Family Book



Summary

 1 - Tirer les fils de l'histoire

Partir sur les “sentiers du passé” est une aventure passionnante, jamais terminée, avec ses doutes, ses joies et quelques fois aussi ses déceptions. Cette recherche a ses limites puisque les premiers registres de baptême n’ont été tenus qu’à partir de l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539. L’enregistrement a été étendu aux actes de mariage et aux sépultures par l’ordonnance de Blois en 1579. Certains ont disparu ou ont brulé. Ce n’est qu’à partir du Code Louis en 1667 que les registres sont tenus en double exemplaire, l’un à la paroisse, l’autre au greffe du juge royal. Mais ce n’est qu’en 1786, à la suite d’une nouvelle ordonnance royale que cette pratique s’est vraiment instituée.

Au fil d’un acte ou d’une photo jaunie, il est difficile de ne pas s’émouvoir devant les différents drames que vécurent nos aïeux, que ce soit au cours des guerres ou lors de la mort précoce d’un enfant.On ne peut qu’être impressionné quand on regarde de plus près ce qu’était la vie de nos ancêtres à ces époques. Quelles stratégies, dirions-nous aujourd’hui, ont-ils du mettre en œuvre pour traverser toutes ces catastrophes et assurer l’avenir de leurs enfants ? Nos lignées sont issues de ceux qui ont survécu. Je veux croire qu’ils ont eu aussi des moments heureux. Nous devons bien cet hommage et ce travail de mémoire à nos pères.Il y a dans cette remontée de plus de quatre siècles dans la vie de nos familles, un parfum d’enfance disparue et j’ose espérer que nos enfants et petits enfants sauront y trouver quelques unes de leurs racines et que savoir d’où ils viennent, les aidera peut-être à savoir où ils vont.

 2 - Du coté de chez Renoux

Renou, Renous, Renoux, Arnoult sont des noms de personne d’origine germanique, remontant à l’invasion des Germains et autres Wisigoths, qui franchirent le Rhin en 406, fuyant l’irruption des Huns qui venaient d’Asie. Après avoir repoussé les Huns avec les Romains aux champs Catalauniques en 451, ces peuples germaniques s’installèrent en Gaule et adoptèrent la langue latine, qui s’enrichit de nombreux termes germaniques. Etymologiquement, Arn signifie aigle, l’oiseau prophétique par excellence. Ren vient de Ragin : le sage, le conseil et Nou vient de Wulf : le loup, animal plein de sagesse ayant su maîtriser les forces des ténèbres. En cette époque reculée de guerriers, il était fréquent de donner des noms d’animaux, à ceux qui en avaient les qualités.

Depuis le XVIIe siècle, la famille est établie dans cette belle vallée de la Vienne, du plateau de Ste Maure à Chinon. De nombreuses autres familles portent une des variantes du nom. Ce sont des travailleurs : Artisans, tourneurs de père en fils, charrons, bourrelier, puis militaires etc… Lingères, modiste, épicière, journalière, cuisinière etc…

Plus avant, dans les archives de la Vienne, on trouve des alliances croisées avec la famille Percevault, notaires à Coussais et Lésigny, jusqu'à Nicolas Percevault, né vers 1515, sous François 1er.

Dans le passé, les déclarations de naissance étant faites oralement, par des ancêtres qui ne savaient pas forcément lire ni écrire et l’orthographe était aléatoire. Celui de notre nom a varié de Renou jusqu’au XVIIIe siècle pour devenir Renous avec Joseph en 1799 et finalement Renoux avec Jean Eugène en 1840 avec une branche Arnoult. On trouve même écrit "Menou" dans l'acte de décès de Jean le 24 octobre 1817 et "Henouze" pour Jeanne Renou en 1640 dans le Poitou !

Au plus loin que j’ai pu remonter dans les registres paroissiaux, il semble que le berceau des “Renou” ait été à Tours, avec mathieu, né vers 1650, puis Etienne qui vivait à Amboise en 1736 où est né son fils Antoine (le jeune) qui se marie à Manthelan, au sud de Tours. Au fil des générations, la famille se déplace vers le sud et cette belle vallée de la Vienne, tout comme les familles Raffault et Sainthorant ; hasard qui les fit se rencontrer !

Au tout début du XVIIIe siècle, on y trouve plusieurs familles avec déjà des variantes : Anthonin Renou, Martin Renoux, Jean Renoux et Antoine Arnou. A l’origine, c’était une famille d’artisans : tourneurs, cordier, bourrelier, puis sellier pour Jules dans l’artillerie qui employait avant guerre beaucoup de chevaux.Le savoir faire se transmettait de père en fils : Depuis Estienne Renou, né vers 1680, tourneur à Manthelan, jusqu’à Joseph, né en 1799, trois générations après, dont le patronyme prend un “ s ” sur son acte de mariage. La déclaration orale et la transcription à partir du 20 septembre 1792 dans les registres d’état civil, qui avaient succédé aux registres paroissiaux, par les nouveaux maires issus de la révolution, en est peut être la cause.

Joseph a trois fils : Joseph, Jules et Jean-Eugène Renoux' qui nait en 1840 à Ligueil. Au passage, le nom prend un “x”. Bourrelier, il épouse Louise Marie Sophie Delaunay le 27 février 1867 à Ligueil, dont il a quatre ou cinq enfants : Jules, Louise Eugénie en 1871, Paul Joseph en 1874, qui décédera l’année suivante et Madeleine vers 1876 sous le nom d’Arnoult. Les familles Delaunay et Buffet, remontent aussi jusqu'au milieu du XVIIe siècle.

Par la suite certains épousèrent la carrière militaire, ce qui explique des naissances au gré des affectations : Jeanne Elisa Fièvre, mon arrière-grand-mère naquit à la caserne de Vivonne où son père était capitaine de gendarmerie et Eugène Alexandre jean Renoux, mon grand-père, naquit à Tarbes où son père Jules était maître sellier, maréchal des logis chef au 33e régiment d’artillerie. Jules et Jeanne passèrent la fin de leur vie à Panzoult où ils sont enterrés, dans ce beau pays de tuffeau de la vallée de la Vienne, berceau de la famille.

Eugène épousa Emilienne Raffault à Chinon en 1926 à 17 ans. Mon père Julien, y naquit l’année suivante, aîné de 8 enfants. La commune de Chouzé sur Loire décerna en 1996 à Emilienne, la médaille de la famille. Elle avait une centaine d’enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants.

Vers 1936, la famille s’installa à Bourgueil où mon père rencontra ma mère Denise Lagier, qui était venue s’y réfugier avec sa famille en 1943, fuyant les bombardements de la région parisienne. Ils s'y marièrent le 29 septembre 1948.

 3 - Du coté de chez Saintorant (Sainthoran - Saintoran) et Raffault

Saint Oran, en Gaélique Oran, Odran ou Odhrán, le dh étant silencieux, en latin Otteranus, donc parfois Otteran, était compagnon de Saint Columba sur l’île d’Iona, en Ecosse et le premier chrétien à être enterré sur cette île au VIe siècle.

Raffault est porté dans le Centre. C’est un nom de personne d'origine germanique, Rafwald venant de “raffon” : arracher et waldan : gouverner.

Marie Adélaïde Sainthorant est née le 23 Août 1877 à Rétiers, petit village au sud de Rennes. Il n’est pas possible de remonter au-delà d’Auguste Pierre Saintorant, son grand-père, charron, né de parents inconnus à Bordeaux, qui avait du fournir un acte de notoriété établi par le juge de paix du canton de Rétiers, au 2e mariage de son fils Jules avec Geneviève Marault, à Assai les Jumeaux en Vendée, en 1885. Son 1er mariage a lieu en 1874, à Rétiers avec Joséphine Françoise Clémicot. Ils ont eu 4 enfants : Jules Léon en 1876, Marie Adélaïde, Jean-Marie en 1878, mort à la naissance et Henri Jules en 1881.

Du coté de Jeanne Marie Ganache, l'épouse d'Auguste Pierre, on remonte jusqu'au XVIIe siècle les familles ayant peu bougé du pays de Rétiers, Moussé etc...

Est-ce parce que Geneviève Marault, l'épouse de Jules saintorant habitait Panzoult, lors de son mariage, que Marie Adélaïde Saintorant est venue le 2 juillet 1900 de Bretagne jusque dans la vallée de la Vienne à Cravant, au hameau des Malvaudières, pour épouser Louis-Gabriel Raffault qui y était né le 3 février 1876 ? C’était un enfant naturel qui prit le nom de sa mère, Geneviève Raffault, journalière née en 1832 à Malvau, à Cravant, un lieu-dit adossé au coteau.

Les noms de Malvau et des Malvaudières sont anciens, ils viennent de mal : mauvais et de vau : le val. Ils figurent sur la carte de Cassini du XVIIIe siècle. Les Malvaudières abritent un sanctuaire carolingien du IXe siècle. Le père de Geneviève, Vincent Raffault es originaire de Cravant les Coteaux, tandis que ses ancêtres habitaient Chinon à une dizaine de Km. C'est Jacques Raffault qui est venu de Huismes à St Benoit la Forêt où il s'est marié en 1735, puis à Chinon. Depuis René Raffault (Raffouault) né vers 1643 à Huismes, c'est une famille de laboureurs et de cultivateurs.

Louis-Gabriel Raffault et Marie-Adélaïde eurent 4 enfants : Gabriel en 1901, Louis Joseph en 1903, décédé à 9 jours, Marcel qui mourut écrasé par son tombereau en transportant les pierres des ponts démolis pendant la guerre de 39-45, Marthe Marie en 1907, qui mourut à 4 ans, Émilienne en 1910. Georges Saintorant, né après le décès de son père le 7 décembre 1911 à l’hospice de Chinon, prendra le nom de sa mère qui à l'époque travaillait au château de Sonnay à Cravant, dont le propriétaire était Paul de Foucaud. La transmission orale familiale veut qu'il ait été son père. Marie-Adélaïde mourut en 1956 au coteau Saint Martin à Chinon dans une habitation troglodyte.. Émilienne épousa Eugène Renoux à 17 ans en 1926 à Chinon. Avant son mariage, elle travailla au domaine du “Moulin à tan” à Cravant qui produit un des meilleurs Chinon sur les sols de graves et de sable des coteaux de la Vienne. Ils habitèrent ensuite à l’Ile Bouchard où étaient les parents d’Eugène, puis Chinon et Bourgueil, avant la guerre de 39-45 et revinrent ensuite à Chinon.

 4 - Du coté de chez Fièvre

Le nom de Fièvre est surtout porté dans l’Indre et Loire et la Vendée, pays d’origine de la famille. Il s'est parfois écrit autrefois Le Fièvre vers la Bretagne. C’était vraisemblablement une variante de Fèvre : forgeron.

La vallée de la Vienne est le fil rouge des familles Renoux, Raffault et Fièvre qui y ont vécu et se sont rencontrées, de Chouzé sur Loire et Chinon à Poitiers et St Benoit, en passant par Panzoult, Cravant, Tavant, l'Ile Bouchard, Richelieu etc...

François Pierre Fievre était capitaine de gendarmerie à Cheval. Né en 1834 à Poitiers, il épousa en 1863 Radegonde Marie Rouault, originaire de St Benoit près de Poitiers où il mourut. Ils eurent 5 enfants : Léontine, Mathilde, Isabelle, Charles et Jeanne Elisa Fièvre mon arrière-grand-mère, née en 1872 à Vivonne, décédée en 1962 à l’Ile Bouchard. Elle épousa Jules Renoux en 1894 à Poitiers. Ils reposent tous les deux dans le petit cimetière de Panzoult, au milieu des vignes

Pierre Fièvre', le fils de Charles, au nom aptonyme prédestiné, puisqu'il était docteur ! fut maire de Chouzé sur Loire de 1947 à 1977. Il avait gardé l'esprit "potache" des anciens élèves du lycée Descartes à Tours où il avait étudié. Avec eux, il organisa deux canulars : L'inauguration de la gare en 1953, la micheline brulant l'arrêt de Port-Boulet pour s'arrêter au passage à niveau de Chouzé où elle fut accueillie en fanfares par les personnalités, dont un secrétaire d'Etat ! Et l'attaque de Chouzé par les sarrasins en 1955, reprenant une légende selon laquelle les maures ayant échappé à Charles Martel auraient traversé la Loire pour trouver des femmes à Chouzé. Une compagnie de sarrasins fut créée, des embarcations furent rassemblées, ainsi que les petits canons du 14 juillet des communes voisines, tirés derrière les voitures, ce qui leur valut d'être arrêtés par les gendarmes pour défaut de signalisation ! Il en reste la plaque du "Quai des sarrasins". (Cf. La Touraine insolite par J.M. Couderc). Il n'en fut pas moins très appréciés de ses concitoyens qui l’élurent maire pendant 30 ans.

Il épousa en 1938 Andrée de Lamazière, fille d’Elisa Chaffin, mariée à André Collery, lieutenant mort au combat en novembre 1914. Andrée fut reconnue par son père biologique Clodomir Anatole Lamazière, officier de cavalerie, directeur adjoint du Cadre Noir à Saumur, descendant d’une vieille famille de la Vienne.

 5 - Du coté de chez Lagier - Lagier Cazon

Le patronyme Lagier vient du nom de baptême Léger, lui-même issu de Leodgari, nom de personne d’origine germanique : leod signifie peuple et gari, prêt pour le combat. C’est une très ancienne famille originaire du Sud-est de la France, branche française de l’illustre famille italienne LAGIERI, qui compta parmi ses membres les plus célèbres, le pape Urbain II (1088-1095), Bertrand Lagier, évêque de Glandeves, puis d’Ostie, nommé cardinal par le pape Clément VII en 1371 etc... De là à dire que le pape était un cousin !

Traversant les alpes, la famille essaima en France, en Dauphiné, principalement dans le pays du Champsaur qui est la haute vallée du Drac, affluent de l'Isère, depuis ses sources, jusqu'à sa sortie du département des Hautes Alpes. En 673, les moines édifient un prieuré dédié à Bonnet, évêque de Clermont. Le bourg qui l'entoure deviendra, sous le nom de Saint-Bonnet, la « capitale » du Champsaur, aujourd’hui l’un des neuf pays des Hautes Alpes.

Le Champsaur, berceau de la famille, était après le Moyen Age une vallée de seigneurs choyée par Louis XI et le duc de Lesdiguières qui permirent à de nombreuses familles champsaurines d'être anoblies. Hélas, les Champsaurins, punis pour s'être laissés entraîner dans les aventures guerrières et religieuses du bouillant connétable, allaient mettre plusieurs siècles à se relever des invasions, des émigrations et des ruines. Mais finalement, en dépit de conditions de vie très difficiles, le courage et la persévérance ont permis aux habitants de cette vallée enclavée de survivre à ce douloureux défi.La souche LAGIER, d’origine italienne a essaimé après avoir franchi les Alpes, vers le Dauphiné, puis en remontant vers le nord. On en trouve trace en 1551, lors de la visite épiscopale à Montorcier.

Le nom de Lagier était porté par tellement de familles qu’il était nécessaire d’y accoler un second patronyme ou un surnom. Il faut dire qu’à cette époque, les familles étaient nombreuses. Ainsi, pour Lançon, il semble s’agir d'un toponyme : vers la Savoie, une lance est une prairie en pente.Cason , Cazon, vient de l’italien casa : maison. Ce patronyme a été accolé à celui de Pierre des Bonnets soit parce qu’il possédait une maison ou parce qu’il en construisait, puisqu’il était maçon.Les unions se font dans la proximité : Saint Bonnet, Saint Julien, saint Jean-Saint Nicolas sont situés dans un mouchoir.

Les guerres de religion ne facilitent pas non plus la vie : Louis XIV cherche à unifier son royaume et à se débarrasser du protestantisme. L’édit de Fontainebleau en 1685 révoque L’Édit de Nantes signé par Henri IV en 1598.François de Bonne, natif de Saint Bonnet, entraîne le Champsaur dans le camp des Réformés. Il enrôle les paysans et ses troupes font des ravages, mais lorsqu’il devient duc de Lesdiguières et pair de France en 1611, il se convertit au catholicisme et ramène « son » Champsaur au Royaume de France et le pacifie. Il en devint le bienfaiteur, construisant ponts, hôpitaux et organisant l'administration du Dauphiné. Entre temps, de nombreux actes ne sont pas enregistrés dans les registres paroissiaux de l'église catholique.

Si l'on ajoute à cela, la destruction des archives de St Jean St Nicolas, brulées par les troupes de Victor Amédée II de Savoie en 1692, cela explique que l'on ne puisse pas remonter au-delà de Gaspard Lagier, né vers 1661 à St Jean St Nicolas et marié à Dimanche Escalier-Roux, autre grande famille du Champsaur.

Leur parcours de 1643 à 1724, suit les aléas du règne, traverse des passages particulièrement catastrophiques, du fait des grandes froidures qui s’abattent par deux fois sur le pays, des disettes et des épidémies qui s’ensuivent et aussi des guerres incessantes menées par Louis XIV. Entre 1687 et 1717, le temps est particulièrement froid. Préparée par une série de saisons pourries puis d’un grand gel, la crise qui survient en 1693-1694 est la plus terrible qu’on ait connue depuis longtemps.

“La France, seule contre l’Europe entière, accablée de défaites, est exsangue. En 1709, un véritable hiver sibérien s’abat sur le pays. Le 5 janvier, veille de l’épiphanie, la chute de la température est telle qu’on atteint moins 40° dans le Champsaur ! Le dégel, alternant avec des reprises de froid au moment de la montée de la sève, détruit quasi totalement céréales, vignobles et vergers. C’est la famine pour de longs mois. On enregistre plus de six cent mille décès dans le pays !” (Jacques Marseille).

On imagine ce que devait être la rigueur de ces grands froids dans les montagnes de nos ancêtres. Saint Bonnet est à plus de mille mètres ! Dans quelles ressources ont-ils du puiser, quelle énergie ont-ils du mettre en œuvre pour traverser toutes ces catastrophes et assurer l’avenir de leurs enfants ?

Leur fils "Pierre Lagier" se marie en 1721 avec Catherine Lombard. Elle est née en 1710 et décédera en 1764, à Saint Jean-Saint Nicolas, village tout proche. Il a 40 ans, elle en a 15 !Les jeunes gens se sont-ils choisis ou ont-ils suivi les désirs de leurs parents ? A cette époque, les mariages étaient presque toujours arrangés entre les familles. L’autorisation parentale est nécessaire jusqu’à vingt-cinq ans. Le mariage est un acte social, plus que l’expression d’un amour partagé. Comme dans le reste de la France, il est caractéristique que les trois-quarts des garçons et les quatre cinquièmes des filles choisissent leur conjoint dans leur entourage immédiat. On se marie au village. C’est plus sûr. Ceci reste vrai jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, surtout dans ces hameaux de montagne, où les déplacements sont difficiles une partie de l’année.

Pierre attend son quarantième anniversaire pour prendre épouse. On peut s’étonner de ce mariage tardif, mais très souvent le fils attendait que le père soit déjà âgé pour convoler et être en mesure de prendre l’exploitation en responsabilité. L’âge du mariage correspondait en effet à celui de l’indépendance et de l’établissement et les pères retardaient le plus possible le moment où ils abandonnaient leurs biens et se mettaient en pension chez leurs enfants.Ce n’est pas le cas ici puisque son père est mort 27 ans avant, mais on peut supposer qu’il a attendu de conforter sa position sociale et pécuniaire pour signer le contrat de mariage. Pierre, comme son père, devait posséder du bien : comme nous l’avons vu, Lançon est un toponyme qui évoque une terre.

Les hommes manquent aussi dans cette période particulièrement difficile : L’Europe est à feu et à sang depuis 1661 jusqu’en 1715. Pendant cette période qui compte vingt-neuf années de guerre, deux millions de soldats, meurent sur les champs de bataille, ce qui rapporté à la population de l’époque, est énorme !Ils auront 6 enfants, leurs descendants, Pierre des Bonnets et Joseph en auront à leur tour 6 et 7, dont Joseph Lagier Cason, baptisé le 4 juin 1757 à St jean-St Nicolas.

Joseph est tanneur ce qui sera la profession de la famille pendant les trois générations suivantes. Le tannage consiste à traiter les peaux d'animaux pour produire le cuir. A l’époque, on trempait les peaux dans des bassins contenant du le tanin, produit d’origine naturelle, provenant d’arbres comme le chêne, dont on broyait les écorces dans un moulin à tan. Les peaux étaient ensuite lavées puis séchées, ce qui nécessitait beaucoup d’eau et la proximité d’une rivière.

Joseph s’établit à Saint Florentin dans l’Yonne où il décèdera malheureusement le 13 juin 1802, avant la naissance de son fils. C’est aussi l’époque où la famille commence à remonter vers le nord.Scipion Alexandre Lagier, naquit donc orphelin de père le six janvier 1790 à Sens dans l’Yonne. Il est Mégissier à Auxerre, puis épouse Hortense Maury en 1819 à Chartres avec qui il a trois enfants, dont Nectaire, qui se noya dans la Meuse alors qu’il était soldat. La mégisserie consiste à tanner les peaux de mouton, chèvre ou vachette pour les rendre propres aux différents usages du cuir.

François Eugène Lagier nait le 23 mai 1826 à Chartres. Il était aussi mégissier. Il s’établit d’abord, porte Morard, très vieux quartier de Chartres, au bord de l’Eure, près de la cathédrale. Il s’installa ensuite à Garenne dans l’Eure, route de Louviers (N.836), jusqu’à la fin du XIXe siècle dans une maison toujours située au bord de l’Eure, car l’eau était nécessaire pour traiter les peaux. Ma mère se souvient que Maurice racontait qu’il pêchait des poisons dans la rivière, avec son père depuis la maison. Ils déménagent ensuite à Paris, rue Croulebarbe dans le XIIe arrondissement. C’est là qu’il fut mobilisé en 1870 à 44 ans.

Le conflit dura du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871. Il eut lieu en réaction à la volonté d’hégémonie et de réunification de l’empire allemand. Il se termina par la défaite française entraînant la chute du Second Empire et de Napoléon III, et la perte de l’Alsace-Lorraine.François Eugène fut affecté au 12e régiment de ligne en tant que sergent. (L’infanterie de ligne, désigne les unités d'infanterie classique, qui combattaient en formation de ligne). Ses faits d’armes lui valurent d’être fait chevalier de la Légion d’honneur. Il épousa Clémence Lenoble le 24 janvier 1856 et eurent trois enfants dont Maurice, mon arrière grand-père. Son portrait à l’huile sur bois fut réalisé en 1848.

Maurice Louis Lagier, nait le 5 novembre 1872, rue Croulebarbe à Paris, dans le XIIIe. Il exerça plusieurs métiers dont celui de facteur en instruments de musique, représentant en articles pour fumeurs lorsqu’il vécut un temps à Saint Hélier à Jersey, au tout début du siècle, puis comptable au Grand Hôtel à Paris.Le 27 avril 1897, Maurice épousa Catherine Liebmann qui était couturière. Ils eurent trois fils, Georges, mon grand-père né en 1898, 15 boulevard de Port Royal à Paris XIIIe, un petit Maurice, malheureusement décédé à l’âge de trois ans et Paul, né en 1900 à Saint Hélier, à Jersey, ce qui lui faisait dire qu’il “était du siècle”. Au début du XXe du siècle, la famille habitait une belle demeure, qui existe encore, à coté du champ de courses, 28 avenue Albine à Maisons-Laffitte, près de la forêt de Saint Germain.

Le livret militaire de Maurice permet de retracer son itinéraire de soldat : Il était de la classe 1892. Il fit donc son service dans le 28e régiment d’infanterie en 1893, fut libéré le 22 septembre 1894 et affecté à la réserve. Maurice fut rappelé à l’activité le 18 mars 1915 par ordre de mobilisation générale.et affecté au 18e R.I.T. (Régiment d’infanterie territoriale). Maurice avait 42 ans. Il aurait normalement du être mobilisé dans la réserve qui était composée d’hommes âgés de 40 à 45 ans.

L’armée territoriale, crée en 1872 était composée d’hommes âgés de 34 à 49 ans, considérés comme trop âgés et plus assez entraînés pour intégrer un régiment de première ligne d’active, ce qui ne l’empêcha pas de rendre de grands services en tant que soutient des premières lignes et même en première ligne, lorsque celles-ci furent enfoncées par l’ennemi. La durée de la mobilisation était de sept ans !

Le journal de marche du 18e R.I.T. indique qu’il fait partie de la 82e division et combat en appui des régiments d’active dans la Somme, entre Hamel et Beaumont-Hamel, au nord-est d’Amiens, près de Bapaume du 15 mars 1915 au 23 juin 1915, où ce qui reste du régiment est dissous et réparti dans d’autres unités. Maurice passe donc trois mois au front et y connait son baptême du feu.

Le 19 juin 1915, Maurice quitte la Somme pour Cormontreuil en Champagne, au sud de Reims où il est affecté au 23e R.I.T. rattaché à la 52e D.I. qui est en position sur le front et qui subira de violentes attaques aux gaz en octobre 1915, quelques jours après le départ de Maurice.

Son régiment participe à la deuxième bataille de Champagne du 25 septembre au 8 octobre 1915 entre Suippes et la lisière ouest de la forêt d’Argonne, au sud ouest de Cormontreuil Jusqu’au 2 octobre 1915, il monte au front, en appui ou en renfort des troupes d’attaque selon le détail du journal de marche du régiment, en alternance avec les repos au cantonnement à une dizaine de kilomètres derrière les lignes.

Avec le 23ee R.I.T, Maurice occupe les bivouacs de la première ligne prise aux allemands dans le secteur d’Auberive et de la fameuse Epine de Vedegrange, à l’ouest de Suippes.Il est ensuite affecté au 75e R.I.T. à la compagnie de garde du quartier général de la 5e armée, tout près de là, au sud de Reims. Bien que les journaux de marche de son régiment continuent de faire état de montées au front, il est peu probable que Maurice, affecté au quartier général ait quitté le cantonnement de Reims. Cela explique peut-être qu’il en soit revenu miraculeusement indemne. Faut-il rappeler qu’il avait 44 ans, était marié et père de deux enfants : mon grand-père Georges et mon oncle Paul.

Maurice est nommé caporal le 11 janvier 1916, puis sergent le 15 juillet 1917.Le 21 avril 1918, il passe au 261e R.M. (Régiment de Marche provisoire, composé de militaires rejoignant une affectation) puis dirigé vers le dépôt du 85e R.I. le 12 juin, pour être rayé des contrôles de la compagnie le 14 juin 1918. Il est finalement démobilisé le 9 janvier 1919 avec plusieurs décorations dont la croix de guerre 14-18 et la médaille de la grande guerre. Son livret fait état de 4 années de guerre “contre l’Allemagne et l’Autriche”. Il en parlait peu, si ce n’est pour dire : “plus jamais çà !” mais on sentait bien, à sa façon de refuser d’en parler, combien ces trois années l’avaient marqué.

Son fils, Georges Lagier, mon grand-père, épouse Lucie Driancourt le 2 septembre 1924 à Sartrouville où elle demeurait.. Maman y naquit le 27 mai 1925, avant de rejoindre la maison des parents de Georges à Maisons-Laffitte, qui était plus grande et dont elle garde le souvenir d’une enfance heureuse jusqu’à la guerre de 1939.

En mai 1940, lorsque les allemands envahirent la France après la Belgique, ce fut l’exode de plus de dix millions de personnes fuyant sous l’effet de la terreur provoquée par les atrocités commises par les troupes allemandes. Quand ils approchèrent de Paris, en juin, la famille partit sur les routes à pied, comme deux millions de parisiens, les vélos à la main chargés d’un maigre paquetage, couchant dans la paille dans les fermes.

Ma mère se souvient, de l’horreur des mitraillages des avions allemands le long des routes, du bruit de sirène des attaques des bombardiers en piqué, les Junker JU 87 Stukas et de l’horreur des morts étendus par terre après le bombardement d’un hôpital auquel elle avait assisté, (elle avait quinze ans !) Nous avons conservé précieusement un morceau de “shrapnell”, éclat d’obus qui avait finit sa course dans la valise dont son père Georges la couvrait, quand ils se jetaient dans les fossés pour se protéger des attaques allemandes, dérisoire mais salutaire protection.

Ils étaient arrivés à Orléans quand l’armistice fut signé le 22 juin 1940. Ils rentèrent alors, suivant les incitations et les mesures mises en place par le gouvernement de Vichy. En arrivant à Sartrouville le 10 juillet 1940, ils découvrirent que le pont qui menait à Maisons Laffitte avait été détruit. Il fallut traverser la Seine à pied, sur les poutrelles au-dessus de l’eau, en manquant de tomber à chaque pas, pour découvrir que leur maison avait été pillée.

Au printemps 1943, Maurice vendit Maisons-Laffitte et put trouver un camion pour déménager. Il souhaitait se rapprocher d’Hélène Driancourt, la sœur de Lucie, qui habitait Saumur, parce qu’il y avait des caves pour se protéger. Elle était blanchisseuse à Sartrouville et avait suivi son patron, Maxime Hannon qui avait ouvert une blanchisserie à Saumur. Par la suite, quand il s’était retiré, elle eut sa propre blanchisserie.

A Bourgueil, la famille déploya comme ceux qui avaient connu la guerre, un sens aigu de l’économie de survie, ne jetant jamais rien, retournant cols et poignets de chemises. Ils firent aussi preuve de solidarité, en hébergeant d’autres réfugiés : Henriette et sa fille Yvette à la ferme de “la Porcherie”. Le rez de chaussée de leur maison avenue Lejouteux fut occupé par les allemands pour la réquisition des chevaux.

Ils achetèrent ensuite une maison sur trois étages avec un magasin au 10 de la place des halles, dont l’arrière donnait rue du poids. Lucie qui avait été première main aux galeries Lafayette et cousait divinement bien y ouvrit un magasin de “Modes Chapellerie”. La maison jouxtait le bar-tabac-imprimerie de leurs amis Julliot, lieu de grande animation les jours de marché, où les chopines de Bourgueil se vidaient plus vite qu’on ne les servait. Une pharmacie remplace aujourd’hui les deux.

Mon père, Julien Renoux, qui habitait alors rue Pasteur, y rencontra ma mère Denise Lagier. Quand ils se marièrent en 1948, ils louèrent, une grande maison rue de Tours, où nous naquîmes avec ma sœur et mon frère, puisqu’en ce temps là, on accouchait chez soi avec l’aide d’une sage-femme.

 6 - Du coté de chez Liebmann - et familles alliées : Bérino - Fossati

Porté en Alsace, c'est un nom composé de Mann : homme et de Lieb, provenant de l'adjectif allemand "lieb" : aimé, aimable.

Catherine Liebmann, l’épouse de Maurice Lagier était d’origine alsacienne. Jean Liebmann, brigadier des douanes, né en 1801, épouse Suzanne Flickinger. Ils ont 3 enfants, Joseph, Ignace et Georges, né en 1847 à Scheibenhard dans le Bas Rhin. En 1874 à Paris, il épouse Barbe Nahring, originaire de Wissembourg, situé à coté de Scheibenhard au nord de l’Alsace, fille de Joseph et Catherine Piroth.

Georges et Barbe ont 4 enfants : Catherine née en 1874 avenue des Gobelins à Paris XIIIe, Alice née en 1884 à paris XIIIe, Lucie née en 1891, qui mourut à 17 ans et Georges François, qui épousa Joséphine Cadoz et vécut à Cannes.Georges Liebmann était chef mécanicien à l’hôpital maritime de Berck. Il avait fait la guerre du Tonkin de 1883 à 1885, lors de la conquête de l’Indochine et en avait rapporté une blessure d’arme blanche à la main.

De nombreux alsaciens avaient émigré en Algérie au XIX e siècle pour fuir la pénurie et en 1871 pour rester français. Suzanne Liebmann, fille de Joseph, petite fille de Jean et Suzanne Flickinger épousa Robert Turin. Ils habitaient Alger et venait passer leurs vacances en France.

La famille Bérino (Bérini - Barbérini) est une famille italienne célèbre originaire Toscane. Elle a été agrégée à la noblesse vénitienne en 1623 et comte parmi ses membres un pape : Urbain VIII (XVIIe siècle) et des cardinaux.Tout comme la famille Lagier (Lagieri), elle a immigré d’Italie en France à travers les Alpes, remontant ensuite vers Paris ou l’Alsace. Après la guerre de 1870, certains de ses membres, originaires de Varazze en Ligurie, naturalisés français, émigrèrent vers l’Algérie, pour ne pas devenir allemands, comme ceux des familles Liebmann (Jean 1842), Fossati ou Turin (Turini).

François Fossati(1861) est le fils de Catherine Bérino. Il épouse Jeanne Marie Liebmann (1876), petite fille de Jean et Suzanne Flickinger, la cousine de Catherine Liebmann, (1874), l'épouse de Maurice Lagier.Ainsi les familles Liebmann, Lagier , Bérino et Fossati sont liées par alliances et cousinages.

Baptistin François Bérino, né en 1886 à Alger participa à la guerre de 14-18. Il était Inspecteur général de la Banque d'Algérie et sa signature figure sur le billet de 5 francs de 1942.Avec son épouse Jeanne, ils venaient passer les vacances en France jusque dans les années 1960.

 7 - Du coté de chez Driancourt

Driencourt (Driancourt) est un nom porté en Picardie qui désigne celui qui est originaire de Riencourt, ou de Driencourt, noms de villages de la Somme (également deux communes dans le Pas-de-Calais). Certaines de ces familles sont ensuite descendues vers l'Ile de France.

C'est dans cette branche que se trouve la plus ancienne trace d'un membre de l'arbre : Étienne Fremin de la lignée des Guerin, Berson, Fouillet et Driancourt est né vers 1410, sous Charles VII à l'époque de la guerre de 100 ans, soit près de 20 générations !Depuis le XVIe siècle, les Driancourt sont attachés au travail de la terre : cultivateurs, bergers, journaliers, vignerons, maraichers, fermiers... Il ont vécu dans les terres fertiles des boucles de la Seine, entre le Thillay, Gonesse et Sartrouville.Entre 1550 et 1560 quatre fermiers obtiennent la main des filles de pierre Guerin, procureur du roi à Gonesse, encore ce dernier est-il un membre d'une dynastie agricole de la région.

De Gilles Driancourt, né vers 1599 à Nicolas Driancourt, né en 1713, qui fut berger de Gonesse avant d’être berger de la Malmaison en 1754 et jusqu’à Honoré Camille Driancourt., né en 1849, cette tradition de la terre se poursuit.Le Château de la Malmaison, situé à Rueil-Malmaison, appartenait à de riches personnages, fermiers généraux, etc… qui l’aménagèrent et l’améliorèrent au fil des acquisitions. Il entre dans l’histoire quand Joséphine de Beauharnais, épouse de Napoléon, l’achète en 1799 et y vivra jusqu’à sa mort en 1814. Elle y cultiva des plantes exotiques et enrichit le jardin d’animaux de toutes sortes.

Après avoir survécu aux invasions vikings à la fin du IXe siècle, les bords de Seine furent pendant des siècles un intense lieu de vie. Il faut imaginer les bateliers se hélant ou chantant, les chevaux hennissant, les canards, mouettes, goélands ou poules d’eau mais aussi les villageois s’activant sur les berges !Il y avait aussi la vigne, implantée par les bénédictins d’Argenteuil, qui au XIXe siècle occupait encore 1/3 des terres arables de la commune. Elles étaient essentiellement plantées en Chardonnay, Gamay et Pinot Noir, alors que la voisine Argenteuil cultivait le “Picolo”, petit vin suret, qui donna le verbe Picoler.

Honoré Camille Driancourt était maraîcher et possédait des vignes aux abords de Sartrouville, qu'il exploita de la fin du XIXe siècle jusqu'à la fin des années trente. Il était issu d’une famille de cultivateurs qui approvisionnait la capitale en produits frais depuis cette banlieue des bords de Seine, constituée par une plaine alluviale fertile, consacrée depuis longtemps aux cultures maraîchères. Il y avait au XIXe siècle une expérience et un savoir faire dans cette pratique maraîchère appelée “le jardinage intensif à la française”, sur des petites surfaces et respectueuse de l’environnement.

Il habitait 17 rue de Seine à Sartrouville. La maison qui n'existe plus, comportait un grand porche pour permettre le passage des voitures et des chevaux car il partait tôt le matin avec sa voiture à cheval pour aller livrer ses produits au marché. Il épousa Palmyre Louise Crété en 1877 et ils eurent 9 enfants dont un petit Victor et une petite Marie, tous les deux morts dans leur première année et Lucie (Julie), ma grand-mère qui épousa Georges Lagier en 1924. Ma mère y naquit le 27 mai 1925. Il mourut à Maisons-Laffitte, de l'autre côté de la Seine.

La famille fut durement touchée par la guerre de 14-18 :

Charles François Vallet, le mari de Marie Eugénie Victorine Driancourt a 37 ans en 1914. Il est affecté au 329e RI (régiment d’infanterie), régiment cité deux fois à l’ordre de l’armée pour sa bravoure sur le champ de bataille. Le régiment se bat dans la Somme, au sud est d’Amiens. La bataille de la Somme fut l’une des plus meurtrières, entreprise par la VIe armée avec les britanniques pour soulager le front de Verdun et un succès français. L’assaut lancé le 1er juillet 1916 couta plus de 100 000 morts.

Alors que les hommes sont épuisés après un mois sans repos, après avoir repris un village à l’ennemi, ils sont enfin relevés et enlevés en automobile vers différents cantonnements. Charles Vallet est tué au combat, à Cayeux en Santerre, le 12 Août 1916. Blessé à la cuisse droite suite à un bombardement, il est amputé et décède de ses blessures dans l’ambulance 12/1. Il est décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palmes.

Georges Léon Driancourt, fut tué au combat, le 26 mai 1916, en défendant un no man’s land sur la rive gauche de la Meuse, contrôlant l’accès du fort de Vaux qui défendait Verdun, situé entre deux collines : la cote 304 et la crête 295, aussi appelée : “le Mort Homme”.Après la prise du fort de Douaumont, le 25 février 1916, l’armée allemande attaqua par la rive gauche de la Meuse. Aux termes d’une bataille de 10 jours, du 6 au 16 mars 1916, elle sera finalement prise par les Allemands après une véritable boucherie ou les combattants des deux bords connaîtront toutes les souffrances. Les français ne récupéreront le site que le 20 août 1917, au terme de longs mois meurtriers.

Il est affecté au 150e régiment d’infanterie (40e division). Voici ce que l’on peut lire dans les récits et dans le journal de marche du régiment :Arrivé le 11 mars 1916 au bois Bouchet, la division monte en ligne dès le lendemain, vers le village de Chattancourt, situé à 10 km au nord ouest de Verdun. Le 150e RI occupait la crête 295. Les Allemands tenaient, la crête en face, " le Mort-Homme", c'était l'espace, presque plan, situé entre les deux crêtes. Il n'appartenait pas encore aux Allemands. Nous n'en possédions plus qu'une infime partie, la lisière sud. Il constituait déjà ce que les Anglais ont baptisé "le No man’s land."

Les régiments se firent massacrer en assurant la défense de toute cette rive de la Meuse. C'étaient les 150e, 161e, 154e, 155e RI et le 63e régiment territorial.Pendant trois semaines, il y eut des attaques, contre attaques, pertes et reprises d'éléments de tranchées, bombardements. Après une intensive préparation d'artillerie, des violents marmitages sur tout le front, les allemands attaquèrent, le 9 avril, en vagues compactes, précédés de lance-flammes et décimèrent les troupes françaises qui durent abandonner la cote 295.

La bataille avait été acharnée et les pertes très élevées. Le Mort-Homme était pris et l'ennemi, dévalant la pente au pied de la cote 265 que nous tenions encore, menaçait le ravin de Chattancourt. La situation était critique. Le secteur que la 40e division avait quitté n'était plus reconnaissable. Elle fut relevée par la 165e division et partit à son cantonnement de Jouy en Argonne, à 15 km au sud de Chattancourt. La 40e division d'infanterie remonta en ligne le 22 mai et parvint à redresser ses lignes et à reconquérir un peu de terrain.

Le 25 mai, tout le front fut soumis à un martèlement ininterrompu. Ce bombardement continua et s'amplifia le 26, le 27, le 28 et le 29. Une grosse attaque s'apprêtait : les allemands voulaient enlever la ligne de défense de Chattancourt. C’est vraisemblablement au cours de ces bombardements que Georges Driancourt fut tué.

Le journal de route du 26 mai 1916 porte laconiquement ces mots : Pertes : Tués 4 soldats. Blessés : 6 d°, Disparu : 1 d°. Les hommes étaient-ils si peu de chose que leurs noms n’étaient même pas notés ?

Les allemands furent finalement arrêtés, mais il ne restait plus grand-chose des 154e, 155e et 150e régiments d'infanterie. Le Mort Homme avait perdu 12 mètres de hauteur sous les bombardements répétés. Le 8 juin 1916, ce fut la relève et le départ pour un repos bien mérité en Lorraine, mais Georges Driancourt n’était plus là pour le voir. Il avait 38 ans.

Louis Victor Driancourt fut fait prisonnier le 1er juin 1916 avec les derniers survivants de sa compagnie du 24e régiment d’infanterie, après une résistance acharnée pour défendre le saillant d'Hardaumont, au nord du fort de Vaux.Le fort de Vaux faisait partie de la défense de Verdun. Il était lui-même défendu par un système d’ouvrages. Le 6 mars 1916, les Allemands attaquent. Le village tombe le 2 avril, mais le fort tient.Le 1er juin au matin, le 24e R.I. qui est en ligne au saillant d'Hardaumont, au nord du fort, subit une 1ère attaque qu'il parvient à repousser à la grenade. Un peu plus tard, une seconde attaque est lancée, les hommes se battent jusqu'à l’épuisement total.Après la prise du saillant d'Hardaumont, les Allemands atteignent les derniers retranchements qui défendent les abords du fort de Vaux. Durant cette journée, tous les éléments français qui se sont trouvés face à l'ennemi, dont Louis Driancourt, ont été soit chassés, soit anéantis, soit fait prisonniers.

Il est emmené au camp de Lauban (aujourd’hui Luban en Pologne) où il contracte la tuberculose, dans la promiscuité, le manque d’hygiène et des conditions de détention déplorables, ce qui entraina son transfert au camp de Sprottau. Le camp de Sprottau était situé en Prusse, en Silésie, au Sud-est de Francfort sur l'Oder, proche de la frontière Austro-hongroise. C’était un camp destiné aux tuberculeux. (Aujourd’hui Szprotawa en Pologne). Il mourut de la tuberculose après son retour en France, le 19 février 1926 à 37 ans. Il s'était marié en 1914 et n'avait pas eu d'enfant.

N.B. Grâce à l'héroïsme du commandant Raynal et de sa garnison, le fort de vaux résistera, mais après de très durs combats, leurs vivres épuisés, les défenseurs devront finalement se rendre. Les Allemands échoueront cependant à prendre Verdun et finiront par abandonner le fort de Vaux qui sera réoccupé par les troupes françaises et deviendra l'un des symboles des combats des “poilus” de la Grande Guerre, animés par le sens du devoir jusqu'à l'ultime sacrifice.

 8 - Du coté de chez Pinault

Pinault est un patronyme qui semble venir d'un bois de pins, d'un petit pin ou du mot pine ou pigne qui signifie la pomme de pin, forme qu'avait la grappe de raisin du cépage installé en France au moyen âge, comme en témoigne le blason de la famille Pinault des Janmaux, originaire d'Anjou : "D'azur à 3 pommes de pin d'or les queues en base la pomme de pin". On ne peut éliminer un surnom indiquant la fonction ancestrale, cependant, l'orthographe "Pignault "du XVIe siècle semble privilégier le pignon de pin.

Au fil des mariages, la famille Pinault s’est alliée à de nombreuses familles de la noblesse bretonne. Il est même possible de remonter jusqu’à Erispoë et Nominoë, en 800, les premiers rois de Bretagne. Louis Jean-Marie Pinault épouse Eugénie Collet en 1921, issue des familles Denais et Courtin. Michel Courtin épouse Guillemette de la Bourdonnaye en 1617. Robin de la Bourdonnaye épouse Jeanne de la Chapelle en 1410. Elle est issue des familles de Molac (vers 1340), de Rochefort (vers 1280), de Neuville. Guillaume II de Rochefort épouse Philippa de Montmorency-Laval vers 1300. Elle est issue des familles d’Acre de Beaumont, dont les titres proviennent des croisades, de Vitré, de Laval, de Hainaut. Mathieu de Montmorency, connétable de France épouse Alice de Normandie vers 1126. C’est la fille de Henry 1er, roi d’Angleterre, fils de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d’Angleterre au milieu du XIe siècle. Il est le fils de Robert 1er de Normandie et d’Arlette de Falaise, fils de Richard II de Normandie et de Judith de Bretagne, famille alliée avec la famille de Senlis, Dont Pépin III épouse Adalind de Rennes vers 860. Elle est la fille de Gurwant de Rennes, le fis de Nominoë, né en 800, roi de Bretagne.

Si l'on remonte plus loin, jusqu'au Ve siècle, on trouve des origines issues de Grande Bretagne, du Pays de Galles, de la Cornouaille , de la Domnonée, qui s'étendait des deux cotés de la Manche et d'Irlande. On y trouve Tristan de Léon et Yseult Nic Donnachar, Uther Pendragon de Bretagne et Gwrylys de Tintagel, Morgan le Fay (la fée), au pays du roi Arthur. Plus loin encore, au 4e siècle, le roi Gradlon de Bretagne dans sa ville d'Ys ; l'histoire et la généalogie rejoignent la légende et le merveilleux !

Anne-Marie Bougerie, l'épouse d'Eugène Pinault (1866 - 1931) a aussi une ascendance nobiliaire par sa mère Anne-Marie Baude, issue des familles Thébault, Ruyault, Du Plessis, de Saint Pern ou Du Chastel, dont l'origine remonte aux écuyers, chevaliers et seigneurs du Moyen Age.

Dans la branche directe, l’acte de Baptême de Jan Pinault le 5 avril 1589 est le plus ancien trouvé. On peut donc estimer approximativement la naissance de son père Julian Pinault vers 1560. C’est la mort de François II et l’avènement de Charles IX, il y a près de cinq siècles. Cela a été possible parce que la famille a peu bougé de cette région de Plouasne, au nord de Rennes : La Baussaine, St Brieuc des Ifs, Langan, Langouët, Gévézé, La Mézière et que les registres paroissiaux existent encore, même s’ils sont d’une lecture ardue et parfois, il faut l’avouer… aléatoire. Il est difficile d’aller au delà, faute d'autre document, les premiers registres de baptême n’ayant commencé à être tenus que suite à l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539. Une branche voisine, originaire d'Evran et de Trévérien situés à une dizaine de Km de Plouasne a eu pour descendant François Pinault, l'homme d'affaire bien connu.

Sous l’ancien régime, Plouasne était une paroisse du diocèse de St Malo, très étendue, de terres cultivées et de forêts, comprenant les villages d’Evran, St Pern, Longaulnay, Lantran, etc… Jan Pinault était “Sieur de la ville Hue”, hameau de quelques fermes situé au nord est de Plouasne, ce qui ne signifie pas seigneur. En effet, il ne fait pas partie des 15 familles nobles de Plouasne recensées en 1480. Le sieur de la ville assurait l'encadrement économique et judiciaire de la population et n’exerçait pas nécessairement la souveraineté.

Son arrière-petit fils Joseph (1750 - 1820 - 4e génération) émigre à St Pierre et Miquelon vers 1785 puis à l’île du prince Edward. Il est le pionnier de la branche Pinault en Acadie où il épouse Charlotte Doucet.

Du XVIe au XIXe siècle, la famille restera dans la région de Plouasne, Evran St Thual, jusqu’à Eugène Pinault, au début du XXe siècle, où la famille descend vers Chateaugiron et Pirée au sud de Rennes où une grande partie réside encore.Son fils Marcel François-Marie était militaire, ce qui explique que son fils Marcel Georges Charles naquit à Damas où stationnait l’armée du Levant. Dans l’entre deux guerres, suite à la défaite de l’empire turc en 1918, les alliés se partagèrent plusieurs parties de son territoire et en 1920 les Français reçurent un mandat de la Société des Nations sur la Syrie et le Liban pour y maintenir l'ordre.

Marcel père s’engagea dans la guerre en avril 1915 dans les chasseurs à pied à 19 ans. Il sera démobilisé en 1919, en tant que sergent avec 8 citations. Il s’engage en juin 1921 pour la campagne du Levant en tant que sergent chef. Il fait un deuxième séjour en décembre 1923 avec son épouse Marie Plouzennec au 21e régiment de tirailleurs algériens. Il est nommé adjudant en 1924, puis sous-lieutenant en 1930, lieutenant en 1932 et capitaine en 1939. Il sera fait chevalier de la Légion d'Honneur le 2 juillet 1936. Maintenu à la mobilisation générale le 2 septembre 1939, il est affecté au 1er RI le 15 novembre 1940. Blessé au début de la guerre, il est évacué sur Bourges. Par la suite, il sera promu commandant puis lieutenant-colonel. Il a été décoré de la médaille militaire, de la croix de guerre 5 étoiles de bronze et 2 étoiles d’argent, de la médaille de Syrie, de la médaille commémorative de la grande guerre et de la médaille interalliés.

Marcel fils s’engage dans l’armée le 11 octobre 1941 pour 3 ans à St Amand à 17 ans par dispense. Il est affecté au 1er RI, 12 e Cie, nommé caporal le 15 juillet 1942, puis caporal chef le 1er mars 1943 et placé en congé d’armistice. Il est libéré le 29 novembre 1943.Après la tragédie de Guerry, le massacre des habitants juifs de St Amand jetés dans des puits par les allemands, il s’engage dans les FFI du Cher le 14 août 1944. Commandés par le colonel Bertrand qui avait regroupés les éléments du 1er RI qui refusaient de cesser le combat, les FFI contraignent la Colonne allemande Elster qui se replie d’Aquitaine à ne progresser que de nuit et finalement à faire sa reddition le 11 septembre 1944. Le 13 septembre, St Amand est libéré.

Le 15 septembre 1944, Marcel rejoint l’armée française en tant qu’engagé volontaire pour la durée de la guerre. Il est nommé sergent le 19 novembre 1944 à la 11e Cie du 1er RI.

Le 1er RI a combattu en Belgique en 1940 et résisté victorieusement à Court-Saint-Étienne, mais il est partiellement détruit dans la forêt de Raismes. Il est reformé à St Amand, après l’armistice en tant que 1er régiment d’infanterie. Il est dissous par le régime de Vichy et le colonel Bertrand cache son drapeau en novembre 1942.Il est reconstitué à la Libération, en août 1944 à partir des éléments du maquis du Cher commandés par le colonel Bertrand, dont Marcel. Le 1er RI participe à la Campagne de France du 30 septembre 1944 au 8 août 1945 au sein de la 1ère armée commandée par le général de Lattre de Tassigny.

La campagne d’Alsace : À l'automne 1944, la 1ère armée est stoppée dans la boucle du Doubs par manque de ravitaillement. Commence alors l'hiver le plus rude que la France ait connu depuis longtemps. Après l'épopée triomphale de la Provence et de la vallée du Rhône, elle entame la terrible campagne d'Alsace, marquée par l'âpreté des combats contre les troupes nazies. Appuyés par la 2ème DB de Leclerc qui vient de libérer Strasbourg, les fantassins issus des maquis libèrent Belfort, combattent dans les Vosges, résistent aux contre-offensives allemandes, prennent Jebsheim et Grussenheim, libèrent Colmar le 2 février 1945, rejetant définitivement les Allemands de l'autre côté du Rhin.

La campagne d’Allemagne : Soutenue par la 7e armée américaine, la 1ère armée lance une offensive dans le sud de l'Allemagne. Elle entame la conquête du Pays de Bade, du Palatinat et du Wurtemberg qui amène la France à la table des vainqueurs le 8 mai 1945 à Berlin. Marcel Pinault franchira avec elle la Forêt Noire et entrera à Stuttgart le 24 avril 1945. A son retour en France, Marcel se marie avec Helen Thompson le 28 août 1945 à Bourges. Il est démobilisé le 13 novembre 1945.

 9 - Du coté de chez Plouzennec

Plouzennec est porté dans le Finistère, le nom correspond à l'adjectif breton "plouzenneg": paillé, pailleux, qui vient de "Plouzeun": la tige de paille. C’est le faucheur, ou celui qui s'occupe du pailler, ou encore celui qui a les cheveux blonds, de la couleur de la paille.

Depuis le XVIIe siècle, la famille a toujours vécu entre Châteaulin et Quimper, dans ce beau pays vallonné de la Cornouaille profonde, terre de légendes et d’enclos paroissiaux. Depuis le village de Kerhoas en Lothey, de Cast à Ploeven, de Rosnoën à St Coulitz et Quemenéven, jusqu’à Gouézec et Briec de l’Odet, au cœur pays Glazik.Le pays Glazik tire son nom de la couleur bleue du costume masculin local, (de Glaz : bleu avec le suffixe -ik : petit). Les femmes en costume traditionnel portaient la coiffe "borledenn" (bourrelet). Ce surnom Glazik, donné aux hommes de ce terroir, leur a été attribué comme souvent par leurs voisins. C'était le drap bleu employé pour la fabrication des costumes qui en est à l'origine. Ce drap bleu provenait des stocks de l'armée de Napoléon à la fin des guerres de l'Empire (1815).Si la famille est restée sur ce petit territoire, c’est que l'Aulne et ses méandres étaient un obstacle aux communications qui n'était franchi par aucun pont à hauteur de Lothey. Pour aller vers le nord, il fallait faire le détour par Châteaulin à l'ouest, sauf à franchir l'Aulne en barque, à ses risques et périls, ce qui fut le cas du drame de Tréziguidy en 1693.

Ce sont des gens de la terre comme beaucoup à cette époque : ils étaient "ménagers", cultivateurs. Le ménager, en Finistère était un agriculteur, à qui un propriétaire terrien louait sa terre pour la cultiver, une sorte de métayer, relativement aisé. Les bâtiments étaient loués pour 27 ans, c'est à dire une vie ! La région était l’une des premières provinces toilières de France, on y cultivait le lin et le chanvre et les toiles qu’elle produisait équipaient les marines européennes et étaient réputées dans le monde entier.

Hervé-Marie Plouzennec est cultivateur en 1901 à Cast, il est patron de 4 salariés. Avec Marie Anne Le Treut, ils auront 4 enfants :Marie Catherine, née en 1898, épouse Marcel Pinault, militaire de carrière, qui finira lieutenant colonel, dont elle aura 2 enfants : Marcel et Paule.Jean-Guillaume Plouzennec, son Frère, né en 1900, s’engagera dans la Marine pour 4 ans en 1919. Il fera la campagne d’Extrême-Orient, en Indochine et en Chine de 1919 à 1921, sur le Croiseur d'Estrées. Il a eu deux enfants.

C’est surtout la coiffe des femmes qui désignait l’appartenance au pays Glazic. A l’origine, elle était composée d’un simple carré de tissu auquel on a ajouté plus tard une petite pointe (bigoud en breton). Le terme évolua en bigouden pour désigner la coiffe elle-même, puis la femme qui la portait et enfin le territoire qui devint le « Pays Bigouden ».Marie Anne le Treut porte le bonnet en usage dans la 2ème partie du XIX eme siècle et Marie Catherine porte la coiffe de Châteaulin du début du XXème siècle.

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 10 - Du coté de chez Thompson / Badlam et Macleod / MacAskill

Thompson est nom très ancien. On en trouve la trace aux origines de l’héraldique, quand les différentes familles ont été répertoriées selon leur notoriété. Thomas est un nom d’origine irlandaise qui signifie “jumeau”. Au Ve Siècle, il se déplace en Écosse avec la colonie de Dal Riata (aujourd’hui Argyll). Au pays de Galles, il s’écrit Tomson ; en Irlande Thompson et en Écosse Thomson. Il désigne le fils de Tom, hypocoristique du prénom Thomas.

Les origines du clan Thompson remontent au XIIe siècle, sur les bords de la Clyde, la rivière de Glasgow dans les "Borders Lands", les "Scottish Lowlands" région de de la marche avec l'Angleterre. Il existe de nombreuses branches, car le clan était important en nombre de personnes. Les archives permettent de remonter jusqu'à John 1er, né à Dumbarton sur les bords de la Clyde né vers 1300. Le clan périclita au XVIIe siècle du fait de l'émigration liée à la persécution des protestants, de la pauvreté et du surpeuplement. Il existe plusieurs devises du clan : Curae cedit vatum" qu'on peut traduire par "sous la protection des prophètes" et "Non oblitus " "sans tache"

L’histoire de la branche américaine commence par un jour de novembre 1620 sur les rives de la baie de Cap Cod aux USA. Francis Cooke et sa femme Hester Mahieu débarquent avec une centaine d’autres passagers du Mayflower. Ils font partie des premiers “Pilgrim Fathers”, les Pères Pèlerins venant de Hollande et d'Angleterre, fuyant les persécutions religieuses et l'instabilité de l'Europe, qui fonderont la colonie anglaise de Plymouth.

Hester Mahieu est une descendante de la famille française “Le Mahieu”, originaire de la communauté protestante du Lot, qui a fui les guerres de religion du XVIe siècle, pour se réfugier dans l’enceinte wallonne de Lille qui faisait alors partie des Flandres espagnoles, jusqu’à ce que Vauban la reprenne en 1667, amenant les réfugiés à partir pour l’Angleterre et la Hollande. Sa sœur Marie, épouse de Jean De Lannoy aura un fils : Philippe de Lannoy, en anglais Philip Delano, ancêtre du président Franklin Delano Roosevelt.

Deux ans et demi plus tard, en août 1623, deux autres bateaux, la “Anne” et la “Little James” arrivent avec 90 passagers à leur bord. John Tomson fait partie des arrivants. Il a 6 ans, il est né vers 1616 au Pays de Galles du nord, en Angleterre, descendant de parents écossais. Le 26 décembre 1645, il se marie avec Mary Cooke, fille de Francis Cooke et Hester Mahieu, née à New Plymouth en 1627. Il sera lieutenant, commandant de garnison, conseiller municipal, etc… Il construit sa maison à Middleboro à l'ouest de Plymouth et l'habite jusqu'à ce qu'elle soit brulée par les indiens ! Il décède en 1696.

Ses descendants viendront ensuite : Jacob Tomson (1662-1726) Marié à Abigail Wadsworth, née en 1693 à Duxbury (Massachusetts), juge de paix.

Lt Jacob Tomson « Clerc Jacob » (1695-1789) Marié à Elizabeth Tilson, née en 1730 à Plymouth, administrateur de l’Etat et écrivain public.Jacob Thomson (1738-1805) Marié à Freelove Phinney, née en 1761 à Bridgewater, capitaine de Cie Militaire.

Salomon Thompson (1762–1844) Marié à Lydia Murdock née en 1786 à Middleborough, diacre de l’Eglise de la 1ere congrégation.Calvin Thompson (1796-1853) Marié à Margaretha Richardson, née en 1821 à Middleborough, charpentier, il vient habiter à Bridgewater.

Calvin Murdock Thompson (1823-1874) Marié en secondes noces en 1858 après le décès de sa 1ere épouse à Helen A. Badlam, née en 1831 à Boston. Vendeur de Chaussures, à Dorchester puis à Hyde Park.

Charles Badlam Thompson (1859-1950) Né à Boston, est ingénieur civil.Il épouse Rachel MacLeod en 1891 à Boston et décède à Hyde Park, quartier résidentiel du sud de Boston, en 1950.

Clifton Badlam Thompson (1892–1928) Né à Hyde Park, est ingénieur et pilote d'avion de l'escadrille Lafayette. Il a une sœur, Helen née en 1895 et 4 enfants :

Jacques (1920-2004), Helen (1921-2006), Gerry (1922-1991), Cliff (1924-1992)

C'est en Écosse que se trouvent les origines de la famille : celles du lieutenant John Tomson, mais aussi de Rachel MacLeodl, la femme de Charles Thompson. Ses parents, les MacLeod de Lewis et les MacAskill, apparentés au clan MacLeod de Dunvegan dans l’île de Skye avaient immigré en Nouvelle Écosse, au Canada, depuis l’ile de Pabbay dans les Hébrides et depuis Bernera dans le comté d’Inverness.

Un héros de l’Escadrille Lafayette : Clifton Badlam Thompson étudie au collège de Dartmouth, il obtient son diplôme d’ingénieur en 1917. Il part pour la France le 5 mai 1917, avec 44 autres étudiants, sur le paquebot “l’Espagne”, en tant que volontaire civil, pour conduire des ambulances.Le 10 juin 1917, il résilie son engagement de volontaire pour s’engager dans l’armée française afin d’apprendre à voler. Après s’être entraîné au camp d’Avord, près de Bourges sur un petit Blériot XI à moteur 3 cylindres, aux ailes coupées "le pingouin", il obtient son brevet de pilote et est nommé caporal le 20 octobre 1917.Il rejoint “l’escadrille Lafayette”, groupe d’américains qui volaient pour la France avant que l’Amérique ne s’engage en guerre et qui avait pour insigne sur son fuselage une tête de sioux. Il est affecté en tant que pilote de combat le 15 janvier 1918, dans l’escadrille “Spad 99”, groupe de combat N°20, qui avait pour insigne un cheval ailé, il vole sur le fameux Spad XIII. Il fait partie de l’aviation française jusqu’au 28 mai 1918, où il est transféré dans le groupe français de l’aviation américaine en tant que sous lieutenant jusqu'à l'armistice du 11 novembre 1918.

Il combat dans les batailles de : Montdidier-Noyon du 9 au 13 juin 1918 Marne-Champagne du 15 au 18 juillet 1918 Aisne-Marne du 19 juillet au 6 août 1918 Oise-Aisne du 19 août au 1er septembre 1918 Meuse-Argonne du 26 septembre au 11 novembre 1918 Au dessus de Soissons, il est au contact de deux patrouilles du groupe Richthofen dont les Fokker au nez rouge sont au-dessus de lui. Deux de ses camarades sont abattus à coté de lui d’une rafale de mitrailleuse. Il réussi à s’en sortir avec son avion criblé de balles. Il a reçu la croix de guerre avec étoile et 2 citations et a été libéré de ses obligations militaires le 2 juillet 1919.

A Bourges, Clifton rencontre Adeline Léger. Ils se marient le 2 juin 1919 et partent pour l’Amérique en septembre, où ils s’installent à Hyde Park, puis à Foxboro, à une trentaine de Km au sud ouest de Boston.

“Le crash” : En 1925 ils déménagent pour Providence. Sa passion de voler amène Clifton à recommencer à piloter. Il devient moniteur puis directeur du club d’aviation de l’aéroport de Providence. Le 24 mai 1928, il devient pilote en chef de “Providence Airport Corporation” et cherche à acheter un avion pour faire le taxi et l'école de pilotage.Il se tue malheureusement le 26 juillet 1928, en essayant un avion Luscombe Monocoupe Velie 70, biplace de 55 cv, orange et noir piloté par Osmond H Mather, pilote démonstrateur du fabricant. Lors d'un looping à 100 pieds (30m), trop près du sol, l'avion monte trop verticalement, part en vrille et s'écrase en prenant feu immédiatement.Après ce drame, Adeline revient en France en 1932 avec ses quatre enfants et s’installe à Bourges où réside sa famille. Adeline y rencontre Fernand Weil. Elle se remarie avec lui le 26 novembre 1938.

L’horreur de la 2e guerre mondiale : En 1940, quand les troupes allemandes envahissent la France, Fernand Weil, qui faisait partie de l’armée de réserve reçoit l’ordre de partir vers le sud. La famille suit donc la colonne de camions militaires, vers le sud et l’Espagne. A l’annonce de la signature de l’armistice le 22 juin 1940, la famille décide de faire demi-tour et s’arrête à St Amand Montrond, ne pouvant aller plus loin puisque Bourges est occupée par les allemands.Les allemands interviennent souvent en zone dite “libre”. En février 1944, les gendarmes arrêtent les trois frères en tant qu’américains. Ils sont envoyés au camp de prisonniers de Royallieu à Compiègne où ils sont à peine mieux traités que les français qui meurent de faim dans des conditions d’hygiène épouvantables avant d’être déportés vers les camps d’extermination. Ils sont libérés le 26 août 1944 avec l’arrivée des troupes américaines. De retour à Bourges, ils s'engageront dans l'armée américaine.

La tragédie de Guerry : Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1944, les allemands et la milice prennent en otages 70 membres de familles juives réfugiées à St Amand, dénoncées par Paoli, un transfuge de la police française. Parmi eux, une dizaine de femmes, parmi lesquelles se trouve Helen. Elle est enfermée avec les autres à la prison du Bordiot à Bourges. Sa mère réussira à la faire relâcher en alertant tout le monde, arguant du fait qu'elle n'est pas juive et de sa nationalité américaine.Fernand Weil, le mari d’Adeline, n’a pas eu cette chance, avec son père et sa tante, ils sont arrêtés chez eux et emmenés aussi à la prison du Bordiot. Trois jours plus tard, avec 26 hommes ils sont conduits dans la ferme de Guerry, dans la commune de Savigny en Septaine où ils sont jetés, vivants pour la plupart, dans trois puits et recouverts de pierres et de ciment pour cacher leur présence. Le 8 août, 8 des femmes arrêtées subiront le même sort. Helen sera la seule rescapée d’un sort épouvantable. Après la Libération, le témoignage d’un survivant qui avait réussi à s’échapper, C. Krameisen, permettra de retrouver le lieu du drame et les corps des victimes.

Helen a connu Marcel Pinault au collège de St Amand. Marcel s’était engagé dans l’armée en 1941 et il a été libéré en 1943. Il s’engage dans les FFI du Cher le 14 août 1944 et rejoint l’armée française le 15 septembre 1944. Il est nommé sergent le 19 novembre 1944 à la 11e Cie du 1er RI et participe à la campagne d’Alsace puis à la campagne d’Allemagne. Il entrera à Stuttgart le 24 avril 1945. A son retour en France, Marcel se marie avec Helen le 28 août 1945 à Bourges.

Après la tragédie de Guerry, Jacques Thomson rejoint Paris où il s’engage dans l’armée américaine. Ingénieur du son, il est affecté au service du cinéma des armées et suivra les troupes jusqu’en Allemagne. Il se marie à Bourges le 12 août 1947 avec Marie-Thérèse Collignon.Ils retourneront ensuite en Amérique ainsi que Gerald et Clifton et s’installeront à Boston.

BADLAM :'Calvin Murdock Thompson (1823-1874) se marie en secondes noces en 1858 à Helen Augusta. Badlam, (1831-1916), second nom porté par Clifton Badlam Thompson.Taskill MacAskill fut vraisemblablement un simple soldat qui servait dans les compagnies indépendantes commandées par le Lord Macleod en 1745, au service du gouvernement, pour résister à la tentative du prince Charles Edward Stewart (Bonnie prince Charly) de reprendre le trône de Grande Bretagne pour son père.Il combattit à la bataille de Culloden Moor en 1746 et ayant survécu au carnage, s'installa à Berneray, la même année.Les clans Thasgail et MacAskill sont ensuite venus de Minginish sur l'île de skye à Bernerai en cette même année 1746.Stephen Badlam (le jeune) né en 1779 participe à la guerre d'indépendance (1812) puis est gardien de prison à Boston. Il épouse Nancy Clark.Nous avons la chance d'avoir leurs portraits datant des tous premiers temps de la photographie.S'ensuit toute une lignée de Stephen badlam qui officiers de marine ou militaires, jusqu'à William Badlam, né vers 1660 à Weymouth, MA, Commandant lui aussi.Stephen Badlam (l'aîné), né en 1751, participe aussi à la guerre d'indépendance en remontant l'Hudson au canada 1775-76). Il est récompensé d'une épée par Lafayette.William henry badlam, le frère d'Helena Augusta, né en 1840 est officier sur l'USS Kearsage qui coule le CSS Alabama pendant la guerre cécession;Clarissa Badlam, née en 1791, soeur de Stephen (le jeune) épouse Ebenezer Dorr, capitaine de la marine marchande qui fait du commerce entre la France les USA.

MACLEOD / MACASKILLLes familles MacLeod et MacAskill étaient alliées ce qui explique les nombreux mariages. Elles sont toutes les deux originaires des Hébrides extérieures, iles situées à l'Ouest de l'Écosse (Pabbay, Berneray, Harris et Lewis etc...)

Le plus ancien ancêtre trouvé est Taskill MacAskill, né vers 1710 à Berneray sur l'île d'Harris. Il fut vraisemblablement un simple soldat qui servait dans les compagnies indépendantes commandées par le Lord Macleod en 1745, au service du gouvernement, pour résister à la tentative du prince Charles Edward Stewart (Bonnie prince Charly) de reprendre le trône de Grande Bretagne pour son père.Il combattit à la bataille de Culloden en 1746 et ayant survécu au carnage, s'installa à Berneray, la même année.Les clans Thasgail et MacAskill sont ensuite venus de Minginish sur l'île de skye à Berneray en cette même année 1746.

Après avoir émigré en Amérique, à la fin du XIXe siècle, les familles se lient en Nouvelle Écosse au Canada où Christine "Kirsty" MacAskill épouse John Macleod vers 1855, vraisemblablement à Boston. Leur fille Rachel épouse Charles Badlam Thompson à Boston en 1891, d'où naitra Clifton l'aviateur.

 11 - Du coté de chez MacLeod

Le patronyme MacLeod d’origine écossaise, désigne le descendant de Leod.Le clan MacLeod est rattaché à l’ile de Skye. Il existe deux branches principales :- Les Macleod de Harris et Dunvegan. (Harris est la partie méridionale de l’ile de Lewis et Harris dans les Hébrides et Dunvegan est le château situé sur l’île de Skye). - Les Macleod de Lewis (Leòdhas en gaélique écossais).

Dans les notes de Clifton Taylor MacLeod né en 1918 à Hingham dans le Massachusetts, on peut retrouver ses origines sur le vieux continent :Son père Kenneth Alexander MacLeod était originaire de Barren Hill, sur l’ile de Cap Breton en Nouvelle Ecosse au Canada et avait épousé Mary Elisabeth Mayne née en 1882 dans le compté de Tyrone en Irlande du nord.Son grand-père John Macleod, né en 1820, est originaire de l’île de Pabbay dans les Hébrides en Ecosse et son arrière grand-mère Catherine MacAskill, née en 1833, de l’île de Bernera dans le comté d’Inverness. (Le clan MacAskill est l’un des sept clans associés aux Macleod de Lewis).Dans une lettre de 1994 il parle d’un voyage au Royaume Uni où il a passé une semaine à Dunvegan, pour participer au “Clan Parliament”, rassemblement de plus de 300 MacLeods venus du monde entier.

Kenneth Alexander et Mary Elisabeth ont 3 enfants :John Shepard MacLeod né en 1910, épouse Rose dont il a un fils. .Kenneth Gordon MacLeod, né en 1913 épouse Jean dont il a 4 enfants.Clifton Taylor MacLeod né en 1918 épouse Jane dont il a 6 enfants, ils vivent en Californie.


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