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Commencée il y a une vingtaine d'années, cette généalogie réunit plus de 50 000 individus. Près de 19 000 ascendants directs ont été recensés.

Mes recherches relèvent de la tradition généalogique (documents familiaux, Mairies, Archives Départementales) et se sont complétées au fil du temps par les réseaux  que sont les cousinages, les forums, les membres de Geneanet,  les  échanges fructueux avec d'autres passionnés et de façon non négligeable que sont  les sites  privés ou  détenus par les associations.

A l'instant,  la machine à remonter le temps est placée  au niveau de « Berthe Au Grand Pied » et à Pépin Le Bref  non sans avoir cité  Rollon Ier de Normandie qui nous vient du peuple viking.

Cette généalogie est complétée par des apartés thématiques liés au contenu de ma chronique familiale.

Que soient remerciés, ici, celles et ceux qui m'aident dans la réalisation de cet Arbre Généalogique, ils sont cités dans mes sources.

 Chronique familiale



 LES CARNETS DE TANTE ANAÏS : RÉCITS, MYTHES ET TRADITIONS …
Chapitre 12


PLUS DE 300 TEXTES EN LIGNE

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Chapitre 1fleche._Simple_G.gifChapitre 2 fleche._Simple_G.gifChapitre 3 fleche._Simple_G.gifChapitre 4 fleche._Simple_G.gifChapitre 5 fleche._Simple_G.gifChapitre 6 fleche._Simple_G.gifChapitre 7 fleche._Simple_G.gifChapitre 8 fleche._Simple_G.gifChapitre 9 fleche._Simple_G.gifChapitre 10 fleche._Simple_G.gifChapitre 11 fleche._Simple_G.gifChapitre 12 fleche._simple_Bas.gifChapitre 13 fleche._simple_D.gif Chapitre 14 fleche._simple_D.gif Chapitre 15 fleche._simple_D.gif


Sommaire

 1 - L'ENFANT DU DIABLE


2017_04_L_Enfant_du_diable.JPGIl y avait une fois un roi qui n'avait pas d'enfants et qui, à tout prix, en désirait un : « Qu'il me vienne, disait-il, de Dieu ou du Diable, que m'importe ? » Il eut une fille. Quand elle eut quatorze ans, elle dit à son père : « Vous avez demandé que je vienne de Dieu ou du Diable ; aussi suis-je sûre de mourir à quinze ans. » Et elle devint toute triste, sentant chaque jour la mort s'approcher. Elle recommanda qu'on l'enterre dans la chapelle de Saint-Joseph, à l'église même, et de la faire veiller par une sentinelle durant trois nuits consécutives. Si la sentinelle parvenait à se sauver durant ce temps, elle reviendrait à la vie.

Elle mourut au jour dit, c'est-à-dire le jour de sa quinzième année accomplie. On l'enterra là où elle l'avait demandé, et on plaça un soldat en faction dans la chapelle. A minuit, elle sortit de son tombeau, et mit à coups de griffes et de dents le soldat en pièces. Le lendemain, on envoya des hommes pour relever la sentinelle, mais on ne trouva que des lambeaux de chair.

La nuit suivante, on mit une seconde sentinelle près du tombeau.

Quand les hommes l'eurent quittée, elle se sauva et gagna les remparts de la ville. Elle trouva une femme qui lui dit :
-« Arrête, mon ami, arrête, retourne à la chapelle, va délivrer la princesse. »
- Le soldat répondit : « Laisse-moi passer, vieille sorcière, ou je te passe mon sabre à travers le ventre. »
- « Retournes-y, insista-t-elle, on ne te fera pas de mal. Tu te cacheras derrière le bénitier ; la princesse te cherchera partout et ne pourra pas te trouver. »

Il y retourna et à minuit, il vit sortir la morte de son tombeau. Elle chercha partout, criant : « Où es-tu, malheureuse sentinelle ? Et toi, père-barbare, tu as voulu un enfant de Dieu ou du Diable, et tu as un Diable qui te dévorera, toi et ton peuple ». Le matin, on retrouva le soldat vivant.

A cette nouvelle, le roi s'écria : « Il s'est sauvé cette nuit, il se sauvera bien la seconde nuit ; il faut qu'il retourne à son poste. » Il y retourna, en effet, se disant en lui-même qu'il se sauverait de la chapelle.

C'est ce qu'il fit ; il trouva sur son chemin la même femme qui lui dit, comme le premier jour, de revenir sur ses pas. Il revint et se cacha derrière l'autel. A minuit, le fantôme, criant et hurlant comme la première nuit, se mit à la recherche du soldat, mais il ne trouva encore personne. Le matin, en allant à la relève, on trouva la sentinelle vivante.

Elle ne voulait pas revenir une troisième nuit, comprenant bien qu'il se préparait quel qu’événement terrible. Pour l'engager, on lui promit une forte somme d'argent. Il revint, mais la peur le prenant, il se sauva du côté des remparts. La sorcière, le rencontrant, l'obligea à retourner à son poste, et l'exhorta à se cacher derrière le tombeau ; elle ajouta que la morte reviendrait, mais ne lui ferait aucun mal.

A minuit précis, la princesse sortit de sa tombe. Elle regarda et vit le soldat à côté d'elle. Elle s'écria : « Voici mon libérateur ; vous me rendez à la vie et à mon père. Allons prier ensemble devant saint Joseph. » Et ils se sont mis à genoux et sont restés en prière jusqu'à ce qu'on soit venu relever la sentinelle sur le matin. Les hommes de garde croyaient trouver le soldat mort ; ils le virent vivant, ainsi que la princesse. .

Le roi fut dans une grande joie. Il donna au soldat son congé ainsi qu'une forte somme d'argent. Mais la fille du roi, survenant, fit remarquer que ce n'était pas ainsi qu'on renvoyait son sauveur.

Le père dit : « Ma fille, donne-lui ce qu'il a mérité le plus. » Elle répondit : « C'est lui qui m'as rendu à la vie ; mon devoir exige que je lui donne ma main. »

Quelque temps après, ils se marièrent ensemble. »

D’après Marie Lombardy, de Courpière - Revue des traditions populaires - Éditeur : Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris) -Date d'édition : décembre 1900

Avril 2017



 2 - LES DAMES BLANCHES DE TAILHAC


2017_04_Dames_blanches.jpg« C’est une mélancolique histoire que les vieilles femmes racontent encore dans le canton de Pinols pendant la triste saison où la bruyère est rousse et où, depuis longtemps, la myrtille s’est dépouillée de ses feuilles ovales et de ses baies bleuâtres…

Les environs de Tailhac sont dans le calme et le repos. La lune verse une pâle lumière qui donne un rayonnement argenté au paysage sur lequel glisse discrètement un vent léger dont la caresse, en faisant frissonner les branches des pins moussus, berce mollement les petits oiseaux qui dorment dans ce coin de montagne où plane le délicieux mystère de la nuit.

Minuit !... Au ciel, les étoiles poursuivent invariablement leur marche éternelle et silencieuse. Sur la terre un bruit presque imperceptible s’est fait entendre et, dans la forêt, les branches s’écartent pour former une voûte de verdure sous laquelle des formes diaphanes et vaporeuses s’agitent gracieusement au clair de lune. Six dames blanches, dont la longue chevelure blonde et ondulée flotte sur les épaules nues, sortent sans bruit du bois touffu et se dirigent vers une clairière illuminée où doucement chacune dépose une dalle qui, pendant le jour, reste dissimulée dans une grotte souterraine où elles vivent cachées.

Se tenant par la main, vives, légères, elles évoluent ensuite en une ronde fantastique au son rêveur d’invisibles harpes qui semblent donner plus d’élégance à leurs mouvements aériens et plus de souplesse à leurs pieds nus frôlant à peine le sol.

Elles tournent, elles tournent…

Puis, la ronde s’arrête…

Les demoiselles vont s’asseoir sur les énormes pierres qui sont disposées en rond et, muettes, elles filent la laine blanche de leurs brebis.

Entre leurs doigts sveltes et agiles, les fuseaux tournent, tournent…

Les dames blanches viennent ainsi, chaque nuit, à ce rendez-vous mystérieux, depuis longtemps, les derniers échos de l’angélus se sont envolés, lorsque la voix heureuse des bergères et le chant des oiseaux se sont éteints, lorsque le murmure des sources et le bruissement de la forêt sont devenus très doux, lorsqu’aucun bruit ne vient troubler la solitude et le silence de la nature paresseusement endormie. Elles disparaissent dès que les étoiles s’évanouissent dans la clarté naissante des beaux jours ; elles s’en vont aussi à la mauvaise saison dès que la montagne grelotte et dès que l’herbe commence à briller et à craquer comme du verre.

Au cours d’une nuit, alors qu’elles filaient la laine blanche de leurs brebis, un grondement terrifiant, sorti des entrailles de la terre, remplit soudain l’espace ; la terre violemment agitée par une force invisible, s’effondre et, des profondeurs, des crevasses béantes monte un épais mélange de poussières et de vapeurs noirâtres qui, en tourbillonnant, vont s’égarer dans le ciel de plus en plus sombre…

Peu à peu, l’ébranlement général s’apaise, les vapeurs s’éclaircissent et le calme renaît…

Mais les dames blanches ne sont plus là ; elles ont disparues ; la place qu’elles occupaient est vide. Sous leurs pieds, la terre s’état ouverte et inévitablement, elles avaient glissé dans l’abîme qui d’était creusé. Témoins obscurs de leur existence passée, les pierres qui leur servaient de siège recouvrent désormais leur corps comme les dalles des tombeaux.

Bien qu’elles ne viennent plus, au clair de lune, filer la laine blanche de leurs brebis, peut-être vivent-elles encore, car pendant les jours d’orage, on entend , dit-on, des bruits étranges, des gémissements étouffés, des plaintes d’outre-tombe à l’endroit même où elles disparurent à jamais et qu’on appelle maintenant La Tombe des Fées »


D’après Ulysse Rouchon , Contes et Légendes de la Haute-Loire – Crépin-Leblond éditeur à Moulins (1947)

Avril 2017




Autres versions :
- Les pierres de fées présentée en novembre 2015
- La Trioura Das Fadas présentée en décembre 2014


 3 - LA FÉE DE MONTRAVEL


2017_04_Fee.jpg« Les gorges profondes au-dessous des ruines du vieux château de Montravel étaient autrefois l’habitation des fées. Plusieurs d’entre elles s’étaient rendues odieuses et redoutables par des vols et enlèvements de petits enfants.

Une pauvre paysanne à qui elles venaient d’enlever le sien était dans la plus grande désolation. Un jour qu’elle pleurait à chaudes larmes, elle vit apparaître près de la fontaine de Blanche-Fleur la fée bienfaisante que tout le monde aimait, parce que, parmi ses pareilles, c’était la seule qui se plût à faire du bien.

Blanche-Fleur dit à la mère désolée !
>- Pauvre mère, moi je te plains, mais tu n’auras pas longtemps à pleurer. Place bien vite à l’entrée de la caverne la plus voisine du grand rocher de petits sabots luisants et jaunis à la fumée, et fais cacher quelqu’un à peu de distance pour agir au moment convenu.
Ce que dit la fée bienfaisante fut fait à l’instant même. Quelque temps après un petit fadou sort de la caverne, il voit les jolis petits sabots, les admire, veut les mettre à ses pieds ; mais il s’embarrasse, trébuche et tombe. Aussitôt on accourt et on s’en saisit. Ce fut à la fée qui était sa mère de pleurer à son tour ; alors un échange des deux enfants est proposé ; il a lieu immédiatement.

Cependant les méchantes compagnes de Blanche-Fleur ne tardèrent pas découvrir que c’était elle qui avait indiqué le stratagème qui venait d’être employé : aussi, après l’avoir maltraitée, elles la chassèrent avec dureté.

Blanche-Fleur exilée parcourait les environs, les cheveux en désordre, son doux et beau visage terni par la douleur, portant son enfant dans ses bras ou sur son dos. Elle ne demandait ni acceptait rien pour elle, mais seulement pour lui , et quand on l’engageait à prendre quelque nourriture, elle répondait avec une expression de mélancolique tristesse : « ce qui nourrit mon enfant me nourrit. »

Pendant plusieurs jours, on n’avait point aperçu la fée bienfaisante, mais voilà qu’un matin l’ermite du bois de Boutran allant, au crépuscule, bénir le Seigneur sur la montagne, vit tout à coup Blanche-Fleur se trainer à pas chancelants à ses pieds portant son enfant qui, comme elle, n’avait plus qu’un souffle de vie.
- Père, lui dit Blanche-Fleur, l’enfant et la mère vont mourir ; toi qui es l’ami de Dieu et le dépositaire de sa puissance, tu peux nous sauver pour la vie véritable. Nous demandons le baptême.

Soudain ses genoux lui manquent, elle s’affaisse sur elle-même avec son précieux fardeau. Cependant, par un effort suprême, elle trouve encore assez de force pour éléver son enfant vers l’ermite et pour lui dire :
- Si tu ne peux me sauver, sauve le fruit de mes entrailles.
Une source d’eau vive coulait en le lieu ; le vieillard put baptiser la mère et l’enfant. Puis il ajouta :
-Heureuse mère, tu vivras toujours avec ton fils de la même vie, de la vie éternelle ; c’est maintenant que tu peux dire avec vérité : celui qui nourrit mon enfant me nourrit. Blanche-Fleur avec son jeune et vert bouton seront épounis dans le ciel.

Blanche-Fleur répondit par un sourire qui était encore sur ses lèvres, après même que sa vie fut éteinte. »

D’après l’Abbé Grivel - Littérature orale de l'Auvergne par Paul Sébillot (1843-1918) - Éditeur : G.P. Maisonneuve et Larose (Paris) - Date d'édition : 1898

Avril 2017



 4 - TRADITIONS DE PÂQUES EN AUVERGNE


2017_04_Fete_de_Paques.JPG
  • Le Vendredi-Saint. Travailler la terre le Vendredi-Saint, c'est ouvrir sa fosse soi-même .
  • Le pain des enfants nés le Vendredi-Saint, guérit la fièvre.
  • Les cloches vont à Rome, à partir du Jeudi-Saint, et ne reviennent que le Samedi-Saint après l'office.Pour les voir passer, il faut aller au sommet du Puy-de-Dôme, ou bien regarder au fond de l'eau d'une rivière (Courpière).
  • A Vassel, on ramasse tous les oeufs du Vendredi-Saint, on en fait une omelette que l'on mange le lundi de Pâques.
  • Les oeufs pondus le Vendredi-Saint et mangés à Pâques, préservent des fièvres.
  • Le lundi de Pâques, on va dans la soirée sur un rocher qui est à deux kilomètres de Gannat. Sur ce rocher est une cavité, une empreinte, que l'on appelle le pas de sainte Procule. Cette sainte est la patronne de la ville. Elle fut, dit-on, décapitée sur ce rocher, et c'est alors que son pied s'imprima dans la pierre.
    C'est là qu'a lieu la fête... On y boit, on y danse et on y mange surtout de la brioche. On n'y mange pas d'oeufs de pâques.
  • Le lundi de Pâques, à Ambert, on va manger de l'omelette dans les prés, sur l'herbe ; comme à Beaumont, on mange la pâtisserie qu'on appelle le fougeassou (les fouaces des anciens). Elle est en forme de X, aussi l'appelle-l-on encore un cornard, (à comparer avec les rayons de la roue solaire, l'ancien symbole du culte du feu). Ce gâteau n'est autre chose que de la brioche.

    Conté par M. Beynard - Revue des traditions populaires -Éditeur : Société des traditions populaires (Paris) - Date d'édition : Janvier 1898

    Avril 2017



 5 - LE PÊCHEUR DU SALADIS


2017_04_Cimetiere_Saladis.JPGAu Saladis, près de Martres de Veyre, existait un ancien cimetière qui s'étendait jusqu'au bord de l'Allier, et que le fleuve avait rongé en partie en découvrant parfois quelques tombes.

On raconte qu'une nuit un homme pêchait à la ligne à cette endroit : au lieu de poissons, il levait des os à son hameçon.
« Ah ! ces bougres d'os ! » finit-il par s'écrier impatienté en le rejetant dans l'eau.

Mais au même instant le couvercle d'une tombe se souleva derrière lui, une main sortit de terre, qui frappa violemment son dos avec la planche du cercueil. Le pêcheur s'enfuit épouvanté : pendant longtemps la main le suivit en le frappant toujours avec la planche.

D’après A. Dauzat - Revue des traditions populaires - Éditeur : Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris) -Date d'édition : février 1899

Avril 2017



 6 - AMOURS DIABOLIQUES


La_potion.jpg« Dans le village de Chadron (Haute-Loire), arrondissement du Puy), messire de Borzet avait épousé une douce et gente demoiselle qui, sitôt la bague au doigt, s’était transformée en insupportable mégère. Elle retentissait chaque jour de sa colère hystérique et le malheureux en perdait la santé et le sommeil. Patience, violence, promesse, entremise de M ; le curé, il avait tout essayé vainement. En outres, à ses tentatives nocturnes, elle opposait une systématique fin de non-recevoir, et le pauvre souffrait d’affection rentrée.

A quel saint, ou peut être à quel diable se vouer ?

Depuis 1389, une nommée Jeannette Nova, dite Rivergarde, originaire de Farges en Brivadois, s’était établie avec son amant à Chardon dans la riche demeure d’un certain Jean Terme. Elle y pratiquait la lucrative profession de sorcière et c’est à elle qu’eut recours le sire de Borzet.

Jeannette se livra aux simagrées d’usage et, après l’avoir fait payer, donna à boire à son client certain philtre. La tragédie était en marche.

Joyeux et se croyant nanti d’un charme nouveau, Borzet s’en retourna chez lui, ouvrant tout grand les bras à son épouse et ne doutant pas de l’effet produit. Il fut accueilli, comme à l’accoutumée, par une volée de bois vert. Il lui déclara que Jeannette lui avait fait boire un philtre infaillible pour retrouver l’harmonie conjugale et qu’en conséquence il était tout à fait normal qu’elle continuât à lui chercher querelle. Elle lui répondit qu’elle n’avait que faire de ces sornettes et que tous les philtres du monde ne l’empêcheraient pas de hurler. Mis soudain de mauvaise humeur par l’argent gâché, il entra lui-même dans une violente colère, cria, tempêta, étouffa, et tomba raide mort.

Immédiatement Jeannette fut accusée d’avoir enherbé le sire de Borzet, et l’affaire fut portée devant Dragon de Saint-Vidal, abbé du monastère de Saint-Chaffre. Messire Dragon déféra Jeannette devant le tribunal de Freycenet-la-Tour où le juge Laurens la condamna à être brûlée vive, ce qui fut fait le 6 août 1390 au couderc de Monteil-Haut dans les cris de haine d’une foule excitée. Quant à Jeannet de Folhans, l’amant de Jeanne, la chronique n’en dit rien. Sans doute alla-t-il exercer sa « magie » ailleurs, en évitant toutefois de s’occuper des affaires de ménage.

Jeannette, en pénétrant sur le terrain dangereux du retour d’affection, était-elle allée trop loin. Qu’avait-elle donné à boire à Borzet ? Sans doute une mixture anodine, à tout prendre un aphrodisiaque. »

D’après Jean-Marie Pélaprat – Histoires d’amour de l’Auvergne et du Velay – Imprimerie de la Manutention à Mayenne – 2002


Autres versions :
- CHADRON - JEANNETTE BRÛLÉE VIVE présentée en janvier 2013.
- LE PROCÈS DE JEANNETTE REVERGEADE (1389-1390)présentée en mai 2015.

Mars 2017



 7 - LES RECLUS


pauvre_here_2.jpg« Au Moyen Âge, jusqu'à la fin du XVème siècle, il y eut un peu partout en Auvergne, et plus précisément en Haute-Auvergne, des reclus et des recluses. C'étaient des hommes et des femmes généralement d'âge mûr et de toutes conditions qui choisissaient, de sang-froid, le régime cellulaire à vie.

Ils n'avaient pour toute obligation que celle de la prière, car beaucoup d'entre eux, très certainement, ne savaient ni lire ni écrire. Dès qu'ils étaient entrés dans la récluserie (une toute petite pièce de quelques mètres carrés située généralement en dehors de la ville), on en murait la porte.

Le seul contact avec le monde extérieur se faisait par une petite fenêtre grillagée, s'ouvrant le plus souvent sur une chapelle. C'est par cette fenêtre qu'on leur faisait passer la nourriture et les vêtements.

On compta jusqu'à trois récluseries à Aurillac, deux à Clermont-Ferrand et à Brioude, une à Pont-du-Château, à Aigueperse, à Murat, à Mauriac, à Saint-Flour et à Ardes où l'on voit encore la « Chapelle de la Recluse». Beaucoup d'autres, certainement, n'ont pas été dénombrées.

On peut supposer qu'il y avait encore, au siècle dernier1, des reclus et des recluses. Voici ce que raconte Henry Doniol 2 :
« A l'orée du village, on fait une halte pendant que Jeanpetit court sonner « la Moûne », une vieille recluse à qui chaque maison et à tour de rôle, porte une écuellée de soupe et qui a « bonne main ». On lui passe le rameau de buis, l'eau bénite. Du seuil de sa hutte, elle étend sa main sur le bétail, murmure quelques vagues paroles, et l'on s'engage dans les sentiers qui montent. Après le dîner, on m'envoyait porter la soupe à la Moûne. Je trouvais la vieille recluse dans sa misérable cabane crépie de bouse de vache en guise de mortier, assise sur un billot de hêtre qui lui servait de chaise, égrenant son chapelet, la tête branlante sur son cou grêle, la goutte au nez, la face gravée de rides profondes où s'était amassée la poussière. Elle la posait sur son giron, l'entourait de ses mains noueuses et goulûment, bruyamment, avalait la pitance en léchant et reléchant le fond, les bords et la cuiller. Je repartais chaque fois le cœur serré par sa pitoyable infortune, effrayé aussi par le mystère qui l'entourait . »

En général, les reclus étaient l'objet d'une grande vénération, et on considérait que leur prière attirait la protection du ciel sur la ville... »

1 Dix-huitième siècle
2 Voyage pittoresque dans la Basse-Auvergne (1847)

D’après Traditions, légendes, contes mystérieux d'Auvergne

Mars 2017



 8 - LA FONTAINE MIRACULEUSE SAINT-PRÉJET À VÉZÉZOUX


Vezezoux.JPG« Nous la trouvons mentionnée dans le « Mémorial de l'abbé Glaize, curé de Vezezoux dans les termes suivants :

« Le 17 août 1812, à 2 heures et demie du soir, sur le bord de l'Allier, au-dessous de la fontaine de Saint-Préjet, le fils aîné B. m'a menacé de coups de bâtons. ».

Cette fontaine était sous le vocable de Saint Préjet, évêque d'Auvergne, ce saint était en même temps le titulaire de l'église de Vézezoux On lui demandait spécialement la guérison des paralytiques.

La fontaine de Saint-Préjet de Vézezoux se trouve exactement à 7 ou 8 mètres du croisement de la route d'Auzon à Jumeaux et du chemin de Vézézoux à Brassac par le bac. Elle est recouverte d'une bâtisse conique avec une ouverture du côté Nord. La tradition rapporte que plusieurs guérisons y ont été jadis opérées, et que, en temps d'épidémie, on s'y rendait en pèlerinage pour être préservé de la contagion . »

D’après l’Abbé Julien Espinasse – Les Fontaines Saintes de l’arrondissement de Brioude - Almanach de Brioude et de son arrondissement - (1924)

Mars 2017



 9 - DANS LE FOLKLORE DE L’AUVERGNE


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  • LE LOUP-GAROU :
    • C’ est une personne qui, chaque nuit, se transforme en bête et court à travers les champs, dans le village et aussi dans les ruisseaux. On dit qu'elle a une charge ou une peau. Pour l'obtenir, on va à l'heure de minuit, aux quatre chemins; on appelle le diable en disant :
      « Argent de ma poule noire, je voudrais une peau ».
      Quand on a répété trois fois cette formule, le diable vient et on fait son marché ; on vend son âme pour de l'argent, mais la nuit on devient lutin et l'on revêt une peau de bête.
      Si quelqu'un la blesse jusqu'au sang, elle est délivrée de la charge.


  • LA FEMME QUI SE CHANGE EN CHÈVRE :
    • Autrefois à Gerzat, on appelait là chèvre, une femme, qui disait-on, se changeait en chèvre toutes les nuits et courait par tout le village. Elle avait vendu son âme au diable en échange de beaucoup d'argent, Elle se rendait souvent la nuit devant un moulin à huile et, assise sur ses pattes de derrière, elle regardait travailler les ouvriers. Un jour on la frappa d'un coup de fourche de fer; le sang coula et elle fut délivrée.

  • LES GENS QUI TIRENT LE LAIT :
    • Certaines personnes ont le pouvoir de tirer le lait des vaches chez eux. Pour cela, il faut qu'elles entrent dans l'écurie et voient la vache; à partir de ce moment, vous ne pouvez plus tirer de lait chez vous.
      Pour s'en préserver, quand la personne est partie, il faut prendre une touffe des poils de la bête et la cacher dans un trou de mur (Gerzat).


  • LE SACHET DES VACHES :
    • Pour préserver ses vaches des maladies ou des maléfices, on leur met entre les cornes un petit sachet contenant, du sel, une pièce de deux-liards ayant la croix, une branche de buis bénit (Gerzat). A Maringues , c'est un morceau d'écarlate trempé dans l'eau bénite.

  • LE VIEUX JOUG :
    • Quand un individu fait brûler un vieux joug, et s'il est incapable d'en faire un autre lui-même pour le remplacer, il éprouve, à l'heure de la mort, de très grandes et de très longues souffrances. Pour abréger et faire cesser cette douloureuse agonie, on suspend un joug à la muraille, au-dessus de la tête du mourant.
      Autre fait se rapportant à cette coutume: A Montaigut en Combrailles (Puy-de-Dôme), quand une personne tarde trop à mourir, et pour alléger les souffrances de l'agonie, on prend la robe de la Vierge dont la statue est honorée dans l'église sous le vocable de Vierge de Montaigut, et on l'étend sur le mourant.
      D’après le Docteur Pommerol - Revue des traditions populaires - Auteur : Musée de l'homme (Paris) - Éditeur : Société des
      traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris) -Date d'édition : janvier 1900

      Mars 2017



 10 - LA DAME BLANCHE DU MAS


Le_Chateau_du_Mas.jpgNon loin de Brioude, sur le petit ruisseau du Serou, se trouvé le château du Mas, qui domine le village de Saint-Just, distant de 3 kilomètres. Or, il y a fort longtemps, une châtelaine du Mas, qui n'avait pas gardé, avec toute la fidélité désirable, l'honneur de son mari, mourut sans confession.

Dieu la condamna à revenir sur terre pour prévenir ses descendants chaque fois qu'un malheur les menacerait. Quand quelqu'un devait mourir, la dame blanche rôdait plusieurs nuits de suite autour du château, puis pénétrait dans la grande chambre, où elle réveillait ceux qui dormaient en les giflant, puis elle disparaissait.

La dernière fois que l'on prétend l'avoir vue, c'est le 13 décembre 1880, à la mort d'une dame, mariée à un descendant de la dame du Mas.

D’après le Baron du Roure - Revue des traditions populaires - Auteur : Musée de l'homme (Paris). - Éditeur : Société des traditions populaires (Paris) - Date d'édition : avril 1901
Dans les registres de la commune de Saint-Just-près-Brioude, un acte de décès a bien été enregistré au nom de Marie Delphine d’Aurelle.


Mars 2016



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 11 - LA FONTAINE DE SAINT ARCONS


Saint_Arcons_d_Allier.JPG« Le saint qui a donné son nom à la paroisse de Saint- Arcons-d'Allier1 ne doit pas être confondu avec Saint Arcons, compagnon de Saint Ilpize, avec lequel il transporta le corps décapité de Saint Julien de Brioude.

Ils ne vivaient pas à la même époque et leurs reliques étaient conservées, pour le premier à Saint-Arcons- d'Allier, pour le second à Brioude.

Arcons (d'Allier) vivait, suivant Jacques Branche2 sous l'empire d'Alexandre vers l'an 220. Il était maçon de son métier, et travaillait à la construction de Notre Dame du Puy. La tradition rapporte que sa maison paternelle se trouvait « à la portée d'un mosquet, loin de l'église (de Saint-Arcons) vers le ruisseau de « Javoux ». Au-dessus de cette maison, il y avait une fontaine qui, depuis lors, fut appelée Fontaine de Saint-Arcons et on y portait la procession le 1er septembre de chaque année. Cette fontaine était devenue un lieu de pèlerinage à la suite d'un fait merveilleux : Arcons, suivant la légende, travaillait dans la cité anicienne et revenait tous les soirs dans sa maison paternelle pour soigner ses parents infirmes or, chaque matin, il était rendu de bonne heure à son poste de maçon. Par quel prodige pouvait-il franchir, en si peu de temps, une si grande distance3.

Ses compagnons de travail résolurent d'expliquer son cas et de surveiller sa conduite, mais, en revenant de la demeure d'Arcons au Puy, épuisés et attérés de soif, ils durent s'arrêter au sommet de la montagne de la Couade, près de Limagne4. Là. Arcons, prenant son marteau le frappa contre terre et en ut jaillir une source de vin pour ranimer leur courage mais se doutant bien qu'à l'avenir, une telle source recevrait trop de visiteurs et non des plus pieux, il se hâta d'obtenir, par ses prières, que le vin se changeât en eau, ce qui était assurément d'une grande prudence. Eu souvenir du prodige de la Couade, les habitants de Saint-Arcons se rendaient en pèlerinage à la fontaine la plus rapprochée de leur village, celle appelée « de Saint-Arcons- d'Allier. Ils célébraient sa fête le 4 février. Les reliques ont disparu de l'église, et avec elles le pèlerinage dont le but était, d'obtenir, par l'intercession du saint, la guérison des fièvres . »

1 Chef-lieu de commune, à 7 kilomètres de Langeac, sur les bords de l'Allier.
2 La date donnée par Jacques Branche pour la construction de l'église de Notre-Dame du Puy est contestée par les historiens.
3 Saint-Arcons d'Allier est situé a 31 kilomètres du Puy.
4 La Cohade. nom d'une localité, maintenant détruite, près du village de Limagne, commune de Siaugues Saint Romain.

D’après l’Abbé Julien Espinasse - Les fontaines Saintes de l’arrondissement de Brioude - Éditeur : Almanach de Brioude - Date d'édition : 1924

Février 2017



Cette version complète celle de Jacques Branche (Vie des Saints et Saintes d’Auvergne et du Velay ) publiée en décembre 2012 : La légende de Saint-Arcons


 12 - EN AUVERGNE, COMMENT RECONNAÎT-ON SI L’EAU D’UNE FONTAINE N’EST PAS DANGEREUSE A BOIRE ?


Fontaine.JPG « L'eau est mauvaise si l'on y aperçoit des sourds ( salamandres d'eau); des sangsues ; des scorpions d'eau (larves de libellules rampant au fond de l'eau) ou des hannetons d'eau, grosses bêtes noires qui montent et descendent en nageant (des Dytiques) ou autres bêtes venimeuses. L'eau n'est pas malsaine si :

  • En crachant dedans, le crachat s'écarte ; on peut boire alors sans crainte, si non l'eau est empoisonnée.
  • On jette des miettes de pain dedans ; si les miettes vont tranquillement et vite au fond de l'eau, celle-ci est bonne, si les miettes restent à la surface, l'eau est mauvaise.
  • Quand on voit voyager sur l'eau de petites bêles noires à quatre pattes, elles ont le don d'absorber le venin, si une bête venimeuse a empoisonné l'eau.
  • On trempe un morceau de pain dans l'eau, il faut le laisser quatre ou cinq minutes pour lui donner le temps d'enlever les mauvaises propriétés de l'eau.

    L'eau sera bonne à boire, si vous y voyez une grenouille ; alors on est sûr qu'il n'y a pas de bêtes venimeuses aux environs. »

    D’après Guyot-Daubès - Revue des traditions populaires - Éditeur : Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris) - Date d'édition : octobre 1900

    Février 2017



 13 - LA TOITURE


Rituel_pose_charpente.jpg « Une fois la toiture de la maison terminée, on place sur le point le plus culminant un gros bouquet de fleurs ou de feuillages, et le propriétaire donne aux ouvriers un certain nombre de bouteilles de vin.
Ces bouteilles et les verres qui ont servi aux libations sont considérés comme des objets sacrés ; on les bâtit soit au faîte de la maison, à côté du bouquet, soit, en rangées symétriques au-dessus de la porte, ou dans l'épaisseur d'un mur apparent. Parfois verres et bouteilles sont couchés horizontalement, parfois ils sont en position verticale.

En certains villages de l'arrondissement d'Ambert, si le propriétaire refuse aux ouvriers d'offrir le « vin du chantier », de payer la fête du bouquet, ils mettent dans la bâtisse des ossements humains ou des ossements d'animaux. » >

D’après le Docteur Pommerol – Le Calle de Tarain - Revue des traditions populaires - Éditeur : Société des traditions populaires (Paris) – Date d’édition : février 1899

Février 2017



 14 - LA PUNITION DES FÉES



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« Les fées de la Grotte des fées du Puy de Préchonnet (vers Bourg-Lastic) vivaient depuis longtemps heureusement sur leur mont hospitalier. Elles régnaient en souveraines sur la contrée, qu’elles comblaient de dons et de bienfaits. Elles étaient chéries, bénies et adorées. Elles présidaient aux naissances, aux alliances conjugales, rien ne se faisait que sous leurs auspices ; jamais on ne recourut en vain à leurs baguettes magiques.

Un seul instant les perdit. Humiliées de voir leur riant Préchonnet dominé par le superbe Puy-de-Dôme, elles osèrent conspirer contre le mont gigantesque ; elles tinrent conseil et demandèrent qu’un un nouvel effort de la nature vint abaisser l’un en le bouleversant, et ajouter à l’autre, en élargissant ses flancs, en rehaussant sa tête jusqu’au niveau des plus hautes montagnes.

Vœu téméraire ! Elles furent changées en chauves-souris et condamnées à expier sur le lieu même de leur faute, l’indiscrétion d’un désir bien pardonnable, s’il n’avait été dicté par l’orgueil et l’envie. »

D’après l’Abbé Cohadon - Tablettes historiques de l’Auvergne - Littérature orale de l'Auvergne par Paul Sébillot - Date d'édition : 1898

Février 2017



 15 - LA VOITURE QUI ROULE SEULE


berlingotto.jpg« Il y avait une fois un Seigneur qui n’avait qu’une fille, mais jolie comme tout, il voulait la marier. Le sire avait entendu parler d’une jeune paysan beau comme un jour et si intelligent qu’il réalisait toutes les inventions qui lui venaient à la tête. Le sire voulut le connaître et le fit appeler.

Croyant bien ne s’engager en rien, il lui dit « si tu me construis une voiture roulant seule, je te donne ma fille en mariage, acceptes-tu jeune paysan ? »
- « Seigneur, j’essaierai, »
- « Bien mon garçon, va dans ma forêt du bois de Grange coupe le bois qui te plaira et si tu reviens avec une voiture roulant seule, je tiendrai ma promesse »

Dès le lendemain, le jeune paysan ses outils sur l’épaule alla à la forêt du bois de Grange.

Au bout d’un petit bosquet se trouvaient trois chemins, c’est là que se donnaient rendez-vous les fées célèbres de la région. Le paysan en vit une qui lui sourit et lui parla :
- « Où vas-tu ? »
- « Madame, dit le jeune homme, je vais au bois de Grange où m’a dit d’aller le seigneur du château voisin afin que je lui construise une voiture qui marchera sans chevaux, ni ânes et si je réussis il a promis de ma donner sa fille en mariage. Je vais essayer mais je ne sais pas si je réussirai. »
- La fée : « oui, oui tu réussiras mon petit mais écoute, choisis le bois à l’écorces le plus lisse, prends ta hache et frappe. »
- « Merci bien, brave dame » dit le paysan et il s’éloigna.
Une fois dans la forêt, il se mit à frapper et vlan, vlan, une longue branche tomba, c’était un essieu. Le second coup abattit une roue, un autre coup ce fut une autre roue et l’essieu s’emmancha dans les roues et cogne que cogne à chaque coup c’était une autre pièce qui prenait sa place, et cogne encore et cogne toujours. Si bien qu’à force de cogner la voiture fut faite jolie comme tout. Le plus beau encore, c’est que aussitôt elle se mit à marcher seule sans être traînée, sans chevaux, ni ânes.

Le paysan monta sur le siège et la voiture partit roulant si vite qu’on voyait à peine les arbres passer.Il arriva donc au château, vous pouvez croire que le seigneur en ouvrit des grands yeux. Une voiture marchant seule, s’il avait cru que ce fut possible, il n’aurait pas promis sa fille, mais l’ayant promise, il fut obligé de tenir sa promesse.

Les fiançailles furent aussitôt conclues et la date du mariage fixée. Toutes les filles du pays furent invitées des plus grandes jusqu’aux plus petites. Mais vous voyez ce que c’est la jalousie, elles refusèrent de venir.

Alors, sur conseil de la fée, le petit paysan invita les vieilles filles qui ne se firent pas prier. Les vieilles toilettées sortirent des armoires les robes de velours, les tabliers de soie, les jolis châles à fleurs, les bonnets bergères avec leurs rubans, les sabots sculptés en noyer avec leurs brides de rubans bleus et blancs.

Quand la noce défila violoneux en tête, la fée cachée derrière un buisson faisait des gestes au passage des vieilles filles qui se trouvaient rajeunies de trente ans pour le moins. Elles étaient jolies à ne pas y croire et la noce fut elle aussi tout plein jolie comme jamais fut noce au château.

La nouvelle s’en porta dans toute l’Auvergne et je crois bien disait ma grand’mère que la France s’occupa du mariage de l’avisé paysan avec la fille du riche seigneur de Job. »

D’après Raymonde Chardon , élève de l’ Ecole de Filles à Bertignat (Puy-de-Dôme)- 1937 - (Overnia – Bibliothèques & Médiathèques de Clermont Communauté – Archives d’Henri Pourrat - Cote : HP 86 3)

Février 2017



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 16 - UN PELOTON DE FIL


dragon.jpgUne fois, il y avait une jeune fille du bourg de Nessayre qui se mariait. Un jour, son fiancé vint la chercher de grand matin pour aller faire les achats de fiançailles à Saint-Flour.

La jeune fille partit toute joyeuse avec son fiancé; elle était tellement contente et pressée d'acheter de belles choses, qu'elle oublia de faire sa prière.

Tout se passa pour le mieux; la chaîne en or, les pendants, l'alliance, les bagues, lui plurent et ils lui allaient très bien. Le soir, Jeanneton (c'était le nom de la mariée) avait ses poches pleines de dorures et elle emportait trois gros paquets de belles étoffes.

En s'en allant elle en parlait à son futur, tout en montant la côte : Le velours était noir, le tablier en belle soie et la robe en mérinos vert. Tout à coup, elle s'aperçut que le fil de même couleur que la robe manquait. « C'est bien ennuyeux, dit-elle, nous sommes déjà loin de Saint-Flour ; mais il nous faut retourner sur nos pas.; si ma robe n'était pas cousue avec du fil vert, cela me porterait malheur ». Ils étaient déjà à la Baraque de l'Enfer, tout au haut de la côte, mais l'on se décida à retourner à la ville, pensant que celui qui n'a pas une bonne mémoire est obligé d'avoir de bonnes jambes.

Les deux futurs avaient à peine fait quelques pas quand Jeanneton trouva, au bon milieu du chemin, un peloton du fil de la couleur de sa robe. « Quelle chance, dit-elle, ce fil fera tout à fait bien, à la ville nous n'en trouverions pas de plus beau, ni d'aussi belle couleur. » Et les deux jeunes gens retournèrent chez eux.

Le lendemain, la plus habile couturière du pays fit la robe; elle était assez longue, assez large, ne faisait pas un pli; enfin tout le monde s'accorda à reconnaître que cette robe allait très bien et que la mariée serait belle le jour des épousailles. Le fil était d'un très beau vert et bien assorti à la couleur de la robe.

Le jour de la noce arriva; l'on avait invité plus de cinquante parents et un grand nombre de jeunes filles et de jeunes gens des environs. Tous quittèrent la maison pour se rendre à l'église. Il faisait bien beau temps, les cloches tintaient dans l'air et la musette, en avant des gens de la noce, faisait entendre un air tout à fait divertissant.

Des enfants suivaient en chantant :
Las tcharreyros basoun flouri,
La bello nobio bay sourti :
Basoun fleuri, basoun grana,
La bello nobio bay passa.


Les rues vont fleurir,
La belle mariée va sortir :
Elles vont fleurir, elles vont grainer,
La belle mariée va passer.

Ou arrive à la porte de l'église, l'on entre, mais au moment où la future trempait ses doigts dans l'eau bénite, sa robe verte tomba en trente morceaux; il n'y avait plus de fil de la même couleur que l'étoffe.Qu'est-ce qui s'était donc passé?

Le peloton de fil trouvé au milieu du chemin, le jour que Jeanneton n'avait pas fait sa prière du matin ; ce peloton de fil, c'était lou dray (le drac) qui s'était changé en peloton de fil.

Tous les invités se retirèrent épouvantés, la pauvre Jeanneton, à moitié vêtue, ne savait où se cacher, et de noce il n'y en eut point. Jeunes filles quand vous irez acheter vos effets de noce, n'oubliez pas de faire votre prière avant de partir. Méfiez-vous du drac.
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D’après Antoinette Bon - Revue des traditions populaires - Auteur : Musée de l'homme (Paris). - Éditeur : Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris) -Date d'édition : 24 avril 1887


Janvier 2017



 17 - IL FAUT RAPIÉCER SES CULOTTES - CHAU PETASSAR SIS BRAIAS


Cure.jpeg« Un jour , le curé d’une petite paroisse des environs de Saugues, monta en chaire et dit :
« Homme, mes frères,
Depuis que les femmes sont femmes, le diable cornu leur fait tourner la tête, la langue, sans parler du reste. Aussi chétive engeance d’hommes que vous êtes, combien je vous plains, car, aujourd’hui encore, toutes les filles d’Éve s’agitent, s’étirent, cèdent et fléchissent, tournent et retournent, pointent et recroquevillent leur langue de serpent de l’enfer…

Cette langue, assurément, n’est pas notre langue à nous, notre estimable langue de mâle, câline, fleuri, vigoureuse, douce comme l’huile, savoureuse comme le miel, piquante, parfois, comme le poivre, cette langue d’or que le bon Dieu nous a donné avec ses sacrements.

Eh bien, mes pauvres frères, ouvrez vos oreilles !

Quand vous êtes par les près ou par les champs, vos femmes ne font que bâiller, clabauder, brailler, chômer, regarder de quel coin vient le vent, et le travail à la maison ne se fait point.

Cela ne peut pas durer.

Vous savez, tous, que le père Adam, quand il faisait sa méridienne au Paradis, avait vingt-cinq côtes. Le bon Dieu trouva qu’il en avait une de trop : il la luit fit sauter. Avec cette piètre côtelette, il bâtit une femme entière, belle, blanche, joliette comme un sou. Voyez, mes frères, si vous valez la monnaie ! L’homme d’aujourd’hui a encore vingt-quatre côtes : donc, il vaut vingt-quatre côtes de femme ? !... Que ceux qui ont reçu l’Esprit-saint ou le « Certificat » fassent le compte !

C’est pour cette raison, mes frères, qu’il vous faut être forts. Commandez ! Demandez, et vous recevrez ! Frapper, et l’on vous ouvrira !... Aïe, aïe, aïe… Vous êtes les côtelettes, et vos femmes portent la culotte !

A présent, vous femmes, mes sœurs,

Laissez-moi vous certifier que je n’ai aucune joie d’être votre frère. Vos maris font vergogne. Le dimanche, après la messe, ils s’enivrent comme des ânesses, crient comme des ânes, et frottent et lèchent (les bouteilles) et mouillent les murailles, cherchent la dispute, attrapent des coups, entrent avec des habits déchirés. Aussi, chaque lundi, ils demeurent au lit, et leurs cheveux sont raides comme des barbes d’épis.

Cela ne peut plus durer !

Faites de bonne cuisine, mes sœurs, et vous verrez vos maris entrer à l’heure pour faire un bon dîner et se coucher comme les poules. Et puis… quand les laboureurs, les faucheurs, les moissonneurs sont dehors, ne leur faites pas attendre longtemps la pitance, ainsi que le vin, autrement, ils lèvent la tête, s’assoient, chiquent et fument, salivent ; ils tirent la langue jusqu’à terre, vont poser culottes, marmonnent, trouvent que le soleil est trop piquant, et le temps passe, et le travail du bon Dieu ne se fait point.

Et encore, braves femmes, écoutez-moi ! Rapiécez vos pauvres diables d’hommes ! Je suis sûr que, dans le village, il n’y a pas un fond de culotte qui ne soit déchiré. Je l’ai vu ! Vraiment, ce n’est pas beau ! Il vaudrait mieux qu’ils allassent sans culottes ; moins laid ce serait. Que les pièces Bonne-Vierge ! posez-en assez ! Si par hasard, vous ne savez pas rapiécer vos hommes, ma foi, saignez les !De cette manière, personne ne montrera ce qu’il ne faut pas, il n’y aura point d’esclandres, notre bon évêque en aura du plaisir, moi aussi, vous également, vos maris un peu plus, ma servante encore davantage, et le bon Dieu, en vous voyant si bellement vêtus, vous ouvrira le portail de son ciel… Amen ! »

D’après Henri Gilbert « Les contes de la Luneira » - Imprimerie de la Haute-Loire, Le Puy – 1932


Janvier 2017





 18 - LA BOUTEILLE DES CONSCRITS


Les_Conscrits.jpgLes conscrits dans certaines parties du Puy-de-Dôme, accomplissent après le tirage au sort une singulière cérémonie. Ceux de la même commune se réunissent dans une salle d'auberge et achètent au maître de l'établissement une ou plusieurs bouteilles remplies autrefois de vin, mais aujourd'hui de rhum, de cognac bu de kirsch. La bouteille est d'habitude apportée par la femme de la maison qu'en cette circonstance on désigne du nom de tante, comme dans le compagnonnage.

On procède à sa décoration : On colle à la panse une liste contenant le nom des conscrits de la classe et leurs numéros respectifs ; au goulot sont passés des flots et des noeuds de rubans donnés par les bonnes amies. Un lien est fixé lâchement aux deux extrémités. En présence de la tante, le conscrit premier partant attache à une des solives du plancher deux clous sur lesquels on pose le lien entourant la bouteille qui se trouve ainsi suspendue horizontalement.

Et la musique joue, et on danse, la nuit durant, des bourrées avec grand bruit et tapage ; les assistants font des voeux pour que les conscrits, le service militaire terminé, reviennent tous sains et saufs au village.

Quand la classe est de retour, les jeunes gens pour fêter leur joie, s'assemblent de nouveau. Le premier revenu décroche la bouteille avec le même cérémonial. On la débouche, on la vide, au son de la musique et au bruit des bourrées.

Au temps où la durée du service était de sept ans, sept bouteilles au moins pendaient constamment au plancher, aujourd'hui on n'en voit que cinq naturellement. Tous les ans on en attache une nouvelle, et on dépend la plus ancienne.

Cet usage, je l'ai observé dans la commune de Loubeyrat, canton de Manzat, ainsi que dans la commune de Fayet, canton de Saint-Dier. Il doit se pratiquer probablement dans plusieurs autres localités de la montagne.

D’après le Docteur Pommerol - Revue des traditions populaires - Éditeur : Société des traditions populaires (Paris) - Date d'édition : mars 1889

Janvier 2017



 19 - LA STATUE MIRACULEUSE DE NOTRE DAME DE LAYRE


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« La statue de Notre-Dame de Layre est très vénérée à Ambert. On prétend que pour la soustraire aux profanations des Huguenots, un dévot à Marie, la cacha et la fit murer dans un coin de sa maison, située au lieu de Layre.

Il mourut avec son secret, et l’on ne savait ce qu’était devenue la statue, lorsqu’une inondation abattit la muraille où elle avait été cachée. Elle fut précipitée dans les eaux, et y surnagea un temps considérable sans jamais s’éloigner.

Quand les eaux eurent baissé, on la plaça au coin d’une maison, et comme elle faisait des miracles, on voulu la transporter dans l’église paroissiale d’Ambert ; mais on fit de vains efforts pour l’enlever, car ceux qui avaient été choisis pour la déplacer et la transporter devinrent tout à coup immobiles, sans pouvoir avancer ni reculer. »

D’après l’Abbé Grivel - Auteur : Sébillot, Paul (1843-1918) - Éditeur : G.P. Maisonneuve et Larose (Paris) - Date d'édition : 1898

Janvier 2017



 20 - LA RONDE DES FÉES


Ronde_des_fees.jpg« Un soir, un samedi, un garçon nommé Irald passait au pied du Lac des fées à onze heures ; au clair de lune, il voit sur le sommet des êtres aériens ; il arrive jusqu’à la danse sans que sa présence eût été aperçue.

Cependant la ronde s’arrête : deux fées rompent la chaîne et lui font signe de venir prendre la place faite pour lui. Le garçon s’y précipite, mais lorsque ses mains ont rejoint celles de ses belles voisines quelque chose de sec et glacé le saisit comme dans un étau, un frisson pénètre dans son corps.

Alors commence une ronde infernale ; Irald est entrainé avec une rapidité effrayante, ses forces s’épuisent dans ce tourbillon ; enfin il succombe et tombe presque anéanti sur le sol maudit.

La ronde continuait toujours. L’heure de minuit est arrivée, la lune se voile davantage. En cet instant ces belles filles disparaissent, se métamorphosent et l’on voit plus que des squelettes hideux dont la tête creuse jette des flammes par ses ouvertures. Le corps fétide d’un enfant mort sans baptême est apporté, la troupe odieuse va se livrer à un festin épouvantable.

L’idée lui vient de se commander au grand saint Géraud. Il se signe : aussitôt un désordre se manifeste parmi la bande infernale. Celle des fées qui lui avait paru la plus séduisante s’approche, exhale sur sa tête un souffle enflammé, le feu calcine ses cheveux et une main brûlante imprime sur sa joue un stigmate aux reflets sanglants.

Irald perd connaissance, il ne put voir la fin de cette vision satanique : quand il se réveilla, la colline avait repris son aspect accoutumé ; mais il conserva ses plaies. »

D’après Deribier du Chatelet - Littérature orale de l'Auvergne par Paul Sébillot - Éditeur : G.P. Maisonneuve et Larose (Paris) - Date d'édition : 1898

Janvier 2017



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Chapitre 1fleche._Simple_G.gifChapitre 2 fleche._Simple_G.gifChapitre 3 fleche._Simple_G.gifChapitre 4 fleche._Simple_G.gifChapitre 5 fleche._Simple_G.gifChapitre 6 fleche._Simple_G.gifChapitre 7 fleche._Simple_G.gifChapitre 8 fleche._Simple_G.gifChapitre 9 fleche._Simple_G.gifChapitre 10 fleche._Simple_G.gifChapitre 11 fleche._Simple_G.gifChapitre 12 webmaster_fleches015h_Haut.gifChapitre 13 fleche._simple_D.gif Chapitre 14 fleche._simple_D.gif Chapitre 15 fleche._simple_D.gif

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