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Merci d'avance à tous ceux qui m'apportent des informations généalogiques ou des corrections pour compléter la généalogie des SELVE(S).

Thank you in advance to all who bring me genealogical information or corrections to complete the genealogy of SELVE(S).

Gracias por antemano para los que me traen informaciones genealogicas o correcciones a la genealogía completa de SELVE(S).

Vielen Dank im Voraus zu mir alle, genealogische Informationen oder Korrekturen an der vollständigen Genealogie der SELVE(S) zu bringen.

1539 : Ordonnance de Villers-Cotterêts - Institution des registres de baptêmes avec indication du nom du père
1579 : Ordonnance de Blois - création des registres de mariage, décès et publication des bans
1667 : Ordonnance de Saint-Germain-en-Laye (code Louis) - Tenue des registres en 2 exemplaires dont l'un est déposé au greffe
1685 : Révocation de l'Edit de Nantes, suppression des registres protestants
1787 : Edit de tolérance - Rétablissement des registres protestants
1792, 20-25 septembre : Création de l'état-civil moderne - La tenue des registres est enlevée aux prêtres et remise aux municipalités


  • Né en 1508
  • Décédé le 12 février 1541 (mercredi) - Lavaur, 81500, Tarn, Midi-Pyrénées, France , à l’âge de 33 ans
  • Inhumé - Lavaur (dans la cathédrale de), 81500, Tarn, Midi-Pyrénées, France
  • Évêque de Lavaur de 1526 à 1540, Ambassadeur auprès de la république de Venise de 1535 à 1536, puis auprès du Pape à Rome, puis en Allemagne et en Espagne
2 médias disponibles 2 médias disponibles

 Parents

 Fratrie

 Grands parents paternels, oncles et tantes

  • H Fabien de SELVE, Seigneur du Breuil (Mespial-Haut - Gumont, en Limousin) ca 1420-ca 1479 mariés
  • F Martiale de COUDERC †/1459

  • H Fabien de SELVE, Seigneur du Breuil (Mespial-Haut - Gumont, en Limousin) ca 1420-ca 1479 mariés (1456)
  • F Jeanne de FROIDEVILLE †1464



 Grands parents maternels, oncles et tantes



 Notes

Notes individuelles

http://www.geneanet.org/archives/livres/23681/473

Mémoires

Auteur : Société archéologique et historique de l'Orléanais

Edité en 1883

Page 408 (page 413 internet)

SELVE (GEORGES DE). âÇö La famille de Selve est une
des plus anciennes et des plus nobles du Bas-Limousin. Georges était le fils de Jean de Selve, premier président au Parlement de Paris, qui s'illustra par son dévoûment à la cause de François Ier dans sa lutte avec Charles-Quint. Georges profita de la faveur de son père. A peine âgé de seize ans, le 12 septembre 1522, il était nommé chanoine de la cathédrale de Chartres, et, trois mois après, le 12 novembre 1522, prévôt d'Auvers en cette église. Il garda cette prévôté jusqu'au 28 janvier 1527, qu'il l'échangea contre l'église de Saint-Philbert de Noirmoutiers, au diocèse de Luçon. Il devint ensuite évêque de Lavaur en 1529, et mourut en 1541. François Ier l'employa comme ambassadeur auprès du pape, de l'empereur Charles-Quint et de la république de Venise.

Il composa des Instructions pastorales pour le baptême et la confirmation un Traité sur les moyens de se procurer son bonheur dans ce monde et dans Vautre, un autre Traité sur les moyens d'établir une paix solide entre V empereur d'Allemagne et le roi de France. Tous ces écrits furent réunis et publiés en 1559. Paris, in-fol. François Ier l'avait chargé de traduire en français les Vies des hommes illustres de Plutarque ; il en publia huit en 1535.

Nous connaissons : Discours sur la mort de Georges de
Selves, évêque de Lavaur, par Raimond le Roux, avocat. Paris, 1551, in-8.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57077661.image.r=SELVE.f135.hl

Titre : [Revue historique, scientifique et littéraire du département du Tarn]

Auteur : Société des sciences, arts et belles-lettres du Tarn

Éditeur : [s.n.] (Albi)

Date d'édition : 1877-1922

Type : texte,publication en série imprimée

Langue : Français

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/cb344240271/date

Identifiant : ISSN 11411228

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2008-276478

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344240271

Provenance : bnf.fr

Georges de Selve, évêque de Lavaur, était le troisième fils de Jean de Selve, premier président au Parlement de Paris, et de Cécile de Buxi. Il naquit dans l'hiver ou au commencement du printemps de 1508-1509, probablement vers le mois de janvier ou de février (1 : Les sources authentiques, pour la date de naissance de Georges de Selve, sont données à la première partie, page 13 : Autant que l'auteur les connaît, on ne peut ajouter foi à aucune des sources populaires de biographie).

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Georges de Selve figure à droite sur le tableau des Ambassadeurs de Hans Holbein le Jeune (Huile sur bois, peint en 1533, mesurant 206 x 209 cm et conservé à la National Gallery de Londres). Ce tableau a été identifié grâce à un document manuscrit qui a figuré dans un catalogue de la librairie A. Saffroy, ll y était dit qu' "iceluy sieur Evesque ayant l'année 1532 ou 1533 passé en Angleterre par permission du Roi, pour visiter le susdit sieur de Dinteville son intime amy et de toute sa famille et eux deux ayantz rencontrey en Angleterre un excellent peintre, s'employèrent pour faire iceluy tableau
qui a esté soigneusement conservé au même lieu de Polysy jusques en l'an
1653». Outre le tableau d'Holbein, l'ouvrage de miss Mary Hervey contient la reproduction d'un autre portrait de Georges de Selve conservé actuellement au château de Villers, près de la Ferté-Alais, par M. le marquis de Selve. http://collections.geneanet.org/ouvrages/index.php?action=detail&livre_id=13902&page=301&book_type=livre&rech=SELVE&start=9&tk=e0c23e44aa715521

A peine âgé de seize ans, le 12 septembre 1522, il était nommé chanoine de la cathédrale de Chartres, et, trois mois après, le 12 novembre 1522, prévôt d'Auvers en cette église. Il garda cette prévôté jusqu'au 28 janvier 1527, qu'il l'échangea contre l'église de Saint-Philbert de Noirmoutiers, au diocèse de Luçon.

Georges de Selve, né en 1508, Evêque de Lavaur de 1526 à 1540. Sous François Ier, il remplit avec distintion les fonctions d Ambassadeur auprès du Pape à Rome. Il fut chargé en 1534 de représenter officiellement son souverain en tant qu'Ambassadeur auprès de la république de Venise de 1535 à 1536. Il obtint en dépit des obsessions de Charles Quint, la neutralité de cette puissance dans la lutte engagée entre Charles Quint et le turc Khaïr-Eddim Barberousse que soutenait la France. Dans les premiers mois de 1536, il passa à Rome et prit, de concert avec Hémard de Denonville, Evêque de Macon, une part active aux pourparlers qui devaient aboutir en 1538 à la conférence de Nice entre le roi de France et l empereur. Ambassadeur en Allemagne et en Espagne auprès de l empereur Charles-Quint en 1539 et 1540.

Il composa quelques livres de piété en français et fut chargé par François Ier de faire la traduction, demeurée manuscrite, dans cette même langue, de huit des Vies des hommes illustres, de Plutarque, en 1535, dont le style dénote un familier des lettres grecques.

Il a écrit également :

a) Instructions pastorales pour le baptème et la confirmation.

b) Traité sur les moyens de se procurer son bonheur dans ce monde et dans l'autre, suivant les différents postes ou l on peut être appelé par son souverain.

c) Traité sur les moyens d établir une paix solide entre l empereur d Allemagne et le roi de France.

Ces trois écrit réunis en un volume in-folio publié post mortem en 1559, (dont un exemplaire conservé à la Bibliothèque nationale).

Pierre Bunel , son secrétaire, lui ayant représenté que la vie dissipée des Cours ne convenait point à un Evèque, il se retira dans son diocèse oû il se livra tout entier aux fonction pastorales jusqu à sa mort le 12 avril 1542 à l âge de 34 ans.

Discours sur la mort de Georges de Selve, par Raimond Le Roux, avocat, avec sa réponse à Charles Du Moulin, touchant la dignité du Pape. Paris, 1551, in-8. http://collections.geneanet.org/ouvrages/index.php?action=detail&livre_id=15469&page=298&book_type=livre&rech=SELVE&start=11&tk=302cf97fd19756cb

L'histoire n'était que de la morale en action ; de là le succès des vies de Plutarque. Tout le monde connait la traduction d'Amyot, mais co qu'on sait moins c'est qu'avant lui, un des fils du premier président de Selve, Georges de Selve, mort évêque de Lavaur en 1542, avait traduit en français, sur la
demande de François I", huit vies des hommes illustres de Plutarque. (B. N. Mss. V° Selve.) http://collections.geneanet.org/ouvrages/index.php?action=detail&livre_id=2063&page=663&book_type=livre&rech=SELVE&start=16&tk=2371af144d603763

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57077661.image.hl.r=Revue+historique%2C+scientifique+et+litt%C3%A9raire+du+d%C3%A9partement+du+Tarn.f134.langFR

GEORGES DE SELVE
CHAPITRE PREMIER

LA JEUNESSE DE GEORGES DE SELVE ET SON PREMIER POSTE DIPLOMATIQUE

La carrière de l'évêque de Lavaur, l'ambassadeur de robe longue,
forme un intéressant contraste avec celle de l'homme d'épée ou de
robe courte, dont on a fait connaissance en étudiant Dinteville.
A beaucoup d'égards, l'une complète l'autre. Elles forment ensemble
un tableau typique de la diplomatie de ce temps où les gens d'église
et les gens de loi jouaient un rôle presque égal.

Les missives politiques de Georges de Selve, si on n'avait que
ces documents pour le l'aire connaître, donneraient une idée peu
adéquate à l'homme. Dans le cas du Bailli de Troyes, la note mon-
daine domine naturellement. Avec l'évêque de Lavaur, les événe-
ments extérieurs semblent rapetissés par la profondeur et la fer-
veur de sa vie intérieure. Il ramenait tout à sa vocation spirituelle.
Ses services diplomatiques empêchent, plutôt que d'y aider, de se faire une juste idée de son caractère et de ses connaissances ; ils
constituent, véritablement, la principale marque extérieure de son
existence ; mais, comme ils font ressortir l'aspect mondain plutôt que
l'aspect religieux de sa vie, ils n'en donnent pas une idée exacte.

Georges de Selve, évêque de Lavaur, était le troisième fils de Jean
de Selve, premier président au Parlement de Paris, et de Cécile de
Buxi. Il naquit dans l'hiver ou au commencement du printemps de
1508-1509, probablement vers le mois de janvier ou de février (1).

La famille, de Selve était, disait-on, d'extraction Milanaise (2) et
s'était établie en France, près de Limoges. Le premier de ses mem-
bres qui parvint à une position éminente fut Jean, le père du futur
évêque. A peine est-il, dans l'histoire de France, aux premières
décades du XVIe siècle, un nom plus célèbre que celui de ce légiste et
de cet homme d'Etat. Nul n'atteint à son niveau pour la probité, la
sagacité politique et pour les fidèles services rendus à la Couronne.

Le jeune Georges dut avoir une enfance mouvementée, si la famille
de Jean de Selve l'accompagnait dans les diverses sphères où l'appe-
laient ses fonctions. Après avoir successivement présidé les Parle-
ments de Rouen et de Bordeaux, Jean fut envoyé en Italie, après la
bataille de Marignan, comme vice-gouverneur du duché de Milan.
Ainsi, les premiers souvenirs qui aient pu rester dans la mémoire de
Georges se rattachent à l'Italie. Son séjour dans le Midi prit fin en
1521, lorsque les troupes impériales chassèrent les Français du.
Milanais. Jean de Selve retourna alors en France et fut nommé
premier président du Parlement de Paris. Désormais les influences
qui doivent façonner la jeunesse du futur évêque viendront, autant
qu'on peut le supposer, de son pays natal.

L'enfant avait alors environ douze ans. L'âge précoce auquel il
obtint une distinction, fortifie la croyance d'une précocité extraordi-
naire dans ses études. Il nous dit lui-même, comme on pourra le voir
tout à l'heure, que le célèbre savant Pierre Danes lui apprenait le
grec et le latin. En vérité, si nous pouvons en juger d'après une lettre

(1) Les sources authentiques, pour la date de naissance de Georges
de Selve, sont données à la première partie, page 13 : Autant que l'au-
teur les connaît, on ne peut ajouter foi à aucune des sources populai-
res de biographie.

(2) Bayle le nie et dit que le nom, dont la forme originelle est de
Salva, est d'origine limousine. (Dictionnaire, édit. de 1739, art. Selve).

de Bunel (1), Danès paraît avoir dirigé toute l'éducation du jeune
étudiant. Il n'aurait pu être en meilleures mains, et l'on ne pourrait
imaginer deux esprits d'une nature plus parfaitement semblable que
ceux du maître et de l'élève. Celte similitude de nature se métamor-
phosa en une amitié qui dura toute la vie.

On ne sait pas quand Georges de Selve entra à l'Université de
Paris. Il ne paraît pas probable qu'il subît l'influence de la Sorbonne.
Il était élevé, sans doute, dans une rigide école de théologie catho-
lique-romaine, car, plus tard, il se montra toujours orthodoxe fils d'e
son église. Mais les plus avancés des théologiens de Paris, dont les
quartiers généraux étaient à la Sorbonne, avaient en ce temps-là
une sainte horreur de ces langues classiques dans lesquelles de Selve
apprenait à exceller, sous la direction de Danès. Celui-ci, en effet,
fut l'un des premiers professeurs nommés, quelques années plus tard,
au fameux Collège royal, fondé en vue de faire connaître la science
que les docteurs de la Sorbonne auraient voulu laisser ignorer.

A l'Université de Paris, on n'enseignait, à cette époque, qu'une
des deux grandes branches du droit, essentiel pour assurer l'entrée
à une carrière publique. L'enseignement du droit civil était interdit
et on devait l'apprendre ailleurs. Orléans, Poitiers, Bourges, possé-
daient d'importantes écoles de bras séculier ; les Universités de
province égalaient celles de Paris, en succès sinon en grandeur. Aussi,
beaucoup de jeunes Français allaient à l'étranger, spécialement
en Italie, compléter leurs études. Il fut probablement de leur nombre,
bien qu'il n'existe aucune preuve positive à ce sujet.

Il est certain qu'il dut une partie de son éducation à la libéralité
de François Ier. Il était encore jeune homme quand il traduisit huit
des Vies de Plutarque en français, par ordre du roi, et dans le
prologue qu'il ajouta à son livre et qu'il dédiait à son royal protec-
teur, il parle des obligations qu'il doit au roi : ½ Eslevé où je suis, et
moy et les miens, par vos bienfaits »

La bienveillance du roi semble, d'après ces paroles, s'être étendue
aussi aux frères de Georges de Selve. La famille du premier président
était nombreuse ; elle se composait de six fils (2) et de pas moins de

(1) Petri Bunelli Epistoloe. Paris, 1551. Lettre à Danès (1541), p. 95.

(2) De ces fils, tous, sauf un, servirent, avant ou après, le roi comme
ambassadeurs. On les donne ordinairement dans l'ordre suivant : 1° La-
zare, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, ambassadeur en Suisse; 2° Jean Paul, évêque de Saint-Flour, ambassadeur (à une date
tardive) à Rome; 3° Georges, évêque de Lavaur. l'objet de ce mé-
moire ; 4° Odet, président du Grand Conseil, ambassadeur en Angler
terre, à Venise et à Rome, où il mourut : 5° Jean, abbé de Saint-Vigor ;
6° François, ambassadeur à Constantinople.

huit, filles. Jean de Selve ne devait sans doute pas être riche, et l'aide,
donnée, par François Ier était sûrement la bienvenue.

La traduction des ½ Vies » de Plutarque rendit célèbre le nom de
Georges de Selve. Il déclare, en vérité, dans sa préface, avec une
louable modestie, qu'il n'aurait pu achever son ouvrage sans le
secours de Mre Pierre Danès. Néanmoins l'oeuvre fut considérée
comme remarquable pour un si jeune savant, et des écrivains posté-
rieurs mentionnent de Selve comme le digne précurseur d'Amyot (1).

L'année 1525 vit les longues négociations entre la France et l'Espa-
gne ; elles suivirent la défaite de Pavie et aboutirent à la délivrance.
de François 1er. L'archevêque d'Embrun, plus connu plus tard sous le
nom de cardinal Tournon, Philippe de Chabot, l'amiral de Brion, et
Jean de Selve, premier Président du Parlement de Paris, étaient les
trois principaux commissaires députés par la Régente, Louise de
Savoie, pour représenter la France aux conférences tenues à Tolède.
Montmorency se joignait à eux de temps en temps de Madrid où l'at-
tendait le roi captif ; Gabriel de Grammont, évêque de Tarbes, un
autre futur archevêque, fut ajouté plus tard à la liste des négociateurs.

Leurs efforts furent couronnés, en janvier, par la signature du.
traité de Madrid. L'arrangement était assez humiliant pour le roi de
France ; mais on ne dut qu'à l'habileté des ambassadeurs d'obtenir
un semblant de succès. Enfin cet arrangement rendit le roi à ses
sujets, et lui permettait, au mois de mars suivant, de traverser la
Bidassoa pour rentrer en France.

Le savoir-faire déployé, à cette occasion, par Jean de Selve et sa
profonde connaissance du droit constitutionnel qui prêtait de la force
à son habileté diplomatique, firent une profonde impression sur la
Cour de France. On désira que la reconnaissance pour de si grands
services prît une forme pratique. En conséquence François 1er se résolut
à récompenser le père, qui possédait déjà tout l'honneur qu'il pouvait

(1) Jacques Amyot, auteur d'une célèbre traduction des Vies de Plutar-
que, naquit en 1513 et mourut en 1593. Il fut précepteur des fils
d'Henri II, fut envoyé en mission au concile de Trente et fut évêque
d'Auxerre de 1575 jusqu'à sa mort.

ambitionner, dans la personne de son fils. Au mois de mai qui suivit
l'élargissement du roi, parut la licence papale que nous connaissons
déjà ; à la fin d'octobre de la même année (1526), le siège de
Lavaur devint vacant par suite de la mort de Pierre de Buxi (1), et
Georges de Selve, alors dans sa dix-huitième année, fut désigné par
le roi pour lui succéder (2).

Pour le présent, de Selve pouvait seulement être chargé de l'admi-
nistration du diocèse et jour de ses revenus et du titre. L'Église
interdit la consécration d'un évêque avant l'accomplissement de sa
vingt-cinquième année.

Cependant la nomination du nouveau prélat n'eut pas lieu sans
provoquer des protestations. En 1516, un concordat avait été signé
entre François 1er et Léon X par lequel, en retour du payement des
Annales, le pape concédait au roi de France le droit de nommer aux
bénéfices vacants. L'Église gallicane qui avait joui auparavant du
privilège d'élire ses dignitaires, protesta avec véhémence contre
cette innovation. François 1er, dont le gouvernement tendait de plus
en plus vers le despotisme absolu, s'attacha opiniâtrement à son
autorité usurpée dans les affaires ecclésiastiques. Mais les adminis-
trations locales qui avaient été, elles aussi, injustement frustrées de
leurs droits par le roi et le pape, mirent souvent en avant un pré-
tendant rival et disputaient chaque pouce de terrain au candidat du
roi. Leurs protestations étaient d'autant plus excusables que le
roi, depuis la signature du Concordai, foulait aux pieds toutes les
lois canoniques ayant trait à l'âge et à la capacité des personnes
proposées (3), remplissant les vides faits dans les bénéfices simple-
ment au gré de sa convenance personnelle et de son bon plaisir.
Ce fut une bonne fortune, plutôt que l'application convenable des

(1) Probablement un parent de la mère de Georges de Selve.

(2) Toute la confusion dans les sources populaires relative à la date
de naissance de de Selve, semble provenir d'un récit inexact ou d'une
faute d'impression. On date de 1524 sa promotion à l'épiscopat ; de ce
fait joint à cet autre, qui est incontestable, qu'il fut nommé dans sa
dix-huitième année, on déduisit, sans preuves, qu'il devait être, né en
1506. Les faits donnés ci-dessus établissent que les circonstances de sa
nomination sont telles qu'il est impossible qu'elle ait eu lieu avant
1526, même si la licence du pape n'était pas une preuve positive de
son âge.

(3) Le cardinal de Lorraine, de la maison de Guize, fut fait arche-
vêque de Reims en 1534, à l'âge de neuf ans.

principes de sélection en matière de bénéfices, qui fit tomber le choix
royal sur un candidat aussi éminemment convenable que Georges de
Selve. Cependant on ne voit pas clairement pourquoi les relations du
roi avec l'Église gallicane intéressaient le légat d'Avignon, le cardinal
de Clérmont, ou pourquoi ce prélat intervint alors et essaya d'annuler la
nouvelle nomination. Le siège métropolitain d'Avignon, qui était sous
l'autorité papale, était gouverné par un légat qui nommait aux évêchés
du ressort de la métropole ; mais comme Lavaur n'était pas compris
dans sa juridiction, l'intervention du cardinal-légat semble difficile à
expliquer. Il est possible qu'on lui eût promis le droit de nommer à
cette, vacance particulière. Il reste certain toutefois que Clermont
réclamait ses droits sur le siège de Lavaur ; et, à en juger par l'agita-
tion que son action fit naître à la Cour de France, sa réclamation avait
quelque apparence de droit.

Dans une série de lettres qui existent encore (1), les divers mem-
bres de la famille royale insistèrent vivement auprès de lui pour l'en-
gager à retirer sa réclamation. François 1er le lui demanda dans une
lettre datée dé St-Germain le' 1er avril. ½ Pour l'amour de moy et de
½ ma prière, vous désister de la poursuite dudict évesché, vous démet-
½ tant au proffict du dict président de tout le droit que vous pouvez
½ avoir et prétendre audict évesché ».

La mère du roi, Louise de Savoie, dont Jean de Selve avait été le
bras droit pendant le cours de sa régence, écrit avec plus d'insistance
encore.

½ Vous avez par cy devant entendu le désir que le Roy et moy
½ avons que le fils de Mr le Premier Président soict pourveu de
½ l'evesché de Lavaur, et pour ce que le dict seigr et moy n'avons
½ encore eu responce de vous qui en ce satisface a nostre intention,
½ j'ay esté meue, mon cousin, derechief vous en rescrire, vous prient

(1) Les originaux de ces lettres sont au château de Villiers, près dé
la Ferté-Alais, et appartiennent au. marquis de Selve, à l'affabilité
duquel l'auteur doit de pouvoir les utiliser ici. On en trouve des copies
à la Bibliothèque Nationale de Paris (Carrés d'Hozier, vol. 579). Elles
ne portent point de date d'année ; elles, sont seulement datées du jour
et du mois. Celles qui sont adressées au cardinal-légat peuvent cepen-
dant avoir été écrites au printemps qui suivit la nomination de Selve,
c'est-à-dire en 1527. Deux séries de lettres sont mêlées à la fois dans
les originaux et les copies; ainsi, tout au moins, une lettre de la reine
de Navarre qui ne fut écrite qu'après la mort du président de Selve,
survenue en 1527.

½ tres affectueusement d'autant que je sauroys jamais pour nulle autre
½ chose, faire que vous veuillez, a la requeste du dit sgr et miene,
½ vous desister de la poursuite et aussi de metre au proffit et en
½ faveur du filz du dit premier president de tout le droict que vous
½ pouyes pretendre audit bénéfice : estant asseuré que le dit sr ei
½ moy aurons memoire de ce plaisir en meilleure chose, de sorte que
½ vous en serez content, vous advisent au demeurant et pour conclu-
½ sion que led. sr et moy porterons tout outre le tilz dudit premier
½ president en cest affaire jusques en. faire le nostre propre ; pour ce
½ je vous prie encores ung bon cop, mon cousin, que vous veuillez
½ bien y pencer, et en cest endroict obtemperer a la tres affectionnée
½ requeste dudit sgr et de moy. Et adieu, mon cousin, lequeilh je
½ vous prie vous avoir en sa saincte garde.

½ Escript a St Germain en Laye le premier jour d'avril. »
Suit un post-scriptum écrit de la main de la reine-mère :
½ Je vous prie, mon cousin, que vous complezes au Roy et à moy
½ du contenu cy-dessus, et vous vous en trouverez bien.

½ Vostre bonne cousine,
½ LOYSE. »

½ A mon cousin, le cardinal de Clermont, legat d'Avignon. »

Montmorency est poussé à intervenir par la famille royale. Son
intervention avait une autorité spéciale, parce que M. de Clermont,
frère du légat, était son représentant dans le Languedoc, dont le roi,
lui avait accordé le gouvernement, l'année précédente. Ecrivant, le 3
avril, au Cardinal, en faveur de Georges de Selve, Montmorency dit
que le roi et sa mère ½ ont la chose si très a cueur que ne le vous
½ pouroys assez escripre. »

Une remontrance venant de si haut ne pouvait rester méprisée. Le
cardinal retira sa réclamation. En vérité il eut l'esprit d'accéder aux
désirs de la Cour sinon avec joie du moins avec grâce. Le 22 juin, il
écrit à Georges de Selve, en réponse, semblerait-il, à l'expression de
la gratitude de ce dernier :

½ Monsr de Lavaur, mon amy. j'ay receue la lettre que m'avez
½ escripte, et n'est besoing user de remerciement en mon endroit,
½ car je suis trop et de tout temps amy de vostre pere et luy voul-
½ drois faire et à toute la rasse plaisir. Vous adviserez de vostre
½ cousté si en autre chose me voulez emploier, et ne me trouverez

½ jamais autre que bon frere plus par effect que de parolle ; et ainsi

½ vous prie le croyre ; qui sera la fin de la presente apres, avoir

½ prié le Createur vous avoir en sa saincte ; garde. D'Avignon ce

½ XXIIe de jung. Vostre meilleur frEre et amy.

½ F. Card, de CLÉRMONT. ».
A Monsr. de Lavaur.

Ainsi l'affaire était réglée, et la nomination de 1526 confirmée.
Mais les embarras techniques furent si longs à accommoder que dix
autres mois s'écoulèrent avant que Georges de Selve pût prêter le
serment de fidélité pour le temporel du siège de Lavaur (1).

L'année 1529 vit l'évêque dé Lavaur employé pour la première fois:
dans une mission diplomatique. La première édition de la Grallia
chrisliana (2) établit que Georges de Selve fut envoyé comme ambas-
sadeur, cette même année, auprès de Charles-Quint et de là République
de Venise ; de même une notice biographique, conservée à la Biblio-
thèque Nationale, à Paris, confirme le fait en ce qui concerne l'am-
bassade auprès de l'Empereur (3). La mission à Venise semble aussi
trouver confirmation dans l'énoncé des ½ Dons du Trésor » de
1533 (4).

L'ambassade de Georges de Selve à la cour de Charles-Quint, en
1529, est d'un intérêt spécial pour l'étude des ½ Ambassadeurs »,
d'Holbein. Il semble fort probable que le jeune évêque assista à la
Diète de Spire comme représentant 1 de la France, mission qui s'ac-
corde bien avec la présence du livre des Hymnes Luthériennes place
près de lui dans le tableau d'Holbein. Au début même de sa carrière,

(1) St-Germain, 3 mai 1528. Paris. Arch. Nat. P 556 1, cote 710,. Bibl.
de l'Institut, Coll. Godefroy, Mémoire de M. de Camusat sur les enfants
et descendants du Premier Président de Selve.

(2) Gallia Christiana, 1656, vol. III, p. 1142. La notice qu'on y trouvé
sur la mission de 1529. n'est pas dans l'édition de 1715 (jusqu'ici citée
dans cet ouvrage) où l'article de Georges de Selve fut réimprimé,
et augmenté. Cette circonstance peut sembler mettre, en suspicion
l'authenticité de l'information extraite de l'édition antérieure. Mais
comme elle est confirmée par plusieurs autres sources indépendantes,
il est probable que les faits de l'édition primitive sont exacts, mais que
les premiers travaux diplomatiques de. l'évêque furent négligés dans
l'édition suivante, par suite de l'importance plus grande donnée à l'oeu-
vre de son âge mûr.

(3) Paris. Biblioth. Nat. Cabinet d'Hozier, vol. 304, f° 28.

(4) Cf. la note à la fin de ce chapitre.

il est ainsi occupé de ces idées de fusion religieuse qui absorbèrent
une si grande part de son attention pendant toute sa vie.

Sa jeunesse est vraiment une circonstance frappante si on la met
en regard de l'occasion si importante où il fut employé ; mais telles
étaient la précocité d'esprit et la gravité de caractère de l'évêque
qu'il semble avoir habituellement produit l'impression d'un homme
considérablement plus vieux qu'il ne l'était (1).

Parmi les oeuvres de Georges de Selve, qui furent réunies et
publiées après sa mort, il y a deux oraisons ou ½ Remonstrances »,
comme il les qualifie, adressées aux Allemands, ayant pour but de les
ramener à l'obéissance à l'Eglise. Ces deux discours furent rédigés
pour être prononcés aux Diètes publiques, tenues en Allemagne, pour
l'établissement de l'unité religieuse. Le second, comme on pourra le
voir bientôt, fut composé en réponse à une invitation spéciale de
Charles-Quint en 1510. Le premier en date, placé par erreur le der-
nier par l'éditeur des OEuvres réunies, est évidemment l'oeuvre d'un
très jeune homme. Un simple coup d'oeil donné à ce discours paraît
confirmer la supposition qu'il fut composé pour être prononcé à la
Diète tenue à Spire en 1529

Après tant et de si grands personnages, dit le jeune orateur, qui
sont déjà venus ici dans l'espoir d'apaiser les dissensions de l'Eglise,
ce serait une grande présomption de la part d'un homme quelconque
d'essayer de donner son avis. Mais ce serait également agir en lâche
que de reculer quand on doit prendre part aux délibérations. C'est à
l'appel de son roi qu'il a répondu, à un moment où une pareille audace
ne serait pas venue à sa pensée ; elle s'impose à lui par la volonté de
Dieu, celte audace de venir là et d'essayer d'apporter son concours
à l'apaisement de ces grandes divisions. Il voit aussi que ce rôle
incombe à ceux qui ont charge du salut des âmes; en outre, il
a depuis longtemps ressenti une grande peine du malheur des temps
et un extrême désir d'y voir remédier, quand même ce serait au
prix de tous ses biens terrestres, même au prix de quelque chose de
plus. En présence de ces choses, bien qu'empêché par l'ignorance et
l'incapacité, il était de son devoir d'accepter la charge qu'on lui avait
imposée. Il demande qu'on n'attende de lui rien de bien élevé ni de
bien profond. Quoique son esprit soit incapable de hautes envolées,

(1) Beaucoup d'observateurs conviendront que laprésence de l'Evêque
de Lavaur dans le tableau d'Holbein confirme cette remarque.

n'étant qu'un simple débutant dans la profession des lettres, il sait
que la vérité des choses n'est pas tellement cachée qu'elle ne puisse
être dévoilée à l'esprit des plus,simples (1).

Il semblerait que ce discours est divisé en deux parties dont la
première, seule, a été conservée. L'enseignement contenu dans cette
partie n'exige pas ici une analyse minutieuse. Mais il est à remarquer
que, tout en s'enfermant dans les lignes de la doctrine catholique,
Georges de Selve trouve déjà la note qui prédominera dans ses écrits
postérieurs, prenant pour base de tous ses arguments la doctrine du
Nouveau Testament.

Les références de l'auteur sont tirées des Ecritures, et, dans le cas
qui nous occupe, des épîtres de Saint-Paul, fait qui n'est pas sans
intérêt chez un jeune prélat catholique-romain, à cette période de l'his-
toire (2).

A la fin de l'année 4529, Georges de Selve perdit son père. Le
premier président fut enterré dans l'église Saint-Nicolas-du-Chardon-
net à Paris. Sur la pierre sépulcrale, aujourd'hui ruinée, fut placée
une épitaphe en mémoire de lui (3), dans le style de celle de Gaucher
de Dinteville.

La mort de Jean de Selve causa un réel et profond chagrin dans les
cercles royaux de France. Le reflet de ce sentiment est encore appa-
rent dans une lettre du mois d'avril suivant (1530), adressée par la
reine de Navarre à l'archevêque de Bourges. Marguerite recommande
à la bienveillance du prélat l'évêque de Lavaur, porteur de la lettre.
Elle lui demande de continuer »½ à ces pauvres enffans » l'affection
qu'il avait pour ½ feu monsieur le Premier Président ». Le titulaire du
siège archiépiscopal, à celle époque, n'était autre que François de

(1) OEuvres de Feu Révérend Père en Dieu, Georges de Selve, Evesque
de la Vaur. Paris, 1559. Autres Remontrances faictes par le dict de
Selve aux dits Alemans. â-á

(2) La Diète de Spire de 1529 fut, comme on le sait bien, une des
plus réactionnaires des grandes assemblées tenues à cette époque de
la Réforme. La plupart de ceux qui y assistèrent étaient des partisans
de Rome. En conséquence, les résolutions, prises furent toutes en
faveur du vieil ordre de choses, et beaucoup de décisions avantageuses
aux Luthériens, qui avaient été d'abord, accueillies, furent réservées.
Pendant un certain temps, la Réforme fut violemment réfrénée. En
guise d'opposition à ces procédés, la minorité rédigea la fameuse Dé-
claration qui, la première, donna naissance au nom de ½ Protestants. »

(3) Paris, Bibl. Nat. ms.fr, 842, f° 122 b.

Tournon qui, en qualité d'archevêque d'Embrun, avait coopéré, avec
Jean de Selve, aux négociations qui avaient précédé le traité de
Madrid. Il était, à ce moment, à la veille de sa promotion au cardinalat.

Dans une seconde lettre, écrite une semaine plus tard à Anne de
Montmorency, qui était occupé dans le Midi par ses devoirs de gou-
verneur du Languedoc, Marguerite remplit le même bon office, Elle
n'avait pas voulu, dit-elle, laisser partir l'évêque de Lavaur pour
le Midi sans lui demander de porter à Montmorency quelques nouvelles
de la Cour et d'elle-même (1). Mais ces paroles ne font que servir de
prétexte aux chaudes expressions par lesquelles la reine recommande
à son correspondant le porteur de la lettre. ½ Vous connaissez aussi
bien que moi, continue-t-elle, les services du père et la grandeur de
ses mérites, et quelle gratitude ils méritent aux membres de la
famille. » Il semblerait résulter de cette lettre qu'à cette époque
Montmorency ne connaissait pas ou très peu le jeune évêque.

Ces deux missives sont datées de Blois où de Selve s'était sans
doute arrêté pour visiter la Cour en se rendant à Lavaur.

A part ces indications si éparses, on ne peut juger de ses mouve-
ments dans l'année qui s'est écoulée.

Au mois de novembre 1532, une nouvelle douleur, la mort
de sa mère, s'abattit sur lui (2). Le printemps suivant le vit en Angle-
terre l'hôte de son ami, le Bailli de Troyes.

Le voyage de l'Évêque de Lavaur dans ce pays commença quelque
temps avant Pâques 1533 (3) et se termina avant la fin du mois. Il
n'est pas nécessaire de répéter ici les rares faits relatifs à cet évène-
ment ; ils ont été déjà relatés dans des chapitres précédents.

Au mois de décembre de la même année, il fut nommé ambassa-
deur de France à Venise. A en juger par les termes du don com-
pris dans les Extraits des Comptes, qui rapporte le premier paie-
ment qu'on lui ait fait, il avait été déjà envoyé en courte mission
dans celle ville à une époque antérieure (4).

(1) Archives du château de Villiers (marquis de Selve) et Paris, Bibl.
Nat.. Carrés d'Hozier, vol. 579, f° 341.

(2) Paris, Bibl. de l'Institut, collection Godefroy, f° 414. Obsèques de
la femme du premier président de Selve, 27 nov. 1532.

(3) Pâques tomba, cette année, le 13 avril.

(4) ½ A Mre George de Selve, evesque de Lavaur... pour aller comme
ambassadeur devers le duc et seigneurie de Venise, et illec... devant
ledit temps, pour leur communiquer les choses dont il lui a donné

Le don est daté de Lyon, où la Cour séjournait à cette époque, à
son retour de l'entrevue avec le Pape Clément VII. C'est là proba-
blement que l'évêque reçut les dernières instructions avant de partir
pour commencer sa nouvelle mission. Ici également, il dut rencon-
trer de nouveau son ami, le Bailli de Troyes qui, précisément à cette
époque, arrivait à Lyon après un long séjour en Angleterre. Il est à
présumer cependant que de Selve ne séjourna pas longtemps dans
cette dernière Ville, car son traitement fut compté à partir du 12
décembre.

CHAPITRE II

L'ÉVEQUE DE LAVAUR AMBASSADEUR A VENISE ET A ROME

Vers le milieu de l'année 1634, ayant atteint l'âge canonique,
Georges de Selve fut sacré évêque (1). Cel événement eut-il lieu en
France, avant son départ pour l'Italie ? ou bien visita-t-il Rome
expressément dans le but de sa consécration ? ou bien fut-il sacré à
Venise ? On l'ignore. La seule chose que nous sachions de lui comme
ambassadeur de France dans cette ville, ce sont les actes de son
ambassade.

Il serait fastidieux de raconter par le menu les multiples varia-
tions des politiques italiens, variations qu'il était du devoir de
l'évêque de Lavaur de noter et de signaler, à la Cour de France.
Pendant, une partie du temps qu'il passa à Venise et qui dépassa
l'espace de trois années, Georges d'Armagnac, évêque de Rodez,
lui était associé comme ambassadeur. Nombreuses sont les dépê-
ches envoyées en France qui portent la signature des deux prélats.
Elles donnent une idée vivante des tentatives rivales de Fran-
çois 1er et de Charles-Quint pour s'assurer l'amitié des princes ita-
liens et des démarches faites, de son côté, par le roi de France en
vue de parvenir à cette fin désirable. Chaque mouvement des Italiens
et plus spécialement du pape était guetté comme une souris l'est par
un chat. Chaque déviation des Italiens vers les Impériaux, n'eût-elle
été que de l'épaisseur d'un cheveu, faisait l'objet d'un rapport. Les

charge et celles qui adviendroient ci après. » âÇöLyon, 2 décembre 1533.
Paris, Bibl. Nat., Cabinet d'Hozier, vol. 304 (Dossier Selve), f° 15. Extraits
de Comptes, etc.

(1) Gallia Christiana (1715), vol. XIII (1722), p. 344. Ecclesia Vaurensis,
n° XXI, Georgius de Selve.

relations entre Venise et les Turcs, avec qui François était à la veille
de s'allier définitivement, est un autre point digne d'intérêt. De nou-
veau, en 1536, quand éclata la guerre entre la France et l'Empire, les
détails puisés aux sources italiennes sur les projets supposés de.
Charles en vue de la conduite de la campagne, forment une part con-
sidérable des dépêches.

Il serait plus intéressant, s'il était possible, d'étudier les travaux
personnels, les amitiés et les correspondances de Georges de Selve
pendant son séjour en Italie.

Les presses Aldine, sous la direction de Paolo Manuzio, se met-
taient en branle. Des savants, laïques et ecclésiastiques, de tous les
types et de toutes les nations, remplissaient les quais de Venise ; une
correspondance incessante avec l'Université voisine de Padoue ajoutait
un nouvel élément à la vie intellectuelle. Par dessus tout Venise était la
grande route vers l'Orient ; et, soit qu'on allât à la recherche des rares
manuscrits grecs, soit qu'on fût envoyé par le roi de France auprès des
Turcs pour quelque mission secrète, ou qu'on s'y rendît pour un actif
échange de riches marchandises, tous devaient passer par son port.

Savant lui-même et de haute réputation, de Selve n'aurait pu
respirer une telle atmosphère sans, en quelque sorte, s'en impré-
gner. Il se mêla ardemment aux savants partis qui l'entouraient,
déployant une ardeur spéciale pour les manuscrits classiques. Pierre
Danès, auquel il devait en grande partie sa brillante connaissance des
langues anciennes, l'avait accompagné à Venise où, dit Thévet, ½ il
n'y eut antiquité, cabinet ou rareté » que Danès n'ait visité (1). Là
encore, l'évêque s'attache à un autre savant, Pierre Bunel, qui avait
longtemps séjourné dans la ville de Lagoons, au service du prédéces-
seur de Selve, Lazare de Baïf (2).

(1) Thevet. Histoire des plus illustres hommes, etc. Paris, 1661, vol. VIII,
chap. II, p. 25.

(2) Pierre Bunel, appelé par Bayle (Diction, 2e édition, 1735) ½ un des
plus honnêtes écrivains latins qui vécurent au XVIe siècle », était né à
Toulouse en 1499. Il étudia avec beaucoup de distinction à l'Université
de Paris, et, de là, se rendit à Padoue. Il resta trois ans au service-
de Lazare de Baïf à Venise (ami de François de Dintevillé, évêque
d'Auxerre) ; après, il entra au service de Georges de Selve, auprès
duquel il resta jusqu'à la mort de ce prélat. Il se trouva alors plongé
dans la misère; il en fut tiré par la famille Du Eaur, qui envoya Bunel
en Italie, comme précepteur des enfants. Bunel mourut de la fièvre
à Turin, en 1546.

relations entre Venise et les Turcs, avec qui François était à la veille
de s'allier définitivement, est un autre point digne d'intérêt. De nou-
veau, en 1536, quand éclata la guerre entre la France et l'Empire, les
détails puisés aux sources italiennes sur les projets supposés de.
Charles en vue de la conduite de la campagne, forment une part con-
sidérable des dépêches.

Il serait plus intéressant, s'il était possible, d'étudier les travaux
personnels, les amitiés et les correspondances de Georges de Selve
pendant son séjour en Italie.

Les presses Aldine, sous la direction de Paolo Manuzio, se met-
taient en branle. Des savants, laïques et ecclésiastiques, de tous les
types et de toutes les nations, remplissaient les quais de Venise ; une
correspondance incessante avec l'Université voisine de Padoue ajoutait
un nouvel élément à la vie intellectuelle. Par dessus tout Venise était la
grande route vers l'Orient ; et, soit qu'on allât à la recherche des rares
manuscrits grecs, soit qu'on fût envoyé par le roi de France auprès des
Turcs pour quelque mission secrète, ou qu'on s'y rendît pour un actif
échange de riches marchandises, tous devaient passer par son port.

Savant lui-même et de haute réputation, de Selve n'aurait pu
respirer une telle atmosphère sans, en quelque sorte, s'en impré-
gner. Il se mêla ardemment aux savants partis qui l'entouraient,
déployant une ardeur spéciale pour les manuscrits classiques. Pierre
Danès, auquel il devait en grande partie sa brillante connaissance des
langues anciennes, l'avait accompagné à Venise où, dit Thévet, ½ il
n'y eut antiquité, cabinet ou rareté » que Danès n'ait visité (1). Là
encore, l'évêque s'attache à un autre savant, Pierre Bunel, qui avait
longtemps séjourné dans la ville de Lagoons, au service du prédéces-
seur de Selve, Lazare de Baïf (2).

(1) Thevet. Histoire des plus illustres hommes, etc. Paris, 1661, vol. VIII,
chap. II, p. 25.

(2) Pierre Bunel, appelé par Bayle (Diction, 2e édition, 1735) ½ un des
plus honnêtes écrivains latins qui vécurent au XVIe siècle », était né à
Toulouse en 1499. Il étudia avec beaucoup de distinction à l'Université
de Paris, et, de là, se rendit à Padoue. Il resta trois ans au service-
de Lazare de Baïf à Venise (ami de François de Dintevillé, évêque
d'Auxerre) ; après, il entra au service de Georges de Selve, auprès
duquel il resta jusqu'à la mort de ce prélat. Il se trouva alors plongé
dans la misère; il en fut tiré par la famille Du Eaur, qui envoya Bunel
en Italie, comme précepteur des enfants. Bunel mourut de la fièvre
à Turin, en 1546.

La première lettre que nous possédions de lui, écrite de la belle
cité baignée par l'Adriatique, est datée de février 1534 ; elle
est adressée à la duchesse de Chartres (1). Georges de Selve ex-
prime sa joie à la pensée de voir bientôt cette, princesse à Ve-
nise. Le ton de cette lettre et des autres adressées par lui à cette
même princesse pendant son séjour en Italie, est celui d'une amitié
sincère, malgré les sympathies bien connues de Renée pour les
Réformateurs (2). Mais, à sa cour de Ferrare, tous ses compatriotes,
à quelque classe qu'ils appartinssent, étaient sûrs d'être les bienve-
nus, à ce point que la partialité qu'elle montrait pour eux était vue
de mauvais oeil dans sa patrie d'adoption où le chemin qu'elle avait
à parcourir était souvent épineux.

Une autre indication de la présence de l'évêque à Venise, existe
dans une lettre adressée par Bunel à l'un des jeunes frères du nouvel
ambassadeur, Odel de Selve, qui devait sans doute, à cette époque,
étudier à Padoue. Bunel le connaissait probablement avant l'arrivée
de l'évêque de Lavaur, car, dans sa lettre, il fait allusion à
une journée récemment passée avec Odet à l'Université. La mis-
sive parle longuement, eu termes chaleureux, de la piété de l'évê-
que de Lavaur et de la courtoisie, de la franchise de Pole ;
dans cet éloge il comprend aussi Sadoleto. L'écrivain ajoute
une note spéciale d'admiration pour les principes qui, dans son
opinion, ont permis à Pole de placer les choses spirituelles au-dessus
de toute philosophie mondaine ou de tout avantage temporel (3).
Plusieurs des amis italiens du futur cardinal semblent avoir la
même estime pour le caractère de Pole, et cela explique la chaude
sympathie qu'un homme aussi peu mondain que Georges de Selve
lui avait vouée. Son intimité avec Pole devint vraiment le point sail-
lant du séjour de l'évêque de Lavaur en Italie. Nous aurons souvent
l'occasion de revenir sur ce sujet.

Dans d'autres lettres de Bunel adressées à divers correspondants

(1) Renée de France porta ce titre jusqu'au jour où son mari devint,
sous le nom d'Ercole II, duc de Ferrare, ce qui arrivaplus tard, en cette
même année (1534).

(2) De Selve essaya même d'obtenir pour elle la mise en liberté de
quelques-uns de ses ½ protégés » Français qui avaient été emprison-
nés sous l'accusation d'hérésie. (Bart. Fontana, Renata di Francia, vol. 1,
p. 344.)

(3) Petri Bunelli Epistoloe, p. 164. A Odet de Selve, 16 janvier 1534.

se reflète avec vivacité, l'impression, frappante faite sur lui par de
Selve lui-même dans sa nouvelle sphère. Aussitôt, dit l'écrivain, que
lui, Bunel, eut jeté les yeux sur celui dont il avait entendu dire tant
de grandes choses et par tant de personnes, sur son éminente sain-
teté, son savoir,; sa bienveillance, son unique pensée fut d'obtenir
l'autorisation de rester auprès de lui. Jamais il ne reçut de con-
seils plus saints et plus doux que ceux qui lui venaient de l'évêque.
De nouveau, quand, plus lard, Bunel se fatigua de l'Italie et
voulut revenir en France, ½ la seule chose qui adoucit pour lui les
heures de l'attente c'est qu'il demeurait avec un modèle dont la
conduite et le caractère sont aussi profondément vertueux qu'ai-
mables, dont la vie ne présente pas même l'ombre d'un soupçon
de blâme, chez : qui chaque parole et chaque, action ne montrent
rien plus que de la douceur ». Il continue et parle de' ½ l'éton-
nante sagacité de l'évêque dans la tractation des affaires, saga-
cité qui est au-dessus de son âge et dépasse toute croyance;
de sa grande science de la langue grecque, de sa merveilleuse
éloquence.... » (1). Ce langage peut sembler exagéré à des mo-
dernes. Mais il est nécessaire de relever de tels passages pour
bien comprendre en quelle extraordinaire estime les contemporains
de Georges de Selve tenaient son caractère et ses talents.

Quelles étaient les relations de l'ambassadeur avec le monde de
l'art ? Etait-il possible de demeurer à Venise sans y pénétrer, quand
la renommée du Titien était à son apogée, quand les fresques exécu-
tées par lui et Giorgione sur le Fondaco dei Tedeschi brillaient dans
leur primitive fraîcheur, que la main du temps et la ruine n'avaient
pas' encore obscurcies et rendues telles qu'elles sont aujourd'hui ;
quand l'embellissement de la vie extérieure était une passion pour
tous les hommes ; quand la plupart de ceux, avec qui l'évêque entre-
tenait personnellement des relations privées ou officielles, étaient des
protecteurs enthousiastes de l'art ? Lui était-il possible, dans de
telles conditions, de rester un spectateur indifférent ?

Indifférent, un homme si bien doué et si sensible ne l'était certai-
nement pas. Mais les tendances ascétiques, implantées en lui par la
nature et accentuées par une éducation si rigoureuse et si persistante,
formaient un contraste frappant avec la luxuriante vitalité de Venise.
En dehors des frontières de celte vocation religieuse qui remplissait

(1) Petri Bunelli Epistoloe, pp. 30 et 45.

presque toute son âme, son amour de la littérature et l'intérêt qu'il
prenait aux classiques étaient probablement l'unique Irait d'union
qui le rapprochait des fashionables ½ dilettanti. »

Vers la fin de l'année 1536, Pole fut fait cardinal, et l'évêque de
Lavaur écrivit à son ami pour le féliciter de ce nouvel honpeur (1). Au
mois de février suivant 1537, le cardinal Pole fui nommé légat du
pape en Angleterre et il lança le projet avorté de soulever le peuple
anglais contre Henri VIII (2). Une seconde lettre au cardinal sur sa
nomination comme légat montre quelle solide amitié l'unissait à
Pole. Il avait appris, déclare-tâÇöil, par des lettres, que Danès avait
reçues, que Pole était sur le point d'entreprendre un voyage à travers
½ notre » France et il lui offrait sa maison et sa fortune. Il avait égale-,
ment écrit au Grand-Maître de France, ½ non pas qu'il pensât que sa
lettre aurait plus d'influence que le nom du légat et la renommée des
vertus de Pole, mais pour satisfaire son coeur. » Il y joint les lettres de
recommandation que Pole remettrait, s'il le jugeait convenable (3).
Il ne fait aucune allusion au but politique de la mission de Pole.

Il est aisé de voir que la position de l'évêque de Lavaur devait
avoir acquis une importance considérable, puisqu'il pouvait adresser
des lettres recommandant un légat du Pape à Anne de Montmorency.
En effet, il était rapidement monté au faîte où sa profession lui per-
niellait d'aspirer. Son succès était dû au vrai mérite, car il détestait
les intrigues que beaucoup d'ecclésiastiques employaient pour obtenir
de l'avancement. La capacité qu'il avait montrée dans les affaires publi-
ques l'avait peu à peu marqué pour un poste éminent, et, au moment
même du voyage de Pole dans le Nord, Georges de Selve fut nommé
ambassadeur de France auprès du Saint-Siège avec le cardinal Mascon.
Le traitement afférent à sa nouvelle fonction part du 20 février 1537 (4).

Il semble au premier abord que sa mission à Rome ne devait durer
que jusqu'à l'été (5) ; en réalité elle eut une durée beaucoup plus

(1) Letters and Papers, Henri VIII, vol. XII, part. 1, n° 14. Geo. Selve.
évêque de Lavaur, au cardinal Pole. Venise, 3 non. jan. 1530 (Latin).

(2) Dictionnaire nat. Biographie. Art. Pole.

(3) Letters and Papers, Henri VIII, vol. XII, n° 516. Geo. Selve, etc.,
au cardinal Pole.

(4) Paris. Bibl. nat., ms. Clairembault, 1215 f° 75. Le traitement pour le
poste d'ambassadeur à Venise prend fin le 19 février ; le traitement
pour le poste de Rome commence le jour suivant.

(5) Paris. Bibl. Nat,, ms. Clairembault, 1215 f° 78.

longue. Il est probable cependant qu'au cours de l'automne, l'évêque
put quitter son poste pour quelques mois, car il y a, dans les lettres
datées de Rome, une lacune qui s'étend d'août à novembre (1).
il profita sans doute de cet intervalle pour visiter son diocèse en
même temps que pour apporter à la Cour de France les résultats de
ses travaux diplomatiques.

Pendant la période où de Selve fut accrédité auprès de la Cour de
Rome, le concile général, si longtemps différé et qui visait à la
réunion religieuse, était l'objet de constantes négociations entre les
puissances. Le Pape avait fixé la date de la réunion du concile ; mais
la guerre entre François 1er et Charles-Quint empêcha la réalisation
du projet. Pour celte raison, parmi beaucoup d'autres, Paul III dési-
rait vivement amener la paix entre les deux souverains rivaux. Il lé
désirait si ardemment qu'à un moment donné il eut l'intention de
frapper des foudres de l'Eglise celui des belligérants qui ne voudrait
pas accueillir ses propositions. Les cardinaux furent invités à se pro-
noncer sur ce projet d'excommunication. Mais on reconnut vite qu'une
telle décision ferait sortir le souverain Pontife de la neutralité qu'il
voulait garder ; et l'idée fut abandonnée (2).

Au commencement de l'année 1538, le cardinal Carpi, le confident
le plus intime de Paul III, fut envoyé en mission spéciale en France,
dans le but d'amener le roi à consentir un traité de paix avec son
rival. En concourant de tout coeur au succès de cette entreprise, les
deux ambassadeurs français à la Cour pontificale pressentirent des
doutes sur la loyauté de l'envoyé, du pape. Ils envoyèrent une note
d'avertissement à Montmorency, quelques semaines avant le départ
du cardinal, pour lui conseiller d'être prudent en traitant avec ce
légat qui était ½ l'âme du pape ». Par dessus tout ils soupçonnaient Carpi
d'une entente secrète avec le parti impérialiste et doutaient de la sin-
cérité de sa bienveillance affectée pour la France. Ils avaient soin
d'ajouter cependant que ses ouvertures devaient être accueillies avec
cordialité, mais en tenant compte de leur avertissement.
Fait curieux, Paul, à cette époque, méditait, ou prétendait méditer

(1) Paris, Bibl. Nat., ms. franc. 2968, f°87 ; Ribier, Lettres et Mémoires
d'Estat, vol. 1, p. 66,

(2) Ribier. Lettres et Mémoires d'Estat, vol. 1, p. 41. Cardinal Mascon
et l'évêque de Lavaur, au roi de France, Rome, 12juillet 1537. Ibid. p. 76,
Le même, au grand maître de Montmorency, Rome, décembre 1537.

le rétablissement de la paix entre les souverains rivaux en prenant
pour base la restitution du duché de Milan à la France. Etait-ce
simplement un piège tendu pour prendre le roi de France et l'attirer
ainsi à la paix si ardemment désirée par le Pape ? C'est ce qu'il n'est
pas possible de dire. Il est certain qu'à une date ultérieure, lorsque
François 1er projetait de récupérer ce pays tant convoité, Paul ne
cacha pas la conviction où il était que l'empereur ne renoncerait
jamais au Milanais.

Le printemps de 1538 s'écoula dans des négociations qui n'abou-
tirent pas. La trêve de dix mois entre la France, et les Pays-Bas, con-
clue à Bomy, au mois de juillet de l'année précédente, avait été sui-
vie d'une suspension d'armes plus courte, au cours de la campagne du
Midi, arrangée à la fin de novembre. Ces deux arrangements arrivaient
à expiration. Mais telle était la mutuelle défiance des deux monar-
ques, que nulle paix permanente n'avait été conclue dans l'intervalle,
comme il avait été entendu. Le Pape résolut de prendre lui-même
l'affaire en mains. En outre de la réunion du Concile, il était un autre
projet qui lui tenait à coeur : une coalition où entreraient François 1er
et Charles-Quint pour s'opposer aux Turcs (1). Pour la réalisation de
ce double dessein le rétablissement de la paix était un préliminaire
nécessaire. Paul proposa donc une entrevue entre les deux souve-
rains à laquelle il assisterait lui-même et essayerait de les amener à un
arrangement.

Au moment où cette entrevue entre le roi de France, l'empereur
germanique et le Pape était sur le point d'aboutir, une intrigue machi-
née à la Cour de Rome contribua fortement à justifier la méfiance de
l'ambassadeur de France et de son collègue (2) contre le cardinal
Carpi. Celui-ci prétendait avoir obtenu, probablement pendant son
séjour en France, la copie d'une lettre écrite par le cardinal Mascon et
l'évêque de Lavaur au cardinal Tournon (3), et dans laquelle la sincé-
rité de Carpi et les raisons de son voyage faisaient l'objet de commen-

(1) Ribier, Lettres et Mémoires d'Estat, vol. 1, p. 128. Le card. Mascon
et l'évoque de Lavaur au connétable de Montmorency. Rome, 14 mars
1538.

(2) A proprement parler, l'évêque de Lavaur était seul accrédité en
qualité d'ambassadeur auprès du Saint-Siège ; mais durant cette période,
lui et Mascon agirent de concert.

(3) Letters et Papers, vol, XIII, part. 1 (1538), n° 972. Cardinal Tournon
au cardinal Carpi, Valence, 10 mai.

taires désobligeants. La lettre, ainsi l'affirmait le cardinal Carpi, était
tombée miraculeusement dans ses mains. Il se hâta de la présenter au
Pape. Le cardinal Tournon qui était à cette époque en Espagne, nia
énergiquemént l'authenticité du document, aussitôt qu'il eut vent de
cette affaire. Il condamna sévèrement le cardinal Carpi, disant que la
lettre était un faux, et que le cardinal, s'il ne l'avait forgée lui-même,
avait été bien téméraire de la montrer (1).

Quoiqu'il en soit, la manoeuvre fut menée avec l'adresse qui était
nécessaire pour qu'elle produisit exactement l'effet attendu par son
auteur. Dans une dépêche indignée adressée à Montmorency, le 1er
mai, le cardinal Mascon et l'évêque de Lavaur demandaient à être ins-
tamment rappelés afin de pouvoir expliquer de vive voix la manoeuvre
dont ils avaient été les victimes. La Cour pontificale, accompagnée
des deux ambassadeurs, était alors à Piacenza, se dirigeant vers Nice
où devait avoir lieu la prochaine entrevue.. Les Français, ainsi qu'ils
le racontent, furent tout à coup appelés devant Sa Sainteté. Le cardinal
Trivulzi, fidèle serviteur des intérêts français au Vatican, fut mandé
en même temps. Carpi lança contre les envoyés français, en présence
du parent du Pape, le cardinal Famèse, un tel torrent d'accusations
malveillantes qu'ils jugèrent leur position de représentants de la
France auprès du Saint-Siège dès ce moment impossible. Le légat
avait déclaré que par ½ leurs méchans et des honnestes offices
contre Sa Sainteté » ils avaient entièrement fait échouer l'objet
de sa mission en France. Pour justifier ses reproches il avait lu à
haute voix la lettre supposée, refusant cependant de la leur laisser voir
ou de montrer la double signature dont elle aurait dû être revêtue. De
tente la prétendue machination le cardinal Carpi rejetait l'odieux sur
Trivulzi, contre lequel il amoncelait des invectives encore plus violen-
tes que celles qu'il avait lancées contre les ambassadeurs français.
Le même jour le cardinal Carpi écrivit à la Cour de France pour*
protester contre les calomnies de la lettre supposée, affirmant haute-
ment et solennellement la loyauté de ses intentions à l'égard de la
France (2).

C'était vraiment une ruse bien réussie, à la veille d'une réunion où

(1) Letters et Papers, vol. XIII, part. I (1538), n° 972. Cardinal Tournon
au cardinal Carpi, Valence, 10 mai.

(2) Ribier, Lettres et Mém. d'Estat, vol. 1, pp. 147 et 150. Mascon et
Lavaur au connétable de Montmorency. Carpi, au même, Piacenza, 1er
mai 1538.

l'on devait proclamer la paix générale. Le but du cardinal Carpi est
assez clair. L'intrigue était une adroite tentative pour ruiner, aux
yeux du Pape, le crédit des trois principaux cardinaux attachés aux
intérêts de la France, Tournon, Mascon et Trivulzi. Le fait que celte
manoeuvre précéda immédiatement l'entrevue du Roi et de l'Empe-
reur est une preuve sans réplique qu'elle avait été subtilemenl calcu-
lée. Il semble que les ambassadeurs français n'étaient pas loin de la
vérité, quand ils soupçonnaient le cardinal Carpi d'agir en vue de
l'intérêt impérial.

Le nonce de France, de son côté, informa Montmorency des événe-
ments qui se passaient à la Cour pontificale. Le Connétable épousa
avec ardeur la cause de ses compatriotes, déclarant qu'une offense
faite aux ambassadeurs du roi était une offense faite au roi lui-même.
Il écrivit aux deux envoyés, leur disant ce qui s'était passé et
enjoignant à l'évêque de Lavaur de rentrer immédiatement en France,
afin de faire un rapport sur ces difficultés. Il ordonnait au cardinal
Mascon d'user de la plus grande prudence en conduisant seul les
affaires. Pendant ce temps, le Roi resterait près de Romans et de
Valence, remettant l'entrevue avec le Pape et l'Empereur après l'audi-
tion du rapport de Selve. Montmorency considérait la position du
cardinal Trivulzi comme si dangereuse, qu'il lui adressa un message
formel pour l'inviter à se méfier du poison qui pourrait être mêlé à.sa
nourriture ou de toute autre tentative contre sa personne (1).

De Selve arriva à Avignon le 14 mai (2), trois jours après son
départ de Savoie (3), ayant sans doute pris un vaisseau jusqu'à Mar-
seille pour abréger son voyage. Avec les moyens de locomotion en
usage à celle époque et le mauvais état de la route côtière, il aurait
été à peine possible de franchir cette distance en un temps si court.

Nous ne connaissons rien des résultats de la communication qu'il
fit à son souverain. L'entrevue proposée eut lieu à Nice le mois sui-
vant (4). Mais tous les efforts du Pape furent impuissants à faire

(1) Ribier, Lettres et Mém. d'Estat, p. 150. Le connétable de Montmo-
rency au cardinal Mascon et à l'évêque de Lavaur, 34 mai 1538.

(2) Lettres et Papiers, vol. XIII, part. 1, n° 1004, Montmorency à Cas-
fillon, Avignon, 14 mai 1538.

(3) ½ Monseigneur de Lavaur est parti ce jourd'huy matin, en dili-
gence, pour aller trouver le Roy " Ribier, Lettres et Mém. d'Estat,
vol. 1, p. 154. Le cardinal Mascon au connétable, Savone, 11 mai 1538.

(4) Juin 1538.

signer le traité de paix permanente. Tout ce qu'il put obtenir fut
une suspension d'armes de dix ans, connue dans l'histoire sous le
nom de ½ Trève de Nice » (1).

A vrai dire, François et Charles ne se virent qu'après là signature
de la trève et le départ du Pape. Ils réglèrent alors les détails d'une
entrevue à Aigues-Mortes, où ils eurent des pourparlers en appa-
rence cordiaux et qui semblaient promettre de plus grands résultats.

Le duché de Milan fut, comme d'habitude, le sujet ordinaire de la
discussion entre les deux souverains. On avait projeté à Nice un
mariage entre le duc d'Orléans et l'Infante d'Espagne. Maintenant, à
Aigues-Mortes, François 1er renonçait à ses droits en faveur de son
rival, persuadé que le succès du projet de mariage finirait par faire
entrer dans la maison de Valois le territoire du Milanais à titre de
douaire de là fille de l'Empereur.

La clôture de la conférence de Nice vit la fin de la mission de Selve
à la Cour pontificale. Une intrigue du genre de celle qui marqua
la fin de son ambassade dut être particulièrement sensible à un
homme d'un caractère aussi strictement droit que lé sien, à un
homme qui, d'ailleurs, ne s'occupait d'affaires séculières que pour
accomplir un devoir envers son souverain et, pour ainsi dire, par
force. Son coeur était dans son diocèse où l'évêque retournerait
maintenant avec joie (2).

Il est assez curieux de remarquer qu'il quitta l'Italie peu de mois
avant que les frères Dinteville y allassent en exil. Quel adoucissement
à leur situation n'aurait pas apporté, dans leurs années de bannisse-
ment, la présence dans ce pays d'un ami si véritable ! Oh a conservé
si peu de lettres privées de Georges de Selve que nous avons peu de
renseignements sur les relations des deux familles à cette époque.
L'année 1537 jette une lumière fortuite sur ce sujet, et c'est préciser-
aient grâce à la nature officielle de la correspondance où elle se
trouve que celte lumière n'a pas été éteinte.

Le comte de la Mirandole, descendant du célèbre Giovanni Pico,
était un ami sûr de la France, ou, en d'autres termes, il devait recevoir

(1) Elle fut pourtant rompue au bout de 4 ans (1542) par la reprise
des hostilités entre la France et l'Empire.

(2) Le dernier paiement qu'il reçut comme ambassadeur auprès du
St-Siège est à la date du 30 juin 1538.

une pension de ce pays. Sa ville et son château (1), situés dans une
plaine fertile, à trente kilomètres environ de Modène, formaient un point
stratégique important, dans le cas d'une ouverture des hostilités ;
et dans le commencement de l'année 1537, Guillaume de Dinteville,
seigneur Deschenetz, fut dépêché à la Mirandole pour faire renforcer
et augmenter les fortifications (2). Dans cet intervalle, le comte était
en France, occupé à divers arrangements que son alliance avec le
roi rendait nécessaires.

Ces circonstances font l'objet de deux lettres écrites d'Italie par
Georges de Selve. L'une, signée aussi par l'évêque de Rodez, fut
envoyée de Venise à la Cour de France, juste avant la nomination de
de Selve au poste de Rome. La seconde, datée de quelques mois plus
tard, est adressée à Deschenetz lui-même et montre les démarches
que les ambassadeurs faisaient en sa faveur auprès du Pape. Ils prédi-
sent que son action auprès de la Mirandole lui portera honneur et
profit ; ils ajoutent qu'ils se sont plaints du duc de Ferrare à l'ambas-
sadeur, ainsi que de son animosité contre Deschenetz ; qu'ils ont
même obtenu du Pape la permission d'écrire au duc lui-même.
En un mot, il est aisé de lire entre les lignes de celte correspon-
dance des ambassadeurs l'amitié personnelle qui a inspiré ce qu'elle
contient (3).

(A suivre).

(1) La carcasse du château de la famille Pico existe encore, bien qu'à
moitié en ruines. Un théâtre a été dressé dans une partie des bâti-
ments, qui ont perdu l'ombre même de leur magnificence primitive.
On la devine seulement à la grande hauteur de quelques-uns
des appartements. La décision prise, il y a quelques années, par
les autorités municipales d'abattre les vieux murs de la cité de
la Mirandole a eu pour fatale conséquence d'enlever à la petite ville
toute poésie et tout pittoresque. Cependant on y voit encore une
ou deux églises intéressantes.

(2) Paris, Archives des Affaires étrangères. Corresp. politiques. Rome,
vol. III, fol. 401, bis. La Mirandole.

(3) Paris, Bibliot Nat., Fonds Dupuy, vol. XLIV, f. 27a, et Affaires étrangères, corr. polit. Rome, vol. III, f. 401.

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5446228p.r=SELVES.f74.langFR.hl

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57181016.r=SELVES.f477.langFR.hl

Titre : Mémoires de la Société archéologique de l'Orléanais

Auteur : Société archéologique et historique de l'Orléanais

Éditeur : [s.n.] (Orléans)

Date d'édition : 1851-1950

Type : texte,publication en série imprimée

Langue : Français

Format : application/pdf

Droits : domaine public

Identifiant : ark:/12148/cb328132413/date

Source : Bibliothèque nationale de France, département Collections numérisées, 2008-278668

Relation : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328132413

Provenance : bnf.fr

Description : Variante(s) de titre : Mémoires de la Société archéologique et historique de l'Orléanais

Description : Variante(s) de titre : Mémoires de la Société archéologique et historique de l'Orléanais

Nous connaissons : Discours sur la mort de Georges de Selves, évêque de Lavaur, par Raimond le Roux, avocat. Paris, 1551, in-8.

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http://www.geneanet.org/archives/livres/407754/479

1526. âÇö Georges de Selve, fils de Jean de Selve, premier président du parlement de Paris, fut fait évêque de Lavaur, en 1524, n'ayant encore que 18 ans; il fut ½consacré à l'âge de 26 ans» Il remplit avec distinction les ambassades de Venise, de Rome et d'Allemagne, et mourut à Lavaur, le 12 avril 1542.
Il institua les pauvres de son diocèse ses héritiers universels. On lisait dans son testament, -écrit de sa main, Ie 19 mars 1541 : Je laisse mon corps à l'église cathédrale de Lavaur.... J'institue mes heritiers universels, les pauvres du diocèse de Lavaur, auxquels je laisse tout le bien que je puis avoir tant en meulles qu'en argent, ensemble la métairie du Travet, etc. M. Maffre de Voisins, abbé de Gaillac, son vicaire-général et prévôt de St.-Alain, annonça sa mort au chapitre qui déclara le siége vacant. Ce prélat, aussi recommandable par sa vaste érudition que par sa piété et par sa bonne administration, a laissé plusieurs écrits politiques ou religieux, réunis en un volume in-folio. Il commença de traduire, par ordre de François Ier, les vies des hommes illustres de Plutarque. C'est lui qui disait à Charles-Quint, auprès duquel il avait été envoyé en ambassade par Ie Roi de France : si la bonne foi venait à quitter la terre, elle devrait se trouver encore dans le coeur des Rois.

Bibliographie :

http://www.geneanet.org/archives/livres/528098/34

Correspondance politique de M. de Lanssac (Louis de SAint-Gelais), 1548-1557

Auteur : Lanssac, Louis de Saint-Gelais, seigneur de, 1512-1589

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http://www.geneanet.org/archives/livres/531641/1002

La Grande encyclopédie, inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts (Volume 29)

Auteur : Drefus

SELVE (Georges de), prélat et diplomate français, né
en 1508, mort le 12 avr. 1542, troisième fils de Jean de
Selve et de Cécile de Buxy. Nommé évêque de Lavaur en
1526, il fut chargé en 1534 de représenter officiellement
son souverain près la république de Venise. Il obtint, en
dépit des obsessions de Charles-Quint, la neutralité de
cette puissance dans la lutte engagée entre Charles-Quint
et Khaïr-EddinBarberousseque soutenait la France. Dans
les premiers mois de 1536, il passa à Rome et prit, de
concert avec Hémard de Denonville, évêque de Mâcon,
une part active aux pourparlers qui devaient aboutir en
1538 à la conférence de Nice entre le roi de France et
l'empereur. Rentré dans son diocèse, il ne s'occupa plus
que de l'accomplissement de ses devoirs pastoraux. On lui
doit une traduction (demeurée manuscrite) de Plutarque
½ dont le style dénote un familier des lettres grecques ».
Btbl. : Même ouvrage, pp. xxi-xxiii.

 Sources

  Photos & documents

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 Aperçu de l'arbre

Antonhius (de Sylva) de SELVE ca 1400-   X de LA ROCHE   Johan MISAC de LA CHARLANNE   X X        
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Fabien de SELVE, Seigneur du Breuil (Mespial-Haut - Gumont, en Limousin) ca 1420-ca 1479   Marguerite MISAC de LA CHARLANNE 1444-1482   Antoine Ou Jean ? de BUXIS   Béatrice de MONESTIER, Dame de Monstade en Languedoc
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Jean de SELVE, Seigneur de Crosmières (Cussac, Haute-Vienne) 1475-1529   Cécile de BUXY †ca 1530
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Georges de SELVE 1508-1541


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