Chronique familiale



 Témoignages de GAUTIER.


== Enregistrement d’Henri Gautier, oncle de Jean Gautier, mon père (1990)Mis par écrit le 13 mai 2008 à partir d’un DVD envoyé par Jean-Romain Gautier, fils de Pierre Gautier, petit-fils d’Henri Gautier.Emmanuel Gautier ==

« Je vais vous conter une histoire, une histoire … puisque c’est celle de notre famille. Elle peut s’écrire, elle peut s’écrire en deux parties (pour la famille Gautier): la partie concernant la branche paternelle et celle qui concerne la branche maternelle … l’ancêtre, … que j’ai entendu parlé, est l’arrière grand-mère, une Decanis, épouse Liberato. C’était une fort belle rousse. On disait blond vénitien à l’époque. Et elle était mariée à un maçon qui périt dans la chute d’un échafaudage, alors qu’elle était en ceinte d’un troisième enfant. Elle avait déjà un garçon et une fille, âgé respectivement de dix-huit mois et de ... mois environ. Ils se succédaient rapidement.L’arrière grand-mère devait avoir vu le jour sous le consulat de Bonaparte et elle venait s’établir à Marseille vers 1830, je pense. Elle était née à San Remo sur la côte ligure. Je ne donc peux pas dire qu’elle était italienne, puisque à cette époque là le royaume d’Italie n’existait pas. Le Comté de Nice appartenait à la Maison de Savoie, déjà. Elle vint à Marseille appelée par son frère Decanis qui avait déjà réalisé une petite fortune, et il était très prospère. D’ailleurs de ses descendants, il était commissaire priseur. Il fut le beau-père de mon ami Gilormini. Elle vint donc à Marseille. Elle s’établit à Endoume où elle ouvrit un commerce d’épiceries comestibles. Je revois encore l’enseigne, une très grande enseigne peinte avec des décorations sur les lettres, « COMESTIBLES » au fronton. Et là elle éleva sa petite famille et réalisa une jolie petite fortune puisque, elle put, lorsque son aîné, que mon père appelait François Joseph, à cause de sa ressemblance avec l’archiduc d’Autriche, pût acheter un commerce de limonade à la rue d’Aix. C’est ainsi que l’on appelait les commerces de vins et de liqueurs, les limonadiers. Et sa troisième fille, Rosine, celle qui naquit à Marseille, donc, hérita d’un banc à la criée de la poissonnerie de Marseille après avoir épousé un patron pêcheur, d’ailleurs fort fortuné. Elle vécut une belle vie. Elle mourut très âgée, d’ailleurs nous l’appelions tante la « petitonne », à cause de sa petite taille.Ma grand-mère, qui était donc la cadette, des trois, s’appelait Brigitte, Brigitte Liberato. Et c’est elle qui prit la succession de sa mère lorsque celle-ci mourût très âgée, vers l’âge, je pense, de quatre-vingt-dix ans environ, d’après ce que disait ma mère. Elle avait épousé, ma grand-mère avait épousé un marin, François Rocca, et comme c’est de ces deux là que nous descendons, je m’en vais alors raconter comment ils vécurent avec plus de détails.

Tout d’abord, je vais vous parler de François Rocca, mon grand-père, dont j’ai conservé évidemment quelques souvenirs, de visu, puisque il a du mourir alors que j’avais probablement dans une dizaine d’année. C’était un homme de taille moyenne, mais bâti à l’hercule et d’une force prodigieuse. Il avait probablement navigué au bord de la Méditerranée … mais je ne l’ai jamais su. Il aurait pu être corse, puisque son nom Rocca est assez courant dans l’île. Mais probablement il a du naître du côté de Nice où du côté de San Remo, dans les environs. Toujours est-il que c’était un véritable enfant du pays et un marin de qualité exceptionnelle. A l’âge de dix-huit ans, il s’engagea dans la marine nationale, et comme fusillé marin fit la campagne de Sébastopol, je crois que ça date de 1855, si mes souvenirs historiques sont exacts. Il reçut un coup de baïonnette de la part d’un grenadier russe à la redoute de Malakoff et d’ailleurs s’en vengea, en le transperçant de sa baïonnette. Il montrait évidemment avec orgueil, la blessure dans la cuisse. Après cela, après son service, il continua à naviguer au cabotage. Il épousa ma grand-mère, qui elle habitait Endoume à ce moment là, avec sa mère, la belle rousse, fit la connaissance de François, qu’elle épousa. Et à partir de ce moment là, tout deux vécurent à Endoume, dans le commerce que tenait mon arrière-grand-mère. Le caractère de François était resté célèbre dans la famille. C’était parait-il un cœur d’or – pour moi j’ai pu en jugé, car il m’a gâté pendant toute ma prime jeunesse – mais il était irascible, susceptible. Dans la famille d’ailleurs, quand on prêtant que quelqu’un, je ne dis pas qui, a mauvais caractère, et bien on dit toujours : « il ressemble au grand-père Rocca ». Je souhaite que vous lui ressembliez sans son caractère irascible, car d’autre part c’était un homme vaillant. Je me rend compte le nombre considérable de détails de sauvetage qu’il avait affiché dans un sous-verre qui ornait la mur de la cuisine du premier étage de la maison d’Endoume. Il avait réalisé un tour de force, un jour en pleine tempête, en passant un … sous la coque de la tartane qui menaçait de couler. C’était l’un des exploits dont il aimait évidemment à se vanter….Nous partîmes tous les deux lorsque j’avais quatre ou cinq ans, vers la Corniche qui n’était alors que le chemin de ceinture. C’était un sentier qui serpentait dans les rochers. Là, nous trouvions toujours quelques douaniers avec qui il faisait la causette, racontait son temps de campagne, comme il m’arrive de le faire moi quand je rencontre encore une … de 1914. Nous allions surtout vers le Pharo. Vers l’endroit …. C’était à l’époque une plage déserte sur laquelle se trouvaient quelques calfas ? seulement qui … de vieilles coques. Je m’asseyais sur un paquet de cordages roulés et mon grand-père prenait l’absinthe avec un de ses vieux amis.Il allait me chercher quand, plus tard j’allais à l’école à l’Institution Saint Jean-Baptiste, au vallon des Auffes, chez le père Sarvageol. Nous revenions tous les deux. Il me faisait manger quelques galettes, quelques biscuits Coste, je crois, pendant le trajet en me tenant par la main. Quand il pleuvait, je me tenais évidemment sous sa grande pèlerine, pour me protéger de la pluie.Ma grand-mère était une belle femme très droite, assez grande d’ailleurs, l’air plutôt sévère, mais d’une très grande beauté. C’était une femme à principe. Je me souviens, pour l’éducation des enfants, elle ne transigeait pas sur certaines règles. En particulier tous les soirs - car c’est elle qui veillait à notre coucher quand nous étions jeunes – elle exigeait que nous placions nos habits soigneusement pliés, les souliers sous la chaise, les chaussettes suspendues au barreau de ce meuble, et avant de nous endormir, entendaient la prière, le pater et l’ave, l’ave maria. Qu’elle exigeait que nous fissions avant de nous endormir.Elle est morte d’un cancer de l’utérus, j’avais alors quatorze ou quinze ans. Nous étions, à ce moment là à la campagne lorsqu’elle fut atteinte dans la nuit, par des douleurs épouvantables. Je revois encore cette nuit, cette nuit d’angoisse que nous avons passé à cette époque.Louise qui fut la plus jeune des enfants que le couple François et Brigitte eurent, naquit non pas à Endoume, car pendant quelque temps, les deux jeunes époux étaient établis dans un commerce de vins …à la rue de la Croix d’Or, tout près de la rue de la République. François et Brigitte eurent deux enfants, ma mère et ma tante Angélique Rocca. Angélique Rocca, qui plus tard épousa monsieur Pons, un instituteur qui fut mon parrain et dont je parlerai plus tard.Ma mère donc, qui ne se plaisait guère à l’école, il faut bien l’avouer, très vite rejoignit sa grand-mère - mon arrière grand-mère donc - dans le commerce d’épicerie dans la rue d’Endoume, au 197. Et c’est là qu’elle vécut presque jusqu’à sa mort, puisqu’elle tenait le commerce après ma grand-mère, jusqu’en 1920. Nous le vendîmes ce qui fut une grave erreur. Elle épousa vers 1890, mon père Charles Gautier, qui lui alors, nous amène à parler de la deuxième branche de la famille.Du côté paternel, mes souvenirs ne remontent pas si loin. Je n’ai d’autres renseignements sur la branche paternelle, que par mon père, qui avait connu parait-il, dans sa jeunesse, un vieil homme descendu de la Haute Provence et qui s’était établi, parait-il à Beaurecueil, un village sous la chaîne de Sainte Victoire. Mon père l’avait vu une ou deux fois quand il était tout petit. Je n’ai personnellement connu que mon grand-père paternel, Vincent Gautier. C’était un homme de petite taille, et arborait une belle barbe blanche. Mon père d’ailleurs lui ressemblait tellement en plus grand d’ailleurs car je répète mon grand-père était petit. Il est mort en 1900, après avoir pris une fluxion de poitrine en s’asseyant sur un banc du Prado. A l’âge de quatre-vingt ans, il était encore très bon marcheur.Il avait curieusement fait campagne, lui aussi pendant la guerre de Sébastopol, mais comme marchand ambulant. Il avait inventé, pour ainsi dire l’intendance. C’était lui qui fournissait les vivres et même les objets dont les soldats ont toujours besoin en campagne. Evidemment à cette époque là c’était chose très utile. Mais cela déchaînait entre les deux grands-pères - qui cohabitaient d’ailleurs dans la même maison – déchaînait très souvent des discussions orageuses.Ce petit homme, de profession, était boulanger. Après son retour de Sébastopol, il avait acheté rue de la République, une boulangerie, qui marchait assez bien, et avait épousé ma grand-mère, que je n’ai pas connu, que mon père n’a d’ailleurs pas connu, étant donné qu’elle est morte en même temps que mon frère cadet. Le choléra ravageait toute la population marseillaise à cette époque. Mon père n’a donc connu que son père. Celui-ci après évidemment quelques déboires, vendit son commerce et se remit à voyager. J’ai déjà dit que c’était un voyageur né, il arpentait les routes avec le plus grand plaisir. Pendant ce temps, il avait mis son père chez sa sœur, née Gautier et épouse Charpin. Chez sa tante donc, il a été élevé avec sa cousine germaine Claire Charpin. Il parait qu’ils faisaient la cuisine ensemble. La mère, la sœur de mon grand-père, ayant des occupations à l’extérieur, pour pouvoir vivre - car elle était veuve, elle aussi – et dans ces conditions, mon père a joui à Aix d’une très grande liberté, car madame Charpin, sa tante, habitait Aix – Aix qui était une ville à l’époque où le gazon poussait entre les pavés, et les pavés qui n’étaient d’ailleurs autre chose que les cailloux de la Cros. Il passait des journées entières à rouler son cerceau dans les rues de la ville, en bavardant avec le forgeron, avec le savetier, toutes les petites gens de commerce, qui travaillaient à l’époque aux yeux et aux sous de tous les passants.Il commençait alors son apprentissage chez un imprimeur d’Aix, apprit très rapidement son métier de typographe. Il avait pris l’habit de typographe dit de typiste et fait sa carrière au Petit Provençal, à Marseille comme metteur en page. Puis, comme son père voyageait, il décida de faire le tour de France. Prit son bâton de pèlerin, se dirigea vers Nice, mais s’arrêta à Brignoles. A Brignoles, où il travailla quelques temps chez un imprimeur. Et il dut quitter cette ville, agacer qu’il était paraît-il par les coquetteries de la femme de l’imprimeur. Il retourna donc vers Marseille et cette fois il monte vers l’ouest, vers l’océan Atlantique. Il arriva jusqu’au bord de l’océan à Biarritz. A Biarritz, il me racontait souvent que le spectacle de l’océan et de la marée, qu’il ne connaissait pas évidemment ayant vécu sur le bord de la Méditerranée, lui avait paru grandiose. Il pêchait des oursins que la nature…. à cette époque.Il revint à Marseille cette fois-ci. Il s’engagea, toujours par curiosité de voyageur - il voulait connaître les pays étrangers – il s’engagea donc dans le contingent qui partait pour la conquête du Tonkin. …… à Nice à la caserne… et de là il prit le bateau pour Haiphong, traversa Suez, la mer Rouge, l’océan Indien. Ce voyage l’enchanta. Mais ce qui lui plut moins évidemment, ce fut la jungle autour d’Haiphong et la montée vers Lang Son, la célèbre bataille où la colonne Changarnier dont il faisait partie, fut défaite par une avalanche de Chinois venus du nord. La colonne se replia sur Haiphong.Pendant cette retraite, mon père contracta une sorte de choléra asiatique. Il faillit mourir. Il fut transporté à l’hôpital d’Haiphong. Et il a du son salut qu’en ingurgitant une quantité abusive d’alcool, parait-il. Rapatrié alors sur Marseille, il retrouva son père qui habitait au 189 rue d’Endoume, donc pas très loin du commerce que tenait ma mère. Remarquez, que ce n’est pas par cette coïncidence et ce rapprochement que le mariage eut lieu. L’épisode vaut la peine d’être raconté. Voici les circonstances pour lesquelles ma mère et mon père se connurent et se plurent. Entre temps, la petite cousine Ferréol, qui s’appelait alors Charpin encore, Claire Charpin, avait épousé un directeur d’école, Marius Coriolan Ferréol, qui était un fils bâtard d’un marquis, le marquis de Saint Ferréol. Et ce directeur d’école avait au loisir un … d’avocat dont la sœur aînée de ma mère qui était directrice de l’école de filles qui jouxtait l’école de garçons. Naturellement entre les directeurs et les directrices, la bonne entente s’établit, et ma tante était reçue chez les Ferréol, en véritable amie de la famille. Ce qui fait que la petite cousine Claire Ferréol, qui attendait un second fils, qui fut plus tard nommé Lucien, à son baptême, choisit comme marraine, Angélique Rocca, la directrice de l’école de filles. Angélique Rocca fut donc la marraine du second fils des Ferréol. L’aîné Paul, avait déjà à l’époque quatre ou cinq ans.D’autre part mon père qui revenait malade du Tonkin, allait quelque fois se reposer le dimanche chez les Ferréol, qui habitaient Les Milles – Les Milles, c’est un petit village au nord d’Aix – C’est là que se trouvaient les deux écoles de garçons et de filles. Le bon air, parait-il, était favorable au rétablissement de l’ancien soldat, démobilisé d’ailleurs. Et probablement, Claire Ferréol eut l’idée d’un mariage entre son cousin Charles Gautier et Angélique Rocca, car on choisit Charles Gautier comme parrain. Espérant qu’entre parrain et marraine, un lien pouvait s’établir solidement. Le destin n’en décida pas ainsi. Il en fut tout autrement car, Angélique Rocca, ma tante, invitait souvent sa sœur cadette, Louise Rocca, ma mère, à venir finalement le dimanche avec elle pour lui tenir compagnie. Ma mère fut donc invitée au mariage, au baptême, pardon, au baptême de Lucien, et c’est là que mon père au lieu d’épouser Angélique Rocca, épousa la cadette Louise. D’autant plus qu’à ce moment, ils s’aperçurent qu’ils étaient voisins de quartier, et qu’ils habitaient à cinquante mètres l’un de l’autre. Mon père se servant quelques fois d’ailleurs …De cette union sont nés quatre enfants. François, l’aîné de la famille, que nous avons toujours appelé dans mon enfance Gautier, par tradition provençale. Puis un frère que je n’ai pas connu, parce qu’il est mort tout jeune, d’une méningite tuberculeuse, sans doute, je pense. Moi-même, qui donc le remplaçait puisque on l’avait déjà nommé Henri. Et enfin ma sœur Claire, la plus jeune, qui malheureusement pour elle, parce qu’elle avait deux ans environ, fit une chute malencontreuse et se déplaça la rotule. Elle dut rester donc allongée avec un poids qui lui tendait la jambe pendant de nombreuses années. .. Dans un petit cabanon, au bord de la Corniche, à Maldormé, là, nous passions, à cette époque, une grande partie de l’été au bord de la mer, car elle avait besoin de prendre des bains de mer. C’était le traitement qui lui était indiqué. Je me souviens qu’en hiver, lorsque nous n’étions plus au cabanon, mon grand-père, avec une charrette à bras et une grande bassine, allait puiser de l’eau au Pharo. Il l’a rapportait et la faisait chauffer pour que l’on commence des bains. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la thalassothérapie …Nous avons vécu cette époque … et …., c’était le véritable paradis sur terre. En été nous étions … ou en compagnie d’amis. Je n’oublierai jamais nos passions des vacances idéales, et à ce sujet, il faut que je vous parle de notre grande sœur Angèle qui nous surveillait à cette époque là, à la campagne, quand nous étions avec elle. Vous devez vous demander si Angèle était .. une parente, puisque nous appelions toujours notre grande sœur. Je vais vous raconter son histoire, elle vaut la peine d’être entendue. Lorsque ma grand-mère habitait rue de la Croix d’Or, elle avait pour voisine de palier, une jeune veuve, madame Raoux, qui venait de perdre son mari d’une tuberculose pulmonaire. Elle-même se trouvait probablement atteinte de cette terrible maladie, elle était enceinte. Et lorsque la petite fille naquit, ce fut la fille aînée de ma grand-mère, c'est-à-dire Angélique Rocca qui fut désignée comme marraine d’Angèle. Et quand sa mère mourut, peu de temps après, la petite fille fut en quelque sorte adoptée par ma grand-mère. Et ses deux enfants Angélique et Louise, jouaient un peu à la poupée avec la petite Angèle. Quand elle grandit, ma grand-mère, alors s’établit à Endoume, et Angélique Rocca, sortie de l’Ecole Normale, fut nommée directrice à l’école des Milles. A ce moment là elle prit sa filleule avec elle pour parfaire son éducation. Elle suivait en classe, en même temps que les autres, les cours que donnait sa marraine. Mais quand ma mère prit, en quelque sorte, la succession de la grand-mère, Angèle qui n’aimait pas tellement les études, préféra rejoindre Louise, avec qui d’ailleurs elle s’entendait mieux, car sa marraine l’intimidait toujours un peu. Elle a toujours intimidé. Elle n’a jamais tutoyé sa marraine, tandis qu’elle tutoyait ma mère.…. Histoire de la remplacer. Elle servait au magasin, elle repassait, elle cousait. Elle faisait tous les travaux de ménage. Angèle a toujours été considérée dans la famille, comme faisant partie de la famille … Elle était là, et nous lui souhaitons sa fête en grande pompe, la sainte Angèle. Car à ce moment là, ma tante ne s’appelait plus Angélique. Tout le monde la nommait Angèle.Peu de temps après le mariage de ma mère, ma tante a épousé l’instituteur Henri Pons qui était un condisciple des Ferréol. Il l’avait déjà connue et remarquée, du temps où il était à l’Ecole Normale, car il parait qu’il la suivait des yeux lorsqu’elle sortait et, n’osait pas l’aborder. Mais lorsque les Ferréol les mirent en présence, alors à ce moment là, la glace fut rompue et se marièrent, peu de temps après ma naissance, je crois. Non, je pourrai même dire qu’ils se sont mariés un peu avant ma naissance - [mariés en 1892 ; Henri né en 1894] – car mon oncle et ma tante, furent mon parrain et ma marraine. Et ma tante Angélique avait donc pas mal de filleuls, comme vous voyez. Ils ont toujours entouré de leurs soins mon frère François, ma sœur Claire et moi-même. Nous avons vraiment vécu chez eux pendant que nous faisions des études à l’école primaire supérieure et au lycée. Ce qui fait que je puis dire … pour les choses intellectuelles, viennent en grande partie le fait de mon oncle parrain. Il est mort en 1915, au début de l915, au mois de janvier, pendant la guerre, à Endoume d’ailleurs, d’une crise cardiaque. Ma tante, elle, mourut de la grippe espagnole en 1918, un peu avant la fin de la guerre. Elle n’a pas connu l’armistice, ce qui avait d’ailleurs comblé de joie …"

'==Témoignage de mon père, Jean GAUTIER né en 1922 à Marseille. Fait par Emmanuel GAUTIER à partir de notes prises par ses fils Nathan et Corentin (octobre 2012). ==

« Quand, en mai 1940 les Allemands entrent en France, mon père me demande de partir chez ma grand-mère à Marseille. Je pars de Saint-Chamond à vélo … »… Ayant peur des représailles, mon père va alors me demander de revenir. Je suis engagé dans un chantier de jeunesse dans le Puy-de-Dôme, Groupe 5 Les Chabanettes, du Groupement 44 de Courpière...Nous étions en pleine nature dans des baraquements en bois. C’était comme à l’armée, voir pire … »« … Le chef de camp a reçu un courrier lui indiquant que tous les jeunes non cultivateurs devaient partir en Allemagne. Mon père est venu m’apporter des vêtements … »« Je vais prendre le train. Il va m’emmener dans un premier camp à Halbstadt¹. Je vais y rester quelques jours. Puis je vais être transférer dans un autre camp à Braunau². Nous étions dans des baraquements en bois. Nous dormions dans des châlits³ sur des paillasses. Nous n’avions pas grand-chose à manger. La nourriture cependant n’était pas trop mauvaise. La vie n’était pas trop dure. Les gardiens allemands du camp, surtout un d’origine tchèque, étaient dans l’ensemble gentils. Parfois même, le chef du camp m’autorisait avec un camarade à écouter la radio dans son appartement…

"... un jour je fus malade. L'infirmière me dit de prendre ma température ... j'avais 37,3, alors j'ai tapé sur le thermomètre pour faire la faire monter ... j'ai pu rester à l'infirmerie ..."

Notre travail consistait à fabriquer sur un tour, des pièces de culot d’obus. Quand la mâchoire s’ouvrait on devait poser la pièce pour qu’elle soit usinée. Parfois on essayait de saboter les pièces. Le maëster qui nous surveillait vérifiait le calibrage des pièces et nous engueulait quand celles-ci étaient Zu groß (trop grand)…» [mon père a eu le béguin pour une jolie jeune tchèque, prénommée Pepa. Elle était réquisitionnée pour travailler dans la même usine que mon père. Le soir elle rentrait donc chez elle]« Au printemps 1945, j’ai aussi des souvenirs de bombardements lointains sur la ville de Breslau4 en Pologne… »« En août 1945, à la fin de la guerre, nous avons été libérés par des Ukrainiens qui ont violé la plupart des femmes allemandes, polonaises présentent au camp. On retrouvera le chef du camp mort devant un baraquement …… Notre chef français ne sachant que faire, nous avons attendu assez longtemps avant que l’on vienne nous chercher. Nous avons rejoint la France, assis à trente à l’arrière d’un camion non bâché. Sur la route nous doublions les soldats allemands à pieds ou en vélo….Arrivé à Nancy, j’ai pris le train pour Lyon, puis pour Saint-Chamond. Mon père était venu à ma rencontre. Il venait tous les jours pour voir si j’arrivais. »1 : Halbstadt, aujourd’hui en République Tchèque se nomme Mezimèsti, près de la frontière polonaise. Avant la guerre était située en Pologne.2 : Braunau, aujourd’hui en République Tchèque se nomme Broumov, près de la frontière polonaise. Avant la guerre était située en Pologne.3 : Les châlits sont des lits de cadre en bois à étage.4 : Breslau, aujourd’hui en Pologne se nomme Wroclaw, près de la frontière tchèque.

'==Témoignage de mon père Jean GAUTIER, le samedi 14 décembre 2013 - Chez lui à St Chamond (7B, bd Ennemond Richard)''''''Pendant que ma mère, hospitalisée depuis une semaine à l'hôpital de St Chamond (chute et très grande fatigue due à un manque d'alimentation et une volonté tenace de vouloir rester couchée), est visitée par Agnès, ma femme, je tiens compagnie à mon père. Mes parents ont la maladie d’Alzheimer. Malgré ses 91 ans passés, mon père, est en assez bonne forme physique. En ce début d'après-midi du 2ème samedi du mois de décembre, nous échangeons des souvenirs, assis sur le canapé de la salle à manger. Mon père me parle de sa tante Claire qui tenait une crèmerie au 19 rue Decazes à Marseille. Mon père aimait aider sa tante. Il tenait parfois la caisse, pesait les aliments , etc. La tante Claire n'était pas très commerçante, aussi un jour elle demanda à son frère François, (le père de mon père), dit "Gautier" (l’aîné se fait appeler par son nom) s'il accepterait de lui acheter son commerce pour la somme de 10.000 anciens francs, ainsi mon père aurait pu y travailler. Mon grand-père François n'accepta pas prétextant que mon père n'était pas assez expérimenté pour tenir seul la crèmerie. D'après mon père 10.000 anciens francs c'était une affaire. [sur le site experts-univers.com, une ''Conversion de francs 1947 en euros d'aujourd'hui'' a été demandée par un internaute. En voici la réponse : ''10000 anciens francs = 100 francs nouveaux = 100/6.55957 = 15 € de maintenant. Cependant, il faut prendre en compte l'inflation durant cette période. Au dire de l'expert et des calculs, si vous avez acquis votre concession en Janvier 1947 pour 10,000 anciens francs, sa valeur aujourd'hui, en tenant compte de l'inflation est de 742 €. ... pas cher en effet !'']

==Autres souvenirs de mon père : '[souvenirs A bicyclette, recueillis chez mon père à St Chamond, bd E. Richard, le 4 août 2014] ==1- souvenir douloureux - Décès de son grand-père Charles. Le matin du 24 août 1931, son père descend de l'étage du 208, rue d'Endoume et lui annonce : "''Tu n'as plus de grand-père''" (néphrite) 2- souvenir agréable - "''Dès que l'on entendait la sirène des bateaux,(mon père fait le bruit) on montait en courant à l'étage pour regarder, du balcon, les gros navires entrer ou sortir du port''." 3- souvenir de voisins : "Mme Gossel discutait souvent avec ses parents, assis chacun de leur côté sur un banc de ciment.''"

4- A bicyclette 1 ...Périple d'environ 1200 kms avec son frère Charles pendant l'été 1936, 1937 ou 1938 ... Saint-Chamond, les Sables d'Olonne (1ère nuit à Lezoux) ... puis Les Sables - Paris ... Blancheface (Essonne) pour rejoindre leur oncle Henri en vacances. Puis retour à St Chamond ...

A bicyclette 2 ...Au début de la guerre, périple jusqu'à Marseille avec son frère Charles : col du Grand Bois (montée difficile, alors ils s'accrochent à l'arrière d'un camion, qui n'allait sans doute pas très vite)... 1er ou 2ème arrêt ? à Orange (hôtel)[mon père me dit qu'il se souvient vaguement avoir embêté son frère Charles (ils dormaient tous les deux dans le même lit) ... son frère lui aurait dit que s'il continuait il lui donnerait un coup de poing et que le sang giclerait jusqu'au au mur !]... A Marseille mon père a de bons souvenirs... il s'amuse avec sa cousine Ninette (Antoinette ARGELAS, fille de Claire GAUTIER, cependant sa mère lui écrit ... il doit rentrer à St Chamond pour passer le Brevet élémentaire [explication d'un internaut au sujet du B.E. : "Il me semble que le brevet élémentaire se passait deux ans après le certificat d'études, donc vers 14/15 ans au début des années 30, 15/16 ans ensuite. Mais je n'ai pas de références précises. Aucune comparaison n'est possible avec le système actuel, qui prolonge un enseignement différent, celui des lycées (le brevet éléméntaire était passé par ceux qui n'étaient pas passé au lycée, mais par le "certif" puis un cours complémentaire). Mais à l'époque il permettait de devenir instituteur (A mon époque, le bac était suffisant). En maths, le niveau d'arithmétique était élevé, mais les méthodes algébriques permettent d'automatiser les délicats problèmes de trains ou de robinets. En géographie, la connaissance de la France était très forte (départements, préfectures et chefs lieu d'arrondissements connus par coeur). Mais l'économie mondiale ignorée."]... Il est donc remonté en vélo à St Chamond [pour l'anecdote mon père a réussi son B.E. ... quand il est rentré chez lui, route de Langonan, c'est son père (François) qui lui ouvre la porte. Quand mon père lui annonce la bonne nouvelle, mon grand-père lui répond :"Comment t'a fait !"

== Souvenirs d'enfance de mon frère Christian Gautier - ==

I- Textes envoyés par courrier d'Argenteuil, le 2 juin 2015

"Emmanuel. Ci-joint 5 petites histoires concernant, Papa et Maman avec une petite chronologie liée à ma mémoire 1957-1959-1962. St Just, je n'ai pas la date précise en tête. Je devais avoir 15 ou 16 ans. Donc env. 1964-1965. Bisous. Ton frère Christian." (en fait nous sommes arrivés à St Just en janvier 1966. E.G)

1- "Une réduction expresse ! .... Nos parents et nous allions à la plage les W.End en été. Je ne sais plus où exactement *. C'étaient les vacances dans la région de Marseille. La plage était en contre bas et il fallait emprunter un petit chemin escarpé. Maman dérapa et chuta lourdement. Bénéfice, c'est le mot, jambe cassée - avec un bon déplacement. Maman, "ni une ni deux", attrapa sa jambe et d'un mouvement sec, redressa son membre blessé. Le travail bien fait n'était plus à faire.""

2-"Chic on a la télévision" ... Maman attendait un heureux évènement. Mais quel sera l'enfant ? Fille ou garçon ? Papa clama, si c'est une fille j'achète une télévision ! De la fenêtre de ma classe d'école, je pouvais voir le toit de notre maison. Un après-midi je vis alors l'antenne de la télé se hissait. J'avais une petite sœur, Joëlle. Papa avait tenu parole. (En cette année, c'était une des toutes premières télévisions. Un luxe, année 1959, je pense). Pour la petite histoire, j'avais une petite copine à l'école qui s'appelait Joëlle. J'ai fait des pieds et des mains pour que notre sœur porte le même prénom. Mais peut-être je l'ai rêvé."

3- "Un paroissien bien aimable" ... Lorsque nous sommes arrivés de Marseille à St Hilaire de Chaléons, le village (plus de vaches que d'habitants) fut très soupçonneux et les regards pas très sympathiques. Le premier dimanche Papa et toute la famille se dirigeant vers l'église voisine de la porte pour assister à la messe.(cf. photo église à Emmanuel GAUTIER - photos de famille). Alors tout changea. Nous nétions plus les "Gangsters Marseillais" mais forcément des gens biens. Et papa "notable" du village fut pourcela montré en exemple. Dans la foulée il est élu Marguiller, Marguiller personne élue de la paroisse pour en gérer son organisation avec le curé."

Sur le site : http://shc44.org/_La-redaction,120_ .... Histoire de St Hilaire de Chaléons avec entre autre un portrait du père Bernard et des petites vidéos d'habitants, ... Yvonne Chauvet ... M. Bâtard (2011)

4- "Pauvre Joëlle" ... "A St Hilaire papa garait la 403 Peugeot dans un garage loué sur le chemin allant à la gare. Un jour, de retour de promenade, les parents et nous les enfants nous sortons de la voiture pour que notre père puisse rentrer le véhicule. Puis la manœuvre effectuée, entame la fermeture de la porte coulissante. Arrivée en bout de course - ça bloque - Pourquoi ? Papa insiste et s'énerve un peu. Après plusieurs tentatives, un cri strident vrille le silence. C'est Joëlle, alors toute petite. C'est son doigt qui gênait la fermeture. Tétanisée par la douleur et ne pouvait sortir un son. Résultat un doigt très abîmé et notre sœur en garde la marque et papa encore aujourd'hui un souvenir douloureux."

5- "Sale chien !" ... Maman allait se coucher souvent avant Papa. Kapi chien teigneux et jaloux (mal élevé par Maman) montait avec Maman et s'allongeait sur le tapis entre le lit et le mur. Lorsque notre père montait se coucher à son tour, il devait éviter l'attaque du chien agressif ! Parfois violent. Gare aux morsures. He oui ! Un jour Papa n(en pouvant plus, eut la malencontreuse idée de "botter" les fesses du cabot. Mal lui en pris. Il rata le "cul" du chien mais pas de la porte ouverte donnant sur le jardin. Bonjour la bosse et l'hématome sur la cheville. Bien sûr, Maman qui ne manquait pas de rire lorsque Papa se faisait mal, lui envoya un "bienfait, ça t'apprendra à maltraiter les bêtes !" ... un comble." (petit rectificatif qui n'a pas beaucoup d'importance, il me semble que c'est le tibia qui a pris, j'étais témoin.)

II - Textes envoyés le 30 juin 2015

"Emmanuel. Quelques historiettes dans mes souvenirs d'enfant et adolescent. Gros bisous. Ton frère Christian. Je descends vers Papa entre le 20 juillet et le 24 juillet ...."

1- "A l'assassin ! (où le voleur de poules)" .... La Bégude de Mazenc dans la Drôme. Papa et Maman ont trouvé une petite location au milieu Deschamps de tomates et melons (c'était bien pour les manger en douce). Petite masure un peu délabrée (mais sans doute bon marché) près d'une ferme. Le chien Kapi (toujours lui décidemment) a la poudre d'escampette comme à son habitude. Malgré la vigilance parentale (surtout Papa toujours méfiant à raison) le chien arrive à se carapater. Après maintes recherches, on le retrouve dans la ferme voisine. L'animal infernal, comme un renard, pire encore a attaqué le poulailler. Pour les poules (pondeuses de surcroit) celles qui n'étaient pas mortes plumées vives, elles agonisaient ! Nulles n'avaient échappé à la vindicte violente su sale cabot.Papa, Maman catastrophés veulent "à tout prix" dédommager la fermière. malgré notre insistance, cette dernière magnanime ne le voulu point et de plus nous gratifia de quelques volailles pour nos prochaines ripailles. Nous avions pu presque remercier Kapi de nous avoir obtenu "ces poules au pot" gratuites. Mais la, il ne faut pas pousser "la poule dans les orties".

2- "Nom d'un pétard !" ...


  Souvenirs de Marseille de mon père Jean Gautier (St Chamond juin 2016)

:"Louise Rocca, ma grand-mère était impotante et se déplaçait avec une chaise"

"Maman (Simone) faisait toujours de la soupe le soir. Louise Rocca disait : Vous êtes bien soupiers ! ; avec un œuf cassé dedans."

"Maman (Simone) s'asseyait sur les marches devant la maison (Rue d'Endoume) ; elle attendait papa qui rentrait en tram"

"Quand mon père rentrait tard à pied du travail , il remontait la Rue Sainte en son milieu, de peur de se faire agresser."


  Souvenirs de mon père Jean Gautier (St Chamond 19 oct. 2016) :

"Ma mère (Antoinette) n'était pas commode et elle reprenait souvent mon père (François) quand il lui parlait de son travail. Mon père je l'ai vu vraiment s'énerver qu'une fois. Un jour à table comme elle s'agaçait et faisait trembler sa main qui tenait sa fourchette, mon père lui a jetée une boite de sardines ..."

" L'un des ingénieurs chef de mon père s'appelait Nurit ... il s'amusait à raconter que lorsqu'il était absent on pouvait dire Nurit n'est pas là ... N'urinez pas là ."

"Un jour mon père se plaignait d'avoir mal au cou et il disait que c'était sans doute la veine artère ; alors son frère (Henri-professeur de sciences), lui répondait "Écoutes Gautier, où c'est une veine, où c'est une artère" et mon père têtu d'insister "non non, c'est une veine artère !"


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