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Commencée il y a une quinzaine d'années, cette généalogie réunit près de 37 000 individus. Plus de 7000 ascendants directs ont été recensés.

Mes recherches relèvent de la tradition généalogique (documents familiaux, Mairies, Archives Départementales) et se sont complétées au fil du temps par les réseaux  que sont les cousinages, les forums, les membres de Geneanet,  les  échanges fructueux avec d'autres passionnés et de façon non négligeable que sont  les sites  privés ou  détenus par les associations.

A l'instant,  la machine à remonter le temps est placée  au niveau de « Berthe Au Grand Pied » et à Pépin Le Bref  non sans avoir cité  Rollon Ier de Normandie qui nous vient du peuple viking.

Cette généalogie est complétée par des apartés thématiques liés au contenu de ma chronique familiale.

Que soient remerciés, ici, celles et ceux qui m'aident dans la réalisation de cet Arbre Généalogique, ils sont cités dans mes sources.

 Chronique familiale



  LES INVENTAIRES EN HAUTE-LOIRE (1906) ©




En Haute-Loire et particulièrement dans les cantons de Saugues, du Monastier, Pradelles et Montfaucon, les Inventaires des biens de l’Eglise demandés par les autorités gouvernementales vont soulever la colère dans la France catholique .
Les manifestations de masse sont accompagnées d’incidents violents. Les interventions des forces de l’ordre, troupe ou gendarmerie, se multiplient face à églises barricadées transformées en véritables forteresses. Le peuple des campagnes s'insurge pour défendre une religion qui incarne profondément sa vie quotidienne.

De Saugues au Puy, en passant par Saint Paul de Tartas, Montregard ....Je vous invite à découvrir, au jour le jour, le récit des faits qui ont marqué l'année 1906.


Au début du XXe siècle le Concordat, selon l’expression de Clémenceau, est devenu « un discordat ». La loi de 1901 sur les associations, si libérale, est discriminatoire pour les congrégations religieuses.
Président du Conseil, de juin 1902 à janvier 1905, Émile Combes entend soumettre l’Église à l’État et s’acharne contre les congrégations enseignantes : fermeture de leurs écoles (1902) puis interdiction d’enseigner (1904). Il précipite ainsi, soit leur départ à l’étranger, soit leur sécularisation.

Un nouveau seuil de laïcisation paraît donc « inéluctable », la séparation Eglise - Etat aura bien lieu.


Une "formalité" administrative bien complexe

YSSINGEAUX_1.jpgAu début de l’année 1906, l’Inventaire des biens ecclésiastiques prévu par l’article 3 de la loi de Séparation des Eglises et de L’Etat afin de permettre la dévolution des biens aux associations cultuelles entraîne dans la partie Est du département de la Haute-Loire de vives résistances qui vont donner à croire, pendant un certain temps, que la France se trouve au bord de la guerre civile.

YSSINGEAUX_3.jpgProcédure bien huilée sur le papier, la mise en œuvre des Inventaires se confrontent pourtant à de vives résistances. Le 11 janvier 1906, la parution dans « La Vérité » et « La Croix » d’une circulaire maladroite émanant de la direction générale de l’Enregistrement soulève l'indignation des militants catholiques les plus radicaux : la circulaire, datée du 2 janvier, prescrit aux agents de l’Enregistrement d’exiger des prêtres présents à l’opération d'Inventaire l’ouverture des tabernacles.
Si les premiers Inventaires, commencé le 23 janvier 1906, se déroulent sans incidents, des campagnes de presse crient déjà au sacrilège et des manifestations de protestation s’organisent aux portes des églises à la venue des agents de l’Enregistrement.

Les milieux politiques conservateurs ne tardent pas s'emparer de l'affaire et susciter l'émotion populaire dans certaines régions.

C’est à partir des manifestations parisiennes, célébrées par la presse catholique que débute la résistance. Elle prend toute son ampleur lorsque l’Encyclique du Pape Pie X « Véhementer Nos » du 11 février 1906 publiée par le journal « La Croix » du 18 février suivant.



Le_Petit_Journal_1906_03_18.jpg

Dans la partie orientale de la Haute-Loire, les populations rurales très cléricales s’organisent et s’arment pour empêcher toute tentative d’inventaire.
Les manifestations de masse sont accompagnées d’incidents violents. Les interventions des forces de l’ordre, troupe ou gendarmerie, se multiplient face à églises barricadées transformées en véritables forteresses.

Une partie du département de la Haute-Loire va se trouver dans un état d’insurrection. Le peuple rural s’insurge pour défendre une religion qui incarne profondément sa vie quotidienne. Il protège ses églises et trouve, du même coup, une occasion de s’affirmer pour jouer un mauvais tour aux forces de l’ordre dont les interventions sont souvent maladroites. La révolte gronde devant ce qui apparaît comme un sacrilège.






Les événements au jour le jour


  • 22 février 1906 :
    • A Saugues, une bousculade a lieu au cours de l’inventaire au cours de laquelle on a relevé des blessés. L’accès des crocheteurs 1 à la porte de l’église et l’inventaire ont lieu sous la protection de deux compagnies d’infanterie et d’une cinquantaine de gendarmes à cheval.

      1 Un crocheteur est un spécialiste dans l'ouverture des portes. Celui-ci neutralise le système des serrures à l'aide d'outils.


  • 27 février 1906 :
    • Au cours de la journée, les autorités dénombrent 12 gendarmes blessés plus ou moins grièvement. Un seul est hospitalisé au Puy victime de deux côtes cassées.

  • 28 février 1906 :
    • Champels : « L’Echo de Paris » rapporte les faits qui se sont déroulés : «… trois gendarmes de Monistrol d’Allier s’étaient rendus à Champels avec M. Sportuno receveur de l’enregistrement à Saugues, pour faire l’inventaire de la chapelle de Notre Dame d’Estours, sanctuaire et lieu de pèlerinage très vénéré dans le pays, situé dans le fond du ravin.

      ND_d_ESTOURS.jpgLe receveur, sans en avoir averti le curé, se disposait à entrer dans l’église, mais les femmes présentes en défendirent énergiquement l’entrée. Le receveur les menaça de sa canne. A ce moment, sans aucune provocation , un gendarme tire un coup de revolver. Les hommes furieux arrivent, repoussent le receveur dont les habits sont déchirés et poursuivent les gendarmes à coups de pierre.

      Les gendarmes ripostent par trente coups de revolver. » Parmi les manifestants, Pierre Veyssière, âgé de trente quatre ans a le bras traversé par une balle ; Joseph Chandès, âgé de soixante quatre ans, vétéran de 1870, est atteint au genou droit ; Théodore Pagès est atteint à la cheville gauche, Baptiste Champdanier, vingt ans, est atteint au mollet. Tous les quatre cultivateurs à Champels sont blessés gravement ; une quinzaine d’autres ont été blessés moins grièvement.

      De son côté le journal clérical « La Croix » en rajoute : « à leur arrivée, les gendarmes se sont retrouvés entourés ; un brigadier est blessé à la tête ; quatre gendarmes sont contusionnés à la poitrine, le receveur de l’Enregistrement de Saugues évite de justesse d’être assommé. Les gendarmes font usage de leurs armes, ils tirent une quarantaine de coups de revolver et blessent mortellement deux autres personnes ; quinze autres personnes sont plus ou moins légèrement atteinte. »

      Mais le journaliste s’empresse de compléter ces informations en précisant « La population est très surexcitée. Dans l’affolement qui règne, il est impossible de recueillir des renseignements précis. Les versions sont contradictoires et il faut attendre la confirmation et détail de ces faits de la plus haute gravité ».

      Il n’en faut pas moins pour que l’affaire devienne nationale. Le ministre de l’Intérieur M. Dubief est interpellé à l’Assemblée Nationale. Il a bien du mal à convaincre la droite parlementaire.
      « Nous avons envoyé des forces de police restreinte … Que s’est-il passé à Champels ?, dit-il, Des incidents comme tous ceux qui ont lieu un peu partout » et pour conclure, il lit le télégramme reçu du préfet de la Haute-Loire « Enquête terminée. Bruits d’après lesquels deux manifestants tués dénués de tout fondement. Cinq blessés, aucun gravement ; gendarmes ont été obligés de faire emploi de leurs armes pour sauver vie de l’agent des domaines ».

      L’événement aussi impressionnable qu’il soit est réduit à ses véritables proportions.

    • ST_PAUL_DE_TARTAS.jpg Saint Paul de Tartas : Le percepteur de Pradelles trouve l’église fermée. Autour du bâtiment, la population est décidée à opposer la plus vive résistance. Depuis deux jours, si l’église présente un aspect normal, la porte principale est solidement barrée de poutres scellées dans la pierre.
      Des troncs d’arbres obstruent le moindre vide. Le cimetière qui entoure l’église a ses issues barricadées au moyen de herse et autres matériels agraires. Autour du cimetière et de l’église a été creusé un fossé de deux mètres de largeur et de trois mètres de profondeur.
      A l’intérieur au dessus de la porte d’entrée, est suspendue par une corde attachée à au bras de la grosse cloche, une herse énorme destinée à être abattue sur les crocheteurs.
      Face à cette détermination, le percepteur renonce à réaliser l’inventaire.


  • 2 mars 1906 :
    • Saint Haon :L’aube commence à poindre dans la gare de bifurcation de Saint Georges d’Aurac, où les voyageurs du train de Paris sont ébahis par le spectacle qui s’ouvre à eux. Officiers d’infanterie en tenue de campagne vont et viennent sur le quai de la gare.
      SGA_Gare.jpg Au train, on ajoute deux voitures de 3e classe bondée de soldats du 86 e de Ligne en garnison au Puy. Dans le train également M. Redon commissaire spécial dont la mission du jour est de procéder à l’inventaire de l’église de Saint Haon, village perché sur les hauteurs des gorges de l’Allier à peu de distance de la gare de Chapeauroux.

      Le voyage ferroviaire s’effectue sans encombre. Arrivés à Chapeauroux, les soldats attaquent d’un pas allègre les lacets qui conduisent au village de Saint Haon tandis que leurs officiers ont le visage fermé.
      A deux kilomètres du village, les sentinelles du village donnent l’alerte en sonnant le tocsin.

      Le capitaine fait arrêter la compagnie et donne ses dernières consignes à ses subordonnés :
      « Mes enfants, leur dit-il, nous allons à Saint Haon : nous devons assister et protéger les autorités civiles ; mais nous ne devons pas faire usage de nos armes. Si je vous fais mettre baïonnette au canon, ce sera seulement une mesure d’intimidation, pas autre chose, ne l’oubliez pas. Quoi qu’il advienne, demeurez calmes impassibles comme de vrais soldats français. Et maintenant, en avant, marche ! ».

      CHAPEAUROUX.jpgSur la place du village, le capitaine fait ranger ses hommes à droite et à gauche proche des hommes et des femmes. Le curé attend le commissaire Redon flanqué du receveur de l’enregistrement. Ils sont reçus à la cure et le prêtre leur notifie son refus de leur donner les clés de l’église.
      La troupe prend place devant le porche tandis que les habitants lancent des cris hostiles. Le commissaire ceint son écharpe tricolore et demande le passage ; on lui refuse. « C’est bien, dit-il, j’attendrai derrière les soldats ».

      Les paysans se font menaçants et le curé intervient. D’une voix éclatante, il lit une vibrante protestation : « Vous avez la force, dit-il en terminant, toute lutte serait impossible. Passez donc ! ». Les portent s’ouvrent et les fidèles se précipitent dans l’église au chant du « Parce Domine ». Le receveur de l’enregistrement et le commissaire les suivent. Le recensement dure exactement sept minutes.

    • Laussonne : Les habitants attendent les gendarmes avec de l’eau bouillante.

    • Auteyrac : le percepteur est cordialement reçu par le curé et fabriciens1 et procède à l’inventaire en compagnie du maire.

    • Alleyrac : l’inventaire ne peut avoir lieu malgré la présence d’une compagnie d’infanterie et de gendarmes à pied et à cheval. Les manifestants sont armés de fourches, de gourdins, de fusils et de revolvers.

    • Au Puy : En vue des prochaines opérations d’inventaire, trois bataillons du 86e de Ligne en garnison dans la ville sont requis et tous les gendarmes disponibles sont en alerte.

      1 membre du conseil de fabrique (administration) d’une paroisse.

  • 3 mars 1906 :
    • MONTREGARD_0.jpgMontregard :M. de Humier percepteur à Montfaucon se rend seul à Montregard pour faire l’inventaire. Trois gendarmes de Montfaucon se tiennent à distance pour ne pas surexciter la population. Le percepteur trouve la porte de l’église fermée et défendue par une foule exaspérée. Il se réfugie à la mairie dont les manifestants font le siège jusqu’à quatre heures de l’après midi.

      Leur situation est critique, Montregard ne possède ni bureau télégraphique ou téléphonique. Le facteur rural trompe la surveillance des insurgés et court à Montfaucon expliquer la situation.
      Aussitôt prévenu le préfet donne l’ordre par téléphone aux brigades de gendarmerie de Dunières, Riotord et Tence de se rendre sur les lieux. En même temps, le préfet fait partir trois compagnies d’infanterie du Puy par train spécial spécialement formé.

      Pendant ce temps, les fenêtres et portes de la mairie ne résistent pas aux coups de hache. Les assiégés sautent d’une fenêtre pour fuir. Rattrapés par la foule en furie, ils sont frappés à coup de bâton et de fourches tandis qu’arrivent les brigades demandées en renfort.

      La_Croix_1906_03_06.jpgAu cours des événements, les gendarmes font usage de leur arme. Le brigadier de Monfaucon serré de près par Régis André qui le menace de sa fourche l’invite à s’écarter. Un coup de sommation parti en l’air et le militaire tire sur son agresseur. L’homme est sévèrement touché à la cuisse droite son état est désespéré.

      Lors de la riposte des manifestants, le gendarme Birbau s’évanouit le nez coupé par un « coup de trique », le brigadier et le percepteur sont sévèrement contusionnés.

      M. de Lagrevel, maire d’Yssingeaux informé des faits par le Préfet accoure en toute hâte avec le maire de Montfaucon et réussit à calmer les manifestants.

      Les gendarmes envoyés en renfort se replient à Monfaucon dont on craint que les insurgés de Montregard ne viennent faire le siège de la caserne.

      Déjà blessé lors des incidents survenus la semaine précédente à Dunières, le gendarme Birbau est conduit au Puy pour être y être soigné à l’hôpital. Le brigadier Alexandron a plusieurs dents cassées, son corps est recouvert de contusions et porte sur son visage des traces de coups de fourches. Il est dirigé vers l’hôpital de Montfaucon.

      On assure que l’on a distribué aux habitants de Montregard des « fusils Gras » transformés 1.

      Les autorités sont résolues à étouffer à tout prix cette rébellion. Deux compagnies du 38e d’Infanterie sont parties de Saint Etienne, une compagnie du 86e en garnison au Puy et 50 gendarmes sont rassemblés à Yssingeaux.

    • DUNIERES_GARE_0.jpgDunières : La gare des lieux dessert le canton de Monfaucon où la population est en pleine effervescence.

      Dans les colonnes du journal « l’Humanité », on lit :
      « …C’est là qu’habite le conseiller général du canton , M. Malartre, ancien député conservateur, qui se fait un devoir d’entretenir l’influence dont il dispose pour mettre en échec la loi de séparation et exciter jusqu’à la rébellion à main armée le sauvage fanatisme de ses électeurs …
      Ainsi, partout dans cette région, les gens sont depuis longtemps travaillés par les séides des comités monarchistes qui préparaient un grand coup pour assurer aux prochaines élections la victoires des comtes romains et autres dignitaires des titres civils du Saint Siège ».

      1Adopté par l'Armée française en 1874, le fusil Gras fut la première arme d'épaule adoptée par l'Armée française à utiliser une cartouche métallique 11 mm qui était en laiton et à percussion centrale. Le fusil Modèle 1874 était en fait une transformation relativement simple du fusil Chassepot modèle 1866 en arme à cartouche métallique. Cette transformation avait été proposée par le commandant Basile Gras en 1873 et acceptée en 1874. Des dizaines de milliers de fusil Chassepot furent transformés en fusil Gras;


  • 4 mars 1906 :
    • Des mesures d’apaisement : En présence de la tournure prise par les événements de Haute-Loire, le gouvernement décide que les formalités des inventaires vont subir une importante modification. « Les fonctionnaires de l’Enregistrement et les agents civils et militaires qui les accompagnent devront se présenter aux portes des églises ou aux abords de villages et s’ils rencontrent une résistance de la part des populations, ils ne pousseront pas plus loin leurs tentatives. Un procès verbal sera dressé constatant les faits » .
      Mais cette information a bien du mal à être diffusée et à être crédible.
    • Sainte Sigolène : Dans cette ville ouvrière de 4 700 habitants, la résistance est organisée dans l’éventualité d’une approche des forces de l’ordre.




      STE_SIGOLENE.jpgLes usines et métiers tournent grâce à l’électricité qui assure également l’éclairage public. Le courant est distribué par câbles aériens qui longent ou traversent les rues. Les habitants ont décidé de les couper et de les faire tomber sur les soldats ou les gendarmes.


      Dans l’église, une centaine d’hommes sont armés de faux anglaises dont la lame est aiguisée comme un rasoir. Des forges volantes ont été également installées pour y faire rougir des barres de fer. Les porteurs de faux ont reçu pour mission de faucher les mains, les bras et les jambes ou les têtes des premiers agents qui entreraient dans l’église.







    • Fay, Ceyssac, Saint Georges Lagricol, Aurec , Saint Christophe : Monseigneur Guillois évêque du Puy affirme que les inventaires n’ont pu avoir lieu.

    • Le Monastier : Aucun crocheteur de bonne volonté n’a pu être trouvé par l’envoyé du gouvernement. Il se fait accompagné par deux malfaiteurs extraits de la maison d’arrêt voisine qui arrivent chacun d’eux entre deux gendarmes. Et comme la foule indignée conspue ces individus, l’un d’eux avoue :
      « On nous a promis la liberté si nous consentions à crocheter la porte de l’église ».


  • 5 mars 1906 :
    • Dans l’après midi, un bataillon du 92ede Ligne et deux compagnies du 121equittent Clermont Ferrand par trains spéciaux pour se rendre en Haute-Loire.

    • Le_Puy_Tribunal.jpgAu tribunal correctionnel du Puy : Les condamnations contre les manifestants hostiles aux inventaires tombent :/font>
      • Jean Laurent Parès : pour voies de fait, 15 jours de prison et 25 francs d’amende,
      • Scolastique Eymaron 23 ans dentellière : pour rébellion, 6 jours de prison et 16 francs d’amende avec sursis
      • François Plantin, vicaire à Rosières : accusé d’avoir jeté un tesson de bouteille sur la tête d’un gendarme, contre lequel M. Simmonet procureur de la République prononce un violent réquisitoire et demande une condamnation exemplaire.
        Le vicaire est condamné à 2 mois de prison et 100 francs d’amende.

        Pendant les débats une foule considérable s’est massée sur la place du Breuil attendant la sortie de l’abbé Plantin pour l’acclamer. Tout le monde croit à l’acquittement, mais à l’annonce du verdit provoque une explosion de colère.

        La_Croix_1906_03_07_page_1.jpgLes gendarmes doivent dégager la place pour faire sortir le vicaire du tribunal et le conduire en prison. Ils font évoluer leurs montures et tiennent les insurgés à distance. Mais la fureur s’amplifie au fur et à mesure que l’on approche de la prison. Des pierres volent en direction des gendarmes. L’un d’eux, atteint derrière la nuque, est désarçonné.
        Le commandant de gendarmerie met sabre au clair ainsi que ses hommes et chargent la foule.

        A l’arrivée à la prison, des révoltés lancent des pierres en direction des gendarmes forcés de dégainer leurs armes pour se protéger.

        Pendant ce temps là, les membres du tribunal sont l’objet de manifestations hostiles. Ils sont contraints de se réfugier dans la salle du greffe. M. Lavastre, vice-président du tribunal est particulièrement conspué. Les manifestants se dirigent vers son domicile.

        Lors de sa deuxième tentative de sortie, le magistrat fait l’objet de nouvelles agitations belliqueuses ; des pierres sont lancées sur les gendarmes. Des arrestations sont réalisées. Sous la protection de la maréchaussée, le magistrat gagne enfin son domicile au milieu de cris et gestes inamicaux.

        Les forces de l’ordre gardent la demeure du magistrat.
    • Freycenet La Cuche : Le détachement du 86ede Ligne, M. Pierre percepteur et le juge de paix se heurtent aux habitants. Le percepteur demande au maire de rencontrer au moins le curé. A l’arrivée de ce dernier une dizaine de coups de fusil sont tirés sans provoquer des blessures. Les gendarmes et les soldats ne ripostent pas. Le percepteur reçoit des pierres sur le visage. Blessé au nez et la lèvre inférieure gauche, ses blessures ne présentent aucune gravité.
      Fortement invités par les belligérants à se joindre à eux, les hommes de troupe se retirent.
      Tout le monde s’en retourne suivi par les manifestants qui poussent des cris hostiles vers les officiers.

  • 6 mars 1906 :
    • Saint Paul de Tartas : L’inventaire est prévu pour le 7 mars. Les paroissiens ont creusé un immense fossé autour de l’église et du cimetière qui sont barricadés. Des pièges à loups sont disposés aux alentours ainsi que des mines munies de mèches.
      Le Préfet en uniforme accompagné de deux compagnies de soldats sont attendus.

    • Croisances : En vue de l’opération, les habitants ont coupé la route en plusieurs points, et le tablier du pont d’accès au village a été retiré.

      Dès l’arrivée de la troupe, le tocsin est sonné tandis que gendarmes et soldats traversent à gué le cours d’eau.

      Le percepteur M. Grave escorté de trois gendarmes arrive sur la place de l’église. Ils sont reçus par des cris et des huées tandis que les femmes massées devant la porte d’entrée de l’édifice chantent des cantiques.
      Le percepteur parvient à contourner leur groupe et gagne la cure située à côté de l’église.
      Le vieux curé calme la foule et lit une protestation. Lorsque le prêtre demande à ses fidèles de se retirer, le tocsin se fait entendre. Des hommes cachés dans le clocher se font voir. Ils sont prêts à déverser sur les forces de l’ordre toutes sortes de projectiles y compris de l’eau bouillante.

      En l’absence du juge paix malade, gendarmes, soldats et percepteur se retirent pour gagner Saint Préjet.

    • Saint Préjet d’Allier : ST_PREJET_D_ALLIER.jpg La troupe est maintenant renforcée par une compagnie du 86e de Ligne et des gendarmes venus de Saint Etienne.

      A l’entrée du village une pancarte on a apposé une pancarte

      "Défense d’aller plus en avant sous peine de répression sanglante"


      L’église est bien plus défendue qu’à Croisances. Une centaine d’hommes armés de fourches et des faux sont massés sur la place.

      Les capitaines des deux compagnies parlementent avec la population qui consent à laisser approcher le percepteur et deux gendarmes.

      Après avoir écouté la protestation du curé, percepteur, gendarmes et soldats quittent le village sous les injures et huées de la foule.



    • Araules : ARAULES.jpgEscorté par trente gendarmes à cheval et trois compagnies d’infanterie, le sous préfet d’Yssingeaux M. Giacometti se présente pour y procéder à l’inventaire.
      Accueilli dès l’entrée du bourg par trois à quatre cent manifestants, le sous préfet se trouve face à des hommes armés de fourches, de faux et même de fusils.
      Par crainte d’être reconnus, certains se sont noircis le visage avec de la suie.Tandis que le tocsin sonne au clocher de l’église, la troupe armée et le sous préfet arrivent au pied de l’édifice religieux.

      L’église est une véritable citadelle ; les fenêtres sont obstruées de pierres et de pièces de bois. Devant le porche un mur de plusieurs mètres d’épaisseur et d’autant de hauteur est dressé. Des provisions de bois et charbon ont été constituées pour alimenter deux forges destinées à faire rougir des barres de fer destinées à toute intrusion des militaires.

      Une tentative de parlementer du sous préfet reste vaine qui choisit la voie de la sagesse en se bornant à faire dresser un procès verbal de carence par le percepteur qui l’accompagne.

  • 7 mars 1906 :
    • Saint Germain Laprade , Riotord , Saint Privat : tous les offices, messes, baptêmes, mariages et enterrements se font en plein air, les églises étant complètement barricadées.

    • Vazeilles : A Saugues, la ville voisine est transformée en campement des troupes où résonne le son du clairon. Dès cinq heures du matin, les soldats prennent rang pour assurer l’expédition de la journée. Les bourgs de Vazeilles et Thoras sont au programme. La colonne s’ébranle alors que le soleil n’est pas levé, il fait 4 degrés en dessous de zéro.

      La garde du Préfet, marche en tête suivie d’un peloton de vingt gendarmes à cheval. A quelques centaines de mètres, suit un demi escadron du 10e régiment de chasseurs à cheval. Viennent ensuite une compagnie du 121e de Ligne de Clermont-Ferrand suivie de cinquante gendarmes à pied. Suivent dans la colonne une antique guimbarde dans laquelle ont pris place le préfet M. Bonhoure , le procureur de la République M. Simmonet, le receveur de l’enregistrement de Saugues M. Chave et le commissaire spécial M. Redond’Arvant. Derrière la « calèche » du préfet, deux autres voitures contenant l’une des vivres pour les officiels et l’autre transportant des journalistes parisiens en résidence à Saugues depuis plusieurs jours.
      Pour clore le cortège, sont présents une compagnie d’infanterie avec cyclistes et service de santé suivie de trois brigades de gendarmerie à cheval. L’ensemble, qui donne l’impression que l’on va livrer bataille, ne passe pas inaperçu.

      La colonne approche d’ Esplantas , le silence de la campagne est troublé par le glas du tocsin qui signale l’arrivée de la troupe.
      La traversée du village se fait entre des rangées d’hommes et de femmes dont certains sont armés de gourdins. Pas un cri, pas de manifestation hostile, mais les physionomies sont sombres et menaçantes. Sans heurt, la colonne continue sur Vazeilles dont l’accès est rendu difficile par la fonte des neiges.

      A quelques encablures du village, le tocsin se fait entendre. Aux premières maisons, une pancarte libellée

      " Arrière, crocheteurs vous n’entrerez pas dans le bourg que vous venez spolier.
      Les soldats peuvent pénétrer ; il ne leur sera fait aucun mal "

      VAZEILLES_1.jpgSous les huées, les autorités se dirigent vers l’église. Ils rencontrent un obstacle gardé par une quarantaine d’hommes masqués et armés de fourches. Du clocher apparaissent des hommes armés de fusils.

      Le préfet demande à être conduit chez le curé. VAZEILLES_2.jpgUn des villageois lui rétorque :
      -« Chez Monsieur le Curé, avec plaisir monsieur le préfet, mais à l’église jamais ».

      A la cure, l’inventaire est réalisé sans aucune difficulté et les fonctionnaires s’en retournent vers la barricade constituée d’un tronc d’arbre creux et rempli de cent kilos de poudre de chasse.

      Devant l’impossibilité de pénétrer dans l’édifice, il est établi un procès verbal de constations et les troupes font demi-tour et partent en direction de Thoras.

      On approche de Babonnès , à l’heure de midi.

      La colonne y fait une halte pour satisfaire le creux d’estomac des troupes. Les provisions emportées le matin de Saugues sont dévorées. Les troupiers forment les faisceaux et allument des feux pour faire « frichti » et préparer le café.

      THORAS_0.jpgPendant ce temps là, les gens de Vazeilles et d’autres communes se rendent en renfort à Thoras.

      .THORAS_1.jpgPlus d’un millier de personnes se trouvent sous les murs du village dont l’entrée est obstruée. Quelques jours auparavant des provisions de poudre ont été faites à Saugues. Certains habitants persuadés qu’ils vont mourir ont rédigé leur testament

      Préfet, procureur et commissaire sont admis à pénétrer dans le village, mais ne sont autorisés qu’à procéder à l’inventaire de la cure.

      Raccompagnés aussitôt par le maire et le curé jusqu’à la sortie du village, officiels et la troupe regagnent Saugues.






  • 8 mars 1906 :
    • Polignac :
      Le village est transformé en forteresse. Dès 6 heures du matin, les gendarmes sont signalés et le tocsin sonne.

      Des cabarets ouverts toute la nuit et des villages voisins surgissent des manifestants armés de fourche, de faux et de gourdins. Toutes les rues qui convergent vers l’église sont barrées. Devant la porte de l’église grande ouverte, le clergé attend, entouré d’une foule d’opposants.

      Les soldats et le percepteur M. Eugles ne peuvent franchir le premier obstacle et se retirent.


    • Versilhac : Les routes d’accès sont barrées. Un drapeau en berne cravaté d’un crêpe flotte sur l’église. Quatre brigades de gendarmerie venues de Riom, des fantassins venus de Saint Etienne se heurtent à des femmes armées de couteaux.

      Les militaires renoncent à s’ approcher du clocher.


  • 10 mars 1906 :
    • Bellevue La Montagne : Dans son édition du jour « L’Humanité » annonce que les femmes ont tailladé à coup de couteaux et de ciseaux le pardessus du percepteur M. Queyrel et qu’elles lui ont confisqué son chapeau.

    • Le curé de Thoras se confie au journaliste du « Matin » présent à Saugues depuis plusieurs jours : « Mes paroissiens, m’a-t-il dit, ont la ferme intention de rester sur la défensive et rien ne les fera démordre de cette décision. Les fortifications et les barricades que vous avez vues ces jours derniers sont encore debout et il est probable qu’elles le seront longtemps, tant que les paysans ne seront pas assurés de l’apaisement définitif ».

    • Des soldats stationnés dans les environs de Saugues se sont mis en route pour rejoindre leurs garnisons. Sur la ligne de chemin de fer de Langeac à Langogne, c’est un incessant mouvement de troupes et de nombreux retards se produisent dans la circulation des trains.
      Les autorités redoutent de la part des paysans inapaisés, un attentat contre les convois militaires.

      Le journal « Le Gaulois » relate un incident concernant un train qui rapatrie des troupes de Clermont Ferrand et Moulins. Après un stationnement inexpliqué de deux heures à Monistrol d’Allier, le train effectue un parcours chaotique jusqu’à Saint Georges d’Aurac. Eclatement de pétards suivis d’une multitude d’arrêts en pleine voie , marche des trains au ralenti autant d’éléments perturbateurs suffisants à croire à un éventuel attentat.


  • 11 mars 1906 :
    • Les inventaires ont lieu sans incident à Saint Cirgues,Blassac, Aubazat, Cerzat-Arlet, Mercoeur et Ally Saint Privat.

    • Félines : Les portes de l’église sont barricadées, et la foule présente à l’extérieur laisse, sans incident, l’accès libre au fonctionnaire de l’Etat.

  • 14 mars 1906 :
    • Le bilan national établi à cette date présente :
      • 43 048 Inventaires terminés
      • 5 531 Inventaires en cours
      • 15 323 Inventaires à entreprendre.

    • La Besseyre Saint Mary : Le maire est dépouillé de son écharpe tricolore par les manifestants, lapidé et arrosé d’urine, il se réfugie à la mairie avec le percepteur lors d’un siège qui va durer quatre heures.


      La mort de Régis André

  • 16 mars 1906 :
    • Montregard : MONTREGARD_2.jpgSuite aux incidents du 3 mars dernier, le Parquet d’Yssigngeaux se transporte à Montregard. Son escorte est composée de cinquante gendarmes placés sous les ordres d’un Lieutenant et de deux compagnies du 86e de Ligne commandées par un Chef d’Escadron.

      L’arrivée des troupes est signalée par des gamins placés en sentinelle sur la route et le tocsin se met à sonner. Les troupes forment les faisceaux sur la place tandis que le Parquet poursuit son instruction.

      Des mandats d’arrêt sont exécutés. M. Dereymond blessé par revolver dont l’état de santé permet son transfert vers Yssingeaux, M. Vanet qui avait lancé des pierres en direction des gendarmes est également arrêté. Une mère de six enfants fait partie du lot des arrestations mais le sous préfet magnanime lui accorde une liberté provisoire. Le premier des fils du Maire Adjoint, M. Souvignet , considéré comme l’organisateur de la résistance, est introuvable.

      Régis André est toujours dans un état grave et ne peut être interrogé.
      L’instituteur témoigne en faveur des forces de l’ordre, il reçoit des menaces de mort et quitte précipitamment le bourg avec toute sa famille.

      Quelques jours plus tard, Régis André décède. En dépit de la température peu clémente, des routes couvertes de congères de neige, un millier de personnes venues des communes voisines accompagnent le cortège funèbre. Certains habitants armés de leur bâton ou de leur fourche suivent le cercueil .

      A l’issue de la cérémonie, une quête est faite au profit de la veuve et des orphelins.

      Le_Peti_Journal_illustre_1906_04_derniere_page.jpg
      Supplément au Petit Journal Illustré - Les obsèques de Régis André



  • 21 mars 1906 :
    • Venteuges et Grèzes : A l’entrée des villages, les rues sont solidement barrées. Une foule nombreuse de femmes armées de fourches manifestent leur désapprobation. Toutes les somations sont vaines. Malgré la présence d’une compagnie du 86e de ligne et de six gendarmes à cheval encadrant l’agent du fisc, les opérations d’inventaire ne peuvent avoir lieu.

      Pour éviter un bain de sang, la force armée bat en retraite. La population furieuse s’acharne sur les gendarmes qu’elle poursuit longuement en leur lançant des pierres.


  • 1er avril 1906 :
    Tandis que la presse nationale s’empare de la mort de Régis André, en quelques lignes, le journal « Le Matin » annonce que les inventaires sont terminés dans le département de la Haute-Loire.



    Les bastions altiligériens en sursis vont tomber

    Bien décidés à en finir, le 19 novembre 1906, le gouvernement annonce officiellement et à la surprise générale la reprise des inventaires. Au préalable le Ministre de La Guerre a adressé à différentes places militaires des ordres pour la fourniture d’hommes de troupe nécessaires aux opérations.

    Georges Clémenceau, Président du Conseil depuis le 25 octobre 1906, est bien résolu à employer tous les moyens, fussent-ils de la dernière violence pour achever les inventaires qui devront être terminés pour le 30 novembre suivant.

    En Haute-Loire 153 inventaires sont à réaliser dans 106 localités, les autorités craignent des incidents principalement dans les cantons de Pradelles, du Monastier et de Saugues.

    Monsieur Allard, le nouveau préfet de la Haute-loire, fonctionnaire à poigne, déclare :
    « Je n’aurai pas la mollesse, ni la faiblesse de M. Bonhoure. Les inventaires doivent être faits et ils le seront ».

    Des bruits courent selon lesquels depuis plusieurs semaines, des individus déguisés en colporteurs parcourent les montagnes, persuadant les paysans que leur obstination va provoquer l’avènement d’un régime réactionnaire et dont le premier acte sera de rétablir la dîme.86e_RI_caserne_Romeuf.jpg86e_RI_soldats.jpgLes troupes de la Haute-Loire et celles des départements voisins sont mobilisées. Quatre cantons sont visés par les opérations : Saugues, Pradelles, Le Monastier et Yssingeaux. Cavalerie, Infanterie, Gendarmerie, préfet, sous-préfets, commissaires spéciaux sont prêts à marcher à l’assaut des églises. Jugé trop conciliant, M. Simmonet le procureur du Puy est écarté des opérations.

  • 20 novembre 1906 :
    • Fay le Froid : Le receveur se présente seul à l’église et dresse l’inventaire
    • Brives Charensac : Muni de son inventaire, le fonctionnaire se présente chez le curé et lui déclare que sa liste dressée quelques mois plus tôt était conforme.

  • 21 novembre 1906 :
    • Renforts pour les inventaires : On annonce le départ de Moulins d’un détachement de gendarmerie pour Le Puy. Cinq cents soldats sont partis de Saint Etienne avec cartouches à balle.

    • Statistiques officielles : à ce jour, en France les inventaires sont terminés dans 38 départements. Des cris, mais non des coups, la plupart des protestations suscitées sont bruyantes mais anodines, Les arrestations sont rares.

  • 22 novembre 1906 :
    • Encore des renforts : on apprend l’arrivée en gare de Langogne d’un détachement du génie en provenance de Nîmes avec artilleurs munis d’une pièce de canon. Il s’agit de déloger les opposants de Coucouron (Ardèche) et Saint Paul de Tartas dont l’église est fortifiée de façon à soutenir un siège. Il en est de même à Saint Privat d’Allier.

    • Eglises et chapelles sont toujours transformées en véritables forteresses dans le canton de Saugues. La forme d’action à changer : plus question de se frotter aux forces de l’ordre mais de tendre des traquenards aux représentants de la loi.

    • Champels : Langeac et Monistrol d’Allier sont deux des principaux points de concentration des autorités civiles et militaires qui vont diriger les opérations avec d’autant plus de violence que les instructions ministérielles ont été données tant à M. Allard nouveau préfet du Puy qu’au général Bazizaine commandant du corps d’armée à Clermont-Ferrand, dont les troupes ont été envoyées dans le Gévaudan.

      Depuis la gare de Monistrol d’Allier partent quatre cents hommes d’infanterie, cinquante gendarmes et vingt cinq dragons pour se rendre à Champels où des incidents graves ont eu lieu en mars dernier.

      Vers 10 heures, Messieurs Allard préfet, Tyraden receveur et Redon commissaire spécial entouré du « corps expéditionnaire » se présentent devant l’église.

      La population massée autour les accueille par des cris et des menaces.

      Le Vicaire de Saugues se présente et déclare : « Après ce qui s’est passé ici, le gouvernement devrait être honteux de vous y envoyer de nouveau. Vous avez voulu démolir nos poitrines, vous allez essayer aujourd’hui de démolir les portes de notre église vénérée. Nous n’ouvrirons pas. Nous sommes chez nous ! ». La foule applaudit le prêtre.

      M. Redon , commissaire spécial, monte alors par un escalier intérieur sur un petit balcon placé devant le porte du clocher. Mais l’endroit est piégé, les planches placées en bascule s’effondrent et le commissaire est précipité sur le sol depuis une hauteur de 4 mètres. « C’est le doigt de Dieu ! » dit un autre prêtre en levant la main droite vers le ciel.

      Toutes les tentatives d’ouverture de la porte d’entrée restent vaines. Une heure et demie plus tard, par une brèche l’agent du fisc pénètre dans l’église et procède à l’inventaire.

      Maintenant que l’inventaire est dressé, il faut obtenir la signature du curé de la paroisse qui s’y oppose fermement :
      « Vous pouvez me condamner ! J’ y suis habitué ! » lance le curé qui n’est autre que François Plantin, ancien vicaire de Rosières et condamné à deux mois de prison par le tribunal du Puy pour avoir malmené un gendarme.

    • Pradelles : une pièce d’artillerie est braquée sur la porte de l’église : fantassins, dragons et gendarmes couchent sur les lieux.

    • Alleyrac : Réputé comme imprenable, l’inventaire a lieu sans incident. M. Barnaud commissaire au Puy pénètre dans l’église après les sommations d’usage. L’opération d’inventaire ne dure pas plus d’une demi-heure.

  • 23 novembre 1906 :
    • Croisances : Les gendarmes qui précèdent la colonne de soldats sont accueillis par une grêle de pierres, puis la troupe est prise à parti par des manifestants composés des gens du pays et des communes voisines. Les femmes sont en majorité.

      Les soldats reçoivent pierres et morceaux de bois. Au dessus de la porte de l’église, sont suspendues une herse et trois haches fraîchement aiguisées. Les sapeurs du génie les font tomber et enfoncent la porte.

      La foule devient agressive, la tentative de dispersion des gendarmes est suivie d’une pluie de cailloux. Les forces de l’ordre chargent.
      En se repliant, les paysans lancent pierres, briques et des cendres.

      On compte dans les forces de l’ordre trois blessés à la tête et deux autres recevront des soins à l’hôpital du Puy.

      Deux femmes sont arrêtées, Marie Eymard 45 ans et Marie Fraisse 45 ans qui auront à répondre de leurs gestes à l’audience des flagrants délits. Elles seront condamnées respectivement à 6 jours de prison et 25 francs d’amende pour la première et à 6 jours de prison et 16 francs d’amende pour la seconde « pour avoir protesté contre l’inventaire et jeté des pierres contre les gendarmes ».

    • Saint Paul de Tartas : Dès 6 heures du matin, infanterie, gendarmes et dragons prennent la direction du village. L’expédition est dirigée par un commissaire spécial à poigne, M. Clément, un méridional brutal et hâbleur, mandé de Clermont Ferrand. Elle comprend deux compagnies du 105e de Ligne, deux compagnies du 121e de Ligne, 50 dragons et 30 gendarmes.

      En vue du village, la halte est ordonnée. Le commandant de la colonne expéditionnaire hésite à pénétrer dans le village. On redoute que les chemins ne soient minés. Des patrouilles sont envoyées en reconnaissance. Finalement, les troupes reçoivent l’ordre d’avancer et se heurtent à la population présente dans le cimetière dont l’accès est fermé à clé.

      Tandis que les hommes chantent un cantique, le commissaire crie nerveusement en s’adressant à la cavalerie : « Repousser ces gens ! »
      Dragons sabre au clair chargent les manifestants, le cimetière devient champ de bataille.
      Une bousculade se produit au cours de laquelle une fillette tombe dans un puits d’où elle est retirée rapidement. Cet incident a porté à son comble l’excitation des catholiques qui s’avancent courageusement vers les chevaux.

      Vains efforts, les cavaliers ont fatalement le dessus. Plusieurs manifestants sont plus ou moins blessés. La force armée est maîtresse de la place. La porte du cimetière est détruite à coups de hache sous les huées et menace de la foule qui crie « A bas les crocheteurs ! Vive la liberté ».
      La porte de l’église cède. Il faut démolir une solide barricade composée de herses et de poutres. Les manifestants crient toujours « Vive la liberté ! ».Le commissaire ricane ironiquement et ordonne aux dragons : « Faites évacuer le cimetière ».

      La porte de l’église ouverte, le percepteur procède à un « pseudo » inventaire qui ne dure que cinq minutes. La résistance des habitants a duré trois heures !
      Le départ du corps expéditionnaire se fait sous les huées.


  • 24 novembre 1906 :
    • Dans « L’Humanité » du jour on lit :
      «… les opérations des inventaires se poursuivent rapidement sur tous les points du pays et ne donnent lieu, çà et là, qu’à de brèves bagarres dont les troupes en force ont rapidement raison. Même dans les pays de plus en plus rares où les ténèbres du fanatisme sont aussi profondes qu’aux sombres jours de la chouannerie, les hordes cléricales se rendent compte qu’il est périlleux pour elles de résister à outrance.
      Tout porte à croire que lorsque tombera l’échéance, les prescriptions légales seront presque partout appliquées ».

  • 25 novembre 1906 :
    • Dunières : Pour obtenir l’effraction des portes de l’église, on a recouru à deux repris de justice. Au cours de l’opération, la hache d’un intervenant atteint par ricochet son compère. Gravement blessé à la tête, il est conduit à l’hôpital du Puy où il décède.
    • Dans le canton de Saugues, deux colonnes fortes d’un millier d’hommes ont été mobilisées pour accompagner les quatre représentants de l’état. Les expédions guerrières sont d’aucune utilité. A Vazeilles, Thoras, Chanaleilles, les habitants facilitent la besogne des « spoliateurs » en ouvrant grand les portes des églises.

    • Vazeilles : les troupes ont fait halte à plusieurs centaines de mètres de l’entrée du village. Partis en reconnaissance un capitaine d’infanterie et un lieutenant de gendarmerie rencontre des barricades et des travaux de fortifications avancées abandonnés.

      Devant l’église, ils sont reçus par le président du conseil de fabrique qui remet les clefs de l’église au capitaine. « C’est ce que vous désirez, fit-il simplement, voilà accomplissez ce que vous croyez être votre devoir ».

      Quelques minutes plus tard, commissaires et agent des domaines arrivent à leur tour. Les villageois assistent, dans un silence impressionnant, à ce qu’il considère comme une profanation de l’église.

    • Babonnès : Les représentants n’ont même pas besoin de recevoir les clefs de l’église, la porte est grande ouverte. L’opération d’inventaire se déroule rapidement. Armand Villette, journaliste au « Gaulois » qui couvre les événements est surpris « par la soumission des gens considérés comme des irréductibles, capables de sacrifier leur vie pour la défense de leur foi et de leur liberté ».

    • Chanaleilles : Le commissaire Redon et l’agent de justice ne rencontrent pas de difficulté dans l’accomplissement de leur mission.

  • 27 novembre 1906 :
    La presse défavorable aux inventaires fait l’amer constat de la démobilisation des catholiques. Annoncés d’abord par « Le Gaulois », la nouvelle est confirmée par « La Croix », les inventaires sont bel et bien terminés en Haute-Loire.



Etait-il bien nécessaire de faire couler le sang ?


Monseigneur_Guillois1.jpgDans un entretien avec un journaliste du « Gaulois », Monseigneur Guillois1, alors évêque du Puy avait déclaré :
« En ce qui concerne les églises de mon diocèse, j’ai personnellement remis à la préfecture l’inventaire très détaillé de chacune d’elle. Alors pourquoi ne s’en contente-t-on pas ?... »

Devenu ministre de l’Instruction publique, des Beaux Arts, et des cultes de 1906 à 1909, Aristide Briand organise le nouveau régime des cultes en adoptant une attitude conciliante vis-à-vis de l’Eglise. Assimilé à une réunion publique, le culte est libre. Le clergé conserve les édifices religieux à sa disposition mais n’en n’est pas propriétaire.

1, né à Mauron (Morbihan) le 26 février 1833. Ordonné prêtre en 1857, il dirige le Grand Séminaire de Rennes pendant une vingtaine d’années. Nommé évêque du Puy par décret du 27 janvier 1894, il succède à Monseigneur Fulbert Petit promu à l’archevêché de Besançon.




Main.gif Saint Didier sur Doulon : Ses lieux-dits et la rivière du Doulon <<<∞∞∞∞∞>>> Anciens noms des hameaux, villages, cours d'eau autour de Bournoncle Saint Pierre


BIBILIOGRAPHIE ET SOURCES :

  • Le diocèse du Puy-en-Velay des origines à nos jours Par Pierre Cubizolles
  • Bibiliothèque Nationale de France - Gallica
    • Nos évêques : photographies et biographies - Éditeur : Impr. de la « Croix du Nord » (Lille) - Date d'édition : 1907
    • Journaux : La Croix, La Presse, Le Figaro, Le Gaulois, Le Matin, Le Petit Illustré, Le Petit Parisien, L’Echo de Paris, l’Humanité : Editions de février, mars et novembre 1906.

Octobre 2011


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