Message d'information du propriétaire de l'arbre

close

Bonjour à tous                                              

Françoise                                                                                 Michel                                                                     

Ascendance maternelle Bretagne -Finistere Sud                 Ascendance maternelle Ile de Franceet Picardie

Ascendance paternelle Périgord- Dordogne                        Ascendance paternelle Ile de France etLuxembourg

N'hésitez pas à mecontacter pour réparer d'éventuelleserreurs. Ma Généalogie n'yfait pas abstraction ; sans compter les subtilités de lapaléographie


Jean Marie Salomon
Jean Marie Salomon
  • Né le 20 mars 1876 (lundi) - Beuzec-Conq - 29900 - Finistère - Bretagne - France
  • Décédé le 25 septembre 1915 (samedi) - Ville-sur-Tourbe - 51800 - Marne - Champagne-Ardennes - France,à l'âge de 39 ans
  • Inhumé - Ville-sur-Tourbe - 51800 - Marne - Champagne-Ardennes - France
  • Cultivateur - Mort Pour la France
2 médias disponibles 2 médias disponibles

 Union(s) et enfant(s)

 Notes

Notes individuelles

  La deuxième bataille de Champagne (septembre 1915)

Cette offensive faisait partie d'un plan visant à reprendre la main, elle devait se déclencher simultanément sur deux points du front. Le premier au nord d'Arras devant Neuville-Saint-Vaast et Vimy et le second en Champagne. Pour la Marne l'effort sera mis entre Aubérive et la Main de Massiges sur vingt-cinq Km de front. On travailla tout l'été pour mettre en place l'offensive, des gares et des camps furent créés, de larges tranchées furent tracées régulièrement avec des sens de passages pour amener rapidement des troupes en première ligne et rapatrier les blessés. Des places d'armes sont creusées pour stocker le maximum de troupes le jour " J ", tous les mouvements et travaux furent exécutés de nuit pour ne pas éveiller l'ennemi. Des dépôts énormes de munition furent approvisionnés et 2 000 pièces diverses d'artillerie furent postées dans chaque bois ou repli de terrain. Deux armées, la 4e de de Langle de Cary et la 2e de Pétain soit 33 divisions vont se trouver engagées. Ce n'étaient plus les combats de la fin de l'hiver 1915, pour la première fois on donnait aux soldats les moyens de mener une attaque victorieuse et chaque poilu était persuadé que la victoire ne pouvait pas lui échapper. Le 22 septembre les canons se démuselèrent, dans un vacarme assourdissant, ils vont tirer pendant trois jours et trois nuits 1 000 000 d'obus de tous calibres et niveler la première ligne ennemie.

L'OFFENSIVE ( 25 septembre 1915 )

Sur tout le front de la 2ème armée, les vagues d'assaut s'étaient ébranlées d'un même élan, derrière nos barrages allongeant leurs tirs à une cadence régulière. Mais alors que la gauche de l'armée enlevait très vite les premières positions allemandes, sa droite se heurtait, sur beaucoup de points échappant à l'observation terrestre, à une résistance qu'elle brisait mais qui la laissait désorganisée; et son attaque centrale échouait devant des ouvrages en grande partie intacts.

A sa droite, pendant que les 22ème et 24ème colonial, malgré des barrages dispersés dans le Ravin du Ruisseau, de l'Étang, gravissaient les pentes ravinées de la Main de Massiges, Toutes les troupes qui attaquaient entre la Main et la Butte du Mesnil - la 39ème D.I. et le 3ème bataillon du 69ème, droite de la 11ème division -, subissaient de lourdes pertes pendant la traversée des premières tranchées ennemies, insuffisamment réduites par notre artillerie.

Dès son départ, le 1er bataillon du 146ème tombait sous le feu de mitrailleuses qui, tirant du Médius de la Main de Massiges, le prenaient à revers et arrêtaient aussi, à sa droite l'attaque des coloniaux sur l'index - soit qu'il eût trop vite avancé dans l'interligne, soit que notre barrage ne se fût pas assez allongé. Pour l'éviter il obliquait à droite, passait devant le Bois en Demi-Lune qu'il devait aborder, puis, se redressant, marchait sur Maisons-de-Champagne en tournant ainsi le Bastion par l'est.

A la gauche du 146ème, le 153ème débouchait mieux, malgré de violents barrages allemands. Ayant dégagé du sud au nord le Ravin en Fer-de-Lance et traversé trois lignes de tranchées dans la partie ouest du Bastion, ses deux bataillons de ligne continuaient leur progression sur Maisons-de-Champagne; derrière eux, son troisième bataillon, en réserve de brigade, n'avançait que lentement par des boyaux durement battus.

En revanche, le 160ème s'engluait dans le labyrinthe de tranchées qui composait le nouveau Fortin de Beauséjour, n'en ayant franchi d'un élan que la première ligne. Arrêté d'abord par des mitrailleuses non détruites, le centre pouvait reprendre assez facilement sa marche, enlevant même et dépassant, malgré une vive résistance, la troisième ligne. Mais après trois quarts d'heure sa droite et sa gauche étaient toujours arrêtées dans des positions des secondes lignes, puis cernées par des allemands sortis en nombre des abris de la première, qui n'avait pu être nettoyée. L'attaque, là, dégénérait en luttes individuelles à chaque détour des boyaux enchevêtrés. La situation de la droite était précaire quand survinrent deux escadrons du 5ème hussard ( escadrons divisionnaires ), envoyés pour appuyer l'avance des deux régiments de droite ayant passé les premières positions. N'ayant pu trouver en place les groupes à pied qui devaient leur indiquer les brèches ouvertes dans nos réseaux, et au lieu d'emprunter le Ravin du Fer-de-Lance qui les aurait menés en direction de Maisons-de-Champagne, quelques groupes de cavaliers s'engagèrent dans le ravin allant de l'est à l'ouest vers le Bois Barrant, puis se jetèrent sur la première ligne allemande reformée derrière nos vagues d'assaut, et la franchirent sous les grenades. Cette apparition archaïque d'une cavalerie chargeant sabre au clair sur des tranchées, entre des réseaux déchiquetés par les torpilles, jeta le désordre parmi les allemands. Avec l'appui des cavaliers qui avaient mis pied à terre, les fractions isolées du 160ème mirent à profit ce désordre pour se dégager et ré attaquer. Peu après 10 heures le Fortin était pris, sauf sa partie nord-ouest qui tenait toujours, mais était débordé par le 3ème bataillon du 69ème qui, ayant attaqué du Saillant I, à gauche, avait enlevé devant lui les premières lignes, franchi la Tranchée des Walkyries ( courant du sud-est au nord-ouest et reliant, par le Ravin d'Hébuterne, l'arrière gauche du Fortin de Beauséjour à la Butte du Mesnil), fait plus de six cents prisonniers et, malgré de grosses pertes, marchait vers le Bois Allongé sous les feux de flanc de la Butte du Mesnil.

Vers 11 heures, le 2ème bataillon du 146ème, ayant achevé son mouvement par l'est du Bastion, s'emparait des ruines de Maisons-de-Champagne, et, rejoint par les deux bataillons du 153ème, dont la gauche était mêlée à des éléments du 160ème qui avaient traversé le Fortin, dépassé le Bois Allongé et le Bois Rabot, et que poussaient vers l'est les feux de la Butte du Mesnil, continuait son avance vers le nord.

Des feux d'artillerie et de mitrailleuses venant de l'Ouvrage de la Défaite ( sur la crête à 400 mètres au nord-est de la ferme de Maisons-de-Champagne ) obligeaient ces unités mélangées à appuyer vers l'ouest, en direction de Ripont, à quinze cents mètres. Elles avançaient, en terrain libre, ne rencontrant plus aucune résistance; au passage, elles enlevaient deux batteries de 105 en partie abandonnées, puis, vers midi, deux batteries de 77 en action à quelques centaines de mètres des lisières de Ripont. Vers la même heure, le 69ème surprenait dans la partie ouest du Bois Allongé quatre batteries qui, se sentant débordées, attelaient pour se replier; il en tuait les chevaux et faisait prisonniers les hommes, avant de pousser, lui aussi, vers la Dormoise. Mais sans commandement coordonné, privé d'artillerie et de renforts - faute de renseignements et de signaux clairement vus ou compris, nos barrages avaient continué leur marche mathématique avant de s'éteindre, à bout de portée; dans les boyaux conquis les bataillons de soutien étaient ralentis par les feux de barrage et accrochés par des éléments ennemis qui s'étaient reformé derrière nos vagues - , cette pointe d'attaque, cette fin de ruée, était condamnée. Des contre-attaques se déclenchaient devant elle et sur ces flancs, lancées des ravinements aboutissant à la Dormoise que seuls quelques isolés atteignaient avant d'être tués où capturés. Les 5ème et 9ème Compagnies du 160ème tentaient de réagir; tournées par la gauche elles étaient anéanties. A ce régiment dix commandants de compagnie sur douze étaient tombés. Les débris des deux bataillons du 153ème n'avaient plus de cadres - au cours de cette avance l'un des chefs de bataillon avait été tué, l'autre blessé et fait prisonnier -, comme le 2ème bataillon du 146ème. Ce fut le repli des survivants, un repli quasi individuel, sous la pluie, le sifflotement des balles de mitrailleuses et la poursuite des obus, vers le Bois Allongé, vers le sud immédiat de Maisons-de-Champagne, où s'organisa la résistance, en attendant la venue des renforts.

A gauche de la 39ème D.I. l'attaque s'engageait plus mal encore. Sauf sur un point, où le succès obtenu s'achevait en désastre, les régiments de la 11ème et de la 21ème division qui attaquaient la Butte du Mesnil et ses avancées sud-ouest - la cote 196 et la Courtine vers le Trapèze - ne pouvaient déboucher ou rencontraient des obstacles tels que leur élan s'en trouvait brisé.

En liaison à droite avec le 69ème, le 26ème partait des lisières nord du Bois Oblique, dont les parallèles bouleversées par les tirs de contre-préparation ennemis obligeaient les compagnies d'assaut à rester aplaties en colonnes dans les boyaux sous le feu. Un violent barrage accueillait son attaque, et il s'éparpillait dans le chaos des tranchées et d'entonnoirs du Filet ( au bas des pentes sud-est de la Butte du Mesnil ) dont il ne pouvait dépasser la troisième ligne; il y restait accroché toute la journée, mêlé à des fractions de la gauche du 69ème et de la droite du 37ème. elui-ci franchissait non sans pertes le Ravin des Cuisines, en masquait les ouvrages et abordait par le sud la Butte du Mesnil. Sa compagnie de droite, la 12ème, arrivait devant la Tranchée de la Crête après avoir enlevé la Tranchée du Crochet -première ligne - , mais ne pouvait s'y maintenir. Sa compagnie du centre, la 9ème, était anéantie vers le boyau de Minden, dans les troisièmes lignes, le 1er bataillon, à sa gauche, s'étant heurté à des réseaux intacts, profonds de vingt-cinq à trente mètres, et ayant dû se replier sur le Ravin des Cuisines, qu'il conservait, mais où ses compagnies de soutien étaient bloquées par des fortins qui ne se rendraient ou ne seraient réduits qu'après la chute du jour. A l'extrême gauche de la 11ème division, le bataillon engagé du 79ème était arrêté de même en avant des Trois-Coupures, sauf deux compagnies isolées du bataillon Bouffin, du même régiment, qui traversaient d'un bond toutes les défenses allemandes et débouchaient sur le revers des pentes ouest de la Butte du Mesnil, vers le Bois du Peigne et de la Galoche.

Un temps, ces quatre cents hommes virent devant eux un terrain miraculeusement libre. Mais la droite était arrêtée. A gauche, le 1er bataillon du 93ème ( extrême droite de la 21ème D.I. et du corps d'armée ) était partie un peu trop tôt sur la cote 196; des barrages, des feux de flancs, l'avaient isolé, dispersé, détruit. Des arrières de la ligne allemande reformée à gauche, des tunnels qui creusaient la Butte du Mesnil, à droite, des réserves ennemies surgirent et enveloppèrent la pointe d'attaque du 79ème. Quelques groupes résistèrent sur place jusque vers 11 heures, d'autres poussèrent à travers bois du côté de la Dormoise. Nul homme de ces deux compagnies ne revint dans nos lignes.

Et sur tout le front de la 21ème division ce fut le même sanglant échec. L'assaut du 93ème, repris, était enrayé à 9H30 devant la cote 196. Le 64ème, à la Courtine, franchissait la petite crête, suivie par le chemin de Perthes à Maisons-de-Champagne, que, le 16 mars, la 48ème division avait enlevée et que nous avions perdu, lambeau par lambeau, durant les jours suivants. Il ne pouvait la dépasser: sa contre-pente était garnie de larges réseaux, dont, par places, les fils tout neufs et bien tendus, ayant échappé à nos observateurs, à nos obus, brillaient sous la pluie. Quelques allemands, démoralisés par ces trois jours de bombardement, sortaient de leurs tranchées, sans arme et les bras en l'air. Muettes jusque-là, des mitrailleuses se démasquèrent, fauchant les hommes qui se rendaient et ceux des nôtres qui ne s'aplatirent pas assez vite. Par de petits boyaux abandonnés, des escouades essayèrent de s'infiltrer; certaines, ayant passé sous les fils, attaquèrent au pistolet, à la grenade, les mitrailleurs. Ces tentatives échouèrent, et peu des assaillants en revinrent.

A gauche du 64ème, le 65ème tombait sur de semblables réseaux. Battus de front et de flanc par les mitrailleuses du Trapèze que personne n'abordait, ses trois bataillons lancés en vagues successives ne dépassèrent guère la première ligne ennemie; fortement contre-attaqué, il dut refluer sur ses tranchées de départ vers 9h45, laissant sur le terrain plusieurs centaines de blessés et de morts - dont, parmi ces derniers, son colonel. Parti flottant avec la seconde vague, le drapeau, dont toute l'escorte avait été détruite au début de l'action, était retrouvé dans un petit poste allemand, gardé par un seul homme, au cours du repli.

En revanche, les trois divisions de gauche de l'armée enlevaient toutes les premières lignes allemandes. La désastreuse bataille d'hiver nous avait au moins donné sur les avancées de Perthes quelques assez bons observatoires; nos bombardements avaient été là plus efficaces que sur l'ensemble des organisations de la Butte du Mesnil, dont beaucoup de points échappaient à nos vues, et desquelles la longue et large vallée du Marson obligeait le gros de notre artillerie à se tenir éloigné.

Battue de loin par les mitrailleuses du Trapèze et des tranchées de Mamelle-Sud, qui prenaient d'enfilade ses vagues, la droite de la 22ème D.I. - 118ème et 19ème R.I. - , n'en avançaient pas moins vers le nord-ouest à travers les anciennes Tranchées Blanches et Grises, Bouleversées par dix mois d'attaques, de bombardements incessants, de guerre de mines, et détrempées par la pluie. Dans les réseaux qui les couvraient, nos torpilles avaient ouvert de larges brèches. A l'extrême droite, le 2ème bataillon du 118ème se redressait après les avoir franchies, et, marchant droit sur Tahure, enlevait au passage, dans la partie nord du Bois des Loups, Les Tranchées de Mannheim et de Landau, surprenant leurs défenseurs terrés sous les coups de notre barrage roulant, puis enlevait à la grenade la Tranchée de Bayreuth, et traversait le Ravin de la Goutte, qui se coudait là vers le nord-est avant de piquer vers le nord. Des allemands fuyaient de toutes parts devant lui, remontaient à droite les pentes du ravin plein de brume, vers les crêtes encore boisées de la Galoche qui fumaient sous nos obus et derrière lesquelles achevaient de résister les deux compagnies enveloppées du 79ème. A gauche, c'était le vide: après avoir conquis les premières lignes, le 1er bataillon du 118ème, en retard sur les 62ème et 116ème R.I. plus à gauche, ne s'était pas redressé; à un kilomètre à l'ouest, caché par le brouillard et par les boqueteaux, il marchait vers le Bois des Lapins. Sans liaison sur ses flancs, le 2ème bataillon continua son avance conformément aux ordres, traversa le Bois des Échelons et ne s'arrêta que devant les lisières sud du Bois de la Brosse à Dents, bien tenues par l'ennemi. Vers 12h30, renforcé par la 12ème compagnie qui l'avait rejoint après avoir aidé le 19ème à nettoyer le saillant du Bois Hébrard, il attaquait le Bois de la Brosse à Dents et l'occupait après une demi-heure de combat, mais ne pouvait le dépasser qu'à peine, réduit, sans cadres, épuisé.

Vers la même heure, le 1er bataillon entrait dans Tahure, à peine défendue, et dirigeait vers nos anciennes lignes des voitures et des fourgons allemands rassemblés, prêts au repli; sa 4ème compagnie traversait le village à peu près intact, et s'installait sur la pente 149, à deux cents mètres au-delà les lisières nord. Des feux venant de la Butte de Tahure l'arrêtaient là. Au cours d'une marche de près de deux kilomètres vers le nord-ouest, ce bataillon avait pris un fortin dans le Bois des Renards, traversé le Bois des Rats, et ceux des Taupes, des Furets et des Lapins, avant de surprendre une batterie de campagne qui tirait sur nos réserves montantes. Après avoir forcé les artilleurs allemands à démonter et à briser les culasses et les appareils de pointage de leurs pièces, il était reparti vers Tahure, en longeant la route qui venait de Perthes.

Les deux autres régiments de la 22ème division - 62ème et 116ème R.I. - étaient partis plus vite, ainsi que toute la 27ème D.I., à leur gauche. Du Bois Violet aux abords de la Grande Poche ( nord-ouest de Perthes ) la résistance n'avait pas eu le temps de s'organiser devant eux. Une maigre fusillade, et quelque mitrailleuses intactes, avaient éclairci sans les arrêter les premières vagues, et s'étaient dirigées sur les suivantes, avant de s'éteindre sous les grenades. Vers les entonnoirs de la route de Tahure, la Tranchée de Marmara, et, plus à gauche, la Tranchée du Bosphore, avaient arrêté des pelotons du 116ème et du 75ème ( 27ème D.I. ); dépassés, leurs occupants avaient été capturés ou anéantis par les sections de nettoyeurs. Presque partout, les trois premières tranchées avaient été enlevées en peu de minutes. A 9h35 ( cinq minutes auparavant le 62ème avait occupé les Fortins de la cote 188, à droite ) la quatrième ligne, tournée par endroits, cédait devant le 116ème ( 22ème division ) et les régiments de la 27ème: Le 75ème qu'aidaient le 1er bataillon du 140ème et le 52ème. Par centaines, des allemands terreux couraient les bras au ciel vers notre arrière, sous les coups de leur barrage tardivement déclenché. A gauche, et jusqu'en lisières des Bois du Trou Bricot qu'elle devait masquer par une série de conversion face à gauche, la 28ème D.I. avançait d'un même pas. Barrant sur trois kilomètres le paysage brumeux, sous les nuages traînants d'où glissaient de lentes ondées, une triple vague couleur d'horizon et de marne, déferlait vers les terres sans tranchées.

Par endroits, elle fléchissait devant un obstacle soudain rencontré: emplacement de batterie où se cramponnait une poignée d'hommes verts, fuyards qu'avait rallié un officier, débris d'un bataillon de réserve. Le 62ème perdait quelques hommes à la naissance du Ravin de la Goutte, sous les feux de la Tranchée de Bayreuth que n'avait pas encore enlevée le 118ème. Dans les boqueteaux accrochés aux longues pentes sans ouvrages qui dévalaient vers les bois de gauche, des artilleurs allemands étaient surpris, tiraient à vue sur les hommes qui les chargeaient et, enveloppés, se faisaient tuer sur leurs pièces. Puis la vague se reformait, ondulante, moins serrée. Tous les ouvrages des premières lignes étaient franchis, et les tirs de barrage. Loin derrière elle des abris flambaient, incendiés par les nettoyeurs et pat le génie. Des bois du Trou Bricot venait un tintamarre acharné de fusillade: sur ses derrières la 28ème division échelonnait des bataillons qui, déployés, refoulaient tout essai de sortie des réserves ennemies encerclées. Les vagues avançaient toujours dans un demi-désert, entre les longs boyaux vides où parfois se dressait un allemand attardé, les mains hautes. Jamais les anciens, officiers y compris, n'avaient connu cela, n'avaient osé croire possible une avance, un saut de plus de cent mètres, de deux cents mètres. Après des dizaines d'attaques, toutes ratées, ils se croyaient à jamais captifs de leurs tranchées, de leurs boyaux; jamais le mystérieux ennemi ne s'ouvrirait devant eux. Et leurs brodequins lourds de marne en fauchaient maintenant les herbes humides, en foulaient la terre à peu près vierge de trous d'obus, en contournaient librement les buissons maigriots, roussis par l'été mais encore feuillus, indemnes - des buissons de temps de paix. "... On est en rase campagne !..." et cette légendaire, cette inespérée "rase campagne" qu'ils arpentaient sans se courber, lavait leurs yeux et leur pensée d'un an de stagnation, de cheminements dans les zigzags sans horizons des "secteurs", faisait monter en eux une enivrante bouffée de liberté, de victoire. De rares obus soufflaient du nord, de l'est, de l'ouest, et se déchiraient au hasard ou foiraient dans la boue. Certains mêlaient aux blanches explosions de notre barrage roulant des fumées vertes ou jaunâtres, chargées de brome ou de chlore, et, tout en marchant, les hommes fixaient sur leur bouche et leurs narines les petits tampons de coton, masques rudimentaires dont ils étaient munis contre les gaz. Vers 10 heures, les vagues du 62ème, du 116ème, du 75ème, du 52ème, atteignaient l'ouest du Bois des Lièvres et le Bois du Paon. Là, elles durent s'arrêter sous notre propre barrage que leur marche trop rapide, en avance sur l'horaire fixé, leur avait fait rejoindre. A 10h30, le 75ème devait s'arrêter une seconde fois à la lisière nord du Bois des Perdreaux, battues par les deux artilleries. Après chaque arrêt les vagues repartaient, un peu plus réduites, un peu plus mêlées. Elles franchissaient la route de Tahure à Souain, à trois kilomètres de leur point de départ, quand les rejoignirent et les renforcèrent les bataillons et les régiments des réserves, le 140ème et le 415ème. Ce fut une troupe sans cohésion, aux cadres rares et peu liés, une horde essoufflée qui, vers 11 heures aborda les pentes sud et sud-est de la cote 193, entre les routes de Tahure à Souain et de Tahure à Somme-Py. Peu auparavant, les 99ème et 30ème d'infanterie, régiments avancés de la 28ème division, dont la progression et la manœuvre s'étaient déroulées dans un ordre meilleur, avaient enlevé en bordure des bois les camps d'Elberfeld et Sans Nom, surprenant et capturant presque sans résistance les derniers bataillons de soutien que sur ce point pouvait nous opposer l'ennemi.

La cote 193 ne paraissait pas défendue. Quelques amorces de boyaux, encadrés par les trous de nos obus, escaladaient ses flancs pelés. Mais les premiers groupes qui prudemment, en franchirent le sommet, trouvèrent la contre-pente couverte de hauts et profonds réseaux. Derrière, il y avait des tranchées aux parapets bien réguliers, taillés à loisir, que notre bombardement n'avait pu atteindre, et qu'appuyaient de bas fortins de béton. Par endroit des allemands y agitaient les bras et leurs calots verdâtres en signe d'accueil ironique. Près de quatre kilomètres avaient été franchis par les vagues d'assaut. Étonnes par cette avance, les dangers habituels avaient ralentis leur déchaînement autour d'elles. Ils se ressaisissaient, soudain. Les oreilles des hommes connurent de nouveau la voix déchirante des mitrailleuses, les hurlements des barrages. La "rase campagne" finissait là. L'ivresse de la victoire avait duré deux heures, et s'évaporait. Devant les infranchissables réseaux, les survivants de l'attaque se mirent à creuser la craie molle - comme l'avaient fait, par un jour semblablement pluvieux de l'automne 1914, les hommes du 17ème corps au pied des collines des Hurlus et de Perthes, à cinq kilomètres dans le sud.

LA TRAGÉDIE DES RESERVES ( Après-midi du 25 septembre 1915 )

Vers midi, les cinq régiments ayant pour objectifs l'ouest de Tahure et la cote 193 étaient arrêtés devant la seconde position allemande. Et durant deux heures ils multiplièrent les tentatives pour en trouver le point faible et la forcer. Menées sans unité de commandement par des troupes fatiguées, elles échouèrent, toutes. Les tranchées ennemies étaient faiblement tenues, mais leurs flanquements par mitrailleuses avaient été bien étudiés, et le fils barbelé qui les couvraient, montés sur des piquets de fer, étaient d'un diamètre tel que nos meilleures cisailles ne les mordaient point. Pour y ouvrir des brèches, il eût fallu des torpilles, et une débauche d'artillerie. Seules, quelques batteries de campagne, ayant réussi à franchir le chaos des tranchées et le terrain détrempé, ravagé, conquis par les fantassins, commencèrent à régler leur tir, un peu après midi. Et toutes les liaisons étaient rompues; la rapidité de l'avance, les pertes en cadres, en hommes spécialisés, avaient empêché d'établir des lignes téléphoniques, - prévues. Le ciel bouché rendait impuissante l'aviation. Nos attaques mollirent, puis s'arrêtèrent. Devant ce ralentissement de notre poussée, devant cet arrêt, l'ennemi commença à réagir.

Déjà ses bombardements avaient accru leur intensité, tant sur notre vague première ligne que sur nos arrières. A son tour l'infanterie prit de l'audace. Venues de la vallée de la Dormoise, de la croupe sud-est de la Butte de Tahure, de lentes infiltrations menacèrent nos éléments les plus avancés. Les quelques sections - bien réduites - du 118ème ayant dépassé Tahure s'y replièrent vers 14 heures, puis abandonnèrent le village attaqué par le nord et par l'est, et sans liaison avec le 62ème R.I., à un kilomètre dans l'ouest, vers la cote 193. Nulle part, entre Tahure et les Mamelles où les premières lignes allemandes restaient intactes, nous n'avions franchi le Ravin de la Goutte; Le 118ème et le 19ème formaient sur ses hauteurs une ligne discontinue, face à l'est, et, par endroits, face au sud, de la Brosse à Dents au pied de la Mamelle-Sud où elle se liait à nos anciennes positions. Avant 15 heures, des réserves ennemies réoccupaient le nord du Ravin, assaillaient par l'est le Bois de la Brosse à Dents, puis le débordaient par le Ravin de Constantinople que longeait sa lisière nord. A 16 heures, le 118ème devait l'abandonner, et les contre-attaques allemandes arrivaient jusqu'au Bois des Canons, à 1500 mètres au sud-ouest de Tahure, où les arrêtaient et les refoulaient légèrement la gauche du 118ème, et le 62ème et, après une courte panique, des fractions du 116ème que ce mouvement venu de l'est sur leurs arrières avait surprises. La fatigue, les pertes et le désordre - sans compter, par endroits, le manque de munitions -, ne permettaient pas à ces régiments de reprendre leur marche en avant. A leur gauche immédiate, les 1er et 3ème bataillons du 416ème ( 28ème D.I.) renforçaient vers 17h30 sur les pentes sud-est de la colline 193 la ligne de la 27ème division: le 75ème mêlé au 140ème, à des fractions du 52ème. Derrière eux, à la même heure, le 30ème R.I. ( 28ème D.I.) rejoignait sur la route de Tahure à Souain la droite de la division marocaine ( extrême droite de la 4ème armée ) qui, ayant attaqué des avancées de Souain, avait masqué à l'ouest les Bois du Cameroun et du Togoland comme l'avait fait à l'est la 28ème D.I. Le mouvement du 30ème achevait de les cerner par le nord. De ce massif de plus de cinq kilomètres carrés, la forte garnison était virtuellement prisonnière. Durant tout l'après-midi, et toute la nuit du 25 au 26, elle allait tenter de rompre les lignes qui l'investissaient; ses feux d'artillerie et de mitrailleuses prenaient à revers le 140ème, le 52ème, et le 75ème, des éléments du 116ème et du 416ème, établis sur la crête et sur les pentes de la cote 193. Vers le soir, des groupes commençaient à se rendre. Peu à peu, de l'incohérence de la bataille entre les Mamelles, Tahure et la Butte de Souain - à l'ouest de la cote 193 - qu'avait atteinte la 4ème armée, se dégageait une ligne nouvelle, tenue par les régiments sans cadres, réduits de plus de moitié, mais qui permettrait l'afflux de nos divisions de réserve.

Quand, avec le jour pluvieux, s'était réveillée l'artillerie, les colonnes des réserves achevaient de gagner, par les pistes gluantes déjà, les petits vallons et les bas boqueteaux qui leur avaient été assignés comme emplacements d'attente. Derrière les 39ème et 11ème divisions, la 153ème D.I. avait ses premiers éléments dans le vallon sud-ouest - nord-est à mi-distance de Minaucourt au Marson, et la 53ème, prête à suivre le 11ème corps, échelonnait sa 105ème brigade ( 205ème, 236ème, 319ème R.I.) au sud immédiat du Balcon et du Mesnil-les-Hurlus, derrière la 21ème D.I., et sa 106ème brigade ( 22ème, 228ème, 329ème R.I.) un peu à l'ouest, entre la Voie Romaine et l'est de Perthes, derrière la 22ème division.

A 9h15, sous les départs tambourinants des barrages qui précédaient nos vagues d'assaut, elles s'engagèrent dans les boyaux menant aux premières lignes. Bientôt, parvenus aux crêtes qui jusque là les leur cachaient, les hommes des bataillons de tête virent des paquets de prisonniers se hâtant sous les coups de canons allemands, ou transportant les premiers blessés. Par certains de ceux-ci, ils eurent des nouvelles de l'attaque - contradictoires et décousues, instantanés fragmentaires dont les mots ne savaient exprimer le mouvement et le relief qui restaient figés dans les yeux des combattants. Puis, tassées aux creux des boyaux, les longues files s'immobilisèrent, en attendant des ordres. Le vent rabattait sur elles des fumées puantes, acides, que la pluie clouait au sol avec ses milliards d'aiguilles obliques. Les hommes se masquèrent. Devant eux, le Ravin du Marson, les vaux crevassés du Mesnil et de Perthes étaient bourrés d'explosions, entre lesquelles se faufilaient de vagues silhouettes: prisonniers, blessés, agents de liaison, téléphonistes cherchant à réparer les lignes coupées. Par foucades, le tir de nos invisibles batteries se calmait, reprenait sa cadence enragée, sciée par les sifflements d'atterrissage et les tonnerres des obus ennemis qui, à travers les nuées basses et la brume, cherchaient dans tous les coins de l'arène fumeuse les canons enterrés, les renforts. Venus du hasard, des numéros de régiments, des bruits de victoire et de désastre, des chiffres de pertes, couraient de bouche en bouche entre les parapets tremblants, échos effilochés de la confuse bataille:" Du 26ème, il ne reste plus un bonhomme... "" ...La cavalerie charge en rase campagne, de l'autre côté des tranchées boches... "" ...Le sept-neuf a pris la Butte du Mesnil... "" ...Les fritz foutent le camp en pagaille... "

Plus proche que les autres, un sifflement, une explosion arrêtaient soudain ces on-dit. Les files se serraient devant quelques blessés qui, les yeux agrandis, partaient vers l'arrière, et, pour dégager le boyau, on basculait par-dessus le parapet un mort encore tiède. Les hommes devenaient nerveux: "

Qu'est-ce qu'on fout là? Je suis sûr qu'en ligne ils reçoivent moins d'obus que nous... "

Mais rien ne venait des quartiers généraux. Ils restaient muets, attendant les comptes-rendus, les rapports hâtifs dont l'assemblage leur permettrait d'imaginer, de façonner un visage à la bataille. Un peu après midi parvinrent aux deux divisions les ordres qui les engageaient.

Cette distribution des réserves fut l'un des actes les plus tragiques de la journée - et peut-être celui qui décida du sort de l'offensive.

Sur la foi des premiers comptes-rendus des unités d'assaut, retardés en chemin, le 418ème d'infanterie et les 2ème et 4ème bataillons de chasseurs ( 306ème brigade ), en tête de la 153ème D.I. au sud du Marson, étaient poussés à 12h30 vers la gauche de la 11ème division, afin d'appuyer et de poursuivre l'avance des compagnies du 79ème sur les pentes ouest de la Butte du Mesnil et du 37ème au Ravin des Cuisines; le 9ème zouave, premier régiment de la brigade de queue, se portait entre le Bois de Beauséjour et le ravin nord-sud à 1200 mètres à l'est de la ferme, à la disposition de la 39ème division qui avait franchi les lignes ennemies entre la Butte du Mesnil et Maisons-de-Champagne.

Vers la même heure, les trois régiments de la 105ème brigade s'avançaient au nord du Mesnil, derrière la 21ème division - bloquée toute entière devant la Courtine, mais que dégagerait la plus petite progression de la 11ème D.I., à sa droite, et la 106ème brigade jusqu'au nord des Hurlus et aux abords de Perthes, dans les lignes de départ de la 22ème D.I.

Tous ces mouvements étaient en cours d'exécution quand de nouveaux rapports apprirent aux quartiers généraux le désastre du 79ème R.I. et les difficultés qu'éprouvait la 11ème D.I. à l'ouest et au sud de la Butte du Mesnil, alors qu'à droite d'importants éléments de la 39ème division marchaient en direction de Ripont. Le commandement jugeait alors inutile d'engager sur les pointes d'arrêt ses réserves, et modifiait leur afflux à la 11ème D.I.; à midi quarante, ordre était lancé à la 306ème brigade de se porter, non plus à la gauche, mais à la droite de la 11ème, où le 69ème progressait vers les Bois des 20.000e et en zigzag, pour faire tomber la Butte du Mesnil en la débordant par l'est. Cet ordre touchait la brigade à 13 heures, alors qu'ayant franchi le Ravin du Marson, ses troupes en files marchaient vers les Trois-Coupures et le Ravin des Cuisines, par les boyaux.

Un peu plus tard, la rapide avance des 22ème, 27ème et 28ème divisions sur Tahure et la cote 193 étant confirmée, il était décidé de décaler vers l'ouest la 106ème brigade, qui passerait ainsi derrière la 27ème D.I.; la 105ème brigade glisserait à sa place et renforcerait la 22ème D.I. Déjà, vers 11 heures, les 1er et 2ème bataillons du 137ème R.I. ( 21ème D.I.), en réserve de division enter l'arrière du Bois Jaune-Brûlé et la Courtine, avaient été mis à la disposition de la 22ème D.I. pour garnir son flanc droit ouvert à l'ennemi par suite de l'arrêt de la 21ème division à l'est du Trapèze. Une double manœuvre de rocades divergentes était conçue et ordonnée, qui porterait vers les ailes marchantes les réserves et préparerait - ainsi qu'il était prévu pour les bois entre Perthes et Souain - l'encerclement de la Butte du Mesnil et de toutes les avancées à l'est du Ravin de la Goutte.

Cette manœuvre, classique, ne put réussir. pour la première fois, de grosses unités allaient tenter de manœuvrer non plus sur un terrain libre, ouvert à tous les mouvements et à tous les changements de direction prescrits en cours de marche, mais en devant soumettre à la fantaisie linéaire d'une voirie étroite et rigide qui les canalisait et leur imposait une marche à sens unique. Une fois engagés dans les cheminements mi-souterrains des boyaux, les régiments en files étirées sur des kilomètres tortueux, n'avaient plus de retour en arrière possible, ainsi que l'eau d'un torrent que seuls gouvernent les accidents du sol et les obstacles rencontrés. Les lignes transversales étaient trop peu nombreuses pour permettre les évolutions latérales, et nul ordre préparatoire n'avait pu les dégager, devant eux, des troupes de secteur et des réserves de première ligne qui les encombraient; à leurs croisements avec les boyaux d'adduction ou d'évacuation, des remous immobilisaient cette confuse marée humaine, battue par la pluie et par les obus; les hommes s'insultaient, s'empoignaient, coincés ventre à ventre, et des officiers exaspérés se menaçaient, pistolet au poing, en arguant des ordres qui les poussaient. Puis la file repartait, laissant derrière elle des morts mille fois piétinés. Elle s'égouttait lentement, homme à homme, entre les parapets dont les éclats zézayants des feux de barrages, les rafales de mitrailleuses, qu'avaient dépassé les vagues d'assaut interdisaient l'escalade, et tronçonnée par des fragments d'autres unités, par des éboulements, par des paquets de blessés qui cherchaient en vain les postes de secours. Bientôt, faussés tous les calculs relatifs à leur écoulement, vingt-huit bataillons échappèrent aux états-majors longtemps ignorants de cette situation, dont les ordres ne leur parvinrent qu'après des heures, d'avance caducs, inexécutables, et marchèrent au jugé, au hasard, dans une confusion telle qu'aucun d'eux ne put renforcer dans la journée les divisions d'assaut. Jusque tard dans la nuit, et, sur certains points, jusqu'au soir de la journée suivante, celles-ci durent seules assumer la défense du terrain conquis.

Déjà, au 20ème corps, le jeu des bataillons en réserve de brigade ou de division avait été faussé par les îlots de résistance reformés derrière les vagues d'assaut. Vers midi seulement, alors que le 3ème bataillon du 146ème R.I. ( réserve de brigade ) ne progressait que pas à pas dans les boyaux à pancartes gothiques du Bois en Demi-Lune - dépassé depuis plus de deux heures par les éléments d'attaque du 146ème et du 153ème - le 3ème bataillon du 156ème ( régiment en réserve de division ) tournait par le ravin du Fer-de-Lance, l'ouest des tranchées du Bastion. Il y capturait plusieurs centaines d'allemands, mais devait stopper sous des feux de barrage et des mitrailleuses tirant de la partie est, devant laquelle était toujours arrêté le 1er bataillon du 146ème, extrême droite de la 3ème division, à moitié détruit dès son départ. Les 1er et 2ème bataillons le suivaient, ainsi que le 3ème bataillon du 153ème ( réserve de brigade ), et marchaient sur la ferme de Maisons-de-Champagne et l'extrémité est du Bois Allongé. Tous ces Bataillons avaient fondu sous les barrages, durant leurs mouvements dans nos tranchées, pendant la traversée de l'interligne où des chevaux affolés par les éclatements erraient entre les morts restés en place, et, dans le dédale des ouvrages ennemis, au cours d'obscurs combats contre des allemands isolés. Quand, vers 14 heures, ils arrivèrent au boyau de Hambourg, qui reliait l'est du Bois Allongé aux tranchées du Fer-de-Lance, des files de tirailleurs ennemis avançaient au sud de Maisons-de-Champagne - à moins de trois cents mètres devant eux - et s'arrêtaient sous notre barrage. A 14h30, l'avance tentée vers la Ferme par le 2ème bataillon du 156ème échouait sous des tirs d'enfilade venus de l'arrière du Bastion, et un peu plus tard le 3ème bataillon du 153ème rejoignait, aux abords du chemin de Perthes à Maisons-de-Champagne, ce qu'il restait de nos vagues d'assaut refoulées. Durant tout l'après-midi, ces unités dispersées, à peu près ignorées du commandement, s'efforceraient d'avancer, de se lier. Aucune communication n'existait, à sa droite, entre le sud de Maisons-de-Champagne et la Main de Massiges qu'achevaient de conquérir les coloniaux; à gauche, le 160ème - dont des compagnies squelettiques et fragmentées, restées dans les toutes premières lignes conquises, nettoyaient le Fortin - , et les débris du 3ème bataillon du 69ème ( 11ème D.I.), non renforcés depuis le matin, tenaient le Boyau de Posen, tout au long de la lisière nord du Bois allongé; ceux de leurs éléments qui faisaient face à l'ouest, à la butte du Mesnil, arrêtaient des infiltrations allemandes venues du Bois des 20.000e vers la Tranchée des Walkyries. Pendant les instants où se calmait le bombardement, les hommes entendaient pétiller, loin devant eux, des fusillades éparses: des derniers survivants, les derniers isolés de nos premières vagues achevaient de résister, vers la Dormoise. Peu avant la nuit, des éléments du 153ème et du 156ème franchissaient de nouveau la route de Perthes à Maisons-de-Champagne et atteignaient la cote 185, à trois cents mètres à l'ouest de la Ferme. Du Bois Rabot, dépassée par nous le matin, de courtes flammes jaillissaient et zébraient la grisaille pluvieuse du crépuscule: des pièces allemandes s'y étaient réinstallées. Vers la même heure, le 1er bataillon du 146ème, réduit à quelques hommes, progressant de tournant à tournant dans les tranchées de l'est du Bastion, arrivait aux secondes lignes ennemies, à peine à mi-chemin du Bois en Demi-Lune et de Maisons-de-Champagne. Et, premier régiment des réserves parvenant à se tirer de ces traquenards qu'étaient nos boyaux, le 9ème zouave renforçait de quelques compagnies la ligne baroque, sans continuité, de la 39ème division.

Et sur les quatre kilomètres de front à peu près intact entre le Bois Oblique et la Mamelle-Sud, le centre et la gauche de la 11ème division résistaient péniblement aux contre-attaques dans les organisations ennemies de l'Ouvrage du Filet, du Ravin des Cuisines, des pentes ouest de la Butte du Mesnil où, derrière l'élan malheureux du 79ème, les allemands avaient reformé leur ligne, et les compagnies d'assaut de la 21ème D.I., dont beaucoup d'hommes étaient restés blottis dans les trous d'obus et les vestiges des boyaux du bled, sous les mitrailleuses et les grenades, essayaient de se regrouper dans leurs tranchées de départ, devant la Courtine. Derrière elles, et coincées par les bataillons de réserves et les troupes de secteur que clouait à leurs emplacements d'attente l'échec de l'attaque, les 153ème et 53ème divisions nageaient lentement, inutiles, aux creux sans horizon des parallèles et des boyaux. Dans sa marche vers l'est, le 418ème refoulait sur le Marson, entre les Trois-Coupures et le Bois en Équerre, les 2ème et 4ème bataillons de chasseurs. Roquant vers l'ouest, arrêtés et talonnés par les trois régiments de la 105ème brigade qu'ils bloquaient, les 1er et 2ème du 137ème réussissaient, vers 16 heures, à se dégager, à glisser devant l'Ouvrage du Trapèze avancé comme un éperon entre la gauche de la 21ème D.I. immobilisée et la droite de la 22ème. Cinq heures de marche stagnante leur avaient fait parcourir douze cents mètres, et leur avaient coûté plusieurs centaines d'hommes. Et ils devaient, alors, avant de se redresser vers le nord pour gagner le Ravin de la Goutte et se mettre à la disposition de la 22ème D.I., pousser davantage encore les avancées de Perthes, Jusqu'aux Bois Triangulaire et Violet. Tournés le matin par le 118ème qui avait continué sur Tahure son avance, et laissés vides toute la journée faute de réserves disponibles sur ce point, les Bois des Loups et des Renards étaient entièrement réoccupés par l'ennemi.

A travers la pluie, à travers les fumées et les nuages qui roulaient sous le vent froid, le soir se glissait, morne et lent, trop lent aux yeux des hommes. Des états-majors où les grands chefs anxieux coordonnaient les éléments confus de la bataille, aux postes de commandement de régiment qui cherchaient à situer, à dénombrer, à regrouper leurs troupes, aux landes reconquises que creusaient les vagues d'assaut épuisées, toute l'armée attendait la nuit et voyait en elle une libératrice.

Décès

Disparu sur le Champ de Bataille

Avis 671 du 28 juin 1916

Décès fixé par le tribunal de Quimper au 08 décembre 1920

Avis Mairie de Concarneau 28 septembre 1925

Inhumation

Champ de bataille

Notes concernant l'union

Union avec Marie Jeanne Philomène Le Calvez

09 heures

 Sources

  • Personne, famille: CGF Recif - Généanet - 2020
  • Union: Archives Départementales du Finistère Mariage Acte 21
  • Décès, inhumation: Archives Départementales du Finistère Classe 1896 page 64

  Photos & documents

{{ media.title }}

{{ mediasCtrl.getTitle(media, true) }}
{{ media.date_translated }}

 Aperçu de l'arbre