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  • Né le 16 avril 1856 (mercredi) - Villarepos, 1583, Fribourg, Espace Mittelland, SUISSE
  • Décédé le 6 avril 1944 (jeudi) - Neirivue, 1669, Fribourg, Espace Mittelland, SUISSE , à l’âge de 87 ans
  • Inhumé le 10 avril 1944 (lundi) - Neirivue, 1669, Fribourg, Espace Mittelland, SUISSE
  • Curé de Neirivue

 Parents

 Notes

Notes individuelles

Le 27 mars 1944, le vénérable curé de Neirivue, M. l`abbé Rodolphe Bochud faisait une mauvaise chute devant le bâtiment postal de son village. Malgré son grand âge, il se relevait, trouvait moyen de faire encore sans appui le tour de la localité et rentrait å sa cure. Deux jours après, il mentionnait dans le journal qu'il tenait ponctuellement depuis plus de soixante ans : «Je me ressens encore de la chute d`avant-hier qui a provoqué un ébranlement général. A 88 ans, on ne tombe plus comme à 20 ans. Ma chute aurait bien pu être mortelle. Profitons de l’avertissement... »

Ces lignes devaient être les dernières que le vénérable octogénaire écrivait dans le seizième de ses volumineux cahiers intimes. Car, quelques heures après les avoir rédigées, il était obligé de s'aliter; il ne devait plus se relever; la commotion avait été telle qu’en huit jours, la maladie devait faire son œuvre. A la première heure du Jeudi-Saint, le 6 avril 1944, celui qui avait été curé de Neirivue pendant 53 ans quittait ce monde, entouré des regrets el de l'affection non seulement de ses paroissiens, mais aussi de ceux qui avaient su deviner la grandeur d'âme et la force de tempérament de ce vieillard resté alerte jusqu`au bout.

L’abbé Pierre-Joseph-Rodolphe Bochud était originaire de Villarepos, où il était né le 16 avril 1856. Issu d'une famille de huit enfants, dont il était le cadet, il aurait dû tout naturellement se vouer à la carrière paysanne dans le beau village dont il était le ressortissant. Mais à 16 ans, en automne 1872, il prenait le chemin de l'Ecole normale d'Hauterive sur le conseil de l'instituteur de l’endroit, Maurice Progin, le futur inspecteur scolaire, puis chef politique et rédacteur fribourgeoisiste de la Gruyère, qui avait décelé à cette époque déjà la forte personnalité de son élève. Entré en deuxième année à l'école d'Hauterive, Rodolphe Bochud resta jusqu'en été 1874; il y figura parmi les brillants élèves. Mais en automne 1874, il ne réapparut pas à Hauterive. C’est que, sentant naître en lui un appel au sacerdoce, il avait pris le chemin du Collège de l’Abbaye de Saint-Maurice, où il devait être étudiant de 1874 à 1877, de quoi faire son gymnase classique.

De 1877 à 1879, le futur abbé Bochud, toujours brillant élève, se trouve au Collège Saint-Michel de Fribourg pour y faire sa philosophie et sa physique; il y rencontre des condisciples qui, devenus ensuite prêtres ou magistrats demeureront ses amis, même si des divergences d’opinion doivent les séparer, tels le grand Georges Python et d'autres encore, envers lesquels, magnanime, il professera sans cesse de l’admiration pour leurs traits de génie et leur sincérité.

Collégien, Rodolphe Bochud est de son époque et ne manque pas de tempérament : muri pour l`action, il prend part à cette heure déjà aux luttes politiques qui animent alors la scène fribourgeoise; un moment, il songe à se consacrer à l'art médical; mais l’appel au sacerdoce retentit à nouveau bien vite; c’est là que se portera son dévouement.

En octobre 1879, c’est l’entrée au Grand Séminaire de Fribourg, sous la direction d'abord du futur Mgr Cosandey qui deviendra évêque de Lausanne, puis de l’abbé Goetschmann, l’ancien curé de La Chaux-de-Fonds. M. l’abbé Bochud reçoit, la tonsure et les Ordres mineurs des mains de Mgr Cosandey le 25 mars 1881; il est ordonné sous-diacre et diacre par Mgr Lachat, évêque de Bâle, les 10 et 11 mars 1883. Le 22 juillet suivant, Mgr Mermillod, revenu d’exil et chargé maintenant du diocèse de Lausanne et Genève, lui confère la prêtrise dans l’église de Notre-Dame de Fribourg. Le 29 juillet 1881, il célèbre sa première messe à Villarepos.

Voilà M. Bochud revêtu du sacerdoce; il est de taille à remplir des missions délicates ; son intelligence est ouverte, son esprit alerte et plein de curiosité, son caractère est entreprenant. Aussi songe-t-on d'abord à l'envoyer à Neyruz, où, dès le 14 août 1883, il seconde l’abbé Jonneret, le curé âgé et malade, dont il devient l’auxiliaire. Mais le 27 septembre, M. Jonneret, meurt; l’auxiliaire devient desservant et la paroisse désirerait le conserver comme curé; elle multiplie sans succès les instances auprès de l'Autorité diocésaine. Le 11 novembre, le jeune abbé reçoit l'ordre de se rendre à l’évêché de Fribourg, où durant quelques mois, il remplira les fonctions de secrétaire, tout en s’en allant le dimanche ici où là exercer du ministère dans des postes dépourvus de pasteurs.

La paroisse de Cugy, dont le Vicaire général de l’époque, Mgr Pellerin, avait été autrefois curé devient vacante. Immédiatement on songe à l'Evêché à M. l’abbé Bochud comme titulaire de ce bénéfice: Mgr Pellerin veut procurer à ses anciennes ouailles Un pasteur de choix. En une semaine tout est réglé: le lundi 9 mars 1884, Mgr Mermillod fait part au jeune abbé de son désir; le mercredi 11 mars, il lui remet ses lettres de nomination; le samedi 15 mars, le nouveau curé gagne sa paroisse par la dernier train du soir, tandis que le lendemain, dimanche 16 mars, Mgr Pellerin procède à son installation durant la grand-messe.

A Cugy, M. l’abbé Bochud passe sept années d’actif labeur; mais le climat de la Broye ne convient pas à sa santé; il est sans cesse souffrant des poumons, lui, qui parviendra à 88 ans ! Aussi, l’autorité diocésaine décide-t-elle le 1er février1891, de lui confier la cure de Neirivue, où vient de mourir le doyen Jaquet qui la dessert, depuis 1839.

C’est le 17 février de cette année 1891 que M. Bochud est installé dans sa nouvelle paraisse, au milieu de l’enthousiasme général: il demeurera à ce poste pour les bons et les mauvais jours durant 53 ans, jusqu’au 6 avril 1944.

Les dates biographiques sont, à vrai dire peu nombreuses dans la carrière de M. l’abbé Bochud, mais les faits sont là ; ils parlent suffisamment par eux-mêmes pour proclamer hautement que cette existence sacerdotale, loin d'avoir été banale, fut judicieusement remplie; elle fut celle d’un homme à la foi vivante, à la volonté tenace et à l’esprit robuste, parfois caustique. Car, malgré la brièveté de sa formation de Collège, M. I'abbé Bochud était magnifiquement doué pour la vie tant intellectuelle que pratique ; ÎI sut d’ailleurs admirablement tirer profit par un travail personnel de cette bonne originalité et de ce fin coup d’œil dont la Providence l'avait gratifié.

Peut-être sa vocation tardive, plus encore tout ce qu`il avait appris à Villarepos sur les heures périlleuses du Sonderbund, où le vénérable abbé Longchamp, le curé de ses parents et de ses compatriotes avait trouvé la mort, tout cela avait-il suscité en lui, malgré certaines apparences extérieures, une gravité particulière. Car M. Bochud était tout qu’un esprit paresseux. Il savait par expérience que les compétents seuls arrivent á servir vraiment. Aussi s`adonna-t-il constamment à l'étude et à la lecture; on le trouvait toujours en train de scruter un problème dans les domaines les plus divers. Et ce n'est pas exagéré du dire que cette volonté de progrès avait encore accentué en lui ce sens du profond, du précis et du perspicace, qui faisait le charme de sa conversation et qui en faisait l’ennemi déclaré de tout ce qui était superficiel. Cette très nette prise de position devait lui attirer parfois des oppositions ; mais il s’en consolait philosophiquement.

Cet ensemble de compétences et de qualités devait se révéler de la plus haute utilité tout au long de la carrière de M. l’abbé Bochud. Dans le domaine pastoral pur, il exerça sans manier l'autoritarisme, un ascendant irrésistible sur ses paroissiens qui appréciaient son dévouement et son excellent jugement com- me aussi sa piété profonde. Dans le domaine scolaire, il vit très clair; il voulut être à l'avant-garde: témoin en est tout ce qu`il créa et développa à Neirivue dans ce but. Au point de vue social, il eut l’œil ouvert sur les né-cessités de l'heure, mais pas un œil aveugle; il était acquis à la nécessité du bien-être pour ses paroissiens, mais il ne voulait pas que, parallèlement, s’installent l'insouciance et l’abus de la propriété matérielle. Ses efforts pour créer la petite industrie dans la Haute Gruyère étaient conformes à ce plan.

Comme administrateur, M. Bochud se révéla clairvoyant ; il eut le sens du lointain; le succès immédiat et facile ne le fascinait pas. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à se rappeler quarante ans plus tard avec quelle maitrise il préside, après l’incendie du 19 juillet 1904 à la reconstruction non seulement de l’église, mais - nous n’exagérons rien - du village entier de Neirivue où dix bâtiments seulement sur 91 avaient échappé au désastre.

Il eut été frappant que l’esprit toujours en éveil qu'était M. le curé Bochud ne se fut pas occupé d’histoire. Cette science fut en somme son violon d’Ingres. Dans ses papiers personnels on a retrouvé des notes nombreuses sur les recherches auxquelles il s'était livré. Nous avons de lui quelques études imprimées, telles l’incendie de Neirivue, Les curés de Neirivue. Les sanctuaires de la Gruyère, Notre-Dame de l’Evi. Mais plus encore que ces écrits imprimés, des monographies pleines de saveur, encore à l'état de manuscrits restent de lui: l’histoire de la Paroisse de Neirivue, La chronique scandaleuse, une étude sur Le Pauvre Jacques, La Petite Eglise, etc. Mais ce qui demeure une mine précieuse de documents pour les historiens qui s'occuperont des paroisses de Cugy et de Neirivue, voire aussi du canton de Fribourg et du diocèse tout entier, ce sont, les seize abondants volumes dans lesquels il consigna au jour le jour depuis le 14 août 1883 au 29 mars 1944 tout ce qui l’avait frappé de la vie locale, nationale et internationale.

En terminant cet hommage à la mémoire d’un excellent prêtre de notre terre fribourgeoise, nous nous devons d’évoquer la bonté et la grandeur d’âme de celui qui vient de disparaître. Nous nous souviendrons toujours de ses conversations bienveillantes, où la mesquinerie n’avait aucune place. Nous nous rappellerons surtout la magnanimité avec laquelle, plein d'admiration et d'enthousiasme, il jugeait les grandes œuvres auxquelles s’étaient appliqués ceux-là mêmes dont il ne partageait pas toutes les idées. A le voir ainsi faire la part du feu au milieu des divergences d'opinions qu'il avait eues avec d’éminents contemporains, on sentait en lui le prêtre et l’homme cultivé, compréhensif de tout ce qu’il rencontrait. C'est là sans doute l'un des traits impérissables de ce caractère, auquel l'avenir réservera encore d’autres hommages, celui surtout d’avoir laissé une paroisse bien vivante.
La Liberté du 7 et du 11 avril 1944, Nos 82 et 84
La semaine catholique du 13 avril 1944, No 15
Echos de St-Maurice de mai 1944, 42è année
Le Fribourgeois du 85 avril 1944, No 56
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Quelques heures après M. Maurice Coquoz, à l'aube du Jeudi-Saint, 6 avril 1944, s'éteignait dans sa cure de Neirivue M. l'abbé Rodolphe Bochud, l'un des doyens d'âge du Clergé du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, l'un des prêtres fribourgeois les plus connus et les plus vénérables. « Il s'en est allé à l'âge de 88 ans, entouré du respect et — on peut le dire sans crainte de se tromper — assisté à chaque minute de sa dernière maladie par les prières de ses paroissiens, tant était grande l'affection profonde qui unissait les catholiques de Neirivue à celui qui fut pendant 53 ans leur chef spirituel. La nouvelle de cette mort a d'ailleurs frappé douloureusement non seulement ceux qui vivaient auprès de M. Bochud, mais aussi tous ceux, ecclésiastiques et laïcs, qui avaient eu quelque relation avec cet excellent prêtre et qui, il y a quelques semaines encore, le voyaient bénéficier, malgré son âge, d'une étonnante vitalité et surtout d'une remarquable souplesse d'esprit.

M. le chanoine Bussard s'honorait de l'amitié de ce vétéran du sacerdoce, l'un des doyens aussi parmi les anciens du Collège de St-Maurice, et, à ce titre, notre confrère avait espéré obtenir de M. Bochud quelques pages de souvenirs qui eussent rejoints ceux, très précieux, que Mgr Jaccoud naguère, ou M. Laurent Rey plus récemment, nous ont donnés sur leurs années collégiennes. Avec quelle peine, mais aussi avec quelle affection M. Bussard n'eût-il pas retracé ici la vie si simple et si remplie à la fois de ce prêtre en qui il trouvait une image sereine du sacerdoce et un exemplaire robuste de la race fribourgeoise. Mais la mort nous a privés tout ensemble du biographe et de son modèle... Qu'il nous soit donc permis de reproduire ici abondamment — nous l'avons déjà fait plus haut — les lignes que M. l'abbé H. Marmier, directeur au Séminaire de Fribourg, a consacrées au défunt dans la Liberté de Fribourg; nous utiliserons encore largement un intéressant article paru dans le Fribourgeois de Bulle.

Pierre-Joseph-Rodolphe Bochud naquit le 16 avril 1856 à Chandossel, commune de la paroisse de Villarepos, dans la partie française du District du Lac ; il était le cadet d'une famille de huit enfants. « Très tôt il manifesta ses dons intellectuels, joints à une grande fermeté de caractère et au jugement le plus droit. » Il suivait encore les classes primaires de son village qu'il s'enthousiasmait déjà du désir de se donner aux autres, si bien qu'à 16 ans, se destinant à la tâche d'instituteur, il se dirigeait vers l'Ecole normale d'Hauterive. Il y trouva comme directeur M. Pasquier, « un laïc au beau tempérament de chef », et comme aumônier M. l'abbé Horner, futur recteur du Collège St-Michel : « L'un et l'autre exerçaient un ascendant considérable sur leurs élèves et ne furent pas sans influence sur les vocations ecclésiastiques qui naquirent à cette époque chez plusieurs étudiants d'Hauterive. M. Bochud fut du nombre de ces derniers. Après trois années d'Ecole normale, il sentit grandir en lui un appel au sacerdoce ; il fit encore son école de recrues, à l'issue de laquelle, sa volonté fermement mûrie, il annonça à sa famille son désir d'entrer dans le clergé diocésain.

Les annuaires du Collège de l'Abbaye nous apprennent qu'il vint alors à St-Maurice, où nous le trouvons, en 1875-76, suivant les cours de Principes, avec des camarades parmi lesquels nous notons M. Xavier Jobin, du Jura, et M. Pierre Berclaz, avocat à Sierre. Bochud ne concourut pas, sauta la classe de Rudiments et suivit, en 1876-77, les cours de Grammaire. Cette fois encore, il ne prit pas part au concours, mais le palmarès ajoute : « Il aurait mérité la 1re note avec prix. » Ce fut M. Camille Desfayes, plus tard juge cantonal du Valais, qui obtint le 1er prix ; Germain Favre, de Savièse, devenu plus tard le P. Christophe, capucin, un savant linguiste, et Georges Hassler, un frère du Général Lucien Hassler, de Delle, étaient du nombre des condisciples de Rodolphe Bochud.

Celui-ci prit ensuite le chemin de Mariahilf, à Schwyz, où il rencontra Georges Python, son compatriote et son contemporain, toutefois plus avancé que lui dans les études classiques. Les élèves Bochud et Python se connaissaient déjà : Villarepos et Portalban n'étaient pas si éloignés. A Schwyz, ils se lièrent d'amitié, d'une amitié qui fut profonde et durable, en dépit des divergences que la politique devait malheureusement créer entre eux.

On a dit que M. Bochud fit sa philosophie à St-Maurice, mais son nom ne se retrouve pas dans nos listes d'élèves après 1877. De fait, en automne 1879, il entrait au Grand Séminaire de Fribourg où il se distingua, quoique vocation tardive, par une belle culture intellectuelle, un esprit chercheur et un désir de s'instruire qui attirèrent sur lui l'attention de ses Supérieurs et de ses condisciples.

Il n'eut pas lieu de regretter le léger retard apporté au début de ses études théologiques. On remarque souvent au contraire, écrit le Fribourgeois, que les jeunes gens qui ont connu la société et la vie pratique sont ensuite mieux armés pour les difficultés de leur fonction et exempts des crises pénibles qui assaillent souvent les vocations trop bien couvées. En se consacrant à l'Eglise, Rodolphe Bochud savait exactement quels seraient les sacrifices à accomplir, quelles seraient d'autre part ses prérogatives et ses possibilités d'action. Il se traça dès lors une voie dont il ne dévia pas et qui imprima à sa vie une unité admirable. L'abbé Bochud appartient dès lors tout entier à son diocèse ; écoutons M. Marmier nous redire ce que fut cette longue carrière ecclésiastique.

Le 22 juillet 1883, M. l'abbé Bochud était ordonné prêtre à la chapelle du Séminaire de Fribourg par Mgr Mermillod, en même temps que douze autres confrères du diocèse, aujourd'hui tous disparus, au nombre desquels se trouvait Mgr Quartenoud, le futur Prévôt de Saint-Nicolas, M. le chanoine Castella, qui allait devenir professeur au Séminaire, et M. le doyen Charrière, le regretté curé de Surpierre, décédé en décembre dernier. Le dimanche suivant, M. l'abbé Bochud célébrait sa première messe à Villarepos et, quelques jours plus tard, il recevait un appel à une première fonction sacerdotale. En effet, le 15 août de cette même année, il devenait l'auxiliaire, à la cure de Neyruz, de M. l'abbé Jonneret, âgé et malade, auquel il succéda comme desservant du 27 septembre au 11 novembre 1883, date à laquelle il fut appelé comme secrétaire provisoire à l'Evêché de Fribourg.

Mgr Mermillod avait alors comme vicaire général M. le chanoine Pellerin, qui avait été auparavant curé de Cugy. Ce dernier poste étant à nouveau vacant au début de l'année 1884, M. Pellerin voulut réserver à ses anciens paroissiens un prêtre de choix et fit nommer à la cure de Cugy M. l'abbé Bochud, dont il savait les mérites comme étudiant et séminariste et dont il avait pu apprécier les belles qualités à l'Evêché même. Le nouveau curé fut installé le 15 mars 1884 ; il fut pendant cinq ans le pasteur vigilant et ferme du grand village broyard.

En 1891, à la mort de M. le doyen Jaquet, Mgr Déruaz appela M. l'abbé Bochud à la cure de Neirivue. Il y fut installé le 1er février de cette année-là et c'est à ce poste que, pendant 53 ans, il donna le meilleur de sa vie, de son jugement et de ses expériences. D'ailleurs, les circonstances allaient se charger d'affermir sans tarder les liens d'affection qui unissaient M. le curé Bochud et ses nouveaux paroissiens : les uns et les autres ne devaient-ils pas être témoins et victimes du terrible incendie qui ravagea, le 19 juillet 1904, le pittoresque village gruérien, et le pasteur ne fut-il pas alors la cheville ouvrière du sauvetage et de la restauration de sa chère localité ?

Les contemporains de cette catastrophe de 1904 se souviennent sans doute encore comment, en plein après-midi, le feu éclata à Neirivue, alors que tous les habitants étaient occupés aux travaux de la saison d'été, et se communiqua avec une terrifiante soudaineté au village entier. L'église, qui venait d'être restaurée, la maison d'école, la cure et la presque totalité des demeures furent détruites ; 45 ménages sur 54 furent sans abri : 81 bâtiments furent la proie des flammes ; les dommages s'élevèrent à un million de francs de l'époque. M. le curé Bochud, qui avait perdu lui-même tout son mobilier et toute une série de précieux manuscrits, fut le consolateur de ses paroissiens au cours de cette tragique journée comme il fut dans la suite l'homme de la reconstruction. Il entreprit alors de redonner à son village une belle église ; il fit édifier un bâtiment scolaire spacieux et confortable, qu'il dota plus tard de toutes les installations nécessaires à une classe ménagère ; il voulut que tout fût rebâti selon les règles de l'hygiène et du légitime progrès ; il s'employa enfin avec une belle énergie à faire desservir sa commune par la Compagnie des Chemins de fer électriques de la Gruyère. En 1906 déjà, Neirivue était en grande partie reconstruit. L'église fut consacrée en 1907.

Mais M. le curé Bochud, qui s'était entendu à merveille à promouvoir le bien matériel de ses paroissiens au cours des sombres journées de 1904 et 1905, fut surtout pendant 53 ans le pasteur vigilant et ferme de ses ouailles. Homme cultivé et profondément pieux, il jouissait à Neirivue d'une autorité incontestable. Doué d'un jugement sain, il savait parler quand il fallait et il était écouté ; son apostolat, accompli sans bruit, était moderne ; il avait l'œil ouvert à tout ; il veillait avec une scrupuleuse attention sur les questions scolaires et sur la jeunesse ; il faisait bon constater jusqu'en ces derniers temps comment ce prêtre de 80 ans et plus savait agir auprès des jeunes avec un succès qui étonnait.

La paroisse de Neirivue se rendait compte d'ailleurs de la faveur qu'elle avait de posséder un tel chef. Elle lui témoigna sa reconnaissance et son admiration à plusieurs reprises ces dernières années, lors de divers jubilés : 50e et 60e anniversaire de sacerdoce, 50e anniversaire d'arrivée à Neirivue, etc.
»
Dans le dernier numéro des Echos de St-Maurice auquel il collabora, en été 1943, M. Bussard tint à souligner ces « soixante ans de sacerdoce » que les paroissiens de Neirivue avaient fêtés le 11 juillet. Outre le télégramme de félicitations et de vœux que M. Bochud reçut de son Evêque, S. Exc. Mgr Besson, notre confrère rappelle la grande croix de chêne que la paroisse de Neirivue planta à cette occasion aux abords de la chapelle de Notre-Dame de l'Evi, sanctuaire que le pasteur aimait et auquel il avait consacré une notice. Sur cette croix on grava l'inscription suivante : « Hommage et gratitude à M. l'abbé Bochud, dès 1891 curé de Neirivue. Pour ses soixante années de très dévoué sacerdoce. 1883-1943. Deo gratias.

C'est ainsi que, pendant plus de 53 ans, M. Bochud se dévoua et s'attacha à cette paroisse de Neirivue, dont il était devenu l'âme, prenant lui-même le caractère et les allures d'un Gruérien de race. Il avait trouvé là son véritable havre, avant celui de l'éternité. Il était par excellence le curé de campagne, aux mœurs patriarcales, aux allures indépendantes, solidement raciné dans la terre et répandant autour de lui ce bonheur de vivre dont la nature champêtre semble posséder le privilège. Soucieux avant tout de la direction des âmes, il ne négligeait pas d'entrer dans les difficultés matérielles de chacun. Il ne ménageait pas ses conseils à ceux qui recouraient à lui. Sa gestion des finances paroissiales fut un modèle.

Les problèmes actuels, économiques et sociaux, retenaient particulièrement son attention. Il en dissertait volontiers et ses vues avaient toujours une singulière solidité. On sait notamment qu'il aurait toujours désiré voir la Gruyère dotée d'une voie normale de grand trafic, préférablement au train routier à voie étroite qui lui fut préféré. L'opposition de Neirivue à la participation aux Chemins de fer électriques de la Gruyère se concrétisa quelques années par l'absence de tout arrêt dans ce village, dont les trams utilisaient cependant la rue principale.

Cette attention paternelle qu'il vouait à tous les besoins, tant matériels que spirituels, de ses paroissiens considérés comme ses enfants — n'avait-il pas d'ailleurs, au cours d'un pastorat dépassant le demi-siècle, baptisé le plus grand nombre d'entre eux ? — l'apparentait à l'abbé Beurret, curé des Breuleux dans le Jura bernois, dont la réputation était étendue fort loin à la ronde, ou à Mgr Jaccoud, qui, sous le titre prélatice et à la tête du Collège St-Michel, était resté paysan de Fiaugères. Tous trois avaient ce bon sens terrien, cette rondeur d'allure qui n'eussent été de mise dans les salons, bien sûr, mais qui opéraient merveille à la campagne, et même à St-Michel, où l'on savait tout ce que cette robustesse contient de solidité et d'attachement.

On se tromperait d'ailleurs si l'on imaginait que de tels hommes, l'abbé Bochud en particulier, boudaient la vie de l'esprit. Ceux qui rendaient visite à ce dernier, étaient étonnés de le trouver au courant du mouvement général des idées. Il connaissait toutes les nouveautés littéraires ayant une valeur sérieuse. Il était spécialisé dans les questions historiques et savait lui-même, si le besoin s'en faisait sentir, mettre sur pied un exposé ou une monographie très fouillée et d'un style alerte. C'est ainsi qu'il publia une Histoire du Ruisseau de Neirivue, une notice sur L'Incendie de Neirivue de 1904, une étude sur Les Curés de Neirivue, une autre sur Les Chapelles de la Gruyère. Ces deux derniers travaux parurent dans la Semaine catholique de Fribourg, qui publia souvent des articles de sa plume. M. Bochud adressa aussi au Fribourgeois de nombreux articles sur les sujets les plus divers. Mais l'une de ses œuvres les plus considérables est demeurée à l'état de manuscrit : c'était une Chronique de son temps, où il nota en les commentant les luttes religieuses et politiques qui agitèrent la Gruyère et divisèrent le canton de Fribourg vers la fin du XIXe siècle, « C'est une mine inépuisable de renseignements sur une période mal connue et qui laissa longtemps d'amers souvenirs dans les cœurs. Aussi son auteur appelait-il plaisamment cet ouvrage « sa Chronique scandalisante » ! C'est pourquoi l'abbé Bochud, une fois la paix revenue, renonça à une publication qui avait parfois les allures d'une polémique et se borna à confier ses documents à ceux qui voudraient les utiliser avec le recul nécessaire. Ce faisant, il a montré son esprit de pondération et de charité. Jusqu'au bout d'ailleurs il suivit les événements et quelques jours avant sa mort, il consignait encore des faits dans son journal tenu méthodiquement et qui ne comprend pas moins de 16 cahiers. Homme cultivé et esprit sainement indépendant, écrit M. Marmier, il jugeait avec un robuste bon sens les événements et les choses, sur lesquels il prenait et classait une multitude de notes et de documents.

Néanmoins, la vie intérieure et la spiritualité restaient sa grande préoccupation. Chaque jour il lisait une page de l'Ecriture Sainte et un chapitre de morale. Souvent on le voyait traverser le village en récitant son chapelet. Il aimait beaucoup les enfants. Il les encourageait à l'étude du catéchisme et à l'assistance régulière à la messe. Il leur distribuait en maintes occasions de petits livres de prières. Il organisait pour eux des séances de projections où l'on voyait apparaître des vues instructives ou comiques. Sa charité, discrète et attentive, était toujours en éveil. C'était vraiment le père de ses paroissiens, un homme qui laisse à tous, en s'en allant, le souvenir d'une vie complète, heureuse, bénie de Dieu et telle que chacun la désirerait vivre.

La vie n'avait pas été chiche avec lui. Vocation tardive, entrant au Collège à 19 ans, au Séminaire à 24, prêtre à 28, ce départ ne l'empêcha pas de dépasser 60 années de sacerdoce et 53 de pastorat au même poste. Depuis plusieurs années, il se préparait à la mort avec une sérénité et un calme d'esprit impressionnants : il avait vu disparaître les uns après les autres tous ses confrères d'ordination. Lui-même ne fut malade que quelques semaines. C'est au matin du Jeudi-Saint, cette journée sacerdotale par excellence, qu'il a paru devant Dieu. Nous qui l'avons connu, nous n'oublierons jamais ce prêtre au cœur d'or, à l'esprit lucide et à la foi lumineuse. M. Bussard eût volontiers souscrit à cet éloge décerné par M. Marmier.

En dépit d'une matinée maussade, les funérailles de M. l'abbé Bochud, le lundi de Pâques, eurent un caractère imposant. A la suite de leur doyen, M. l'abbé Ménétrey, curé d'Albeuve, tous les prêtres de la Gruyère étaient venus accompagner à sa dernière demeure terrestre celui qui avait été si longtemps un guide et un témoin parmi eux. Il y avait aussi, parmi le très nombreux clergé, le R. P. Aloys, Gardien des Capucins de Bulle, M. l'abbé Marmier, ami du défunt, et M. le chanoine Grandjean, représentant l'Abbaye de St-Maurice. Les autorités civiles étaient également présentes, ainsi qu'une foule considérable.

M. Bochud repose maintenant au sud de son église, de cette église qu'il avait reconstruite avec tout son cœur et tout son sens pratique ; il est étendu au pied du calvaire, comme il l'avait désiré. Ses paroissiens y viendront souvent déposer une prière et se rappeler aussi les consignes laissées par un prêtre pieux et cultivé qui leur a donné le meilleur de lui-même.

L. D. L.

Naissance

Il était le cadet d'une fratrie de 8 enfants.

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 Aperçu de l'arbre

     
 
 
 
Joseph BOCHUD   ? ?
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Rodolphe BOCHUD 1856-1944


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  9. gw_v5_tour_7_title (7/7)

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  10. gw_v5_tour_9_title

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