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NANTES / CHANTENAY / DOULON - les quartiers actuels de Chantenay et Doulon étaient autrefois des communes indépendantes. Chantenay développait des activitées industrielles sur les bords de Loire et Doulon de nombreuses parcelles maraîchères. Le rattachement à Nantes a eu lieu en 1908 - Les comblements des bras de la Loire et de l'Erdre (1926/1941) et les bombardements de 1943 ont beaucoup modifié Nantes et ont gommé une partie de son histoire.


 Suzanne et Yves SOLIMAN (Mari et Femme, cousins germains)


  • Born 27 February 1836 - PLOUGONVER (Côtes d'Armor, Bretagne)
  • Deceased
  • Cultivatrice, Ménagère

 Spouses

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 Events


 Notes

Individual Note

Accusation de Suzanne SOLIMAN « Une femme accusée d’avoir étranglé son Mari »

C'est dans la nuit du 31 décembre 1862, que l'accusée aurait donné la mort à son mari.

C'est une femme jeune encore, aux traits irréguliers, mais gracieux son regard et sa physionomie ont une expression de douceur qui contraste singulièrement avec la grandeur du crime qui lui est reproché et avec les faits d'immoralité scandaleuse que l'instruction a établis à sa charge. Elle est entièrement vêtue de noir.

Elle est assistée de Maitre Sigismond Ropartz, avocat du barreau de Guingamp.

M. LE MEUR, procureur impérial de Saint-Brieuc qui occupe le siège du ministère public.

Accusée, levez-vous. Comment vous appelez-vous? - Suzanne Soliman Votre âge ? - 27 ans Où êtes-vous née? - A Plougonver Où demeurez-vous? - A Plusquellec

Voici le leste de ce document : (le Greffier lit l’acte d’accusation à la cour) Dans le mois de mai 1838, René BOSQUET, cultivateur de la commune de Plusquellec, âgé de 29 ans, épousa Suzanne Soliman, qui avait alors 23 ans. La mère de René BOSQUET n'avait consenti qu'à regret à ce mariage. Elle avait été avertie que la famille SOLIMAN ne jouissait pas d'une bonne réputation. » Quelques mois se furent à peine écoulés que les craintes de la mère de René BOSQUET se trouvèrent pleinement justifiées. René BOSQUET, homme stupide et d'une intelligence bornée, eut bientôt à se plaindre des mauvais procédés de sa femme, qui ne lui témoignait aucune affection. Il devint évident que son mariage n'avait été pour elle que le résultat d'un calcul. Avec un époux tel que René BOSQUET, elle savait qu'elle serait la maîtresse dans le ménage et qu'elle pourrait se livrer à tous ses mauvais penchants. Aussitôt après avoir obtenu de son mari qu'il se rendit avec elle chez le notaire pour lui consentir une donation de son mobilier et de l'usufruit de ses immeubles, elle ne cacha pas l'aversion qu'elle avait pour lui. Elle le traitait moins bien qu'un domestique (d’après les témoins). Bientôt l'inconduite de Suzanne SOLIMAN fut connue de tous ses voisins. Elle fut surprise 2 fois en flagrant délit d'adultère avec Yves SOLIMAN (son cousin). Dans le courant du mois de septembre dernier, mettant de côté tout sentiment de retenue et de pudeur, elle introduisit son amant dans sa propre maison. Yves SOLIMAN vint demeurer chez René BOSQUET, qui vainement, à plusieurs reprises, entreprit de l'expulser. Deux fois, René BOSQUET alla demander l'assistance de 2 de ses voisins, mais lorsqu'il fut en présence de sa femme, celle-ci déclara qu’Yves SOLIMAN ne sortirait pas et qu'il continuerait à habiter dans la maison, même malgré son mari. Dans une pareille situation, René Bosquet ne cachait pas les craintes sérieuses qu'il avait que sa femme n'attentât sa vie. Le bruit courait quelle était allée consulter une tireuse de cartes, qui lui avait annoncé qu'elle serait promptement veuve et qu'elle épouserait son cousin. On entendait René BOSQUET répéter souvent « Ils finiront par me faire périr! » Il racontait qu'à plusieurs reprises sa femme avait tenté de l'empoisonner. L’information a en effet établi qu'il y a 2 ans, René BOSQUET avait trouvé dans sa soupe une boule d'indigo destinée à empeser (pour le linge). Tout porte à penser que c’était sa femme qui l'y avait introduite, car une boule d'indigo étaient toujours renfermées dans une armoire dont elle avait seule la Clé. Une autre fois, c'était des débris d'allumettes chimiques que René BOSQUET avait aperçu dans son écuelle. Enfin, à plusieurs reprises, sans motifs plausibles, Suzanne SOLIMAN s'est procurée du laudanum (à base d’opium), et il est acquis que, dans les derniers jours du mois de décembre, son mari éprouvé des douleurs d'entrailles et de nombreux vomissements. Toutes ces tentatives d'empoisonnement trouvent leur explication dans la déclaration que faisait fréquemment René BOSQUET, qu'il voulait révoquer la donation qu'il avait consentie à sa femme. Aussi Suzanne SOLIMAN disait-elle hautement que « le 1er janvier elle ferait boire un coup à son mari. Elle ajoutait qu'il n'en mourrait probablement pas. » Dans les derniers jours du mois de décembre, Suzanne SOLIMAN invita plusieurs membres de sa famille à venir souper chez elle, à l'occasion de la fin d’année. En effet, dans la soirée du 31 décembre, les époux BOSQUET réunirent chez eux Yves et Henri SOLIMAN (frères de la femme BOSQUET), Catherine SOLIMAN (sa sœur), Yves SOLIMAN (son cousin) et Joseph LE LEYSSOUR (domestique de la maison). Le souper fut suivi de nombreuses libations (rituel religieux qui consiste à faire l’offrande d’une boisson à Dieu). On fit boire outre mesure René BOSQUET, qui devint complètement ivre. Catherine SOLIMAN, sa belle-sœur, qui se trouvait dans la même situation, le poussa et le fit tomber. Il se mit ensuite au lit en se plaignant d'avoir mal aux côtes. Vers 1h du matin, les deux frères SOLIMAN se retirèrent, laissant Yves et Catherine SOLIMAN ivres morts. Le domestique Joseph LE LEYSSOUR se coucha, et Suzanne SOLIMAN, qui seule avait pris soin de ne pas s'enivrer, et qui avait conservé tout son sang-froid, se mit au lit auprès de son mari. Pendants ses interrogatoires, elle a affirmé qu'à ce moment-là son mari dormait et respirait bruyamment. Le lendemain matin, vers 6h, Joseph LE LEYSSOUR se réveilla subitement en s'entendant appeler par Suzanne SOLIMAN «Venez voir, lui disait l'accusée, je n'ose pas toucher mon mari, je crois qu'il est mort » Joseph LE LEYSSOUR approcha du lit où était René BOSQUET et reconnut aussitôt qu'il ne donnait plus signe de vie. Les voisins accoururent en toute hâte et constatèrent la mort de René BOSQUET qui fut inhumé le lendemain. Mais la rumeur publique accusa bientôt Suzanne SOLIMAN d'avoir donné la mort à son Mari. Le 31 décembre, René BOSQUET était en bonne santé, c'était un homme d'une robuste constitution. On ne pouvait croire que dans la force de l'âge il eût succombé si rapidement. Les magistrats se transportèrent sur les lieux, et l'autopsie démontra l'existence du crime. Les médecins ont constaté que René BOSQUET était mort étranglé. Les désordres qu'ils ont remarqués au cou les ont convaincus qu'une violente pression y avait été exercée à l'aide d'un corps ayant une certaine surface. Les trois premiers anneaux de la trachée artère étaient brises. Les médecins ajoutent que l'on a du profiter pour la perpétration du crime, de l'état d'ivresse de René BOSQUET, qu'on a peut-être rendu plus profond en mêlant ,ce qu'il buvait une substance narcotique quelconque. La mort de René BOSQUET est donc le résultat de la strangulation. Quand Suzanne SOLIMAN s'est couchée près de son mari, il vivait. Qui peut l'avoir étranglé, si ce n'est celle qui depuis quelques temps, ne cachait plus ses projets homicides, et qui seule, la nuit, a eu la possibilité de commettre le crime ? En conséquence, Suzanne SOLIMAN, veuve BOSQUET, est accusée d'avoir, dans la nuit du 31 décembre 1862 au 1er janvier 1863, avec préméditation, commis un homicide volontaire sur la personne de son mari.

Après la lecture de l'accusation, il y a eu 45 témoins tant à charge qu’à décharge

INTERROGATOIRE DE L'ACCUSÉE, Vous avez épousé René BOSQUET il y a environ 5 ans? Suzanne SOLIMAN : Il y aura 5 ans au mois de mai.

Quel âge aviez-vous alors? 23 ans.

N'avez- vous pas épousé René BOSQUET malgré la volonté de sa famille ? Non

René BOSQUET n'était-il pas un homme peu intelligent, une espèce d'idiot, n'avait-il pas 800 francs de rentes ? Je ne me rappelle pas qu’il avait plus de rentes que moi.

Ainsi, votre mari n'avait que peu d'intelligence, votre mari n'était pas très désirable, vous étiez bien de votre personne, vous aviez des grâces physiques mais votre mari était plus riche que vous. C'était un mariage d'argent que vous faisiez ? Non.

N'avez-vous pas dit que vous n'aimeriez jamais votre mari ? Non. Il médisait beaucoup de choses comme ça, et je lui répondais quelques mots comme ça, mais ça me passait tout de suite, et à lui aussi.

C'est sans, aucune cause et hors la présence de votre mari que vous auriez dit Je ne pourrai jamais aimer cet homme? Non.

Est-ce vrai que votre Mari était déshérité de votre affection, qu'il faisait entendre ses -plaintes à tout le monde « Ils finiront, disait- il, par me faire mourir. » Je ne l'ai jamais entendu dire ça.

Ne vous reprochait-on pas de traiter votre mari avec moins d'égards qu'un domestique ? Non.

Est-ce que même vous n'engagiez pas vos domestiques à se moquer de ce pauvre idiot? Non. J'avais pris mon mari par amitié.

Oh dans votre intérêt, n'allez pas au-delà des limites raisonnables. Je ne puis vous forcer à dire que vous abhorriez (avoir en horreur) votre Mari mais ne dites pas que vous l'aviez pris par amitié. Je ne dis que la vérité.

Quelque temps après votre mariage n’aviez-vous pas une liaison avec un de vos cousins, Yves Soliman ? Non.

Prenez garde! Vous êtes dans une situation grave, il ne faut pas qu'une fausse honte en public vous empêche d'avouer une faute quand il s'agit de vous justifier d'un crime. Ce cousin allait sans cesse chez vous, et dès qu'il arrivait, on prenait le grog, le café, on se livrait, en un mot, à une débauche tellement scandaleuse, que dans la commune on disait, lorsqu'on voyait votre cousin entrer chez vous Voilà Chéréval qui arrive et Chéréya! (mot breton qui veut dire bonne chère) Si mon cousin est venu chez nous, c'est que mon mari lui-même est venu le prendre.

Ne confondons pas, je vous parle de ce qui s'est fait avant que votre cousin prit pension chez vous. Vos relations étaient si intimes qu'elles causaient un scandale public. On vous voyait courir ensemble toutes les foires ? Non

Est-ce que vous n'avez pas été surprise deux fois en flagrant du délit d'adultère, une première fois dans une grange, une autre fois sur la paille au milieu de la cour? Ce n'est pas vrai.

Si cela est établi pourtant, il en résultera que vous avez menti en disant que vous aviez épousé René BOSQUET par affection. A la Saint-Michel dernière, Yves SOLIMAN n'est-il pas venu demeurer chez vous? Oui, pour passer peu de temps; il était sur le point de se marier. Je ne voulais pas qu'il vînt, mais mon mari lui-même alla le prendre avec une charrette.

Il sera prouvé que votre mari avait le plus profond chagrin de voir s’implanter chez lui celui qui était le dominateur de son ménage. Plusieurs fois il a voulu le mettre à la porte mais vous êtes venue et vous avez dit il restera L'accusée ne répond pas.

Il y a deux ans, votre mari n'a-t-il pas trouvé dans sa soupe une boule d'indigo ? S'il avait trouvé du bleu dans sa soupe, deux jours avant j'avais empesé mes coiffes. J'avais laissé l'écuelle sur la fenêtre c'est la faute de la servante, qui n'avait pas lavé l'écuelle

Nous entendrons la servante, et elle déclarera peut-être que le bleu était dans une armoire dont vous seule aviez la clé. Est-ce qu'il n'est pas à votre connaissance qu'à trois fois différentes, votre mari a trouvé des allumettes chimiques dans ses aliments? Je ne peux pas vous dire comme c'est arrivé je ne sais comment ça est tombé.

Est-ce que vous n'avez pas obtenu de. votre médecin une assez grande quantité de laudanum? Oui, une première fois pour 20 sous et une seconde fois. Vous avez eu avec une facilité bien déplorable cette substance, qui est éminemment toxique. Est-ce que le jour de Noël votre mari n'est pas tombé malade? Oui.

Il se plaignait de maux de tête, d'étourdissements, il vomissait? C'est là une charge extrêmement grave. Vous avez du laudanum, vous abhorrez (avoir en horreur) votre mari, et le jour de Noël il éprouve des vomissements, des chaleurs à la tête, des .étourdissements, c’est-à-dire tous les symptômes de du laudanum. L'accusée ne répond pas.

Ne vous avait-il pas fait donation de ses biens chez Maitre GUYOT, notaire à Callac? Oui, mais la donation était réciproque.

N'a-t -il pas manifesté plusieurs fois le désir de défaire la donation ? Oui, et je lui ai dit que j'étais disposée à l'accompagner chez le notaire.

N'avez-vous pas dit que vous lui feriez boire un coup pour le premier jour de l'an, mais qu'il n'en mourrait probablement pas! Non, le bon Dieu sait la vérité.

Les lioinm-.s aussi cherchent.- à connaître la vérité, et souvent ils y parviennent. La veilla du premier de l'an, je soir, n'y eut-il pas chez vous une réunion de famille? Oui, plusieurs de mes parents vinrent me souhaiter la bonne année.

Est-ce vrai que l’on a bu beaucoup excepté vous et votre domestique? Oui.

C'était une véritable orgie, votre cousin Yves SOLIMAN était tombé sous la table, il était ivre-mort, votre sœur Catherine était dans le même état, vos deux frères, Yves et Henri, étaient aussi fort avinés, mais ils partirent vers minuit. Votre mari était aussi tout à fait ivre? Oui.

Il se tenait sur ses pieds, cependant? Non, il est tombé deux fois.

II est vrai qu'il est tombé une fois, parce que votre sœur l'a poussé, mais c’est la première fois que vous parlez d'une seconde chute, vous n'en aviez pas dit un mot dans l'instruction? C'est pourtant bien vrai qu'il est tombé une seconde fois, entre le lit et la pierre du foyer. Je ne suis pas ici pour dire des mensonges

Vous êtes ici pour vous défendre, vous pouvez dire tout ce que vous croyez utile à votre défense, les jurés apprécieront !

Votre mari portait à la partie supérieure de la poitrine une ecchymose; les médecins ont pensé qu'il avait été étranglé, et qu'on avait profité de son ivresse pour commettre ce crime affreux. Y a-t-il eu quelque étranger à pouvoir entrer chez vous cette nuit-là? Non

Vous étiez dans le lit à côté de votre mari. S'il a été étranglé, il n'a pu l'être que par vous? Non.

Est-ce que vous n'avez pas demandé à votre cousin Yves SOLIMAN, le jour de l'enterrement de votre mari, quel est le mantelet qu'il faut prendre pour aller à l'enterrement? J’étais maîtresse de prendre le mantelet que j’ aurais voulu.

Est-ce qu’Yves SOLIMAN ne vous répondit pas de prendre le plus, beau ? Maintenant les beaux mantelets ne vous manqueront pas? Non, s'il m'avait dit cela, je l'aurais entendu.

Est-ce que 2 ans avant la mort de votre Mari, vous n'aviez pas fait tirer votre bonne aventure ? Oui, mais je ne croyais rien du tout de ce que m'avait dit cette bonne femme.

Que vous avait-elle dit? Je ne m’en rappelle pas.

Vous avez dit à plusieurs personnes que cette femme vous avait prédit que vous seriez veuve bientôt; que vous épouseriez votre cousin germain qu'il vous rendrait bien heureuse et que vous en auriez deux enfants? Je n'ai jamais parlé de choses comme ça.

Si cela est vrai, ne sera-t-on pas en droit de vous dire, qu’il a été étranglé et que vous avez réalisé les promesses faites par la devineresse ? Non, je le jure.

Je viens de parcourir les principales charges relevées contre vous vous avez produit vos réponses vous n'avez rien de plus à ajouter? Non.

M. le président procède à l'audition des témoins :

Déposition de M. BENOIT (médecin à Guingamp), dont la conclusion est que : 1 – Des congestions du cerveau, des poumons, du foie, de la rate, de l'existence de taches rosées sur les parties non déclives du cadavre de René BOSQUET porte à croire que René BOSQUET avait succombé à une asphyxie 2 – Que l'existence d'une ecchymose située à la partie inférieure du cou, l'injection du tissu cellulaire sous-jacente, et enfin la fracture des trois premiers cerceaux cartilagineux de la trachée artère semblaient indiquer que cette asphyxie était le résultat d'une pression exercée sur le cou par un corps ayant une certaine surface, et cela jusqu'à ce que mort s'en soit suivie 3 – Que le peu de gravité des lésions constatées au visage et aux deux mains semblait démontrer que l'on avait dû profiter, pour la perpétration du crime, d'un état d'ivresse déterminé par l'administration préalable d'un agent toxique.

Questions des Jurés : L'état d'ivresse ne favorise-t-il pas l'asphyxie? Dr BENOIT : L'état d'ivresse peut en effet favoriser l'asphyxie. C’est en thèse générale que je réponds.

Le témoin a remarqué que les cheveux de la victime étaient mouillés. Je désirerais savoir du Docteur BENOIT à quoi il attribue cette circonstance ? Dr BENOIT : Cela semblerait annoncer une anémie, une mort lente.

Une asphyxie par l'ivresse pourrait-elle produire cette transpiration abondante remarquée sur la tête de la victime ? Dr BENOIT : Oui.

Dans le cas où il y aurait eu Crime, la mort aurait-elle été lente? Dr BENOIT : Elle a dû être très prompte.

Interrogatoire d’Yves SOLIMAN Yves SOLIMAN, Cultivateur, âgé de 24 ans, cousin germain de l'accusée, raconte le commencement de la soirée du 31 décembre. Quant à ce qui s'est passé après 22 heures, il n'en sait rien, il était ivre mort.

René BOSQUET n'a-t-il pas voulu vous expulser du domicile conjugal, où vous vous étiez imposé malgré-lui? Yves SOLIMAN : Non.

Est-ce que vous n'avez pas été surpris deux fois en flagrant délit d'adultère avec l'accusée ? Ce n'est pas vrai.

Je n'insiste pas. Votre conduite a été tellement indigne qu'on ne peut ajouter foi à ce que vous dites. Allez-vous asseoir.

Déposition de Gabrielle LE LAY (couturière) : Le dimanche avant sa mort, René Bosquet m’a dit « Je préférerais être mort, je n'aurais pas autant de chagrin. »

Les autres dépositions, entendues à cette audience, n'augmentent ni ne modifient en rien les charges de l'accusation.

Seulement, un témoin alarme avoir surpris Suzanne et son cousin Yves SOLIMAN en flagrant délit d'adultère.

A l'audience du 24 avril, M. LE MEUR (procureur), développe l'accusation dans un Réquisitoire ferme et brillant.

Le magistrat maintient tous les faits la charge de Suzanne SOLIMAN, et demande verdict sans atténuation.

Sigismond ROPARTZ, défenseur de l'accusée : On a dit, et sous la forme d'un jeu de mots, c'est une vérité profonde il n'y a pas de pire iniquité en matière judiciaire que de prendre pour base d'un jugement l'équité. Je vous dirai dans le même ordre d'idées : Prendre pour base d'une décision criminelle les relies ordinaires de la moralité est le plus dangereux des entraînements. Il est facile au ministère public de flétrir un accusé. L'instruction à sa disposition des moyens immenses. Monsieur le Procureur impérial a donc pu facilement vous induire à penser que cette femme avait trahi le devoir conjugal mais lui a-t-il été aussi facile de vous conduire à la certitude que René BOSQUET avait été étranglé par sa femme. C'est là toute la question du procès. le terrain de l'accusation' de tous les faits accessoires, et examiner les reproches adressés à l'accusée. On lui reproche sa cupidité elle a, dit-on, épousé René BOSQUET par intérêt. Quand est-ce que l'on voudra juger le mariage des cultivateurs en faisant d'eux des bergers de Florian? Il ne faut pas chercher l'idylle sous le chaume. On a dit que Suzanne SOLIMAN avait l'esprit bprué; est-ce que Suzanne Soliman rêvait pour son mari une candidature à l'Académie? Tout ce qu'il lui fallait, Jetait un homme qui pût tenir le mancheron de la charrue et qui eût du bon sens. Si elle n'a pas fait un mariage d'affection, elle a fait au moins un mariage de convenance. On lui reproche ensuite son immoralité j'accepte cet immense reproche, et je me demande quel est le lien fatal qui unit ces faits d'immoralité à l'accusation. Si l'accusée avait eu affaire à un Othello, elle aurait eu intérêt il se débarrasser de son Mari; mais il était le plus bénévole des époux. Vous avez devant vous une femme qui a commis des fautes cela est déplorable à tous les points de vue, mais ce n'est pas le procès. Quant aux tentatives d'empoisonnement, elles sont loin d'être prouvées. Personne n'ignore, et l'accusée pas plus que personne, que le bleu est une substance d'une innocuité parfaite. Des allumettes chimiques peuvent tomber accidentellement dans la soupe; et quant au prétendu empoisonnement -par te laudanum, ce n'était autre chose -qu'une indigestion. Nous arrivons maintenant, dit le défenseur, au vif de .la question. Dans la nuit du 31 décembre. Bosquet a-t-il été étranglé par sa femme? L'accusation s'appuie sur le rapport des médecins, qui disent « C'est probable. » Et l'on vous demande, à vous, d'affirmer ce que les médecins ne peuvent affirmer) N'y at-il pas une, autre hypothèse possible? nous savons que René BOSQUET est tombé; dans cette chute, il a pu se briser les trois cerceaux de la trachée-artère cette fracture n'il pas dû causer immédiatement la mort,- mais elle dû déterminer une asphyxie lente, et tout dans la cause porte il penser que René BOSQUET a succombé aux suites d'une asphyxie lente. Le défenseur dit en terminant Si le crime est prouvé, est probable que c'est Suzanne SOLIMAN qui l'a commis; mais il ne l'est pas pour ce crime, je vous demande non pas une justice d'entraînement, mais une justice déraison et pour les fautes de Suzanne, pour ces fautes qu'elle a déjà si cruellement expiées, je vous demande l'oubli.

M. le président rait le résumé des débats. Le jury entre ensuite dans la chambre de ses délibérations; il en sort, au bout de 20 minutes, avec un verdict de non-culpabilité.

En conséquence. M. le président ordonne la mise en liberté immédiate de l'accusée. (Gazette des Tribunaux.)

 Sources

  • Individual, birth, Spouse 1, Spouse 2: Archives des Côtes d'Armor (22)

  Photos and archival records

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