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Commencée il y a une quinzaine d'années, cette généalogie réunit près de 38 000 individus. Plus de 7000 ascendants directs ont été recensés.

Mes recherches relèvent de la tradition généalogique (documents familiaux, Mairies, Archives Départementales) et se sont complétées au fil du temps par les réseaux  que sont les cousinages, les forums, les membres de Geneanet,  les  échanges fructueux avec d'autres passionnés et de façon non négligeable que sont  les sites  privés ou  détenus par les associations.

A l'instant,  la machine à remonter le temps est placée  au niveau de « Berthe Au Grand Pied » et à Pépin Le Bref  non sans avoir cité  Rollon Ier de Normandie qui nous vient du peuple viking.

Cette généalogie est complétée par des apartés thématiques liés au contenu de ma chronique familiale.

Que soient remerciés, ici, celles et ceux qui m'aident dans la réalisation de cet Arbre Généalogique, ils sont cités dans mes sources.

 Chronique familiale



 LES CARNETS DE TANTE ANAÏS : RÉCITS, MYTHES ET TRADITIONS …
Chapitre 7


PLUS DE 300 TEXTES EN LIGNE

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Main.gif Vers le sommaire complet de tous les textes


Chapitre 1fleche._Simple_G.gifChapitre 2 fleche._Simple_G.gifChapitre 3 fleche._Simple_G.gifChapitre 4 fleche._Simple_G.gifChapitre 5 fleche._Simple_G.gifChapitre 6 fleche._Simple_G.gifChapitre 7 fleche._simple_Bas.gif Chapitre 8 fleche._simple_D.gifChapitre 9 fleche._simple_D.gifChapitre 10 fleche._simple_D.gifChapitre 11 fleche._simple_D.gifChapitre 12 fleche._simple_D.gifChapitre 13 fleche._simple_D.gif Chapitre 14 fleche._simple_D.gif Chapitre 15 fleche._simple_D.gif


Sommaire

 1 - CE SERA EN PLUS


Cone_de_pin.jpg « La Marguerite Frimousse avait épousé le Jacques Labranche, un brave garçon, menuisier de profession, et bedeau, sans mauvaises intentions, elle était mignonne et le savait, elle était gouailleuse et le montrait ; si par hasard, il y avait un éclat de rire dans la rue, sûr, elle y était pour quelques chose.

Son menuisier et le charron « Mets’zy en » étaient très amis, ils avaient fait leur service militaire ensemble et toujours l’un avec l’autre. Comme on dit, les amis de nos amis sont nos amis, «le « Mets’zy en » n’omettait pas de faire plaisir à la Marguerite ; et elle lui rendait bien.

On ne peut pas certifier qu’elle était dévote, il s’en faut, mais son bedeau d’homme recevait pas mal d’argent à l’occasion des mariages et des enterrements, et pour garder la fonction, il ne fallait pas indisposer le curé. Aussi se confessait-elle, oh ! pas souvent mais quand cela lui convenait.

Un jour elle se trouva contrariée pour vider son panier, elle bégayait, le pêché devait être important, le curé voulut l’aider.
- « Tu ne me dis rien de ta bagarre avec la Zoé du « Mets’zy en » ? »
- « Oh, monsieur le curé, cela ne vaut pas la peine d’en parler : « Mets’zy en », avait trouvé un nid de rossignols, et avait si bien dressé l’oiseau que c’était un régal de l’entendre chanter ; pour m’empêcher de languir, il me l’avait confié le jour de la Maillarguette1, où mon Labranche avait été à la foire ; mais par malheur, il ne ferma pas la cage et mon gueux de chat le prit, le serra si fort qu’il l’étouffa ! Depuis la Zoé, m’en garde rancune et me fait des misères qui se touchent ».
-« Oui, oui, mais tu l’as égratignée, ça ne se fait pas, tu as fait du tort à ton prochain, et pour ta pénitence, tu réciteras six chapelets ».

Un mois plus tard, peut être un peu plus, la Marguerite alla à confesse, et comme la fois précédente, elle souffrait pour avouer, mais le curé lui aida : - « Mais dis, petite, qu’allais-tu faire au Petit Bois avec le fils du Larpiou ; si nous en parlions ? »
- « Oh, monsieur le curé, les gens sont si méchants, cette gueuse de Zoé est si médisante ! elle voit le mal partout. Ma mère a donné à mon mari une jolie petite truie, il faut l’engraisser ; le Labranche veut avoir du petit salé pour le carême, mais il veut économiser ses pommes de terre, alors il me faut ramasser des glands, cela fait de la bonne graisse. J’y allais seule, mon pauvre menuisier n’ayant pas la manière pour ce faire, j’ai rencontré au Reclus le Baptiste Larpiou, il s’offrit à m’aider, je n’ai pas cru refuser ! En voilà un qui s’est bouger, actif et complaisant, ce n’est rien de la dire ! il ne veut pas me laisser ramasser les glands : Asseyez-vous Marguerite, patientez, j’aurai vite fait. En effet le temps de dire : maman, il m’a rempli mon sac ! Vous voyez monsieur le Curé : ce ne serait que perdu ! je n’ai fais de tort à personne ».
- « Oui, oui, mais ces glands ne t’appartiennent pas, ni à ton mari ; pour ta pénitence tu réciteras douze chapelets ».
- « Douze ! oh, monsieur le curé, vous y allez fort, pour l’oiseau du « Mets’zy en » vous ne m’en avez donné que six ! »
- « Soit, soit, ne te plains pas ! ce qui est dit est dit ; j’ai peut-être eu la main un peu lourde, mais lorsque tu reviendras, je t’en tiendrai compte, ce sera une réserve ».
- « Comme ça, monsieur le curé, ça va, c’est un avoir en somme : je vais aller chercher des cônes de pin sur les côtes des Maries, j’emmènerai le Larpiou. Tant pis si vous me grondez, ça me fera un peu d’avance ».

1Jour de foire à Paulhaguet

D’après « Les Contes du Brivadois » de Touana Bartan (Antoine Bertrand) - Editions René Borel à Brioude – 1934 – Traduction Albert Massebeuf.

Avril 2015



 2 - LA CONCESSION OU UNE FEMME AIMÉE


La concession_1.jpg « Un beau jour d’Août, au cimetière, d’Echandelys-la-Coquette. Les criquets et les sauterelles crissent et entre les tombes mal désherbées les épilobes balancent leurs mauves quenouilles.

Mais , qui pioche là-bas avec frénésie ? Ce n’est pas le père Tourette, le fossoyeur : on voit à sa façon que celui-là n’en a pas l’habitude. La petite croix de fonte s’incline et menace de tomber au fond de la fosse. Sur le sable jaune et frais qu’il vient de rejeter au dehors, l’homme entasse à mesure que ses doigts les découvrent, les os dépouillées d’un squelette. Puis, brusquement, il planter tout là, pioche, pelle… ; il enfile sa veste, sort du cimetière, entre au café Papon où il se jette avec un ouf ! sur la banquette de moleskine.

Un seul client dans la salle : Monsieur Martin, le notaire qui lit le journal et sirote un apéritif.
-Augustine ! un litre !
- On arrive !

La jeune servante, dont les barrettes clinquantes ornent la chevelure frisotée, pose devant le nouveau venu la bouteille et le verre. - Oui, appuie-t-il, tu peux me l’apporter ! je l’ai bien gagné, ce litre là !
- Vrai ?
- C’était de la terre déjà remuée, mais tu comprends depuis huit ans !

Augustine ne saisit pas trop, mais sa patronne arrive, la veuve Papon, maigriotte dans son corsage de satinette noire.
- Et alors, Guignabaudet, on va toujours bien ?... Comme vous avez chaud ! Vous aidez à la batteuse sans doute ?
- La batteuse ? Je la croyais encore à Condat ! Non, pas ce travail là. Je vais vous dire : j’ai déterré ma femme ce matin.
- Votre femme ! Ah bonnes gens !!!
- Ma femme ! ma première, c’est entendu ! la Catherine ! ma seconde, si ça lui arrive de claquer, je la laisserais bien où on la mettra !

Un silence.

L’homme reprend : « Oui, elle était bien comme il faut, ma Catherine ! Elle était ouvrière, comme on dit. Elle savait tout faire et pour elle, jamais une fantaisie, jamais un sou, rien ! Mais si je me piquais le nez … ça m’arrive les jours de foire et quelques fois entre… elle me disait - « Allons ! je vois encore ce que c’est ! Va te coucher ! - Ces jours-là, elle faisait seule l’ouvrage ! »
- Pourtant votre Françoise – je lui parle quand je la rencontre – me semble bien brave aussi, avance Madame Papon.
- Elle ? brave ! la bougresse ! toute la journée elle est là : - Et tu n’as pas fait ci et tu n’as pas fait ça ! – Elle se fabrique du café au lait pour son petit estomac ! Mais, moi, quand j’achète du tabac : c’est trop cher et quand je me verse un verre, vivement elle rentre la bouteille dans le placard !

Madame Papon rit, Augustine rit et Monsieur Martin qui déguste son nuageux vermouth-cassis.
- Vous riez vous autres, remarque Guignabaudet , mais ma femme ne rigolera pas quand elle va savoir ! En baissant un peu la voix : - Je peux bien le dire : j’ai acheté une concession, bien adossée au mur qui regarde le midi et je l’ai payée de mon bon argent ! Alors, ce matin, je suis venu sortir ma Catherine et je la mettre là , bien à l’aise ! mais l’autre, les amis ! l’autre ! retenez-bien ce que je vous dis : elle n’y mettra jamais les pieds !
Personne ne proteste contre cette juste colère. On entend battre l’horloge et au loin le ronflement cadencé de la batteuse.
- Madame Papon, vous me prêteriez pas un panier ?
- C’est bien facile, mais … pourquoi faire ?
- Pour transporter ma Catherine. Il y en tant de petits bouts que certainement j’en perdrais !
Le notaire amusé à posé son verre :
- Savez-vous qu’il est interdit d’exhumer un corps sans avoir demandé l’autorisation.
- L’autorisation ? A qui ?
- A la Préfecture ?
- Vous me faites rigolez ! Le préfet s’occupe pas de ma femme et moi je me fous bien de la sienne !

La petite servante est déjà partie à la cuisine, mais l’hôtesse reste là, contrariée. On ne peut pourtant pas refuser ce panier à un client et quel bon client !

Elle court sur les talons de la gamine qui brandit un joli panier d’osier vert et blanc.
- Non ! sotte ! pas le panier aux provisions ! tu ne voudrais pas !... Donne celui où on ramasse les pommes de terre… On y mettra un panier au fond…
C’est un panier de bois, bas et plat, tout terreux … On l’apporte
- Ça ira ?
- Je crois bien que ça ira ! fait l’homme qui lampe le dernier verre. Je vous le rapporterai tout à l’heure.

On entend ses sabots s’éloigner sur la route sèche.
- Pourvu qu’il n’oublie rien dedans, plaisante le notaire.
- Horreur ! crie Madame Papon qui met ses deux mains sur ses yeux.
Alors Augustine, doucement :
- Craignez rien patronne. Je le retournerai et je le mettrai sous la fontaine. »

D’après Marie L. Pomel « Les filles de Ladoux » Editions Watel à Brioude (1971)

Avril 2015



 3 - SI TU NE L’ES PAS, TU LE SERAS


Forge_et_forgeron.jpg« Lorsqu’il pleuvait, où que le froid sévissait, le forgeron Cadet de la Cagousse rassemblait dans sa forge la moitié du village. Là, journal parlé, chacun racontait son anecdote et vous pouvez croire qu’il s’en disait de toutes les couleurs. Cadet n’était pas le dernier ; pour en raconter une il ne redoutait personne.

Le tisserand, le pauvre Jean de l’Echeveau, dont la femme s’était enfuie avec le bouvier du Baron, fut durant trois semaines l’objet des conversations et on le présenta de telle façon que l’on aurait cru qu’il fut le seul à porter des cornes.

Lorsqu’il passait dans les rues, on se moquait de lui sans vergogne, et le pauvre bougre ne savait que répondre : « Je ne suis pas seul ! vous avez été affecté au même régiment, vous y servirez.
Ce putain de Cagousse ne manquait de dire :
- « Eh ! Eh !, il n’est pas si bête l’Echeveau et vous autres qui ricanait tant, qui sait si vous n’y goûterez pas aussi ? Pour moi aucun risque, mon laideron de Catherine est une grenouille de bénitier, elle ne quitte pas l’église, je suis tranquille et haro sur les cornards ».

La Catherine, aussi futée qu’elle était laide, était un peu jalouse, elle s’était rendu compte des rapports verbaux entre son mari et la Delphine du Dejambé, elle ne trouva rien de mieux pour se protéger, que de faire confesser le Cadet.

Je crois bien qu’elle avait imaginée de se faire répéter par le Curé ce que la Cadet aurait avoué. Ce ne fut pas sans peine, mais la coquine réussit, et mon Cadet qui était réticent, promit de s’approcher des sacrements à l’occasion de l’Assomption. Voilà un homme peu rassuré, cela lui coûtait et il ne fanfaronnerait plus. Et la Catherine, après lui avoir ingurgité une rasade d’eau-de-vie, la traîna, après-midi, devant le confessionnal du curé.
- « Je passerai la première, attends-moi », dit-elle (elle voulait faire la leçon au curé et le faire entrer dans son jeu), et elle s’assit dans le confessionnal.

Elle devait y avoir beaucoup de choses à avouer, elle n’en finissait pas, et le Cadet, impatient, commençait à avoir soif.

Pendant ce temps, le curé accoutumé d’entendre les litanies de la pénitente, s’était endormi et ronflait ; en cette saison, les agriculteurs battaient leurs gerbes sur la place de l’église, les fléaux faisaient grand bruit et la Catherine crut que le curé lui avait donné l’absolution, elle sortit et poussa le Cadet à l’intérieur.

En entrant, notre forgeron, s’aperçut que le curé dormait et lui cria à travers la grille : « Eh, monsieur le curé, vous faites la pause, il fait si chaud ! »
- « Non pas, ma pauvre mie, vous me donnez bien trop de soucis, coquine de femme, vous croyez que je pourrai être en paix tant que je saurai chaque jour, vous allez derrière le gerbier faire l’amour avec cette rognure de Prunelu, qui est laid comme un pou ! Ah, si votre Cadet le savait, vous seriez à plaindre, remerciez moi de vous en avertir comme je le fais, et pour votre pénitence vous direz… »
- « Ne vous faites pas de soucis, monsieur le curé, cria le forgeron en partant précipitamment, pour la pénitence je m’en charge ».

Et la pauvre Catherine n’eut plus envie de son Prunelu et le forgeron ne se moqua plus. »

D’après « Les Contes du Brivadois » de Touana Bartan (Antoine Bertrand) - Editions René Borel à Brioude – 1934 – Traduction Albert Massebeuf.

Avril 2015



 4 - UNE SILHOUETTE D’AUTREFOIS « LA BÉATE »


Maison_de_La_Beate_Boussoulet_Haut.jpg« Instruire les petits enfants, veiller et soigner les malades, secourir les pauvres, ensevelir les morts, ramener ceux qui ne priaient pas ou se haïssait, soulager, conseiller, enseigner sur « le carreau », c'est-à-dire le métier de la dentelle, qu’elle inculquait aux jeunes filles ; voilà une idée du rôle que remplissait « La Béate » autrefois.

Le ministère de la charité était sa véritable fonction dans nos pays de montagne .

Le noviciat des demoiselles de l’instruction, autrement dit des Béates, fut fondé au Puy au XVIIe siècle par la digne mère Martel, fille d’un avocat de la sénéchaussée du Puy, et décédée le 15 janvier 1673.

Cette institution était inconnue dans le reste de la France, et s’adaptait parfaitement à l’esprit des habitants de nos pays de montagne, aux exigences nombreuses de leurs travaux et à la conformation du pays.

La Béate vivait de peu ; de peu, bien peu d’argent et des petites provisions des bonnes gens.

Ne trouve-t-on pas encore, dans grand nombre de villages, dans les hameaux les plus reculés, les plus abandonnés aujourd’hui, une humble maisonnette, maintenant en ruines, que l’on désigne encore sous le nom de « maison de la Sœur » et qui constituait à l’époque le modeste logement de la Béate que l’on appelait : « L’assemblée », nom lui convenant parfaitement, puisque cette maison était celle où les femmes du village s’assemblaient pour travailler, prier, causer ensemble, lors des longues veillées d’hiver, tandis que dans la journée les enfants y recevaient avec les leçons de catéchisme les premiers éléments de calcul, d’orthographe et de français.

On peut en juger, la Béate était vraiment la Providence de la campagne.

« L’assemblée » se composait invariablement d’une salle au rez-de-chaussée et d’une chambre au-dessus. Voilà tout, c’était la règle. Au pignon de « l’Assemblée », au-dessus de l’unique fenêtre, dans une étroite arche de maçonnerie, pendait la cloche de « l’Assemblée ».

La cloche, c’était l’âme, c’était la voix du village. »


D’après Abbé Julien Lespinasse – Chroniques du Brivadois – Un peu d’histoire locale – Edition « Almanach de Brioude » - 1965

Avril 2015



 5 - DICTONS ET PROVERBES DU BRIVADOIS ET DU VELAY




« Ne planaras pas la Duranda
Tu ne nivèras pas la Durande »
(Se dit d’un homme qui a plus de prétentions que de mérite)

« Femme du Puy, homme de Lyon
Font bonne maison »

Le sonneur de Beaulieu , lorsqu’il sonne ses cloches n’entend pas celles de Malrevers
(Précédemment, Malrevers, faisait partie de la commune de Chaspinhac, qui n’avait pas d’église et par conséquent pas de cloches. Depuis 1865, Malrevers est devenu chef lieu de commune et une paroisse)

« Entre Bize et Bouzerat,
Le diable se débat ;
Entre Bouzerat et Bize,
On le trouve toujours en chemin. »
(Ce dicton fait allusion aux vents furieux qui règnent entre Bize et Bouzerat, hameaux de la commune de Saint Hilaire, canton d’Auzon)

« Chevrier de Blesle »
Il y avait jadis beaucoup de chèvres dans le mandement de Blesle. Elles étaient confiées à la garde d’un berger communal. Las de son obscurité, ce berger se promit un jour de faire une action qui le rendit célèbre. Au moment où la vigne commençait à bourgeonner, il conduisit son troupeau dans le vignoble des habitants.
Elles détruisirent tout.
Depuis ce temps, on dit en proverbe, d’un homme qui croit s’immortaliser par des sottises : Il fait comme le chevrier de Blesle.


« Raide comme la justice de Cohade »

« Comba, combatiu,
Bouzerat z’o gagna,
Et Bize n’o pas pardiu »
Combattant, combattu – Bouzerat a gagné, - et Bize n’a pas perdu

« Le cura de Couteidja
N’o ma ionna oureilla
D’ioun cartei. »
Le Curé de Couteuges n’a qu’une oreille d’un côté.(L’on doit répondre : comme toi)

« Le Mas et La Veza (1)
Se totchoont pas »
(1) Hameaux de la commune de Saint Didier Sur Doulon, canton de Paulhaguet
(Se dit lorsque, dans une conversation, l’un des interlocuteurs répète souvent ma, mai… [mais] .)


« A Navas (1)
Faont cueire las favas
De Lia (2)
Les aouzount farfouilla
De Celeizi (3)
Las aouzount belli »
(1) Hameau de la commune de Saint-Arcons-d’Allier
(2) Hameau de la commune de La Chomette
(3) Hameau de la commune de Siaugues-Saint-Romain
A Navat, on faire cuire les fèves, d’Alliac on les entend remuer, de Silusin, on les entend bouillir


« Cave de Pébrac,
Grenier des Chazes,
Trésor de La Chaise-Dieu »
(Allusion aux richesses de ces trois monastères de la Basse-Auvergne)

« Paulhaguet, petite ville,
Et grand caquet »

« A San Avar,
Vei cen cops de sparvei,
Prendriant pas iouna avoza. »
A Saint-Hilaire, avec cent coups d’épervier, l’on prendrait pas une alouette.

« Il est de l’académie de Sainte-Florine »
(Il est de l’académie des ânes)

Allegrins marchands de chandelles
(Les chandelles d’Allègre étaient jadis renommées. Elles passaient pour être les meilleures de la région)

« Las granouillas de Tarnouva »
(Le village de Tavernolles, commune de Saint-Didier-sur-Doulon, est situé sur un coteau des plus arides et des plus nus, où ne vivraient pas les grenouilles ; mais à l’imitation des batraciens, les habitants, aussitôt qu’ils aperçoivent un étranger, se sauvent et se hâtent de rentrer dans leurs demeures.)
« Celle-là, elle ne tient pas l’eau »
(D’une personne qui ne sait pas tenir sa langue)

« Je suis comme la pierre du ru
Si je ne donne rien, je ne prends rien non plus »
(De celui qui ne se mêle pas des affaires des autres)

« On ne peut pas vendre son moulin
Et se réserver l’eau »

« Las peiras ronlan mas vers los chiers »
(Les pierres ne roulent que vers les tas de pierres.)

« Chaque mounier vira l’aiga a son molin »
(Chaque meunier détourne l’eau vers son moulin.)

« Mai lo boc est borrut, mai la chabras l’aman »
(Plus le bouc est bourru, plus les chèvres l’aiment.)


D’après :
  • Paul Le Blanc – Blason Populaire de la France – H. Gaodoe et Paul Sébillot, Paris, Librairie L. Cerf – 1884
  • Gilbert Conche - « Légendes & Diableries de Haute-Loire » – Collection Histoire en France

    Avril 2015



 6 - LE PETIT HOMME DE CROUZILHAC

Les_roches_druidiques_de_Crouzillac.jpg « Crouzilhac est à trois kilomètres de Tence et l’on y va en suivant la route de Dunières pour s’engager ensuite sur un chemin d’exploitation rural qui gravit la colline boisée au sommet de laquelle, à cent mètres environ d’une carrière, on rencontre ce qu’on nomme communément les « roches druidiques ».

C’était longtemps avant que s’introduisit dans l’Eglise l’usage de sonner l’Angélus, alors que le lutin, cet esprit capricieux et follet, régnait en souverain dans les écuries, les granges et même autour de l’âtre, et jouait aux paysans attardés sur les routes, aux ménagères ébahies, mille et mille tours de sa façon.

Un homme d’une taille moins qu’ordinaire, venu on ne sait d’où, qu’on nommait le petit homme de Crouzilhac, apparaissait chaque jour, au moment où la nuit commençait, tantôt sur un point, tantôt sur un autre de la forêt qui lui servait de retraite.

Il était vêtu de blanc : un chapeau à larges bords surmonté d’un panache de feu s’abaissait sur ses épaules ; une traînée de lumière suivait ses pas. Chargé d’un énorme moellon qui avait dû être jadis une limite, - une « bouve », - il avait l’air de ployer sous le fardeau. De temps en temps, un cri sinistre, inintelligible, s’échappait de sa bouche dans des tourbillons de flamme.

De peur, car tout le monde tremblait aux alentours, le châtelain du Mazel lui-même s’était fortifié en son manoir. Chaque soir, un piquet de hallebardiers veillait au guet pour suspendre les mouvements du petit homme et donner l’alarme. Vaine terreur ! le fantôme répétait son cri lugubre et disparaissait dans les sombres épaisseurs de la futaie.

Cependant les années s’écoulaient, les générations se succédaient et le petit bonhomme n’en devenait que plus importun. Inutilement, le châtelain avait fait à plusieurs reprises le vœu d’aller, pieds nus, sur le tombeau de saint Jacques de Compostelle ; inutilement le prieur de Tence était venu commander à l’esprit malin de quitter ces parages : les exorcismes étaient restés impuissants.

Un soir, on entendit frapper à la porte principale du castel. Un chevalier se présentait : il fut accueilli. Se rendant compte de la tristesse qui était peinte sur les visages, il demanda à être renseigné. On le mit au courant de ce qui se passait. Tandis qu’on le renseignait, le signal d’alerte fut donné. Cette fois, le petit homme descendait rapidement la montagne pour gagner le vallon de la Cerigoule.
- Qu’on ouvre les portes, s’écria l’inconnu et par Notre-Dame-du-Puy votre ennemi sera à moi ! Bientôt, le chevalier, escorté de trois hommes et de limiers, partait à la rencontre de l’apparition. Ils étaient rapidement en face du petit homme.
- Ounte la boutarai ? Ounte la boutarai ? se lamentait le mystérieux personnage.
A la vue du groupe, il continua :- Je suis un malheureux poursuivi par la justice de Dieu. Il y a quatre cents ans, quand j’habitais le village, j’eus la faiblesse de changer une limite. En punition de mon crime, j’erre dans ces bois pour la remettre en place. J’ai répété chaque nuit ma demande, personne ne m’a répondu …Ounte la boutarai ?
- Là où tu es, répondit brusquement le chevalier. Le petit homme disparut et depuis ce jour, onques (en quelque circonstance) il n’est revenu. »

D’après Ulysse Rouchon , Contes et Légendes de la Haute-Loire – Crépin-Leblond éditeur à Moulins (1947)
Lire la biographie de l’auteur


Mars 2015





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 7 - LE SAUT DU DIABLE

« Dans les gorges de la Loire, deux creux sont réunis par une rigole à la face supérieure d’une roche adhérente aux vastes rochers à pointes aiguës et comme crénelées que le peuple appelle le château des Sarrasins. C’est un lieu sinistre et hanté : ami des païens, le démon les visitait souvent. Un jour, ils se brouillèrent et le démon essayant, contre leur volonté, de franchir la Loire qui le séparait du château, lança du haut d’une roche son coursier qui le précipita dans le fleuve.

Serait-ce en l’honneur de la légende ou dans tout autre but qu’on a gravé artistement en creux un fer à cheval sur une autre roche située au bord de la Loire, à cinq mètres au dessus de son lit ?

Le peuple n’hésite pas à expliquer cette dernière empreinte : il l’appelle le Fer du Diable. »

D’après Aymard rapporté par Gilbert Conche - « Légendes & Diableries de Haute-Loire » – Collection Histoire en France

Mars 2015



 8 - LE VEAU DE LA SAINTE BARBE

« Autrefois, à la Sainte-Barbe, les pompiers faisaient le tour de ville avec tambour et musique. Il n’en fallait pas davantage pour mettre en émoi.

Le père Bariol, maigre comme une arête et long comme un balai de four, était tambour-major. Il marchait en tète et faisait tourner et voler sa grande canne jusqu’au sommet des maisons.

Les sapeurs, barbus, tels de vieux boucs avaient des bonnets de peau de mouton d’un pied et demi de haut et des tabliers en cuirs blancs qui descendaient jusqu’aux chevilles ; ils étaient effrayants au point de faire fuir les enfants.

En passant devant la porte de Sainte-Barbe, le père Bariol allumait un brasier de la taille d’un pignon et une couvée de garçons gambadaient autour.

Puis… après ! ils allaient banqueter chez la Barbue ; la tête de veau, le civet, le gigot, la dinde ne faisaient pas long feu ! chacun s’offrait un devant de gilet à s’en faire rompre le maître bouton ; puis le café « trois couleurs » et le brûlot achevait de rassasier tous ces gens là.

Nombreux les plus vieux ou les plus raisonnables, rentraient assez tôt pour souper en famille, mais d’autres, poursuivaient la fête ; tard dans la veillée, vous en auriez rencontrés, chez la « Rose Parfum d’Amour » qui tenait auberge au Postel qui chantaient la Grande quand ils ne se querellaient pas.

Le matelassier Jean Barbarot, un ancien voltigeur qui avait été libéré caporal après avoir servi sept ans, le marie de la Julien Chère Enfant, s’était engagé comme pompier. Du dîner et de la suite, il en avait pris à suffisance ; aussi, après minuit, mon voltigeur avait tant chargé et de travers qu’il errait sur le Postel sans pouvoir retrouver son chemin.

Le garde champêtre Dumolar, dit la Pudeur, le trouva agenouillé devant la fontaine ; il en eut pitié, le releva, lui prit le bras et l’aida dans les ruites jusqu’à son portail ; ce ne fut pas sans peine ; cette forte tête de Jean ne voulait pas le suivre ; il prétendait retourner chez la Rose.

pompiers.jpgLa Pudeur ne l’entendait pas de cette oreille, il ouvrit la porte de l’étable, coucha le Jean et s’en alla.

La Chère Enfant avait veillé pour attendre le retour de son gueux de mari, mais après avoir patienté, elle dit à sa Louise, son aînée, un peu grandette :
« Reste là, tant qu’il y a du feu dans la cheminée ; il est minuit passé, j’ai sommeil, je veux allez dormir ; dans un moment tu iras à l’étable pour voir comment se comporte la Fromente, - il faut dire de votre bonne grâce que la Fromente était prête à vêler – et, si tu juges utile, tu m’appelleras ».
Il y avait longtemps que la Chère Enfant dormait et que le feu était éteint, lorsque la Louise, qui elle aussi d’était assoupie sur sa chaise, se réveilla, prit le chaleil pour voire la Fromente et descendit à l’étable.

Mes enfants, je ne sait pas ce que vit la Louise, mais elle se mit à crier :

« - Maman…maman, descendez vite, la Fromente… »
- « Eh bien ! qu’a la Fromente ? » demanda la Chère Enfant, toute affolée, en achevant d’attacher son jupon en haut des escaliers.
- « La Fromente, maman, la Fromente a, … fait un pompier »
D’après « Les Contes du Brivadois » de Touana Bartan (Antoine Bertrand) - Editions René Borel à Brioude – 1934 – Traduction Albert Massebeuf.

Mars 2015



 9 - CÉRÉMONIE DU CHANA DE LAVOUTE

lavoute_chilhac.jpg « Les Officiers du Seigneur de Saint-Ilpize en Auvergne, étaient autrefois sans l’usage, tous les ans, d’aller le 2 de janvier, jour de la Foire, appelée de Sainte Ouzials (Saint Odile) de la ville de Saint-Ilpize au Bourg de la Voûte, avec des armes, précédés de Jongleurs, de Ménétriers, des Sergens du Seigneur, qui avaient leurs épées ceintes en bâton, d’un Valet portant un pot vide, appelé Châne ou Chana en vulgaire, contenant seize à dix sept pintes de vin, mesure de Paris.

Dans cet équipage, ils arrivaient au Bourg du Pont de la Voûte, où ils trouvaient les habitans du Mas des Traverses, qui venaient tous les ans payer leur devoir en cet endroit, et qui remplissait de vin la Châne ou Pot.

Ensuite la bande passait le Pont et entrait dans le Bourg, où elle se promenait jusqu’à ce qu’on lui offrit une maison convenable à son choix, pour aller boire ce vin ; après ces gens s’en retournaient comme ils étaient venus.

L’an 1377, le Seigneur de Saint-Ilpize envoya à l’ordinaire ses Officiers pour faire la cérémonie de la Châne. Le Prieur de la Voûte, Ordre de Cluny, ordonna à son Bailli de troubler les gens du Seigneur de Saint-Ilpize, et la troupe fut dispersée et exposée à mille avanies.

On présenta plusieurs requêtes sur le sujet, on poursuivit le Prieur de la Voûte , ses Officiers et les Religieux, et ils furent condamnés à l’amende.

En 1291, Béraud Dauphin, Seigneur de Saint-Ilpize, défendit à ses Officiers de continuer ce droit, sous prétexte des juremens, blaspfêmes, inconvénients qui en résulteraient pour la Foire et pour les moines, qui, de leur côté, le dédommagèrent amplement, en changeant ce droit pour une Messe solennelle et conventuelle le 2 janvier, autre du Saint-Esprit le 3 du même mois, et douze messes tous les ans à perpétuité ; où les parens les amis et les successeurs de ce Seigneur ont droit, comme bienfaiteurs anciens et nouveaux de ce Monastère : ce qui leur est infiniment plus avantageux que de percevoir deux sols de rente que l’on portait dans les Comptes, qui faisait alors la valeur de seize à dix sept pintes de vin du pays, et qu’on y trouve plus depuis cette année là ».

D’après le Dictionnaire Universel et Critiques des Mœurs …, volume 4, par Une Société de Gens de Lettres - Librairie P. Costard, rue Saint-Jean de Beauvais à Paris – 1772

Mars 2015



 10 - IL RETOURNE

vieux curé_1.jpg « Le Curé de Combanière était si âgé qu’il ne pouvait rien faire ; après avoir patienté, l’évêque se décida à lui donner de l’aide ; il convoqua un jeune vicaire mais pas du tout entreprenant. Un rien l’embarrassait et il avait toutes les peines du monde à assurer son service. Pour la messe cela allait à peu près, mais pour confesser les femmes, là était le « Tu autem », pas culotté pour deux sous, si une femme le regardait, il allait se cacher, il avait besoin d’être mis au pli. Le curé lui disait souvent : « Cela viendra, peut-être trop, mais pour le moment, mon pauvre petit, vous n’êtes pas malicieux ».
- « Vous croyez ! vous ! Monsieur le curé, lorsqu’il me faut confesser une femme, je suis tout retourné ; et pour la pénitence, c’est trop fort, je bafouille et ne sais pas où j’en suis ».
- « Bêta, ça n’est pas difficile, si tu confesses une vieille, une grenouille de bénitier, reste muet et quand elle aura assez médit de son mari, de sa belle-mère et de son prochain, tu n’auras qu’à murmurer, comme si tu réprouvais, avec un coup de bénédicta, elle s’en ira toute contente ».
- « Mais si c’est une jeune, ce sera un peu plus difficile ; il y en a qui ne valent pas cher, il y a fort à faire pour les faire avouer, et pourtant il faut que tout soit dit. Pour débuter tu diras : « ma chère enfant », puis, lorsqu’elles se seront dégonflées tu leur diras : « ma pauvre petite mie », et cela fera avouer le reste ».
- « Pour la pénitence, mon pauvre garçon, je ne suis pas inquiet, je suis sûr que cela viendra tout seul, mais n’oublie pas de faire bon poids et toujours un compte pair ; elles y sont habituées, il n’y a que les jeunettes qui ont besoin d’être mises au pas ».

Voilà notre jeune vicaire dans petite cabane, avec derrière la grille une vieille barbue qui sentait le fromage ; pour lui dire : « ma chère enfant » ; cela le troublait ; mais pour lui dire « ma mie », cela l’étouffait ; aussi se pressa-t-il de bougonner et de lui régler son compte.

Puis, ce fut une jeune fille de dix-huit ans, joliette, fraîche et d’odeur agréable ! Ah mes enfants, notre homme avait des fourmis plein la chaise, et « ma chère enfant d’ici », « ma chère enfant de là », il se régalait de lui faire étaler son petit bagage. Lorsque la fille au fond de la lessive, ils suaient tous deux : il fallut prier pour le surplus : « Ma mie, dites moi bien tout, il ne faut rien dissimuler, raclez votre tiroir, n’en laissez pas ».
Et la fille de lui dire :
- « Je n’ai rien fait d’autre que des complaisances pour le berger de mon père ».
- « Des complaisances pour le berger ? »
- « Oui ; pour Cadelou ; si vous saviez quelles jolies manières a le Cadelou ! »
- « Et vous avez été complaisante ? »
- « Dans la cabane, au parc »
- « Combien avez-vous eu de complaisances ? Dites-moi le nombre exact »
- « Avec celle d’hier cela fait trois ».
- « Vous ne mentez pas, seulement trois ? »
- « Oui ! ».
- « Me voilà « propre », grommela le vicaire ; trois ! cela ne fait pas un compte pair ; ma mie il m’en faut quatre, retournerez-y, allez au parc, allez m’en chercher une autre ».

Et la fille partit en courant.
Lorsqu’il rejoignit son curé, le vicaire était « en train », « tout gai », et le vieux dit : « nous en ferons quelque chose ».

D’après « Les Contes du Brivadois » de Touana Bartan (Antoine Bertrand) - Editions René Borel à Brioude – 1934 – Traduction Albert Massebeuf.

Mars 2015



 11 - LA LÉGENDE DU LAC D’ISSARLÈS

Lac_Issarles.jpg« La paroisse d’auprès de chez nous était jadis bien grande, bien grande, beaucoup plus grande qu’aujourd’hui. Dedans, il ya vait une ville qui s’appelait déjà Issarlès, comme le lac.
Un jour, le ciel était tout barbouillé, et le vent poussait de gros vilains nuages, comme qui dirait des poignées de laine de moutons noirs.

Un pauvre, étranger, arriva dans la paroisse, pour demander l’aumône.

Sa première tournée fut dans la campagne.

A la première maison qui se trouva sur sa route :
- Donnez-moi quelques chose, s’il vous plaît, demanda-t-il ; j’ai grand ‘faim.
- O mon ami, répond une femme compatissante, je n’ai rien à vous donner.
- Pas seulement quelques pommes de terre dans votre marmite ?
- Oh ! si, répond la femme ; en voilà deux.
Le pauvre en prit une et s’éloigna.

Il poursuivit tout doux son chemin, et arriva devant une autre maison.
Une femme se lève.
- Mon ami, nous n’avons point de pain, mais la pâte est toute prête dans la maie. Le four chauffe ; on va l’enfourner, et nous vous ferons une petite pompe. Asseyez-vous et attendez.
Paraît qu’il était content, le pauvre. Il dit :
- Votre pain est cuit.
- Entends-tu ? explique la femme à son mari. La pauvre assure que notre pain est cuit. IL est encore en pâte dans la maie… Comment ça se pourrait-il ? Le pain ne cuit pas avant qu’on le mette au four.
Le marie regarde dans la maie.

Il voit le pain cuit… et une petite pompe toute jolie, à côté des grands pains.
>- Ce que vous avez annoncé est arrivé, dit-il au pauvre ; le pain est cuit sans avoir été enfourné… C’est une permission de Dieu. Asseyez-vous à notre table, et manger avec nous. >
Le pauvre refusa.

- Au moins, dit le mari, prenez la pompe que ma femme voulait préparer pour vous, et qui est cuite avec les grands pains.
Le pauvre prit la pompe.

Avant de s’éloigner, il dit aux époux :
- Dans peu de temps vous entendrez un grand bruit. Soyez sans inquiétude.
Pas loin de la maison, le pauvre rencontra deux petits enfants qui jouaient :
- Que faites-vous là mes enfants ?
- Nous nous amusons,
- Vous n’avez pas faim ?
- Non,
- Si vouliez un peu de pompe, je vous en donnerais,
- Tout de même ; nous en mangerons bien.

Le pauvre rompit la pomme en deux, et en remit une moitié à chacun des enfants, - qui joyeux, se mirent à courir près de leur mère
- Maman, un pauvre nous a donné une pompe à nous deux.

La mère les gronda :
- Il ne faut jamais accepter le pain d’un pauvre. Il n’est pas propre… Je vous défends de manger cette pompe.
- Maman, elle est pourtant bien bonne… Elle est meilleure que notre pain.
- Je vous défends d’en manger. Je ne connais pas celui qui vous l’a donnée.
En même temps qu’elle disait ces gros mots, elle prit les morceaux de pompe des mains des enfants, et les jeta dans l’auge aux cochons.

Quelques instants après, le pauvre se présentait à la porte de cette femme, à l’entrée de la ville.
- Voilà le pauvre, dirent les deux petits, en le montrant à leur mère.
Aussitôt elle s’écria :
- Vous demandez l’aumône, vous qui baillez votre pain aux marmailles que vous rencontrez ! Vous feriez bien mieux de le garder, votre pain. D’ailleurs, il n’est pas une nourriture pour mes enfants, qui croquent leur pain noir de bon appétit… Pour moi, je n’ai rien à donner à ceux qui donnent.
Le pauvre se retira.

Il pénétra dans la ville, implorant la charité de maison en maison…

Partout il fut rebuté .

Il allait quitter Issarlès, quand sur les confins, il aperçut deux petites maisons.

Il voulut tâter encore une fois le cœur des gens, et poussa jusque là.

De la première maison, une femme sortait :
- Je n’ai point de pain, dit-elle, vite, vite. Je n’ai que du levain… En voulez-vous ?
- Je puis manger le levain, répondit le pauvre.
La menteuse ! Elle avait du pain, mais elle ne voulait pas en donner.

Le pauvre fit quelques pas plus avant, et fut bientôt vers la seconde maison.

Assise près de la muraille, une femme trayait une chèvre.
- J’ai bien soif, fit le pauvre. Me donneriez-vous un peu de lait ?
- Ah ! mon ami, je vous donnerai tout le lait de ma chèvre si vous voulez.
- Je ne veux point tout le lait de votre chèvre. Un peu me suffira.
>
La femme alla chercher une tasse, la remplit de lait et l’offrit au pauvre.
- Voulez-vous y tremper du pain ? ajouta-t-elle.
- Merci ! Je n’ai pas faim. Je n’ai que soif, et dans la tasse que vous m’offrez, j’ai plus qu’il ne me faut pour boire.
Il but.

Or, comme la femme continuait à traire sa chèvre, Jésus (car le pauvre, c’était Jésus) s’approcha d’elle et lui dit :
- Vous allez tout à l’heure entendre un grand bruit. Si grand qu’il soit, et de quelque côté qu’il vienne, ne vous retournez pas… Continuez à traire votre chèvre.
Il avait prou raison !

Au même moment un grand bruit éclate…

C’était la ville d’Issarlès qui se cassait en mille miettes, et, en faisant tout trembler, s’effondrait dans la terre !

Pour voir d’où venait ce fracas, la femme, naturellement, tourne un brin la tête…

Elle n’avait pas achevé son mouvement qu’elle fit engloutie avec la ville…
- Ah ! s’écrie le fermier, elle aurait dû être épargnée.
- Avec celles qui ont donné au mendiant.
- Je trouve ça aussi, disent quelques autres.
- Et toi Jeannette ?
- Peut-être ben !... laisse échapper la bonne vieille, qui se tenait fort sur ses gardes et ne voulait rien compromettre.

Mais elle continue ;

Une nappe d’eau large, large… comme le lac, ne tarda pas à monter et à couvrir ces ruines.

Au su de chacun par un temps clair, on voit, au fin fond du lac, les débris de la ville d’Issarlès. Même à côté des murs d’une petite maison, la dernière de la ville, on distingue une femme assise, qui, de ses deux mains, tire du lait de sa chèvre. »


D’après Ulysse Rouchon , Contes et Légendes de la Haute-Loire – Crépin-Leblond éditeur à Moulins (1947)

Février 2015





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 12 - LA BARRIQUE DE LA POULETTE

Vin_de_la_barrique.jpg « Après avoir discuté et chicané pour un morceau de champ en friche, là-haut aux Peuths, et pour une couette de poil de lapin, le Loriot et le Baron, avaient fini par se mettre d’accord, à l’occasion du contrat de mariage de la Poulette et du Léon.

Les femmes en avaient fait toute une histoire ! Il s’en était fallu de peu que devant le notaire, l’Eugénie du Loriot méchante et rancunière, secoue la Marguerite Baron.

Enfin, tout était rentré dans l’ordre, et le mariage devait se célébrer au Mardi-Gras.

Le lundi, l’Eugénie dit à La Poulette (une belle fille à responsabilité limitée, qui n’avait pas pour deux sous de malice) :
- « Mie, il faut aller te confesser, et en revenant, tu inviteras le Justin, le sonneur, et tu lui diras de porter sa tarière pour donner de l’air à une barrique, nous en aurons peut-être besoin, il ne faut pas que le vin coule trouble ».
Mon joli morceau de fille de Poulette, innocente comme une religieuse, alla se confesser et en sortant, elle rencontra le Justin et lui transmit la commission de sa mère.
- « Alors, dit le sonneur, tu te maries demain, petite, et tu viens te confesser ! Dis-moi, mie, le curé t’a expliqué l’évangile du sacrement ? »
- « Il ne m’a pas dit grand-chose, seulement ce que mon mari me demanderait ».
- « Pas plus ? »
- « Pas plus ! »
- « Ah, ce pauvre homme se fait vieux, il en oublie la moitié ! Et bien, ma Poulette, tu aurais réussi si tu ne m’avais pas rencontré ! Tiens, ne restons pas là, viens à l’étable, je t’expliquerai »

Et le Justin lui expliqua de main de maître.

Lorsqu’elle fut de retour, l’Eugénie lui demanda :
- « Eh bien ! que t’a dit le curé ? »
- « Pas grand-chose, maman, il paraît qu’il avait omis quelques passages, mais le Justin m’a appris l’Evangile du Sacrement, il m’a montré comment il fallait s’y prendre. Maintenant, je sais, c’est le Léon qui sera contente ».

Catastrophée, l’Eugénie dit : « Il ne faut en parler à personne, même pas au Léon, c’est le secret de la confession, et maintenant va aider à faire les pâtés ».

Mais lorsqu’elle fut seule, si elle avait tenu le Justin elle l’aurait secoué fortement : « Ah ! gueux, scélérat, guenille, là, tu m’en as fait une belle ! tu ne l’emporteras pas au Paradis je te l’assure, tu me le payeras ! »

Le lendemain, vêtu comme un huissier ou comme un valet d’évêque, mon Justin, ne fût pas le dernier pour venir chez le Loriot, son chapeau à l’oreille, sa cravate verte nouée en cocarde, crêté comme un coq de six mois ; seul il remplirait la basse-cour.

L’Eugénie l’attendait, et il l’interpella : « Eugénie, en avant la noce ! Je veux m’enivrer, votre barrique va recevoir une rude secousse ! J’ai porté par tarière. Venez nous irons l’aérer.
- « Pas besoin de tarière, mon pauvre homme, la barrique est déjà secouée, elle est très claire ».

Lorsqu’il fallut se mettre à table, le Justin se trouva juste à côté de l’Eugénie et devant lui, il y avait une bouteille blanche, pleine d’un vin doré, clair comme de l’eau de source.
- « Ah ! Eugénie, ma mie, d’où tenez-vous ce vin, quelle jolie couleur, il présente mieux que le vin de messe du curé ! Coquine, vous voulez m’enivrer ! Eh bien ! chiche, en aurez-vous assez, je me soûlerai ! »
- « Je l’ai mis là exprès pour toi, on te dit connaisseur, tu peux te soûler si tu veux, bois goulûment tant que tu voudras ».

Après, en faisant grincer ses mâchoires, l’Eugénie lui murmura à l’oreille : « C’est du vin de la barrique à laquelle tu donnas de l’air, hier dans ton étable : mandrin, scélérat, bois, soûle-toi ou je te saigne ! » et elle lui montrait son couteau ; celui qui sert à saigner les porcs, qui a une lame d’un pied.

Mon Justin ne s’enivra pas … »

D’après « Les Contes du Brivadois » de Touana Bartan (Antoine Bertrand) - Editions René Borel à Brioude – 1934 – Traduction Albert Massebeuf.

Février 2015



 13 - L’HOMME PAUVRE ET LE DIABLE

Diable.png « Un homme qui était fort pauvre devait une somme considérable qu’il fallait payer dans peu de jours. Cet homme fort ennuyé ne savait comment s’y prendre.

Un soir, il était assis près de son feu, parlant à sa femme de ce qu’il ferait.

Tout d’un coup, il vit entrer un jeune monsieur qui lui demanda de quoi il parlait. Le pauvre homme lui raconta de quoi il s’agissait.
- Eh bien, lui dit le bourgeois, si vous promettez de faire ce que je vous dirai, je vous promets de vous sortir de peine.

L’homme très content de pouvoir se débarrasser de son créancier lui promit de faire ce qu’il lui dirait. Alors le bourgeois lui donna de l’argent pour payer sa dette et pour subvenir à tous vos besoins.
- Eh bien, lui dit le monsieur, vous me promettez de me donner ce que vous lierez premier demain matin.

L’homme le lui promit et le monsieur s’en alla.

Quand il fut dehors, la femme lui dit : Peut-être que c’est le diable. Il a dit de lui donner ce que premier tu lieras. Demain matin tu ne t’habilleras pas. Je te porterai une botte de paille, tu l’a lieras et tu la lui jetteras.

Le lendemain matin, le diable ne s’oublia pas. L’homme prit sa botte de paille, la lia et la lui jeta au milieu de la maison.

Le malin tout furieux prit sa botte de paille et s’enfuit en passant par une fenêtre qu’on n’a jamais pu boucher depuis. »

D’après Ulysse Rouchon , Contes et Légendes de la Haute-Loire – Crépin-Leblond éditeur à Moulins (1947)Lire la biographie de l’auteur

Février 2015



 14 - ESPALIOU

Aux_environs_de_Vorey.jpg« Suivant les traditions populaires, d’immenses trésors remplissent les caves du Fort ou château d’Espaliou1.

On ne pénètre dans cet Eldorado qu'une fois par an lors de la célébration de la messe de minuit, entre les deux élévations. L'homme assez téméraire pour tenter cette entreprise doit s'armer de courage pour triompher des obstacles semés sur ses pas. Le Fort est, dit-on, protégé par sept diables dont la taille gigantesque et l'aspect sinistre inspirent la terreur. Sentinelles vigilantes, ils font faction au seuil de la caverne et sur le chemin de la Charitète.
Malgré leur apparence terrible, il est facile d'entrer en accommodement avec eux, car, en donnant à chacun un litre de vin et une livre de pain, ils daignent s'écarter de la route et laisser le passage libre.
Ces difficultés vaincues, et au moment précis de la première élévation, les portes de la cave s'ouvrent d'elles-mêmes. Alors se présente un spectacle magique. On a devant soi un énorme tas de monnaies de bronze, plus loin, un monceau de pièces d'argent et, plus loin encore, des lingots d'or dont les fauves reflets fascinent le regard et exercent une attraction puissante sur celui qui les contemple.
Toutes les richesses californiennes semblent avoir été accumulées dans cette demeure souterraine et la réserve métallique de la Banque de France n'est rien en comparaison des millions et des milliards éparpillés sur le sol de la grotte.
Il serait imprudent de savourer longtemps le spectacle de ces incalculables richesses, car l'intervalle qui sépare les deux élévations est court et, ce délai expiré, les portes se refermeraient pour un an sur le contemplateur.

On raconte qu'une femme de Vorey, prénommée Marthe, jalouse de se repaître de la vue de tant de trésors, envieuse surtout de s'en approprier une parcelle, prit son jeune enfant dans ses bras et se dirigea vers le Fort.
La nuit était obscure. Elle traversa le pont de Chambeyron, longea le cimetière et s'engagea dans le chemin de la Charitète. La vieille église lui apparut brillamment éclairée.
La brise apportait à ses oreilles les chants sacrés de la messe de minuit. Soudain se dressent devant elle sept diables aux yeux phosphorescents.
Émue, mais non intimidée, Marthe distribue aux suppôts de Lucifer la ration de pain et de vin dont elle s'est munie. Les diables s'écartent aussitôt, montent sur les talus du chemin et la voyageuse arrive sans encombre sous les murs du Fort.
Bientôt sonne l'heure de la première élévation et les portes de la grotte roulent sur leurs gonds. Marthe en franchit le seuil, dépose son enfant dans un coin et, dédaignant les monnaies de bronze et d'argent offertes à sa convoitise, elle court aux lingots d'or et en remplit son tablier. Chargée de son précieux fardeau, Marthe revenait sur ses pas lorsque tinta la deuxième élévation.
Elle était déjà hors de la caverne mais, dans sa précipitation, elle oublia son enfant, et quand elle voulut le reprendre, il était trop tard. Les portes se refermèrent avec fracas et la malheureuse mère, en proie au plus violent désespoir, retourna à Vorey.
Folle de douleur, elle s'en fut conter son malheur au vieux curé de la paroisse. Celui-ci, tout en la rassurant, lui reprocha néanmoins cette soif de l'or, cause de son infortune, et lui promit que dans un an elle reverrait son enfant, à la condition de déposer chaque dimanche, pour sa nourriture, une livre de pain et une bouteille de vin dans le plat des âmes du purgatoire.

Marthe comptait un à un les jours écoulés depuis la disparition de son enfant. Sa vie se consumait dans les angoisses et les larmes. Elle songeait sans cesse à cet être chéri que, malgré les promesses du, bon curé, elle n'espérait plus revoir. Ne pouvant plus supporter la vue de cet or, origine de son malheur et de ses transes maternelles, elle l'avait jeté dans un gouffre de la Loire. Il lui semblait que l'absence de ce témoin accusateur dût alléger le poids de ses remords.

Le temps aux ailes rapides avait marché. La fête de Noël était arrivée.
Comme les années précédentes, les habitants de la commune se rendaient à l'église pour assister à la célébration de la messe de minuit. Marthe, loin de suivre la foule, marcha d'un pas rapide vers le Fort, et, à l'heure solennelle où avait lieu l'accès de la grotte, elle y pénétra et vit son enfant qui lui tendait les mains.
Enivrée de joie, elle le prit dans ses bras, le couvrit de baisers et l'emporta en courant dans sa maison. Charmée de le retrouver grandi et embelli, elle voulut savoir de lui qui l'avait soigné et nourri durant un an.

Ce sont les âmes du purgatoire, répondit-il, en levant les yeux au ciel. »

1Espaliou est le nom d’un ancien château situé sur le long de la Loire, dans l’enceinte de la terre de Roche en Régnier. En lieu et place du château se trouve l’actuel village de vacances de Vorey, sur un promontoire dominant une large boucle de la Loire.

D’après Adrien Lascombe - « Velay et Auvergne » - Contes et Légendes recueillis par Régis Marchessou Imprimeur – éditeur au Puy en Velay – 23 Boulevard Carnot – 1903

Février 2015



 15 - D’UN PEU PLUS … LE BON DIEU ALLAIT EN ENFER

Le_Jugement_dernier.jpg« D’un peu plus, le bon dieu allait en enfer :
Un jour qu’il faisait sa ronde pour se rendre compte si ses gens observaient le règlement, il aperçu Saint-Verny qui bricolait dans son petit atelier.
- « Que fais-tu là ? lui dit-il , tu as assez trimé de ton vivant, maintenant il faut te reposer ».
« Croyez-vous, que ce soit un plaisir de se reposer ? A ne rien faire, je m’ennuie, et ma foi, l’Isidore qui veut battre demain, m’a fait dire par sa servante, ce beau brin de fille de Bonnette, qui est aimable comme un sou, que je lui prête mon fléau, cela ne se refuse pas, je le repasse et la Bonnette l’emportera ».
- « Vrai, tu t’ennuies ? ».
- « Ah, brave bon dieu, ce n’est rien de le dire, je languis, j’en perds mes cheveux, je maigris tel un coucou ! Ah ! si vous étiez un brave homme, vous me laisseriez descendre là-bas ; ils vont vendanger, je ne ferai que le videur, cela me guérirait ».- « Cela te ferait plaisir ? »
- « Je vous assure, tenez, si vous ne voulez pas m’y laisser en salarié, donnez-moi la permission de dix heures jusqu’à ce qu’ils aient fini de pressurer, je n’en demande pas davantage ».
- « Vrai, pourquoi pas ? Mais il ne faut pas le dire, si les camarades le savaient, je n’aurais pas fin d’avoir des ennuis. Tiens, je vais avertir Saint-Pierre, et, le soir après la soupe, il te laissera sortir ; mais si tu n’as pas réintégré avant dix heures, je ne te garantis pas que le portail sera ouvert ».
>
Orgueilleux comme un âne de cent francs, avec sa veste de drap fin et son grand chapeau, le Verny, se fit passer en revue par Saint-Pierre.
- « Tu es convenable, file, lui dit le pêcheur, mais si tu n’es pas de retour avant dix heures, tu coucheras dehors ».
Mon Verny descendit en courant.

Il s’en fallait de peu qu’il fut dix heures, lorsqu’il heurta le portillon.
- « Te voilà, dit Pierre, tu ne t’es pas enivré, cela m’étonne ».
- « Oh, ça ne risque rien, on tient bien un litre. Mais quel vin ils l’ont fait l’année dernière ! Chez la Catherine de l’Essaim, une vieille connaissance, j’ai goûté une chopine de Mazerat, du Greffé ; j’en ai assez bu, mais de ma vie je n’en ai goûté de pareil ! »
- « Sûr ? Dis, demain, lorsque tu reviendras, porte m’en de quoi le goûter ».
Le lendemain, à son retour le Verny, lui en laissa une chopine. L’autre l’eut tout juste goûté qu’il se léchait les lèvres.
- « Vrai ! c’est un vin remarquable, mais avec une chopine, il y en a juste assez pour mouiller une molaire ».
- « Dis, Pierre, demain, suis moi, nous descendrons à Brioude, et je te garantis que tu te régaleras, j’ai découvert un blanc à se mettre à genoux devant, il ressusciterait un mort ».- « Baste, mais le portail qui le gardera ? »- « Le Joseph, il est si complaisant, il ne te refusera pas ; pour la peine, tu lui porteras une pipe et deux sous de tabac ».

Effectivement, Joseph, bonne pâte, vint prendre la garde et mes deux loustics se sauvèrent.

Du rouge, du blanc, de Ladri, de Mazerat et de Tapon, ils en goutèrent tant que pleins comme des outres, ils oublièrent l’heure, et si la Catherine de L’Essaim ne les avait mis dehors ils y seraient encore. Il était minuit passé, lorsqu’ils revinrent en chantant la Madelon.

Qui trouvèrent-ils assis devant le portail ? Le Bon Dieu … cela l’avait pris de faire un contre-appel et ils les avaient porté manquants. Pensez si le pauvre Joseph prit une semonce !Cela se dégradait, mais le Pierre et le Verny s’en souciaient peu, ils chantaient et faisaient un vacarme à mettre le Paradis sans dessus dessous.
- « Je ne les veux plus dans ma troupe, criait le bon dieu, toi Pierre tu ne seras toujours qu’un déserteur, et toi Verny, un pauvre nigaud de vigneron. Vous allez en enfer ; toi Joseph Cagalone, je t’enlèves ton grade ».
Mais le Joseph s’indigna :
- « Ne touchez pas à ces enfants du peuple, ce sont des prolétaires, ils sont membres de mon syndicat, si vous faites ça, beau frère, avec ma femme et mon fils, nous serons loin, nous vous mettrons hors de la maison et nous instaurerons la République ».
- « Ces gueux, ils feraient comme ils le disent et ensuite qui préparerait ma soupe ? Il faut subir ! Allez pour cette fois, je ne dis rien, entrez et allez dormir, vous en avez grand besoin ».

Et le Bon Dieu, peu satisfait, s’en alla en marmonnant : « Il faudra que, moi aussi, j’adhère au syndicat, c’est le seul moyen de m’en tirer ! Mais quand même, il s’en est fallu de peu qu’ils mettent à la retraite ».

D’après « Les Contes du Brivadois » de Touana Bartan (Antoine Bertrand) - Editions René Borel à Brioude – 1934 – Traduction Albert Massebeuf.

Février 2015





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 16 - FAITES PAYER MON GENDRE

Foire_de_Paulhaguet.jpg« Le Chardonneret, qui avait enlevé l’aînée de ce richard de Bras de Fer, était connu dans le Chaliergue pour être le roi des avares ; il se serait laissé saigner plutôt que tirer un sou de sa bourse, sans s’en faire rendre quatre.

Aussi coquin qu’il fut, sa fille, la Jeanne si belle, lui en fit une peu commune.

Ni lui, ni sa famille n’avaient eu la réputation d’être des dévots et si quelqu’un brisait les chaises de l’église, certainement ce n’était personne de chez le Chardonneret.

Par moins, la belle l’abandonna et se fit religieuse. Lorsque la fille prit la fuite, chacun émit une idée : La Roubique expliquait : « Ça ne peut être qu’un chagrin d’amour, ils n’ont pas voulu lui laisser épouser le langueyeur d’Amblard et voilà » ! La Roubique, savait de quoi elle parlait : dans sa jeunesse, elle aussi avait eu à souffrir de quelque peine de cœur.

Le Chardonneret faillit en faire une maladie, pas tant d’être privé de sa fille, mais d’avoir à payer le couvent.

La Si Belle réclamait l’héritage de sa mère et menaçait d’envoyer l’huissier. Pensez quelle colère eut l’homme : sa barbe se hérissait, ses fils, ses bouviers, la servant en souffrirent ; ph ! quelle vie ? il ne faisait que crier et dire des grossièretés.

Parfois, les gens croyaient lui faire plaisir, en disant :
« Votre Si Belle a bien choisi la bonne solution ; maintenant elle est sans soucis ! » et ceci, et cela, qui le faisait mettre hors de lui.

Il criait : « Pour payer, je ne paierai pas, ils feront ce qu’ils voudront, la Belle n’a qu’à revenir, je ne l’ai pas chassée de la maison je ne veux pas payer ».

Aussi, ce fut une belle chanson lorsque l’huissier et ses employés, le matin de la foire de la Maillarguette, sur le foirail de Paulhaguet, ils saisirent son troupeau ! Il beuglait comme un perdu, il avait rassemblé la moitié de la foule. Si on ne l’avait pas retenu, il faisait un malheur ! il mettait l’huissier en pièces.

Mais, comme on dit : « Vaille que vaille, il faut subir » , il subit : il paya.

Cela avait été amer, et la Si Belle et le couvent n’étaient pas sas reproches.

Pour tout arranger, voilà deux dames qui viennent le solliciter pour le denier du culte. Notre homme allait pouvoir donner son avis, lorsque l’une d’elles dit d’un petit air entendu :
« Voyons monsieur le Chardonneret, vous ne voudriez pas laisser souffrir le serviteur du Bon Dieu, de celui que votre Jeanne a épousé ? »
« Vrai ! dit le Chardonneret, cela peut s’arranger ; lorsqu’elle s’est mariée, elle m’a fait débourser un nombre important de louis d’or ! Certainement, ils n’ont pas tout dépensé, il doit y en avoir suffisamment pour payer les serviteurs, faites payer mon gendre ».

D’après « Les Contes du Brivadois » de Touana Bartan (Antoine Bertrand) - Editions René Borel à Brioude – 1934 – Traduction Albert Massebeuf.

Janvier 2015



 17 - LA PROCESSION DES PÉNITENTS

Les_Penitents_Yssaingeaux.jpg« Les traditions paysannes sont encore robustes dans le Massif Central. Depuis la fin du seizième siècle qui marqua l'établissement des confréries de pénitents blancs du Confalon, la pieuse coutume de la procession du Jeudi Saint s'est transmise à travers les générations et subsiste régulièrement.

C'est un spectacle inoubliable auquel nous assistions naguère à Yssingeaux, petite cite rurale du Velay montagnard. Il est six heures du soir. Le soleil descend derrière le suc d'Eyme. Il fait frais. Ce n'est plus l'hiver, si âpre sur ces hauteurs, mais le printemps ne se décide pas encore à a tiédir les crépuscules. Les rues sont pleines de monde toute la campagne s'est rendue au chef-lieu et les enfants en toilette bigarrée accompagnent leurs parents.

En foule, on s'est porté d'une chapelle à l'autre et à l'église paroissiale pour la visite aux reposoirs. Sur ce bruit de pas tombe de temps en temps le son clair d'une pièce de monnaie que recueille un vaste plat de cuivre posé sur une table, près de la porte. On s'achemine ensuite vers Notre-Dame des Pénitents.

Derrière les portes closes l'on entend une sourde psalmodie de voix graves qui scandent les versets de l'Office de Ténèbres. Une foi profonde, sans nuances, sans atténuation, est dans l'atmosphère. C'est l'âme du pays qui bouleverse les timides exigences de la nôtre. Un grand silence, soudain. Avec un ordre méticuleux, la procession s'organise. Un ordonnateur commence une sorte d'appel auquel d'autres voix répondent, et c'est la mise en place des instruments du supplice, de tous les accessoires naïfs inventés par l'imagination populaire. La chapelle est ouverte. Les assistants se sont tus, les têtes se découvrent.

Deux par deux les pénitents sortent, portant chacun un attribut ou quelque flambeau emblématique de forme imprévue. Voici la couronne d'épines ; voici le coq du reniement ; voici la « Sainte Face » de Véronique, et encore des flambeaux dont le halo laisse dans l'ombre qui s'épaissit une buée de lumière.

Soudain la foule, jusque là réservée et silencieuse, s'agite des groupes s'en détachent qui se précipitent vers le milieu du cortège. Que se passe-t-il ? Quatre pénitents soutenant un grand panneau qui représente grossièrement .une mise au tombeau se sont arrêtés et au-dessus des impatients, qui sont surtout des impatientes, ils soulèvent l'image, afin de leur permettre, en courant, de se mettre sous sa protection. Il parait que ce rite étrange a le don de faciliter un mariage qui se fait désirer.

Mais une autre scène domine la figuration du Christ montant au calvaire. Elle est assurée par des volontaires à la cagoule baissée et aux pieds nus. L'un d'eux porte la croix et par moments simule l'accablement en se prosternant sur le sol tandis que le recteur frappe trois fois sur le bois du supplice.

Dans la nuit qui vient, la procession se déroule ainsi lentement sur les places et dans les rues comme un défilé de spectres. L'impression qu'elle laisse aux témoins est incroyable. Le décor est moderne, le spectacle est ancien : ils s'accordent dans la manifestation de croyances qui défient les siècles. »

D’après Ulysse Rouchon – Journal des Débats Politiques et Littéraires –Edition du 16 avril 1941 .Lire la biographie de l’auteur

Janvier 2015



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 18 - LA LÉGENDE DE SAINTE MARGUERITE

Chapelle_Tombeau_de_Sainte_Marguerite.jpg « Quand l’infortunée Marguerite fut chassée de son couvent1elle s’en vint errante, demander l’hospitalité dans le château de Betz, au voisinage de Monistrol. Les maîtres de ce château, qui avaient le cœur bon et charitable, accueillirent, comme ils le devaient, la sainte religieuse, et lui donnèrent une chambre pour y prendre son sommeil.

Or, il arriva que, pendant cette nuit, la dame châtelaine mit au monde un joli enfant, et fut promptement délivrée de tout péril et de toutes douleurs. Ce qu’ayant vu, le maître de la maison alla, de grand matin, en donner la nouvelle à la servante de Dieu, ne doutant pas que son épouse ne dût à ses prières son heureuse délivrance.

Sainte Marguerite lui avoua qu’elle avait, en effet, prié toute la nuit ; que l’ange de dieu lui était apparu pour l’avertir de cet événement et lui avait promis que, désormais, en récompense de son hospitalité, les filles de la maison seraient plus heureuses dans leurs couches. »

1Sainte Marguerite, accusée d’avoir la lèpre et la gale, fut chassée du couvent de la Séauve ; mais à la suite de cures merveilleuses dans la contrée, l’abbesse du couvent la rappela. Elle y mourut le 3 janvier 1206.

D’après H. de Chabron - « Velay et Auvergne » - Contes et Légendes recueillis par Régis Marchessou Imprimeur –éditeur au Puy en Velay – 23 Boulevard Carnot – 1903



Janvier 2015



 19 - L’OR DU DIABLE

Moulin_a_eau.jpg « Il y a beau longtemps que le moulin de Roc-sur-Lignon ne tourne plus. Mais les promeneurs viennent encore y rêver. Le site s’y prête : l’eau bondissante et le granit obstiné s’y font mutuellement valoir. Le fouillis végétal qui l’enserre, fait écran entre les prés nourriciers d’un riant village et la part indomptable que la nature se réserve : prenez la sente muletière qui longe le moulin et, à quelques pas de là, vous verrez l’impressionnant chaos des roches à pic, le tumulte des eaux, la nervosité des troncs d’arbres qui s’enserrent, envers et contre tout. Vous verrez aussi, par delà, dans les lointains bleutés, d’impassibles montagnes.
Sylvette qui habitait au village, menait sans crainte à ces confins les chèvres familiales, sachant mieux que vous et moi qu’elles ont le pied si sûr qu’elles s’y complaisent. Mais la fraîche chevrière rêvait follement de se mouler dans de beaux atours coupés dans le central, le brocard et le satin, de se parer des plus vives couleurs et de passements du Puy… Et comment qu’elle en avait envie !

Vous me dites qu’elle rêvait ? Voire ! Combien avait-elle vu passe de « dames » sur la route d’en bas, de haquenées amblantes et de brillants arrois. « Pourquoi elles, et pourquoi pas moi ? » se disait-elle, très simplement.

Par un matin d’hiver, elle vit scintiller sur le chaume pentu un point si lumineux qu’elle en fut presque aveuglée, plus vif qu’un rayon de soleil aux beaux jours, qui faisaient si présentement défaut. Elle s’en approcha et découvrit une fusette de ce fil d’or dont les bonnes brodeuses font l’orfroi. Elle se baissa pour la ramasser, mais ne saisit rien qu’un bout de fil, car la fusette se mit à dévaler la pente, droit devant. Sylvette essaya bien du pied, d’entraver la course. Mais en vain : toujours, la bobine filait et se dévidait. Et Sylvette fut ainsi menée jusqu’au gros bloc de pierre noire, où seyait un bel homme, surgi d’on ne sait où.

-Sylvette, lui dit-il, je peux te rendre riche, tant et plus que tu l’as rêvé… reviens donc ici même passer la messe de minuit. Au moment de l’élévation tu verras la terre s’entrouvrir sur un immense trésor. Tu pourras t’y servir à ta guise, y puiser autant d’or que tu pourras en charrier.
Surexcitée à l’idée d’être bientôt riche, elle courut annoncer le prodige à ses parents.
Eux rugirent :
-Tu blasphèmes ! on ne manque pas la messe, surtout pas celle de minuit ! A cent lieux de là, personne n’oserait à ce point défier le Bon dieu, et déchaîner son courroux. Tu es folle, voilà tout.
Mais Sylvette s’entêta. Dans ses yeux, tout l’or du monde flamboyait déjà. De sorte qu’ils la crurent vraiment démente à lier, et s’interrogèrent sur les moyens de la tenir : L’allons la traîner de force à l’église et risquer qu’elle s’y débatte et fasse tapage. Ou l’allons nous mettre sous clé ?, ce qu’ils firent à double tour…

Mais, dès qu’ils furent partis, la diablesse sauta par la fenêtre et courut à son fascinant rendez-vous.

« Il » était déjà là, debout sur le bloc de pierre. Et à l’heure dire, le granit se souleva pour découvrir l’or amoncelé, plus qu’elle n’en avait jamais vu dans ses délires les moins sensés.

Elle y puisa avidement, à pleines mains, en remplit son tablier dont elle avait noué les coins. La rage la saisit même de ne point pouvoir tout emporter ; et déjà son plaisir se gâtait…

C’est alors que la cloche de l’église tinta et que dans un grand tumulte ; un trou béant au fond rougeoyant s’ouvrit à ses pieds.

Elle eut comme un vertige, bascula et disparut à jamais.

Les uns disent que le poids de son tablier surchargé l’entraîna ; d’autres, que son bienfaiteur la poussa… Mais tous connaissent cet endroit de la montagne qu’il vaut mieux éviter : le basalte garde l’empreinte de deux pieds fourchus, et à deux pas de là l’eau mugit au fond d’un gouffre. »

D’après J. Baudeneau rapporté par Gilbert Conche - « Légendes & Diableries de Haute-Loire » – Collection Histoire en France

Janvier 2015



 20 - LE SAINT CLOU DE CHAMALIÈRES

Chamalieres_Interieur_eglise.jpg « Le seigneur de Chalencon avait un valet aveugle. Ce valet alla à Chamalières où l’on gardait un clou de la vraie croix et revint guéri. En le voyant, le seigneur de Chalencon s’écria : Il faut y mener notre cheval aveugle.

Il y avait du dédain dans sa façon de parler. Il prend le cheval aveugle, le monte et descend à Chamalières. Il était en vue de l’église lorsque tout à coup son cheval recouvre la vue et lui-même devient aveugle. Le cheval le conduit à l’église, il touche le clou et il est guéri.

En reconnaissance, les Chalencon ont élevé une chapelle à Chamalières, et plusieurs d’entre eux furent enterrés sous les dalles du sanctuaire. »

D’après Ulysse Rouchon , Contes et Légendes de la Haute-Loire – Crépin-Leblond éditeur à Moulins (1947)

Janvier 2015





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