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Même si la plupart de sources sont puisées directement aux archives, il en est encore de nombreuses invérifiées. Faute de temps ou faute de moyens. Quant aux erreurs... elles sont inévitables mais ne demandent qu'à être corrigées.

 Chronique familiale




LES MARINS DE LA FAMILLE


Sommaire


Enfant (six ans, sept ans peut-être ?) je rêvais d'être officier de marine. Je me souviens de la fascination qu'exerçaient alors sur mes rêves les bicornes, les épaulettes à frange torsadées, les boutons de vareuses dorés frappés d'une ancre, les médailles militaires et l'épée d'apparat, (Ah ! cette épée qui échut à l'un de mes cousins !), tout ce qui restait (ou presque) d'une dynastie d'officiers de marine... et qui traînait dans les greniers de ma famille.
 Une dynastie ? A vrai dire, pas vraiment. Encore une exagération de mon imagination de bambin ! Mais tout de même : quatre générations, et quelques personnages hors du commun.



SALLANDROUZE_DE_LAMORNAIX_Octavie_1860_1939_Portrait_1_.jpg
Et j’en reviens au point de départ de cette aventure : mon arrière-grand-mère, Octavie Sallandrouze de Lamornaix.


Amiral_Sallandrouze_de_Lamornaix.jpg Son oncle, Jean Charles Alexandre Sallandrouze de Lamornaix était officier de marine. Il finira sa carrière comme vice-amiral.
 C’est vraisemblablement par son intermédiaire qu’elle rencontra son mari, mon arrière grand père Henri Ducrest de Villeneuve, alors lieutenant de vaisseau.
 Si le vice-amiral Sallandrouze de Lamornaix est une exception dans une dynastie (cette fois, c'est le cas de le dire !) de tapissiers de la Creuse, les Ducrest de Villeneuve, eux, sont plus familiers de la mer.


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 Les DU CREST DE VILLENEUVE

Voir les liens de parenté entre les marins de la famille


 Le berceau de cette famille se trouve pourtant à des centaines de kilomètres de l’océan. Les premiers du Crest sont en effet originaires de Cruseilles, et appartiennent à la petite noblesse savoyarde.
 Cela se déduit d'une lettre de naturalité octroyée en 1576 par le roi Henri III à Pierre, fils de Michel du Crest, co-seigneur de Cruseilles en Savoye, et de dame Pernette de Saucil, qui faisait de ce dernier un sujet de la Couronne de France.
 L'original en est perdu, mais un descendant de Pierre du Crest, un de ses arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils, Jean Marie Le Saulnier, en réalisa une copie en 1754 qui se trouve aujourd'hui aux archives départementales d'Ille-et-Vilaine.
 La voici reproduite ci-dessous.

Du_CREST_Lettre_de_Naturalite_reduit_1200.jpg


Henry par la grace de Dieu Roy

de france et de Pologne, à tous presents et avenir
Salut. Sçavoir faisons que nous inclinant liberallement
a la suplication et requeste qui faite nous a esté
la part de nostre cher et bien ame Noble Pierre du
Crest fils de noble michel du crest et de Demoiselle
pernette de Saucil ses pere et mere, natif du lieu
Crusille au pays de Savoye Dioceze de Geneve, demeurant
a present en la ville de Treguier en Bretagne pour
le desir qu'il a ainsi qu'il nous a fait entendre
de resider en cellui notre royaume et y finir ses
jours, a ycelui pour ces causes et autres bonnes
considerations à ce nous mouvans, avons permis,
octroyé et accordé, et de notre certaine Science, grace
Speciale, pleine puissance et authorité royale, permettons
, octroyons et accordons par ces presentes qu'il puisse
et luy loise toutes et quantes fois que bon luy
Semblera Soy arrester et habituer en cellui nôtre
dit Royaume pays terres et seigneuries de nôtre
obeissance et en y celui acquerir et posseder, tous
tels biens, tant meubles qu'immeubles que bon
Lui semblera, et d'yeux ensemble de ceux qu'il y
a ja acquis et qui a bonne et juste cause luy

Pourront echoire competer et apartenir ordonner lesser
le disposer, Soit par testament, condicille, ordonnance de
Dernière volonté, donnation faite entre vifs et en
quelqu'autre Sorte et maniere que ce Soit et que ses
heritiers ou autres aux quels il en auroit disposé
pourvu qu'ils soient non regnicolle, luy puissent
succeder prendre et aprehender la pocession et jouissance
des d.biens tout ainsi qu'ils feroeint, et faire pourroient
si le d. du Crest etoit originairement natif de nos dit
Royaumes, pays terres et Seigneuries de nôtre
et comme tel soit tenu censé et reputé en tous ses
actes soit en jugement ou dehors et a tout ce que
l'en avons habilité et dispensé, habilitons et dispensons
en nous payant finance moderée pour une fois seulemt
Si Donnons en mandement par ces presentes a nos
ames et feaux les gens de nos comptes en Bretagne
Tresoriers de france et generaux de nos finances
au dit pays, Senechal de Treguier ou son lieutenant &
à tous nos autres Justiciers et officiers qu'il appartiendra
ou leurs lieutenants que de nos presentes grace congé,
permission, licence, habilitation et octroy et de tout le
contenu ci dessus, ils fassent, souffrent, laissent le Dit
du Crest jouir et user plainement et paisiblement,
cessans et faisant cesser tous troubles et empechemens
au contraire car tel est notre plaisir, et afin que ce
Soit chose ferme et Stable a toujours, nous avons fait
mettre notre Scel a ces d.presentes, Sauff en autres choses
notre droit et avtruit en toutes Donné a Paris au mois
d'octobre, l'an de grace 1576, et de notre Reigne ce
troisième
Et sur le replis par le Roy ... Visa Contentor le
Rayoir Scele avec un las de Soye rouge et verte.

Je soussigné Jean Marie Le Saulnier Sr de Villehelio
Commissaire de la marine à Vannes en Bretagne
Comme heritier de catherine du Crest mon ayeule
maternelle issue de Pierre du Crest susmentionné
Certiffie que la presente copie est conforme A
L'original dont je suis saisy en foy de quoy j'ay
signé le présent et y ay aposé mes armes
à Vannes le 8. Mars 1754.
Lesaulnier de Villehelio












 Les armoiries qui sont attribuées aux du Crest de Villeneuve par les érudits bretons sont effectivement les mêmes que celles que l'on trouve dans l'Armorial et Nobiliaire de l'Ancien Duché de Savoie, lorsqu'Amédée de Foras étudie la famille des du Crest de Cruseilles.

DU_CREST_Blason_et_devise_.jpgDU_CREST_Blason_facade.jpg


A gauche, reconstitution du blason selon l'habituelle description :

« De gueules, à la bande d'or chargée de trois croissants d'azur »

A droite, on retrouve le même blason sur la façade d'une ancienne maison de Cruseilles
(Photo aimablement fournie par Christian Ducret)



 Allez savoir pourquoi, comment... Pierre du Crest s’installa donc en Bretagne, d’abord à Tréguier, puis à St Brieuc où il se maria vers 1590 avec Jeanne Legras, demoiselle de la Ville-Cadoret, dont il eût une descendance. Et notamment, un petit-fils, Eustache, qui fit souche au Theil-de-Bretagne.
 Trois générations plus tard, naquit au Theil, le premier « marin » de la famille, Alexandre Louis. Sa mère, Perrine Herbert de la Vigne était une demoiselle de Villeneuve.



 Alexandre Louis Ducrest de Villeneuve


Portrait_Alexandre_Louis.jpg
Alexandre Louis Ducrest de Villeneuve (1777-1852) est sans doute le marin de la famille qui eût la carrière la plus longue, la plus mouvementée et l'une des plus brillantes.
 Il s’engagea très tôt dans la Marine. Le 23 mars 1791, ses 14 ans à peine fêtés, il embarqua comme novice sur la frégate l’Atalante pour sa première campagne dans les mers de l’Inde.


   Alexandre Louis 
DUCREST de VILLENEUVE
    (Courtoisie
 d'Henri du Crest de Villeneuve)


 Premières armes

Cybele_et_Prudente_vs_2_bateaux_anglais_Jean_Baptiste_Henri_Durand_Brager_reduit.jpg
 Neuf mois plus tard, il est reçu volontaire de deuxième classe, puis quitte le navire en octobre 93 pour naviguer à bord de bâtiments de commerce armés en course.
 Et c'est l'année suivante qu'il prend part à l'une des rares victoires navales dont peut s'enorgueillir la République, avec la quasi destruction de deux vaisseaux de ligne anglais, le Centurion et le Diomède, mettant ainsi fin au blocus qui affamait l'Ile-de-France.

La Cybèle, la Prudente, le Jean-Bart et le Coureur contre le Centurion et la Diomède (Jean Baptiste Henri Durand-Brager)


 A 19 ans, le 13 juillet 1796, promu aspirant de première classe, il monte à bord de la Vertu puis, six mois plus tard sur la Preneuse, participant à plusieurs combats contre les Anglais, sous les ordres du capitaine Lhermite.
 Il est vraisemblable qu'au cours de cette campagne, dirigée par le contre amiral de Sercey, il rencontra son futur beau-père "posthume", Joseph Thévenard (cf. plus bas), alors lieutenant sur les frégates, la Prudente puis la Seine sous les ordres de ce même Sercey.
 Deux ans plus tard, la Prudente, la frégate sur laquelle il était embarqué, était capturée devant les côtes sud-africaines. Prisonnier de guerre, il était alors acheminé au Cap. Libéré, il retourna en France début 1800 et fut détaché à l’Etat Major de la Marine à Lorient.
 Le 23 septembre 1800, il était promu Enseigne de Vaisseau.
 En 1802, il se trouvait à bord du Berceau, dans une escadre commandée par le contre-amiral Charles de Durand-Linois, et participa à la destruction du comptoir anglais de Pullo-bay à Sumatra, à la tête d’une des deux premières chaloupes qui débarquèrent pour s’emparer des navires et marchandises.

  Trafalgar

Trafalgar_Tableau_de_Stanfield.jpg
 Mais c’est en 1805 qu’Alexandre Louis vécut un des épisodes les plus marquants de sa vie. Il a 29 ans et est enseigne de vaisseau faisant fonction de lieutenant à bord du Redoutable, le vaisseau dont partit le coup de fusil qui, le 21 octobre, toucha mortellement l'amiral Nelson à la terrible bataille de Trafalgar.

 Il en sortira deux fois blessé.

The battle of Trafalgar - Clarkson Frederick Stanfield


  Le voyage de la "Mouche n°6" et ses tribulations en Mer des Indes

 Sa nomination, attendue, au grade de Lieutenant intervient le 8 juillet 1808. Elle est assortie d'un ordre de mission délicat : porter les instructions impériales à différents points du globe encore isolés par la nouvelle domination maritime britannique, à bord d'une petite goélette d'à peine plus de 16 mètres de long.
 Alexandre Louis se trouve alors à Bayonne. Il raconte :
 «C'était mon premier commandement, j'étais enchanté !
  Quelques temps auparavant, pendant mon séjour à Bayonne, me promenant un jour avec plusieurs de mes camarades sur le chemin qui conduit au château de Marac, situé à une demi-lieue de la ville, et qui était la résidence de l'empereur depuis la révolution d'Espagne, nous aperçûmes une nombreuse cavalcade qui paraissait sortir du château. Bientôt nous reconnûmes Napoléon, monté sur un petit cheval blanc, à la tête d'un brillant état-major. Arrivé près de nous, il s'arrêta et nous fit signe d'approcher. Je m'avançais avec tant d'empressement que je fus à même de répondre le premier à ses diverses questions : Qui êtes-vous ? votre nom ? que faites-vous ici ? où allez-vous ? etc., etc. Après avoir entendu les réponses que je lui fis sans hésiter, malgré ma vive émotion, l'empereur suivit sa route me laissant dans un ravissement difficile à décrire.
 J'apercevais pour la première fois le grand homme qui m'avait interpellé; mon admiration, ma joie furent telles que je conserverai toute ma vie le souvenir de ce moment de bonheur.
 Quelques jours après, je me présentais, avec l'un de mes camarades appelé Sergent, à une revue de l'empereur, pour réclaùmer de lui la croix e la Légion d'honneur qui avait été demandée plusieurs fis pour moi, et notamment à la suite du combat du Redoutable où j'avais été blessé.
 Mon camarade, qui, heureusement pour lui, se trouva munis d'un certificat de M. Lucas, commandant du
Redoutable obtint sur le champs cette croix, que j'ambitionnais avec tant d'ardeur. Je possédais bien un certfictat semblable, mais, par malheur, je l'avais laissé chez moi, à Lorient, et je me retirai tout triste d'avoir perdu cette belle occasion de recevoir une récompense que je croyais avoir si bien méritée.
 Ce fut peu de jours après ce pénible désappointement qu'on me désigna pour remplir la mission dont j'ai parlé, et qui consistait à porter des dépêches dans nos possessions des Indes orientales.»


  La petite goélette, dite la Mouche n°6, appareilla début août.
 Il mena à bien cette mission, malgré de multiples péripéties consignées dans un Journal (consultable ici) publié, après sa mort, dans les Nouvelles Annales de la Marine et des Colonies en octobre 1857.
 Sa fille Léocadie que lui avait donné son épouse, Adélaïde Thévenard - fille de Joseph et d'une lignée de marins que l'on découvrira plus bas - était née quatre jours avant qu'il ne prenne la mer. Il ne reviendra qu'au bout de deux ans et demi.
VENUS_vs_CEYLON_3.jpg Car non seulement le voyage est long jusqu'à l'Ile Maurice, non seulement il lui faut faire, de longues semaines durant, l'estafette porteuse de dépêches aux quatre coins de la Mer des Indes, mais il sera retenu prisonnier à Manille pendant trois mois par les autorités locales, brusquement ralliées à la cause espagnole.
 Libéré, le lieutenant de vaisseau Ducrest de Villeneuve embarque sur la Vénus sous les ordres du capitaine Hamelin qui participe à la tentative de la Royale de garder une certaine présence française en Orient. Par deux fois, il assume le commandement de "prises" faites aux Anglais. La seconde, le Ceylon capturé en septembre 1810, est reprise par les Britanniques moins de vingt-quatre heure plus tard.
 Alexandre Louis est de nouveau fait prisonnier.

Combat de la Vénus et du Ceylon (Pierre Julien Gilbert, 1835)



  Le combat de l'Alcmène

 Et, de nouveau, il est libéré (échangé) quelque temps plus tard, avant, de retour en France, d'être nommé Capitaine de Frégate.
 À la même époque, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur. Nous sommes le 20 décembre 1810, et le moins qu'on puisse dire est que l'obtention de cette distinction n'a pas été chose aussi aisée qu'elle ne semble l'être aujourd'hui. À lire ici le récit des démarches qu'il fallut entreprendre.

Alcmene_vs_Venerable_3.jpg Presque trois ans passent, et le 20 octobre 1813, il appareille de Cherbourg aux commandes de l'Alcmène, pour une campagne de six mois. Il est sous les ordres d'une autre frégate, l'Iphigénie commandée par le capitaine Emeric. Ensemble, elles croisent aux Açores et sur les côtes de Guinée parvenant à s'emparer de huit bâtiments.
 Mais le 14 janvier 1814, aux Canaries, les deux vaisseaux tombent sur plus fort qu'eux. Le Vénérable, navire amiral de Lord Durham, armé de 74 canons alors que chaque frégate n'en compte que 44, les prend en chasse. Sa voilure supérieure lui permet sans difficulté de les rattraper, et, sur les six heures du soir, le combat s'engagea.

La perte de l'Alcmène - Gravure de Léon Morel Fatio dans la France Maritime

 Les récits de ce combat, et notamment l'attitude d'Alexandre Louis, diffèrent quelque peu suivant les différents auteurs. Ils valent la peine d'être examinés ici.


  De nombreuses années en mer

  Sa carrière se déroulera essentiellement en mer, gravissant les échelons de la hiérarchie au rythme des commandements qu'il est amené à assumer.
Maquette_de_la_flute_La_Normande_100ppp.jpg Il y aura d'abord le Magnifique, un navire flambant neuf qui ne fera cependant pas une brillante carrière. Puis ce sera la flûte la Normande, à bord de laquelle il ramènera en 1818 les naufragés de la Jeune Sophie qui viennent de vivre un véritable calvaire.

 Promu Capitaine de Vaisseau le 27 janvier 1819, il sera deux ans "pacha" de la frégate Antigone qui opère en Méditerranée et aux Antilles.

 Et il finira avec l'Astrée, qu'il commandera plusieurs années sur différentes missions comme gérer la station des Antilles et du golfe du Mexique, promener Mme Royale dans ses déplacements dans les provinces de l'Ouest et du Midi, ou assurer des opérations de police maritime contre les corsaires nord-africains.

  Maquette de la Normande (Musée de la Marine)


 Le 30 octobre 1829, il devient contre-amiral.


  Fin de carrière


 A la fin de l'année 1830, il est nommé Major Général à Toulon et promu Commandeur de la Légion d'Honneur quelques mois plus tard.
 En 1832 il assume le commandement de l'escadre chargée des opérations maritimes de l'Escaut dans la campagne d'Anvers.
 Mais très affecté par le décès de sa fille Léocadie, survenu en avril 1833, quinze mois après celui de son épouse Adélaïde Thévenard, il cède sa place à l'amiral de Mackau.
 Il deviendra Préfet Maritime de Lorient jusqu'à sa retraite en 1838. Il est remercié avec le grade de Grand Officier de la Légion d'Honneur.

 Deux ans et demi après le décès de sa «chère Adélaïde», Alexandre Louis se remarie avec Sophie Duvaucel, belle-fille du savant naturaliste Georges Cuvier. Il a 57 ans et sa nouvelle épouse 44. C'est une femme de lettres, qui animait chaque samedi un «salon» couru par les savants et intellectuels de l'époque.

 Le 22 mars 1852, à 19 heure, dans son appartement du 20 de la rue Godot de Mauroy, dans le neuvième arrondissement de Paris, il décède brusquement, victime d'une apoplexie foudroyante.

 De son mariage avec Adélaïde Thevenard, elle aussi issue d'une famille d'officiers de marine, (cf. plus bas), Alexandre Louis aura eu cinq enfants.

 Dont Alexandre Marie Louis, qui deviendra, lui aussi, amiral.


 Alexandre Marie Louis Ducrest de Villeneuve


Portrait_Alexandre_Marie.jpg
 La carrière du second amiral Ducrest de Villeneuve, Alexandre Marie Louis, fils du précédent, fut sans doute moins ponctuées d'actions d'éclats. Son époque s'y prêtait moins. Elle reste néanmoins bien honorable.
 Elle commence par l'Ecole Navale qui pour la dernière année (1829) se trouve encore à Angoulême et s'appelle le Collège royal de la Marine. Son père ne l'avait pas fréquenté (pour ne pas appartenir aux gens de mer) et avait dû se faire une place en débutant tout en bas de l'échelle, comme mousse. En 1829, Alexandre Marie, lui, est fils d'un contre-amiral et il en sort aspirant.

DUCREST_de_VILLENEUVE_Alexandre_Marie_1813_1892_Portrait_a_16_ans_.jpg


 Un an plus tard, à 17 ans, à bord de l'Herminie, il « fait preuve d'un sang froid et d'une rare habileté dans le sauvetage des hommes et dans la conduite du canot qu'il commande au milieu d'une mer démontée à la suite d'un coup de vent qui brise la grande vergue et jette à l'eau plusieurs gabiers. »

Alexandre Marie Louis  
DUCREST de VILLENEUVE
âgé de 16 ans    
(Courtoisie de Dominique de Margerie)


Tableau_Auguste_Mayer_1831_La_fregate_l_Hermine_au_Cap_Horn_reduit_130.jpg Ce fait notable est rapporté par Gerard Collas de Gournay, dans sa généalogie manuscrite.
 Et on trouve en effet une référence à cet événement dans le "Catalogue des tableaux, dessins et gravures exposés dans les galeries du musée de la ville de Brest" dressé par Mr. Henri Hombron.

 Je cite : « Le commandant de la frégate l'Herminie, par le travers du Cap Horn, en 1831, envoie une embarcation pour sauver un homme tombé à la mer, que l'on voit accroché à une bouée de sauvetage. Dans l'embarcation, à l'arrière, se trouvait Mr Ducrest-Villeneuve, alors aspirant de marine »

      La frégate l'Herminie au Cap Horn
    Toile d'Auguste Mayer - Musée de Beaux-Arts de Brest


DUCREST_de_VILLENEUVE_Alexandre_Marie_1813_1892_Portrait_de_Clemence_de_Vernede_1850_.jpg Peu à peu, il gravit les échelons de la hiérarchie au rythme des promotions classiques:
  - Enseigne de Vaisseau le 6 janvier 1834.
  - Lieutenant de Vaisseau le 30 septembre 1840.
  - Capitaine de Frégate le 3 février 1852.
  - Capitaine de Vaisseau le 7 novembre 1858.
  - Contre-amiral, le 4 juin 1871.
  - Mis en retraite du service actif le 13 août 1879.

Portrait du Lieutenant de Vaisseau 
Alexandre Marie Louis  
DUCREST de VILLENEUVE
par Clémence de Verdène -1850 
(Courtoisie de Dominique de Margerie)


 « Une belle carrière », selon Françoise Excelmans qui reconnait cependant ne pas savoir « grand chose » de plus sur l'homme en lui-même. « Henri, mon beau père, fut le second (de ses enfants)... il ne nous parla jamais de son enfance ni de ses parents. »
 Au regard du peu que je connais de sa vie, j'imagine un homme courageux, diplomate, et à cheval sur la discipline. Deux épisodes de sa vie suggèrent ce portrait : l'affaire de Guinée et l'affaire Le Marc'hadour.


  L'affaire de Guinée




  L'affaire Le Marc'hadour


 Le 4 août 1852, Alexandre Marie était second sur la frégate la Forte à l'ancre en rade de Brest. Il était huit heure du matin.
 « Le novice Gabriel Marie le Marc'hadour, âgé de dix-neuf ans, dormait sur le pont après avoir bu outre mesure au déjeuner. On le réveilla pour lui commander un service : il resta muet et immobile. On récidiva l'ordre: même refus inerte, mais sans gestes ni menaces.
 Survient le commandant qui, pour vaincre cette apathie persistante, ordonne de hisser le novice sur les barres, au moyen d'un cartahu. En ce moment, ce dernier s'empare d'un sabre qui était près de lui, le dégaine et en frappe le commandant.(...) M. Ducrest-Villeneuve, tombait inanimé sur le pont du bâtiment, atteint de plusieurs coups de sabre qui lui avaient été portés sur la tête et sur la main. Son sang coulait en abondance, et, sans un mouchoir qu'il portait dans le fond de sa casquette, et qui avait amorti la violence des coups, il est probable qu'il aurait eu le crâne fracassé, puisque le choc seul avait suffi pour l'abattre.» (...)
  On arrête (le novice), on le met aux fers, il s'échappe, entre dans le poste de la timonerie où se trouve un dépôt d'armes et tente de prendre un fusil en criant : Tuez-moi, c'est un coup de pistolet qu'il me faut ! Mais cette fois, il est saisi et garrotté par se camarades, qui brûlaient tous du désir de venger le commandant. »
  Deux ou trois semaines plus tard, Gabriel le Marc'hadour est traduit devant le conseil de guerre maritime.
« Devant des faits si graves, devant un crime si avéré, si patent, que l'accusé reconnaissait lui-même, la défense était impossible. Me Clérec aîné, bâtonnier de l'ordre des avocats, s'était chargé de cette lourde tâche. Il n'a pu plaider que l'absence de préméditation pour ouvrir une porte à la clémence présidentielle.
Le conseil, après avoir entendu M. le capitaine de frégate Lefebvre, organe de l'accusation, dont la parole digne et sévère a produit sur tout l'auditoire une impression profonde, a prononcé, à l'unanimité, contre le novice de Marc'hadour, la peine capitale, en déclarant qu'il avait eu l'intention de donner la mort à son commandant.»
  Et le 6 septembre 1852, le jeune homme est extrait de sa cellule.
« Le Marchadour, depuis sa condamnation, avait aggravé son crime, par l'absence de tous remords, par des paroles menaçantes. Un pareil endurcissement devait exclure dans le coeur de ses juges, et dans la volonté suprême du chef de l'Etat, toute pensée de clémence. Aussi la demande en communtation de peine adressée au prince-président par le défenseur du condamné, Me Clérec, est-elle demeurée sans résultat.
 La sentence a été exécutée à quatre heure et demie dans la cour de la Cayenne, à Recouvrance, en présence de tout l'équipage de la frégate la Forte, de détachements envoyés par les bâtiments armés, par la division des équipages de lignes et par tous les corps de la marine, réunis sous la direction supérieure de M. le capitaine de vaisseau Bouët, commandant de la frégate.
 Le patient s'est rendu sur les lieux du supplice, au milieu d'une escorte de cinquante hommes. Il a marché sans faiblesse, comme sans forfanterie. Il est vrai de dire que le courage humain dont il a fait preuve pendant les débats, et depuis son arrêt, ne le soutenait pas seul. Il avait accepté, au dernier moment, les secours de la religion. Les paroles touchantes de M. l'abbé Leroy, aumonier de la marine, en montrant à Le Marchadour le pardon céleste plus accessible que la justice des hommes, consolaient l'expiation, en ennoblissaient le sacrifice.
 Le Marchadour demandait qu'on ne lui bandât pas les yeux et qu'on ne le forçat pas à se mettre à genoux. Un exhortation du prêtre a suffi pour amener cette âme, quelque temps auparavant indomptable, à l'obéissance, volontaire à la résignaton.
 Au signal donné, le patient est tombé percé de plusieurs balles dans la partie supérieure du corps.
 Les troupes présentes à l'exécution ont défilé silencieusement devant le cadavre.»

(Textes issus du Courrier de la Drôme et de l'Ardèche - 25 août 1852, 21è Année, n°203 et de la Gazette des Tribunaux - 12 septembre 1852, 27è Année, N°7856)



 Henri du Crest de Villeneuve





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 Les THEVENARD

Voir les liens de parenté entre les marins de la famille


 Comment et pourquoi deux fils d'un serrurier de Noyon (Oise) peuvent-ils se retrouver à St Malo, et y laisser une descendance qui s'épanouira dans les effluves du varech ? Les raisons précises sont bien sûr inconnues, mais on peut conjecturer que Robert (le fils aîné du serrurier) ayant repris le commerce de son père, Antoine et Claude, ses frères cadets, durent s'exiler. Bientôt suivis du fils de Robert... L'appel de la mer ?
 Sans doute Antoine est-il le plus âgé de ces deux derniers, car leur mère Claudine Terouenne décédera 2 ans et demi après la naissance de Claude sans avoir eu d'autre enfant. Sans doute, aussi, aura-t-il rejoint Saint-Malo quelques années avant son jeune frère et son neveu.


 Antoine Thevenard et sa descendance


Phare de Fréhel 1_1.jpg Antoine sait signer. Il sait également gérer ses affaires.
 Il est arrivé en Bretagne en tant que serrurier, mais 20 ans après s'être marié avec une veuve du cru, Perrine Lucas, il postule en 1717 pour le poste de gardien du phare de Fréhel, et en obtient l'adjudication le 28 mai de la même année.
 Le voilà entré dans la communauté des "gens de mer". Il en fera sans doute profiter ses enfants.
 Des trois fils identifiés qu'il aura de dame Perrine, l'un d'eux, au moins, sera marin.


  Antoine Thévenard, capitaine de vaisseau à la Compagnie des Indes

Blason_Compagnie_des_Indes_Orientales.jpg
 Il s'appelle aussi Antoine. A ce jour, je ne sais cependant pas grand chose de lui.
 Les biographes de son fils, le futur amiral Antoine Jean Marie Thévenard, l'évoquent comme Capitaine de Vaisseau en service pour la Compagnie des Indes. Il aurait notamment commandé en 1740 le Neptune, un navire marchand de Morlaix, affrété par le Roi d'Espagne avec deux autres navires français pour prêter main forte à l'Amiral Don Blas de Lezo à Léogane. Sept ans plus tard, sur ce même navire (ou sur un autre portant le même nom) son fils aurait fait ses premières expériences en mer, participant en moins de six mois à trois combats, sous le commandement de son père.
 Dans le tome III de ses Mémoires relatifs à la Marine publiées en 1800, l'amiral se souvient d'une campagne de pêche à la morue à Terre Neuve en 1754 (en fait en 1753, entre le 26 avril et le 18 octobre) à laquelle il participa en tant que second lieutenant, à bord d'un senau, la Comète, commandée par son père Antoine.

 Antoine Thévenard père, décédera dans son lit, à Saint Malo, à l'âge de 78 ans.

 La Compagnie des Indes crée par Colbert eût, un temps, la réputation de former une véritable corps d'élite d'officiers de marine. Comme la descendance d'Antoine - ainsi que celle de son oncle Claude - comptèrent plusieurs de ses membres, il peut être intéressant d'en savoir un peu plus en cliquant sur cette fameuse "Compagnie".
 Sur son blason, la devise : je fleurirai là où je serai portée.
 Hélas, on verra plus loin qu'une fleur peut être parfois coupée avant même de s'épanouir !


  L'Amiral Antoine Jean Marie Thévenard

 Ce n'est pas le cas d'Antoine Jean Marie, fils du précédent, petit fils du gardien de phare. Lui, fera une très belle et longue carrière.
 Entré dans la marine à l’âge de 14 ans, il commença à naviguer sur le Neptune, que commandait son père pour la compagnie des Indes et participa à trois combats que ce vaisseau eût à soutenir en moins de six mois.
 Sept ans plus tard, il était lieutenant de vaisseau sur la Comète, également sous les ordres de son père, au cours d'une campagne de pêche qui l’amena à combattre des Inuits de Terre-Neuve hostiles à l'intrusion des Etrangers.
 Très vite il accumule les responsabilités (il est capitaine de port à moins de 30 ans) et s'intéresse à de nombreux sujets divers, mais toujours en relation avec la Marine : renflouement de navires, construction de frégates et des première canonnières, halage des vaisseaux au sec, résistance des fluides...
 Dans les années 1757-1758, Antoine Jean Marie est second lieutenant sur le Brillant, parti en campagne pour le Quebec. C'est à cette époque qu'il présente à la Couronne un projet de colonisation des îles Malouines qui pourraient servir de relâche sur le trajet vers les terres australes. Mais le sieur Thévenard, n'est encore qu'un petit-fils de serrurier devenu gardien de phare, et il n'a pas les appuis nécessaires pour que son projet atteigne les sphères décisionnelles.
 Quatre ans plus tard, Louis Antoine de Bougainville reprend une partie de ce projet qui, mis entre les mains des bonnes personnes, finit par aboutir, et il propose au futur amiral de commander l'un des navires. Meurtri, voire frustré, de s'être fait doublé, il refusera : il ne veut pas être relégué à un second rôle.

 En 1769, la Compagnie des Indes Orientales, dont les finances sont catastrophiques, est reprise par la Couronne. Antoine Jean Marie Thévenard "supervise la rétrocession ... des établissements lorientais de la Compagnie" et, dans la foulée, intègre la Marine Royale, en tant que Capitaine de Frégate.
 Puis il gravit les échelons, récoltant charges prestigieuses et honneurs : Capitaine de Vaisseau, Commandant de la Marine dans divers ports, Chef d'escadre, Ministre de la Marine en 1791, Vice Amiral, Préfet maritime.
 Il est fait Comte d'Empire en 1810 et devient membre de la Chambre des Pairs en 1814.
 Il meurt l'année suivante et est inhumé au Panthéon.


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«D'argent à l'ancre d'azur, surmontée d'un compas ouvert de même»
d'après le Nobiliaire et armorial de Bretagne de Paul Potier de Courcy




  Antoine René Thévenard ***




 La descendance de Claude Thevenard

 Sur l'acte de décès de son épouse Bernardine Bidal, une jeune veuve de St Malo, disparue13 ans après lui, Claude est dit navigant.
 Pour autant, il ne semble pas avoir appartenu au corps des officiers. D'ailleurs il ne sait pas signer le jour de son mariage, pas plus que n’apparaît son paraphe sur les actes de naissance de ses enfants. Et je n'ai trouvé, à ce jour, aucune trace d'un passage de Claude au sein de la Compagnie.
 Il mourut assez jeune, trop tôt peut-être pour accéder à un grade que son expérience aurait pu lui permettre d'acquérir à défaut d'une éducation suffisante.


  Guy Jean, pilote, décédé à la mer

Guy-Jean (ou Jean-Guy), fils du précédent, lui, intégra très jeune la Compagnie. On peut supposer qu'il bénéficia de l'appui de son oncle Antoine. De surcroît, il savait lire et écrire, suffisamment bien pour rédiger un rapport comme on le verra plus loin.

Un début de carrière efficace

 Ses premières années d'apprentissage reflètent parfaitement la tradition de la Compagnie de former ses recrues sur le terrain en privilégiant l'expérience et en la récompensant par de l'avancement : 18 mois de mer, 9 mois de congé, 18 mois de mer, 9 mois de congé, etc.
 A 18 ans, il était déjà matelot sur le Chauvelin, pour une campagne qui l'emmena pour la première fois aux Indes. Son navire ne revint à Lorient qu'en juillet 1738, un an et demi plus tard, pour ré-appareiller en mars de l'année suivante, toujours à destination des Mascareignes. Guy-Jean était de nouveau à bord, mais cette fois en tant que pilotin avec 2 livres supplémentaires de solde.
 Seize mois de campagne, neuf mois de repos et il embarque sur le Fleury, de nouveau cap sur les Mascareignes : il est maintenant aide-pilote.
  Puis on le retrouve 2ème pilote sur le Brillant qui, après un détour par le Canada, vient mouiller à la Réunion.
 De retour à Lorient, il se marie cinq semaines plus tard, le 9 février 1745, avec une demoiselle Lavergne avec qui il ne fera que quatre enfants, ce qui est peu à cette époque. C'est dire qu'il passe plus de temps en mer qu'auprès de son épouse
 Deux mois après, il embarque de nouveau. Cette fois l' Heureuse Marie le mène à Quebec comme passager car il doit faire partie de l'équipage de la frégate le Castor, construite au Canada pour le compte du Roi en tant qu'aide pilote. Les deux navires semblent être de retour en France début avril 1646.
 En tout cas, il est censé être présent en mai-juin 1746, puisque neuf mois plus tard naît son premier fils Antoine Jean. Ce qui ne l'empêche pas d'être absent à son baptême.
 En janvier 1748, le voici 1er pilote (enfin !) sur le Machault pour une campagne qui le ramènera aux Mascareignes. Il sera de retour à Lorient en juillet 1751 où il restera jusqu'en décembre de la même année (le temps de rendre hommage à Madame) pour repartir pour la même destination, sur le même navire et avec le même poste.
 Son second fils, Guillaume Alexandre, naît le 2 juillet 1752, mais il ne le connaîtra qu'un an plus tard, à son retour, si tant est qu'il survécut ; hormis son baptême, on ignore tout de sa vie.

Le naufrage de la Paix

 La Paix, un vaisseau de 700 tonneaux, 20 canons et 146 hommes d'équipage, appareille le 30 mars 1754, sur les 5 heures du matin, depuis la rade de Pen-Mané. Guy Jean en est le premier Pilote. Sur le rôle d'équipage (ci-dessous), il est dit "fils de Claude, de Saint Malo", âgé de 37 ans, de taille moyenne ayant le poil châtain.
Role_d_Equipage_de_la_Paix.jpg Le journal de bord rédigé par le Pilote Guy Jean Thévenard (qui ne rend pas uniquement compte de la navigation proprement dite) restitue une campagne sans incident majeur, abstraction faite du cyclone qui causa sa perte.
 Jour après jour, c'est du petit frais, jolis frais, bon frais, mer belle, petite fraîcheur, parfois couvert, voire venteux et pluvieux, rarement quelques grains et rafales. Après une première escale à l'ile de Gorée (sans doute pour y charger des esclaves !), c'est la longue descente des côtes africaines, le passage du cap de Bonne Espérance pour atterrir enfin à la mi-août à l'Ile de France (aujourd'hui l'Ile Maurice).
Journal_de_la_Paix.jpg

 Commence alors une série d'aller-retours sur six mois entre Maurice, Madagascar et la Réunion.

 Peu à peu le temps commence à se gâter. Dans le journal, les termes grand frais, mauvais temps, pluie deviennent plus fréquents au cours des jours qui passent.
 Le vendredi 14 février 1755, alors que La Paix est mouillée dans la rade de St Denis de la Réunion, une très violente tempête force l'équipage à appareiller pour s'écarter de la côte, puis à démâter en urgence. Les dégâts sont conséquents. Le surlendemain, le navire, bien mal en point, parvient tant bien que mal à retrouver son mouillage dans la rade. Le 20, les autorités portuaires constatent que le bâtiment est incapable d'entreprendre le moindre voyage et l'équipage est descendu à terre pour ne prendre aucun risque suivi de de ses effets et des vivres nécessaires à sa subsistance.

 Le mois et demi qui suit est employé à réparer, quand le temps permet de monter à bord.

Carte_naufrage_Paix.jpg
 Mais début avril les éléments se déchaînent à nouveau. Le trois, l'amarre principale se casse, et le lendemain, se sont les deux autres qui lâchent. La Paix se met alors à dériver au gré du vent, sort de la rade et disparaît à la vue des témoins derrière le cap Bernard.
 On la retrouve trois jours plus tard, «entre la Petite Chaloupe et la Ravine à Malheur». Et Guy Jean de conclure :«Enfin, un navire entièrement perdu».

 Plus de 250 ans plus tard, en 2009, une association de plongeurs formés à l'archéologie sous-marine, et munie des précisions données par le pilote de la Paix, se mit en tête de retrouver son épave. Au cours d'une campagne de prospection, la Confrérie des Gens de la Mer explora minutieusement les quelques 2,9 km de côtes sans, hélas, que l'on puisse en retrouver la trace.
 Depuis, la construction de la Nouvelle Route du Littoral entre Saint Denis et La Possession a balayé tout espoir de retrouver quelque chose un jour.

Décédé à la mer... mais où ?

 Revenons à Guy Jean.
 Une semaine après la lamentable fin de la Paix, il trouve un embarquement pour l'Ile Maurice sur l' Utile. Et moins d'un mois plus tard, il monte à bord du Duc de Chartres qui appareillera le 26 mai 1755.
 On aurait pu croire que c'était cap sur la France ! Que nenni ! Le navire se dirige d'abord vers la Réunion, puis Macao et Canton, puis retour à l'Ile de France, puis Madagascar, et enfin l'Europe. Quand il débarque à La Corogne, deux ans se sont écoulés depuis la perte de son navire.
 Son dernier fils qu'il n'a connu que sept mois et qu'il a laissé âgé d'un an et demi, en a désormais trois de plus.

 Longtemps, je suis resté bloqué à ce point de sa biographie. Car, au-delà de cette date, Guy Jean "Thévenard" n'apparaissait plus dans les dépouillements des rôles d'équipage proposés par le site Mémoires des Hommes.
 Et le dernier papier officiel que je connaissais, le concernant, était l'acte de mariage de son fils Joseph en 1785. Document qui précise que ce dernier est «fils de Guy Jean Thévenard, ancien officier des vaisseaux de la Compagnie des Indes, décédé à la mer en 1762».

Mariage_Thevenard_Herve_extrait_.jpg

Décédé à la mer... Un accident ? S'est-il abîmé dans les flots ? Tué au combat ? Mort de maladie ? Ou s'agit-il d'un naufrage ?

 J'ai commencé par privilégier cette dernière hypothèse et recherché les navires de la Compagnie naufragés ou disparus cette année-là. Pour finir par m'arrêter sur le Dromadaire qui se brisa sur des récifs aux îles du Cap Vert le 19 février 1762, entraînant la disparition de 56 membres d'équipage. Cette perte avait eu un grand retentissement car elle n'était due qu'à une foi aveugle en des cartes marines imprécises. Il n'y avait pas eu d'erreur de navigation, ni de soucis techniques, ni même de tempête ou gros coup de vent. Seule les cartes étaient en cause. Et le ministre de la Marine ordonna que l'on rédigeât de nouvelles instructions nautiques.
 Pendant de longs mois, je me suis accroché à cette solution, jusqu'à ce que Mémoires des Hommes ne publie début 2017 le rôle d'équipage et la liste des disparus. Guy Jean ne s'y trouvait pas.

 C'est par dépit que j'ai réitéré une recherche sur le même site, mais cette fois en modifiant l'orthographe du patronyme : Tévenard au lieu de Thévenard. Et là, bingo ! Sans avoir trop de détails, on peut résumer une fin probable de la carrière de Guy Jean de la manière suivante :
 - Le 29 février 1760, Guy Jean Thévenard s'embarque pour son dernier voyage. Il est Premier Pilote sur la Diligente, qui cingle vers les Mascareignes et les Indes. Il est accompagné de son fils aîné, Antoine Jean, 13 ans, qui monte à bord en tant que pilotin (apprenti pilote).
 La frégate ayant atterri à l'île de France le 5 juin de la même année, il quitte ses fonctions de pilote une semaine plus tard tout en restant sur la Diligente pour devenir Enseigne. C'est une promotion: d'officier-marinier, il est passé officier. Il navigue ainsi entre l'actuelle Ile Maurice et Madagascar jusqu'en décembre 1760, date à laquelle il quitte définitivement le navire.
 Pendant plus de trois mois il continue son apprentissage d'officier sur des vaisseaux de côtes et passe second lieutenant en avril 1761.

 - Le 20 juillet 1762, il monte à bord du Vengeur, toujours accompagné de son fils, engagé volontaire pour une solde de 25 livres. Le navire appareille début août, en compagnie de la Fidèle et du Condé dans le cadre des opérations initiées par l'Escadre du Comte d'Aché. Les trois bâtiments sont placés sous le commandement de Monsieur de la Pallière Christy.
 Sur les quatre derniers mois de l’année, ils parviennent à capturer quatre petits navires anglais. Et le 2 janvier 1763, c'est au tour de la Nancy, un senault de 120 ou 150 tonneaux, de se prendre dans les filets des Français.

 Ce jour là, du haut du mât du Vengeur, la vigie aperçoit vers dix heure trente du matin le navire en direction est-sud-est, alors que l'on croise à l'embouchure du Gange. La route qu'il suit montre bien qu'il cherche à éviter le contact. Les trois bâtiments se mettent en chasse. La brise du nord, présente bien que faible, finit par s'éteindre vers quinze heure. Calme plat, Monsieur de la Pallière donne l'ordre que trois canots, deux du Vengeur et un du Condé aille remorquer (sic) la frégate la Fidèle en précisant que l'un d'eux soit détaché pour observer l'embarcation ennemie et guider éventuellement les vaisseaux français durant la nuit. Mais à dix-huit heure la marée descendante et l'absence de vent oblige à mouiller. Pour éviter que sa proie ne lui échappe, de La Pallière envoie les trois canots armés.
Senault.jpg
 Il ne s'agit que d'un senault, un petit bâtiment de 120 ou 150 tonneaux, bien trop faible pour résister à la frégate la Fidèle (400 tonneaux, armée de 20 canons), au Condé (1000 tonneaux et 20 canons) et au Vengeur (1300 tonneaux et 64 canons).
 Et de fait, à une heure et demie du matin, un des trois canots revient avec, à son bord, le capitaine et le second de la Nancy. Le senault, dès les première salves, s'est rendu sans difficultés. Il y eût bien un matelot français tué d'un coup de feu dans la gorge, mais c'est un anglais, blessé à l'épaule, alors qu'il cherchait à jeter à la mer des documents, qui retient notre attention.

     Un senault anglais sous deux allures différentes
  Noter la petite taille du bâtiment en observant celle des personnages


  En effet, une lettre adressée par les autorités anglaises de Fort William (Calcutta) au gouverneur résident à Fort St Georges (Madras), deux semaines après la capture de la Nancy, et qui demande la protection de la Royal Navy face à la menace des trois navires français à l'embouchure du Gange, révèle que le courrier arrivé récemment de Grande Bretagne et à destination justement du Gouverneur était à bord du Nancy. Monsieur de la Pallière en comprit l'importance et décida d'envoyer sa prise à l'Ile de France.

 Les deux officiers anglais restèrent prisonniers sur le Vengeur et Guy Jean Thévenard fut désigné pour convoyer le senault, avec sept autres marins, dont son fils qui ne le quittait pas. Ils partirent le 5 janvier.
 Il semble que le reste de l'équipage anglais resté à bord se révolta..

 Guy Jean Thévenard, et son fils, ne réapparaîtront plus jamais.

  Joseph, premier lieutenant de la tragique Seine


 Madeleine Marie Lavergne donna quatre fils à son Guy-Jean de mari.
 On a vu ce qu'il en fut de l'aîné, Antoine Jean. On a vu également que Guillaume Alexandre, le second, est sans doute décédé en bas âge.
 Le dernier s'appelait Henri Alexandre, né en 1759. On lui connaît une carrière d'officier de marine d'abord à la Compagnie des Indes (au moins à partir de 1781) puis dans la Marine révolutionnaire.
Rene_Francois_et_Henri_Alexandre_sur_l_Insurgente.jpg Carrière quelque peu difficile à retracer puisqu'il est souvent confondu, notamment chez les Anglais, avec son cousin issu de germain, Antoine René (ci-dessus) mort à la bataille d'Aboukir. Pourtant on sait que les deux cousins figuraient sur le premier armement de la frégate Insurgente, à peine sortie des chantiers, en 1791. René François (en réalité Antoine René François) comme capitaine et Henri Alexandre, comme lieutenant et second du premier.                                    (Revue Maritime - 1901 -T.148 p.523)

 Mais c'est Joseph, le troisième dans l'ordre des naissances, qui nous intéresse le plus.
 Car Joseph est notre ancêtre direct.

Une carrière laborieuse

 La première mention de la carrière de Joseph Thévenard dont je dispose est le rôle d'équipage du Beaumont, un vaisseau de la Compagnie des Indes qui appareille en 1775 pour les Indes et La Chine. Joseph a 17 ans et est Enseigne ad honores, sans solde. La longue carrière de son père au sein de la Compagnie l'aura sans doute aidé à embarquer pour ce qui peut être considéré comme une formation. Plus de deux ans de campagne.
 Six mois après son retour à Lorient, le 31 décembre 1777, il monte à bord du Lyon à destination des Amériques, cette fois en tant que Second Enseigne. C'est un gros vaisseau de 1200 tonneaux, armé de 40 canons pour un équipage de plus de 200 hommes. La course tourne court car moins d'un an plus tard, il est capturé par les Anglais. Il faut croire que Joseph fut emmené en captivité pendant de longs mois, car ce n'est que trois ans plus tard qu'on le retrouve sur une autre navire.
 Cette fois, il s'agit du navire corsaire la Sérapis (1781) qui sera victime d'un incendie en juillet de la même année. Mais Joseph ne le verra pas car il s'est embarqué avant sur un brick, le Coureur (1781), comme second capitaine. Les campagnes s'enchaînent : la flûte le Mulet (1783) comme premier enseigne, le Fabius (1785) comme premier lieutenant un an après son mariage, le vaisseau Maréchal de Ségur (1789) comme second lieutenant, le vaisseau Bretagne (1790) comme second lieutenant.

Reclamation_grade.jpg Trois ans après ce dernier embarquement, en mai 1793, Joseph Thévenard émet une réclamation auprès des autorités. Il veut bénéficier du nouveau système de promotion, une sorte de ... VAE (Validation d'Acquis d'Expérience).
Non_compris_dans_les_listes.jpg
 S'il eût peut-être gain de cause, en 1796, alors qu'il a embarqué sur la Prudente à destination de l'Ile de France (Ile Maurice) en tant que lieutenant, il n'est toujours pas comptabilisé dans les effectifs de la Marine.

Le dernier combat


La Prudente faisait partie de l'escadre du contre-amiral de Sircey en mer des Indes, basée à l'Ile de France, avec six autres frégates : la Forte, laSeine, la Cybèle, laVertu, la Régénérée et la Preneuse. La mission du contre-amiral était d'étendre l'influence française en diffusant les idées révolutionnaires, notamment dans les territoires occupés par les Hollandais, pour contrer l'hégémonie grandissante des Anglais dans la région.
 Au début de l'année 1798, laVertu et la Régénérée revinrent en France pour être réparées. Le 6 avril, la Seine les suivit. A son bord, un contingent de soldats et fonctionnaires réfractaires aux nouvelles idées. Elle est commandée par le capitaine Bigot et son second n'est autre que notre Joseph.

 Le voyage se passa heureusement. Du moins jusqu'à l'arrivée. Car il ne lui restait qu'une ou deux journée de navigation quand la Seine aperçut plusieurs voiles ennemies qui la prirent en chasse, et elle ne put éviter un terrible combat.
 L'affrontement se prolongea tard dans la nuit du 29 au 30 juin 1798. Joseph Thévenard y perdit la vie dans des circonstances rapportées par des témoins "(à lire ici)".

Combat_de_la_Seine_A.jpg

 «Perte de la Frégate de la République      Française la Seine de 42 canons
  COMMANDÉE PAR        LE CITOYEN BIGOT
  Par une Division des Frégates Anglaises le Jason la Pique et la Mermaid de 40 et 44 C ons
  sur la pointe de la Tranche près les Sables d'Olonne le 7 Messidor an 6 Par Thiberge en Floréal an 7.»



 Moins d'un mois plus tard on octroya à Marie Yvonne Hervé, sa veuve, un secours provisoire de 600 FF.

Pension_veuve_thevenard.jpg



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 Les LAFONT

Voir les liens de parenté entre les marins de la famille

 Le département du Gard a été le dernier de l’Hexagone à mettre en ligne ses précieuses archives. Il aura fallu au Conseil Général opérer un choix, presque cornélien pour un généalogiste : investir dans un nouveau bâtiment pour sécuriser des liasses de papiers en danger et accueillir du même coup les usagers dans des locaux plus propres et fonctionnels, ou se lancer dans la numérisation des registres, ce qui génère évidemment un coût peut-être moins important, mais rendant incompatible la simultanéité des deux projets. Il a logiquement choisi la première option et le nouveau bâtiment a ouvert ses portes aux lecteurs en 2013. Bienheureux soient les Gardois ! Mais pour les déracinés, émigrés séculaires, accros à la calligraphie délirante, givrés chronophages du net, obsédés de l'acte de mariage libérateur... quelle frustration ! Plus de 15 ans que je ronge mon frein !
Et cela continue : si les premiers registres ont enfin été mis en lignes en octobre 2019, ils ne concernent que les communes commençant par A ou B. Combien de temps avant d'atteindre Sommières et Villevieille

 Des origines cévenoles

  Car les Lafont semblent bien originaires de Sommières, à en croire les relevés que j'ai pu dénicher.
 Pierre, le grand-père de notre futur amiral y était boulanger.
 Si le patronyme Lafont est courant partout en France, celui de sa mère, Françoise Gaussen, est éminemment présent dans la région gardoise, ce qui suggère un enracinement local solide.
 Sans avoir encore eu accès aux registres des archives, trois de ses fils ont été identifiés : Pierre, apparemment l'aîné, s'est marié à Nîmes et est devenu teinturier, Charles et Jacques Charles, eux, se sont embarqués pour les Antilles où ils se sont bien intégrés dans la bourgeoisie locale.

 Un détour par les Îles

 Charles, décédé avant le mariage de Jacques Charles en 1813 (son épouse est veuve lors de la signature du contrat de mariage) est sans doute le plus âgé. Sur l'acte de décès de Jacques Charles (un acte atypique qui compte plusieurs dizaines de défunts, tous victime du séisme de 1839 qui détruisit Fort Royal), on lit en effet : "Monsieur Jacques Charles Lafont, jeune, natif de Sommières...". Jeune, sans doute pour le différencier de son frère, dont le prénom peut prêter à confusion. Et on retrouve cette même annotation sur les journaux locaux qui traitent du tremblement de terre.

 A 22 ans, Jacques Charles était déjà présent sur l’île en 1802. Onze ans plus tard, il s'est marié avec une demoiselle Perriquet, fille du secrétaire du Gouverneur de la Martinique, descendante et alliée à plusieurs familles notables des Antilles. Bien introduit, on peut supposer que ses affaires de négociant allaient bon train. C'est en tout cas ce que laisse supposer le tableau de famille ci-dessous qui représente ses quatre enfants encore vivants vers 1833.
Enfants LAFONT 1833_1.jpg
 Le tapis épais, le piano d'enfant, la peinture au mur, le lourd rideau suggèrent un intérieur cossu. Les personnages sont habillés avec soin, à la mode du temps. Leur maintien est convenu mais avec grâce.

 On y reconnaît, debout, "Emile" alors âgé de 16 ou 17 ans. Assise au piano, c'est "Aline". Elle a environ 11 ans. A ses côtés, il y a "Laure", la petite dernière, 5 ans, avec sa poupée. Et enfin, sur un tabouret, "Jules" qui du haut de ses huit ans arbore un sabre comme pour témoigner de la précocité de sa vocation militaire.
 Il manque les deux aînés. Jean Charles Léon, décédé en 1828 et Elisa dont on n'a plus trace depuis sa naissance en 1815, sans doute disparue en bas âge.

 En fait, le tableau a dû être peint à Paris, où la famille s'était transférée depuis au moins 1827 ou 1828. Jean Charles Léon est en effet enterré au Père Lachaise (1828) et Laure a vu le jour dans la capitale l'année précédente ou la même année.


Photo aimablement fournie par Catherine Boussely

 Il faut croire que Jacques Charles faisaient de fréquents séjours en Martinique pour ses affaires et qu'il eut la malchance de se trouver à Fort Royal, ce 11 janvier 1839 qui vit la ville presque entièrement détruite par un effroyable tremblement de terre.
 Les cuisses et une jambe brisée, il expira le lendemain dans la maison, sise Grand Rue, du sieur Dufougeray. Il s'agit sans doute d'un beau-fils de son frère Charles, membre du Bureau de Commerce de Fort-Royal chargé des échanges avec la Métropole.
 Quelques détail de cette tragédie peuvent être lus en cliquant sur ce lien : Le séisme du 11 janvier 1839.

 "Jules", notre futur amiral, n'avait alors pas encore 14 ans.

 L'amiral Jules Lafont


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 Si, en l’état actuel de nos connaissances, on ne sait pas grand chose de sa jeunesse, Louis Charles Georges "Jules" Lafont a eu une vie longue et riche d’événements.
 Sa carrière vaut sans doute une page spécifique à laquelle on peut accéder en cliquant ici.
 Atteint par la limite d'âge en 1890 et rayé du service, il s'investit dans des associations d'aide aux gens de mer.

 A commencer par la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, l'ancêtre de l'actuelle SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) fondée par son mentor, l'Amiral Rigault de Genouilly en 1865. Lui même en est un membre fondateur (ainsi d'ailleurs que le jeune Lieutenant Jean Charles Sallandrouze de Lamornaix). Un autre lieutenant, un certain Alfred Houette sera lui aussi souscripteur, à partir de 1883, l'année où il épouse la fille de l'amiral.

 Mis à la retraite, donc, Jules Lafont s'implique en intégrant le Comité Directeur de la Société dès 1891. Il en devient le Président le 25 mars 1892.
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 Avant sa nomination, un concours a déjà été lancé par l'influente "Union des Femmes de France", sur la "question des secours aux victimes des guerres maritimes et des combats sur mer". Sans doute en aura-t-il parlé à son gendre, Alfred Houette, qui postule, rédige un mémoire (cf plus bas) et devient lauréat. Des esprits suspicieux pourraient imaginer quelque chose relevant du népotisme dans cette récompense. Cela ne semble vraiment pas avoir été le cas. Car non seulement l'Amiral Lafont, Président de la Société Centrale de Sauvetage, ne fait pas partie du jury ni n'apparaît dans les procès verbaux des délibérations du concours, mais en plus la "victoire" de son gendre est bien une victoire par défaut : le jury déplore en effet la pénurie de candidats (deux seulement se sont manifestés, dont l'un s'est contenté d'expliquer pourquoi il ne pouvait pas répondre correctement au sujet demandé), et le gagnant lui même, l'arrière-grand-père Alfred, félicité par le rapporteur sur volet de son travail, n'en reçoit pas moins des critiques sévères sur ses manques. Au final d'ailleurs, la récompense prévue de 1000 francs sera réduite à 800. Son travail reste cependant à mon sens un modèle de clarté que l'on pourra lire plus bas, à partir du paragraphe qui lui est consacré.


 Jules Lafont restera Président de la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés pendant neuf ans (1892-1901), une période qu'il marquera de sa personnalité au point que l'un des remorqueurs de la flotte de la Société, sera rebaptisé, un an après sa mort, "Amiral Lafont".


 Parallèlement, il accepte également en 1894 la première présidence d'une toute nouvelle société de bienfaisance : la Société des Œuvres de mer, complémentaire de la première.
 Si cette dernière se concentrait sur le sauvetage des naufragés proprement dit, la jeune société se proposait d'offrir des solutions aux victimes "après" le drame : bateaux-hôpital, maisons d'accueils pour orphelins, refuges... Bien qu'elle s'adresse à tous, c'est vers les marins occupés à la Grande Pêche (à Terre Neuve ou en Islande) qu'elle s'est d'abord tournée en priorité, jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale, qui vit les chalutiers motorisés remplacer les voiliers, diminuant drastiquement le nombre de pêcheurs, et la TSF, toujours plus présente à bord, offrir d'autres possibilités d'assistance. Les voiliers-hôpital disparurent alors. 
 Aujourd'hui la Société des Œuvres de mer existent toujours, proposant aide et soutien moral, religieux et matériel aux marins démunis, notamment aux étrangers abandonnés par des armateurs peu scrupuleux.
 Jules Lafont exerça son mandat jusqu'en 1901. Il est amusant de remarquer que vingt ans plus tard, l'Amiral Paul Albert de Gueydon, beau-père de Raymond Houette, le frère de mon grand-père Roger, assuma la même charge.

 Le jour même de son décès, le 31 janvier 1908, sa sœur "Aline" adressa une lettre au Grand Chancelier de la Légion d'Honneur qui précise que «d'après ses dernières volontés écrites, il demandait que les honneurs militaires ne lui fussent pas rendus».





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 Les HOUETTE

Voir les liens de parenté entre les marins de la famille

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 Trois générations de marins :

  - Assis, le vice-amiral Jules Lafont, le grand-père. Il est déjà en retraite. Il porte l'écharpe rouge et la plaque en vermeil de Grand Croix de la Légion d'Honneur.

  - Debout, à droite, le capitaine de vaisseau Alfred Houette, le père. Il arbore sur sa poitrine sa médaille d’Officier de la Légion d'Honneur, les Palmes Académiques d'Officier d'Instruction Publique et la médaille du Tonkin.

  - Et à gauche, les enfants Roger et Raymond Houette. Leur uniforme d'élève de l'Ecole Navale suggère que la photo date de leur rentrée au Borda, en septembre 1901.
 Si les deux frères portent le même uniforme, c'est que leur père exigea que Roger - l'aîné qui avait été admis l'année précédente au concours - attende que Raymond, son cadet, le passe à son tour pour intégrer l'Ecole Navale. Ils font donc partie de la même promotion, 1901.





 Alfred Houette


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Pascal Auguste ''Alfred'' Houette, fils d'avocat, petit-fils de commissaire de roulage, c'est à dire d'un transporteur, embrasse la carrière navale. Pourquoi, comment.... ? Sans doute ne le saura-t-on jamais, à moins de retrouver des lettres dans un recoin de grenier....
 De ce que je sais de sa carrière (à découvrir plus bas) et de son comportement vis-à-vis de ses fils Roger et Raymond, j'imagine un homme de caractère, bien décidé à gravir les échelons.
Pascal ou Alfred, c'est selon ! Alfred semble plus utilisé en famille et il signe ses aquarelles ou ses écrits en utilisant ce prénom. Mais dans les documents qui ont trait à ses différents postes (articles de journaux et nominations) c'est Pascal qui est utilisé quand tous les prénoms ne sont pas mobilisés.
 Brillant élève, il sait par la suite se faire apprécier de ses supérieurs avec lesquels il noue des relations avec des officiers généraux. Il deviendra ainsi le gendre du Vice-amiral Lafont, et le beau-père de la petite nièce du Vice-amiral Sallandrouze de Lamornaix et petite fille du Contre-amiral Ducrest de Villeneuve.
 Il décède trop jeune, à 51 ans, pour devenir lui-même un officier général, mais ce n'est pas hasardeux de présumer qu'il serait arrivé à ce niveau de la hiérarchie, s'il n'avait pas succombé prématurément.


  Sa carrière

 En septembre 1870, le jeune Pascal ou Alfred Houette est reçu premier au concours d'entrée à l'Ecole Navale.

 Devenu Aspirant de 2ème classe à sa sortie de l'école, le 1er août 1872, il passe Aspirant de 1ère classe 14 mois plus tard.
 Je ne connais pas encore ses affectations pendant ces premières années de service.

Portrait_Alfred_Enseigne_.jpgLa_Minerve.jpg
 Mais le 1er juillet 1875, il embarque sur la frégate à hélice mixte la Minerve pour une campagne aux Antilles qui s'achèvera en mai 1877. Durant cette croisière, il passe Enseigne de vaisseau (28 janvier 1876).

La Minerve


L_Armide.jpg

 Le 17 janvier 1878, il appareille pour la Mer de Chine à bord du cuirassé Armide en tant qu'Officier d'ordonnance du Contre-amiral Duburquois.

Pascal Houette, Lieutenant de Vaisseau

L'Armide


  On le retrouve en 1881 à bord du croiseur l' Armorique de la Division volante et d'instruction. Le 12 juillet il est promu Lieutenant de Vaisseau, par choix et non par ancienneté.

 Et puis le 15 janvier 1885, après «14 ans de services dont 9 à la mer» il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur pour (et je cite le Journal Officiel du 16 janvier 1885) «services exceptionnels en Chine».
 C'est cette motivation qui interpelle, car après tout c'est dans l'ordre des choses que les Officiers de Marine obtiennent tôt ou tard cette décoration. Mais pour «services exceptionnels en Chine»....
 On ne trouve pas trace, dans la presse ni dans les ouvrages d'histoire spécialisé sur cette période, d'un quelconque exploit, fait d'arme ou négociation diplomatique, qui justifie l'adjectif exceptionnel. On sait qu'il est allé en Extrême Orient à bord de l' Armide avec le Contre-Amiral Duburquois. Au mieux, il s'agit de trois ans de campagne.
 Une période pendant laquelle il a su rédiger son Ascension au Fujiyama (cf.plus bas) et surtout un Chine et Japon, notes politiques, commerciales, maritimes et militaires qui, lui, pourrait avoir été apprécié de sa hiérarchie et s'être trouvé récompensé par cette décoration.

Aviso_Rigault_de_Genouilly_Alfred_H_Piree_1886_.jpgBateau_de_pilotage_l_Elan.jpg A noter, cependant, que lorsqu'il est décoré, il se trouve, en tant que second, à bord du Rigault de Genouilly, croiseur qui justement intégrait à l'époque la Division navale d'Extrême-Orient.

 Deux ans plus tard il obtient son premier commandement, devenant Pacha du bateau de pilotage l'Élan.

        Le Rigault de Genouilly                                             L'Élan


 27 mai 1891 : Capitaine de Frégate.

 Il passe l'année 1894 au port, à Cherbourg, avant d'être affecté au ministère de la Marine, comme aide de camps du Ministre. Nomination assortie du grade d'Officier de la Légion d'Honneur.
Aviso_transporteur_La_Manche.jpg
 Sa période à terre achevée, il prend en 1895 le commandement de l'aviso transporteur La Manche à bord duquel il entreprend une mission scientifique, du 7 avril au 29 septembre, de Cherbourg, en Ecosse, en Islande, en Norvège et au Dannemark, pour faire des mesures du magnétisme terrestre.
L'année suivante, il croise entre l'Islande et Terre-Neuve, toujours à bord de La Manche..

L'aviso transporteur La Manche

Amiral_Duperre.jpg

  Au 1er janvier 1897, il est à bord du cuirassé Amiral-Duperré comme aide de camp auprès du Vice-amiral Edgar Humann, commandant de l'escadre de réserve de la Méditerranée.

  A 48 ans, le 28 février 1898, il obtient ses galons de Capitaine de Vaisseau et prend, cinq mois plus tard le commandement du cuirassé d'escadre, le Formidable. En octobre de la même année, son bâtiment devient porte-pavillon du Vice-amiral Jean Sallandrouze de Lamornaix, Commandant en chef de l'Escadre du Nord.

Le cuirassé Amiral-Duperré;



 Commandant du Navire d'Application Duguay Trouin.

  Ses publications

 Jeune enseigne, et célibataire, Alfred se donne du temps pour manier la plume. A partir de 1879 et jusqu'à la naissance du grand-père, Roger, en 1884, il publie cinq travaux d'inégales importances. Il en produira cinq autres dix ans plus tard. La diversité des sujets qu'il aborde est significative d'une vraie curiosité.
HOUETTE_Alfred_1879_401_reduit.jpgChine_et_Japon_Alfred_2.jpg En dehors de son Ascension au Fusiyama publiée dans la fameuse revue de voyages Le Tour du Monde (qui mérite ici une reproduction in extenso, pour être le récit d'une expérience très personnelle), en dehors aussi de son Chine et Japon, notes politiques, commerciales, maritimes et militaires (Ed. Berger-Levrault - Paris 1881) dont le titre évoque la généralité de son contenu, il s'agit pour le reste de documents intéressants la Marine dans ses aspects matériels, techniques ou pédagogiques.
 A cette dernière catégorie, correspond sans doute son Guide pratique de l'officier de marine (Lib.Ed. Challamel Aîné - Paris 1884) que je n'ai malheureusement pas pu consulter dans son intégralité.
 Dans la première entrent ses Notes sur quelques modèles de navires exposés à Philadelphie en 1876 (Revue maritime et coloniale - Avr-juin 1880 - Tome 65 pp.219-225 - Ministère de la marine et des colonies), La perte de l'Austral (traduction de l'anglais du rapport d'enquête dans la Revue maritime et coloniale - Jan-mars1880 - Tome 80 pp. 82-89 - Ministère de la marine et des colonies), Extrait d'un rapport sur une perturbation Magnétique aux îles Westman, Notes sur la traversée de Reykjavik (Islande) au havre du Croc (Terre-Neuve) (25 juillet-1er aôut 1896) se l'aviso transporteur La Manche, ou encore son rapport sur la Mission magnétique en Islande et en Scandinavie de l'aviso-transport La Manche avec le Lieutenant de Vaisseau Morache (ces trois derniers dans les Annales Hydrographiques, 1° série, vol.18 - Paris 1896)
Les courants de la Manche (Service hydrographique de la Marine N°756 - Imprimerie Nationale - Paris 1894) en revanche, semblent, au néophyte que je suis, un travail éminemment technique qui en dit long sur la formation d’ingénieur dispensé, déjà à l'époque, sur le Borda.
 Et puis, il y a son mémoire déjà évoqué chez son beau-père, l'amiral Lafont. Son exposé est clair et imagé. A lire ici (cliquer)

 Au final, l'arrière grand-père faisait preuve d'un bel éclectisme. Il est décédé trop jeune, sans atteindre le grade de contre-amiral.

  Ses aquarelles

 Sans doute moins fécond que son fils Roger, Alfred Houette signa cependant quelques aquarelles qu'il exécuta lors de ses voyages. Moins nombreuses sans nul doute, mais celles qui nous ont parvenues me semblent plus abouties.

 Ainsi ces trois là, qu'il produisit en 1878 lors de sa campagne en Chine et au Japon sur la corvette cuirassée Armide. (Scans fournis par Bertrand H.)

Baie_de_F.Kura_Japon.jpgKanasawa_reduit_.jpgCanton_1878_reduit_.jpg

    Pêcheurs de sardines dirigeant
    les bateaux- Yokoska -1878
           Kanasawa - F. Kura - 1878                            Canton - 1878



A_contre_mousson_Oct_1882.jpgLe_courrier_des_Matsou_dec_1884.jpg





Ou encore ces deux marines. (Photos fournies par Monique Houette)






    A contre Mousson - Octobre 1882                                          Le courrier des Matsou - Décembre 1884


Ou enfin ces deux-ci, réalisées pendant sa campagne d'Islande en 1896.
(Photos fournies par Dominique Houette)

Glacier_en_Islande_1896_reduit_Dominique_Houette_.jpgEntree_du_Patrix_Fjord_1.jpg

          Les glaciers d'Oraefa (Islande - mai 96)1882                        Entrée de Patrix Fjord - Mai 96




Chemin_creux_avec_deux_freres_reduit.jpgChemin_creux_avec_affiche_reduit.jpg



 Et puis il y a ces deux aquarelles, peintes en Bretagne ou en Normandie.
 Sur celle de gauche on distingue deux jeunes garçons en culottes courtes.
 Selon mon père, il s'agit de Raymond et Roger, les deux fils d'Alfred.

 En dessous, une vue de Dinan... me semble-t-il, et si j'en crois la photo actuelle du même lieu.

 (Ces 3 photos d'aquarelles fournies par Bertrand Houette)

Dinan_72_Alfred_Houette_.jpg



Dinan_photo_.jpg





 Roger Houette

  L'École Navale

 La décision du capitaine de vaisseau Pascal Auguste Alfred Houette de faire attendre un an Roger, pour qu'il entre à Navale en même temps que Raymond, fut donc respectée. Était-ce pour que chacun des frères puisse veiller sur l'autre ?
 Même pas ! Papa me disait : "En ces temps-là, la parole du Père ne souffrait aucune discussion...". Et dans un court texte qu'il écrivit sur la fin de sa vie, il justifiait son choix d'avoir refusé d'embrasser une carrière militaire, et notamment la Marine, par cette anecdote qui l'avait profondément marqué : mon père avait trouvé normale la réaction (et décision) de son propre père, ce qui n’est pas mon cas, car j’ai du mal à accepter qu’un « père » profite de sa situation pour faire perdre un an à son fils sous prétexte de « réunions familiales ».

Embarquement_des_fistots_02.jpgEmbarquement_des_fistots_01.jpg Le 29 septembre 1901, les deux frères montent finalement à bord du Borda, ancré en rade Brest. Roger a dix-sept ans et demi, Raymond seize et demi. Six jours plus tard, le Petit Journal publiait en première page une illustration des adieux que les fistots (élèves de première année) faisaient à leurs familles.
 Ils passeront deux ans sur le Borda, dernier voilier à servir d'école aux élèves officiers, pour apprendre navigation, astronomie, manoeuvres, artillerie, mais aussi mathématiques, physique, anglais, géographie... Le tout, sanctionné par un examen qui les adoube aspirant de 2ème classe.

 La troisième année, ils embarquent sur le croiseur-école d'application Duguay-Trouin pour une croisière de 8 mois qui leur fera découvrir les côtes africaines et sud-américaines ainsi que celles de la Méditerranée.


  Carrière et commandements

 En débarquant du Dugay-Trouin, les deux frères, promus Aspirants de 1ère classe débutent leur carrière respectives en solo.
 A partir de 1905, Roger enchaîne les embarquements, passant l'année suivante Enseigne, puis Lieutenant (1914), et Capitaine de Corvette (1921). Lorsqu'il est promu Capitaine de Frégate (1929), cela fait presque quatre ans qu'il n'a pas pris le commandement d'un bâtiment. Il sera enfin nommé Capitaine de Vaisseau (1939), moins d'un an avant la retraite.
 Une carrière (dont on peut lire le détail ici), somme toute ordinaire. Sans doute freinée par une santé fragile, et peut-être un caractère trop paisible comme pour faire contrepoint à l'autoritarisme de son père.

 De l'un de ses derniers commandements, cependant, il reste des reliques chez nombre de ses descendants, mes cousins : je parles de ces assiettes en faïence bleue ornées d'oiseaux. Selon mon père, la tradition aurait voulu que le pacha d'un navire, au moment de le quitter, avait la possibilité de racheter la vaisselle du mess des officiers. Mon grand-père aurait sacrifié à cette tradition, et se serait retrouvé avec des piles d'assiettes plates, à soupe et à dessert, aujourd'hui dispersées en France.

Assietttes.jpg


 Qui ne s'est pas chamaillé, de nos enfants, de nous mêmes, voire de nos parents.... pour avoir la fameuse "cage" ?


  Les aquarelles


HOUETTE_Roger_autoportrait_reduit.jpg Je n'ai pas connu mon grand-père, brusquement décédé deux ans avant ma naissance. Mon père m'en a cependant souvent parlé et j'aurai bien aimé le connaître. Ce petit monsieur (par la taille) m'a toujours fait l'effet d'un grand homme.
 Comme il aimait "aller au champignons", nous nous serions sans doute retrouvés sur ce terrain. Il y a aussi cette lettre, que m'avait fait lire papa, qu'il a adressé à l'un de ses proches ; lettre dans laquelle il lui prodiguait des conseils pour tenter de résoudre un conflit personnel ; conseils à la fois fermes, affectueux et emplis de respect.HOUETTE_Rene_en_louveteau_1921_1982_Aquarelle_1932_R.H._.jpg
 J'y discernais une sensibilité qu'il me semble retrouver dans les innombrables aquarelles qu'il a produites pendant plus de trente ans.
 A part quelques peintures en format moyen (environ 40 par 30 cm), on retrouve son travail sur des carnets de poche qu'il emportait partout où les affectations de son état d'officier de marine pouvait l'amener. Comme il a surtout servi à terre, vu sa nombreuse famille, c'est essentiellement la France qui est représentée. Ce sont de véritables "carnets de voyages" dont les aquarelles sont datées et légendées. On y retrouve notamment des vues des lieux de villégiature où il aimait séjourner avec les siens.

   Autoportrait de Roger Houette
  (scan fourni par Bertrand Houette)                             René Houette (Scan fourni par Olivier Renault)


 Il y a bien quelques instantanés, pris sur le vif, de certains membres de sa famille. Notamment des enfants. Ainsi cette vue de mon oncle René, ci-dessus à droite, en tenue de louveteau à l'âge de 11 ans. On les trouvera ici sur cet album de famille.

 Mais on y trouve surtout des vues de la Bretagne. Il y a
 - Paramé, où ses parents continuèrent, après la disparition de l'Amiral Lafont, de louer Les Ombrages, la "maison de famille" qui, chaque été, abritait les retrouvailles de leurs petits-enfants.
 - Cherbourg, où résidaient ses beaux-parents.
 - Le Finistère aussi. Pour être né à Brest et y avoir souvent servi en tant qu'officier de marine, il en connaissait sans doute bien les recoins. A commencer par le manoir de Kérampir, à Bohars, propriété de l'Amiral Exelmans dont son beau-frère Pierre du Crest de Villeneuve et son propre frère Raymond avaient épousé les filles.
 - Lorient enfin, et tantd'autres lieux de la Bretagne .

 Autre port militaire d'importance, Toulon. peu de vues du site ou de ses alentours mais une série d'aquarelles particulière : celle des bâtiments de la flotte française sabordés dans la rade le 27 novembre 1942.

 Et puis il y a :
 - La propriété de Lamothe-Jarry, à Bléneau (Yonne) que son frère Raymond racheta à son oncle Charles Houette.
 - Celle de L'Épine, à Ciron (Indre), qui appartenait au frère de sa belle-mère, Charles Sallandrouze de Lamornaix.
 - Fontainebleau où il termina sa vie et dont nombre d'entre nous ont de beaux souvenirs.
 - Sans oublier quelques vues ramenées de ses voyages à Paris, dans d'autres provinces ou à l'étranger

 - Restent enfin certaines aquarelles, non identifiées pour le moment, qui ne demandent qu'à réintégrer le fil de sa vie si... de bonnes âmes parvenaient à en retrouver l'origine !

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