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Commencée il y a une vingtaine d'années, cette généalogie réunit plus de 60 000 individus. Plus de 24 000 ascendants directs identifiés.

Mes recherches relèvent de la tradition généalogique (documents familiaux, Mairies, Archives Départementales) et se sont complétées au fil du temps par les réseaux  que sont les cousinages, les forums, les membres de Geneanet,  les  échanges fructueux avec d'autres passionnés et de façon non négligeable que sont  les sites  privés ou  détenus par les associations.

A l'instant,  la machine à remonter le temps est placée  au niveau de « Berthe Au Grand Pied » et à Pépin Le Bref  non sans avoir cité  Rollon Ier de Normandie qui nous vient du peuple viking.

Cette généalogie est complétée par des apartés thématiques liés au contenu de ma chronique familiale.

Que soient remerciés, ici, celles et ceux qui m'aident dans la réalisation de cet Arbre Généalogique, ils sont cités dans mes sources.

 Chronique familiale



 LES CARNETS DE TANTE ANAÏS : RÉCITS, MYTHES ET TRADITIONS …
Chapitre 14


PLUS DE 300 TEXTES EN LIGNE

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Chapitre 1fleche._Simple_G.gifChapitre 2 fleche._Simple_G.gifChapitre 3 fleche._Simple_G.gifChapitre 4 fleche._Simple_G.gifChapitre 5 fleche._Simple_G.gifChapitre 6 fleche._Simple_G.gifChapitre 7 fleche._Simple_G.gifChapitre 8 fleche._Simple_G.gifChapitre 9 fleche._Simple_G.gifChapitre 10 fleche._Simple_G.gifChapitre 11 fleche._Simple_G.gifChapitre 12 fleche._Simple_G.gifChapitre 13 fleche._Simple_G.gifChapitre 14 fleche._simple_Bas.gif Chapitre 15 fleche._simple_D.gif


Sommaire

 1 - LES FETES DE SAINT-GAL A SAINT-AMAND (TALLENDE)

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« Saint Gal était évêque de Clermont au commencement du VIe siècle. Sa fête se célèbre le 1er juillet. Le dimanche qui suivait, la procession allait de l'Église à la Chapelle de Saint-Gal, sur la pente méridionale de la Sure du Crest.

Après vêpres, les enfants de Saint-Gal, réunis au son du fifre et du tambour, prenaient chacun un fagot de bois de sarment et conduits par les bailes s'acheminaient vers la chapelle. Devant la porte occidentale du monument, sur la petite place, on formait un feu de joie, un fougeas, allumé par les bailes. Conduits par les bailes1, on dansait une ronde autour du feu. On faisait de rapides évolutions autour de la chapelle, en chantant un refrain où étaient indiqués les détails de la fête du lendemain, et les noms des personnes qui y avaient contribué par des offrandes en nature ou en argent. Quand le feu était éteint, on vidait, au soleil couchant, deux brocs de vin apportés par les bailes. Les assistants se partageaient le charbon.

Le lendemain, lundi, dès l'aurore, les enfants de Saint-Gal, montés à cheval, coiffés de tricorne, ceints d'une écharpe blanche, un sabre à la main, se réunissaient sur la place publique. Ils vont prendre la bannière de l'Église que les bailes portent en tête de la Bravade (calvacade), les cloches sonnent, on va entendre la messe à Authezat, dans une petite chapelle sur le bord de la route, et dédiée à la vierge.

Les bailes offrent un gros bouquet à la vierge. Toute la Bravade à l'offrande. On s'en retourne après la messe, le curé d'Authezat assiste au défilé, on lui chante :
Vive le curé d'Authezat !
Le bon Dieu le bénisse !
C'est un homme franc et loyal.
Ils aiment, les enfants de Saint-Gall,
Trou la la (bis),
Le bon Dieu le bénira.

La Bravade s'en retournait par un autre chemin. Des gens des paroisses voisines venaient les voir passer. Au pont de la Pierre, avant d'arriver à Saint-Saturnin, on s'arrête, pour élire deux nouveaux bailes. Un des bailes devait être le dernier marié, ou un des derniers mariés, de la ville de Saint-Amand, l'autre était pris parmi les célibataires. Le premier porte bannière rouge, le second la bannière verte. Le défilé s'arrête devant l'église de Saint-Saturnin, on lui offre des rafraîchissements. On rentre à Saint-Amand, on dîne, on saute, on danse sur la place publique.

Le troisième jour, les bailes nouveaux font cuire des pâtisseries appelées tartre ou tarte.

A quatre heures du soir, les bailes vont sur l'allée de Saint-Saturnin, musique en tête, un char couvert de feuillages et de fleurs, et portant les tartes. Des hommes portent sur leur tête les brocs de vin et des paniers de vivres. On s'arrête sous l'arbre de Saint-Félix, à la limite des deux communes; les bailes découpent les tartes, on les distribue au cortège. Chacun boit et mange, puis on danse.

— On revient à Saint-Amand, où l'on ne se sépare qu'après avoir fait le tour de la fontaine, pratique traditionnelle qui se renouvelait jadis à chaque mariage et qui tend à disparaître. On attachait une certaine importance à la manière dont la Novie franchissait le ruisseau, le geste provoqué par cette action permettant aux augures de prononcer le pronostic emprunté à la vie pastorale : Chamba fina, bouna de lait.

Après le coucher du soleil, on faisait un défilé à travers les rues de Saint-Amand, au son de la musique et des tambours, chacun tenant en main une botte de paille appelée brande ou foliace qu'on allumait à la fin du parcours, avant de revenir à la place. On chantait le chant qu'on avait chanté le 1er jour, devant la chapelle de Saint-Gal, autour du feu de joie.

Chacun avait fourni son plat pour la fête. Sur la place principale est un gros tas de fagots, fournis par tout le monde, au-dessus desquels se balançait un grand mannequin vêtu d'un costume de femme.

Les enfants de Saint-Gal, arrivant, faisaient le tour de la place, puis celui du bûcher et chacun, en passant, jetait au pied du tas de fagots sa fallade allumée. La flamme s'élevait et la fumée gonflait le mannequin. Alors, les bailes, entonnant le chant traditionnel, en se donnant la main, organisaient une immense chaîne qui se livrait autour de la place à de capricieuses évolutions jusqu'à ce que le mannequin fortement chauffé, s'enflammait à son tour, et faisait de nombreuses explosions par les pétards qu'il recelait.

Un document du 19 mai 1732 disait :
A la frairie de Saint-Gall, abus, danses, débauches et port d'armes. Ordonnons que les dites fêtes et rivages seront célébrés à l'avenir avec plus de religion et de décence. »

1 Agent domanial d’un seigneur investi de pouvoirs identiques à celui d’un prévôt

D’après le Docteur Dourif - Mémoires de l'Académie des sciences, belles- lettres et arts de Clermont-Ferrand – 1885

Février 2018



 2 - LA BORNE DÉPLACÉE

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« Il était une fois une famille qui avait perdu son chef, et tous les soirs on entendait dans le grenier et aux alentours un bruit de chaînes. Les enfants allèrent consulter le curé qui leur dit que c’était une âme en peine, et qu’il fallait, la nuit suivante, se mettre en prières.

Comme ils étaient à prier, ils virent paraître leur père tout enchainé ; il leur montra la porte et sortit : les gens le suivirent, et il les conduisit jusqu’à une vigne qui leur avait appartenu : il alla se placer vers une borne, puis il disparut, et soudain ils le revirent à un autre endroit. Ils comprirent que la borne avait été déplacée par leur père, et qu’il leur montrait le lieu où il fallait la remettre. Quand ils l’eurent fait, ils n’entendirent et ne virent plus rien ».

Conté au « Dîner Celtique » par le Docteur Paulin - Littérature orale de l'Auvergne - Auteur : Paul Sébillot - Éditeur : G.P. Maisonneuve et Larose (Paris) - Date d'édition : 1898

Février 2018



 3 - CROYANCES ET SUPERSTITIONS

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  • « Le pain retourné (Ambert) Quand, à un repas, un des convives tourne son pain à l'envers, les voisins se hâtent de planter dans le morceau leur fourchette ou leur couteau. Aussitôt que le propriétaire du pain s'en aperçoit, il remet le pain sur le bon côté, mais il doit payer autant de bouteilles de vin qu'il y a de couteaux ou de fourchettes enfoncées dans le pain.

  • Les quatre chemins.Quand deux chemins se rencontrent et se coupent, leur intersection forme un carrefour qui a une réputation maudite. C'est un lieu hanté par le diable, la nuit. Quand on y passe le soir, après l'Angélus, et surtout aux environs de minuit il est bien rare qu'il ne vous arrive pas malheur ou qu'on ne voie pas quelque fantôme ou quelque lutin. C'est là qu'il faut se rendre, à minuit, quand on veut avoir des relations avec le diable — lui vendre son âme sous condition, prendre une charge de lutin.

    Ces carrefours étaient si mal famés et si redoutés, que le catholicisme y a fait construire partout des croix de pierre pour écarter le diable et les mauvais esprits de la nuit.

  • Caillou guérisseur.
    A Montferrand et à Gerzat (Puy-de-Dôme), il était autrefois d'usage pour guérir la dysenterie, ou flux de sang, de faire chauffer au rouge dans la braise un caillou blanc de quartz ou de feldspath et de le plonger ensuite tout brûlant dans du lait. En buvant ce lait surchauffé, on se guérissait infailliblement. »

    D’après le Docteur Pommerol - Revue des traditions populaires - Auteur : Musée de l'homme (Paris) - Éditeur : Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris)

    Février 2018



 4 - GARGANTUA EN AUVERGNE

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« Un jour Gargantua avait grand'soif ; il mit un pied au Cantal, l'autre au Puy et but dans l'Allier ; il but si bien qu'il tarit cette rivière.

Il paraît que l'on voit encore les empreintes de ses pieds. Gargantua avait fait un long trajet ; il voyageait toujours à pied, et il était très fatigué, eh passant près de la Margeride : il alla s'endormir au sommet de cette montagne, et on l'entendait ronfler de Vedrinet, bourg qui est au pied à plusieurs kilomètres. Il faisait alors grand vent; un berger, ne trouvant point d'autre abri, se réfugia dans la bouche de Gargantua, derrière une dent. Gargantua, qui dormait toujours la bouche ouverte, s'étant réveillé un instant, ferma la bouche : le pauvre berger crut qu'il allait l'avaler, et se tint coi ; mais comme il ne bougea point, Gargantua ne l'ayant pas senti, se rendormit et dès qu'il eut rouvert la bouche, le berger se sauva bien vite.

Une autre fois, Gargantua passait près de la Truyère et il eut envie de boire. Au moment où il se désaltérait un homme passait sur le pont de planches avec ses boeufs et sa charrette de foin, les planches se cassèrent et tout tomba dans la Truyère : Gargantua engloutit le tout sans s'en apercevoir ; seulement cela le fit tousser, et il crut qu'il avait avalé de travers.

A Saint-Flour, assure-t-on, il mangea dix-huit pots-au-feu, quarante- six moutons, vingt poulets, dix cochons et disait qu'il avait encore faim. »

D’après Antoinette Bon - Revue des traditions populaires - Auteur : Société des traditions populaires (Paris) - Éditeur : Société des traditions populaires (Paris) - Date d'édition : Août 1889

Février 2018



 5 - LES FEUX FOLLETS EN AUVERGNE

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« Les feux follets sont appelés Brandons ou Illayés (égarés) ; ce sont, disent les anciens, les âmes des petits enfants morts sans baptême.

Un charretier s'en allait la nuit, monté sur sa voiture; il la vit entourée de brandons ; il se mit à les frapper à coups de fouet, mais sans parvenir à les écarter; ils le suivaient toujours. En rentrant chez lui, il vit que son fouet était couvert de sang, et il y en avait aussi sur la route.

Plus on marche vite, plus les Illayés vous poursuivent, ils suivent surtout les fossés et les prés. »

D’après le Docteur Pommerol - Revue des traditions populaires - Auteur : Musée de l'homme (Paris) - Éditeur : Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris) - Date d'édition : Octobre 1899

Février 2018



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 6 - LE BON GÉANT QUI AIMAIT LES FLEURS

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« Ce conte nous indique le désir d’un gentil géant « Gentigigan », habitant d’une grotte au sommet des monts Dore, de respirer le parfum des fleurs ! Ce qui était impossible vu sa taille bien plus haute que celle d’une maison ! Il aurait pu s’allonger pour respirer les fleurs mais sous son corps immense il aurait écrasé des milliers de plantes.

Alors il se contentait d’admirer les fleurs. Toutes étaient belles : les campanules et les gentianes, les pensées sauvages et les œillets, les primevères et les jacinthes, les boutons d’or et les pois senteur…

C’est pour les épargner qu’il ne buvait pas l’eau des sources. Le vent lui portant quelquefois leurs merveilleux parfums il le respirait avec délice et parfois pleurait.

Se cachant les mains, il n’avait pas vu arriver un jeune berger qui curieux avançait vers cette forme jamais vue auparavant. Il vit alors le géant, c’en était un assurément, le berger vit de grosses larmes couler entre les doigts du géant qui s’écrasait avec un bruit de pluie d’orage et l’éclaboussaient.

Malgré la peur à la vue de ce géant, le berger eut pitié de lui et lui demanda pourquoi il pleurait tant. Sans succès, il frappa ensuite sur la jambe du géant qui le vit enfin et le porta vers son oreille et entendit le berger lui proposer son aide, il faillit rire de savoir comment un homme pouvait aider un géant !

Le géant lui raconta ses malheurs, l’homme lui répondit qu’il promit de réfléchir à une solution et de revenir le lendemain. Le berger ne dit rien à ces compagnons de peur qu’ils se moquent de lui.

De retour à la bergerie, il vit une bouteille de lait vide et eut une idée, il grimpa rapidement de nouveau vers la montagne du géant et ramassa des fleurs entre temps, il ne les cueillait pas mais enlevait seulement les pétales des fleurs dont le parfum était le plus fort. A chaque cueillette il referma la bouteille pour en conserver l’arôme.

Il se rendit auprès du géant qui prit entre ses doigts la bouteille et enleva le bouchon grâce à l’aide du berger et put sentir le parfum extraordinaire des milliers de fleurs de la montagne, des larmes de bonheur montèrent à ces yeux.
- Merci, je t’offre en échange mon amitié, dit le géant. Le berger remplit régulièrement la bouteille et ils restèrent jusqu’à la fin de leur jour des amis fidèles.


C’est ainsi grâce à la gentillesse d’un jeune berger pour un bon géant malheureux que naquirent les parfums...…»
D’après Traditions, légendes, contes mystérieux d'Auvergne

Janvier 2018



 7 - LE PAYS DES SIGNES ET DE LA VISION

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«J'entends qu'on dit : « Fort bien, mais ce sont là des signes anciens, qu'on se figurait. Aujourd'hui c'est fini. »

Bien au contraire, je crois que les morts à la guerre fourniraient une ample moisson. L'autre semaine encore une mère me racontait le signe de son fils : trois étoiles brillantes dans le fond d'une étable, la nuit. Et, couchée, elle entendit son souffle, comme lorsque le cochon qu'on tue achève de mourir. « Il s'est saigné par champ, vous comprenez, la nuit où je l'ai entendu. »

Et voici deux signes qui présentent l'intérêt de m'avoir été contés il y a peu par un jeune paysan de la montagne. Il était encore garçon quand, assis devant la porte, lui, son père et sa mère, tomba devant son père et lui comme un drap blanc, qui tourna derrière le bac et disparut. Devenus tout pâles lui et son père se regardèrent sans rien dire. La mère n'avait rien vu. C'était son signe. « Elle a séché sur terre. Elle mourait de faim. Elle a souffert ! Elle avait une glande dans l'estomac. »

« J'ai vu le signe de ma marraine. C'était à l'automne, je venais d'arracher des pommes de terre à Tiolerette. En revenant à la nuit il tomba de la neige. Je secouai mon bonnet. Tout mouillé il y avait du feu après, qui ne brûlait pas. Les sabots en étaient pleins aussi.

Un peu plus haut, je quittai mon bonnet pour voir. Il y avait toujours du feu après, et aussi avant d'entrer. A la lumière de la lampe ça disparut. Ma marraine mourut cette nuit-là ».

D’après Claude Dravaine - L'Auvergne littéraire et artistique - Mars 1932

Janvier 2018



 8 - L' AVIATION ET LES PAYSANS

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« Voici en substance ce qu'écrivait au Journal, 9 avril 1912, son correspondant du Puy : Peu s'en est fallu ces jours derniers que le caporal aviateur Gilbert, qui, toute cette semaine, a effectué des vols nombreux autour de Brioude, ne fût traité comme un oiseau malfaisant alors qu'il planait à une très faible hauteur au-dessus de la campagne. Pendant le temps du carême, les paysans de cette région guettent anxieusement au ciel l'apparition de « Lou Baret », l'oiseau gigantesque et néfaste qui jette le mauvais sort sur les récoltes en herbe.

Un agriculteur de quatre-vingt-trois ans, apercevant le monoplan de Gilbert, évoluant comme un oiseau de proie, n'eut pas de doute; c'était « Lou Baret », terrible surtout pendant la semaine sainte. Rapidement, notre homme s'en fut quérir un vieux fusil à piston, le bourra de chevrotines jusqu'à la gueule et fit feu sur l'aviateur, qui, fort heureusement, bien que se trouvant à bonne portée, ne fut pas touché.

Gilbert, ignorant à quel danger il venait d'échapper et croyant à la manifestation d'enthousiasme d'un admirateur, répondit par une pluie de brochures, puis s'éloigna et disparut à l'horizon. L'octogénaire déclare à qui veut l'entendre qu'il à blessé « Lou Baret », qu'il a même fait voler ses plumes, qui étaient en papier, ce qui prouve bien qu'il y à de la sorcellerie là dessous. »

D’après Paul-Yves Sébillot - Revue des traditions populaires - Éditeur : Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris) - Mai 1912.
Main.gif Lire par ailleurs : Eugène Gilbert, Enfant de Brioude, Pionnier de l’aviation, Héros de la Grande Guerre

Janvier 2018



 9 - L'ETANG D'ĖTRUCHAT

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« Près du château d'Étruchat qui est maintenant une ferme, au bout du chemin de l'étang, il y a une croix de pierre encroûtée de mousse. Elle a été plantée là en mémoire d'une servante qui est tombée à l'eau et qui s'est noyée.

Cette fille était belle comme une blanche fleur de bouquet. Mais elle se trouvait sous l'autorité d'une tante, gouvernante au château, qui veillait exactement sur elle. La tante était sévère, mais parce qu'elle savait que seize, dix-huit ans, c'est souvent l'âge de la folie.

Un jour, au chemin des Fourches, sous les fenêtres du château, passa un cavalier. Il vit cette servante, et il s'en fit voir. Il revint le lendemain; et d'autres jours... En fin finale, il donna rendez-vous à la belle pour la nuit tombée, à l'autre rive de l'étang.

L'heure venue, qu'on voyait juste assez pour se conduire, sous les arbres, la pauvre petite alla prendre l'allée du côté du midi. Mais comme elle suivait par là le bord de l'eau, elle vit venir à sa rencontre une espèce de grande clarté.

Elle eut peur. L'idée lui vint de rebrousser chemin. Sa folie lui roulait pourtant trop dans les veines. Elle continua d'avancer : elle reconnut son bon ange...

Elle comprit qu'il voulait lui barrer la route. Mais, ce soir, pour son premier rendez-vous, rien ne la lui barrerait.

Elle sortit de l'allée, elle prit le sentier en contrebas au long de l'étang.

L'ange descendit dans ce sentier.

Alors, elle prit son chemin plus bas, sur les pierres, longeant le bord de l'eau. L'ange fit de même.

La malheureuse, alors, s'écartant davantage, marcha dans l'eau, tant pis !...

Et là, tout à coup, elle perdit pied, elle roula dans l'étang , elle s'y abîma... Son ange avait mieux aimé pour elle la mort que la faute. »

D’après Henri Pourrat - Epreuve avant publication d'un conte pour les « Légendes d'Auvergne » (1947) – Bibliothèque du Patrimoine de Clermont-Auvergne – Métropole – Cote : HP 86 16.

Janvier 2018



 10 - LA PIERRE DU BOIS DE NAUFRANGES

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« Nombreuses sont les légendes dans notre vieille Auvergne rustique de Saint-Anthème. Elles sont contées par les vieux grand pères et les vieilles grands-mères aux veillées d’hiver, alors que la bise souffle dans les volets avec des sifflements lugubres et que, dans la demi-obscurité de la grande cuisine, l’âtre lance des lueurs de fantômes. Elles sont contées encore au pré en gardant les vaches par les bergères aux cheveux blancs et à la tête branlante. Alors on fait cercle autour d’elles pour les écouter.

C’est dans une clairière du bois de Naufranges que j’ai entendu la légende que je vais essayer de vous conter sans omettre un détail. Je l’ai trouvée en me promenant dans les sous-bois ; ou plutôt j’ai trouvé une gardeuse de moutons, bien vieille, oh bien vieille ! si vieille que ses doigts ne pouvaient plus tenir les aiguilles. Toute courbée, elle songeait, assise au milieu de son troupeau.

Je la saluai. Comme je m’arrêtais un instant intrigué devant une belle pierre aux marbrures brunes, elle m’interpella de sa voix cassée « Volis que te racontèche… » puis, croyant sans doute que je ne la comprenais pas « Veux-tu que je te raconte « l’histoire » de cette belle pierre mon jeune ami ? »Je m’empressai d’accepter comme vous le pensez bien. Je m’assis en face de la vieille et sans plus attendre elle commença ainsi :

« C’est une bien belle mais triste légende que la légende de cette pierre ! Une légende vraie alors celle là . Cela se passait …oh attends … il y a plus de cinquante ans, plus de soixante ans même, car je n’étais alors qu’une petite fille. Un soir de novembre… Mais il faut te dire avant que le village du Fayt – Tu sais bien : le Fayt – était le village des charbonniers. Il y en avait bien vingt…

Un soir de novembre, un soir où le vent soufflait fort, un des charbonniers du Fayt « lou Jean-Piarre » (le Jean-Pierre) inquiet de ce vent fou, s’en vint faire un tout par ici pour voir s’assurer que sa meule n’était pas découverte.. « Lou Jean-Piarre » partit donc de chez lui à la nuit tombante.

Comme il passait sur le chemin que tu vois là-bas derrière ce gros sapin, il entendit des voix comme si on se disputait. La chose n’était pas rare entre charbonniers quand ils avaient « begu » (bu) un verre de trop. Jean-Pierre passa sans s’arrêter car le vent redoublait et la nuit était là… Tout était bien à son ordre à la meule, et le bous « cramait » (bruler lentement) « comme il faut ».

Jean-Pierre en fit le tout et repris le chemin de la maison où sa femme devait s’impatienter.En passant près le la clairière, il entendait de nouveau les voix, cette fois-ci plus rapprochées. « Encore des camarades qui se chamaillent pour des « boules » (bornes) « pensa-t-il .

Comme pour lui donner raison, une voix demanda : « Où faut-il que la mette cette « boule ? ». Lou Jean-Piarre en honnête homme cria « à sa place » et il continua son chemin ; mais la voix reprit « avec quoi faut-il que je l’enfonce cette boule ? ». Etonné le Jean-Pierre cette fois s’arrêta. Qui pouvait bien ainsi poser cette drôle de question ? ….. Un camarade qui a un peu trop bégu sans doute ! »Enfonce la avec la tête !... » … « avec la tête ! » reprirent les grands arbres. Et Jean-Pierre partit pressé d’aller manger la soupe.

… Le lendemain matin, quand le charbonnier revint vers sa meule, il vit en cette place une « boule » qu’il ne connaissait pas, et sur cette « boule » il y avait … - ici la voix de la vieille tremble …- il y avait du sang et des cheveux ! »Et la légende se termine par un grand signe de croix de la vieille bergère.

« Mon jeune ami, la voix était l’âme de ces mauvais gens qui n’ont pas d’honnêteté. Celui-ci durant sa vie avait déplacé des « boules » afin d’augmenter ses propriétés. Aussi son châtiment consistait-il à enfoncer toutes les « boules » déplacées, comme le lui disaient les hommes »

D’après Maurice Gagnaire élève du Cours Complémentaire à Saint-Anthème (Puy-de-Dôme) 1936-1937 - Overnia – Bibliothèque du Patrimoine de Clermont-Auvergne – Métropole – Archives d’Henri Pourrat - Cote : HP 86 8

Janvier 2018



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 11 - CURIEUSES ORDONNANCES PUBLIÉES EN 1760, 1765 ET 1770, DANS LA CHATELLENIE DE VIEIL-BRIOUDE AU NOM DE SON ALTESSE SÉRÉNISSIME MONSEIGNEUR LE DUC D’ORLÉANS

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  • « Défendons à tous les habitants et sujets de ne point jurer et blasphémer le saint nom de Dieu, à peine de punition conformément aux ordonnances du Roy.
  • Leur défendons de ne pas travailler les jours de fêtes et dimanches, à peine d’amende.
  • Défendons à tous les cabaretiers et sujet de son Altesse Sérénissime de ne pas donner à boire pendant les offices divins, à aucune personne de la paroisse, de quelque qualité et condition qu’elle soit, peine à dix livres d’amende contre chacun des contrevenants
  • Défendons à tous les habitants de cette justice et par exprès aux boulangiers et cabaretiers, de ne tenir aucunes mesures pour le bled et le vin qui ne soyent de la mesure et poids de Vieil-Brioude, marquées des armes de son Altesse sérénissime Mgr le duc d’Orléans, à peine d’amende et de confiscation.
  • Défendons aussi à tous les habitants de ne laisser aller, pendant aucune saison de l’année, les pourceaux sans garde, à peine de trois livres d’amende.
  • Défendons aussi à tous les habitants de ne tenir aucun fumer dans les rues à peine de trois libre l’amende. Et après que les fumiers auront resté 24 heures, permettons à toute personne de les faire enlever et de les prendre par confiscation.
  • Défendons à toute personne de jeter dans les rivières aucunes fascines, poison, à peine de fouet.
  • Défendons aussi à toute personne de chasser dans l’étendue de la justice de Vieil-Brioude avec fusils et trémalin (sic) et autre atirage de chasse, et de ne pêcher dans les rivières à peine d’amende et d’être informé et décrété contre les contrevenants.
  • Défendons pareillement à tous sujets de cette justice de tenir aucune chèvre à peine de confiscation.
  • Nous avons, à l’ancien curial faisant fonction de procureur d’office, donné acte de la publication des susdites ordonnances. En conséquence, ordonnons qu’elles seront exécutées selon leur frome et teneur, nonobstant opposition quelconque.

    Et avons signé, avec le dit ancien curial, procureur, et notre greffier, le dit jour et an susdit.
    Gaytte, Beauregard »




    D’après Edouard Peyron –Histoire de Vieil-Brioude depuis les origines jusqu’à nos jours – Editeur A. Prades-Freydier Place Michelet Le Puy (1900)

    Décembre 2017



 12 - LE DÉPART DES FÉES

2017_12_La_Roche_aux_fees.jpg « Les cavités que l’on aperçoit à la surface de la Roche-aux-Fées à la Bourboule et près du Mont-Dore sont attribuées à des fées.

Des fées, dit M. Lecoq, suivant le récit que font les gens du pays, habitaient autrefois la Bourboule et avaient pris le pays sous leur protection ; elles étaient bonnes, aimables et avaient rendu de grands services ; elles avaient coupé le rocher afin de donner issue aux eaux que cette digue rendait captives et qui formaient un lac de la Bourboule.

Par ce moyen, la vallée devint cultivable ; on y établit de belles prairies, et les eaux thermales qui se perdaient dans le lac devinrent visibles et furent recueillies. Elles apprirent aux habitants leurs propriétés, et l’on assure même qu’elles y prirent des bains. Outre ces bienfaits, elles protégeaient les environs contre les incursions d’Aimerigot qui occupait au XIVe sicle le château de la Roche-Vendeix et qui étendait partout ses ravages.

Aimerigot avait tenté plusieurs fois de les déloger ; mais les fées avaient jusque-là déjoué ses projets. Un jour cependant, en mémoire d’un événement heureux que l’on ne raconte pas, les fées retirées sur leur rocher, chantaient en buvant de la bière et mangeant une omelette ; Aimerigot qui les aperçut de loin les surprit ; il s’empara du local, qui était divisé en deux parties. L’une antérieure formait le salon. On y voit encore une espèce de canapé ou de banc taillé dans le rocher, ainsi que la base de la cloison de la cuisine et qui est formée par la saillie d’un filon de quartz.

Les fées, qui étaient alors dans leur cuisine, n’eurent que temps de s’échapper par des procédés qui leur étaient connus et abandonnèrent définitivement le pays. Elles voulurent pourtant y laisser un souvenir de leur séjour. La poêle et les verres dont elles se servaient ont laissé par leur volonté des empreintes sur le roc.

Elles sont dispersées à sa surface. Ce sont ces cavités dont nous avons parlé, et qui sont pleines d’eaux après les pluies. Il y a quatre ou cinq de ces empreintes, ce qui faut faire supposer que ces dames étaient en nombre égal.

Aimerigot ou Merigot-Marchez est un personnage historique, dont Froissard a parlé, et qui fut surnommé le roi des pillards ; il eut la tête tranchée aux Halles de Paris à cause de ses méfaits.
Aimerigot Marcel de Tournemire, parut dans la Haute-Auvergne à la tête de l'une de ces bandes, et s'empara du Château de Carlat, qu'il vendit aux Anglais.


D’après Paul Sébillot - Littérature orale de l'Auvergne - Edition de 1898

Décembre 2017



 13 - LE MORCEAU DE LARD

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« Un jour, le seigneur de Polignac alla visiter un paysan du village. Il trouva toute la famille en train de diner. Les deux petits du paysan dévoraient plutôt qu’il ne la mangeait une grosse et large liste de lard. Le seigneur les voyant faire, dit :
« Comment, voilà vos deux petits garçons qui mangent avec cet appétit, et les deux miens ne trouvent rien à leur goût. »
- « Seigneur, répartit le paysan, donnez-les moi à garder pendant huit jours et je vous promets de vous les rendre avec un appétit de loup. »
-Le seigneur ne demanda pas mieux. Le paysan conduisit les enfants chez lui et, après les avoir munis chacun d’un bâton, les enferma dans une chambre au plafond de laquelle il pendit avec une corde, une tourte.
« Frappez sur la tourte, leur dit-il, vous n’aurez pour toute nourriture que ce que vous en détacherez. »
Les enfants se mirent d’abord à pleurer ; mais comme la faim vint, ils prirent leurs bâtons. Les pauvres avaient beau frapper sur la tourte, il n’en tombait que des miettes, tout juste à peine pour les empêcher de mourir de faim.

Au bout de huit jours, le paysan les ramena au château. Comme ils passaient par la cuisine, les deux jeunes petits seigneurs virent sur la table des domestiques un gros morceau de lard tout fumant ; ils sautent dessus et, en rien de temps, le partagent et le dévorent à belles dents. Le seigneur de Polignac fut si content qu’il donna au paysan une bonne récompense. »

(Entendu à Saint-Paulien, en 1856, à l’hôtel des Trois Pigeons)

D’après Paul Leblanc , « Velay et Auvergne » - Contes et Légendes recueillis par Régis Marchessou Imprimeur –éditeur au Puy en Velay – 23 Boulevard Carnot – 1903

Décembre 2017



 14 - MUROL ET LE SOUPIR D’AMOUR

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« Parmi les excursions pittoresques et faciles, dont Saint-Nectaire est le centre, il faut citer celle de Murol, qui non seulement laisse dans l’âme de graves impressions, mais encore parle fortement à l’esprit épris des souvenirs du passé.

Il est encore formidable, bien qu’en ruines, le manoir féodal de Murol perché sur son dyke de lave, avec ses nombreuses tours toutes de couronnées, ses fossés à moitié comblés, ses murs éventrés où les églantines grimpent maintenant à l’assaut, en déployant leurs bannières vertes étoilées de pétales roses.

Tel qu'un Titan foudroyé, il se dresse vers le ciel, qu’il semble encore défier de toute sa tasse noire, et, les jours de tempête, lorsque le vent hurle dans ses innombrables blessures, il revit sauvage et sinistre, comme aux jours des anciens combats.

Ce n’est pas dans un de ces moments impressionnants que je l’ai visité, mais par une tiède matinée de juin, où le soleil, jouant à travers ses lézardes, semblait faire sourire le vieux lutteur.

Après avoir parcouru tout le dédale des ruines, je descendais vers le village de Murol, tassé au pied du château, comme un serf timide auprès de son suzerain, lorsque dans le calme de la matinée j ’entendis un double et large soupir, venant l’un du manoir, l’autre, de la plaine, par delà les sombres sapins.Ce vieillard qui me servait de guide fit aussitôt le signe de la croix et murmura : « C estle soupir d’amour ». Intrigué, je lui demandai l'explication de ces paroles, et alors il me raconta la légende suivante qu’il disait tenir lui-même de son aïeul.

Il y a bien longtemps, vivait au château de Murol un rude seigneur, qui s'était acquis, par sa cruauté, le surnom de « Sanglier d’Auvergne ». Il était veuf et n’avait qu’une fille d’une grande beauté de corps et d’âme, appelée Yolande.

Un jour, dans une de ses chevauchées autour du château, Yolande, qui venait d’atteindre sadix huitième année, rencontra un jeune chevalier qui n’avait rien de commun avec les grossiers soldats de son père. Yolande et le chevalier se sourirent et sentirent qu'ils s’aimaient.

Ce seigneur avait nom Amaury et résidait au château de Maurifolet dont on voit encore une tour en ruines, à Perrier, non loin d’Issoire.

On disait qu’ il descendait des princes Maures, qui autrefois avaient envahi la France et dont quelques-uns s’étaient fixés et avaient fait souche sur notre sol. Quoi qu’il en soit, c’était un beau et brave jeune homme qu’Amaury de Maurifolet, en tous points digne de la douce et gracieuse Yolande.

Dès lors, plus d’une fois, Amaury dirigea son destrier du côté de Murol et plus d unefois Yolande et lui échangèrent ces mille riens qui font le bonheur des amoureux et qui leurmettent du soleil au cœur pour de longues journées.

Un matin, comme Yolande et Amaury effeuillaient, en souriant, une églantine d’un rose pâle tachée de rouge vif, comme de quelques gouttelettes de sang et disaient : « Je t'aime, un peu, beaucoup, passionnément... », voilà que survint le Sanglier.

Ivre de rage, il prit sa lourde masse d’armes qui ne le quittait jamais et s’élança sur Amaury, contre la poitrine duquel, Yolande, tremblante comme une colombe surprise par un épervier, s’était blottie.

La masse s’abattit et broya du même coup la tète d'Amaury et celle de Yolande, qui moururent ainsi dans les bras l’un de l’autre, et leur sang, mêlé, éclaboussa les églantines qui sont là-bas, près de la grande tour et qui ont, depuis lors, des fleurs d’un rouge vif, au milieu de fleurs absolument blanches.Sou forfait accompli, le Sanglier disparut en poussant un hurlement de douleur qui retentit dans toute la vallée et oncques en n’eut de ses nouvelles.
br>Depuis, chaque année, le matin du 24 juin, anniversaire du drame, on entend le soupir d’amour que pousse l’âme de Yolande et auquel répond l’âme du sire de Maurifolet… »

D’après Henri Loux – Le Moniteur du Puy-de-Dôme et du Centre – Edition du 19 mai 1925

Décembre 2017



 15 - LES COUTUMES DE LA PAILLE

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  • La croix de paille dans les champs
    • Dans l'arrondissement d'Ambert, environs de Courpière, quand le champ est ensemencé de blé, on plante une croix de paille au milieu, tournée du côté de l'orient. Elle est entourée de quatre petites poignées de paille plantées dans la terre et qui sont appelées les quatre anges. Cette croix est religieusement respectée. Le jour de la moisson l'ouvrier qui la coupe avec sa faucille, doit prendre à la femme ou à la fille de la maison un gros baiser sur les deux joues.
  • Les paillons dans les champs
    • En Limagne on appelle paillons ( lous paillus), des poignées de paille droite, plantées dans les champs récemment ensemencés de blé. On en dispose cinq en croix, le cinquième, plus loin de celui du centre, représentant la grande branche de la croix. On les dispose aussi en trois, formant triangle.
      Quand le blé est en tas, on fait une croix en déprimant avec un manche de pelle le sommet du cône de blé. On fait spécialement cela sur le tas de blé qui vient d'être chaulé ou vitriolé et qui est prêt à être ensemencé.


      D’après La Revue des traditions populaires – Edition d’octobre 1897

      Décembre 2017



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 16 - LA LÉGENDE DU HÉRON

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« La nouvelle se répandit avec une rapidité surprenante . « Un fort détachement anglais suivait la rive droite de l’AlIier, dévastant tout sur son passage. » D ’Azerat et de Voreilhes, de Chappes et des Granges, de Lubières et de Lugeac, serfs, manants et vilains fuyaient en emportant ce qu’ils avaient de plus précieux. ayant hâte de se mettre à l'abri des remparts de la bonne et féale ville d ’Auzon.

Semblant faire corps avec le gigantesque rocher qui lui servait dé piédestal, la ville résista victorieusement à tous les assauts, l’ennemi n'ayant pas de bombardes pour enfoncer les poternes. Ce que voyant, au lieu d’exposer leurs hommes aux coups des archers qui garnissaient les remparts, les Anglais s’installèrent dans les faubourgs ; ne pouvant prendre la ville par la force des armes, ils résolurent de la réduire par la famine.

Ils faillirent réussir car, la moisson étant proche, les coffres à grains étaient presque vides et la disette ne tarda pas à se faire sentir : hommes et femmes maigrissaient à vue d’œil et on murmurait même que des enfants mourraient de faim !

Ne sachant quel parti prendre, les consuls convoquèrent le peuple sur la place du Marché et, comme pour les grandes solennités, ils parurent vêtus de la robe rouge bordée d'hermine, portant l’écharpe blanche et le chaperon.

Chacun fut appelé à donner son avis et en ne se dissimulait pas que la situation était des plus critiques : Tenter une sortie était chose impossible, vu l’épuisement des habitants, bientôt il faudrait se rendre et qu’adviendrait-il alors de la ville et des malheureux assiégés ! On résolut donc de parlementer et, si possible, éloigner les Anglais un leur payant un tribut.

Or, pendant qu’on discutait ainsi sur les destinées de la forteresse, un héron, venant des bords de l’Ailier, passa au-dessus de la bonne ville d’Auzon et fut abattu par un archer qui « moult bien tirait ».

L’oiseau, qui était de grande envergure , portait en son bec un beau brochet, et l'adroit tireur se promettait déjà une bonne friture. Sa joie fut de courte durée car un capitaine prit le poisson et, le portant aux consuls, leur parla en ces termes :
- « Messires, il vient de nous tomber du ciel que quoi amadouer l'Anglais et, si vous voulez en croire ma vieille expérience j'estime que ce digne brochet, offert au chef ennemi, servira au mieux nos intérêts en lui montrant que nous ne sommes pas à court de vivres et pouvons résister longtemps encore. »
Il faut vous dire qu’à cette époque Auzon était administré par deux consuls élus pour deux ans l’un par la noblesse et la bourgeoisie, l’autre par le peuple.

A la vue du brochet, les yeux du premier consul brillèrent de convoitise et, estimant sans doute que ce poisson ferait très bonne figure sur sa propre table, il objecta :
- « Fort bon est votre projet, capitaine, mais comment espérer que les Anglais se laisseront duper en voyant la figure hâve et décharnée de nos gens ? »
- « Qu’à cela ne tienne, répliqua le second consul, qui était un rusé compère, je me charge de donner bonne apparence à nos délégués. »
Ce fut dit fut fait. Pour donner une belle prestance aux Auzonnais chargés des négociations, le consul fit rembourrer leurs vêtements d’étoupe et, pour cacher la maigreur excessive de leurs joues, il les fit piquer par des abeilles, ce qui eut pour effet de les engraisser instantanément !

Le même jour, dans un plat en argent massif aux armes d’Auzon, le brochet, couché sur un lit de fines herbes, fut offert au chef anglais. Un pareil acte de courtoisie n’était pas rare à cette époque. N’étant sans doute pas des plus perspicaces, l’Anglais se dit qu’une ville où l’on permettait d’offrir un cadeau pareil aux assiégeants n’était pas prête à se rendre et, rassemblant ses bandes, il s’en fut vers de plus faciles proies.

Et c’est en souvenir de cette inespérée délivrance que les armoires d’Auzon, qui fut une des treize bonnes villes de Basse-Auvergne, portent un brochet d’or sur champ d’azur ?

D’après Pierre Riondet - Le Moniteur - Quotidien Républicain du Centre – Edition du 10 janvier 1929.

Main.gif Lire par ailleurs : Auzon sauvé des Anglais - La Légende du cochon

Novembre 2017



 17 - LE DIABLE DANS LA SOUPE

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« Il y avait une fois au village de Cantamerlou, deux vieilles filles dévotes, de celles qu’on appelle des menettes, Phrasie et Cati . Elles vivaient ensemble, seules, dans une vieille chaumière , un peu à l’écart du village. Elles étaient vraiment pieuses, mais elles avaient un assez grave défaut : une perpétuelle médisance qui glissait parfois à la calomnie. Ces mauvaises langues agaçaient tout le monde. Plusieurs fois, Monsieur le curé les réprimanda vertement. Ce fut en vain : elles étaient incorrigibles.

C’est pourquoi deux jeunes gens décidèrent de leur jouer un tour. Elles le méritaient.

Ils avaient appris, le matin même de la fête du village, qu’un petit veau venait de crever dans une ferme isolée. Ils allèrent le demander au fermier qui le leur donna et promit de ne rien dire à personne.

A la tombée de la nuit, nos deux sacripants emportèrent le veau dans un sac et allèrent le hisser au faite de la chaumière des menettes, derrière la massive cheminée. Une grosse fumée s’en échappait : les menettes, évidemment venaient d’allumer le feu pour cuire leur soupe du soir.

Puis la fumée se fit fluette et bientôt à peine perceptible. Alors, saisissant le veau déjà retiré du sac et les pieds de derrière liés d’une mauvaise corde assez longue, les deux drôles, l’introduire la tête en bas, dans la cheminée, et tenant la corde, le laissèrent descendre jusqu’à mi-hauteur du large conduit.

L’un d’eux, alors, se penchant sur l’ouverture, sonna fortement d’une trompe, faite d’une corne de vache, une fois, deux fois, trois fois, s’interrompant pour crier d’une voix sourde dans la cheminée :
« Phrasie, messonto lengo, Iou Diaplé d’entend é l’émpourtaro ! » (Phrasie méchante langue, le Diable d’entend et t’emportera !)
« Cati, messonto lengo , Iou Diaplé d’entend é té brûlaro ! » Et le hurlement de trompe reprenait, coupé chaque fois d’un long sifflement sinistre, tandis que le veau, raclait la suie, descendait par saccades : Phrasie, messonto lengo … Cati, messonto lengo, garo ol Diapté !

Epouvantées, les menettes avaient reculé au fond de la cuisine, toutes tremblantes, le visage dans les mains ou multipliant les signes de croix, elles ne regardaient plus qu’à la dérobée leur âtre où descendait Satan, grondant et sifflant. Quand parut la hideuse tête aux gros yeux, aux oreilles noires de suie, elles poussèrent un grand cri et tombèrent à la renverse . Un fracas les remis debout : le monstre avait croulé, écrasant la marmite dont le bouillon répandu faisait siffler la braise et tourbillonner la cendre.

Folles de terreur, les menettes s’enfuirent et par le village encore en fête – on dansait dans les auberges – elles courraient en criant : « ol secours ! ol secours ! lou Diaplé és toumbat dins la soupa !... »

Pendant ce temps-là les deux farceurs, se glissant dans la chaumière, remirent leur veau dans le sac et s’en allèrent l’enfouir dans un champ… »

D’après Camille Gandilhon – L’Effort Paysan des Jeunesses Paysannes -1940 - Cote : HP 112 26 – Overnia – Bibliothèques & Médiathèques de Clermont Communauté – Archives d’Henri Pourrat

Novembre 2017



 18 - LE ROCHER DE L’ERMITE

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« Il est nuit … Le vent siffle … Saint-Clément s’endort … C’est l’hiver. Une bûche sans la vieille cheminée, craque le « vieux coucou » égrène d’un ton plaintif le temps qui passe ; le rouet dans un coin dort près de la quenouille. Toute la famille est réunie autour de l’âtre.
- Dites grand-mère, contez-nous une histoire !...
Aussitôt la voix tremblante de l’aïeule commence une légende…

Il était une fois un lieu terrible. Personne n’osait s’y aventurer. La montagne était haute, ses flancs abrupts, partout des rochers… point d’arbres, point de chants d’oiseaux, rien !...

Là vivait un solitaire… Assis sur le roc dès l’aurore, il regardait la paysage environnant. Au loin les monts du Livradois dressaient leur dentelure d’un bleu lacté. Au nord le Château de La Roue , jetait dans le clair matin, le bruit sonore de son beffroi. Au sud le vieux manoir de Mont Peloux resplendissait de ses clochetons d’or, plus loin un torrent tombait de roche en roche vers Saint Clément….

Cette montagne était, dit-on sacrée. Toutes les années à minuit, pendant le « Te Deum » un trésor s’ouvrait et l’or coulait à flots – Un flot d’or vous dis-je …

Le vieux solitaire avait une vieille amie, la Bergère Agathe, qui du matin au soir dans la bruyère, gardait son troupeau et chantait des romances. Celle-ci lui dit un jour :
- Si tu ne vois pas fumer, le matin la cheminée de ma cabane, tu viendras me rendre visite, une « bête pourrait me tuer…»
Un jour en effet la cheminée ne fuma pas, la vieille demeure resta close, pas un bruit près de la maison…
- Agathe doit être endormie dit le vieil ermite…
Il frappe à la porte personne ne répond, il crie « Agathe !... Agathe !... » , toujours rien… Il rentre, Agathe avait prédit son destin.

Un énorme serpent enroulé autour de son cou achevait de l’étouffer. Un serpent, il fallait le voir ! avec son air diabolique, son regard de flamme… Le pauvre ermite ne sachant que faire joignit ses deux vieilles mains et entonna « une prière ». Un démon jaillit de la gueule du serpent …

Et quel démon ! – de quoi répandre la terreur à cinquante lieues à la ronde – les yeux en flamme, il dansait devant l’ermite, une danse endiablée …

L’ermite fit « un signe de croix ». Aussitôt toute la cabane s’ébranla, le démon disparut dans un fracas épouvantable.

Redevenant un serpent énorme, il glissa le long du roc et disparut là-bas vers le torrent dans les entrailles de la terre.

Et tous les jours au lever de l’aurore, l’ermite reste seul, seul son roc écoutant toujours le bruit du vent et le son des cloches. »

D’après Claudius Martial, élève du Cours Complémentaire à Saint-Anthème (Puy-de-Dôme) – 1936/1937 - Overnia – Bibliothèques & Médiathèques de Clermont Communauté – Archives d’Henri Pourrat - Cote : HP 86 8)

Novembre 2017



 19 - LA CHATELAINE DE MONTREDON

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A peine âgée de dix-huit ans, la belle Isabeau de Ventadour avait épousé le puissant sire de Montgascon, seigneur de Montredon en Auvergne. Après six mois de mariage le sire de Montgascon partit pour la croisade avec le roi Saint Louis.

Ce départ plongea Isabeau dans une indicible tristesse, elle quitta le monde et s'enferma à Montredon, n' en sortant que pour faire de longues courses, seule, dans la campagne. Lors- que le froid l'empêchait de sortir, elle restait assise sous le manteau de sa cheminée, pleurant l'absence de son époux.

Trois ans se passèrent ainsi.

Enfin, un soir, la veille de la Toussaint, Isabeau était appuyée à la fenêtre dû donjon et rêvait en contemplant le ciel, elle vit une étoile brillante qui disparut à l'horizon dans un sillage d'argent, en même temps qu'une mystérieuse et douce musique se faisait entendre. La châtelaine comprit que c'était l'âme du preux châtelain que les anges portaient aux cieux, et peu de temps après elle mourut de chagrin.

Elle fut enterrée dans le superbe mausolée que son mari avait fait construire dans la chapelle de Montredon. Mais comme son époux n'avait pu être inhumé avec elle dans ce tombeau qu'il avait fait préparer, elle ne peut reposer en paix.

Depuis sept cents ans, à chaque veille de la Toussaint, la châtelaine de Montredon se lève, elle appelle ses hommes d'armes, ses valets, ses pages pour chercher son seigneur ; et dans la plaine on voit des lumières qui s'agitent sur le sommet des ruines du vieux castel.

D’après le Baron du Roure - Revue des traditions populaires - Auteur : Société des traditions populaires (Paris) - Éditeur : Société des traditions populaires (Paris) - Date d'édition : octobre 1906

Novembre 2017



 20 - LES ENFANTS PERDUS

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« Au temps jadis il y avait au village de Gargeac un homme et une femme qui étaient mariés; le mari s'appelait Jacques et la femme Toinon. Tous deux étaient fort avares; mais surtout la femme; elle était si avare, si avare qu'elle aurait tondu un oeuf.

Ils avaient deux enfants, un garçon et une fille, qui avaient beaucoup à souffrir à cause de l'avarice de leurs parents ; mais ils étaient si sages et s'aimaient tant, que jamais on ne les entendait se plaindre.

Le garçon avait douze ans ; il s'appelait Jean et la petite fille, un peu plus jeune que lui, se nommait Jeannette.

Jacques et Toinon trouvaient que leurs enfants leur causaient de la dépense, et ils résolurent de les perdre dans la forêt. La mère disait à son mari:
« Je les conduirai au milieu des bois en leur commandant de ramasser des branches mortes, quand ils seront bien occupés, je les laisserai tout seuls, et nous en serons débarrassés, car le loup les mangera quand il fera nuit. »
Le lendemain, dès qu'il fit jour, la femme dit à Jean et à Jeannette de se lever : elle les emmena dans la forêt, et elle leur dit de ramasser des branches sèches ; quand elle les vit bien occupés, elle se sauva. Quand Jean et Jeannette se virent seuls, ils se mirent à appeler maman! mais quand ils s'aperçurent qu'elle ne leur répondait pas, ils se mirent à pleurer, puis ils essayèrent de retrouver leur chemin, mais ils ne purent parvenir à sortir de la forêt.

Jeannette dit à son frère :
- Jean, monte au haut d'un arbre, tu verras peut-être une maison.
Jean grimpa dans un arbre, et lorsqu'il fut arrivé au milieu, sa soeur lui cria :
- Ne vois-tu rien, petit frère?
- Non, petite sœur, je ne vois que les branches de la forêt.
- Monte encore plus haut ; tu verras peut-être une maison.
Jean grimpa encore quelques branchés :

- Ne vois-tu rien, petit frère?
- Non, petite sœur, je ne vois que les branches vertes de la forêt.
- Monte un peu plus haut, tu verras peut-être une maison.
Jean monta encore et il ne s'arrêta que sur la dernière branche.
- Ne vois-tu rien, petit frère?
- Si, petite sœur, je vois tout au loin deux maisons, l'une blanche et l'autre rouge. A laquelle irons-nous?
- A la maison rouge, répondit Jeannette, car c'est la plus belle.
Jean descendit de son arbre et les deux enfants se dirigèrent du côté de la maison rouge. Ils frappèrent à la porte, et une femme, grande et forte comme un homme, vint leur ouvrir.

- Qui êtes-vous? leur dit-elle.
- Des petits enfants égarés dans la forêt, et nous avons bien peur du loup.
- Entrez, leur dit-elle; je vais vous cacher; surtout ne faites pas de bruit, parce que mon mari est méchant, et il vous mangerait.
Elle les cacha de son mieux ; mais le diable, qui était le mari de la femme, sentit l'odeur de chrétien, et il les découvrit. Il battit même sa femme, parce qu'elle ne lui avait pas raconté qu'elle avait recueilli les enfants. Il prit Jean dans sa main, et, voyant qu'il était maigre, il décida qu'on le mettrait à s'engraisser, et que quand il serait assez gras on le tuerait.

Il l'enferma dans une petite étable, et Jeannette devenue la petite servante de la maison, apportait à manger à son petit frère. Le diable était trop gros pour entrer dans l'étable où Jean était enfermé ; au bout de quelques jours, il commanda à Jeannette de couper le bout du petit doigt à son frère et de le lui apporter, pour voir s'il était assez gras pour être mangé. Jeannette prit un rat, lui coupa la queue et en apporta un bout au diable en lui disant que c'était le doigt de son frère.
- Ah ! dit le diable, il est encore trop maigre.

Quelque temps après, il commanda de couper un autre morceau du petit doigt pour savoir si Jean avait engraissé. Jeannette lui présenta une autre queue de rat et cette fois il trouva encore l'enfant trop maigre.

Une troisième fois, le diable demanda un morceau de doigt; Jeannette lui donna encore la queue du rat ; mais le diable s'aperçut qu'on le trompait. Il mit la main dans l'étable et en attira Jean, qu'il trouva assez gras pour être mangé. Il prépara lé chevalet sur lequel il voulait le saigner, et il alla faire une promenade, après avoir recommandé à sa femme de veiller sur Jean, et surtout sur Jeannette, dont il se méfiait.

La femme du diable se saoula et se mit à dormir ; Jeannette alla ouvrir la porte de l'étable aux petits cochons ; elle en fit sortir Jean, et fit mine de ne pas savoir comment il fallait le lier sur le chevalet.
- Es-tu bête? lui dit la femme du diable. Voici comment on fait.

Et elle se mit sur le chevalet. Jean sortit, l'attacha dessus et lui coupa le cou. Ensuite, ils prirent l'or et l'argent du diable, et s'enfuirent avec ses chevaux et sa voiture.

Quand le diable revint, il trouva sa femme attachée sur le chevalet, et sa tête coupée était à côté d'elle. Il alla à l'étable aux petits cochons et ne retrouva ni Jean, ni Jeannette, ni ses chevaux, ni sa voiture.

Il se mit à la recherche des deux enfants, et il rencontra au bout de quelque temps un laboureur auquel il dit :
Vous n'avez pas vu Jean, Jeannette,
Ma charrette,
Mon cheval rouge et mon cheval blanc,
Couvert d'or et d'argent?

- Que dites-vous, monsieur? que je ne laboure pas bien.
- Mais non, bigre de bête :-
Tu n’as pas vu Jean, Jeannette,
- Ma charrette,
- Mon cheval rouge et mon cheval blanc,
- Couvert d'or et d'argent?
- Non, monsieur.

Un peu plus loin, le diable rencontra un berger qui gardait ses moutons :
Vous n'avez pas vu Jean, Jeannette,
Ma charrette,
Mon cheval rouge et mon cheval blanc,
Couvert d'or et d'argent?

Vous dites que mon chien n'aboie pas bien : Dzapo, Labri, dzappe (Labri, aboie).
Le chien se mit à aboyer après le diable, comme s'il voulait le mordre.
- Bigre de bête, s'écria le diable, je ne parle pas de ton chien ,
Tu n’as pas vu Jean, Jeannette,
Ma charrette,
Mon cheval rouge et mon cheval blanc,
Couvert d'or et d'argent?

- Non, monsieur.
Le diable entra dans un village, au moment ou le bedeau venait de sonner l'angélus.
Vous n'avez pas vu Jean, Jeannette,
Ma charrette,
Mon cheval rouge et mon cheval blanc,
Couvert d'or et d'argent?

- Que dites-vous, monsieur, est-ce que je n'ai pas bien sonné les cloches?
Le bedeau rentra dans l'église et se mit à sonner à toute volée.
- Imbécile, lui dit le diable ! qui te parle de tes cloches !
Le diable alla encore plus loin, et il arriva au bord d'une rivière où des femmes lavaient.
Vous n'avez pas vu Jean, Jeannette,
Ma charrette,
Mon cheval rouge et mon cheval blanc,
Couvert d'or et d'argent?

- Que dites-vous, demanda une des lavandières, que je ne bats pas le linge comme il faut?
Et elle se mit à frapper sur sa pierre de toute sa force.
- Non, sotte lavandière, je te demande- Bigre de bête, s'écria le diable, je ne parle pas de ton chien ,
Tu n’as pas vu Jean, Jeannette,
Ma charrette,
Mon cheval rouge et mon cheval blanc,
Couvert d'or et d'argent?
- Si monsieur, dit une des femmes, nous avons vu passer un beau monsieur et une belle demoiselle avec un beau carrosse à deux chevaux.
- De quel côté?
- Vers la rivière.

Mais il n'y avait pas de pont, et le diable se désolait de ne pouvoir la traverser. Une des lavandières dit aux autres : « Nous avons affaire au diable; il faut lui jouer un tour. »

Elle lui proposa de se laisser couper les cheveux et de faire avec un pont pour passer la rivière. Le diable se laissa faire et les cheveux s'allongèrent de manière à faire un pont.
Mais quand il fut au milieu de la rivière, elles laissèrent les cheveux tomber, le diable fit « plouk» dans l'eau, et il se noya. Ce qui est bien vrai, car on voit encore ses cornes dans la rivière, et l'on dit aux enfants qui veulent s'en approcher : Prenez garde aux cornes du diable !

Jean et à Jeannette étaient retournés chez leurs parents qui les reçurent bien parce qu'ils avaient l'argent du diable.

Il faut être bon pour ses père et mère, même quand ils ont été méchants pour les enfants :
La nuit venait,
Le coq chantait
Et le conte s'achevait ».

D’après Antoinette Bon - Revue des traditions populaires - Éditeur : Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro (Paris) – Date d’édition :25 mai 1887

Novembre 2017



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