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 Victor Bonhommet

Summary

 1 - Biographie

(extrait de http://bonhommet.gustine.eu )

Victor Bonhommet est le nom de plume de Michel Bonhommet, né au Mans le 9 mai 1830 et décédé le premier octobre 1905. Poète militant de la cause ouvrière, il est surtout connu pour Les chansons de métiers qu’il fait publier en 1888. Sur des airs populaires, leurs paroles accompagnent noces et banquets et valent à leur auteur une certaine notoriété dans la région du Mans.

Son pseudonyme est un hommage à Victor Hugo à qui il dédicace son premier ouvrage. En réponse, il reçoit la lettre d’encouragement suivante.

« Vianden 30 juin (1871).
Votre lettre Monsieur ne me parvient qu’aujourd’hui. Je suis de nouveau un peu exilé pour avoir voulu protéger l’exil des autres mais ce n’est rien et une lettre comme la vôtre me touche plus que les persécutions ne m’irritent.
J’accepte votre honorable dédicace. Je sens en vous un généreux esprit et vous envoie tous mes vœux de succès. Croyez moi votre ami.
Victor Hugo »

En 1897, Hippolyte Daguet le cite dans son ouvrage sur les poètes contemporains du Maine.

Victor Bonhommet est l’un des fondateurs et l’un des premiers présidents de la Société de libre pensée du Mans. Il publie divers articles dans lesquels il justige l’obscurantisme religieux. Vers 1882, dans cette même ville, il fonde aussi le Cercle démocratique pour l’instruction et l’éducation du peuple, une des premières universités populaires françaises.

Une rue du Mans porte le nom de Victor Bonhommet depuis le 22 janvier 1927. C’est l’ancienne rue du Porc-Épic où il demeura vers 1868/69 avant de s’installer tout près de là, place de la Halle devenue place de la République.

 2 - Sources

 2.1 - Hippolyte Daguet (1897)

Les poètes contemporains du Maine (médiathèque du Mans, pages 149 à 155)

Par ses convictions généreuses, par son ardent libéralisme, par son amour des humbles et des souffrants, l’auteur du poème : Le Peuple et des Chansons de Métiers mériterait d’être classé parmi les poètes manceaux vraiment dignes de la popularité ; mais par son style souvent pompeux, abondant en images et en citations, plein d’envolées audacieuses jusqu’à l’hyperbole, il sollicite surtout l’attention des lettrés, et c’est pourquoi la foule aux instincts frivoles, au goût peu littéraire, connaît à peine les œuvres de ce poète qui l’a chantée avec tant de fougue.

Né au Mans en 1830, il appartenait à une famille d’artisans et fut lui-même ouvrier menuisier. Dès l’âge de seize ans, alors qu’il faisait son tour de France, il sentit s’éveiller en lui des penchants poétiques. Il débuta par des chansons de compagnonnage puis en 1855, étant militaire, il fit une chanson de marche : Voir, c’est avoir, que l’on chante encore aujourd’hui.

Plus tard, il publia dans la Ruche Parisienne des poésies qui furent signalées comme « annonçant un écrivain plein de verve et d’enthousiasme, aux pensées vigoureuses. »

C’est en 1869, vers la fin du second empire que Victor Bonhommet, élargissant son cadre, composa son premier volume : Le Peuple, sorte d’épopée en sept chants, véritable monument en vers qu’il tentait d’édifier à la gloire des travailleurs.

En 1870, Victor Bonhommet se jeta avec ardeur dans le mouvement politique, et écrivit des articles de journaux d’une réelle valeur littéraire : les Réfractaires au progrès, la France et le droit divin, Lève-toi et marche, le Souverain qui demande un maître, les Lettres à Francœur. Il publia aussi différentes poésies, dont plusieurs furent couronnées à des concours, malgré leur caractère purement politique.

À ce moment, après avoir été conseiller municipal, il appartenait à l’administration de L’Avenir, comme gérant, avec M. Quesnay de Beaurepaire, qui était rédacteur en chef. L’ordre moral lui fit l’honneur de l’emprisonner pendant quelques mois.

Alors parut son Monde politique en déshabillé, petite brochure qu’il dédiait à la multitude et dans laquelle se manifestent son même amour des petits, sa même horreur du despotisme et de la fourberie.

Fidèle à ses convictions humanitaires, notre compatriote est rentré en lice une troisième fois avec ses Chansons de Métiers, qu’il publia en 1888. C’est une nouvelle tentative — vraiment populaire celle-là — de glorification du peuple par l’étude historique et technique des diverses professions manuelles. Au lieu de la forme épique, l’auteur a employé les couplets et refrains s’adaptant à des airs variés, mais, en raison du développement donné à chacun de ses tableaux, il s’est complètement écarté de la chanson moderne — souvent vide ou triviale — et sa voix, trop audacieuse, n’a guère éveillé d’écho parmi la foule.

Victor Bonhommet qui, depuis une quinzaine d’années est bibliothécaire-adjoint de notre ville, a produit en outre un assez grand nombre d’opuscules, de pièces en vers en l’honneur des célébrités du Maine : Pierre Belon, Germain Pilon, Tahureaux, Robert Garnier, René Levasseur, qui ne sont pas inférieurs à ses précédents travaux poétiques. Il est l’auteur d’une Marseillaise de 1890, qui a été chantée dans les banquets populaires.

Nous résumerons cette étude en disant encore une fois que ce penseur modeste a toujours été le poète des humbles et le fervent propagateur des idées de justice et de fraternité républicaine.

 2.2 - La Raison de la Libre-Pensée (janvier 1926)

Causerie du citoyen Daguet sur Victor Bonhommet poète et écrivain manceau

Le 25 octobre dernier, un des nôtres, le poète H. Daguet, faisait au siège de notre Société, salle Godard, une conférence fort bien présentée, fort documentée, fort émouvante et fort intéressante sur son ami d’autrefois : Victor Bonhommet, poète du peuple, décédé en 1905.

Le citoyen Daguet, rappelant ses souvenirs d’antan, laissant parler son cœur, nous présente Victor Bonhommet (1830-1905), comme un poète et un écrivain local, sorti du peuple et qui a employé le meilleur de son talent — talent réel — à glorifier le peuple « en retraçant le mieux possible ses misères et ses joies, ses luttes et ses travaux, ses souffrances et ses aspirations vers un but meilleur ».

Le conférencier présente d’abord une courte biographie de Victor Bonhommet qui, ouvrier manuel, eut le courage de compléter son trop léger bagage intellectuel en étudiant les philosophes et les poètes, Victor Hugo était son écrivain favori.

Dès 1869, Victor Bonhommet composa son premier volume de vers intitulé : Le Peuple. C’était une sorte d’épopée en sept chants « véritable monument en vers qu’il tentait d’élever à la gloire des travailleurs ».

Cette vigoureuse poésie avait un caractère nettement pacifiste : dans le chant 4e, Victor Bonhommet fait un tableau dramatique des horreurs de la guerre, ainsi que la désolante revue de tous les maux qui accablent les classes pauvres au cours des siècles, et arrive à l’œuvre gigantesque accomplie en 1789 et années suivantes, par le peuple français, vaillant champion des idées de liberté, d’égalité et de fraternité.

Après la chute de l’Empire, Victor Bonhommet fit dans les journaux locaux, certains articles comme Les Réfractaires au Progrès, La France et le droit divin, Le Souverain qui demandait un maître. Les lettres à Francœur ont une réelle valeur littéraire.

Il en est de même de sa jolie poésie La France, parue dans le journal l’Avenir, dont le directeur était Quesnay de Beaurepaire…

Notre poète manceau reçut les félicitations de Victor Hugo et écrivit en 1874 Le monde politique en déshabillé, contenant des pièces d’une virulence rappelant les Iambes de Barbier. Un instant victime du Gouvernement de l’Ordre Moral, Bonhommet réintégré dans son emploi de bibliothécaire-adjoint, continua à produire et fit successivement paraître La chanson des métiers en 1888 et des pièces de vers en l’honneur de diverses célébrités mancelles, écrivit un poème resté inédit sur l’Origine des Religions.

Comme Victor Hugo, Bonhommet chanta les joies de son foyer en des poésies charmantes à l’adresse de sa femme, de ses enfants et petits-enfants, et où se révélait l’âme affectueuse du poète.

Le conférencier rappelle ensuite quelques souvenirs personnels ayant trait aux derniers jours de son ami, et termina en nous présentant Bonhommet, homme politique, libre-penseur et fonctionnaire, nous dit combien il eût à souffrir des gouvernements de Napoléon le Petit, de l’Ordre Moral et de l’intolérance des autorités locales (préfectorales et municipales), qui poursuivirent en Bonhommet le républicain et le libre-penseur.

Victor Bonhommet fonda au Mans, rue de la Juiverie, vers 1882, le Cercle démocratique pour l’instruction et l’éducation du peuple. C’était la première organisation d’une Université populaire dans notre ville, idée généreuse qui fait grand honneur à notre poète manceau.

Notre camarade Daguet termina sa très intéressante causerie en présentant le vœu suivant voté par les membres présents : « Les citoyennes et citoyens réunis à la salle Godard le 25 octobre 1925, après avoir entendu l’éloge de Victor Bonhommet, poète manceau, républicain, demandent à la municipalité du Mans de donner le nom de notre regretté concitoyen à l’une des rues de la Ville, autant que possible dans un quartier populaire, comme Saint-Germain. Victor Bonhommet ayant chanté le peuple dans tous ses ouvrages. »

J’espère que le citoyen Daguet et toute la L.P. mancelle auront un jour satisfaction.

 2.3 - L’Ouest-Éclair (24 janvier 1927)

Le Mans, conseil municipal du 22 janvier

De nouveaux noms de rues. Le Conseil adopte un rapport de M. l’adjoint Catois qui, de sa voix claironnante a proposé que le nom de plusieurs voies publiques fût changé :

… la rue du Porc-Epic deviendra la rue Victor-Bonhommet…

M. Hallier déclare ne pas très bien connaître Victor Bonhommet. M. l’adjoint Catois, qui est un ancien instituteur, se reprend à faire l’école pour renseigner l’élève Hallier — fi ! l’ignorant ! — sur les mérites de feu Victor Bonhommet, dont on finira par connaître le nom à force de le lire sur une plaque de rue…


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