Chronique familiale



 Le 17 Janvier 1879 à Saugues, Assassinat et Complicité - Un homme mort qu'on fait voyager sur un âne.


Le vendredi 17 janvier 1879, vers dix heures et demie du soir, le sieur Crouzet quittait le bourg de Saugues, par la route d’Esplantas, conduisant au pas une voiture à deux roues, dite jardinière, munis d’une lanterne allumée et qui contenait cinq personnes. La lenteur de cette allure, nécessitée par la présence d’un malade dans le véhicule, permettait au sieur Garet de le suivre à pied la main posée sur un de ses rebords.

Arrivés à 400 mètres environ de Saugues, plusieurs des personnes qui se trouvaient dans la voiture, aperçurent à quelques pas devant elle, trois individus cheminant dans le même sens. L’un d’eux, Antoine Pignol, cultivateur à la Brugère, commune d’Esplantas, âgé de soixante-cinq ans, boiteux et infirme, était monté sur un âne, mais son corps paraissait se balancer sur sa monture, sans pouvoir garder l’équilibre. Les deux autres étaient les accusés André Bouard dit Ramadié, âgé de trente et un a, marié et père de trois enfants, cultivateur, demeurant à la Brugère, et Baptiste Mazel, âgé de vingt et un ans, demeurant à Lavès, commune de Venteuges, ayant eu aussi pendant longtemps son domicile à la Brugère. Ils marchaient à côté de Pignol, le premier à sa droite, le second à sa gauche. La nuit était obscure.

Au moment où la voiture passa, laissant ce groupe à droite, à la distance de 1 m 50 au moins, sans heurter personne et sans éprouver la moindre secousse. Mazel, qui était à gauche de Pignol, se retira en arrière, comme pour faire place. Lorsque la voiture eut dépassé de quelques mètres les trois individus, ceux qui s’y trouvaient entendirent les cris : Aïe ! Aïe ! Poussés à dessein par l’un des accusés pour attirer leur attention. Ils arrêtèrent alors le cheval, mirent pied à terre et s’informèrent de ce qui venait d’arriver. Bouard et Mazel leur montrèrent alors Pignol étendu à terre, la tête fracassée et répandant le sang en abondance par la bouche et par les narines. Le malheureux venait de succomber à ses blessures. Les accusés prétendirent qu’au moment où la voiture arrivait, Pignol était tombé de son âne et s’était tué ; ils laissèrent supposer que cet homme avait été écrasé ou s’était fracturé le crâne en rencontrant une des roues dans sa chute. « Ce n’est pas possible ! s’écria Crouzet. Il n’a pu se tuer si brusquement, la voiture ne l’a pas touché. »

Les témoins ont tous exprimé la même conviction, lorsqu’ils ont été interrogés, sur ce point. Crouzet, à la lueur de sa lanterne, examina d’ailleurs les roues de sa voiture ; il n’y aperçut aucune trace suspecte et ne vit pas davantage de sang sur la route, du côté d’Esplantas, au-delà de la mare de sang, indiquant que la victime avait été frappée par ses agresseurs avant le passage de la voiture. Dans le premier moment, en effet, Bouard avait déplacé le cadavre de Pignol, ainsi qu’il le dit à Crouzet. En vain cherche-t’il à nier aujourd’hui cette circonstance, dont il comprend maintenant toute la gravité. Malgré les étranges particularités qui avaient signalé la mort de Pignol, les autorités locales, sur l’avis d’un homme de l’art, admirent qu’elle pouvait être le résultat d’un accident, et l’affaire ne fut pas d’abord poursuivie.

Mais l’opinion publique accusait avec persistance Bouard et Mazel d’avoir donné la mort à Pignol, et quelques mois plus tard, la justice put reconstituer les preuves de leur culpabilité, en établissant que Pignol avait été tué à l’aide d’une pioche, et que les accusés avaient profité du passage de la voiture du sieur Crouzet pour donner le change et faire croire à un accident.

Bouard, homme violent et redouté, condamné en 1873, par le tribunal correctionnel du Puy à six mois de prison pour coups et blessures, avait contre Pignol des motifs de haine et de vengeance. Il lui avait acheté, en 1878, un pré sis à la Brugère, et essayait vainement d’obtenir, soit une résiliation du marché, soit une diminution de prix. Bouard était donc animé, vis-à-vis de Pignol, de sentiments hostiles qui se manifestaient souvent par des paroles et par des actes de violence. Des témoins ont même rapporté que l’accusé avait formulé contre ce malheureux des menaces de mort des plus précises.

Du reste, depuis le crime, Bouard se laissait publiquement reprocher d’avoir assassiné cet homme, sans protester contre une aussi grave imputation. L’information a établi que, le 17 janvier 1879, vers quatre heures du soir, Bouard et Mazel se trouvaient à Saugues avec Pignol en compagnie de Coutarel, de Dorothée Coutarel, fille de ce dernier, et d’une autre personne. Les accusés se rendirent avec ces divers individus dans plusieurs cabarets. Bouard chercha par deux fois à enivrer Pignol, et lui versa dans sa tasse une mesure entière d’eau-de-vie, dite topette, tout en faisant semblant d’en donner aux autres. On partit de l’auberge Rémy Bois, où Pignol avait mis son âne ; Bouard empêcha Pignol, qui était ivre de coucher dans cette maison où on lui offrait un lit, Coutarel et sa fille restèrent à Saugues. Lorsque les deux accusés partirent avec Pignol, Bouard portât dans son cabas une pioche sans manche, du poids de 2,5 Kgs, appartenant à sa victime ; c’était cette arme terrible, reforgée à neuf le jour même, qui devait servir à commettre le crime.

Le témoin Barthélémy Claude, aujourd’hui décédé, a déclaré que, ce jour-là, vers dix heures du soir, il se trouvait sur la route d’Esplantas, à 150 mètres environ du bourg de Saugues, et qu’étant assoupi dans un fossé, il avait entendu Bouard dire à Mazel : « Il faut le finir aujourd’hui. » Mazel répondit : « Allons Ramadié, fais ton chemin, laisse le tranquille, tu vas te mettre entre les mains de la justice. » Or, le témoin a déclaré qu’il ignorait que Bouard portât le surnom de Ramadié.La femme Grèze, à la même heure, se rendant de Pinatelle à Saugues, pour chercher son mari, entendit, à 400 mètres environ du bourg, une voix qu’elle reconnut pour être celle de Pignol, disant : « Ramadié, tu veux me faire pas tort. » ou « Ramadié, ne me fais pas tort. » Saisie de crainte, elle descendit dans les champs à côté de la route. Elle se blottit d’abord dans une excavation ; puis, restant toujours en contre bas du chemin, elle s’avança de quelques mètres jusqu’à un petit arbre derrière lequel elle se mit en observation.

De là, elle entendit distinctement un coup frappé par un instrument de fer qui, dit-elle, résonna sur les os d’un homme. Pignol s’écria alors, en s’adressant au meurtrier : « Aïe ! Que m’as-tu fait ! »Un second coup, semblable au premier, fut frappé ensuite, et tout retomba dans le silence. La femme Grèze se redressa alors pour voir ce qui se passait, elle aperçut, à trois ou quatre pas devant elle, un homme étendu à terre et deux autres debout près de lui. A ce moment, un âne vint à passer près d’elle, en l’effleurant. Elle reconnut la monture de Pignol. L’âne s’arrêta aussitôt et resta sur la route. Les deux hommes restés debout, qui n’étaient autres que les accusés, allèrent aussi dans le pré et s’accroupirent tout près de la femme Grèze, sans l’apercevoir. L’un d’eux portait sous son bras un objet court qui, dit le témoin, n’était pas un bâton. La femme Grèze, saisie de frayeur, se sauva pieds nus, sans être remarquée. Au moment où elle passait elle aperçut de la lumière de la voiture de Crouzet.

Ce témoin n’a pas tout d’abord révélé à la justice les faits qui étaient à sa connaissance. Son mari, redoutant la vengeance de Bouard, lui avait prescrit de garder le silence. Sous l’empire de scrupules religieux, elle s’est décidée à braver la colère des accusés en disant la vérité tout entière.D’un autre côté, Carel, qui suivait la voiture, a vu tomber Pignol à 60 cm à droite de la route, il ne le releva pas, laissant ce soin à ses deux compagnons. Il avait, par conséquent, la certitude que la voiture ne l’avait pas blessé.

Au moment du passage de la voiture du Crouzet, Pignol était sur son âne. Tout porte à croire, puisque la femme Grèze l’avait vu gisant sur la route, que les meurtriers, en voyant venir la voiture, l’avaient replacé un instant sur son âne après sa mort, qu’ils l’y ont maintenu en s’aidant mutuellement et l’ont laissé tomber quand la voiture a passé, de façon à faire croire à une mort accidentelle. C’est surtout cette circonstance qui caractérise la complicité de l’inculpé Mazel.

La préméditation résulte des menaces proférées par Bouard contre Pignol, et du soin qu’il a pris de simuler son intempérance. Bouard et Mazel opposent aux charges accablantes recueillies contre eux un système de dénégations absolues, contredit par tous les témoignages et par leur attitude après leur meurtre. Ce fut, en effet, avec une hésitation marquée qu’ils se décidèrent à revenir à Saugues avec Crouzet. Pendant le trajet, Bouard marchait loin de ce dernier, du côté opposé de la route, causant à voix basse avec Mazel. Il avait alors la pioche qu’un témoin affirme avoir vue entre ses mains, mais il s’en débarrassa avant d’arriver au bourg en la jetant dans un pré, où elle fut retrouvée deux jours après, légèrement enfoncée dans le sol détrempé.

L’attitude des deux accusés, de Bouard surtout, étaient des plus étranges, et ses propos avaient un caractère sinistre et suspect. Deux médecins commis par la justice, ont attribué la mort de Pignol, au passage de la roue de la voiture sur sa tête. Cette hypothèse, contraire aux témoignages est renversée par le rapport d’un troisième docteur, qui n’hésite pas à admettre que Pignol a été frappé à deux reprises à l’aide de la pioche, une fois sur la face et une fois sur la nuque, et que la mort a été la conséquence de cette seconde contusion.

D’après la dernière expertise médicale, diverses observations scientifiques démontrent que les fractures du crâne n’ont pu être le résultat du passage d’une roue de voiture.Tout confirme donc les témoignages recueillis et aucun doute ne peut subsister au sujet de la culpabilité de Bouard, auquel Mazel a prêté aide et assistance.

Les accusés ont persisté dans leur système de dénégations, malgré les témoignages accablants produits à l’audience.

Trente-deux témoins à charge ont été entendus et deux à décharge.M. Griveau, procureur de la République a soutenu l’accusation.La défense a été présentée par M. Rocher pour Bouard, et par M. Montchamp pour Mazel.Le verdict du jury répond négativement à la question qui concerne Mazel. Celui-ci est immédiatement mis en liberté.

Quant à Bouard, il est déclaré coupable de meurtre. La circonstance aggravante de préméditation est écartée, mais le jury est muet sur les circonstances atténuantes.

La Cour condamne Bouard aux travaux forcés à perpétuité.

Extrait du journal "Le Soleil" du 5 avril 1880 page 3/4https://www.retronews.fr/journal/le-soleil/5-avril-1880/661/1813095/3?from=%2Fsearch%23allTerms%3Dventeuges%26sort%3Dscore%26page%3D10%26searchIn%3Dall%26total%3D122&index=118

TITLE=Liste des victimes de la bête du Gévaudan sur Auvers-La Besseyre-Paulhac-ClavièresMarie-Jeanne Barlier (1765), Claude Biscarat (1765), Jeanne Anglade (1765), Martial Charrade (1765), Pierre Ollier (1766), Jeanne Paulet (1766), Jean-Pierre Cellier (1766), Marianne Pascal (1767), Magdeleine Pascal (1767), Marie Thérèse Dentil (1767), Rose de la Taillère (1767), André Hugon (1767), Catherine Coutarel (1767) Sébastien Biscarat (1767), Anne Blanc (1767). Ont combattu contre la bête: Jean Couret (1765), Marie-Jeanne Valles (1765) Tueur de la bête: Jean Chastel (1708-1789)

Différents maires des communes d'Auvers et de la Besseyre-St-Mary

  Maires de Nozeyrolles puis Auvers

Noms Années
Jean HUGON (Auvers) 1793-1813
François SAVY (Chanteloube) 1814-1816
François ROCHEMURE (Lair) 1817-1825
Etienne SOULIER (Nozeyrolles) 1826-1848
Paul SOULIER (Nozeyrolles) 1849-1870
François CUBIZOLLES (Le Pavillon) 1871-1876
Joseph CROUZET (Lair) 1877-1880
Jean-Claude LAURENT (Auvers) 1881-1883
Pierre LEBRAT (Chanteloube) 1884-1896
Pierre RICHARD (Auvers) 1896-1900
Louis BUFFIERE (Auvers) 1900-1902
Louis RICHARD (Auvers) 1902-1930
Hyppolite REYNAUD (Auvers) 1953-1965
Marcel SALGUES (Auvers) 1965-1983
Gabriel BOISSERIE (Le Pavillon) 1983-2014
René SOULIER (Chanteloube) 2014-2020

  Maires de la Besseyre-Saint-Mary

Noms Années
Jean-Pierre REDON (Sept-Sols) 1793-1799
Jean-Antoine COURET (Hontès-Bas) 1799-1800
Jean-Pierre REDON (Sept-Sols) 1800-1823
Jean-Baptiste ROCHE (La Besseyre) 1823-1824
Jean-Antoine CHARRADE (La Soucheyre) 1824-1832
Gilbert ROCHE (La Besseyre) 1832-1849
Antoine CROUZET (La Boriette) 1849-1852
Gilbert ROCHE (La Besseyre) 1852-1862
Jean-Baptiste ROCHE (La Besseyre) 1862-1871
Louis MONTEL (La Barthe) 1871-1874
Antoine CROUZET (La Boriette) 1874-1881
Baptiste MONTEL (La Barthe) 1881-1884
Baptiste RABAT (Le Moulin Sicard) 1884-1895
Jean DUVERNY (La Besseyre) 1895-1904
Joseph CROUZET (La Boriette) 1904-1915
Baptiste BUFFIERE (Hontès-Haut) 1915-1919
Joseph CROUZET (La Boriette) 1919-1919
Jean PICHOT (La Besseyre) 1919-1920
Eugène LEBRE (La Besseyre) 1920-1935
Joseph BISCARAT (La Besseyre) 1935-1940
Septime BOISSERIE (Pompeyrin) 1940-1945
x x 1945-1965
x x 1965-1971
x x 1971-1977
x x 1977-1995
x x 1995-2001
Jean PASCAL (Sept-Sols) 2001-2008
Georges DALLE (Hontès-Haut) 2008-2014
Jean PASCAL (Pompeyrin) 2014-2020

Evènements de 1906:Le 14 mars, à la Besseyre-Saint-Mary, le maire, dépouillé de son écharpe par les manifestants, lapidé et arrosé d'urine, a dû se refugier à la mairie avec le percepteur où tous deux ont soutenu un siège de quatre heures


Index des pages