougeoirs et autres composants de section ronde.L'opération de tournage s'effectue sur tour à bois. La pièce de bois est tenue entre deux pointes ou une pointe et un mandrin dans les tours modernes où l'entrainement se fait maintenant par un moteur électrique.Autrefois l'entrainement se faisait au pied par un système de bielle manivelle actionné par l'ouvrier.A l'aide de gouges et de ciseaux de différentes formes appliquées sur la pièce, l'ouvrier enlève progressivement le bois pour obtenir le profil désiré matérialisé par un gabarit.

 2.24 - Vannier

Brins d’osier, brins d’osier, courbez-vous sous les doigts du vannier ! Paniers en tout genre, vans, bannes, mannes, malles, nasses, nacelles... Des gestes séculaires, un métier du bout des doigts, une production composite et un petit artisan de village lui aussi victime de l’industrialisation.



 3 - Les Paroisses

 3.1 - Cathédrale St Spire à Corbeil

Quand on entre dans la cathédrale, on entre dans le mystère... A travers tant de siècles qui ont marqué leur histoire... Comment l’église se raconte-t-elle ?

Si Saint Spire m’était conté, ça commence par Il était une fois. un comte, le comte d ’Haymon. Fondateur de la première collégiale, en l’honneur des reliques de St Exupère (950). C’est aussi un beau roman, l’art roman du XIème est vivant dans les piliers et chapiteaux du transept.C’est un lieu de création d’architecture toujours renouvelé. ...les bas cotés en plein cintres se marient avec les voûtes gothiques pour la plus belle expression de l’art créateur, l’art expression de la foi en un Dieu Créateur, à travers les âges. Après trois incendies en 1019, 1137, 1141, elle fut reconstruite au XII et XVème siècles. Sa dédicace n’ayant été célébrée qu’en 1437 à la fin de sa restauration. Comme une continuité de l’alliance de Dieu et son peuple. Si le clocher-porche est un peu austère, le chœur plus finement décoré à la manière d’un ciborium dévoile latéralement des chapelles dites royales au-dessus de la sacristie.

L’église dans la ville, l’église dans la vie, d’abbaye en collégiale, de collégiale en église paroissiale, d’église paroissiale en cathédrale, St Spire n’en finit pas de se transformer.Peut-on sentir encore l’étonnante importance de cette abbaye desservie par des chanoines, ayant eu à leur tête en qualité d’abbés du chapitre de St Spire, deux fils du roi Louis VI ?Sait-on, à travers le silence des instants de contemplation, que la réputation scolaire de Corbeil était acquise et que c’est ici que Pierre Abélard, ouvrit une école de dialectique avant d’aller à Paris, à l’époque où l’université n’existait pas encore. Comment ne pas s’arrêter devant ce gisant, très belle sculpture du XIVème, du comte Haymon, fondateur de la collégiale au Xème siècle, signant la convivialité entre les époques. Comment ne pas admirer à travers ce tableau, l’hommage rendu à la mémoire de Saint Spire :il représente l’Evêque (au IVème siècle), chassant le démon d’un possédé. L’auteur est Jean-Baptiste Mauzaisse célèbre artiste né à Corbeil au XVIllème.

Les siècles se donnent la main et enseignent l’histoire. A la manière de Ste Anne faisant lire la Vierge, fresque murale estimée du XVème. Alors la cathédrale se fait plus humaine. Les rythmes du temps ont fait grandir une échelle verticale. Le temps devient un peu éternité... Il ne reste plus qu’à l’orgue de jouer ...Célébrer la gloire du Seigneur avec une partition moderne Ou faire vibrer un Hymne de l’un de ces dix siècles.

 3.2 - Eglise Saint Eustache

L’église Saint-Eustache est une église de Paris. Elle est située dans le 1er arrondissement au cœur du quartier des Halles.

Une construction difficile

Les origines de l'église Saint-Eustache remontent au début du XIIIe siècle. Une chapelle consacrée à sainte Agnès fut le premier édifice construit. Une crypte portant ce nom jouxte encore l'église côté oriental. Cette chapelle serait le don d'un bourgeois de Paris, Jean Alais, qui l'aurait fait bâtir en remerciement du droit que le roi Philippe Auguste lui avait octroyé de prélever un denier sur chaque panier de poisson qui arrivait aux Halles.Dès 1223, Sainte-Agnès fut érigée en paroisse et prit le nom de Saint-Eustache. La raison la plus probable de la nouvelle appellation serait le transfert d'une relique du martyr saint Eustache dans la nouvelle église, relique jusqu'alors détenue par l'abbaye de Saint-Denis. L'église fut plusieurs fois remaniée et agrandie au fur et à mesure de l'accroissement de population du quartier.

Au XIVe siècle, le roi Philippe VI conservait sa protection royale, notamment pour les confréries de la Madeleine qui y assuraient la messe. Juste avant sa mort, en août 1483, Louis XI la confirma par lettres patentes1.

En 1532, il fut enfin décidé de construire une église digne du cœur de Paris. La première pierre de l'édifice actuel fut posée le 19 août de cette même année par Jean de la Barre, prévôt de Paris. Bâtie dans un style gothique en pleine Renaissance, l'église dégage un caractère architectural harmonieux où l'antique des colonnes grecques et romaines côtoie les lignes encore présentes du Moyen Âge.

Sa construction fut ralentie par de fréquentes difficultés de financement. René Benoist, curé de l'église Saint-Eustache en 1569, acquit une telle influence sur les paroissiens qu'il fut surnommé le « Pape des Halles ». En 1578, il fit imprimer une requête afin d'obtenir des secours pour l'achèvement de son église. Commencée en 1532, elle n'avait pu être terminée, et Benoist lui-même n'avait pas encore entrepris de travaux, malgré la « plus grande affluence de peuple qu'en aucune église paroissiale de la France et par aventure de la chrétienté ». La lettre obtint sans doute quelque somme d'argent, car on construisit à cette époque plusieurs piliers de la nef et plusieurs autres fenêtres.

Après maintes interruptions, l'église fut terminée en 1633 et consacrée le 26 avril 1637 par Monseigneur de Gondi, archevêque de Paris.

L'ancienne façade occidentale de Saint-Eustache, dont les tours étaient restées inachevées, fut fragilisée par la construction de deux chapelles commandées en 1665 par Colbert. Le sous-œuvre devant être repris, il fut décidé de la rebâtir. Un nouveau projet fut dessiné par Louis Le Vau dont Colbert devait assurer le financement.

Ce ne fut pourtant que le 22 mai 1754 que le duc de Chartres en posa la première pierre. Jean Hardouin-Mansart de Jouy en devenait l'architecte. Sa construction traîna en longueur par manque de moyen, et le projet initial, qui comprenait deux tours à deux étages reliées entre elles par une galerie, se vit transformé par le lourd fronton qui écrase la façade.

L'architecte Moreau en termina l'exécution. La tour de droite resta encore inachevée comme cela se voit aujourd'hui.

L'église, déjà grande, aurait probablement atteint une taille et une hauteur impressionnantes si les difficultés rencontrées à son élaboration avaient été moins nombreuses.

 3.3 - Eglise Saint-Jacques-de-la-Boucherie

L’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie est une ancienne église de Paris fondée au XIIe siècle. Elle se tenait au cœur du quartier de la Grande Boucherie, qui lui donna son nom en 1259 pour la différencier de l’église Saint-Jacques-du-Haut-Pas sur la rive gauche. Elle est citée par la Chronique de Turpin comme ayant été fondée par Charlemagne, ce que les historiens n’ont jamais pu confirmer. Elle possédait plusieurs reliques de saint Jacques le Majeur et était un lieu de pèlerinage. En 1406, Charles VI autorisa les bouchers à fonder dans leur chapelle au sein de l’église, une confrérie en l’honneur de la nativité du Christ. Elle fut consacrée par l’évêque de Turin le 24 mars 1414.

Elle fut agrandie au XIVe et au XVIe siècle. En 1509 débuta la construction d’un nouveau clocher dans le style gothique dit flamboyant, qui s’acheva en 1522. Elle fut, jusqu’en 1762, un lieu très fréquent de sépulture, avant que les corps des défunts ne soient enterrés dans le proche cimetière des Innocents. Y ont été enterrés entre autres Nicolas Flamel, Jean Fernel et Louis de Marillac.

Fermée au culte durant la Révolution française, elle accueillit les réunions de la section révolutionnaire des Lombards. Vendue comme bien national en 1797, elle fut démontée et il fut fait commerce de ses pierres. Seul le clocher fut épargné.

En 1836, la ville de Paris fit l’acquisition du clocher subsistant, isolé et abandonné, qui devint, au XIXe siècle, la tour Saint-Jacques, ornement d’un des premiers jardins publics parisiens.

En 2007, la ville de Paris en concertation avec la Conservation régionale des Monuments historiques a entrepris une restauration complète de la Tour.

 3.4 - Paroisse des Saints Innocents à Paris

Paris (Ier arrondissement)Démolie en 1785, cette ancienne église paroissiale (XIIIe au XVIIIe siècle), qui n'avait rien de remarquable, était à l'angle Nord-Est de la rue aux Fers, le chevet sur la rues Saint-Denis, l'entrée se trouvait dans un vaste cimetière (aujourd'hui square et rue des Innocents), qui remontait peut-être à l'époque romaine, et qui finit par servir à dix-sept paroises et trois hôpitaux, dont l'Hôtel-Dieu : le Cimetière des Saints Innocents. Plusieurs historiens, parmi lesquels nous citons Dubreuil et Malingre, prétendent que la fondation de cette église est due à Philippe-Auguste, « qui employa pour sa construction une partie de l'argent qu'il tira de la vente des biens confisqués sur les Juifs. Le roi voulait y placer le corps de saint Richard, qui avait souffert le martyre à Pontoise. »

Mais plusieurs diplômes des années 1159 et 1178, mentionnant expressément cette église, cette fondation remonterait au règne de Louis-le-Jeune, qui avait, disent les chroniqueurs, une dévotion particulière pour les Saints-Innocents, ou comme il les désignait, pour les saints de Bethléem. Si Philippe-Auguste n'est pas le fondateur de cette église, il est certain du moins qu'il la fit rebâtir ou agrandir, et qu'il employa effectivement à cette destination une partie des biens qu'il avait volés aux Juifs.

Le corps de saint Richard y fut inhumé peu d'années après cette reconstruction. Ces reliques étaient en si grande vénération dans le Moyen-âge, que les Anglais, devenus maîtres de Paris (La Guerre de Cent Ans), firent exhumer le corps du saint, le transportèrent dans leur île, ne laissant que la tête dans cette église. Les bâtiments furent réparés à diverses époques, comme semblaient l'indiquer les différences très apparentes de ses parties. Ce fut après une de ces réparations, qu'en 1445, Denis Dumoulin, évêque de Paris, en fit la dédicace.

L'histoire nous apprend que Louis XI portait un intérêt tout particulier à l'église des Innocents. Il fit don à la fabrique de plusieurs droits de voirie, dont le produit servit à l'entretien de six enfants de choeur. Ce qu'on retira de ces droits, ainsi que de la location de plusieurs échoppes dans la rue de la Ferronnerie, se trouva excéder la somme nécessaire à cette fondation; le surplus fut employé à établir et entretenir une musique qui se fit entendre jusqu'à la démolition de l'église.

 3.5 - Saint Leu Saint Gilles à Paris

92, rue Saint Denis - 75001 Paris - L’histoire d’une église, ce n’est pas uniquement l’histoire des pierres qui la composent mais l’histoire de toute une tradition de foi, l’histoire de toute une assemblée de chrétiens qui, depuis plusieurs siècles, se sont battus pour témoigner de leur foi dans ce quartier.Sans eux nous ne serions pas ici aujourd’hui ! Cela me semble donc important de connaître ces paroissiens d’hier qui, avec tout ce qu’ils ont laissé, nous donnent un témoignage de foi dont nous essayons, d’une façon ou d’une autre, d’assurer la continuité aujourd’hui.Pour plus de clarté, cet exposé essayera de respecter la chronologie, mais je rajouterai quelques apartés sur des événements qui me semblent particulièrement significatifs pour nous aujourd’hui.En fait, plusieurs historiques de notre église sont possibles. Toutes les thèses dont j’ai eu connaissance ne concordent pas : ce que je vais dire provient à la fois de ce que j’ai trouvé sur l’histoire de l’église et l’histoire du quartier, relevées dans les différentes archives qui viennent de l’église.

La rue Saint Denis

Nous sommes ici dans la rue Saint Denis, ancienne voie royale, qu’empruntaient les cortèges lors de l’entrée solennelle des rois dans Paris après leur couronnement, ou lors des enterrements des rois de France en la Basilique de Saint Denis.Tout au long de cette voie, se sont édifiées, au cours des siècles, bon nombre d’églises : il fut un temps, en effet, à l’époque médiévale, où en longeant les deux grandes artères du Paris de l’époque, les deux rues parallèles Saint Denis et Saint Martin, on ne pouvait pas faire cent pas entre les maisons serrées, sous les auvents et les enseignes des marchands, sans rencontrer quelque édifice religieux, pignon d’hôpital ou portail d’église.Dans les environs se trouvaient la Chapelle du Châtelet, l’Hôpital Sainte Catherine, l'église Sainte Opportune, l’Eglise Saint Josse, la Collégiale du Sépulcre, la Chapelle Saint Michard à côté du Cimetière des Innocents, le Monastère de Saint Magloire, Saint Jacques de la Boucherie, Saint Julien des Ménestrels, l’Abbaye de Saint Martin, l’Hôpital Saint Jacques (en face de Saint Leu), l’Eglise Saint Sauveur, le Couvent des Filles Dieu… et j’en oublie sûrement !De tous ces édifices, l’un des seuls qui reste à ce jour est notre église.Connaître son histoire est donc particulièrement important pour pouvoir imaginer toute la vie du quartier qui nous entoure car son histoire est un témoignage de ce que fut la vie d’une petite paroisse, la plus petite et la plus pauvre de Paris qui, à travers toutes les vicissitudes (démolitions, ventes, menaces de fermeture définitive, etc…) qu’elle subit sous la Révolution, sous la Commune ou encore au début de ce siècle, su rester fidèle à elle-même, fidèle au quartier qui l’entoure et duquel elle continue aujourd’hui à dépendre étroitement.

L'origine de l'église (Elle remonte au XIII ème siècle).

Il y avait alors entre les numéros 84 et 92 de la rue St Denis, une abbaye, l’Abbaye Saint Magloire, qui était occupée par des Bénédictins. De nombreuses personnes s’étaient installées dans les environs de l’Abbaye pour y travailler la terre.Pour répondre aux besoins de ses fidèles, regroupés dans le bourg dit " Bourg l’Abbé " (d’où la rue du même nom), fut construite en 1235 une petite chapelle dédiée à Saint Gilles.Le quartier s’est, ensuite, beaucoup développé avec l’implantation de nombreux artisans qui se groupèrent dans des rues avoisinantes portant le nom de leur métier (rue de la Ferronnerie, de la Cordonnerie, de la Chanvrerie, de la Lingerie…). La Chapelle devenait trop petite et menaçait de tomber en ruine.De plus l’assistance de plus en plus nombreuse faisait du bruit pendant les offices et gênait les moines !Parallèlement, s’édifiaient tous les édifices religieux que je vous ai cités (Hôpital de la Trinité, l’Hôpital et l’Eglise du Saint Sépulcre en 1326 et, surtout, l’Hôpital Saint Jacques destiné aux pèlerins partant pour Saint Jacques de Compostelle (Saint Ignace de Loyola y a longtemps prodigué des soins aux malades et rien n’empêche de penser qu’il devait parfois traverser la rue pour venir prier à Saint Leu).L’importance de la population du quartier au début du XIVème siècle et la petitesse de la Chapelle Saint Gilles, rendirent nécessaire la construction d’une église plus adaptée : on édifia donc, en 1319, et à l’emplacement de la nef actuelle une église qui prit le nom de Saint Leu -Saint Gilles.Saint Gilles, a vécu en Provence comme ermite, au VIIème siècle ; il était connu par la légende pour avoir été nourri par une biche qu’il avait sauvée des chasseurs.Saint Leu,(ou Saint Loup) évêque de Sens au VIème siècle, protecteur des enfants, est un saint dont les nombreux miracles ont fait qu’il était l’usage, dans plusieurs familles de Paris et des environs, de porter à St Leu ou de recommander les enfants nouveau-nés. Aussi bien les rois et les nobles de France que les artisans et ouvriers de ce quartier, recouraient à sa protection.Il se trouve que ces deux saints étaient célébrés le même jour, le premier dimanche de Septembre et que, depuis l’origine de cette église (1319), ils furent tous deux ses protecteurs.A ces deux patrons que nous connaissons, il faut ajouter une troisième, Sainte Cordule. J’ai en effet, retrouvé dans certains documents, la trace de cette sainte peu connue qui semble avoir été (mais à quelle époque ?) le troisième patron de notre église. Sa fête se célébrait le dimanche qui suivait le 21 octobre.Sainte Cordule est née en Grande Bretagne vers le V ème siècle. Une persécution menaçant " sa foi et sa virginité ", elle s’embarqua avec quelques compagnes à la suite de Saint Ursule, leur Supérieure, pour Cologne où elles moururent vierges et martyres.

La période prérévolutionnaire

L’église Saint Leu Saint Gilles prit régulièrement part aux grandes manifestations de la rue Saint Denis, à savoir entre autres les entrées et obsèques des Rois et Reines de France.Elle participa également aux processions solennelles qui eurent lieu lors du départ de Saint Louis en Croisade en 1248, ainsi que lors du retour du corps de Saint Louis.

Les Chevaliers du Saint Sépulcre

En 1325, les membres d’une confrérie, les Chevaliers du Saint Sépulcre, bâtirent rue Saint Denis une église à laquelle ils donnèrent le nom de Saint Sépulcre. Cette confrérie réunissait des chevaliers qui avaient été au cours des Croisades, armés sur le tombeau du Christ en Palestine, ainsi que de nombreux pèlerins allant en Terre Sainte.En 1780, leur église ayant été détruite (et remplacée par une maison de commerce " la Cour Batave "), ils choisirent pour église capitulaire l’église Saint Leu (à 200 mètres de leur église) : une crypte fut aménagée sous le chœur par eux, pour leur permettre d’y tenir chapitre et d’y célébrer des offices. Ils y déposèrent un gisant et quelques tableaux provenant de leur ancienne église.A partir de 1828, et surtout après la Révolution de 1830, les Chevaliers se dispersèrent. Ce n’est que 100 ans plus tard, presque jour pour jour, qu’ils réintégrèrent solennellement leur église capitulaire de Saint Leu -Saint Gilles sur la demande du Chanoine Panel, le curé d’alors.

Mais revenons à l’époque prérévolutionnaire...L’accroissement progressif du quartier entraînant un important essor de l’église, le premier registre d’état civil y fut créé en 1533.Il y avait une œuvre philanthropique appelée Fabrique de Saint Leu, dont les membres nommés marguilliers (étymologiquement " garde rôle ") assumaient beaucoup de responsabilités quant aux décisions à prendre concernant aussi bien les questions culturelles, que l’entretien de l’église (aménagement, ornementation…) que la gestion financière de bon nombre d’œuvres sociales : on sait ainsi, par les archives, que la Fabrique de Saint Leu versait des pensions à des vieillards, distribuait du lait à des nourrices, fournissait du linge aux sœurs pour les soins aux malades, finançait des mises en apprentissage pour des enfants, distribuait du pain, de la viande, des médicaments aux plus nécessiteux de la paroisse etc.…Parallèlement à tout cela, l’église connut également des scandales de différents ordres. L’un d'eux était lié à une troupe de théâtre installée dans le quartier et qui avait mauvaise réputation. La plupart furent cependant liés aux querelles théologiques et aux guerres de religions de l’époque. Entre 1612 et 1762, plusieurs de ses curés furent arrêtés et interdits de fonctions ecclésiastiques pour avoir émis des théories théologiques jugées hérétiques, ou pour avoir refusé d’administrer des sacrements.

La Révolution Française

La loi du 4 février 1791 divise Paris en 33 paroisses au lieu des 52 existant auparavant. Saint Leu fait partie des nouvelles paroisses. Les prêtres sont élus et doivent prêter serment.En 1793 on y enlève tous les signes de royauté ou de féodalité : suppression des épitaphes, des mausolées, des fleurs de lys du clocher, des armoiries ainsi que deux cloches, car les églises n’étaient plus autorisées à en avoir plus d’une !Le Comité Révolutionnaire des Lombards décide la fermeture de Saint Leu le 24 Brumaire. L’église est alors transformée en dépôt pour les réserves de salaisons des charcutiers de la section des Lombards, ce qui laisse imaginer les ravages que dû provoquer l’humidité sur les pierres et les piliers de l’église.L’église fut ensuite louée et vendue à plusieurs reprises malgré les vigoureuses interventions de son curé d’alors, l’Abbé MOREL, qui en mourut de chagrin, et ruiné pour avoir essayé, en la louant, de garder l’église au culte catholique.

Napoléon et le Concordat

La paix religieuse ne reviendra qu’avec le Concordat en 1801, mais à Saint Leu la restauration fut plus longue à cause des loyers exorbitants qui étaient demandés aux curés pour y assurer leurs fonctions ecclésiastiques.En 1811, ces mêmes problèmes financiers font qu’elle menace d’être supprimée et Saint Leu n’a pu être conservée que grâce aux interventions de son curé, l’Abbé MARTINET, qui alla plaider la cause de notre église auprès de l’Empereur Napoléon 1er.

Un temps d'accalmie et de nouveau la tourmente...

L’église connut alors une période de quelques années un peu plus calmes, marquée surtout par les réparations des dommages entraînés par la Révolution et par la translation des reliques de Sainte Hélène à Saint Leu par les Chevaliers de l'Ordre du Saint Sépulcre de Jérusalem le 29 novembre 1819. Ces reliques, vénérées autrefois à l’abbaye d’Hauvilliers près d’Epernay, furent ramenées par les Chevaliers à Saint Leu, et placées dans un reliquaire au départ dans la crypte, puis en 1823 au-dessus du maître autel, avant d’être à nouveau, il y a quelques années, placées à nouveau à leur emplacement actuel dans la crypte.Cette période de paix fut de courte durée puisqu’en 1830 la rue Saint Denis fut remplie de barricades et connut de violentes émeutes : l’église Saint Leu, située au beau milieu de la bataille, permit d’y soigner de nombreux blessés.Les échoppes qui entouraient le portail de Saint Leu furent démolies en 1845. Le portail fut complètement remis à neuf en 1848, cependant que lors de la Révolution de 1848, l’église fut envahie plusieurs jours par un corps de gardes qui y causa de nombreux dommages.Mais les mutilation les plus importantes furent, sans nul doute, causées quelques années plus tard par le percement du Boulevard Sébastopol qui, en rabotant le chevet de l’église de près de cinq mètres, supprima trois chapelles. En contrepartie fut édifiée par BALTARD la grande salle adjacente à l’église, pour servir de chapelle de la Vierge.Ce même Baltard fit également d’importants travaux de restauration, qui permirent entre autres d’accueillir en 1868 les grandes orgues, faites par CLICQUOT (dont une partie fut classée monument historique en 1968)

Pendant la Commune (1871)

L’église est à nouveau fermée, son curé, l’Abbé LARTIGUE, est arrêté. Il ne fut relâché que plusieurs mois après, comme en témoigne la plaque commémorative que l’on peut encore voir aujourd’hui dans l’église.Pendant la Commune, l’église fut de nombreuses fois profanée, et subit même un bombardement volontaire à l’intérieur même de l’église, ce qui provoqua un véritable carnage de toutes les statues qui s’y trouvaient.

La séparation de l'Eglise et de l'Etat

Nous arrivons ensuite au début du XXème siècle : 1905 est marquée par la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et la suppression des Marguilliers qui composaient le Conseil de Fabrique (devenu ensuite Conseil Paroissial… puis Conseil de Communauté et actuel Conseil Pastoral).La ville de Paris récupéra tous les locaux attenant aux églises et, à nouveau, faute de moyens suffisants, l’église ne pus garder le grand presbytère dont elle disposait - cet immeuble fut successivement occupé par un musée d’hygiène, le service du Logement de Ville de Paris, le service de liquidation des dommages causés par l’occupation allemande, le service du bois, puis celui du charbon et en 1950 par un centre pour les colonies de vacances.

Les religieuses de Saint Leu

En 1921, les sœurs qui étaient depuis de nombreuses années attachées à l’église et qui avaient un appartement rue aux Ours, durent partir.Il n’est peut être pas inutile pour nous de s’attarder quelques instants sur l’histoire de ces religieuses qui, entre 1873 et 1921 ont été liées à la vie de Saint Leu.L’Abbé LARGENTIER, curé de Saint Leu de 1873 à 1833, avait fondé la Congrégation des Sœurs Auxiliatrices de l’Immaculée Conception. Ces religieuses secondaient efficacement le curé de la paroisse auprès des malades, des pauvres, des enfants… et avaient en charge un certain nombre d’œuvres paroissiales.Les premières, à la fin du XIXème siècle, logeaient dans un petit appartement proche de la paroisse (rue aux Ours). D’autres leur ont succédé jusqu’en 1921 ; après quoi, alors que la Congrégation prospérait, trois d’entre elles se sont installées, grâce à l’Abbé TOURNADE, dans la maison des œuvres de la paroisse qu’il avait créée vers les années 1934, 11 rue Tiquetonne.En 1938, la Congrégation manquant de "recrues" fut obligée de supprimer ses communautés les moins importantes en nombre dont celle de Saint Leu, ce qui souleva alors une vague de protestations de la part des paroissiens qui, avec force protestations, lettres et pétitions à l'Archevêque de PARIS obtinrent, non pas comme ils le voulaient au départ de garder " leurs" sœurs, mais que leur soient envoyées trois autres sœurs, cette fois-ci de la Congrégation de Sainte Marie de la Présentation qui vinrent continuer à accomplir les tâches de celles qui les avaient précédées.Ceci pour montrer que pendant de longues années, des religieuses se sont succédées ici, toujours en petit nombre, logeant toujours dans un petit appartement proche de la paroisse, avec très peu de moyens matériels et toujours très appréciées et du curé et des paroissiens ainsi qu'en témoignent des lettres et des articles que j'ai pu trouver dans les archives.Les années 1920 - 1930

Mais revenons aux années 1920-1930 qui furent marquées de nombreuses réalisations, essentiellement dues à son curé d'alors, l'Abbé PANEL.L'éclairage électrique est installé en 1923. L'Abbé PANEL fonde la Confrérie de la Sainte Croix qui, sous le patronage de Sainte Hélène, organisa de nombreuses fêtes et cérémonies religieuses. En 1926, il fit placer le Christ en croix, grandeur nature, sculpté par CORDONNIER et le mit dans la chapelle latérale où l'on peut toujours l'admirer aujourd'hui.C'est encore lui qui s'efforce de faire revenir les Chevaliers du Saint Sépulcre de Jérusalem : leur réintégration à Saint Leu fut solennellement célébrée en octobre 1928, sous la présidence de Monseigneur DUBOIS Archevêque de PARIS. (une plaque en témoigne dans l'église).En 1930 fut créé le Comité des Amis de Saint Leu - Saint Gilles, les membres fondateurs portent des noms célèbres, la Duchesse de Vendôme, le Maréchal LYAUTEY, Pierre TAITTINGER, Madame Maurice BARRES... Groupés en association loi 1901, tous ces membres s'efforçaient de réunir les moyens financiers nécessaires à la restructuration et à l'entretien de l'église.En 1935, on fête le 7ème centenaire de l'église Saint Leu - Saint Gilles : ce fut l'occasion de grandes manifestations solennelles, présidées par Monseigneur VERDIER, Archevêque de Paris, dont s'est largement fait l'écho la presse parisienne d'alors.A partir de 1935 fut aussi créé un bulletin paroissial dont nous avons conservé de nombreux numéros des années 1935 à 1939, et où nous avons trouvé beaucoup d'éléments concernant la vie de la paroisse à cette époque.Survient ensuite la guerre, et je ne sais pour quelles raisons, nous n'avons plus d'archives pour les 25 années qui ont suivi. Il faudrait interviewer des habitants du quartier et peut-être interroger Saint Eustache car il semble que peu à peu la vie paroissiale, pourtant dense avant la guerre, se soit peu à peu amenuisée sans toutefois jamais s'éteindre complètement.

L'époque actuelle

La vie a repris avec l'arrivée de notre communauté en 1975-1976: une communauté d’élection, composée de prêtres, de religieuses dominicaines et de laïcs. Certains de ceux-ci vivent dans le quartier, d’autres viennent de différents lieux de Paris et de la banlieue.La communauté est née avec le désir de l’archevêque de Paris, Mgr Marty, à l’époque, de témoigner d’une présence chrétienne dans ce quartier, lieu de passage entre ce qui allait devenir le Forum des Halles et le centre Georges Pompidou.Dès le départ, l’accent est mis sur la prière, la vie fraternelle, une disponibilité et un accueil à l’égard du quartier et de ceux qui y passent.Depuis le mois de mai 2001, s’ajoute à cette mission celle confiée par le Diocèse, d’un nouveau territoire paroissial ayant pour axe central, la rue Saint-Denis.Il ne m’appartient pas de faire l’histoire de ces dernières années.Je voudrais, en guise de conclusion souligner deux choses :Premièrement, le fait que la vie de notre église a toujours été le reflet de la vie du quartier qui l'entoure, et de la vie même de Paris. C'est probablement le cas de l'histoire de toute église (encore plus que tout autre édifice), mais c'est encore plus visible pour celle de Saint Leu, peut-être parce qu'elle est située au centre de Paris, peut-être aussi parce que les paroissiens ont toujours voulu êtres proches de ce qui se vivait aussi en dehors de ses murs. Cette non coupure entre l'intérieur et l'extérieur de l'église, se poursuit aujourd’hui à travers l’accueil, et la prière dans la rue.Deuxièmement, l’importance des laïcs qui ont fortement imprégné la vie de la paroisse, que ce soit le Conseil de Fabrique, en tant que " garde rôle ", le Comité des Amis de Saint Leu en 1930, les sœurs vivant en appartement à proximité….Malgré le fait que Saint Leu ait toujours été la paroisse la plus pauvre et la plus petite de Paris, malgré toutes les vicissitudes qu’elle a traversées au cours des siècles, elle est toujours là.C’est pour moi le signe qu’au-delà des faits historiques, au-delà des parchemins, au-delà des pierres qui composent l'église, il y a non seulement la présence invisible de tous ces milliers de chrétiens qui, avant nous, ont essayé de témoigner leur foi, mais également et surtout la présence de Dieu qui se manifeste à travers tout cela.

 3.6 - Paroisse Saint Pierre - Saint Paul à Gonesse

L'édifice est classé au titre des monuments historiques par liste de 18621, avec quatre autres édifices sur le territoire de l'actuel département du Val-d'Oise. Six ayant été classés par liste de 1840, l'église Saint-Pierre-Saint-Paul est ainsi parmi les onze premiers monuments historiques du Val-d'Oise.

Avant la Révolution française, l'église Saint-Pierre-Saint-Paul était l'une de deux églises paroissiales de Gonesse. L'autre était dédiée à Saint-Nicolas et avait été fondée à la fin du XIIIe siècle et consacrée en 1352. Presque entièrement reconstruite au XVIe siècle, elle avait conservé un bas-côté d'origine, et son clocher n'avait été édifié qu'en 1732, ce qui n'a pas empêche la destruction totale de l'église en 1793. Gonesse faisait partie de l'archidiocèse de Paris et du doyenné de Montmorency ; la cure de Saint-Pierre-Saint-Paul étant placée sous le patronage du prieur de Deuil-la-Barre. Ce dernier dépend quant à lui de l'abbaye de Saint-Florent le Vieil en Anjou.Aucun document témoignant de la date exacte de construction de l'église n'existe, mais son analyse stylistique permet de situer le début de sa construction au commencement du XIIIe siècle. Ce n'est toutefois pas la première église en cet endroit, puisque la base du clocher remonte au XIIe siècle2. Les archives de l'abbaye Saint-Denis mentionnent une église Saint-Pierre de Gonesse depuis l'époque mérovingienne. Le vocable de Saint-Paul n'a été ajouté que beaucoup plus tardivement3.

En 1785, l'église Saint-Pierre-Saint-Paul acquiert une certaine célébrité dans la région suite à un miracle ayant eu lieu sur le parvis de l'église, devant la statue de saint Pierre ornant le portail principal. Le jeune Nicolas Baffart, âgé de seize ans et paralysé depuis trois ans, peut subitement remarcher. Deux médecins attestent cette guérison inexpliquée. Un véritable culte populaire se développe, avec un afflux d'handicapés, dont un certain nombre se défait de ses béquilles qui sont accrochées au-dessus de la statue. Du fait des troubles de la Révolution française, l'attestation par l'archevêque n'aboutit pas. Le culte continue encore un certain temps après la Révolution, parfois sans présence de prêtre, avant qu'il ne soit définitivement interdit4.

La datation des différentes parties de l'église d'après l'Inventaire général du patrimoine culturel est la suivante : base et premier étage du clocher milieu du XIIe siècle ; chœur et déambulatoire entre 1200 et 1206, y compris la tourelle d'escalier au nord ; puis interruption des travaux pendant la construction de l'hôtel-Dieu devant le chevet de l'église ; nef et bas-côté nord à partir de 1245 ; bas-côté sud, segment central de la façade occidentale et second étage du clocher pendant la seconde moitié du XIIIe siècle, tout comme l'annexe d'une travée et sa tourelle d'escalier au sud du clocher ; sacristie pendant le XVIIIe siècle. Dominique Foussard arrive aux mêmes conclusions, sauf qu'il situe le début des travaux pour le chœur et le déambulatoire autour de 1180. Les piliers du chœur ont été consolidés vers 1730, et la partie haute de la façade occidentale ainsi que le côté nord du chœur et du déambulatoire ont été remaniés dans le goût de l'époque au cours du XVIIIe siècle. La flèche du clocher date vraisemblablement de la première moitié du XIXe siècle, et les façades occidentale et méridionale ont été partiellement restaurées pendant le dernier quart du XIXe siècle. Le chauffage a été installé en 1899, et la façade occidentale et le clocher ont été restaurés pendant le second quart du XXe siècle sous la direction de J. Formigé5,3.

La statue de Saint Nicolas est flanqué du cuvier de la légende, où figurent les trois clergeons. La chape est de style Empire. La statue est offerte à la paroisse en 1839 par N. E. Dechard avec son pendant, saint Jacques.



 4 - Les guerres

 4.1 - Le combat pour SAILLY – SAILLISEL

Le 6 octobre se déclencha l'offensive sur Sailly Saillisel.

Pour approcher du village, il fallait enlever les tranchées de Carlsbad, de Terplitz et de Berlin, ainsi que les ouvrages de défense : forteresses et nids de mitrailleuses de la lisière du bois de Saint-Pierre-Waast et fortifications dénommées Ouvrages Tripot, aux abords ouest du château de Sailly-Saillisel. Cela représentait une avance d'au moins 1200 mètres.Le 150e régiment d'infanterie et le 161e attaquèrent en face du village, ayant à leur droite le 154e régiment d'infanterie et le 135e et, à leur gauche, les Anglais. Les chasseurs de Messimy attaquaient sur le bois de Saint-Pierre-Waast.

L'assaut fut donné à 14 heures, sur un front de vingt-cinq kilomètres, par un temps gris, froid et sec. Une heure plus tard, la plupart des objectifs étaient atteints et certains même dépassés.

Nous couronnions alors les pentes ouest de la croupe de Sailly-Saillisel; nous tenions toute la route de Bapaume, à deux cents mètres environ au sud de l'entrée du village et nous bordions les lisières ouest et sud-ouest du bois de Saint Pierre Waast, d'où nos lignes se dirigeaient ensuite vers l'Epine-de-Malassise et la cote 130, au sud est de Bouchavesnes, face au Mont-Saint-Quentin.

Le château de Sailly tomba presque aussitôt en notre pouvoir et constitua, pour nous, un sérieux point d'appui.

Une semaine s'écoula, que nos troupes mirent à profit pour consolider leurs positions, en dépit des contre-attaques fréquentes et acharnées qu'elles eurent à repousser.

Dans la nuit du 15 au 16 octobrela 6e compagnie du 150e régiment d'infanterie (4e division) pénétra dans Sailly-Saillisel ou, jusqu'alors, des patrouilles avaient pu, seules, s'aventurer. Les maisons en bordure de la route de Bapaume furent occupées jusqu'au carrefour central.

Ce fut la guerre de rues. On se battait de maison à maison, de grange a grange, a la grenade. Chaque pan de mur était un refuge. Chaque soupirail abritait une mitrailleuse qui balayait la rue. Centimètre par centimètre, pierre par pierre, il fallut conquérir le village que l'ennemi défendait âprement.

Il faut savoir que Sailly-Saillisel est juché sur un plateau éminent et que cette position commande les retranchements du bois de Saint Pierre Waast et domine Le Transloy. Sa possession était donc de prime importance.

Le 18 octobreToute la partie est du village tombait entre les mains du 9ème zouaves et du 150e régiment d'infanterie, qui avaient relevé la 4e division, et l'ennemi était chassé des croupes au nord-ouest et au nord-est. Nous occupions l'importante tranchée de Batack (8e bataillon de chasseurs)

Malgré les contre-attaques, nous conservions et consolidions ces positions. Ce succès fut réalisé en un quart d'heure, entre 11h45 et midi, contre trois divisions bavaroises

Ce fut la notre dernier succès marquant dans cette région. Nous avançâmes un peu par la suite, mais nous reperdîmes le terrain gagné.

Nous tenions Sailly-Saillisel, mais nous n'occupions pas Saillisel, le hameau jumeau.

De même, nous n'avions pas pris le bois de Saint Pierre Vaast, et les combats livrés le furent aux lisières.

Nous tentâmes, maintes fois, d'avancer sous bois. Nous réussîmes à prendre un, deux, trois éléments de tranchées : chaque fois, nous dûmes les évacuer et revenir dans nos abris avec des pertes considérables. Les chasseurs des 8e et 16e bataillons savent ce que ces escarmouches leur coûtèrent.

Cependant les contre-attaques allemandes se succédaient sans répit, puissantes autant que fréquentes. Nous réussîmes, néanmoins, à élargir nos gains.

Le 22 octobreNous enlevâmes dans sa totalité la croupe 128 où nous avions pris pied le 18, et qui se trouve au nord-ouest de Sailly-Saillisel.

Une semaine plus tard, le 29 octobreNous conquerrions un système de tranchées au nord-ouest de Sailly-Saillisel et nous progressions quelque peu vers Saillisel, chassant les Allemands du dernier îlot de trois ou quatre maisons qu'ils tenaient encore.

Le lendemain, 30 octobreAprès avoir résisté à de furieuses contre-attaques, la 42e division d'infanterie s'emparait d'un système de « stollen » à la lisière ouest du bois de Saint- Pierre-Waast.

Pendant les jours qui suivirent, il n'y eut que des coups de mains, des reconnaissances de patrouilles.

Enfin, le 4 novembreLa 4e division d'infanterie remontait en ligne pour attaquer. Ce fut un succès et nous prenions pied dans Saillisel, qu'à l'arrière on croyait généralement en notre possession depuis le 18 octobre.

La division Lecomte s'empara, ce jour-la, de la majeure partie du hameau, en même temps que nous enlevions trois tranchées à la corne nord du bois de Saint Pierre Vaast, ainsi que toute la ligne des positions à la lisière sud-ouest. Ces combats furent acharnés et particulièrement meurtriers. Nous voulions pénétrer dans le bois, nous devions avancer coûte que coûte.

Et nous n'avançâmes que bien peu, et nous ne conservâmes point cette avance momentanée, car entre le 4 et le 10 novembre, les Allemands réussirent à nous ramener à nos lignes du 18 octobre et même à reprendre une partie de Sailly Saillisel.

Les contre-attaques des 4e et 42e divisions d'infanterie, auxquelles avaient été adjoints des zouaves (9e régiment de marche), permirent de reconquérir la majeure partie du terrain perdu.Le 10 novembre, nos lignes étaient de nouveau aux lisières nord-est et sud-est du village.

Puis, le 11 novembre, poursuivant cet effort, nous fîmes quelques progrès au nord de Saillisel et dans la partie est du village.

Le 12 novembre, enfin, Saillisel tombait entièrement au pouvoir du 15e régiment d'infanterie, qui avait à sa droite le 161e. La 40e division descendit au repos.

Le 14 novembre, l'ennemi nous chassait de nouveau de Saillisel ainsi que des points que nous tenions à la corne nord et à la lisière ouest du bois de Saint-Pierre-Waast.

Nos lignes, de nouveau, redevenaient ce qu'elles étaient le 18 octobre.

Près d'un mois avait passé en efforts stériles et coûteux !

Le 32° Corps d'Armée fut enfin relevé et quitta le secteur pour aller au grand repos dans le Tardenois.

Le secteur de Sailly-Saillisel retrouva le calme, et le communiqué cessa bientôt de le mentionner.

 4.2 - Campagne d'Italie (1859)

La campagne d'Italie de 1859, aussi appelée guerre d'Italie de 1859, correspondant à la deuxième guerre d'indépendance italienne, voit s’affronter l’armée franco-piémontaise et celle de l’empire d'Autriche. Sa conclusion permet la réunion de la Lombardie au royaume de Sardaigne et pose la base de la constitution du royaume d’Italie.Le contexteCamillo Benso comte di Cavour, premier ministre du royaume de Sardaigne depuis 1852 se rapproche de la France et de l’Angleterre afin d’obtenir une place parmi les puissances européennes les plus progressistes. Dans cette perspective, en 1855, il envoie un corps de bersaglieri en Crimée au côté de la France, de la Grande-Bretagne et de la Turquie ce qui lui permet de s’asseoir à la table des négociations du congrès de Paris en 1856 et de nouer des premiers contacts avec Napoléon III.

C’est ainsi qu’en juillet 1858, à Plombières, Cavour et l'Empereur signent un traité secret (les accords de Plombières) par lequel la France s’engage à intervenir au côté du royaume de Sardaigne dans le cas d’une attaque autrichienne. Contrepartie de cette aide, en cas d’annexion au Piémont de la Lombardie, de la Venetie, de certains domaines de Venise sur la côte orientale de l'Adriatique et de Bologne, la Savoie et Nice seront cédées à la France.

Au début de l’année 1859, le gouvernement piémontais adopte un comportement provocateur envers l’empire autrichien. Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi sont rentrés en Italie : on confie à ce dernier l’organisation d’un corps de volontaires, les chasseurs des Alpes (Cacciatori delle Alpi), sans mettre de limite dans l’enrôlement des exilés provenant du royaume lombard-vénitien sous domination autrichienne. Ces derniers, informés des accords de Plombières, décident de mener la première action avec l’intention de reconduire l’opération qui avait réussi au maréchal Joseph Radetzky contre Charles-Albert de Sardaigne, à Novare, en 1849. Le 26 avril, l’Autriche déclare la guerre au royaume de Sardaigne : la France engagée par une alliance défensive et sans opposition politique interne, décide d’honorer le traité.L'invasion autrichienne du PiémontLe 29 avril l’armée autrichienne de Ferencz Gyulai franchit le Tessin le fleuve qui sépare le Piémont de la Lombardie1, à proximité de Pavie et envahit le territoire piémontais, le 30, elle occupe Novare, Mortara et plus au nord, Gozzano, le 2 mai Vercelli, le 7 Biella. L’armée piémontaise ne s’oppose pas à l’opération, se trouvant au sud entre Alexandrie, Valenza et Casale. Les Autrichiens arrivent à 50 km de Turin.

Un ordre exprès de Vienne, suggère à Gyulai que « le meilleur théâtre d’opérations est le Mincio », là où les Autrichiens avaient, onze ans plus tôt, battu l’armée piémontaise et sauvé leurs possessions en Italie. Gyulai fait demi-tour et se retire au-delà du Sesia puis vers la Lombardie. En faisant ainsi, les Autrichiens renoncent à battre séparément les Piémontais et les Français, et permettent la jonction des deux armées.La libération de la LombardieNapoléon III part le 10 mai de Paris, débarque le 12 à Gênes et rejoint le 14 le camp d’Alexandrie pour prendre sur-le-champ le commandement de l’armée franco-piémontaise. Le 20 mai 1859, Gyulai envoie une forte troupe en reconnaissance au sud de Pavie. Elle est arrêtée à Montebello (20–21 mai) par les Français du général Élie Frédéric Forey et par la cavalerie sarde du colonel Tomaso Morelli di Popolo, qui meurt le lendemain de ses blessures2.

Le 22 mai, les chasseurs des Alpes passent en Lombardie par le lac Majeur à Sesto Calende, avec l’objectif de soutenir l’offensive principale sur le front, côté Préalpes. Le 26 mai, ils défendent Varèse d’une attaque des forces autrichiennes supérieures en nombre menée par le général Karl von Urban. Le 27 mai, ils battent les Autrichiens à la bataille de San Fermo et occupent Côme, alors la principale ville de la région.

Les Français et les Piémontais débarquent et occupent les îles de Lussino (Losinj) et de Cherso (Cres).

Le 30 et le 31 mai, les Piémontais d’Enrico Cialdini et de Giacomo Durando remportent une victoire à la bataille de Palestro ; au cours de celle-ci, une contre-attaque est confiée au troisième régiment des zouaves du colonel de Chabron, auquel prend part le roi Victor-Emmanuel II de Savoie, qui reçoit le grade de caporal de zouaves.

Parallèlement, les Français franchissent, le 2 juin, le Tessin en battant les Autrichiens à la bataille de Turbigo. Gyulai a concentré ses forces à proximité de la ville de Magenta où il est assailli par les Français le 4 juin qui remportent une victoire (bataille de Magenta). La victoire est principalement à attribuer à Patrice de Mac-Mahon et à Auguste Regnaud de Saint-Jean d'Angély, qui sont nommés sur le champ de bataille maréchaux de France. Emmanuel Félix de Wimpffen et le général Manfredo Fanti ont un rôle de premier plan au sein de la seule unité sarde engagée.

Le 5 juin, l'armée autrichienne vaincue évacue Milan. Le 7 juin Mac-Mahon, précédé par les troupes algériennes pénètre dans la ville pour préparer l’entrée triomphale de Napoléon III et de Victor-Emmanuel. Ils pénètrent par l’arche de la Paix et la place d’armes (aujourd’hui parco Sempione), où est déployée la garde impériale, sous les acclamations de la population. Le 8 juin les chasseurs de Alpes sont à Bergame, le 13 juin à Brescia évacuées par les Autrichiens.

Le 9 juin le conseil municipal de Milan vote par un plébiscite l’annexion de la Lombardie au royaume de Victor-Emmanuel II.

L'avancée vers les forteresses du QuadrilatèreEntre-temps les Autrichiens se regroupent au-delà de l’Adda, étape pour les forteresses du quadrilatère. La route passe par Melegnano une citadelle fortifiée. Le soir du 6 juin, une arrière-garde autrichienne de 8 000 hommes prend possession du lieu ainsi que deux escadrons de dragons et de hussards. Le soir du 8 juin, la ville est prise par les Français après une bataille sanglante, 1 000 tués parmi les assaillants et 1 200 parmi les défenseurs (bataille de Melegnano). Le gros de l’armée autrichienne poursuit sa marche et est rejoint à Vérone par l’empereur François-Joseph Ier d'Autriche qui a relevé Gyulai de son commandement.

Les Franco-Piémontais reprennent leur marche le 12 juin, le 13 ils passent l'Adda, le 14 ils rejoignent Bergame et Brescia, le 16 il passent l'Oglio, le 21 ils sont au-delà de Chiese. Ils arrivent finalement là où l’état major autrichien désirait les rencontrer au début du conflit. Les Franco-Piémontais débarquent et occupent les îles de Lussino (Losinj) et Cherso (Cres) en Adriatique.

Solferino et San MartinoLe 24 juin les Franco-Piémontais gagnent une grande bataille (partagée en bataille de Solférino et bataille de San Martino), débutée par une importante attaque autrichienne. Au terme des combats, les Autrichiens sont rejetés au-delà du Mincio, mais ils ont la possibilité de s’appuyer sur leurs grandes forteresses et de recevoir des renforts des différentes parties de leur vaste empire. Menacé par ailleurs d'une intervention prussienne, Napoléon III décide de négocier une paix et prend contact avec François-Joseph.

Le 8 juillet, un accord est passé pour la suspension des hostilités. Le 11 juillet, les deux empereurs se rencontrent à Villafranca di Verona. Le 12 juillet, l’armistice de Villafranca est signé.

La paix de ZurichLa paix de Zurich est négociée et signée les 10 et 11 novembre 1859 : les Autrichiens cèdent la Lombardie à la France qui la rétrocède à la Savoie et l’Autriche conserve la Vénétie et les forteresses de Mantoue et Peschiera. Les souverains de Modène, Parme et Toscane auraient dû réintégrer leurs États. Tous les États italiens, la Vénétie, y compris la Vénétie encore autrichienne, auraient dû s’unir dans une confédération italienne présidée par le pape.

L'annexion des duchéDéçu de l'arrêt porté à l'unification de l'Italie par une paix qu'il juge trop rapide, Cavour quitte le gouvernement, mais revient en 1860, en tant que président du conseil.

Le traité ne répond pas aux objectifs des protagonistes en ce sens que la confédération italienne ne présente aucun avantage pour la cause nationale italienne et même garantit la poursuite d'un rôle autrichien dans la péninsule, ce qui ne convient pas aux Français.

La population de l'Émilie et de l'Italie centrale envisageait de se rebeller dans l'hypothèse du retour de leurs souverains et Cavour sait convaincre les chancelleries européennes des risques de conspiration mazzinienne.

Les gains du Piémont s'avèrent inférieurs à ceux prévus lors des accords de Plombières, ainsi le Piémont n'est plus tenu de céder Nice et la Savoie. Mais Napoléon III a besoin de ces compensations territoriales pour justifier la guerre qui vient d'avoir lieu auprès de sa propre opinion publique.

Dans les mois qui suivent, le duché de Parme, le duché de Modène et le grand-duché de Toscane votent des plébiscites pour l'union au royaume de Sardaigne, de même que l'Émilie et la Romagne. Manquent la Marche et l’Ombrie, qui est entre-temps reprise par les troupes du pape (massacre de Pérouse), qui seront enlevés par la suite aux États pontificaux par les Piémontais.

Ce n'est qu'à la suite de ces événements que le Piémont accepte de signer le traité de Turin, le 24 mars 1860, qui donne la Savoie et Nice (sauf Tende, que la France obtiendra seulement en 1947, à la suite du traité de paix qui met fin à la Seconde Guerre mondiale).

L'annexion du royaume des Deux-SicilesDans le royaume des Deux-Siciles, le jeune François II qui a succédé à son père Ferdinand II, mort prématurément, devient une proie facile pour les conseillers intéressés à la cause de l’unité italienne et il ne mesure pas la gravité de la situation. Il met ses espoirs dans une politique de modération qui permet aux carbonari de s’infiltrer au sein même de l’armée et ce qui a pour effet d’encourager les ennemis et de décourager les plus fidèles sujets.

Au début d’avril 1860 les révoltes de Messine et Palerme constituent les prémices d’une intervention dans le sud. Des débarquements ont déjà été tentés en 1844 par les frères Bandiera et en 1857 par Carlo Pisacane.

Le 6 mai 1860, mille patriotes venus de toutes les régions d'Italie commandés par Giuseppe Garibaldi s'embarquent à Gênes pour prendre possession du royaume des Deux-Siciles et débarquent à Marsala en Sicile.

S'ensuit une succession de batailles remportées par les garibaldiens qui débarquent en Calabre.

Le roi François II abandonne sa capitale Naples et Garibaldi fait son entrée le 7 septembre.

L'épopée des mille se termine par la rencontre entre Garibaldi et Victor-Emmanuel II qui dissout les troupes garibaldiennes le 26 octobre.

Le dernier obstacle dépassé avec le bombardement de Capua, les troupes piémontaises prennent position face à la forteresse de Gaeta où François II, sans l'aide des puissances européennes, résiste.

Seule la France s’applique à défendre la forteresse, en fait Napoléon III espère convaincre François II d'une reddition après une résistance symbolique. Après que la France, convaincue par Cavour, a éloigné ses bateaux, Cialdini complète le siège avec l’intervention de Persano aux commandes de la flotte.

Dans les derniers jours du siège, pendant les négociations pour la reddition (intervenue le 14 février 1861) il n’y a aucune interruption des bombardements de la forteresse, il en est de même à Messine (reddition le 12 mars) et Civitella del Tronto (le 20 mars, trois jours après la proclamation du royaume d’Italie) aggravée par la menace d’exécution de masse des « rebelles ». Dans ce dernier cas, les menaces furent mises à exécution avec l’exécution des officiers et gradés considérés comme des « brigands ».

Conséquence de la proclamation du royaume d’Italie

Avec ces opérations se termine la première phase de l’unité italienne ; seules Rome, possession du pape, et la Vénétie, aux mains des Autrichiens, restent séparées du royaume de Sardaigne.

Cavour, conscient des problèmes administratifs qui sont nés de l’annexion des nouvelles provinces, crée entre le 10 et le 26 mai 1859 la Commission Giulini, dans le but d’élaborer un projet de loi qui entrerait en vigueur en Lombardie immédiatement après la fin de la guerre. Cavour veut que le gouvernement, avec l’annexion des nouveaux territoires au Piémont de Victor-Emmanuel, maintienne séparées les organisations administratives des deux régions, laissant subsister en Lombardie une partie des institutions autrichiennes3.

Le 18 février 1861, Victor-Emmanuel II réunit à Turin les députés de tous les États qui reconnaissent son autorité. Le 17 mars, il prend le titre de Roi d'Italie par grâce de Dieu et volonté de la nation, maintenant le numéro qu’il avait en sa qualité de roi du royaume de Sardaigne. L’Italie est gouvernée sur la base de la Constitution libérale adoptée par le royaume de Sardaigne en 1848 (Statut albertin). Une armée italienne est créée.

 4.3 - La Bataille de Rossignol (Belgique 14-18)

Le village gaumais de Rossignol est situé à quelques kilomètres au Nord de Virton.Cette commune fait partie de l'entité de Tintigny ; elle compte deux cimetières militaires français de la Première Guerre mondiale.

Les deux nécropoles, distantes l'une de l'autre de près de 500 mètres, ont été érigées par les Allemands, en 1917, à l'emplacement même des combats forestiers du 22 août 1914.

Le cimetière du plateau compte 681 tombes disposées en forme de roue (schéma visible en marge droite du présent texte).Le cimetière de l'Orée de la forêt totalise, pour sa part, 2.710 sépultures, dont 2.379 en deux ossuaires.

Historique...

Texte librement interprété à partir des carnets de route, ordres de marche ou tous autres documents de l'époque...

C’est le 2e bataillon du 1er Régiment d'Infanterie Coloniale (R.I.C.) de la IVe armée du général Joffre qui, en avant-garde, ouvre la route au départ du village de Saint-Vincent, à 6 km au Sud de Rossignol.Les hommes n’ont guère mangé depuis 24 heures, ayant eu à se déplacer de façon continuelle. Le départ est perçu de manière d'autant plus brusque, par les hommes de troupe, que ceux-ci n’ont pas même eu le temps d’avaler un café avant de se mettre en route…Les Français sentent venir le danger à l’approche d'un ennemi dont on ne sait d'où il poindra. L'ordre de marche du jour prévoit de se déplacer, - vite -, sur une quarantaine de kilomètres, en direction du Nord.Le Régiment de Chasseurs d’Afrique (R.C.A.) s’est arrêté à Valensart.A 5 heures du matin, l’ordre arrive. Il n’y a pas une minute à perdre. Le régiment doit rester intercalé dans la colonne pendant la traversée de la forêt qui s'étend, dense et touffue, vers le Nord de Rossignol, en direction de Neuchâteau.A 6 heures, le régiment fait route par Jamoigne et Termes, dans l’ordre suivant…Le deuxième escadron se trouve en avant-garde. Le premier escadron, deux pelotons du quatrième escadron, section de mitrailleuses, fermant la marche le troisième escadron.Pendant son déplacement, la troupe ne cesse d’être inquiétée, harcelée, par des éclaireurs ennemis qui courent le long de ses flancs. Les chasseurs français arrivent ainsi, avant l’infanterie, aux abords de Rossignol.Le peloton du lieutenant Jaud’huin est reçu à coups de fusil dans le village. Le deuxième escadron effectue une reconnaissance de la bourgade. Le régiment met pied à terre le long de la voie du tram vers 7 heures 30.Trente minutes plus tard, débouche, en direction de Rossignol, l’avant-garde de la troisième Division d'Infanterie de Cavalerie (D.I.C). Cette unité a traversé, avant cela, la Semois à 6 heures 30.Ce jour-là, il fait chaud, l'atmosphère est humide et le brouillard est épais dans cette zone à la topologie "encaissée", bordée de hauteurs culminant à passé les 300 mètres d'altitude, et, traversée par la Semois.Le pont de Mesnil-Breuvanne a été dépassé sans incident par les troupes françaises, vers 8 heures 30, lorsqu'une de ses unités, le troisième Régiment de Chasseurs d’Afrique, a pris place au sein d'une colonne qui s'étend depuis Rossignol jusqu’à passé Saint-Vincent, sur plus de six kilomètres…Vers 7 heures, l’avant-garde française pénètre dans la forêt. Elle doit effectuer huit kilomètres "sous couvert" et en colonnes serrées, empruntant les quelques sentiers forestiers, afin de sortir de se qui se révèlera un guêpier. Le lieutenant-colonel Vitart a reçu l'ordre de prendre position au sortir des bois, face à Neufchâteau, et, là, d’attendre les unités qui le suivent…La route principale, qui traverse la forêt sur un parcours de 5 kilomètres, débute par 1.500 mètres de chemin en côte. Le sommet du tracé est un endroit culminant, dominant et propice pour la défense.Presque au même moment, les Français sont avertis qu’un escadron de Uhlans allemands a investi la forêt. Le commandement fait prendre les tactiques et formations d’usage. La compagnie de pointe se déploie en éventail, alors qu'un ordre de faire route parvient au lieutenant-colonel qui dirige la troupe, droit devant, sur Neufchâteau… sans s’arrêter.La colonne n'avance pas bien loin, lorsque la compagnie Fouques, qui n'a effectué que 1.500 mètres en sous bois, fait l'objet d'un feu nourri en sa direction.Les renseignements (erronés) reçus préalablement font état du fait que l'ennemi est à une trentaine de kilomètres, - au moins -, et à l’Est de Neufchâteau. Il ne peut donc s'agir, dans le chef des Allemands, que de cavaliers manœuvrant pied à terre… Le lieutenant-colonel Vitart ordonne aux trois unités du bataillon Bertaux-Levillain, les compagnies Lacourrière, Simon et Ignard, de se déployer sur les flancs droit et gauche de la compagnie Fouques, afin de déborder l'ennemi.Très vite, le lieutenant-colonel a l’impression que le feu s’étend uniformément sur les flancs de son bataillon engagé ; qu'il s'agit bien là d'une tactique et d'un feu d'infanterie et non de celui de quelques soldats de cavalerie manœuvrant à pied. Rétrospectivement, par rapport aux faits, il apparaîtra, bien plus tard, qu'effectivement on avait eu affaire là à mouvement de troupe du 157e R.I. allemand, avant-garde de la 12e division allemande…Le général Montignault et le colonel Guérin sont sur la ligne de feu. On n'y voit rien… La fusillade crépite en tous sens en sous bois. Toute manœuvre est impossible. L’ennemi est dissimulé dans les hautes futaies et tire à coup sûr au but. Les officiers, les hommes, tombent.La batterie d’artillerie, qui ouvrait la marche, est immobilisée. L’infanterie part au contact, baïonnette au canon...Il est passé 9 heures, lorsque l'ordre arrive, prescrivant au colonel Costet de se porter, avec ses hommes, à l’Ouest de la cote 358, afin de prolonger en cela la ligne des tirailleurs d’infanterie. Les chasseurs d’Afrique y demeureront jusqu’à 10 heures 30.Du côté ennemi, à 9 heures 15, arrive sur place le 63e R.I. prussien et les batteries d'artillerie germaniques qui prennent position.Durant ce temps, le gros de la première brigade française atteint Rossignol et dépasse le village. Le 2e R.I.C. entre à son tour dans les bois. Le colonel Gallois porte ses deux premiers bataillons en avant. Le 3e bataillon se trouve ainsi fractionné.A 9 heures 15, les 9e et 10e compagnies des capitaines Kerhuel et Dehaye sont désignées pour servir de soutien à l’artillerie divisionnaire. Deux autres compagnies, les 11e du capitaine Paris de Bollardière et 12e du capitaine Dardenne se portent à l’Est et à l’Ouest de Rossignol, de front et face à la forêt.La batterie d’avant-garde du 2e régiment d’artillerie coloniale, quelque peu perturbée par les tirs allemands, prend position sur deux ailes, à 600 mètres, au Nord de Rossignol, également face à la forêt.L’ennemi ne devrait pas trop tarder à passer à l’attaque… Toute une division, soit plus de 15.000 hommes, se trouve là, face aux Français, déployée et progressant vers l’Ouest.Vers 10 heures, les effectifs de près de cinq bataillons français, totalisant vingt compagnies, luttent dans la forêt.L’artillerie allemande se mêle à la bagarre et les obus de 77mm commencent à tomber, peu après 7 heures, sur les batteries divisionnaires et leurs attelages qui s'étendent du bosquet Pireaux aux premières maisons du village.La neuvième compagnie du 2e R.I.C. dégage le 1er groupe à l’Ouest… Les 11e et 12e compagnies, de ce même régiment, organisent, tant bien que mal, leur position à la lisière nord de Rossignol, avec l'aide de la compagnie du génie 22-2 du capitaine Dumont.La carrière, à l’Ouest de la route de Neufchâteau, et, située à 250 mètres de la lisière du couvert, est solidement tenue…Le déploiement de l’artillerie divisionnaire n’est pas encore achevé vers 9 heures, soit une heure plus tôt…Les batteries se sont établies par pièces accouplées à leurs chariots de munitions, afin d'accentuer la manœuvrabilité, et ce, de chaque côté de la route. L’artillerie allemande a, quant à elle, pris position, principalement sur la cote 441. C'est de là qu'elle concentrera une partie de son tir sur le pont qui enjambe la Semois à Breuvannes.Les Français, qui disposent de moyens, en hommes et en canons, supérieurs aux Allemands, accomplissent ce jour-là "quelques brefs coups d'éclat", alors que, dans l'ensemble, les résultats sont catastrophiques… Les 2e batterie d'artillerie du capitaine Pull ; 3e du capitaine Duhatois ou encore 23e du capitaine Germain sont atteintes par des tirs de contre-batteries allemandes particulièrement efficaces.A 10 heures 30, la situation française se résume de la manière suivante…Engagés dans la forêt, les 3 bataillons du 1er R.I.C. et les 2 bataillons du 2e R.I.C. se trouvent dirigés par le général Montignault. Alors qu'entre le bosquet Pireaux et Rossignol, 8 batteries du 2e R.A.C.C. sont fortement malmenées par les Allemands. La batterie qui ouvrait la marche en direction de Neufchâteau a été anéantie. Ses servants, ses animaux et des débris jonchent la route escarpée.A hauteur de la carrière, à la sortie nord de Rossignol, et non loin des actuels cimetières militaires français, se trouvent 2 compagnies du 2e R.I.C. ainsi que la compagnie 22-2 du génie.En soutien de l’artillerie, on retrouve la 9e compagnie du 2e R.I.C.La 10e compagnie est, quant à elle, partie renforcer les effectifs du général Montignault dans les bois.Qu'en est-il à Breuvanne, en un autre lieu du champ de bataille, à 3 km au Sud de Rossignol ?Sur Rossignol, les Français portent leur attaque défensive sur une unité du VIe corps allemand. L’autre division de ce corps allemand ayant trouvé une trouée dans le dispositif français, attaque la 3e D.I.C. sur sa droite, à l’Est de l'axe routier, Nord-Sud, Rossignol-Breuvanne.A ce stade des combats, la 11e D.I. a dépassé Tintigny ; la 22e brigade se dirige sur Saint-Vincent et la 21e brigade se retrouve aux prises, à Bellefontaine, avec l’avant-garde du 2e C.A.A 9 heures, le 3e R.I.C. se déploie face à l’Est, entre Saint-Vincent et Mesnil-Breuvanne, car déjà sous le feu de l’artillerie allemande. A ce moment-là de la bataille, se retrouvent en première ligne… le 3e bataillon du commandant Mast et le 2e bataillon du commandant Chibas-Lassalle, alors que le 1er bataillon du commandant Sauvage se poste, en réserve, de part et d'autre de la route.Le général Rondony, commandant la 3e brigade, se porte à Rossignol, dès le début de l’action, c'est de là-même qu'il prend directement ses ordres auprès du général Raffenel.A 10 heures 30, mission est donnée au 3e Régiment de Chasseurs d’Afrique de couvrir un groupe de l’artillerie divisionnaire sur la route Breuvanne-Rossignol. Le colonel Costet, redoutant un mouvement ennemi, sur sa droite, détache son 3e escadron.Deux pelotons, commandés par l'adjudant-chef Boursier et le lieutenant Humbert, aux ordres du capitaine Chanzy, sont dirigés vers Marbehan et Orsainfaing ; un peloton, aux ordres du sous-lieutenant d’Yturbide, est envoyé à l’Est de Breuvanne, vers Ansart ; un autre peloton, dirigé par l'adjudant Bidault, part pour Valensart, et assure la liaison avec le gros du corps d’armée. Le restant du régiment traverse Rossignol et emprunte la route de Breuvanne, ou, encore, remonte la zone des combats avec les batteries d'artillerie, à travers les champs. La manœuvre durera une heure…Chronologiquement et parallèlement à ce qui vient d'être évoqué, le général Rondony, depuis Rossignol, et, à l'attention du colonel Lamolle, commandant le 3e R.I.C., ordonne de soutenir l’artillerie divisionnaire qui fait route en direction de Rossignol.Les bataillons, qui, dans un premier temps faisaient face à l’Est, reçoivent l’ordre à présent de se porter, cette fois, face au Nord. Le colonel Lamolle tente de manœuvrer sous la protection du 3e bataillon. Celui-là même qui sera le seul à arriver à franchir la Semois…Vers 11 heures, à la sortie du bois, au Nord-Est de Breuvanne, les Français sont accueillis par les tirs de l’infanterie et de l’artillerie. Ils sont contraints dès lors de se déplacer face à la direction Nord-Ouest, avant de pointer vers le Nord.A hauteur de la cote 325, au Nord-Est de Breuvanne, la troupe doit se terrer pour se protéger des tirs allemands.Après des tentatives infructueuses à l'encontre des Allemands dans le secteur de Breuvanne et du pont de Sisanne, le colonel Costet ordonne de battre en retraite, en faisant route par la ferme du Mesnil, vers Saint-Vincent, en laissant l’escadron du capitaine Chaverondier aux lisières sud de Breuvanne.Au Sud, l’ennemi occupe déjà Tintigny….Le 7e R.I.C. est le dernier régiment de la division dans l’ordre de marche qui se trouvait encore à Saint-Vincent à 9 heures 30.Le Général Lefèvre, commandant le corps d’armée, lui ordonne de se porter à l'Est, en direction de la cote 385 et au Nord-Est face à Tintigny. Ils arrivent sur place vers 11 heures…A Rossignol, la bataille fait rage…A midi, le 3e bataillon du 3e R.I.C. arrive dans un village à défendre.A 13 heures, les reliquats de cinq bataillons, provenant de ce qui demeure des effectifs provenant de la forêt, se replient vers le village. Le colonel Gallois, commandant le 2e R.I.C. a été grièvement blessé ; le lieutenant-colonel Vitart, du 1er R.I.C., a eu le bras gauche emporté. De nombreux officiers manquent à l'appel ou sont blessés.L’artillerie est détruite, lorsque le lieutenant-colonel Gadoffre, qui a pris le commandement du 2e R.I.C., entraîne une centaine d’hommes contre une compagnie ennemie qui s’avance au Nord-Ouest du village. Ils ne seront hélas que quinze à s'en sortir…Le commandant Rey tient fermement ses positions à l’Est, alors qu'en tous points du champ de bataille, l’ennemi progresse.Des groupes de marsouins et de soldats du génie se barricadent dans l’usine Hurieaux qui fait face à la forêt.A 14 heures, les Allemands mènent une sanglante attaque sur le village.De trois côtés à la fois, par le Nord, l’Ouest et l’Est, l'étreinte se resserre.Le général Montignault, qui a pu quitter Rossignol, avec quelques éléments de ses unités, se défend âprement entre le bosquet Pireaux et Breuvanne.Le général Rondony tient, quant à lui, au Nord et à l’Ouest.Le général Raffenel s’est déplacé au Sud-Est du parc du château.Le bataillon Mast, du 3e R.I.C., tente désespérément de rétablir la liaison avec le restant du régiment demeuré de l’autre côté de la Semois.Sous un soleil de plomb, les hommes se battent avec acharnement ; ils tombent par dizaines, alors que le feu et la canonnade font rage autour d'eux…A l’ambulance, dans le château de Rossignol appartenant à la famille van der straeten-Ponthoz, se tiennent plus de 800 blessés entre autres soignés par le docteur Bresson.L'horreur des combats s'offre partout en spectacle dans une chorégraphie macabre.Le général Rondony, entouré d’une poignée de ses hommes désireux de le protéger, s’est placé au pied d’un arbre qui surplombe la route de Breuvanne, face au bâtiment de l’école communale.Deux pièces de 75mm ont été amenées à bras pour tenter une dernière défense.Sont également présents sur place, le commandant d’artillerie Cherier et le lieutenant Psichari, le lieutenant-colonel Gadoffre, environ 200 soldats équipés de quelques mitrailleuses…Le groupe a vite fait d'être repéré.Dans la fusillade, Gadoffre et Cherier sont blessés ; Psichari, quant à lui, est tué.Le général Rondony, se porte vers Ansart.Blessé à l’avant-bras, il tombe près d’une haie, où il sera tué le lendemain par une patrouille allemande.Le général Montignault est fait prisonnier près de Breuvanne.Le général de division Raffenel, quant à lui, regroupe ce qui demeure de la 1ère brigade coloniale, alors que l'artillerie a pour mission de détruire leurs 32 dernières pièces restantes.Dans un dernier baroud, Raffenel tente une percée vers la Semois (Semoy pour son parcours sur sol français)… Son corps sera retrouvé près de Mesnil… Le commandant Wehrlé est, quant à lui, tué à trente mètres de l’ambulance qu’il défendait encore avec quelques soldats.Le commandant Rey réussit, avec quelques hommes, à sauver le drapeau du 1er R.I.C. rehaussé de la croix de la légion d’honneur ; un sergent se chargera de conserver la soie enroulée autour de sa poitrine, sous sa capote.Le commandant conserva le bijou, le capitaine Paris de la Bollardière la cravate.Pour sa part, le drapeau du 2e R.I.C. parvint jusqu’à Villers-sur-Semois. C'est là, que ceux qui le transportaient, se voyant dans l’impossibilité de s’échapper, l’enterrèrent. L’emblème, que le soldat Le Guidec aura eu soin d'enfuir plusieurs années auparavent, sera retrouvé après la guerre et rendu au régiment…Des hommes, peu comparativement aux effectifs engagés, réussiront à s'échapper du massacre ou de la capture. Ainsi, ils continueront à poursuivre le combat dans la Marne, mais aussi ailleurs...Ainsi, quelques fantassins parvindront à fuir au travers des lignes allemandes ; aucun artilleurs par contre n'auront cette chance.Le 2e régiment d’artillerie coloniale sera considéré comme entièrement anéanti et ne sera reformé, à Ville-sur-Tourbe, qu’en 1917.A 19 heures, les troupes allemandes dominent les lieux au prix de milliers de morts et de blessés et de passé 1.500 prisonniers.Du côté français…Les pertesAu soir du 22 août 1914, la 1ère brigade coloniale n‘existe plus en tant qu’unité constituée. Le 1er R.I.C. compte près de 2.500 tués et blessés ; le 2e R.I.C., 2.850 et le 3e R.I.C., 2.085.Le 7e R.I.C. aura été, quant à lui ,moins éprouvé par les combats et totalisera 1.500 pertes.Alors que le 3e chasseurs d’Afrique comptera encore un escadron et demi (230 hommes +/-), le 2e d’artillerie coloniale a été totalement anéanti lors des combats.Parmi les officiers, les généraux Raffenel et Rondony ont été tués ; le général Montignault est blessé et fait prisonnier.Au 1er R.I.C., le lieutenant-colonel Vitart est blessé et les trois chefs de bataillon sont morts ; cinq capitaines et cinq lieutenants ont été tués ; un capitaine et six lieutenants sont portés disparus, sept capitaines et treize lieutenants sont blessés… soit la quasi totalité des officiers du régiment.Au 2e R.I.C., le colonel Gallois et le Lieutenant-colonel Gadoffre sont tombés ainsi que la presque totalité des officiers.Au 3° R.I.C., le lieutenant-colonel Mortreuil est mort et les pertes en officiers se chiffrent par dizaines.Au niveau de l’artillerie divisionnaire, un seul officier revient… Ainsi, le capitaine Noir qui réussit à franchir la Semois à la nage, aux environs de 16 heures.La 3e D.I.C. est complètement démembrée.ConclusionEn tout état de cause, la bataille de Rossignol servit de modèle en termes de "bataille de rencontre".Elle constitue certainement un des épisodes les plus meurtriers de la première partie de la guerre.En cette zone du front et des combats, les corps des IIIe et IVe armées se heurtèrent en tous lieux aux Allemands.Ainsi, il n’y eut pas moins de douze rencontres simultanées ou successives, telles que : le 9e C.A. à Mézières ; le 11e à Maissin et Paliseul ; le 17e dans la forêt de Luchy, où la 33e D.I. fut écrasée ; le 12e à Névraumont ; le C.C. à Neufchâteau et Rossignol ; le 2e à Bellefontaine et Meix devant Virton ; le 4e à Virton et Ethe ; le 5e dans la région de Longwy ; le 6e vers Spincourt.

Nos chaleureux remerciements vont en direction de la Fondation MERCi et particulièrement vers Justine, son ambassadrice, qui, lors de notre expédition historique, nous a apporté un regard singulier sur l'histoire de Rossignol et de sa proche région, lors des combats du 22 août 1914...

Fondation MERCi - 061.61.00.54 - Place du Fays, 13 6870 Saint-Hubert - www.lamerci.be

 4.4 - Trou de mine de La Boisselle

Le Trou de mine de La Boisselle appelé encore La Grande Mine et en anglais, Lochnagar Crater (trou de la gloire) est un lieu de mémoire de la Bataille de la Somme, pendant la Grande Guerre situé sur le territoire de la commune d'Ovillers-la-Boisselle à 600 m au sud-est du village de La Boisselle sur le Circuit du Souvenir. Aujourd'hui, Il a un diamètre d'au moins 80 mètresNote 1, et fait 30 m de profondeur. Il résulte de l'explosion d'une mine créée par les Royal Engineer tunnelling companies.

Contexte historiqueL'offensive de la Bataille de la Somme en 1916 avait été précédée par un travail de sape dans les deux camps pour tenter d'affaiblir les défenses adverses. L'explosion de mines donna le signal du début de la Bataille de la Somme, le 1er juillet 1916.

A La Boisselle, les mineurs gallois du 9e Cheshires ont creusé un tunnel allant jusqu'aux lignes allemandes. A 16 m de profondeur, ils placèrent 27 tonnes d'explosifs (de l'ammonal). La mise à feu eut lieu le 1er juillet 1916 à 7 h 28, deux minutes avant le début de l'offensive franco-britannique de la bataille de la Somme. La colonne de terre projetée se serait élevé à 1 200 m de hauteur et l'entonnoir, qui avait alors 100 mètres de diamètre et 30 mètres de profondeur, fut aussitôt occupé par les Britanniques. Au même moment, une autre mine, « Y Sap », avait explosé de l'autre côté de la route qui mène à Bapaume1.

Les lieuxLochnagar est devenu un véritable lieu de recueillement. C'est le seul cratère de mine à être aussi bien conservé dans la Somme et surtout le seul à être accessible au public. Il est la propriété de Richard Dunning, vivant dans le Surrey, en Grande-Bretagne.

Chaque 1er juillet à 7h30, c'est au trou de mine de La Boisselle que débutent les cérémonies de commémoration de la Bataille de la Somme2.

Une stèle a été édifiée près du cratère, à la mémoire du soldat Tom Easton, des Tyneside Scottish3.

Le 31 octobre 1998, les restes du soldat George Nugent, du Tyneside Scottish, disparu le 1er juillet 1916 ont été mis au jour à proximité du trou de mines. Ils ont été inhumés dans la nécropole du Commonwealth d'Ovillers le 1er juillet 2000, en présence des membres de sa famille et de nombreuses personnalités. Une croix marque l'emplacement où la dépouille a été retrouvée à La Boisselle4.

Aujourd’hui le cratère de La Boisselle mesure 90 mètres de diamètre environ et 30 mètres de profondeur. Il subit l'usure de l'érosion. Il est maintenant interdit de descendre à l’intérieur du cratère car les parois sont en calcaire et risquent de s’ébouler accélérant ainsi le comblement2.

Une croix-mémorial en bois a été érigée à l'entrée du site.

 4.5 - 'Tracy-Le-Mont : Sur les sentiers de la grande Guerre

Distance Ligne Rouge 1 km

UN VILLAGE À 1.5 KM DE LA LIGNE DE FRONT DE L'OISE

À la veille de la Première Guerre mondiale, Tracy-le-Mont est un village dynamique de 1 899 habitants. Au hameau d’Ollencourt, 7 usines et ateliers, mondialement connus pour leurs exportations de brosses de luxe, emploient près de 2 000 personnes. Envahie par les Allemands le 31 août 1914, la commune redevient définitivement française le 13 septembre 1914. Mais le cœur du village ne se situe qu’à 1,5 km des premières lignes. Il devient, à partir de 1915, la cible de plus en plus fréquente des obus allemands, à tel point que les autorités militaires décident d’évacuer tous les habitants au mois d’août de la même année.

Après leur relève des tranchées, les combattants français viennent trouver pour quelques jours un peu de quiétude dans les maisons encore plus ou moins habitables de la commune. Ce secteur du front est à plusieurs reprises le théâtre de combats particulièrement violents. Les Français, au cours de leurs attaques du 21 au 24 décembre 1914 ont plus de 2 200 hommes mis hors combat. Leurs attaques les plus importantes se produisent en juin 1915. Elles ont pour but de supprimer le saillant de Quennevières. Pour un gain de terrain de seulement 1 km de long sur 500 m. de large, les pertes françaises s’élèvent à 7 905 hommes hors combat et environ 4 000 hommes côté allemand. En dehors, de ces assauts, ce secteur du front demeure assez pénible à tenir : les premières lignes sont souvent bombardées par l’artillerie de tranchée tandis qu’au Bois Saint-Mard et à ses abords une guerre des mines éprouve les fantassins, constamment à la merci d’une explosion souterraine.

En mars 1917, les Allemands se replient sur la ligne Hindenburg et les civils commencent à réintégrer Tracy. Mais à la faveur de leurs offensives du printemps 1918, les troupes du Kaiser reviennent à proximité du village. Les positions se stabilisent sensiblement à hauteur de l’ancien front. Les Français repoussent définitivement les Allemands de la région le 18 août 1918.

A la fin de la guerre, les usines et deux tiers des maisons sont détruites. Le village est très marqué. Un siècle plus tard, sa population est toujours inférieure à celle d’avant 1914…

Depuis 1920, suite au regroupement des cimetières du front et des tombes éparses, la commune de Tracy-le-Mont accueille une nécropole militaire nationale où reposent aujourd’hui 3 200 soldats morts pour la France.

Les débuts de la "Guerre des gaz" à Tracy-Le-Mont avoir en vidéo sur le site : Musee-territoire14-18fr.

Un Circuit Mémoire de la Nécropole aux Carrières

Là où aujourd’hui on fauche les blés, c’est la mitraille qui fauchait les vies. Ce circuit est un hommage aux combattants mais aussi aux civils traçotins qui ont été tués pendant la guerre. Long de 6,2 km, il présente de nombreux aspects de la vie quotidienne durant le conflit, sous la forme de panneaux explicatifs et de silhouettes de soldats grandeur nature. Tout au long du parcours, qui vous mènera successivement à travers le village, les bois, le plateau puis les galeries souterraines de la carrière de la Maison du Garde, vous découvrirez des traces variées et parfois surprenantes laissées par les soldats français : maison reconvertie en poste de secours et agrémentée sur sa façade par un quatrain destiné à remonter le moral des blessés, lavoir construit par les Poilus, monument érigé pendant la guerre, boyau de communication remis en état, ou encore carrière souterraine réaménagée en casernement…

Points forts à découvrir : le champ de bataille, l'arrière, l'infirmerie, le lavoir, le cimetière, les monuments édifiés pour les morts durant la guerre …

 4.6 - En Champagne 1915

Le village de Tahure, implanté près de la source de la Dormoise, s'étendait sur 2 200 hectares de terres labourables et 112 hectares de bois. Il comptait 185 habitants au recensement de 1911 1.

L'église que la municipalité venait d'équiper d'une nouvelle horloge au printemps 1914, perdit son clocher dès les combats de septembre 1914 et fut réduite en ruines à la suite de tirs incessants d'artillerie 1.

Les combats terribles qui se sont livrés dans ce secteur où les Allemands se sont retranchés solidement après la Première bataille de la Marne en septembre 1914, ont complètement anéanti le village 1. Il ne s'est plus jamais relevé, victime de cette guerre.

Lors de la création du camp militaire de Suippes en 1950, la commune fut officiellement supprimée, et son territoire rattaché à la commune voisine de Sommepy, qui prit alors le nom de Sommepy-Tahure pour perpétuer la mémoire du village disparu.

Le souvenir de Tahure est conservé dans le poème "Le poète" de Guillaume Apollinaire :

Le Front à ReimsEn ce même mois de mars, se livra le combat de la ferme d'Alger.On désignait sous ce nom une auberge située près du fort de la Pompelle, au delà de la route de Reims à Châlons. Depuis le recul de l'ennemi après la bataille de la Marne, elle servait de point de mire à ses bombardements et à ses attaques par la mine.

Le 1 mars, les Allemands lancèrent une attaque d'infanterie contre les tranchées que nous occupions dans le voisinage immédiat de cette position. Un sanglant corps à corps se déchaîna; mais notre artillerie, très avantageusement postée, nous permit de repousser les assaillants et d'empêcher le départ des réserves allemandes.Un nouvel assaut livré, avant le lever du jour, entre la ferme d'Alger et Prunay n'obtint pas de meilleur résultat. Prises entre les feux croisés de nos grosses pièces, les colonnes allemandes durent faire volte-face en laissant plus de 400 morts, blessés ou prisonniers. D'une manière générale, jusqu'au printemps, notre Haut Commandement ne laissa à l'ennemi aucun répit.Nous avions atteint, à la date du 20 mars, une avance moyenne de trois kilomètres sur un front de sept kilomètres, par rapport à nos positions de janvier. Nos positions nouvelles occupaient alors une ligne de hauteurs offrant une base favorable pour les attaques projetées.Cette ligne se trouvait jalonnée par la lisière des bois au nord de Perthes, la route de Tahure et la route de Maisons-de-Champagne.Obligés de renforcer leurs effectifs de Champagne, les Allemands s'étaient trouvés dans l'impossibilité de transporter des forces en Russie. Ainsi avait été facilité, conformément au plan des Armées alliées, le brillant succès remporté par les Russes, du 25 février au 3 mars : retraite précipitée des Allemands, capture de 10000 prisonniers et de nombreux canons et mitrailleuses.Durant cette période, les pertes de nos adversaires étaient si lourdes que, dans son communiqué du 10 mars, l'État-major allemand ne reculait pas devant cet aveu: " Notre Armée a perdu plus de monde en Champagne qu'à la bataille des lacs de Mazurie. "Or, aux lacs de Mazurie, l'Allemagne avait réuni quatorze Corps d'Armée et trois divisions de cavalerie.

L’épisode du bois SabotD’après les mémoires de l’ancien combattant Louis Sinolet .BEAUSÉJOUR est un nom qu'il faut retenir. Il honore magnifiquement ce corps d'élite qu'est l'infanterie coloniale et restera inscrit dans ses fastes à côté de celui de Bazeilles.Nos attaques contre le redoutable fortin avaient été combinées avec une série d'efforts offensifs dans les régions de Perthes, Souain et Mesnil, qui nous furent presque tous favorables. Aussi les premiers jours de mars nous trouvèrent-ils maîtres de la première tranchée allemande, du nord-ouest de Perthes au nord de Beauséjour.En outre, nous avions avancé au nord de Souain et de Mesnil, après avoir repoussé de furieuses contre attaques, dans. lesquelles deux régiments de la Garde prussienne éprouvèrent de grosses pertes, et nous laissèrent plusieurs centaines de prisonniers.Sur la croupe nord est de Mesnil, un brillant assaut fit tomber entre nos mains un important ouvrage fortifié. Aux environs de Perthes, l'élan du 124e régiment d'infanterie commença par rester infructueux. Trois tentatives, contre une tranchée puissamment défendue, ne lui ayant pas apporté le résultat espéré, il n'abandonna pourtant point la partie, et une quatrième attaque poussée le 13 mars, avec une fougue inouïe, fini par nous livrer la position.Le 7 mars, nous avions entrepris, entre Souain et Perthes, une action d'infanterie contre le bois Sabot. L'ennemi s'y était très solidement fortifié sur une position dominante, que défendait le 1e régiment de landwehr bavarois. Celui-ci avait creusé plusieurs boyaux conduisant à l'arrière du bois. De notre côté, nous avions fait des travaux de terrassement pour rapprocher notre ligne.Après une violente préparation d'artillerie, deux de nos bataillons, narguant tout un dispositif meurtrier de mitrailleuses, se précipitent sur la première ligne ennemie et s'en emparent.Ils parviennent également à occuper la seconde position; mais une pluie de gros projectiles rendant alors impossible leur progression, ils doivent se contenter de mettre en état, à la faveur de la nuit, les tranchées bouleversées qu'ils viennent de conquérir.Au petit jour, ils repoussent à la baïonnette une contre-attaque, puis ajoutent deux cents mètres à leur gain de la veille.

Du 9 au 12, notre position est consolidée et des renforts nous permettent de la plus sûrement conserver.

Le 15 à, avant l'aurore, nos soldats prennent comme objectif une très forte tranchée allemande communiquant avec trois de ces boyaux que les Bavarois ont creusés à travers le bois.Animées d'un entrain magnifique, deux compagnies s'élancent et, sans se laisser arrêter par les terribles feux, venant du blockhaus, sautent dans la tranchée.Sous la trombe de fer et de feu qui ne cesse de les prendre d'enfilade, elles se maintiennent tout le jour. Heureusement, nos obus de gros calibre ont fait brèche pendant la nuit dans le blockhaus qui nous mitraille. Un dernier effort pour repousser deux retours offensifs nous assure définitivement la conquête du bois Sabot.Les opérations de printempsAvec l'arrivée du printemps, l'Armée du général Von Einem parut gagnée par un esprit d'offensive et de réaction contre nos succès de l'hiver. En avril, l'artillerie ennemie recommença le bombardement implacable du fortin de Beauséjour.

Le 8 avril, une attaque de l'infanterie prussienne se fit hacher par nos canons et reconduire par nos baïonnettes.

Le 25, au saillant nord, cinq fortes mines explosent à proximité de nos tranchées, sans réussir à en chasser nos soldats, qui occupent les entonnoirs.

En mai, l'ennemi entreprend l'attaque de Ville sur Tourbe, qu'il convoitait depuis fort longtemps.

Depuis plus de huit mois, il ne cessait de bombarder avec une impitoyable obstination cet infortuné village, dont il avait fait une ruine sinistre parmi la floraison de ses vergers. Les tranchées allemandes qui l'avoisinaient étaient dominées par deux collines crayeuses que nous occupions.Celles ci étaient sillonnées de tranchées rejoignant le village par des boyaux et constituaient une solide défense pour la tête de pont que nous avions établie sur la rive nord de la Tourbe. A l'est, s'allongeaient les tranchées du Calvaire.Les Allemands souhaitaient plus particulièrement conquérir la colline de l'ouest. De là, ils auraient commandé tout notre système de défenses et de communications.Aussi, attachaient-ils à leur attaque projetée une extrême importance. Afin de mieux s'y entraîner, ils l'avaient même « répétée » dans ses moindres détails derrière leurs lignes, à la façon d'une pièce de théâtre.

Le 15 mai, à 6 heures du soir, les soldats des 3e et 7e régiments coloniaux se préparaient au service de nuit quand trois mines, bourrées de vingt tonnes d'explosifs, sautèrent.Propagée à travers le sol, la formidable explosion vint bouleverser nos tranchées, dont deux se fermèrent comme un tombeau sur leurs défenseurs. Les entonnoirs étaient profonds de vingt mètres et larges de cent. En même temps, pour arrêter tout secours, une tempête de mitraille balayait nos chemins d'approche.Les marsouins valides sautèrent sur les armes.Déjà, une colonne allemande, forte de deux bataillons, assaillait les lignes du 7e régiment colonial et occupait bientôt notre saillant défendu par une sorte de blockhaus, l'ouvrage Pruneau.Le régiment fut décimé et perdit presque tous ses officiers. Heureusement le 3e régiment colonial lui dépêcha un bataillon en renfort.Bientôt, une vigoureuse contre-attaque délogeait l'ennemi d'une partie des positions par lui conquises.Toutes nos batteries se mirent à tonner.Le combat s'étendit et sa violence s'accrut. L'ouvrage Pruneau tomba entièrement aux mains d'une puissante colonne allemande. Énergiquement chargée par un bataillon du 3e régiment colonial, cette colonne résista opiniâtrement et nous infligea de grosses pertes.Mais rien ne put avoir raison du sang-froid ni de la résolution inébranlable de nos troupes. Aidé par des bombardiers du génie, le lieutenant Paucol, du 3e régiment colonial, avance malgré tous les obstacles, et occupe un vaste entonnoir. Grâce à la connaissance du secteur qu'ont les chefs, grâce à un rapide ravitaillement en grenades et surtout à la crânerie et à la ténacité des marsouins, une grande partie de l'ouvrage Pruneau est enfin réoccupée.De son côté, le lieutenant Lefebvre (3e colonial) s'est porté avec une compagnie vers le saillant nord de l'ouvrage. Ses hommes se déploient hardiment. Un tir foudroyant de mitrailleuses les accueille.Sans se décourager, le lieutenant rassemble les hommes valides dans une tranchée qu'il a pu atteindre, et se prépare à y recevoir 'inévitable contre-attaque. Soudain, coupés de leurs positions de départ par un terrifiant tir de barrage, les Allemands lèvent les mains : cinq cents d'entre eux se rendent. Et nous avons la joie de délivrer une douzaine de coloniaux, cernés depuis plusieurs heures, qui avaient décidé de lutter jusqu'à la mort.Les Allemands laissaient plus de mille cadavres sur le terrain.Mais nos pertes étaient à peu près égales.

QuennevièresAu commencement de juin, notre Etat-major décida d'enlever le saillant de Quennevières, situé sur un plateau entre l'Oise et l'Aisne et entouré de tranchées allemandes. Plusieurs fermes, protégées par d'épais massifs de verdure, s'élevaient là.Celles de Touvent et des Loges étaient occupées par l'ennemi; nous tenions celles d'Ecafaut (265e RI) et de Quennevières. Cette dernière se trouvait très menacée par un fortin que les Allemands avaient bâti sur le saillant.

Le 5 juin, et durant vingt-quatre heures, notre artillerie (47e régiment) fit pleuvoir les gros projectiles et les torpilles aériennes sur les positions de l'ennemi. Puis nos sapeurs du génie firent exploser un fourneau de mine sous le fortin, tandis que l'infanterie (35e, 42e, 44e et 60e régiment d’infanterie) s'élançait à l'assaut.Les soldats du 86e régiment d'infanterie prussien, qui défendent la position, résistent âprement. Mais, avec l'aide des 75, nos fantassins dépassent la première ligne ennemie, puis la seconde, et parviennent jusqu'au ravin de Touvent.Une contre-attaque allemande doit reculer devant les feux croisés de nos mitrailleuses.

Et, le 7 juin, l'ennemi se voit définitivement contraint de nous abandonner la position, que jonchent plus de 3000 cadavres des siens.

Puis le 292e RI va tenir ce secteur…

LA BATAILLE DE CHAMPAGNECes opérations partielles allaient trouver leur couronnement dans une offensive générale du Groupe de nos Armées du Centre.Fixée à la date du 25 septembre, cette offensive se déclencha entre la vallée de la Suippe et la lisière ouest de la forêt d'Argonne, dans ces plaines nues et grises.Cette lutte de douze jours porte dans l'histoire le nom de bataille de Champagne. Elle évoque symboliquement un dessein, vite abandonné, de retour à la guerre de mouvement, et une libération relativement importante de terre française. Au point de vue technique, elle marque une étape bien déterminée de la guerre.

PréludeCe fut la première fois qu'on vit donner tant de valeur à la préparation d'artillerie.Jamais non plus on n'avait remué autant de terre pour procurer aux troupes d'assaut de propices emplacements de départ.L'infanterie disposait de mitrailleuses en nombre sensiblement plus élevé, et elle allait se servir pour la première fois des grenades moderne grenades à fusil ou grenades à main munies d'une mise à feu à temps.La cavalerie sortit de sa longue inaction pour prendre au combat une part qu'elle ne retrouvera plus jusqu'à la fin de la guerre. Enfin, on partait avec l'espoir de rompre, dans toute leur profondeur, les organisations ennemies.D'avance, le général Joffre considérait cette offensive comme l'opération principale de la campagne de 1915, et il la prépara durant trois mois avec le soin le plus minutieux.Son objectif essentiel était de rompre le front adverse et d'en repousser les débris assez loin pour nous assurer une zone de manœuvre.« Il faut, disait-il dans ses instructions aux commandants d'Armée, profiter des circonstances présentes, qui ont amené les Allemands à dégarnir leur front occidental, pour rompre leurs lignes de défenses organisées et les forcer à accepter la bataille en rase campagne.La soudaineté et la puissance de notre attaque doivent les désemparer.

Pour mieux nous ménager le bénéfice d'une surprise et donner à l'opération son maximum de portée, cette offensive devait coïncider avec une attaque secondaire, entreprise dans la région d'Arras (L’offensive en Artois,sept) par les forces combinées du général Foch et du maréchal French.Ainsi l'ennemi se trouverait menacé des deux côtés de l'équerre de Noyon.En outre, cette grande action de Champagne serait appuyée par une manœuvre offensive de la 3e Armée sur la rive droite de l'Aisne, et par une action défensive de la 5e Armée entre Craonne et le massif de Brimont.Le général de Castelnau avait été chargé de la conduite générale de l'offensive en Champagne.

Pour l'exécution de cette mission, il avait groupé les forces, dont il disposait, en deux Armées : la 2e, commandée par le général Pétain, l'ancien et déjà glorieux chef du 33e Corps d'Armée, en Artois, et la 4e, sous les ordres du général de Langle de Cary.Elles constituèrent une énorme masse de manœuvre de vingt-neuf divisions et de deux Corps de cavalerie, appuyée par huit cents pièces d'artillerie

En face, dans l'immense plaine aride et crayeuse coupée de bois, le général Von Einern, avait organisé le terrain en deux zones de défense la première présentant de trois à cinq lignes de retranchements séparés par des réseaux barbelés; la seconde, à 4 kilomètres en arrière, moins puissante, mais établie selon le perfide procédé de la contre-pente, et reliée à la première par des tranchées en tous sens.Notre Etat-major avait primitivement fixé au 8 septembre la date de l'offensive; mais les généraux de Castelnau et Pétain firent connaître qu'un délai leur était indispensable.Notre intérêt exigeait une exécution rapide de l'opération. De puissants renforts nous arrivaient d'Angleterre.D'autre part, les Armées russes évacuaient progressivement la Pologne.

Le 3 août, les Allemands étaient entrés à Varsovie, le 19 à Novo-Georgiewsk, le 20 à Biélostock. Trois nouvelles divisions germaniques quittaient le front occidental pour la Russie.Nous devions, en hâte, soulager nos Alliés.Depuis un mois et demi, nos soldats s'entraînaient à l'assaut.Voir comment, au travers du 124e RI, l'attaque fût préparéeLa méthode et les règles de l'attaque avaient été dûment enseignées. Nos avions avaient repéré avec une soigneuse exactitude les fortifications ennemies. Nos parallèles de départ étaient creusées, ainsi que les boyaux permettant l'arrivée des réserves.Les premières lignes françaises qui se trouvaient, en août, à 1100 mètres des premières lignes allemandes, en avaient été rapprochées souvent à cent mètres par nos travaux de terrassement.

Le 22 septembre, tout était prêt pour l'offensive.L’offensive commença le 22 septembre, la préparation d'artillerie, formidable, incessante, plongeant les Allemands dans la stupeur et l'effroi.Elle broya d'abord à grande distance les bivouacs de cantonnement et les bifurcations de voies ferrées.Puis, sous la pluie de nos projectiles, l'ennemi vit sa première position anéantie, et tout ravitaillement lui devint impossible. Pendant soixante-quinze heures, sans arrêt, et par cent mille, nos obus écrasèrent tranchées, abris, boyaux, fils de fer et défenseurs.Des officiers allemands calculèrent que, dans un secteur de cent mètres de largeur sur un kilomètre de profondeur, il était tombé 3600 projectiles par heure.Un temps très beau et très clair favorisait le réglage et aidait fort à propos l'adresse de nos canonniers.

Malheureusement, dans la nuit du 24 au 25, le ciel s'emplit de gros nuages, et des torrents d'eau vinrent délayer cette terre molle et blanchâtre de la Champagne.La question se posa à l'État-Major de savoir s'il n'y avait pas lieu de retarder l'attaque pour attendre de meilleures conditions atmosphériques.Mais, malgré son importance, l'approvisionnement en munitions ne permettait pas de prolonger davantage la préparation d'artillerie. D'ailleurs, le temps parut se remettre au beau.Le 23, un ordre du jour du Généralissime avait demandé à nos soldats :"D’y aller à plein cœur pour la délivrance de la Patrie et pour le triomphe du Droit et de la Liberté. »« Votre élan sera irrésistible, disait-il. Il vous portera d'un premier effort jusqu'aux batteries de l'adversaire, au-delà des lignes fortifiées qu'il vous oppose. Vous ne lui laisserez ni trêve, ni repos, jusqu'à l'achèvement de la victoire. »C'était là une fière réponse aux Allemands qui, depuis un mois, lançaient dans nos tranchées d'insolents messages portant ce défi :

« A quand votre fameuse offensive? Nous vous attendons. »

Dans ses directives aux chefs de grandes unités, Joffre insistait sur ce point qu'il s'agissait de gagner en profondeur le plus de terrain possible sur l'ennemi. Il recommandait de mettre à profit l'ardeur offensive et l'esprit de sacrifice de notre cavalerie, depuis si longtemps inemployée, et cependant si impatiente de retrouver son rôle dans les combats.

Le 24, on se prépara avec entrain à la grande attaque. Un immense champ de bataille s'ouvrait aux élans. Il s'étendait sur une largeur de 25 kilomètres, d'Aubérive à Ville sur Tourbe, dans un paysage crayeux, creusé, çà et là, de dépressions de terrain, et bordé, au nord est, par l'Argonne. L'uniformité morne de ces plaines n'était rompue que par de nombreux bois de pins, toujours pareils, à qui leurs formes géométriques servaient d'appellation : le bois Carré, le bois en Losange, en Trapèze, etc.D'autres noms obscurs désignaient les différents points de cette étendue grise qui, sous son apparence immobile et silencieuse, recelait partout la mort : la ferme de Navarin, l'Épine de Vedegrange, le Trou Bricot, la butte de Tahure, la Main de Massiges.L'héroïsme de nos soldats allait leur donner dans le monde entier une renommée éternelle.Les troupes passèrent la nuit du 24 au 25 dans les places d'armes, à l'arrière des crêtes, en attendant l'heure H, qui devait donner à tous le signal de l'assaut.Ce déplacement à travers l'étroit réseau des boyaux et des parallèles n'alla pas sans peine pour la plupart des régiments et bataillons, les ordres de départ ayant souvent été donnés avant que le passage fût libre. La première et la deuxième ligne regorgèrent bientôt de soldats dont les rangs pressés et immobiles arrêtaient la marche de ceux qui suivaient.Dans la nuit opaque, sous la pluie presque incessante, bien des cohues jetèrent les combattants les uns sur les autres, sans altérer leur entrain ni leur belle humeur.

Le 25 septembre Le jour paraît, gris et humide ; l'heure H est fixée à 9h15... Un commandement part : « En avant !,Vive la France !! » Sans hésitation, sur toute la largeur de l'immense front, les fantassins bleus bondissent au-dessus des parallèles de départ et s'avancent en vagues simultanées et correctement alignées.La surprise de l'ennemi est si complète que ses tirs de barrage restent sans intensité.Les premières positions à conquérir se composaient d'un lacis de tranchées formant une série de lignes très fortes, mais dont la plupart des éléments pouvaient heureusement être observés à vue directe. D'ailleurs, nos avions, munis de télégraphie sans fil, continuaient à se mouvoir dans le ciel pluvieux et à observer les faits et gestes de l'ennemi.Certaines organisations de celui-ci, comme la Main-de-Massiges et la butte du Mesnil, constituaient de véritables forteresses avec abris blindés, à l'épreuve des projectiles les plus puissants, et communications souterraines.La butte du Mesnil possédait, en outre, des tranchées de soutien établies à contre-pente dans les bois ; elles échappaient ainsi à la vue de nos observatoires. Une organisation identique existait à l'est de la Main-de-Massiges, entre l'Arbre-aux-Vaches et l'ouvrage Pruneau.Au sortir des parallèles de départ, les vagues d'assaut successives n'étaient séparées que par un intervalle de cinquante à cent mètres.Sur presque tous les points, elles ne tardèrent pas à se fondre en une ligne unique, ligne qui manqua souvent d'ordre et de cohésion, nos soldats se mettant alors à courir individuellement vers les objectifs assignés à tous. Heureusement, nos pièces lourdes avaient si complètement haché les réseaux qu'en de très nombreux secteurs du front attaqué nous atteignîmes les tranchées d'un seul élan.Notre progression se poursuit alors, malgré les mitrailleuses et la mousqueterie.Tous les boyaux sont bondés de cadavres allemands, fauchés par notre terrible préparation d'artillerieMais nous n'occupons pas avec autant de facilité les centres puissamment fortifiés que les Allemands avaient établis en maints endroits de leur première ligne.Nos soldats ne les enlèvent qu'au prix des plus héroïques sacrifices.

Main de MassigesLa 2e Armée opérait dans la partie de droite du champ de bataille, de Ville sur Tourbe au bois du Trou Bricot. A l'est de son front, l'attaque avait été confiée au 1e Corps colonial, qui devait enlever un des plus formidables bastions de la ligne ennemie : cette Main-de-Massiges pour laquelle, en janvier et février, s'étaient livrés de si rudes combats.Les défenseurs, qui représentaient l'élite des troupes du Kronprinz, avaient reçu l'ordre de tenir coûte que coûte.Leur armement semblait défier les plus vigoureux assauts.

Entraînée parle général Marchand, la 2e division coloniale se rue avec le plus magnifique entrain sur les pentes du promontoire. Accueillie par un feu des plus violents, elle n'en poursuit pas moins son avance audacieuse qui la conduit aux premières tranchées ennemies, dans lesquelles s'engage une furieuse lutte à la grenade.C'est en vain que les feldgrau reçoivent des renforts : nos marsouins ont juré de ne pas lâcher prise; et, bien que leurs rangs s'éclaircissent, ils pénètrent toujours plus avant parmi le redoutable lacis des boyaux et des sapes.Le 21e régiment colonial a reçu pour mission d'enlever la cote 191 et la caponnière de l'Arbre-aux-Vaches.Pour s'emparer des deux premières lignes, il engage une âpre lutte contre un adversaire tenace, sous des barrages d'artillerie et des feux croisés des mitrailleuses.Puis les projectiles se faisant plus rares, nos vagues d'assaut précipitent leur course...Sur un autre saillant de la Main-de-Massiges, le 23e régiment colonial supporte de terribles feux sans qu'il songe à reculer ou à ralentir son élan.Les hommes gravissent les pentes au chant d'une Marseillaise endiablée.Dans le secteur de « l'Annulaire », le 4e régiment colonial, en dépit des plus lourdes pertes, brise partout les contre attaques ennemies et s'organise sur les objectifs qu'il vient de conquérir.A la fin de la journée, la Main-de-Massiges est à nous, mais il va falloir plusieurs jours de lutte pour en repousser définitivement ses anciens possesseurs.Malgré une grave blessure du général Marchand, la 2e division coloniale a gardé jusqu'au bout le même mordant, la même cohésion, et elle a bien mérité sa magnifique citation à l'ordre de l'Armée.A l'est de la Main-de-Massiges, en avant de l'ouvrage Pruneau qu'il occupait, le 3e régiment colonial avait reçu comme objectifs le village de la Justice et le petit bois de l'Oreille.Une effroyable averse de projectiles l'accueille presque au débouché de la parallèle de départ.Les commandants Posth et Raudot et un grand nombre d'officiers roulent à terre pour ne plus se releverUne tempête de malédictions s'élève des rangs de nos marsouins lorsqu'ils constatent qu'en face d'eux les fils de fer de l'ennemi ont échappé au pilonnage de l'artillerie.Néanmoins, à force de vaillance et d'opiniâtreté stoïques, ils atteignent la première tranchée adverse, et s'y maintiennent au prix des plus cruels sacrifices.Le lieutenant-colonel Condamy, qui commande le régiment, est sorti avec la seconde vague. Auprès de lui se tiennent le capitaine Madec, son adjoint, et l'adjudant Faucher.Il arrive jusqu'à la tranchée ennemie et s'y jette.A ce moment, les Allemands prononcent une violente contre-attaque.Donnez-moi un fusil, demande Condamy aux soldats qui l'entourent.On lui en passe un.Il prend place au parapet et commence le coup de feu. Mais à peine a-t-il brûlé quelques cartouches qu'il reçoit une balle dans la bouche et tombe inanimé au fond de la tranchée. C'est en vain que le capitaine Madec lui prodigue ses soins.Le colonel meurt dans les bras de son adjoint, tandis que l'adjudant Faucher s'effondre sur eux, frappé au cœur par une balle.

Furieux delà mort du chef et jurant de le venger, le 3e régiment colonial ne veut pas entendre parler d'abandonner le terrain et tend toutes ses volontés vers la victoire.A la suite d'un combat acharné à la grenade, les marsouins s'emparent d'un important réseau de retranchements.Cette lutte se poursuit sur plusieurs points durant quatre jours; et, le 29 septembre, l'offensive du régiment reprend avec une intensité qui achève de démoraliser l'ennemi et de faire tomber ses défenses.

Voir la bataille de Champagne avec le 99e régiment d’infanterieVoir la bataille de Champagne avec le 124e régiment d’infanterie

BeauséjourDans le secteur de Beauséjour se dresse la butte du Mesnil.Aux alentours de la butte, le 160e régiment d'infanterie avait atteint d'un seul bond la première ligne allemande. Il allait se ruer sur l'ennemi lorsque, subitement, se révélèrent, à gauche, deux mitrailleuses.Surpris, déconcertés, voyant déjà leurs rangs décimés, nos fantassins s'arrêtent, puis refluent précipitamment vers la droite. Le feu des deux mitrailleuses bloque plusieurs sections du 160e dans la parallèle de départ.Ces sections ne peuvent plus déboucher; instant critique et angoissant pour ceux qui s'entassent dans la parallèle, d'où ils peuvent suivre les progrès de notre première vague d'assaut sans pouvoir accourir en renfort.Tout à coup, dans l'espace restreint qui sépare les lignes adverses et qui est devenu désert sous le feu des mitrailleuses, les fantassins bloqués voient s'avancer tranquillement, comme sur un terrain de manœuvre, des cavaliers à pied.Ceux-ci établissent une sorte de route sur le terrain terriblement battu par le feu de l'ennemi.En effet, deux escadrons du 5e hussards ont reçu l'ordre de se porter, sous les ordres du commandant de Lavigerie, à l'attaque de l'ouvrage de la Défaite, et de s'emparer des batteries.Ces escadrons s'ébranlent avec une magnifique et insouciante crânerie.La pluie fine, presque ininterrompue depuis le matin, a rendu le terrain glissant. Ils franchissent les tranchées françaises sur des ponceaux étroits où les chevaux patinent comme sur de la glace, et l'extraordinaire course ne connaît plus d'obstacles.La crête à peine franchie, un tir de barrage accable les intrépides escadrons et jette quelque trouble dans leurs rangs.Conduite avec une admirable vaillance par le capitaine des Moutis, l'étrange chevauchée arrive sur un terrain montueux, puis sur une tranchée allemande d'où crépitent la mousqueterie et les mitrailleuses.Les défenseurs de l'ouvrage, qui jusqu'alors ont résisté avec la plus grande bravoure, lèvent les bras d'un air d'épouvante. Nos hussards les sabrent, traversent au galop tout le terrain de la première position et, bien que réduits à une poignée d'hommes, s'élancent avec une folle impétuosité vers la seconde ligne.Les Allemands regardent, regardent de tous leurs yeux.Et il leur est donné de voir celle chose inouïe : De l'imprévu et la soudaineté de celle charge, les mitrailleuses ennemies, qui avaient nargué le canon et bravé l'infanterie, viennent de se taire.En effet, ce qui reste des deux escadrons atteint la deuxième ligne allemande.Là, malheureusement, un inextricable réseau de fils de fer intacts empêche les chevaux d'avancer.Les cavaliers sautent à terre, abandonnent leurs montures, et se mettent à cisailler les réseaux. Ils sont encouragés par le maréchal des logis Level, qu'une balle mortelle empêche bientôt de s'exposer davantage.Un fortin les couvre de feux croisés de mitrailleuses.

Q'importe !Ces héros bondissent dans le retranchement ennemi, fusillent ou assomment ceux qui leur résistent, si bien qu'épouvantés par tant d'audace 600 Allemands se rendent aussitôt.Le résultat cherché était obtenu. Le secteur dégagé, les renforts pouvaient se porter en avantCependant, au nord de Beauséjour, sur la butte du Mesnil, nos fantassins franchissaient cinq lignes successives, profondes de quatre cents mètres, de la route de Perthes-Cernay à Maisons-de-Champagne.A la gauche du Corps colonial, la 39e division d'infanterie atteignait le bois des Vingt-Mille, puis se lançait à l'attaque de Maisons de Champagne où les Allemands, surpris et désemparés, se rendirent.A 14 heures, la même division participa avec succès à l'attaque de l'ouvrage de la Défaite, mais elle éprouva là des pertes cruelles.De son côté, la 11e division progressa avec difficulté vers la butte du Mesnil.Sur cette partie du terrain, l'artillerie ennemie fut abordée à la baïonnette.Une compagnie, ayant perdu tous ses officiers, s'empara de onze mitrailleuses et deux batteries de 77.Au nord de Perthes, nos contingents savoyards et dauphinois du 14e Corps d'Armée parvinrent à midi sur les pentes de la cote 193.Dans cette lutte, le 19e régiment d'infanterie se fit remarquer par sa fougue et son esprit de sacrifice.Ses vagues d'assaut s'emparèrent rapidement des premières lignes allemandes, et, par le ravin de la Goutte, coururent vers Tahure dont les abords présentaient de terribles difficultés.Sur la gauche du régiment, un violent tir de mitrailleuses arrêta net notre marche en avant. Ce tir partait d'un fortin établi à contre-pente et si habilement dissimulé qu'il avait échappé à notre canonnade de destruction. Après une résistance acharnée, le fortin fut emporté par nos soldats.Les troupes du 11e Corps d'Armée (général Baumgarten) s'emparèrent des Deux Mamelles, poussèrent par leur gauche jusqu'à la Brosse à Dents, et essayèrent d'aborder Tahure, par l'ouest et le sud.Mais leur progression, dans cette direction, rencontra les obstacles les plus redoutables et nous coûta beaucoup d'efforts et de sang. Le 116e régiment d'infanterie fut particulièrement éprouvé.Son colonel et ses chefs de bataillon furent tués devant Tahure.Le capitaine Souchet dut prendre le commandement des débris du régiment. Malgré des difficultés sans nombre et des pertes sensibles, cet officier entraîna le 116e régiment d'infanterie jusqu'à 4.5 km dans les lignes ennemies, suivi avec enthousiasme par ses hommes.Ceux-ci enlevèrent une batterie lourde et une batterie de campagne en action, dépassèrent Tahure et s'accrochèrent avec une indomptable énergie, pendant trente-six heures, à la position conquise, qu'ils gardèrent jusqu'à l'arrivée des premiers renforts.Malheureusement, ces renforts étant insuffisants, le village de Tahure fut perdu malgré l'héroïsme de ses défenseurs, et ne put être repris que le 6 octobre.

Le Trou BricotOn désignait sous le nom de bois du Trou Bricot, les carrés de sapins qui s'élevaient sur les pentes orientales de la cuvette de Souain. Ils s'étendaient sur deux kilomètres environ de profondeur et formaient un des principaux centres de la résistance allemande.Après avoir parcouru quatre kilomètres, les troupes du 14e Corps d'Armée se lancèrent avec vigueur à l'assaut de la position, et réussirent à enlever en quelques minutes le saillant de la lisière sud.Mais, pour emporter l'ouvrage, il était indispensable de l'attaquer sur toutes ses faces. Pendant que la 29e division progressait au nord du bois du Paon et du bois des Perdreaux, la 28e encercla les bois du Trou Bricot sur leur front est.Bientôt, nos lignards prennent hardiment le pas de course, franchissent sans arrêt la première, puis la deuxième ligne allemande. Une troisième tranchée, large et profonde, s'ouvre devant eux.[Le trou Bricot : une tranchée] Ils y sautent et jouent de la baïonnette et de la grenade.C'est ainsi que les redoutables retranchements du Danube et d' York sont conquis.A ce moment, une mine fait explosion ; mais nous repoussons la contre-attaque tentée avec des mitrailleuses et sous la protection des gaz.Rien ne peut venir à bout du joyeux entrain des hommes. Ils viennent d'occuper l'important camp d'Eberfeld et ils se réjouissent d'y trouver du jambon, des saucisses, des confitures, des cigares et jusqu'à une minuscule cathédrale sculptée dans un bloc de craie par un artiste d'outre Rhin. La nuit pluvieuse n'abat pas les courages.Le lendemain matin, le combat reprend plus âpre. Nous devons enlever la deuxième position.J'ais, établie à contre-pente et gardée par un réseau intact, celle-ci est formidablement défendue. Notre première vague d'assaut, accueillie par un feu intense de mitrailleuses, fait à peine trente mètres.Il faut, pour le moment, se contenter des succès jusque-là obtenus.Pendant ce temps, la 4e Armée ne montrait pas moins d'activité et de bravoure que la 2e.La division marocaine avait pris part aux attaques du Trou Bricot. Zouaves et tirailleurs algériens avaient rivalisé d'ardeur et d'opiniâtreté en poursuivant leur avance audacieuse sur un terrain criblé de projectiles.

Sur la route de Souain à Tahure, ils s'étaient emparés des voies d'un chemin de fer de campagne. Mais ils avaient dû, eux aussi, arrêter leur élan devant les deuxièmes positions et prendre la pioche pour se retrancher, en attendant le moment de repartir en avant.Dans cette partie de la plaine, où prennent leur source deux petites rivières: la Ain et la Dormoise, des régiments s'étaient avancés, avec leur drapeau déployé et leur musique. Ils avaient conquis rapidement les premiers objectifs.Le 75e régiment d'infanterie emportait ainsi, sans se heurter à la moindre résistance, une large et importante tranchée qu'on appelait la Cave.Au sortir du bois des Perdreaux, une compagnie du même régiment tombait sur une batterie prussienne. Le caporal Borsier, suivi de quelques hommes, se précipita sur les servants, baïonnette haute.Les artilleurs allemands se rendirent après avoir abattu leur officier qui les exhortait à la résistance.Mais, après avoir traversé la route de Souain à Tahure, nos vagues d'assaut furent accueillies par un feu si violent de mitrailleuses et de mousqueterie qu'elles durent se terrer tant bien que mal. Nous avions là trois régiments d'infanterie : les 52e, 75e et 140e.Le 2e Corps colonial avait reçu l'ordre de se porter de Souain sur la butte du même nom et sur la ferme de Navarin.Placé en tête de la 2e brigade, le 6e régiment colonial s'empara successivement du bois Guillaume Il et des ouvrages très solidement fortifiés du Palatinat et de Maudebourg.Puis, après avoir traversé les tranchées Von Kltick et Von-Tirpitz, il s'élança, dans la soirée, à l'assaut de la tranchée de Lubeck, réputée inexpugnable.Protégée par un fort réseau de fils barbelés avec piquets en métal, cette tranchée s'allongeait à l'est de la ferme de Navarin, près d'un croisement de routes.[Somme Py : ruines : photo allemande] Elle avait été épargnée par notre artillerie (54e), car les obus tombaient en arrière, par suite de son établissement à contre-pente et de la déclivité du terrain. Mais les marsouins du 6e colonial, aidés de leurs camarades du 1e, l'enlevaient avec une admirable furia, ainsi que le retranchement des Vandales.L'ennemi s'accroche alors à la cote 174 et à la ferme de Navarin.Mais le 6e régiment colonial est rejoint par le 33e qui vient d'enlever la tranchée de Wagram.En même, temps accourt le 53e qui, sous les ordres du lieutenant-colonel Richard, s'est emparé du bois Sabot et a franchi au pas de charge les premières lignes allemandes. L'assaut est d'abord donné à la tranchée des Gretchen, sur la route de Souain à Somme-Py.Pourchassés par les baïonnettes, écrasés par une pluie de grenades, les Allemands ne tardent pas à s'enfuir.Malheureusement, les défenses accessoires qui flanquent la ferme de Navarin n'ont pas été entamées par nos artilleurs.La rage au cœur, les marsouins doivent arrêter leur avance et s'établir sur un terrain découvert, où des tranchées, hâtivement creusées, ne leur assurent qu'une illusoire protection.Nous avons cependant fait de nombreux prisonniers et avancé nos lignes de plus de quatre kilomètres.Dans le même secteur, le 2 régiment colonial s'empare, après un irrésistible assaut, du moulin de Souain.Le feu de l'ennemi a fait de terribles vides dans nos rangs et la plupart des officiers jonchent de leurs corps le terrain conquis.Mais le régiment va quand même maintenir pendant quatre jours la totalité de ses gains.Tout près du moulin, le 52e régiment colonial a enlevé les retranchements qui défendent la route de Somme-Py et le bastion de Souain, pendant que le 1e régiment progresse vers la ligne des crêtes de la vallée de la Py, qu'il a mission de couronner. Mais, après une marche extrêmement rapide, force est aux deux régiments de s'arrêter aux abords des inaccessibles positions de la seconde ligne allemande.Le 52e, avec un superbe entêtement, conserve le terrain conquis et va résister là, inébranlablement, pendant plusieurs jours, à un déchaînement infernal de feux croisés.Il inflige de lourdes pertes à son adversaire en repoussant une série de contre-attaques, qui ne cessent que pour permettre aux pièces allemandes de reprendre leur tir d'écrasement.Dans cette journée du 25, le 2 Corps colonial avait réalisé des gains importants; mais, malgré l'énergie et la persistance de ses efforts, il n'avait pu parvenir à déborder la butte de Souain par le nord.A sa gauche opérait le 7e Corps d'Armée.Une division de celui-ci, la 37e, se rendit rapidement maîtresse des premières lignes qui s'étendaient entre Souain et Aubérive, sur la gauche du champ de bataille. En un élan fougueux, elle s'empara du bois Raquette et de l'Épine de Vedegrange.Sur cette dernière position, nous nous heurtons cependant à quelques îlots de résistance.Les troupes du Corps passent une partie de la nuit sur le terrain conquis, puis reprennent, avant le lever du jour, leur progression; elles atteignent la cote 139, et arrivent avec prudence aux environs du mamelon 170.Là, nos patrouilles sont reçues à coups de fusil.Nous stoppons, car l'obstacle est puissant; et, sur ce point, comme sur la plupart de ceux qui se trouvent situés au même degré de profondeur dans les organisations ennemies, les progrès espérés par notre Haut Commandement se trouvent brusquement enrayés.Mais l'offensive complémentaire du 2e Corps de cavalerie (9e,16e, 22e, 29e dragons, 11e chasseurs à cheval), dut se borner à une stérile galopade, trop souvent meurtrière, que fit cesser l'annonce de notre arrêt devant les deuxièmes positions allemandes.Le 11e régiment de chasseurs à cheval se distingua particulièrement dans sa charge en direction des hauteurs sud de la Py. Écrasé par un violent tir de barrage, décimé par les mitrailleuses, le régiment subit les plus lourdes pertes en se heurtant à des réseaux intacts.Seuls, les trois pelotons de tête peuvent arriver jusqu'aux défenses accessoires allemandes.Le sous-lieutenant Preiss s'élance dans la tranchée ennemie, un fusil à la main, en criant : « Qui m'aime me suive l » Une balle l'abat.En tête de la colonne du centre, le lieutenant Legrand fait le coup de feu avec ses hommes presque tous démontés. Le capitaine Loewenbruck, blessé à l'épaule, mais resté en selle, voit que le colonel, le lieutenant-colonel et les deux chefs d'escadrons ont eu leurs chevaux tués.Il rallie ce qui reste du régiment et le ramène à l'abri vers Saint-Hilaire.

Jusqu'au 3 octobre, le 11e chasseurs continua néanmoins de progresser avec l'infanterie. Il fut cité à l'ordre de l'Armée à la suite de ces journées où il avait perdu le quart de ses hommes et la moitié de ses chevaux.Tandis que le centre et la droite du 7e Corps d'Armée progressaient difficilement devant l'ouvrage hérissé de terribles défenses que les Allemands avaient appelé la tranchée Blücher, les 4e et 32e Corps se dirigeaient vers Aubérive, à l'extrémité ouest du champ de bataille.

La 7 division réussit à pénétrer dans la partie nord-ouest d'Aubérive.

Le 32e Corps d'Armée, après être sorti victorieusement des premières lignes allemandes, dut livrer de rudes combats dans le bois des Abatis et sur la route d'Aubérive à Saint-Soupplets.Il subit alors un bombardement par obus toxiques et lacrymogènes, dont nos soldats eurent d'autant plus à souffrir qu'ils n'avaient aucun masque efficace pour les protéger.C'est devant Aubérive que fut tué, héroïquement, le colonel Destival, du 101e régiment d'infanterie.

Récit du 329 ème RI ……cliquez icià (Perthes-lès-Hurlus, Tahure) par Jacques MEYER (1915)Bilan de la première journée d’offensiveCette sanglante journée du 25 septembre s'acheva sous la pluie qui n'avait guère discontinué depuis le début de l'attaque.Sur la grande plaine champenoise une nuit très noire s'étendit, éclairée de temps à autre par les sillons lumineux des fusées. La fatigue de nos soldats se doublait d'une amère déception. Ils avaient espéré que cette offensive, si minutieusement préparée, les conduirait à une prompte et décisive victoire.Hélas ! Après la griserie des premiers succès, il fallait se résigner à de nouveaux efforts, de nouveaux sacrifices.Cependant, tout s'était passé suivant les instructions données par le Haut Commandement. Les objectifs situés dans la première ligne ennemie avaient, pour la plupart, été dépassés.Nos batteries de campagne avaient franchi boyaux et tranchées et avaient suivi et soutenu efficacement notre avance victorieuse.Les réserves avaient bien rempli leur rôle. Mais la deuxième ligne allemande était demeurée inaccessible dans tout son ensemble.Notre État-Major n'en avait eu qu'imparfaitement connaissance; la puissance de ses défenses ainsi que l’habileté de son établissement avaient provoqué chez les troupes d'assaut une désolante surprise.

Cette deuxième ligne, située sur le versant nord de la Dormoise, s'était trouvée hors de la portée de notre artillerie de campagne. Elle sortait à peine de terre à la fin de juillet; mais, dès qu'avaient commencé nos travaux d'approche, l'ennemi s'était mis à y travailler fiévreusement.Nos pièces lourdes avaient bien essayé de gêner ce travail, puis d'en détruire les effets.Malheureusement, elles étaient trop peu nombreuses et trop mal approvisionnées pour pouvoir obtenir un résultat sérieux.Malgré tout, au moment de l'attaque, les tranchées n'étaient pas encore complètement terminées sur la croupe de l'Arbre 193 et à l'ouvrage de la Vistule.Par contre, les organes de flanquement se trouvaient tous en place, ainsi que les réseaux barbelés qui présentaient même une résistance et une épaisseur inaccoutumées.Les cisailles de nos soldats ne parvinrent pas à les couper.La force de cette ligne était doublée par son tracé à contre-pente, qui la rendait absolument invisible à nos observatoires terrestres.Néanmoins, dans la soirée du 25, nos troupes avaient gagné, sur tout le front de bataille, une appréciable profondeur de terrain.

Quatre avances étaient particulièrement à signaler, en raison de leur importance tactique une, assez légère, en direction de Saint-Souplet ; deux, plus importantes, dans la région nord de Souain et de Perthes-les-Hurlus ; la quatrième dans la région de Maisons-de-Champagne et de la Main-de-Massiges.La lutte allait se poursuivre les jours suivants et se prolonger, après une courte interruption, jusqu'au 7 octobre

Le 26, complétant et élargissant les succès de la veille, nos vagues d'assaut arrivèrent à border complètement la deuxième position allemande, depuis la route de Saint-Soupplets jusqu'à la butte de Tahure, c'est-à-dire sur un front de quatorze kilomètres.Plus à l'est, l'ennemi réussit à se maintenir dans ses retranchements entre Tahure et la butte du Mesnil. La progression de toute la 2e Armée se trouva de ce fait enrayée. Cependant les Allemands semblaient décontenancés par la violence de nos assauts. De très nombreux prisonniers, un important matériel tombèrent entre nos mains. On a dit qu'à cette heure difficile von Einem avait donné un ordre de repli sur la Meuse.

Les 27 et 28 septembre, nous cherchâmes encore vainement à faire brèche dans la deuxième position allemande, bien que les effectifs eussent d'abord paru assez faibles sur toute la partie abordée par la 4e Armée. On se battit sans répit sur toute la largeur du front. Autour de la ferme de Navarin, coloniaux, tirailleurs marocains et chasseurs à pied s'élancèrent en de furieux assauts.

Le 28,du côté de Somme-Py, le 1e régiment colonial était parvenu un moment à entamer la deuxième position allemande avec l'aide des tirailleurs sénégalais. A l'Épine de Vedegrange, quelques braves du 16e régiment d'infanterie pénétrèrent également dans la position et commencèrent à l'explorer. Payant d'audace, le sergent Le Lorrec et le caporal Launay forcèrent même à se rendre les Allemands qu'ils rencontrèrent, et ramenèrent ainsi trente prisonniers.Mais partout nos soldats se heurtaient à des organisations défensives dont la valeur n'avait pu être exactement appréciée, à des fils de fer intacts, à des tranchées à contre-pente. N'existait-il pas un endroit plus vulnérable, un défaut de l'armure dans cet impénétrable système de fortifications ?Un moment, le général de Castelnau pensa l'avoir trouvé et il ordonna de chercher la rupture entre la butte de Tahure et la route de Saint-Soupplets par une action d'ensemble bien préparée et méthodiquement menée.Mais le mauvais temps, l'impossibilité de régler le tir de l'artillerie, une liaison insuffisante entre l'infanterie et l'artillerie, l'arrivée de renforts ennemies ajoutaient encore aux difficultés qui s'accumulaient devant nous depuis quatre joursCependant, au cours de la journée du 29, on vit briller une dernière lueur d'espoir.

Le 28 au soir, nous avions pris pied dans un élément de la deuxième position que nos soldats désignaient sous un terme d'argot à la crudité rabelaisienne : ils l'appelaient la tranchée des Tantes. Celle-ci fut même légèrement dépassée. On signala aussitôt cette progression à l'état-major du 7e Corps qui pensa que l'élargissement de cette brèche pouvait conduire à la percée.Durant la nuit, toutes les unités disponibles furent acheminées vers cette partie du frontLe lendemain, plus de neuf régiments franchirent la tranchée des Tantes.Malheureusement, ils avaient été amenés des points les plus divers et plusieurs même venaient de débarquer. Ils ne connaissaient pas le terrain, ce qui rendit très pénible leur marche vers le lieu de concentration et occasionna les retards les plus préjudiciables.Arrivé le premier et lancé en pleine nuit, sous une pluie battante, le 42e régiment d'infanterie ne put concerter son action avec celle des groupes de cavaliers à pied et de coloniaux qui opéraient à sa droite, ni avec celle des chasseurs à pied qui s'efforçaient d'avancer à sa gauche.A l'aube, il était cerné par les Allemands qui contre attaquaient sur nos deux flancs. La brigade Destenave, dont le bataillon de tête accourait, ne put déboucher de la tranchée où s'entassaient en désordre fantassins, chasseurs, marsouins et cavaliers.Les autres brigades n'arrivaient à proximité que dans la journée du 29.Une attaque de nuit fut alors préparée.Mais l'ennemi s'était solidement installé en arrière de la brèche, et faisait converger sur l'étroit goulet des feux incessants d'artillerie et de mitrailleuses. A une heure du matin, quelques éléments essayaient encore d'attaquer, mais vainement.Le général de Castelnau décida de renoncer à cette tentative demeurée trop longtemps stérile. La deuxième position allemande restait intacte.Afin de l'enlever, il devenait désormais nécessaire de reprendre une préparation d'artillerie sur l'ensemble du front.Le nouvel assaut devait être ensuite tenté avec des troupes fraîches.

Ces raisons nous obligeaient à marquer un temps d'arrêt pour les préparatifs d'une nouvelle offensive d'ensemble. Aussi le général Joffre se décida-t-il à suspendre cette action.Mais, afin de consacrer les résultats obtenus, il adressa, le 3 octobre, aux troupes qui venaient de soutenir avec tant de vaillance l'âpre lutte, un ordre du jour qui se terminait par ces mots :« Aucun des sacrifices consentis n'a été vain. Tous ont su concourir à la tâche commune. Le présent est un sûr garant de l'avenir. Le Commandant en chef est fier de commander aux plus belles troupes que la France ait jamais connues. »La nouvelle attaque se déclencha le 6 octobre, par un temps brumeux qui gêna beaucoup le tir de notre artillerie.Dix divisions fraîches avaient été acheminées vers la Champagne.Le général de Castelnau disposait de trente-cinq divisions, dix sept affectées à la 2 Armée et dix-huit à la 4e.A 5h20 du matin, les vagues d'assaut reprirent leur élan.Les tirailleurs marocains enlevèrent presque sans coup férir la tranchée des Vandales qui, prise le 25 par les coloniaux, n'avait pu être conservée. Ils la dépassèrent d'un kilomètre, mais finirent eux-mêmes par être refoulés. Sur tous les autres points, la deuxième position allemande resta aussi invulnérable que dans 'les journées de la fin de septembre.Le seul résultat important de cette reprise de la bataille fut l'enlèvement du village et de la butte de Tahure, emportés d'assaut par un régiment normand.L'ennemi tenta, pour les réoccuper, une série de contre-attaques qui échouèrent.

Le 6 octobre tout le 297e RI est engagé à l'Epine de Védégrange et disparaît presque en entier dans la fournaise.Sur d'autres points, malgré l'absence de gains appréciables, nos troupes se signalèrent par de glorieux exploits. Au nord de la ferme de Navarin, des régiments de l'Est et d'Afrique se lancèrent impétueusement à l'assaut, firent de nombreux prisonniers au Xe Corps d'armée allemand arrivé récemment de Russie, poussèrent de l'avant, puis, s'organisèrent dans les tranchées conquises.Des régiments, composés de Bretons et de Vendéens, s'emparèrent du bois de la Brosse-à-Dents.Mais cette seconde partie de l'offensive ne se prolongea pas, et se limita à une seule journée. Les approvisionnements en munitions s'épuisaient. Des remaniements importants s'imposaient dans la composition des Armées.Le général Joffre décida d'arrêter les opérations.Nous devons mentionner l'offensive exécutée par la 3e Armée, sous les ordres du général Humbert, à l'ouest de l'Argonne, pour couvrir et prolonger l'attaque de la masse principale.La 128e division, chargée de l'opération, avait entrepris, le 25 septembre, à 9h15, un premier assaut sur un front de 1500 mètres, mais elle n'avait réalisé que des résultats insignifiants en raison des violentes contre-attaques allemandes.On reprit l'assaut dans l'après-midi, mais le débouché des tranchées se trouva aussitôt barré par des tirs très intenses.Ainsi se termina le combat, qui, d'après les ordres du Haut Commandement, ne devait guère dépasser le rôle d'une démonstration.Bien qu'elle n'eût pas donné les résultats qu'on en attendait, cette bataille de Champagne ne resta pas sans fruits.Les forces germaniques, surprises par la violence de nos assauts, se virent contraintes de nous abandonner sur un front de vingt-cinq kilomètres, une moyenne de quatre kilomètres de terrain en profondeur, qui constituaient une zone de défenses formidables et réputées imprenables.L'ennemi laissait entre nos mains 26000 prisonniers dont 350 officiers, 150 canons, un abondant matériel de siège et de combat. Sur les 200.000 Allemands engagés au cours de l'action, 140.000 avaient été tués, blessés ou prisonniersSans doute, éprouvions-nous une cruelle déception.Si, dans l'après-midi du 25 septembre, les 27e, 28e et 22e-divisions étaient parvenues à quelques centaines de mètres des tranchées de l'Arbre 193 et de la Vistule, si elles avaient pu rompre cette mince ligne d'ouvrages, c'était le passage à la guerre en rase campagne, la victoire stratégique après la victoire tactique.La bataille de Champagne n'en démontrait pas moins la difficulté, sinon l'impossibilité d'emporter d'un même élan les positions successives de l'ennemi.Telle quelle, elle infligeait à celui-ci une forte diminution matérielle et morale, elle affirmait avec éclat la valeur de nos troupes et faisait croître dans les coeurs français cette force qui les a soutenus jusqu'à la fin de la guerre : l'espoir.

 4.7 - Torpillage du Suzette Fraissinet Cargo de la Compagnie de Navigation à Vapeur Fraissinet (1900-1918)

Liste d’équipage à reprendre sur http://img41.imageshack.us/img41/5472/suzettefraissinetequipa.jpgRapport du capitaine

Quitté Tunis le 9 Mai à 14h40 avec 2500 t de phosphate tribasique de chaux en vrac pour la société du Dhyr à Marseille. Sorti du chenal de La Goulette à 16h00, puis route en convoi avec un vapeur anglais, escortés d’un chalutier. Forte brise d’ESE, mer forte. Mouillé en rade de Sidi Abdallah le 10 Mai à 01h30.

Appareillé le 10 à 10h00, selon les ordres reçus et rejoint un convoi.

Navigué dans les eaux du vapeur SUNRAY, matelot d’avant et à hauteur du vapeur américain WICO, matelot de tribord. A 04h45, violente secousse suivie d’une explosion et accompagnée d’une grande gerbe d’eau et d’un épais dégagement de fumée très noire. Nous avons été torpillés à l’avant tribord, sous le gaillard, et la cloison d’abordage a été défoncée. Le gaillard est tout de suite submergé. Fait au sifflet les signaux réglementaires et stoppé la machine. Vu la forte densité du chargement et l’importance de l’entrée d’eau, j’ai tout de suite compris que le navire ne pouvait être sauvé. Ordonné l’évacuation. Jeté à la mer la boite lestée des documents, percée de trous. Les embarcations à leur poste de mer sont débordées et le personnel de l’arrière, de la machine et de la chaufferie y prend place.Un canonnier, de veille à sa pièce a été projeté sur le pont par l’explosion. Les autres ont été surpris dans leur sommeil. Ils ont eu beaucoup de peine à sortir de leur poste envahi par l’eau, obstrués par les engins et appareils de levage placés sur le gaillard. Ils n’ont pu prendre les gilets de sauvetage placés sous leurs couchettes. Je leur crie de la passerelle de se jeter à la mer pour être recueillis par le canot tribord. Plusieurs blessés restent accrochés aux tringles du gaillard. Je prends une brassée de gilets de sauvetage sur le château central et je tente d’aller à la nage jusqu’au gaillard. Mais le navire, quoi que très enfoncé, a conservé un peu d’erre et je ne peux lutter contre ce courant. Je heurte des tronçons de mâts de charge, les panneaux, et parviens enfin sur le gaillard tandis que le canot tribord approche. Peu à peu tous les hommes gagnent le canot. Lorsqu’il n’y a plus personne à sauver, je me jette à l’eau et gagne à mon tour le canot tribord.

Les chauffeurs me disent que leur camarade Penven est resté dans le poste des chauffeurs, probablement tué par l’explosion. Il est impossible de pénétrer dans le poste des chauffeurs, trop submergé, pour aller chercher le malheureux Penven. L’embarcation bâbord approche. Tout l’équipage est bien là, exception faite de Peven, inscrit à Concarneau.

Le navire s’enfonce et coule à 05h15, tandis que le chalutier ISOLE nous recueille. Nous naviguions en convoi avec six autres vapeurs et quatre chalutiers d’escorte. La position estimée du naufrage est 38°15 N et 08°05 E. J’étais de quart à la passerelle et la relève des hommes et des canonniers avait eu lieu 45 minutes auparavant, à 04h00. Nous faisions route au N70W.

L’équipage est resté digne et calme. Evacuation avec rapidité et le plus grand sang froid. Officiers et équipage ont fait leur devoir.Recueillis par ISOLE, officiers et équipage ont ensuite été répartis sur les vapeurs HOMBY CASTLE, WICO et FORDE qui appartenaient au convoi. Nous avons trouvé le meilleur accueil sur ces navires. Débarqués à Gibraltar le 15 Mai à 09h00.

Rapport du 2e mécanicien SOUSSIN

J’étais de quart dans la machine au moment de l’explosion. J’ai attendu l’ordre de stopper la machine. Cet ordre ne venant pas et le navire apiquant de l’avant, j’ai stoppé la machine et suis remonté à mon poste d’abandon à l’embarcation arrière. L’embarcation était déjà à la mer et je me suis jeté à l’eau pour la rejoindre.

Rapport du 1er chauffeur GEFFROY

J’étais couché et l’explosion a eu lieu presque sous ma cabine. J’ai été projeté à terre. Je me suis porté vers le canot tribord et j’ai manœuvré les garants avec Morandière et le lieutenant. En raison de l’erre du navire, l’embarcation est partie au large avec Morandière et le lieutenant. Je me suis jeté à l’eau, ai rejoint l’embarcation, puis à trois nous avons nagé pour revenir vers le gaillard. Deux hommes nous ont rejoints. Puis nous avons embarqué quatre ou cinq hommes avant d’être obligés de nous écarter en raison de la houle. Nous sommes revenus une seconde fois et le reste de l’équipage a embarqué, ainsi que le commandant qui a quitté le bord le dernier.

Rapport du matelot CODUR

J’étais dans le poste d’équipage bâbord quand l’explosion s’est produite. Je suis monté sur le gaillard où se trouvaient d’autres matelots et chauffeurs. L’embarcation du lieutenant était au large. Je me suis jeté à l’eau avec le chauffeur Pierre Guillou. Nous avons rejoint l’embarcation et nous sommes mis aux avirons pour sauver les autres hommes restés sur le gaillard.

Rapport du lieutenant AMBROSINO

Au moment du torpillage, je venais de quitter le quart. Je suis allé au canot tribord qui était mon poste d’évacuation. Aidé de Morandière et du 1er chauffeur Geffroy nous avons amené à la mer l’embarcation. Geffroy a du sauter à l’eau pour nous rejoindre. A trois, nous sommes revenus vers l’avant, mais la houle et le vent nous écartaient vers le large. Deux hommes, Guillou et Codur nous ont alors rejoints et en deux tentatives nous avons pu recueillir tous les hommes du gaillard.

Rapport de l’officier enquêteur

Il reprend les diverses dépositions et précise que la catastrophe a été brutale. On n’a vu ni périscope, ni sillage. Tout l’avant du bâtiment a aussitôt été plongé sous l’eau. Le guindeau est tombé dans le poste équipage. C’est heureux car cela leur a permis de sortir, la porte étant coincée.

Le capitaine a été très dévoué et c’est grâce à son courage personnel que les hommes qui étaient dans le poste d’équipage avant ont pu être sauvés. Le chauffeur Penven a probablement été tué par l’explosion.

Conclusions de la commission d’enquête

Après avoir longuement repris le déroulement des faits, la Commission estime que le sauvetage a été mené à bonne fin, notamment grâce au lieutenant Ambrosino et aux hommes montés avec lui dans le canot tribord.

Elle trouve regrettable qu’après la première attaque qui s’était déroulée à 00h45 contre le SUNRAY, un 2e déroutement n’ai pas été ordonné par le chef du convoi (Américain). Elle regrette aussi que les navires les plus rapides du convoi n’aient pas été aussitôt expédiés en avant sous la garde d’un ou deux escorteurs ce qui leur aurait permis de s’écarter de la zone d’action de l’ennemi.

Elle estime que les suggestions du capitaine de SUZETTE FRAISSINET (nota : formulées dans un rapport complémentaire) doivent retenir l’attention. En particulier, il y a inconvénient à grouper dans un même convoi des navires de vitesses différentes. Il y aurait intérêt, pour la sécurité des bâtiments, de former, même au prix de quelque retard, des convois homogènes. Les navires les plus lents doivent être les mieux protégés.

Récompenses

Citation à l’Ordre de la Division

GIBERT Justin Capitaine

A donné l’exemple du sang froid et du calme lors du torpillage de son navire. A tenté par tous les moyens de donner des ceintures de sauvetage à une partie de son équipage qui se trouvait en situation périlleuse.

Citation à l’Ordre de la Brigade

AMBROSINO Pierre Lieutenant

A, par son esprit d’initiative et son courage, assuré au moyen de l’embarcation dont il était chargé, le sauvetage d’une partie de l’équipage sui se trouvait en situation périlleuse.

Témoignage Officiel de Satisfaction

MORANDIERE Philippe Matelot chauffeurGEFFROY François 1er chauffeur

Ont prêté un concours diligent et dévoué au sauvetage d’une partie de l’équipage

CODUR Théodore MatelotGUILLOU Pierre Chauffeur

N’ont pas hésité à se jeter à l’eau pour aider à la manœuvre d’une embarcation de sauvetage dont l’équipage luttait difficilement contre la mer et le vent

MINIOU Victor ChauffeurSAOUT Jean-François Chauffeur

Etant eux même en position précaire, ont dégagé et sauvé cinq de leurs camarades coincés dans les débris du navire.

A noter que ces récompenses vont provoquer l’ire du chef mécanicien Canioni qui enverra, par le truchement de son syndicat, une longue lettre au Ministre dans laquelle il se plaint que l’on fait la part belle aux gens du pont. Cette lettre est d’ailleurs assez maladroite. Il déclare en effet :

- avoir été brièvement interrogé par une commission composée d’un « Enseigne de Vaisseau de N ième classe » -sic- et d’une dactylo- n’avoir pas eu le temps de discuter du rapport du capitaine- que toutes les actions sont considérées comme « d’éclat » quand il s’agit des gens du pont, et « ordinaires » quand il s’agit des gens de la machine.- que cette commission de la Marine fait une fleur aux gens du pont sans doute par esprit de corps….

Outre l’inexactitude du propos, car les mécaniciens ont bien été récompensés, on sent que ce chef mécanicien, d’une part n’aime guère les militaires, d’autre part est extrêmement vexé de ne pas avoir été cité avec le commandant et le lieutenant…

Aucune réponse à cette lettre ne figure aux archives.

Le sous-marin attaquant

C'était donc l'UB 52 de l'OL Otto Launburg (1890 - 1980)

Cdlt

 5 - Les Navires

 5.1 - 'la Flotte de Napoléon III'

5.1.1 - La Corvette la Diligente

Série de quatre corvettes construites et achevées pour la Compagnie des Indes dont seule la Diligente restait en service en 1850 - plans d'Ozanne - navire le plus rapide son époque.

La Corvette-Aviso la Diligente, portant 18 canons, lancee en 1801, sur les plans d'OzanneCe joli navire eut une marche tellement superieure, qu'il devint bientot celebre. Son premier voyage aux Antilles fut si rapide, qu'on douta qu'il l'eut accompli. Refondue une premiere fois en 1821, puis en 1827 et 1847, la Diligente a constamment navigue en affirmant son incroyable superiorite. (Aquarelle de F.Roux : Musee de Marine)Renseignements techniquesChantiers : BrestSur cale : 1800Lancement : 6-11-1801Enlevé : 12-10-1854

CaractéristiquesDimensions : 33.8 x 8.4 x 4.7 mPropulsion : (hélice, machine, voilure) à voilesArmement : 18x18 caronadesCoque : bois

Campagnes 6-2-1806 : bataille de Santo Domingo.

6-9-1808 : combat avec le brick anglais le Curieux à la Barbade. Ce dernier s'échappe.

24-9 au 2-10-1808 : mouille aux Saintes..

2-10-1808 : coule le brick mexicain Juliana.

12-11-1808 : retour à Lorient.

1811-12 : navire-école à Lorient.

3-12-1812 : aborde le Nestor en rade de Brest.

1814 : désarmé.

22-8-1820 au 4-1-1821 : en refonte à Brest.

21-4-1821 : appareille de Brest pour les Antilles, Guyane et Terre-Neuve.

30-8-1822 : retour aux Antilles.

2-11-1822 : appareille de Rochefort pour la station du Brésil.

27-12-1826 : retour à Brest.

1827 : désrmée pour refonte.

1828 : Levant.

1831 : affaire du Tage.

1835-36 : station de Livourne.

26-10-1840 : appareille de Toulon pour Alexandrie.

3-1841 : Smyrne.

9-1843 : Athènes.


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