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 Family Book



 André ROUSSEAU (1736-1817)


L'étude de la population des campagnes poitevines et de leurs bourgades, au 18e siècle, met en évidence une solide et humble classe moyenne. La sociologie théorique se satisfait pleinement d'un schéma de promotion sociale classique : le laboureur aisé a un fils qui devient marchand, celui-ci acquiert à son tour charges et offices pour ses enfants... Le mélange est plus subtil, terriens, négociants et praticiens se prolongent, s'allient, bénis par les prêtres que leurs familles donnent au clergé, selon les conjonctures et les tempéraments.

La vie d'André ROUSSEAU peut ainsi servir de trame à la description du milieu provincial de petits notables dont il est issu. Les estimations et les inventaires relevés dans plusieurs actes notariés permettent de se faire une idée des conditions d'existence de la famille étudiée au cours d'une époque historiquement bouleversée qui voit, néanmoins, le syndic paroissial devenir, sans discontinuité, maire républicain de Dissay.

La branche de la famille ROUSSEAU à laquelle appartient André a de profondes racines terriennes locales : les plus anciennes identifiées sortent de La Motte au début du 15e siècle. En effet, c'est le 4 janvier 1432 que son ancêtre, Guillaume JOUBERT, s'installe dans un hébergement situé au bourg de Dissay vulgairement appelé La Motte par bail de rentes consenti par Thomas de SEIGNE, écuyer pendant deux siècles, sur les 50 septrées de terres dans les « maisons, granges, cours, courtillages, jardins, vergers, chenevraux, vignes, prés... ». De ce tènement , prospère la fréresche des JOUBERT. Celle-ci donne, avec François JOUBERT, un sergent de la terre de Dissay et semble se dissocier vers 1650. C'est à cette époque qu'Andrée JOUBERT hérite, de son père Jean, d'une grande partie de ces terres et bâtiments. Ceux-ci comprennent en 1712 (acte cité plus loin) deux chambres, deux antichambres, deux granges, deux écuries, un cellier, un fournil, un fourniou, deux caves, deux greniers, jardins, clousures et toits à brebis et se situent, dans le plan de 1769, aux numéros 66, 90 et 91 (cadastre actuel La Motte numéros 70, 80, 81). Andrée JOUBERT épouse Fulgent ROUSSEAU, de neuf ans son cadet, fils de Jacques, laboureur à Aillé, ensemble ils exploitent et étoffent cette propriété rurale de La Motte. A leur mort, grâce à l'acte de partage du 27 juin 1712 dressé par Maître DEPREST, notaire royal à Vouneuil, entre Jean ROUSSEAU et sa femme Claude JAHAN, grands-parents d'André et sa soeur Renée épouse de François JAHAN, il est possible d'imaginer ce domaine qui donna une certaine aisanse à cette famille.

Autour des bâtiments de La Motte, dont la description vient d'être faite et qui contiennent 980 livres de meubles et de la borderie d'Aillé, se dénombrent 205 bosselées de terre, 27 de vignes, 8 de prés, 7 de chenevières. Sur ces 247 bosselées, 79 seulement sont soumises à des rentes foncières pour un total de 62 livres, 9 boisseaux de froment, 2 chapons. Dans la part échue à Jean ROUSSEAU « un cuivier dans lequel est basty une fouloire, où se trouvent quinze fûts, un cellier ensuite... » permettront pendant plus d'un siècle à son fils, puis à son petit-fils de mener à bien la vinification du raisin des Clos de La Motte et de La Ronde.

Avec celle des JOUBERT terriens, une autre composante vient converger dans cette ascendance, celle des JAHAN patriciens. Avec les GOUTIÈRE, les CHUPPAULT, les GAUVIN et surtout les DEPREST, la famille JAHAN tisse depuis le début du 17e siècle, sur les paroisses de Dissay, Saint-Cyr, Vouneuil et Beaumont, un véritable réseau de notaires, huissiers et procureurs aux alliances multiples, formant une solide confrérie. L'arrière-grand-père d'André ROUSSEAU, Mathurin JAHAN, fils de François, également notaire à Bondilly est l'homme marquant de cette lignée. Notaire de la châtellenie de Dissay, fermier de Moussay, homme de confiance de César d'AUX, écuyer, il vit pratiquement à La Boudillière. En 1696, d'HOZIER lui attribue pour blason : « d'or au gantelet de sable mis en pal ». Avec son fils René JAHAN, huissier royal, ils assurent de 1660 à 1735 soixante-quinze ans de continuité dans l'exercice de la charge de procureur fiscal à Dissay. Parmi ses nombreux petits-enfants citons : Barthélémy JAHAN, syndic de la paroisse en 1736, Anne JAHAN, épouse de Louis-François DEPREST, Sr de La Girardière, notaire royal, Barthélémy ROUSSEAU, huissier royal de la connétablie de France et le père d'André, René ROUSSEAU.

René ROUSSEAU est un marchand entreprenant. Il achète et revend farines, céréales, fourrages et cumule les fonctions de fournier et de boulanger. Sa boutique donne sur le « plan de Dissay », face au château épiscopal (n° 7 du plan de 1769) et le four banal (n° 5 id) avec « le bâtiment de la maison ordinaire » (n° 4) dont il acquiert la ferme en 1730 cédée par Mgr Jean-Claude de La POYPE de VERTRIEU, sont sur le même alignement face aux halles. Dans le même acte il se voit confier les vignes du château « à moitié de tous les fruits qui en produiront... et aux conditions que mon dit seigneur pourra faire prendre tous les raisins qu'il jugera... ». C'est dans la chambre haute située au-dessus du magasin paternel que vient au monde André ROUSSEAU, le 21 novembre 1736. Très jeune, il se trouve imbriqué dans le négoce de ses parents, imprégné des odeurs du moût et de la farine. Sa mère, Marie-Jeanne DORAT, maîtresse-femme d'une particulière vitalité n'abandonnera le commerce qu'à la veille de son troisième mariage en 1762. Le petit André a six ans lorsqu'il perd son père. Il est alors confié à la tutelle de son oncle Barthélémy, l'huissier. Celui-ci, par son troisième mariage, appartient au « clan des BABIN », sa femme, Marie-Anne est fille de Jean-Emmanuel BABIN, Sr de SAINT-MARTIN, notaire à Beaumont. Le tuteur tente de rallier son neveu à sa discipline : il l'envoie à Poitiers où il est « eschollier » en 1775. L'étudiant ne va pas au bout de sa course : le négoce l'attire plus que la basoche !

Quand son oncle lui trouve femme, parmi ses nièces, André a 22 ans. Marie-Anne THIBAULT, la future épousée, est fille de René, marchand, et de Marie-Anne BABIN de SAINT-MARTIN, et âgée de 28 ans.

En 1759, les affaires familiales de Dissay sont entre les mains de Marie-Jeanne DORAT. Après la mort de René ROUSSEAU, elle n'est pas restée veuve plus de huit mois ! Elle s'est remariée à Paul MATHÉ, leur ancien garçon boulanger, placé en apprentissage par ses parents (contrat du 17 novembre 1738, JACQUAULT et DEPREST, notaires) qui veille désormais aux deux fours.

Le jeune couple s'installe d'abord à La Tricherie, sur la route de Paris, André aide son beau-père. En trois ans, trois naissances viennent élargir leur foyer. Ils pensent à un retour à Dissay. Entre la boulangerie et le four banal, le logis « où pend pour enseigne Le Lion d'Or » (n° 6 id) est disponible. François COURCY qui en est le fermier ne veut pas reconduire son bail. Le 10 novembre 1760, par acte passé devant Maître CHENAGON, « Sieur Gabriel BLANCHARD, Maître chirurgien, juré, demeurant en sa maison de La Ronde... loue et afferme à André ROUSSEAU et à demoiselle Marie-Anne THIBAULT... » l'auberge dont il est propriétaire. Cette ferme est consentie pour une somme annuelle de 75 livres mais « il est convenu expressément que le Sieur BLANCHARD fera mettre en état et à ses frais le four qui fait partie des dépendances dudit logis de manière que ledit ROUSSEAU puisse s'en servir et y fournoyer quand bon lui semblera... » A partir de 1760, il y eut donc, sur quelques dizaines de mètres, trois fours en activité à Dissay.

Les deuils en série vont frapper la famille : Marie-Anne THIBAULT meurt en 1761, bientôt suivie de ses deux petites filles. René-André ROUSSEAU, son fils ne dépassera pas l'âge de 7 ans. Paul MATHÉ, le deuxième mari de Marie-Jeanne DORAT disparaît à son tour. Tous ces décès sont l'occasion de plusieurs actes et inventaires qui révèlent l'organisation domestique des défunts. Les prix des différents objets et denrées qui y sont donnés permettent d'établir les tableaux proposés à la fin de ce texte. Il ne sera indiqué ici que les détails qui paraissent significatifs.

Dans l'inventaire du 14 août 1762, dressé par Maître CHENAGON, les meubles de la veuve Paul MATHÉ sont estimés globalement pour une valeur de 1.688 livres 14 sols. De cet acte il est possible de retirer les informations suivantes :_ Cette famille avec trois enfants, les demi-frères d'André, vivait dans quatre pièces, meublées d'un vaisselier, d'un buffet, de trois armoires, de six coffres, de deux maies, de trois tables et cinq chaises, de quatre lits avec couettes en plumes d'oies, mantes de laine blanche et rideau de droguet... et d'un fauteuil. Le bois dominant est le noyer, suivi du chêne et du cerisier. Les ustensiles de cuisine sont en cuivre jaune et en grès, parmi les chaudrons quatre peuvent contenir plus de huit seaux d'eau. La vaisselle d'étain « tant platte que creuze, écuelles à oreilles, salières et gobelets » pèse 209 livres. Le seul livre de valeur est une Vie des Saints (2 livres).

Deux jours plus tard, le même tabellion, escorté de Maître Jean LAVAULT « huissier appréciateur », estime les meubles d'André ROUSSEAU après son veuvage, à une valeur totale de 2.299 livres. De cette liste il est intéressant de relever trois renseignements :_ Une garde-robes de jeune femme de ce milieu se compose de deux robes, « une de coton, une de crespon, de trois jupes, huit jupons dont cinq blancs et trois bleus et bruns en serge, quatre capes dont deux d'étamine, quatre tabliers de coton, seize chemises de toile de lin, cinquante-neuf coiffures et mouchoirs de col en mousseline et toile de lin... »_ Le matériel nécessaire à l'exercice du métier de boulanger correspondant à l'installation d'un fourniou et d'une bluterie représente un investissement de 140 livres._ Notre marchand boulanger utilise pour ses déplacements personnels un cheval de selle à robe noire estimé 100 livres.Ces deux actes sont établis à la veille de deux nouveaux mariages. Après avoir mis de l'ordre dans les successions de ses deux premiers maris, la cinquantaine, alerte, Marie-Jeanne DORAT, convole en troisièmes noces avec un cousin de la famille ROUSSEAU, marchand blanchisseur de toiles, marguillier de la paroisse. C'est un homme dru en affaires. Le curé ROSSIGNOL note en 1763 « ... Environ les fêtes de Pâques, Nicolas JARASSON, sindic et sacristain, sous prétexte que la sacristie ne lui fut d'aucun revenu, l'abandonna pendant quelques temps et aux fêtes de la Pentecôte, il fut rétabli avec promesse de le satisfaire comme il convient. En conséquence on passa un acte en sa faveur. » (ADV. E sup. I, 279). Le 7 septembre 1762, deux semaines après sa mère, André ROUSSEAU se remarie avec Marie MORGEAU, fille de Jean, charron à Beaumont, et de Jeanne BOUX, de la famille des meuniers installés depuis plusieurs générations à La Grève. Son oncle Barthélémy, homme de loi familier de ROUHET, obtient pour son neveu, que le mariage soit célébré dans la chapelle du château.

Parmi les signatures de la famille et de nombreux témoins se remarquent celles de la vieille marquise de MONTBAS, Jeanne-Armande de La BÉRAUDIÈRE, de sa fille Jeanne BARTON de MONTBAS et de Gabriel du CHILLEAU, lieutenant général de Châtellerault.

Avec sa nouvelle épouse, ils achètent l'auberge du « Lion d'Or » affermée depuis deux ans. Le prix est fixé à 1.500 livres payables en trois versements tenant compte des nombreuses réparations à entreprendre par l'acquéreur pour sa restauration dont le montant est estimé à 500 livres.C'est un beau logis pour l'époque, « ... consistant en grandes portes d'entrées, chambres basses, salons et antichambres à côté, chambres hautes et antichambres à côté, porches au-dessus des portes d'entrée, écuries, toits, granges, caves, caveaux, fenil, four, fourniou, bluterie... » (n° 6 sur le plan de 1769 ; n° 248-249-250 et 251 bourg sud du cadastre actuel).

Pendant une vingtaine d'années, André ROUSSEAU mène une vie de bon commerçant et de bon père de famille, secondé par une épouse discrète qui élève leurs quatre enfants : Jean-André, Joseph, Claude et Marie-Anne.

La grande disette de 1700 secoue la population, le curé GINOT, de Beaumont, relate « ... le blé fut si cher et si rare que le froment se vendit jusqu'à six livres le boisseau et l'autre blé à proportion, ce qui occasionna tant de pauvres qu'on fut obligé par ordre du roi, de lever dans chaque paroisse des sommes pour la subsistance des pauvres... de façon que chaque pauvre avait une livre et demie de pain par jour... » (ADV E sup. V, 323).

Les seuls gagnants sont les meuniers et les boulangers qui ont des réserves : André ROUSSEAU est de ceux-là. Il a l'habileté de s'enrichir sans provocation, tout en étant l'un des principaux donateurs aux collectes organisées pour secourir les indigents.

De son héritage paternel, il n'a gardé, hors du bourg, que les terres. Avec son beau-frère, François HABERT, marchand à Vendeuvre, ils ont vendu, en 1762, à leur cousin René AMIET, leurs parts de bâtiments dans la maison ancestrale de La Motte, pour la somme de 480 livres. Son rêve immobilier est d'acquérir tous les bâtiments situés face à l'entrée du château pour compléter l'ensemble déjà important de ses maisons et boutiques. Organisant le travail de ses journaliers, il fait valoir ses terres et soigne jalousement ses vignes situées sur les terroirs de Dissay et Saint-Georges.

Chaque année, une ou deux bosselées nouvelles viennent étoffer les vignes des clos de La Motte et ses Sables de Ribatons. Il devient aussi propriétaire d'une borderie à Vendeuvre, La Servonterie, qu'il donne à ferme annuellement pour 55 livres d'argent, un boisseau de noix, un boisseau d'oignons et un autre de châtaignes. Le bail contient des conditions qui sont le fait d'un bailleur méticuleux : « ... sera tenu le preneur de planter tous les ans dix perches de peupliers, saule ou aubier qui lui seront fournies par le sieur bailleur pour être plantées dans les dépendances de la borderie dans les endroits qui lui seront indiqués et qu'il sera tenu d'armer, d'épiner à ses frais... » Indice de la notabilité notoire, le mot « Sieur » précède son identité à partir de 1766.

Le 15 janvier, par acte dressé par Maîtres CHENAGON et DREUX, notaires, les cinq collecteurs de Dissay conviennent de se décharger de l'encaissement de la taille « ... et autres impositions portées au rolle de la paroisse de Dissay » en offrant, chacun, à André ROUSSEAU, 30 livres et « six journées, quand il requera, pour parvenir à faire payer tous les taillables, en outre, lui cède les petits deniers résultant du dit rolle qu'il retiendra par ses mains à la sortie du final payement fait au receveur des tailles... ». Cette transaction souligne bien les difficultés rencontrées par les collecteurs commissionnés chaque année par l'Intendant de la Généralité de Poitiers et l'occasion de spéculation que présentait cette opération pour le plus aisé.

Avec la mort de sa mère, en 1785, le règlement de sa succession donne une démonstration de ses possibilités financières : le 22 février, en l'étude de Maître CHENAGON, André ROUSSEAU paye comptant à ses quatre cohéritiers leurs parts respectives, soit 2.000 livres en espèces. A la mort de son beau-père, il avait déjà, en 1774, acquis les parts d'héritage paternel de ses demi-frères MATHÉ. Ces deux derniers sont partis à Vivonne où ils sont maîtres tailleurs d'habits, le troisième est installé à Brest à la suite d'un bon mariage avec la fille d'un négociant breton. Toutes ces acquisitions donnent à l'acheteur un prestige certain en cette période difficile dans les campagnes du royaume. Il prend naturellement la suite de son beau-père, Nicolas JARASSON, dans les fonctions de syndic de la paroisse de Saint-Pierre.

Le temps venu de marier ses enfants n'est pour lui source d'aucun problème. Pas plus que le gel de 1770, la sécheresse de 1788 ne compromet son avoir... il peut « établir » ses quatre enfants. Le 10 février 1789, dans les salles hautes du moulin de La Grève, autour de Maître CHENAGON, les familles ROUSSEAU et PENOT négocient le contrat de mariage de leurs enfants Joseph et Renée. Quelques années plus tard, c'est avec François COURCY, son prédécesseur au « Lion d'Or » devenu « Notable de la municipalité, procureur de la commune, officier du juge de paix du canton », que le nouveau maire de Dissay célèbre, le 26 prairial an IV, l'union d'André et Renée. Chacun des enfants ROUSSEAU reçoit une dot d'une valeur de 500 livres. Entre ces deux mariages, le syndic est devenu maire. C'est le 21 janvier 1793, jour de la mort de Louis XVI, qu'il succède à Claude LAGRANGE, curé depuis 1787 et maire depuis 1789.

Sans doute doit-on à cette date une déformation des faits par la tradition orale de la famille qui fit, à tort, d'André ROUSSEAU, un maire révolutionnaire dont le souvenir était pour cela, évoqué avec discrétion ! Cette même tradition, transmise jusqu'à nos jours, voudrait que le nouvel élu ait caressé le projet d'acquérir le château épiscopal grâce à une fortune amassée en assignats.

Dans les registres des biens nationaux, rien ne permet de confirmer cette intention. Le château, acheté le 27 mai 1791 par le Sr GUIGNARD, entrepreneur des Ponts-et-Chaussées à Poitiers, est revendu à un ancien munitionnaire, André OGIER pour 78.000 livres... quelles que soient les sommes réunies par André ROUSSEAU, ce montant semble tout à fait disproportionné avec celui des opérations qui lui étaient familières... Ce n'est sans doute que l'écho d'un rêve qui nous est parvenu à ce sujet ! Quoiqu'il en fut, il est certain qu'il se livra à cette époque à de nombreuses transactions d'achat et de revente foncières. A partir de soixante-dix ans, l'âge et ses contraintes aidant, son activité décline peu à peu. On peut l'imaginer, revivant les principales étapes de son passé, au sortir d'une grand' messe, au pied de l'ormeau offert par Sully, à la convergence des deux artères vives de Dissay, presque indifférent, maintenant, aux nouvelles venues de tous les pays d'Europe et plus spécialement à celles d'Espagne où s'enlise l'épopée napoléonienne. Son petit monde à lui ne dépasse plus les coteaux qui bordent le Clain. C'est le temps des derniers bilans.

Le 24 janvier 1811, les notaires DION et PIORRY, rédigent l'acte de démission d'André ROUSSEAU et sa femme au profit de ses enfants, « ... leur donnant ainsi des preuves de leur amitié et attachement,... demeurés d'accord avant de terminer leur carrière, de procéder au partage des biens fonds qu'il a plu à la providence les gratifier... ». Le patrimoine d'André ROUSSEAU est estimé, à cette date, à 15.840 livres. Il se compose de bâtiments, tous regroupés sur le « plan de Dissay », (numéros 4, 5, 6, 7, 8, 10, 11, 13), de parcelles sur Dissay et Saint-Georges réparties en terres labourables (10 ha 29 a 54 ca) et en vignes (2 ha 32 a 12 ca), et de diverses rentes foncières. Marie MORGEAU, s'éteint peu après, le 3 juin. Esseulé, André se sent peu à peu diminué. Quand il fait procéder, le 17 avril 1815 par Maître PIORRY, à l'inventaire de ses meubles, il déclare au greffier de la justice de paix qu'il ne peut signer à cause de sa mauvaise vue et « d'un tremble continu dans le bras droit ». De cette ultime liste d'objets domestiques, trions les derniers éléments illustrant le quotidien de ce vieil homme : ses papiers de famille sont dans un bureau en bois de noyer comptant « sept tiroirs du dedans et trois du bas »...

Dans les armoires en bois de noyer, ouvrant à deux battants, s'empilent 32 draps, 18 nappes, 45 serviettes..., 44 chemises d'hommes...

Dans un tiroir une petite collection d'objets en argent : deux paires de boucles de souliers, trois gobelets et une tasse « à la marque du sieur ROUSSEAU père », une montre. Dans un petit coffre ses décorations d'officier municipal, et... un fauteuil à bras, garni de tapisserie, sur lequel sa fille le trouva mort le 6 mai 1817, la tête tournée vers les halles.

M. Jacques CHAUVIN-BUTHAUD(Cercle généalogique poitevin, n° 32)


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