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Amédée Joseph Jules NANTA
  • Né le 3 janvier 1854 - Verdun, 55100, Meuse, Lorraine, FRANCE
  • Décédé le 28 avril 1929 - Toulouse, 31000, Haute-Garonne, Midi-Pyrénées, FRANCE , à l’âge de 75 ans
  • Lieutenant-Colonel d'infanterie
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A participé à la Grande Guerre

L'actualité de la guerre au jour le jour
Domicile lors de la mobilisation : Nîmes (30)

 Parents

 Union(s) et enfant(s)

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 Chronologie


 Notes

Notes individuelles

- Eléve à l'école spéciale militaire le 24 octobre 1874; Engagé volontaire.
- Sous lieutenant au 1er régiment de Zouaves le 25 novembre 1881.
- Lieutenant au 2° régiment de Tirailleurs algériens le 11 juillet 1882.
- Capitaine au même régiment le 10 juillet 1888.
- Capitaine au 12° régiment d'infanterie le 21 septembre 1892.
- Chef de bataillon au 126° régiment d'Infanterie le 16 mai 1901.
- Lieutenant Colonel au 118° régiment d'Infanterie le 26 juillet 1910.
- Blessé le 20 octobre 1910 au Fort de la Pompelle et le 14 avril 1917 à Reims.
- Cité à l'ordre de l'armée le 10 juillet 1917.
- Libéré le 13 février 1918, aprés 38 ans et 5 mois de service.
Officier de la légion d'Honneur le 8 août 1913.

Le père : Amédée Nanta, lieutenant­colonel commandant le 118e RIT. Commandeur de la Légion dÕhonneur.
Dégagé de toute obligation militaire, a repris volontairement du service à lÕâge de soixante ans. Au front depuis novembre 1914, à la tête dÕun régiment territorial, a donné, à maintes reprises, les plus belles preuves de bravoure et dÕénergie. Possède un réel ascendant sur ses hommes et a fait de sa troupe une unité entraînée et bien en mains, dont il a obtenu, dans la défense et lÕorganisation de secteurs délicats, les meilleurs résultats. Deux blessures. Une citation.
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Le lieutenant-colonel Amédée Nanta

Le chef de bureau Norbert Nanta avait été libéré de ses obligations par le ministre des Travaux publics en 1866. Veuf pour la deuxième fois, on sÕen souvient, il lui incombait avant tout dÕassurer lÕavenir de son troisième enfant, un solide garçon âgé de 17 ans en 1871. Depuis lÕenfance, Amédée était en contemplation devant les grands cousins chamarrés dÕor, constellés de médailles, qui racontaient au salon de la rue de Grenelle ou au jardin de la maison de Sannois les campagnes dÕAfrique, dÕOrient, du Mexique. De son côté, le grand père Laurent racontait sans cesse les campagnes de la fin du premier Empire en roulant les yeux et en donnant de la voix pour imiter le son du canon.
Pendant le siège, le grand père courait dans tous les sens pour trouver quelque chose à manger et pour exciter le bon peuple de Paris contre le Prussien quÕil haïssait depuis soixante ans. Dans ces conditions, le jeune Amédée ne pouvait se montrer indifférent ni même passif. Il était de ces collégiens qui portaient les blessés aux ambulances et en assuraient le ravitaillement. Il vivait en 1870 avec son père et sa sÏur Suzanne dans un petit appartement de la rue Saint-Placide. CÕest là quÕils avaient subi les bombardements prussiens responsables quelques dégâts au Luxembourg et les rodomontades des Communeux. Pendant la semaine sanglante, ils étaient tous trois restés enfermés à la cave pendant cinq jours, craignant, pleins dÕangoisse, que les soudards de lÕun ou lÕautre camp ne leur fissent un mauvais parti, que la maison sÕécroule, que la fumée des incendies ne se rapproche dangereusement. Le grand-père était sorti de son logement de la rue de Sèvres dès que la rumeur avait propagé la nouvelle de lÕarrivée des Versaillais. Décoré de sa Légion dÕhonneur et de la Médaille de Saint-Hélène, arborant un brassard tricolore, il courait encore malgré ses 80 ans pour sÕassurer que les siens étaient sains et saufs. LorsquÕil jugea le danger écarté, il se fit accompagner par le jeune Amédée qui vit alors les immeubles incendiés et les corps des insurgés baignant dans leur sang.
Pour Amédée, tout était dit dÕavance : il serait officier, comme les cousins qui sÕétaient sacrifiés pour la Patrie. Son père fit les efforts voulus afin que son garçon prépare Saint-Cyr à lÕÉcole Monge de M. Godart, lÕune des meilleures préparations pour les concours aux « Écoles du gouvernement » . On y pratiquait une pédagogie moderne, lÕéquitation et les sports de combat. Amédée fut admis à lÕESM en 1874, mais comme son père nÕavait plus les moyens de payer le trousseau et la pension, il sollicita une bourse.
De taille moyenne, Amédée avait un beau visage ovale, un nez bien droit, un front haut, des yeux gris bleus dont la pointe extérieure était un peu penchée vers le bas. Son menton et sa bouche témoignaient dÕun caractère sans concession. Il avait été reçu 304e dans la première promotion de Saint-Cyr à compter 413 élèves, deux fois plus que de coutume. En effet, la nouvelle armée, basée sur le service militaire universel, avait besoin dÕun fort encadrement et tout était à faire. Ainsi la promo 1874-76 fut baptisée « La Grande promotion. » Le jeune homme en sortit 120e, ayant montré des dispositions spéciales pour la théorie et lÕallemand ainsi quÕune grande faiblesse en dessin et en fortification. Il sÕétait mesuré avec des camarades comme Franchet dÕEsperey, dÕAmade, Conneau, pour ne citer que les plus connus.
À la sortie, Amédée obtint dÕêtre nommé au 89e de ligne, régiment recherché car il était à Montargis. Le colonel Pichot-Duclos, son chef de corps, ne tarissait pas dÕéloges à lÕégard du sous-lieutenant Nanta - « très bien constitué, élancé, vigoureux, énergique, aux manières distinguées, à la tenue soignée, caractère sympathique, esprit ouvert, bon cavalier, bon boxeur » - qui se faisait aussi remarquer par un talent rare de photographe dont le régiment profitait. Il fut chargé de la gymnastique avant dÕêtre désigné pour suivre les cours de lÕécole de tir du Ruchard où il obtint de bons résultats. La proximité de Paris lui donnait la possibilité de voir les siens, mais ses faibles ressources le privaient des plaisirs de la capitale et il partageait le quotidien diaphane des officiers subalternes de tout âge qui vivaient en sa compagnie etÉ
É Dieu sait combien les vieux militaires sont bavards ! Ils ont toujours quelques observations à faire, plus désobligeantes que pertinente et surtout à dévider un chapelet dÕanecdotes qui nÕen finit jamais car lÕune amène lÕautre et quÕune troisième accourt rejoindre celle-ci .
Ses rêveries le ramenaient à Gérard Didier, à Camille Gillant, à Henri Mathieu, à lÕAfrique et il obtint dÕêtre muté à Alger, que dis-je ! dÕêtre muté au 1er zouave. À peine arrivé, il usa de ses dispositions mondaines pour sÕintéresser à tout et faire en sorte quÕon sÕintéresse à lui. Il y avait une société algéroise, un peu étroite pour des parisiens peut-être, mais enviable pour des provinciaux. Elle usait du cadre enchanteur de la ville blanche, de ses promenades, de ses bals, de ses bains de mer auxquels lÕéclat du soleil communiquaient une saveur particulière. Amédée fit la connaissance des filles du capitaine des douanes François Soubiranne et trouva Eugénie à son goût. La jeune fille nÕavait que 16 ans, mais ici les fruits mûrissaient plus vite ; lÕun de ses frères était un avocat connu, lÕautre était avoué et puis son oncle Pierre était évêque.
Pierre Soubiranne, élève de Mgr Dupanloup à Saint-Nicolas du Chardonnet, avait été son vicaire apostolique à Orléans. Si le père Dupanloup était libéral en politique, il ne lÕétait pas du tout en matière pastorale et il fallait beaucoup dÕabnégation à ses vicaires pour supporter un évêque qui sÕacharnait à ce quÕils fissent leur purgatoire sur terre. Les Soubiranne étaient de pyrénéens pleins de fougue et Pierre se fâcha avec Dupanloup. Ses talents de théologien lÕayant ramené à Paris, il rencontra, un peu par hasard, Mgr Lavigerie au moment où il avait été incité à fonder une Ïuvre des écoles dÕOrient pour faire reculer lÕinfluence slave au Moyen-Orient. Soubiranne fut chargé dÕadministrer lÕÏuvre. Ayant apprécié lÕhomme, Lavigerie - qui courrait toujours plusieurs lièvres à la fois - jugea bon se lÕattacher comme co-adjuteur à Alger. Il allait se charger des besognes administratives, permettant ainsi à Lavigerie de dominer les évêques dÕOran et de Constantine, de fonder lÕordre des pères blancs, de combattre lÕesclavage des noirs, de faire chasser les capucins italiens de Carthage pour y établir lÕinfluence française, et jÕen passeÉ Soubiranne finit par penser que Lavigerie en usait cavalièrement avec lui et demanda à rentrer en France pour obtenir un diocèse. Lavigerie affirma quÕil comprenait les raisons de son co-adjuteur mais déplorait sincèrement que Dupanloup, se souvenant fort bien de son ancien vicaire, refusa obstinément de le voir rentrer en France. Comme Dupanloup avait une réelle influence sur la maréchale Mac-Mahon, il fallut attendre que le maréchal démissionne pour que Soubiranne obtint enfin le diocèse de Belley. Sans rancune, Lavigerie couronna le nouvel évêque dans la toute nouvelle église parisienne dédiée à Saint-Augustin.
Cette digression nÕest pas inutile pour faire comprendre que lÕon ne rentrait pas si facilement dans la famille Soubiranne et, avec son tact naturel, Amédée lÕavait compris. Il fit sa cour à Eugénie avec assez dÕhabileté pour que sa nomination au 2e tirailleurs de Mostaganem ne vint pas interrompre un si tendre attachement. On sÕécrivit, on se revit et Eugénie épousa le lieutenant Nanta en mars 1883, au retour de la brève campagne dÕOranie contre Bou Amama. Le colonel du 2e tirailleurs sÕétait informé auprès du sous-préfet de lÕétat de fortune de la demoiselle. Elle amenait 24 000 F en capital et une espérance évaluée à 20 000 F. Les jeunes gens passèrent dix ans à Mostaganem. Ils eurent trois enfants : Henri, André et Suzanne.
Bien que sa belle-famille fut bien implantée en Algérie, Amédée ne comptait pas y faire carrière. Reprenant un argument qui avait déjà servi à Mathieu, il fit valoir que sa fille ne supportait pas le climat et demanda à être affecté au 12e RI à Perpignan puisque la famille Soubiranne avait ses racines à Ceret. Après un accident qui rendait impossible lÕexercice de son ministère, Pierre Soubiranne avait été nommé évêque in partibus ; lorsquÕil mourut en 1893, il laissait quelques biens et Amédée était sur place pour ajouter plusieurs hectares de forêt au Mas Soubiranne quÕEugénie avait reçu en dot. Amédée prit goût au métier de gentleman farmer et prit fort mal dÕêtre muté à Châteauroux en 1899. Nommé chef de bataillon en mai 1901, il obtint facilement dÕêtre nommé au 126e qui était alors à Toulouse.
Il faut dire que le chef dÕescadron Jules Didier sÕétait créé en fin de carrière de fortes relations à Toulouse et vantait, avec juste raison, les charmes de la ville rose. De plus, le fils du commandant Didier, Léon, était alors au 1er bureau de lÕÉtat-major (personnel) dont le chef était le colonel Sarrail. Le ministre était le général André. Cet environnement radical lavait Amédée des soupçons qui retombaient nécessairement - au temps de lÕaffaire des fiches - sur un neveu dÕévêque et facilitait ses requêtes. Le médecin-général Brice raconte comment, muté à Toulouse, il y arrive un soir et sÕétonne de voir à minuit des groupes de promeneurs qui allaient, chantaient, riaient, remplissaient les tables des cafés. Croyant que cÕétait jour de fête, il interroge le cocher qui répond : « Quelle fête ? mais mon bon monsieur, cÕest tous les soirs comme ça. » Les officiers supérieurs trouvaient plus de satisfactions quÕailleurs. Les arts, la littérature, la musique étaient de qualité.
Mais le commandant Nanta, qui se plaisait un peu trop à Toulouse, approchait dangereusement de la limite dÕâge. Une disposition de caractère général lui joua un bien mauvais tour. Pour augmenter le nombre de régiments de couverture, on avait supprimé les 4e bataillons et Nanta, dernier nommé des chefs de bataillon du régiment, devait être muté. Il ne trouva pas dÕemploi dans le corps dÕarmée de Toulouse et on lÕenvoya à Verdun au IV/106e RI qui était maintenu car les régiments de lÕEst gardaient leurs 4e bataillons pour garnir les forteresses du réseau Séré de Rivières. En 1907, Amédée Nanta retrouvait la ville où il était né 53 ans plus tôt, mais cela ne lui procurait aucun plaisir particulier. Les Nanta, les Laurent, les Brion avaient tous déserté Verdun, il ne restait plus quÕun Didier, avoué, qui habitait la belle maison de la place dÕArmes. Verdun était strictement invivable. Il y avait maintenant 15 000 militaires pour 22 000 civils, les loyers étaient chers, la vie était chère, les distractions inexistantes, lÕhiver toujours aussi froid, humide et brumeux. En outre, Verdun ne se ressentait pas encore « des transformations qui ont depuis quelques années changé lÕaspect de la plupart des villes de France ; ses rues généralement étroites, pavées de cailloux pointus, sont loin de donner envie de sÕy promener » . Paris est à 7 h de train. La garnison compte 500 officiers qui constituent toute la société et précisément, Amédée sÕest écarté graduellement de la société exclusivement militaire et a pris lÕhabitude des pays de soleil. DÕun commun accord, il a été convenu quÕEugénie resterait dans les Pyrénées-Orientales.
De plus, la limite dÕâge de commandant étant à 55 ans, le fait de changer de corps dÕarmée portait à Nanta un préjudice considérable dans la mesure où lÕavancement était alors décidé dans le cadre du corps dÕarmée. Sa mutation dans lÕEst le dépossédait des amitiés et des soutiens quÕil possédait dans le Midi. Lorsque le général commandant le 6e corps réalisa quÕun excellent officier était à deux doigts de quitter lÕarmée, il sÕinquiéta de son sort et signala quÕil avait fait deux bonnes études, lÕune sur lÕallègement de lÕéquipement de lÕinfanterie et le transport des mitrailleuses, lÕautre sur un sac dÕinfanterie en deux parties . Trop tard ! Le 20 septembre 1909, le commandant Nanta était rayé des contrôles.
Il faut aussi convenir que si Amédée avait toutes les qualités qui font un bon militaire, ce nÕétait pas un militaire dans lÕâme. Il était le fils dÕun fonctionnaire civil, il avait apprécié lÕesprit familial et le cadre de vie des gens du Midi et il suivait avec la plus grande attention les études de ses garçons. Henri faisait son droit et André sa médecine. Hors de lÕarmée active, il fut rapidement affecté au régiment de réserve de Cahors et promu, en 1910, lieutenant-colonel commandant le 118e régiment territorial dÕAvignon. Son fils Henri sÕétait engagé par avancement dÕappel pour faire lÕÉcole des officiers de réserve en 1908 et, avocat à Alger, était affecté dans les réserves au 1er zouave.
En définitive, Amédée Nanta était bien le modèle du soldat-citoyen. SÕil avait prêté plus dÕattention à sa carrière, il aurait certainement été général comme lÕont été une bonne vingtaine de ses camarades de promotion. Mais sa conception du devoir excluait toute préoccupation de ce genre. Il avait décidé dÕêtre officier pour venger la France de sa défaite et ne comprenait son métier que dans cette optique, laissant la place voulue à sa vie privée. Il nÕavait pas seulement inculqué le patriotisme à ses enfants ; il se préoccupait de ses neveux et veillait à ce quÕils se consacrent, en cas de besoin, à leur devoir. Il avait ainsi encouragé son neveu Philippe à être pharmacien militaire et, jugeant que leur avenir était sous les armes, avait fortement incité ses neveux Louis et Paul à sÕengager.

Amédée Nanta, qui avait quitté lÕarmée active depuis cinq ans, venait dÕavoir 60 ans. Il sÕabsentait pour quelques jours de sa propriété des Pyrénées orientales pour faire manÏuvrer le régiment territorial quÕil commandait. Le 118e dÕAvignon était composé de ruraux de 35 ans et plus. En cas de guerre, il serait placés en réserve de lÕarmée des Alpes.

Quand la mobilisation générale a été proclamée, Amédée Nanta faisait manÏuvrer ses territoriaux au camp de Massillan, près de Nîmes. Sans leur laisser le temps de reprendre leur souffle, il les conduisit à Avignon où lÕon compléta lÕéquipement et les dotations. Les braves gens nÕeurent pas même besoin de rentrer chez eux ; on les expédia sans délai dans les Alpes-Maritimes car les plans prévoyaient que lÕarmée des Alpes resterait en observation face à lÕItalie. Si, au bout de deux mois, les Italiens nÕétaient pas intervenus aux côtés des puissances centrales, les corps des Alpes pourraient rejoindre les armées du Nord-Est. Notre diplomatie avait toutes les raisons de penser que lÕItalie resterait neutre. Le 118e territorial du lieutenant-colonel Nanta, affecté au camp retranché de Nice, était stationné à Beaulieu-sur-Mer. Amédée avait aussitôt visité le phare de Saint-Jean-Cap-Ferrat que son père avait construit en 1844. Les territoriaux se consolaient en profitant des bains de mer et des multiples promenades que le colonel leur offrait avec quinze kilos dans le sac. Amédée tenait à ce que son régiment marche comme un régiment dÕactive. Ses deux chefs de bataillon, Barbezier et Pina de Saint-Didier étaient aussi dÕanciens militaires de carrière transformés en gentlemen farmer et encore plein de ressources. Les officiers subalternes nÕétaient pas tous dans une excellente condition physique et leur colonel, peu indulgent par nature, les avait à lÕÏil. Ayant choisi dÕêtre militaire pour vivre la Revanche, Amédée retrouvait tout naturellement ses instincts de chef. Il nÕavait pas encouragé ses garçons à entrer dans lÕarmée car leurs personnalités leur ouvraient dÕautres perspectives. Henri avait voulu être avocat et André avait brillamment soutenu une thèse de médecine concernant LÕétude des lympo et des myclo-dermies, manifestations cutanées des états leucémiques et aleucémiques. Tous deux étaient mobilisés.
Le 5 septembre, tout va mal et lÕéventualité dÕune percée allemande en direction de la vallée du Rhône nÕest pas à écarter. On racle les fonds de tiroir pour organiser la défense de Dijon. Nanta est nommé commandant du secteur de Pouilly. Il sÕinstalle au château. Le propriétaire fait à ses invités les honneurs de ses meilleures récoltes. Lorsque lÕon sait que les Allemands ont été arrêtés sur la Marne, les territoriaux avignonnais se font volontiers à lÕidée de faire les vendanges sur place. Au même moment, le capitaine de gendarmerie demande à voir le colonel. Amédée le fait entrer dans son bureau ; sa physionomie trahit une certaine émotion ; il a un télégramme à la main. Amédée connaît suffisamment les règlements ; un fort pressentiment lui dit ce quÕil y a sur le télégramme, il le lit et renvoie le gendarme. Il regarde par la fenêtre, sa tête est vide. Il pense dÕabord à Eugénie et sÕinquiète de sa réaction quand elle saura. Il se demande pourquoi Henri est mort avant lui. Il est content de penser quÕAndré est médecin lieutenant ; les toubibs ne sont pas faits pour être tués. Il va chez le maître tailleur et commande des brassards noirs. Il espère que les officiers et les hommes seront assez discrets pour lÕaider à oublier. Codet lui a envoyé une lettre pour dire quÕHenri a été magnifique et quÕil serait cité.
En novembre le 118e RIT est expédié en Champagne. Il est rare que lÕon mette les territoriaux en première ligne mais les Avignonnais y sont et ils y sont pour de bon. On les a même mis à la disposition de La Marocaine, aux tranchées, du côté de Sillery et du fort de La Pompelle. Ils y resteront près dÕun an,. Il est probable que le bien que lÕon pense de son colonel a valu au régiment le périlleux honneur dÕêtre placé dans un secteur difficile. Franchet dÕEsprey, Mazel, Conneau, Blondlat connaissent intimement Amédée et lui accordent la plus grande confiance.
Le 22 décembre, les territoriaux sont partis à lÕassaut dÕune tranchée. Le 24, une de leurs compagnies a nettoyé un bosquet. Le 30, les Allemands ont réagis un faisant sauter sous leurs pieds un énorme fourneau de mine qui a fait une cuvette de 100 m de diamètre. LÕexplosion a été suivie dÕune attaque qui se termine au corps à corps. On se bat tous les jours. LÕhiver est rude et les bombardements incessants. Le neveu Thiébaut a été blessé à la main à la Main de Massiges, près de Bar-le-Duc, mais ce nÕest pas grave.

Toujours cramponnés au secteur de Reims, les braves territoriaux dÕAmédée Nanta ont passé un hiver rigoureux seulement réchauffé par les bombardements. Le régiment a reçu 650 hommes pour combler les vides. Amédée est un bon chef, bon et rigoureux, cÕest pour cela quÕil est aimé. Il est surtout dur avec les officiers qui, dans la territoriale, sont de qualité variable. Il ne leur passe rien, ni leur âge, ni leurs arthroses, ni leurs hernies. Il le fait par principe et cette intolérance satisfait les soldats qui aiment bien que les gradés paient leurs galons. En mars, le 118e RIT a participé à la difficile destruction dÕune galerie de mines et le général commandant La Marocaine, qui avait le secteur en charge, a cité le régiment à lÕordre de sa prestigieuse division. En août, il a été cité de même à lÕordre de la 123e division. En septembre, cÕest Mazel, le commandant du 38e corps qui félicite Nanta :
Le contrôle de la correspondance du 1118e Territorial, fait le 24 septembre, a permis de constater le patriotisme, le sentiment du devoir et la haute valeur morale des soldats de ce régiment.
Après dix mois de séjour dans les tranchées où ils ont été en but au bombardement incessant de lÕennemi, on sent lÕabnégation poussée jusquÕau sacrifice de la vie et une foi inébranlable dans le succès futur.
De tels sentiments font autant honneur aux officiers quÕà la troupe, le général de corps dÕarmée est heureux de les en féliciter.
Le 19 octobre 1915, les Allemands lancent une attaque aux gaz pour sÕemparer de la Pompelle et abordent la compagnie qui tient la ferme dÕAlger, sous les vues du fort. LÕattaque est repoussée, mais le régiment a 9 morts, 12 blessés et 291 intoxiqués. LÕassaut reprend le lendemain dans lÕaprès-midi. En se rendant à son PC avancé, Nanta est fortement intoxiqué, lÕattaque es repoussée, le fort est sauvé. Dans les deux journées, le régiment a perdu 1 000 hommes, presque tous du fait des gaz. Fournier, le capitaine commandant la 9e compagnie est cité à lÕordre de lÕarmée avec Reboulin, lÕadjudant qui le secondait. Nanta et 28 autres ont été cités à lÕordre du corps dÕarmée.

Le lieutenant-colonel Nanta et ses territoriaux sont affectés, fin août 1917, au secteur de Verdun pour y effectuer les travaux rendus nécessaires par les dévastations des 22 derniers mois. Amédée a vu les dégâts avec une curiosité affligée. Par miracle, la maison où il est né, rue de la Belle Vierge nÕa pas souffert. Les obus ont dû la trouver trop vieille et trop basse pour servir de cible. Il a comparé lÕanimation dÕavant-guerre à ce que lÕon peut voir maintenant. Aux soldats multicolores soigneusement sanglés ont succédé les poilus bleu pâle, casqués et déboutonnés. CÕest intéressant de voir comment la guerre a transformé les hommes dressés pour la guerre, ou plutôt leurs successeurs, car les pioupious des vieilles classes qui taquinaient autrefois les prostituées de la rue des sergents ne sont plus très nombreux. Ceux qui sont là sÕaccommodent dÕun conflit qui, peut-être, ne finira jamais.
Amédée a installé son PC dans une maison miraculeusement intacte du Faubourg Pavé, la villa Santiago. Les renforts qui passent devant sa fenêtre bêlent comme les moutons que lÕon conduit à lÕabattoir. Ce nÕest pas un défi, cÕest un jeu dÕhommes accoutumés au pire.


Amédée Nanta avait été renvoyé dans ses foyers en janvier et nÕavait pas voulu y croire. Cet homme de 64 ans, usé, gazé, qui avait donné son fils cadet à la France, voulait encore servir. Il sollicita le commandement dÕun centre dÕinstruction de tirailleurs algériens. Le service de santé ne voulut rien entendre.

Le 11 novembre, Amédée Nanta était à Toulouse depuis quelques mois. Le sens du devoir lui faisait assumer ses charges dÕancien chef de corps toujours disposé à aider ses vieux du 118e territorial. Il mourut en 1929.


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 Aperçu de l'arbre

Jean-Baptiste Augustin NANTA 1767-1863   Marie "Geneviève" Euphrasie GILLANT ca 1768-1811/   André "Jacques" LAURENT 1790-1885   portrait
Eléonore GILLANT 1800-1861
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Baldéric Amédée "Norbert" NANTA 1811-1899   Henriette "Sophie" LAURENT 1829-1864
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portrait
Amédée Joseph Jules NANTA 1854-1929



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