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Honoré-Gabriel de RIQUETI de MIRABEAU
Honoré-Gabriel de RIQUETI de MIRABEAU
Sosa :1
(Gabriel Honoré Victor, dit l'Ouragan de RIQUETI de MIRABEAU)
 Mirabeau


  • Born 9 March 1749 - Domaine du Bignon-Mirabeau, - Le Bignon-Mirabeau, 45210, Loiret, Centre-Val de Loire, France
  • Baptized 16 March 1749 - Le Bignon-Mirabeau, 45210, Loiret, Centre-Val de Loire, France
  • Deceased 2 April 1791 - Rue de la Chaussée d'Antin n°42, - Paris, 75008, France,aged 42 years old
  • Buried 4 April 1791 - Eglise Saint-Eustache, - Paris, 75005, France
  • Homme politique, Député du Tiers Etats, Comte de Mirabeau

 Parents

 Spouses and children

 Siblings

(linked pages)

 Notes

Individual Note

 1 - Biographie

Summary


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Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau


Homme politique français (Le Bignon, aujourd'hui Le Bignon-Mirabeau, Loiret, 1749-Paris 1791), fils de Victor Riqueti, marquis de Mirabeau.

Sa jeunesse est orageuse. Son père, irrité de ses débauches et de ses prodigalités, le fait plusieurs fois emprisonner. L'enlèvement de Sophie de Monnier lui vaut de passer trois ans au donjon de Vincennes (1777-1780), où il écrit des Lettres à Sophie (1792) et un Essai sur les lettres de cachet et les prisons d'État (1782). À la veille de la Révolution, il se lie avec le duc d'Orléans, pour qui il a peut-être travaillé. Rejeté par la noblesse, il est élu député aux États généraux par le tiers état d'Aix.

Il s'impose aussitôt par son éloquence prestigieuse, son intelligence et même sa laideur impressionnante. Le 23 juin 1789, au nom de ses collègues refusant d'obéir au roi, il apostrophe le marquis de Dreux-Brézé par des mots célèbres : « Allez dire au roi que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. » Il contribue à la nationalisation des biens du clergé. Voulant une monarchie constitutionnelle mais forte, il réclame – sans succès – le veto absolu pour le roi. En mai 1790, il entre secrètement au service de Louis XVI, qui le pensionne. Sa mort prématurée (2 avril 1791) est un deuil national. Inhumé au Panthéon, il en est retiré en 1792, l'armoire de fer du roi ayant révélé sa collusion avec la Cour.

1.1 - Les débuts

Issu d’une vieille famille italienne installée en Provence, le jeune Mirabeau scandalisa ses contemporains par l’excès de ses débauches. Il dira plus tard : « Ah, que l’immoralité de ma jeunesse fait de tort à la chose publique ! » Son père, le marquis de Mirabeau (un économiste surnommé l’Ami des hommes), l’a fait entrer dans l’armée à dix-huit ans, mais refuse de lui acheter une charge. Le jeune homme n’est pas fait pour le métier de soldat : il quitte le service dès 1770, mène une vie tumultueuse et tombe dans de grands embarras pécuniaires. Pour le ranger, on le marie ; il épouse (1772) la fille du riche marquis de Marignane, Émilie, qu’il délaisse très vite. Comme il accumule les dettes, les procès, les duels, son père le fait successivement interner à Manosque, au château d’If (1774) et au fort de Joux (1775), où sa détention n’est, en fait, qu’une fiction ; il rédige alors un Essai sur le despotisme et s’enfuit (1776) en enlevant Sophie de Monnier, jeune épouse d’un respectable président honoraire à la Cour des comptes de Dole. Poursuivi pour rapt et adultère, il se réfugie avec Sophie en Hollande, mais il est extradé en 1777. Les trois années qu’il passe alors au donjon de Vincennes lui permettent de beaucoup lire et de réfléchir sur les grands problèmes de l’heure. Il écrit ses Lettres à Sophie (publiées en 1792) et surtout un Essai sur les lettres de cachet et les prisons d’État (1782). Une fois libéré, il oublie Sophie et se sépare définitivement de sa femme. Il séjourne en Angleterre, en Hollande, en Prusse, d’où il rapporte des matériaux pour son ouvrage De la monarchie prussienne sous Frédéric le Grand (publié en 1888). Lorsqu’il regagne la France (1787), ses dons de pamphlétaire l’ont rendu célèbre autant que son existence orageuse. Il se fait remarquer en particulier par ses attaques contre l’administration de Necker.

1.2 - Député du tiers état

En cette veille de la Révolution, Mirabeau croit l’heure venue de jouer un rôle aux États généraux, mais la noblesse le rejette et il se fait élire par le tiers état de Provence. Supérieur à la plupart de ses collègues par son instinct politique, il s’impose par son éloquence. Sa fougue, sa flamme méridionale le servent, comme aussi sa monstrueuse laideur, sa tête énorme, sa figure ravagée par la petite vérole. Membre de la société des Amis des Noirs, de la société des Trente, il fait paraître un journal qui prend peu après le titre de Courrier de Provence (juill. 1789). Le député d’Aix apparaît alors comme le défenseur de la nation contre les privilégiés et l’absolutisme royal. Dès les premières séances des États généraux, il pousse à la réunion des trois ordres. Le 23 juin 1789, il conquiert une popularité immense en refusant d’obéir au maître des cérémonies, le marquis de Dreux-Brézé (1762-1829). Comme celui-ci rappelle aux députés l’ordre de se disperser, il lance la réplique devenue fameuse : « Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous ne sortirons que par la force des baïonnettes. »

Cependant, s’il veut des changements dans l’État, Mirabeau comprend le danger de réformes trop brutales ou trop hâtives. Il demeure partisan de la monarchie, mais d’une monarchie limitée. Son programme s’inspire à la fois de Montesquieu et de la constitution anglaise. Il proclame que le peuple « est la source de tous les pouvoirs et que lui seul peut les déléguer » (16 juill.) ; il fait adopter la contribution patriotique du quart des revenus (c’est alors qu’il prononce son fameux Discours sur la banqueroute). Il prône la mise à la disposition de la nation des biens du clergé. Mais l’institution du « veto » royal lui semble indispensable : il préconise même le veto absolu, qui ne lui sera pas accordé (la majorité votera le veto suspensif). Il se rend compte d’autre part que « quand on se mêle de diriger une révolution, la difficulté n’est pas de la faire aller mais de la retenir », et cherche le moyen d’endiguer le torrent. Le résultat est qu’il inquiète autant la droite que la gauche. Ses collègues de la Constituante redoutent son éloquence comme son ambition. Sa grande idée, contraire aux intentions des constituants et qu’il expose en octobre 1789, est que le roi doit pouvoir prendre ses ministres parmi les membres de l’Assemblée. Mais ses adversaires craignent surtout de le voir arriver au pouvoir et font repousser sa suggestion (7 nov.).

1.3 - La « trahison du comte de Mirabeau »

Par l’intermédiaire de son ami Auguste d’Arenberg, comte de La Marck (1753-1833), et de l’ambassadeur d’Autriche, Florimund Mercy d’Argenteau (1727-1794), le tribun a proposé à Louis XVI de travailler pour lui. Bien que ses vices fassent horreur à la reine, des fonds lui sont versés pour éponger ses dettes et il envoie ses « mémoires » au roi. « Il est vendu », déclareront ses ennemis. Sa vénalité est indiscutable, mais il suit ses idées. « Il ne se fait payer, explique La Fayette (qui pourtant ne l’aime pas), que dans le sens de ses convictions. » Persuadé qu’une monarchie constitutionnelle n’est pas viable avec un pouvoir exécutif trop faible, il veut renforcer celui-ci. Ainsi, après le veto absolu, il défend contre Barnave les prérogatives du souverain sur la paix et la guerre (20 mai 1790), ce qui déchaîne contre lui les passions. Un pamphlet se répand à travers les rues de Paris : Trahison découverte du comte de Mirabeau. En réponse, le 22 mai, le tribun prononce un discours généralement considéré comme son chef-d’œuvre : « On voulait, il y a peu de jours, me porter en triomphe et maintenant on crie dans les rues « la grande trahison du comte de Mirabeau ». Je n’avais pas besoin de cette leçon pour savoir qu’il est peu de distance du Capitole à la roche Tarpéienne. Mais l’homme qui combat pour la raison, pour la patrie, ne se tient pas si aisément pour vaincu... » Le talent de l’orateur retourne la majorité : Mirabeau fait ainsi triompher son opinion.

  • La Grande Encyclopédie Larousse, édition 1971-1976, page 9031
  • Illustration : Portrait en buste de profil droit dans un ovale de Honoré Gabriel Riquetti Mirabeau / Sous le titre : "Né à Paris en 1749. / Député à l'Assemblée Nationale en 1789. / Elu Président le 29 Janvier 1791. / Mort le 2 Avril même Année et déposé au Panthéon." de part et d'autre du médaillon : "F. Bonneville del. - Mariage sculp."François Bonneville fut peintre, dessinateur et graveur au burin et pointillé. L'Inventaire du F. F. dit qu'il ne fut "artiste à aucun degré" mais d'une "âme marchande". Il mena une entreprise de librairie et en particulier : les "Portraits des personnes célèbres de la Révolution". On ne sait presque rien de lui, si ce n'est que la Terreur le soucia quelque peu... "Honoré Gabriel Mirabeau" fait partie de ces 200 portraits en buste enfermés dans un ovale et gravés qui, sous forme de livraisons mensuelles (annoncées au Moniteur dès le 13 sept. 1793), composaient ces "Portraits". En 1796, les portraits déjà parus furent réunis en deux volumes in-4° et publiés avec des notices de P. Quénard, membre de la Commune de Paris (116 gravures), les deux autres volumes parurent en 1797 et 1802 (ici gravure du tome I). En bas de page : "A Paris Rue du Théâtre Français, N°4."

Titre : Honoré Gabriel Riquetti Mirabeau
Illustrateur : François Bonneville


Député en 1789 , né au château du Bignon (Loiret) le 9 mars 1749, mort à Paris le 2 avril 1791, fils de Victor Riquetti, marquis de Mirabeau, et de Marie de Vassan, Mirabeau faisait lui-même remonter sa famille aux Arighetti, gibelins de Florence chassés de leur patrie en 1268, et réfugiés en Provence, où ils s'occupèrent de commerce. Le père de Mirabeau avait acheté en 1740 la terre de Bignon pour se rapprocher de Paris.

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  • Le château du Bignon-Mirabeau (Loiret). Il s'agit du 3° château à cet endroit, construit à l'initiative d'Elisabeth de Ganay épouse d'Arthur Marie o'Connor, à la fin du XIX° siècle, à l'emplacement de celui, rénové par Mirabeau cent ans auparavant et apporté en dot par Alexandrine Sophie de Caritat de Condorcet au général Arthur O'Connor. (A.P.N.)

Le jeune Mirabeau se trouva, dès son enfance, en butte au caractère despotique de ce père, aigri par les discordes et par les scandales du foyer domestique. Atteint, à trois ans, de la petite vérole, qui laissa sur son visage de profondes cicatrices, « fougueux, incommode, penchant vers le mal avant de le connaître, écrivait son père, mais d'une intelligence, d'une mémoire, d'une capacité qui saisissent, ébahissent, épouvantent », il fut remis aux soins de Poisson, puis de l'abbé Chocquard, étudia à tort et à travers, apprit énormément de choses, et, son temps d'études achevé, fut placé dans le régiment du marquis de Lambert.

À l'armée comme à l'école, son insatiable curiosité l'intéressa à l'art de la guerre, à l'agronomie, à la science administrative ; laid, gauche, il avait la voix dominatrice, le don de la séduction, « l'âme d'un héros dans le corps d'un satyre » dit Dupont de Nemours. Son père en parlait plus net : « Je ne connais que l'impératrice de Russie, écrivait-il, avec laquelle cet homme peut être encore bon à marier.»Supplanté par Mirabeau dans le coeur de la fille d'un archer de Saintes, son colonel, M. de Lambert, se vengea de cet échec sur son subalterne, qui quitta son poste pour se soustraire à ces persécutions. Le marquis de Mirabeau obtint alors contre son fils une lettre de cachet et le fit enfermer à l'île de Ré ; celui-ci y écrivit l'Essai sur le despotisme.

Entré, peu après, au Royal-Comtois, il se conduisit si bien en Corse qu'il allait passer capitaine, quand son père le rappela près de lui, pour « le faire rural ». Il y eut entre eux, à cette époque, une sorte de réconciliation, que parut cimenter (22 juin 1772) le mariage de Mirabeau avec Marie-Emilie de Covet de Marignane, fille de parents séparés, et « à qui il faut, disait son beau-père, des odeurs fortes, des mauvais ragoûts, parfois des passe-temps de singes. » Elle avait 18 ans, et pas de dot. Malgré de beaux projets d'économie, le nouveau ménage mena une vie désordonnée ; 160 000 livres de dettes, contractées en peu de temps, provoquèrent l'interdiction de Mirabeau, qui, le jour même du second anniversaire de son mariage, fut enfermé au château d'If. Mme de Mirabeau lit alors la connaissance d'un mousquetaire, et ne revit plus son mari. Transporté au fort de Joux, Jura, Mirabeau, à peu près prisonnier sur parole, fréquenta les salons de Pontarlier, et y rencontra Sophie de Monnier, qui avait épousé, à 17 ans, un vieillard, ancien président de la chambre des comptes de Dôle. La présidente, beaucoup moins farouche que Mirabeau n'a voulu le faire croire «toutes ses vertus sont à elles, a-t-il écrit, toutes ses fautes sont à moi, » abandonna simplement pour lui un sous-officier de la garnison ; mais le scandale fut si apparent qu'il fallut bientôt songer à fuir : Sophie « emprunta » 25 000 livres à son mari, et partit avec Mirabeau en Suisse, puis à Amsterdam.

Les efforts combinés du père de Mirabeau et du mari de Sophie amenèrent l'arrestation des deux amants ; le 8 juin 1777, Mirabeau était enfermé au fort de Vincennes. C'est là que, noyant dans l'encre « ses passions sulfureuses », il écrivit ses Lettres à Sophie, un Traité de Mythologie, un Traité de la langue française, un Essai de la littérature ancienne et moderne, un Essai sur les lettres de cachet, et les prisons d'État, etc.

Il sortit, de Vincennes en février 1781, revit Sophie dans le couvent de Gien, où elle s'était momentanément retirée, et, quinze jours après, n'y pensa plus. Sophie sortit de sa prison volontaire après la mort de M. de Monnier en 1783, et s'asphyxia avec du charbon, en septembre 1780, en apprenant la mort d'un gentilhomme qui devait l'épouser. Pendant ce temps, Mirabeau plaidait lui-même, à Aix, contre sa femme défendue par Portalis ; la séparation des deux époux devenue définitive, il partit pour Londres, ou il publia ses Considérations sur l'ordre de Cincinnatus (1784). Il rentra à Paris l'année suivante, reçut de M. de Vergennes une mission pour Berlin, et, s'étant vu refuser la place d'envoyé à Munich, quitta la diplomatie, et vint publier à Paris La monarchie prussiennes sous Frédéric le Grand (1788).

Au moment des élections aux États Généraux, il désira « passionnément », comme il l'écrivait à Cerutti, en faire partie. Repoussé par la noblesse du bailliage d'Aix qui n'admit que les nobles possesseurs de fiefs, il lui lança la célèbre apostrophe : « Ainsi périt le dernier des Gracques de la main des patriciens... », ouvrit une boutique avec cette enseigne : « Mirabeau, marchand de drap », et fut élu, le 6 avril 1789, député du tiers-état de la sénéchaussée d'Aix aux États généraux, à la pluralité des voix.

Arrivé à Paris, il publia le Journal des États généraux, dont la suppression, par arrêt du conseil du roi en date du 6 mai 1789, lui fournit l'occasion d'une éloquente protestation en faveur de la liberté de la presse, dans une lettre à ses commettants. Le 18 mai, il demanda que le bureau du tiers conférât avec le clergé seulement en vue de la réunion des deux ordres, sans s'inquiéter de la noblesse. Le 15 juin, il appuya la motion de Sieyès tendant à la constitution de l'Assemblée en « Assemblée des représentants du peuple » ; le 23, après la séance royale, il déclara que « les présents du despotisme étaient toujours dangereux », et protesta contre l'appareil militaire qui environnait les États : « Je demande, ajouta-t-il, qu'en vous couvrant de votre dignité, vous vous renfermiez dans la religion de votre serment ; il ne nous permet de nous séparer qu'après avoir fait la constitution. » Et comme M. de Dreux-Brézé rappelait les ordres du roi : « Oui, monsieur, répliqua Mirabeau, nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées au roi. Je déclare que si l'on vous a chargé de nous faire partir d'ici, vous devez demander des ordres pour employer la force, car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes. »

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L'Assemblée continua de délibérer. Mirabeau prit dès lors une part des plus actives aux débats, toujours sur la brèche, s'appropriant habilement les pensées des autres, et ajoutant aux inspirations qu'on lui donnait le prestige d'une irrésistible éloquence. En juillet, il demanda, le 8, l'éloignement des troupes de Versailles, et, le 16, le renvoi des ministres : lors de la nuit du 4 août, il disait à Sieyès : « Voilà bien nos Français : ils sont un mois à discuter sur des syllabes, et, dans une nuit, ils renversent tout l'ancien ordre de la monarchie. » En septembre, il défendit les projets financiers de Necker, et entraîna le vote de l'Assemblée, par l'éloquente évocation de la banqueroute.

En novembre, il s'éleva avec une remarquable compétence contre la centralisation de la banque (Caisse d'escompte) à Paris : « Nous avons aboli les privilèges et vous voulez en créer un... » Sur le droit de paix et de guerre à attribuer au roi ou à l'Assemblée, il obtint, après une lutte mémorable, que le droit resterait au roi, sauf à l'exercer conjointement avec l'Assemblée. Ce fut alors que le parti avancé l'accusa de trahison, d'être vendu à la cour, et fit crier par les rues la grande trahison de Mirabeau. Mirabeau s'était en effet rapproché de la cour, car, « tribun par calcul et aristocrate par goût », selon le mot de Necker, il avait bien voulu, au début, essayer sur la royauté la puissance de ses coups, mais ses préférences secrètes et avouées étaient pour une monarchie constitutionnelle, dont il aurait été le premier ministre et le tuteur nécessaire. Ce fut ce qui l'entraîna dans le parti do la résistance, bien plus que l'argent dont la cour soldait ses services: « Je suis payé, disait-il, mais je ne suis pas vendu. » ll défendit donc énergiquement la sanction royale : « J'ai voulu, disait-il, délivrer les Français de la superstition de la monarchie pour y substituer le culte. » Il s'éleva contre la loi contre les émigrés, « jurant de lui désobéir ». L'ardeur de sa, colère dominait l'Assemblée, et Barnave lui-même, son digne adversaire, n'osait protester, quand Mirabeau jetait à la gauche murmurante la dédaigneuse apostrophe: « Silence aux trente voix ! » Nommé membre de l'administration départementale de Paris le 16 janvier 1791, et président de l'Assemblée le 3l, il prit encore la parole, le 22 mars, à propos de la régence, et le 27 sur les mines ; ce fut son dernier discours. Les fatigues de la tribune jointes aux excès ininterrompus d'une vie de plaisirs avaient ruiné sa robuste constitution.

II tomba malade le 28 mars, et expira le 2 avril, à huit heures et demie du matin, âgé de 42 ans, en murmurant, dit-on, ces dernières paroles: « J'emporte avec moi le deuil de la monarchie ; les factieux s'en disputeront les lambeaux. » Sa mort causa dans tous les partis une profonde stupeur- ; on lui fit d'imposantes funérailles, et ses restes furent déposés dans l'église Sainte-Geneviève qui fut érigée en Panthéon, et dont la façade reçut cette inscription : « Auxgrands hommes la patrie reconnaissante ».

En novembre 1792, la découverte de l'armoire de fer aux Tuileries livra la preuve des subsides qu'il avait touchés de la cour. Son buste, qui ornait encore la salle des Jacobins, fut brisé, et, le 21 septembre 1794, son cercueil fut chassé du Panthéon, pour faire place à celui de Marat. Un huissier de la Convention s'avança devant la porte du monument, et lut à haute voix le décret qui excluait « les restes d'Honoré Riquetti Mirabeau ». Déposés dans un cercueil de bois, ils furent inhumés, sans aucune marque, dans le cimetière dit de Clamart, au faubourg Saint-Marcel. Des fouilles entreprises en 1889 dans le but de les retrouver n'ont donné aucun résultat. Mirabeau a été l'objet des jugements les plus divers. « Capable de tout pour de l'argent, même d'une bonne action », a dit, Rivarol ; « laideur éblouissante, figure flétrie, imposante et livide, effronterie de la lèvre se mariant à l'éclair des yeux, il avait l'âme de son visage », ajoute Louis Blanc. « La calomnie organisée contre Mirabeau, dit au contraire Proudhon, fut une honte pour le parti révolutionnaire de 1789 et une calamité nationale. » Entre ces citations, la vérité est peut-être dans ces deux lignes de Michelet: « Y eut-il corruption ? oui. - Y eut-il trahison ? non. »

  • Mirabeau, par Lacauchie
  • www.assemblee-nationale.fr


 1.4 - Sépulture

Ce fut la mort de ce célèbre tribun révolutionnaire qui provoqua la transformation de l'église Ste-Geneviève en Panthéon. Son corps, transporté en grande pompe au Panthéon de Paris, le 4 mai 1791, y resta jusqu'au 21 septembre 1794, mais la découverte de l'armoire de fer en novembre 1792 révéla qu'il avait pris clandestinement contact avec le roi et sa cour. Espérant être ministre de la monarchie constitutionnelle, il avait prodigué ses conseils et donné des informations. Sa sépulture fut alors expulsée (il en fut retiré à la demande du député Ruhll, pour faire place à celle de Marat) et transportée au dépôt mortuaire du grand cimetière de St-Etienne-du-Mont (Sainte-Catherine dans le 5°, trés voisin du Panthéon, cimetière désaffecté en 1833). On retira son corps du cercueil de plomb et on l'y inhuma. En 1798, sa soeur procéda à son exhumation et l'inhuma au cimetière de Clamart. Cette tombe disparut avec la fermeture du cimetière.


 2 - Mirabeau et "La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen" - La déclaration des droits fait partie intégrante de la constitution

L'Assemblée constituante vota en 1789 une déclaration des droits de l'homme et du citoyen et l'inscrivit en tête de la constitution de 1791. En cela, elle ne suivait pas seulement l'exemple de l'Amérique, elle se conformait aux demandes consignées dans un grand nombre de cahiers de doléances des provinces et dans celui de Paris; elle s'inspirait des écrits de publicistes récents et des principes politiques mis au jour par tout le XVIIIe siècle. En effet, Montesquieu avait affirmé qu'il existe dans l'ordre moral, comme dans l'ordre physique, des lois qui dérivent de la nature des êtres, et il avait retrouvé les titres que l'humanité avait perdus, selon l'expression de Voltaire; celui-ci, à son tour, les avait fait valoir, en insistant fortement sur cette idée que c'étaient des droits; les publicistes et en partie les cahiers disaient que la régénération du royaume consistait dans le retour à la vérité de ces principes naturels. Il appartenait donc, aux constituants de les formuler, afin qu'ils fussent comme les règles toujours présentes du droit public auxquelles les législateurs rapporteraient leur ouvrage et les citoyens leur conduite, et, au besoin, leurs réclamations. C'était accomplir avant la constitution un acte préliminaire vraiment politique, urgent, destiné à rassurer et à contenir la nation ainsi qu'à engager le pouvoir royal.

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Les débats auxquels la déclaration des droits donna lieu dans l'Assemblée furent longs et laborieux; les uns la jugeaient indispensable, les autres, comme Malouet et Lally-Tollendal, la trouvaient inutile, et quelques-uns même dangereuse, à cause de l'effervescence populaire qui était grande et qui pouvait se prévaloir de principes forcément limités dans leur énonciation abstraite; certains demandaient qu'on y ajoutât une déclaration des devoirs de l'homme en société; quelques-uns voulaient qu'on publiât la déclaration des droits à la suite de la constitution et non pas en tête; d'autres, qu'on renvoyât seulement sa rédaction définitive après l'achèvement de la constitution, qui était, disaient-ils, ce qui pressait le plus.

La rédaction du texte de la déclaration des droits présenta des difficultés qu'on n'avait pas prévues et rencontra de certains côtés des obstacles qui ne l'étaient que trop. L'esprit religieux, cela ressort des débats, s'alarmait à l'idée de droits que l'homme tiendrait non pas de Dieu, mais de la nature, et il voulait que la religion fût reconnue la base de l'ordre des sociétés; l'esprit de système philosophique embrouillait parfois deux idées, celle des droits naturels de l'homme en société et celle des droits de l'homme naturel avant la vie de société; l'esprit politique enfin avait à craindre, d'un côté, que l'expression trop générale des principes ne prêtât à des interprétations dangereuses, et, de l'autre, qu'on ne soumit au contraire cette expression elle-même à des restrictions regrettables, soit pour l'adapter aux limitations que les articles constitutionnels devaient nécessairement apporter aux principes, soit surtout en cédant aux craintes que pouvaient inspirer des circonstances momentanées.

La déclaration des droits ne devait, dans la pensée commune, contenir que des principes convenant « à tous les hommes, à toutes les nations », selon les paroles de Dupont; « à toutes les formes de gouvernement », disaient ceux qui s'intéressaient plus à leur souplesse qu'à leur universalité.

Des projets de déclaration des droits furent présentés en grand nombre, les uns savants, logiquement déduits, presque métaphysiques, d'autres composés de sentences pleines et détachées, propres à se graver dans la mémoire des simples et des enfants, d'autres enfin tenant dans une seule phrase. Un premier projet en dix articles était de La Fayette, qui avait porté la motion relative à une déclaration des droits (séance du 11 juillet 1789) conformément aux conclusions du comité chargé de présenter un plan de travail sur la constitution; le projet de Sieyès, en quarante-deux articles, et celui de Mounier, en vingt-trois articles, furent présentés dès le 27 juillet; le 30, celui de Servan, en treize articles; le 1er août, celui de Durand de Maillane, en neuf articles. Mirabeau donna lecture, dans la séance du 14 août, d'un projet en dix-neuf articles, rédigé en trois jours par le comité des Cinq (Desmeuniers, l'évêque de Langres, Tronchet, Mirabeau et Rhédon) qui avait été chargé de rapprocher et de fondre en un seul les divers projets présentés.

Mirabeau déclarait ne proposer qu'avec défiance cet essai, résultat de compromis réciproques entre les Cinq, et il insistait sur deux difficultés que le comité avait rencontrées celle de faire un exposé de principes devant « servir de préambule à une constitution qui n'était pas connue », et celle de « distinguer ce qui appartient à la nature de l'homme des modifications qu'il a reçues dans telle ou telle société; d'énoncer tous les principes de la liberté sans entrer dans les détails et sans prendre la forme des lois; de ne pas s'abandonner aux ressentiments des abus du despotisme jusqu'à faire moins une déclaration des droits de I'homme qu'une déclaration de guerre aux tyrans ».-

Premier feuillet du manuscrit de la Déclaration desDroits de l'Homme et du Citoyen, portant l'acceptationet la signature de Louis XVI. (Archives nationales).Dans la séance du 13 août, après une discussion prolongée et passionnée en divers sens, on proposait de renvoyer aux bureaux le choix par scrutin de celui des projets de déclaration qui serait soumis à la délibération par articles, lorsque Mirabeau, s'y opposant, demanda :

que la déclaration des droits fît partie intégrante de la constitution, dont elle formerait le premier chapitre; 2° qu'on renvoyât sa rédaction définitive après celle de la constitution.

Rhédon, l'un des Cinq, adhéra; Pétion de Villeneuve, Dupont, Le Chapelier, Rewbell protestèrent avec indignation contre l'ajournement. Mirabeau attaqua alors ouvertement le projet de déclaration des Cinq, qui avaient repoussé, disait-il, un article proposé par lui, relatif au droit de tout citoyen d'avoir des armes chez lui et de s'en servir pour défendre la liberté. Cependant le comité avait maintenu dans l'article 6 le droit de «-résistance à l'oppression » qui rencontra des adversaires dans l'Assemblée. En demandant l'ajournement, Mirabeau semblait ne vouloir que garantir la déclaration des droits contre la restriction ou l'omission volontaire de certains droits qui aurait pu être conseillée par les troubles populaires plus ou moins provoqués, et en même temps contre les manaeuvres des adversaires de toute déclaration des droits. L'examen du projet de déclaration fut renvoyé aux bureaux. Le lendemain, 19 août, le projet des Cinq fut écarté de toute discussion et on alla aux voix pour choisir comme « canevas », l'un des projets de déclaration à mettre en discussion par articles; ceux de La Fayette et de Sieyès obtinrent le plus de suffrages avec celui qui avait paru sous le nom du sixième bureau, et ce fut ce dernier, en vingt-quatre articles, qui l'emporta. Il fut discuté dans les séances suivantes, du 20 au 26 août; son préambule fut remplacé par celui de l'ancien comité des Cinq, légèrement modifié; un petit nombre d'articles furent seuls conservés; les amendements s'entre-croisèrent dans une discussion souvent acharnée, notamment (23 août) sur les articles 16 et 17 du sixième bureau, relatifs à la religion, et sur l'article 18, relatif à la liberté du culte, qui fut en définitive sacrifiée par l'adoption d'un texte étroit, ambigu et favorable à la religion dominante; notamment encore sur l'article 24, de la séparation des pouvoirs, qui fut cependant adopté. L'Assemblée passa outre à la motion de M. de Montmorency (26 août) tendant à inscrire dans le texte même de la déclaration la révisabilité de la constitution. Elle déclara décrétés vingt-quatre articles, en reconnaissant toutefois que la déclaration n'était pas achevée et qu'on ajournait après la constitution, dont la discussion commença dès le surlendemain, les articles qui mériteraient d'être ajoutés.Le 5 octobre, le roi notifia à l'Assemblée une acceptation incertaine et conditionnelle de la déclaration des droits ainsi que des premiers articles décrétés de la constitution. L'Assemblée suspendit aussitôt la rédaction du décret sur l'impôt du quart des revenus, qui était à l'ordre du jour; on proposa de refuser tout impôt jusqu'à ce que le roi eût donné une acceptation pure et simple. Le président Mounier, accompagné d'une députation, fut envoyé vers lui et rapporta l'acceptation pure et simple, signée par le roi.

Voici le texte de la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen telle qu'elle se trouve en tête de la Constitution de 1791 :

CONSTITUTION FRANÇAISE du 3 septembre 1791DÉCLARATION DES DROITS DE L'HOMME ET DU CITOYEN
décrétés par l'Assemblée nationale [constituante] dans les séancesdes 20, 21, 23, 24 et 26 août 1789.

Les représentants du peuple français constitués en Assemblée nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés; afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

En conséquence, l'Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les droits suivants de l'homme et du citoyen :

Article 1er. - Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Art. 2. - Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et impres criptibles de l'homme. Ces droits sont : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.

Art. 3. - Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

Art. 4. - La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit .pas à autrui. Ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Art. 5. - La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

Art. 6. -La loi est l'expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Art. 7. - Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi, et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis; nais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l'instant : il se rend coupable parla résistance.

Art. 8. - La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée.

Art. 9. - Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il soit déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

Art. 10. - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.

Art. -11. - La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire , imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

Art. 12. - La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.

Art. 13. - Pour l'entretien de la force publique et pour les dépenses d'administration, une contribution est indispensable; elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Art. 14. - Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes, ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi et, d'en déterminer la quotité, l'as siette, le recouvrement et la durée.

Art. 15. - La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

Art. 16. - Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des, pouvoirs déterminée, n'a point deconstitution.

Art. 17. - La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

L'Assemblée nationale voulant établir la Constitution française sur les principes qu'elle vient de reconnaître et de déclarer, abolit irrévocablement les institutions qui blessaient la liberté et l'égalité des droits. Il n'y a plus ni noblesse, ni pairie, ni distinctions héréditaires, ni distinction d'ordre, ni régime féodal, ni justice patrimoniale, ni aucun des titres, dénominations et prérogatives qui en dérivaient, ni aucun ordre de chevalerie; ni aucune des corporations ou décorations pour lesquelles on exigeait des preuves de noblesse, ou qui supposaient des distinctions de naissance, ni, aucune autre supériorité que celle des fonctionnaires publics dans l'exercice de leurs fonctions. Il n'y a ni vénalité ni hérédité d'aucun office public. Il n'y a plus pour aucune partie de la nation ni pour aucun individu, aucun privilège ni exception au droit commun de tous les Français, Il n'y a plus ni jurandes ni corporations de profession, arts et mé tiers. La loi ne reconnaît plus ni voeux religieux ni aucun autre engagement qui serait contraire aux droits naturels ou à la Constitution.Les deux constitutions suivantes furent également précédées de déclarations des droits; la Convention en vota deux, l'une pour la constitution de 1793, l'autre pour la constitution de l'an III intitulée : Déclaration des droits et devoirs de l'homme et du citoyen; les devoirs y étaient énumérés en neuf articles à la suite des droits (vingt-deux articles). Les constitutions napoléoniennes n'ont été précédées d'aucune déclaration des droits. En tête de la charte de 1844 on plaça un exposé du Droit public des Français. (GE).

Premier feuillet du manuscrit de la Déclaration des
Droits de l'Homme et du Citoyen, portant l'acceptation
et la signature de Louis XVI. (Archives nationales).


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Riqueti_mirabeau_honore_gabriel_1749_1791_Boze.png

Honoré-Gabriel Riqueti, marquis de Mirabeau (1749-1791)
Joseph Boze, 1789
Pastel sur papier bleu marouflé sur toile ; signé et daté au crayon marron au milieu à droite :boze ft. / 1789
64 x 53 cm.
Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
(don au château de Versailles le 27/03/1927).


 3 - Bibliographie

  • Louis Barthou, ''Figures du passé : Mirabeau'', Paris, Hachette, 1913.
    Le livre d'un premier ministre est toujours un événement. Les esprits mal tournés, qui voient partout des intentions, se sont demandé pourquoi M. Louis Barthou abordait, à cette heure, le domaine de l'histoire et s'attaquait, pour ses débuts, à la grande figure de Mirabeau. Ambitions académiques, n'ont-ils pas manqué de murmurer, comme si les lauriers académiques n'étaient pas au-dessous de l'ambition d'un véritable homme d'État ! et comme si le talent oratoire de celui-ci n'était pas déjà suffisant pour lui ouvrir à deux battants les portes de l'antique et honorable salon ! La vérité est plus simple, sans doute. M. Barthou possédait une dizaine d'autographes du célèbre tribun pour lequel il professe l'admiration d'un disciple fervent et pieux. Il n'a pu résister au plaisir de faire connaître les raisons de son admiration. C'est moins une histoire qu'il a écrite qu'un discours, panégyrique ou éloge funèbre et triomphal.

Le dessein apologétique se révèle dès les premières lignes : « La Révolution donna aux dons exceptionnels du célèbre tribun un emploi éclatant. Mais, même sans elle, il eût fait figure de grand homme » (p. 1). Grand homme, parce qu'il avait enlevé Sophie de Monnier, bâclé à la grosse, à l'aide d'une équipe de « nègres », toute une série de travaux de librairie ou de pamphlets de circonstance qu'on ne peut plus lire sans bâillement ! M. Barthou a des trésors d'indulgence. Le Mirabeau décavé et agioteur, alternativement l'ami ou l'ennemi de Calonne ou de Necker, le Mirabeau qui fait argent d'une correspondance diplomatique qui ne lui appartient pas et qu'il publie, bien qu'elle soit essentiellement secrète, trouve presque grâce devant lui ou n'est jugé qu'avec une sévérité pitoyable. On aurait pu croire que M. Barthou s'intéressait avant tout à l'homme public. L'homme privé l'a retenu davantage, et plus de la moitié de son livre est consacrée au Mirabeau d'avant 1789, à l'aventurier dont l'histoire, n'en déplaise à M. Barthou, aurait à peine retenu le nom si Louis XVI n'avait pas convoqué les États Généraux.

Est-ce parce qu'il a voulu éviter, étant homme politique lui-même, le reproche de pédantisme s'il s'appesantissait sur l'action politique de Mirabeau ? est-ce parce que les côtés inquiétants et troubles de son héros l'intéressaient davantage ? toujours est-il que le Mirabeau constituant est la partie sacrifiée de l'ouvrage. Autant M. Barthou s'étendait avec complaisance sur les bonnes ou les mauvaises fortunes de cet enfant terrible dont la virtuosité l'enchante, autant il prenait plaisir à scruter les replis de son âme compliquée et fougueuse, à faire revivre ses proches, ses parents, sa femme, ses maîtresses, autant sa plume est alors alerte et ingénieuse, autant au contraire il devient sec et confus, lourd et gêné, quand il lui faut enfin retracer le rôle du tribun à la Constituante. Il est visible qu'il se perd dans les discussions et dans les partis, qu'il lui manque un fil conducteur pour diriger son récit. « Il donne un peu l'impression, a dit avec esprit un de ses critiques, d'un voyageur étranger dans une église à l'heure du sermon. » Il faudrait reprendre ici ses jugements presque à toutes les pages.

S'il est obligé (p. 177 et sq.) de constater l'attitude singulière et contradictoire de Mirabeau dans la discussion de la déclaration des droits, il croit l'expliquer et l'excuser par cette remarque banale que le tribun faisait céder la « doctrine » à la « méthode ». Non ! Le tribun commençait à s'adapter. Il s'offrait à la cour, et l'Assemblée, qui le connaissait, ne s'y méprit pas.

De même (p. 180), quand il soutenait le veto, la prérogative royale, il se souciait infiniment moins de « doctrine », et de « méthode » que d'attirer l'attention de la reine. Toute sa tactique, dans ces mois de septembre et d'octobre 1789, vise à renverser Necker pour le remplacer. Mme de Staël et Al. de Lameth sont ici infiniment plus près de la vérité que M. Barthou.

Comment croire que Mirabeau avait une doctrine politique, quand on le voit alternativement caresser et menacer la cour, passer de la démagogie la plus basse à la courtisanerie la plus flagorneuse, démentir dans le privé son langage public, mendier des subsides à toutes les portes, prêt à trahir tous les hommes et tous les partis et les trahissant tous effectivement, ne songeant jamais, en définitive, qu'à son intérêt personnel le plus immédiat ? Si c'est en cette trahison perpétuelle que consiste le génie politique, la science de l'homme d'État, inclinons-nous bien bas avec M. Barthou qui connaît son Parlement, mais attendons d'être touchés de la grâce spéciale qui souffle au Palais-Bourbon pour admirer et comprendre.

Dans son zèle apologétique, M. Barthou conteste (p. 205) que le traité négocié par Monsieur entre Louis XVI et Mirabeau ait été exécuté. C'est nier l'évidence. Expliquer, un peu plus loin, p. 215, que Mirabeau, au début des négociations menées par La Marck, « continuait à ignorer l'intention réelle » de ces pourparlers, c'est lui attribuer vraiment trop de candeur. Mirabeau naïf, qui l'eût cru ? L'analyse des fameuses notes écrites pour la cour aurait gagné à être éclairée et commentée par l'étude de la situation politique. M. Barthou passe ici très rapidement sur le rôle de Mirabeau au comité diplomatique; sur l'affaire de Nootka, sur celle d'Avignon, il est vraiment insuffisant. Sur les rapports de Mirabeau avec Talon et Sémonville, chargés de diriger l'espionnage de la cour et d'acheter les écrivains et les députés, il est muet. Sur le machiavélisme de sa politique religieuse, sur les arrière-pensées de son grand discours du 27 novembre 1790, il garde également le silence. Il est visible que, faute d'une information puisée aux sources, les intentions véritables de la politique de Mirabeau lui ont assez souvent échappé.

Mais nous aurions tort de nous attarder à ces critiques. Nous n'avons pas affaire, répétons-le, à un ouvrage historique. M. Barthou ne se pique pas d'apporter du nouveau ni d'appliquer la méthode scientifique. Il exprime son admiration et, ce faisant, il livre à demi le secret de sa propre politique. A ce point de vue, ce livre ne sera pas indifférent. Il n'est pas sans intérêt, à l'heure actuelle, de savoir que le président du conseil fait sien le jugement de Taine sur les jacobins, qu'il traite d' « anarchistes » les adversaires de Mirabeau, les Pétion, les Buzot, les Barnave, les Robespierre, qu'il félicite son héros d'avoir voulu « reconstruire » et de s'être montré résolument un homme d'autorité. Si ce livre ne nous apprend rien ou peu de chose sur Mirabeau, il nous fait mieux connaître M. Louis Barthou, et ce n'est pas là, certes, un profit négligeable. - Albert Mathiez

  • René de La Croix de Castries, ''Mirabeau ou l'Échec du destin'', Fayard, 1960.
    La Révolution aurait-elle pu prendre un tour différent et aboutir à une rénovation de l'Ancien Régime sans sacrifier la monarchie et sans verser le sang? Mirabeau aurait-il, s'il n'était mort en 1791, été le modérateur des excès? Est-ce là le véritable aspect d'un homme que l'on considère souvent, au contraire, comme le responsable principal du déclenchement des événements de 1789? Fut-il un homme corrompu monnayant auprès de factions antagonistes son fabuleux talent oratoire ou bien doit-on voir en lui un véritable génie politique, fort en avance sur les esprits de son temps, ou encore la victime d'une vie privée orageuse qui le déconsidéra aux yeux de l'opinion? Si l'on veut reprendre dès les origines une existence qui se présente comme l'un des plus passionnants romans d'aventures que connut le XVIII e siècle, bien des jugements hâtifs sont à réviser. Auteur d'une trentaine d'ouvrages, principalement sur le XVIII e siècle, le duc de Castries est membre de l'Académie française depuis 1972.
  • Guy Chaussinand-Nogaret, ''Mirabeau'', Éditions du Seuil, 1982.
    Guy Chaussinand-Nogaret présente Mirabeau, célèbre prisonnier du Donjon de Vincennes. Grand orateur de l’Assemblée constituante sous la Révolution, Mirabeau, l’homme politique au tempérament passionné a été un jeune homme fougueusement amoureux. Son existence mouvementée et son esprit de liberté dérangent son père : il est conduit au Donjon sur lettre de cachet à la demande de celui-ci en 1777. Il en nourrit une haine farouche contre toute forme d’arbitraire. Ce passionné de la liberté avait «l'innocence du génie et de la sincérité» précise l'auteur. Mais au-delà, Mirabeau était-il Le proscrit, l'embastillé, le contumace, fut-il vraiment le scélérat, le corrompu, le vicieux et le traître tant décrié? Autant de questions auxquelles Guy Chaussinand-Nogaret apporte un éclairage nouveau dans son ouvrage.
  • Charles Zorgbibe, ''Mirabeau'', Éditions de Fallois, 519 pages, 2008.
    Aristocrate désargenté, traînant de prisons en procès, accaparé par des amours tumultueuses, Honoré-Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, devient, en 1789, un homme public et le chef de file de la Révolution.En réalité l'homme public Mirabeau n'a jamais cessé de se construire au prix d'une constante gymnastique de la volonté. Il a toujours été un homme d'Etat: lorsque, incarcéré à Vincennes, il voulait réformer le système pénitentiaire; lorsque, faisant fléchir le balancier de la Bourse au fil de ses pamphlets, il se rêvait en grand argentier du royaume; lorsque, séjournant à Berlin, il se posait en conseiller de Frédéric-Guillaume de Prusse. Il avait déjà revêtu l'armure de l'homme d'Etat; ne lui manquait que la rencontre avec l'Histoire. 1789 allait l'ériger en annonciateur du jugement dernier de l'Ancien Régime.
  • Jean-Paul Desprat, ''Mirabeau'', Éditions Perrin, 2008.
    Mirabeau, c'est un révolutionnaire qui travaille à réconcilier le roi et la Révolution ; il publie des dizaines de livres censés contribuer au bonheur des Français et se soucie d'abord de sa gloire ; il pétrifie l'auditoire de sa voix et arrache des applaudissements même à ses ennemis, mais il suscite aussi la haine de ceux dont il défend les droits ; " laid comme Satan ", il séduit tous les parterres, en particulier par sa plume, souvent tenue par des nègres. Après plusieurs années de recherche - notamment dans les correspondances échangées par Mirabeau -, Jean-Paul Desprat suit les pérégrinations de celui-ci en Angleterre, en Prusse et en Hollande. Il montre comment se façonne la grande tête politique de 1789 et combien ces bouleversements sont le fait d'une société corsetée, ici incarnée par un père qui le prive d'argent avant de le faire expédier à Vincennes. En dissipant toutes les ambiguïtés, encore accrues par la mort qui, en avril 1791, le fauche en pleine gloire, Jean-Paul Desprat brosse avec chaleur et talent la biographie d'un homme qui tînt à la fois de Tom Jones, pour son obsession de la liberté, et d'Hercule, par l'ampleur et la variété de son action.
  • Claude Camous et Michel Pezet, ''Mirabeau : Ouragan à Marseille'', Autres Temps Éditions, 2014.
    "Depuis ses contemporains jusques aux nôtres, Gabriel-Honoré Riqueti de Mirabeau a suscité une multitude de jugements et d'études, à la mesure du rôle éminent qui fut le sien dans la pré-Révolution provençale, puis durant les deux premières années de la Révolution Française. A ce jour, pourtant, aucun livre qui traite spécifiquement des rapports entre Mirabeau et Marseille... L'ouvrage de Claude Camous vient très heureusement combler cette lacune. Je le remercie de m'avoir permis d'être l'un des premiers à lire son manuscrit, à en apprécier le ton, l'écriture, les recherches historiques, les analyses sociales et politiques." (Extrait de la préface de Michel Pezet) Claude Camous a découvert Mirabeau il y a plus de 30 ans, et depuis, il est fasciné par ce personnage avec tous ses paradoxes. Dans ce livre, il s'efforce de nous faire partager sa passion pour "Monsieur l'Ouragan" qui était aussi - on l'oublie quelquefois - un humaniste et un pacifiste privilégiant le dialogue à la force, et un homme généreux et chaleureux avec lequel Marseille entretiendra toujours des relations de confiance, souvent fusionnelles. Son message politique et social reste toujours d'actualité et en ces temps de crise, il ne devrait pas manquer de nous interpeller.
  1. "La comtesse de Mirabeau d'après des Documents inédits" par Dauphin Meunier (Librairie académique, Paris 1908)
  2. "Pays d'Aigues" (P. 470)


Family Note

Marriage with Emilie de COVET de MARIGNANE:
mariage: Hôtel de Marignane, 12 rue Mazarine à Aix-en-Provence.
divorce: Aix-en-Provence (13100),Fr-130001,Bouches-du-Rhône,Provence-Alpes-Côte d'Azur,FRANCE, source : Other - B 5422 - Other

 Sources

  • Individual: CdBdM 2021
  • Family 1: CdBdM 2020
  • Spouse 2, Spouse 3: CdBdM / Mail : Marie-Pierre Jeancard Coast, ven. 20/12/2013 10:39
  • Family 2: CdBdM
  • Family 4: CdBdM - Mémoires biographiques, littéraires et politiques de Mirabeau, Volume 4, P.145

  Photos and archival records

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 Family Tree Preview

Jean-Antoine de RIQUETI de MIRABEAU 1666-1737 Françoise de CASTELLANE NORANTE 1685-1769 a picture
Charles de VASSAN 1682-1756
 Marie-Anne-Thérèse de FERRIÈRES de SAUVEBEUF ca 1680-1770
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Victor de RIQUETI de MIRABEAU 1715-1789
 Marie-Geneviève de VASSAN 1725-1794
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Honoré-Gabriel de RIQUETI de MIRABEAU 1749-1791