Chronique familiale



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AUTOUR DE NOËL " NOUVÉ-NADAU "



Le blé de la Sainte Barbe

Le 4 décembre on met rituellement du blé ou des lentilles dans 3 petites assiettes " li sietoun " sur de la terre ou du coton ; on les laisse germer jusqu'à Noël où ce bouquet, tenu par un ruban, ira orner la table et la crèche. Si le blé a bien poussé il sera promesse de prospérité pour la famille.

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Santo Barbo la barbudo, tres semano avans Nadau


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Le 8 Décembre

Bien qu'elle fût née en Charente maritime et que sa mère fût originaire du département de l'Aisne, Maman se sentait profondément lyonnaise, c'est là qu'elle avait vécu la première partie de sa vie.Je ne peux donc passer sous silence les illuminations du 8 Décembre à Lyon.

C'est le jour de l'Immaculée Conception et ,naguère, les habitants de la ville déposaient sur le rebord de leur fenêtre une bougie, un lumignon, un lampion.

De nos jour le caractère religieux de cette coutume est effacé par un but plus commercial destiné à attirer les touristes pour ce que l'on appelle maintenant " la fête des lumières ". Il faut reconnaître que la ville est très belle ainsi illuminée mais le recueillement a disparu.


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La foire aux santons-La crèche

Ne pas confondre avec les marchés de Noël, on y vend exclusivement des santons, ces figurines en terre cuite qui vont s'acheminer vers l'étable où les attendent Marie, Joseph et leur nouveau-né.

Mis à part ces derniers et les rois mages tous les santons sont des personnages provençaux,en costumes traditionnels, membres de la communauté qu'est un village avec son maire, ses activités professionnelles
-le meunier, l'amoulaïre (le rémouleur), le berger,la gardeuse d'oies, la poissonnière, quelques personnages pittoresques - le tambourinaïre, Bartoumiéu et le valet de ferme,
le ravi, Pistachié, le boumian -le bohémien qui inspire la crainte; la femme à l'ail, la femme à la cruche, Margarido sur son âne, le pêcheur...

A Marseille, à partir du 1er décembre sur les allées de Meilhan en haut de la Canebière, puis tout en bas de cette même Canebière, près du Vieux Port,
et maintenant (2019) mêlé au marché de Noël, sur le Vieux port, les santonniers ouvrent leurs baraques en bois.
On a toujours une occasion d'y aller car la variété de santons est telle qu'il vous en manque toujours un.



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Dessins tirés du livre d'André Bouyala d'Arnaud " Santons et traditions de Noël en Provence " Tacussel éditeur.



A Arles il y a également un marché aux santons mais il faut signaler le Salon des santonniers, en Décembre et Janvier, qui se tient chaque année dans le cloître de Saint Trophime.
Là, pas de commerce, on expose simplement des crèches venues du monde entier ; celà vaut une visite.

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La première crèche fut réalisée par Saint François d' Assise (dont la mère était d'origine provençale - Tarascon dit-on) dans le village de Greccio,(d'où a découlé le mot crèche)avec des personnages vivants .
La veille de Noël, les habitants montaient vers un ermitage perché sur un rocher, dans un sombre bois de chênes. Saint François d'Assise les attendait dans une grotte et,
dans cette grotte était une crèche vivante : Marie, Joseph, Jésus, un boeuf blanc au museau rose et aux cornes jaunes et un petit âne à genoux.

Cette pratique fut rapportée à Marseille par les religieux de l' Observatoire (observatoire créé en 1702 dans la maison de Sainte Croix, école de théologie des Jésuites fondée en 1696, actuel Préau des Accoules.
La paroisse des Accoules fut la première à réaliser une crèche dans son église, puis ce furent Saint Laurent, Saint Martin et La Charité.

La première crèche connue en France daterait de 1775 à Marseille, créée par un nommé Laurent, constituée de mannequins articulés vêtus de costumes provençaux
Jean Paul Clébert, écrivain 1926-2011, dit :

" à l'époque du Concordat, Laurant montrait même un carosse qui s'avançait vers l'étable
le Pape en descendait suivi des cardinaux ; devant eux s'agenouillait toute la Sainte Famille
et le Pape lui donnait sa bénédiction. Pendant l'adoration des bergers, un rideau se levait
dévoilant la mer sur laquelle voguait un bâtiment de guerre. Une salve d'artillerie saluait l'enfant Jésus qui,
réveillé en sursaut, ouvrait les yeux, tressaillait et agitait les bras "
Il y aurait même ajouté, disent certains, des girafes, des rennes et des hippopotames, encore une légende urbaine car la première girafe entrée en France est Zarafa, offerte à Charles X en 1824 par Mehemet Ali

La Révolution ayant interdit la Messe de minuit et les crèches dans les églises, les Marseillais, fidèles à leurs traditions créèrent des " crèches publiques "
réalisées par des particuliers qui les faisaient visiter. C'est de là que date la tradition de la crèche dans chaque foyer.

Jean Michel Turc, professeur de langue provençale, Majoral du Felibrige, précise qu'ensuite le sculpteur Jean Louis Lagnel 1764-1822
a fait naître à Marseille en 1798 le véritable santon provençal, commençant par représenter Joseph, Marie, les rois mages, un homme et une femme debout, un chien
auxquels il adjoignit ensuite des figurines représentant ses voisins dans leurs différents métiers, puis vinrent le pâtre allongé, l'homme à la lanterne,
la femme portant une coucourde sur la tête, et tant d'autres qui nous font de si belles crèches.

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https://www.youtube.com/watch?v=OjNyrjty2UY&fbclid=IwAR1ajKw3rWuLc0GOcHA-QJhlEPxTm_KwR8MH1JXyupKlV6MVqg4S765P8DU



La chanson de Noël de mon enfance était celle-ci. Nos petits santons quittaient leur boîte en carton

Il m'est difficile de concevoir un Noël sans crèche.

Le village de Maussane les Alpilles organise des concours auxquels tout le monde peut participer, même les enfants qui, souvent, reçoivent des prix encourageants.


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La pastorale

Dans la lignée des mystères médiévaux, la pastorale fut d'abord représentée dans les églises très souvent, maintenant dans les théâtres.

La pastorale Maurel , en Provençal, est la plus célèbre d'entre elles, créée au XIXème siècle par Antoine MAUREL, un miroitier-doreur marseillais.

Elle débute par l'annonce faite aux bergers qui se mettent en route vers l'étable et annoncent au passage la grande nouvelle à tous les personnages que l'on retrouve dans la crèche,
le rémouleur, l'aveugle qui pleure Chicoulet son fils disparu, lou boumian/ le bohémien, les deux valets de ferme Giget le bègue et Pistachié le comique, l'élégant Roustido, monsieur Jourdan et sa femme Margarido le couple infernal, les rois mages.
Leur chemin est émaillé d'épisodes comiques et ponctué de musique et de chansons.

A l'arrivée à l'étable s'accomplissent les miracles, Jourdan et Margarido se réconcilient, Giget ne bégaye plus,
l'aveugle retrouve son fils qui, en fait, avait été enlevé par le bohémien lequel, bien entendu est touché par la grâce.

http://lousantonejaire.over-blog.com/article-27440093.html

Dans la région d'Arles on interprête plutôt, toujours en Provençal, la pastorale Riboun.
La même histoire racontée différemment : Une famille de paysans est victime des bohémiens qui incendient leur maison et enlèvent leur fils unique.
La mère meurt de chagrin, le père, Riboun, devenu fou, bat la campagne à la recherche de son fils. Il suivra les villageois qui se dirigent vers l'étable et le retrouvera .
Bien entendu se produiront les mêmes merveilles que dans la pastorale Maurel.

La pastorale des santons de Provence, d'Yvan Audouard, est plus récente, pleine de drôlerie et de poésie.
L'enregistrement original sur disque vinyl est un ravissement, il a été joliment mis en images

https://www.youtube.com/watch?v=gLAh0RmGHA8

IMG_0010.jpg Mon grand-oncle
Baptistin Julien BICAIS
dans le rôle du meunier
de la pastorale Maurel

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Les carillons de Noël

Une tradition qui existait déjà au temps de Charlemagne, tombée en désuétude mais qui revient (elle n'est pas Provençale, c'est un rituel catholique) :
8 jours avant Noël, chaque soir, les carillons rappelaient à la population éparse dans la campagne que Noël approchait, une sorte de compte à rebours.
Celà s'appelait " sonner les Ô " c'était aussi " chanter les Ô " à cause des chants et litanies commençant par Ô
je les ai retrouvés ce 5 décembre 2019 dans mon vieux missel FEDER, voici précisément les Ô, nommés " Grandes antiennes Ô " chantées aux vêpres pour le Magnificat

le 17 décembre Ô sagesse
le 18 Ô Adonaï
le 19 Ô fils de la race de Jessé
le 20 Ô clef de la cité de David
le 21 Ô Orient splendide éclat de la lumière éternelle
le 22 Ô Roi des nations
le 23 Ô Emmanuel

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Le cacho -fio

c'était la cérémonie de la bûche. Toute la famille et les serviteurs du mas se réunissaient le soir de Noël, on choisissait une belle bûche en bois fruitier, on lui faisait faire trois fois le tour de la maison
puis le père, accompagné du plus jeune enfant, la déposait dans la cheminée, on l'arrosait par trois fois de vin cuit et on l'allumait en prononçant la formule traditionnelle

Alègre, Dioù nous alègre
Mi bèus enfans, Diéu nous alegre !
Cachofué ven, tout ben ven
Dioù nous fagué la graci di veire l'an que ven
E si sian pas maï que sieguen pas men
Cacho_fio.PNG Allégresse, Dieu nous donne l'allégresse
Mes beaux enfants Dieu nous donne l'allégresse
Noël vient, tout vient bien
Dieu nous fasse la grâce de voir l'an qui vient
Et si nous ne sommes pas plus
Que nous ne soyons pas moins


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La table de Noël, les 3 nappes blanches, le gros souper, les 13 desserts

Jadis en Provence, pas de réveillon, de repas pantagruélique , cependant un repas de fête.

Sur la table on a disposé trois nappes blanches, référence à la Sainte Trinité, trois bougies blanches, et 3 coupelles ou 3 soucoupes " li sietoun " avec le blé de la Sainte Barbe.
On dresse le couvert avec la plus belle vaisselle, et un couvert supplémentaire, c'est la place du pauvre.

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Après la cérémonie du cacho-fio on passe à table pour le gros souper , gros parce qu'il comporte 7 plats (pour les 7 douleurs de la Vierge)
mais c'est un repas maigre, sans viande, qui comprend normalement
- une soupe à l'ail " l'aigo boulido ",
- de la morue, frite, en brandade, en raïto ou en bouillabaisse,
- un gratin de cardes en sauce blanche ou sauce aux anchois,
- des épinards en bouillabaisse ou en gratin ,
- du céleri cru à l'anchoïade,
- on peut y mettre de la courge, du chou fleur, des artichauts

Pour finir, les treize desserts, impératifs, 13 pour Jésus et les 12 apôtres, avec peu de variantes :
- Les mendiants, dont le nom fait référence à la couleur de l'habit des quatre ordres mendiants : les Augustins avec les noix et noisettes,
les Franciscains pour les figues sèches, pour les Carmes ce sont les amandes et les raisins secs pour les Dominicains.
- Nougat noir et nougat blanc
- Des fruits frais, pommes, poires, oranges, mandarines, melon
- La pâte de coings ou les calissons
- La pompe à l'huile (le nom à Marseille), ou fougasse à Manosque ou gibassié à Aix avec 5 entailles (les doigts d'une main), je dis bien " pompe à L'huile.
Lorsqu'un journaliste nous parle de la " pompe à huile " ça me met en rage ; on fait de la pâtisserie pas de la mécanique que diable !


Le repas terminé on se rend à l'église pour la messe de minuit

Le 25, traditionnellement on mange les " pieds et paquets " (pieds de mouton et paquets faits d'un hachis de petit salé - il n'y a que chez nous que ça s'appelle " petit salé " ailleurs c'est le lard maigre,
ail, persil, boyaux de mouton enveloppé dans de la tripe de mouton et ficelé) ou bien du " gras double ", encore de la tripe !


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La messe de minuit - Le pastrage

dans certains villages provençaux perdure la cérémonie du pastrage calendal qui rappelle la célébration de la naissance du pichot Jèsu par les bergers (lei pastre)

Les bergers se rendaient en procession à la messe de minuit après que le bayle (patron des bergers) ait choisi un bel agneau bien blanc, sans tâche ; celui-ci était placé dans une carriole tirée par un mouton.

Le cortège, conduit par le bayle, traversait le pays, collines et villages, réveillant les villageois pour leur annoncer le nouvelle " lou fiéu de Diéu es na ".
Il se rendait ensuite à l'église avec le bayle qui offrait l'agneau au curé.

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Les Noëls de Saboly

Nicolas SABOLY (Monteux 1614-Avignon 1675) né dans une famille de pastre, est un poète, compositeurs et maître de chapelle qui a composé de nombreux chants de Noël en Provençal.

Pas de Noël sans que les Provençaux ne chantent l'un ou l'autre des " Nouvé " de Saboly.

https://www.youtube.com/watch?v=vRaplv8fXtQ


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L' Epiphanie

6 janvier, arrivée des Rois mages à Bethléem, l'occasion pour les Provençaux de déguster le gâteau des rois, une brioche en forme de couronne, agrémentée de pépites de sucre et de fruits confits.
A l'intérieur la fève (une vraie, séchée) et le sujet.

Le plus jeune de la famille ferme les yeux et désigne, après la découpe , les destinataires des parts de gâteau.
Celui qui trouve la fève offrira le gâteau le dimanche suivant, on continue ainsi jusqu'à la fin Janvier.

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La chandeleur

La fin du cycle de Noël, fêtée le 2 février, jour de la présentation de Jésus au temple.

A Marseille vers 5 heures du matin, l'Evangile arrive par la mer, puis la procession de Notre Dame de Confession se dirige du Vieux Port vers l'abbaye de Saint Victor en suivant la Vierge noire.
Une messe est célébrée dans la crypte et l'on allume des cierges verts qui ont été bénis : diverses interprétations sur la couleur de ces cierges qui évoqueraient l' espérance, la purification ou encore la jolie légende d'un miracle racontée en 1889 par Hippolyte Matabon dans " La légende des cierges verts "
http://www.archerjulienchampagne.com/article-23443126.html

Après la messe, célébrée par l'archvêque de Marseille, on se rue vers le Four des navettes situé sur le trottoir d'en face. Il s'agit de la plus ancienne boulangerie de Marseille -1781-
où l'on fabrique ce biscuit traditionnel en forme de barque selon une recette gardée secrète (chaque ouvrier de la boulangerie ne possèderait, dit-on, que la partie de la recette qui le concerne).
La navette a cette forme en souvenir de la barque des Saintes (Marie Madeleine, Marie Salomé, Marie Jacobé "les tremaïe ", les trois Marie, qui débarquèrent aux Saintes Maries de la mer
avec Marthe, Maximin, Lazare, Sidoine l'aveugle, Joseph d' Arimathie et Sarah la noire, leur servante qui deviendra la sainte patronne des Gitans.

http://www.fourdesnavettes.com/


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