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Baudoin de BODINAT
(Baudoin Pierre Marie de BODINAT)
 Baudouin de Bodinat


  • Né le 1er juillet 1954 - Boulogne-Billancourt, 92100, Hauts-de-Seine, Île-de-France, France
  • Âge : 64 ans
  • Philosophe et auteur d'essais littéraires,
    Co-gérant de l'entreprise Sci de Gresigny (1978)
1 média disponible 1 média disponible

 Parents

 Union(s)

  • Marié le 12 octobre 2002, Beauvilliers, 89630, Yonne, Bourgogne-Franche-Comté, France, avec Odile MARTI 1963

 Frères et sœurs

 Notes

Notes individuelles

 1 - Extrait d'acte de naissance n°1373

Le premier juillet mille neuf cent cinquante quatre à vingt deux heures quarante cinq minutes est né à Boulogne-Billancourt Baudoin, Pierre, Marie de BODINAT du sexe masculin-----

1.1 - Mentions Marginales

Marié à Beauvilliers (Yonne) le 12 octobre 2002 avec Odile Marie MARTI.------
Mentionné le quatre novembre deux mil deux par l'officier de l'état civil.-----

  • Boulogne-Billancourt, Année 1954, Acte n°1373
Sommaire

 2 - Transparence, ombre et lumière

On ne sait rien, ou presque, de Baudouin de Bodinat. La chose est suffisamment rare pour être signalée en ces temps où tout un chacun laisse plus ou moins volontairement, souvent plus que moins d’ailleurs, des traces de son existence vacillante sur le Net et les réseaux sociaux, réalisant ainsi le rêve le plus fou de tout policier politique depuis la nuit des temps : une population qui se fiche elle-même.

Certains disent que Baudouin de Bodinat n’existe pas, qu’il s’agirait d’un collectif d’auteurs, un peu comme le Comité invisible à l’origine de L’Insurrection qui vient, cet opuscule encore dans toutes les mémoires qui provoqua vers 2008 un grand émoi dans la toute nouvelle DCRI qui vit là la preuve de l’existence d’un nouvel ennemi intérieur, comme on dit. D’autres prétendent que Baudouin de Bodinat est photographe ou encore reclus dans une forêt, à la manière d’un Thoreau refusant de participer à la vie des hommes et à la catastrophe en cours.

Baudouin de Bodinat s’était fait un peu connaître dans les milieux de la pensée radicale, postsituationniste, en publiant deux volumes en 1996 et 1999 intitulés La Vie sur Terre, réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes. Le volume de 1999 indiquait tome second sur la couverture. Ce qui en bon français, et Baudouin de Bodinat en écrit un magnifique, indiquait qu’il n’y en aurait pas de troisième. Et de fait, à part une réédition en 2008 en un seul volume augmenté de deux notes additionnelles et d’un essai paru il y a deux ans sur Eugène Atget, poète matérialiste, un photographe du Paris au tournant des deux siècles derniers, notre mystérieux auteur s’était tu. On ne s’étonnera pas du choix d’Atget pour Baudouin de Bodinat dont l’œuvre est tout entière une recension mélancolique, hautaine, désespérée des ravages de la modernité, particulièrement sensible dans les villes qui changent hélas, comme on le sait depuis Baudelaire, plus vite que le cœur d’un mortel.

La découverte de La Vie sur Terre avait été pour nous et quelques autres une révélation à la fois littéraire et intellectuelle. Il faut dire que nous portions le deuil de Guy Debord qui s’était suicidé en 1994, dans sa maison de Champot, au cœur d’une campagne perdue de la Haute-Loire. Nous étions veufs, ténébreux, inconsolés ; notre étoile subversive était morte et notre luth constellé portait le soleil noir d’une mélancolie historique que rien ne pouvait dissiper. Nous ne croyions plus vraiment à nos engagements de jeunesse, nous étions des trentenaires qui sortaient épuisés des années 1980 et pleuraient la fin des grands récits. Désormais, il nous fallait accepter, et si possible le sourire aux lèvres, les grandes mutations mortifères en cours sous nos yeux. Et Debord, le consolateur paradoxal, était parti… Il y avait, certes, Philippe Muray dont nous lisions dans la Revue des Deux Mondes ce feuilleton qui deviendrait Après l’Histoire et qui nous vengeait un peu en pratiquant le beau travail du négatif dans une société de l’approbation généralisée. Mais Baudouin de Bodinat avait l’avantage de venir de L’Encyclopédie des nuisances, cet ultime repaire d’une subversion non subventionnée, ce tapis-franc de mauvais garçons qui sortaient des livres aux couvertures jansénistes et à la typographie soignée tant il était important d’annoncer avec l’élégance des temps endormis le chaos des temps présents et à venir.

Dirigée par Jaime Semprun aujourd’hui disparu, L’Encyclopédie des nuisances, qui fut à l’origine une revue postsituationniste, publiait ainsi, dans une belle langue incorruptible, des libelles qui dénonçaient sous des angles inédits, les principaux aspects de l’entropie galopante de ces années-là. Elle s’appuyait, en plus, sur des références qui n’appartenaient plus exclusivement à un corpus marxiste, libertaire ou situationniste mais n’hésitait pas à convoquer Malebranche ou Joseph de Maistre aux côtés de Blanqui et Souvarine. Quelques grandes têtes molles auraient pu crier au confusionnisme idéologique alors qu’il s’agissait d’une simple question de méthode. Jaime Semprun lui-même en avait donné la clef dans ses Dialogues sur l’achèvement des temps modernes : « Avez-vous remarqué combien d’excellentes vérités sur la société moderne ont tout d’abord été dites par des réactionnaires ? Et c’est bien normal : comme ils n’avaient rien attendu de l’avenir, ils étaient plus libres de le voir venir lucidement, sans préjugés, et donc de le considérer une fois qu’il a été là. »

Et à l’époque, au mitan des années 1990 du siècle passé, les Encyclopédistes nuisibles, impitoyables chroniqueurs des ténèbres, nous parlaient d’aspects particuliers et saillants du désastre en cours. On pouvait lire par exemple Un relevé provisoire de nos griefs contre le despotisme de la vitesse, alors que le maillage des TGV commençait à recouvrir le territoire ; des Remarques sur la paralysie de décembre 1995 qui démontait la lecture bourdivine d’une grande grève antilibérale pour lui substituer celle d’une ultime ruse du système pour se protéger ; ou bien, alors que la majorité des citoyens informés pensaient encore qu’OGM était un club de foot, des Remarques sur l’agriculture génétiquement modifiée et la dégradation des espèces. C’est dans ce contexte qu’apparut La Vie sur Terre de Baudouin de Bodinat, qui opérait une sorte de synthèse de ce cauchemar pour nous démontrer, tout simplement, que nous vivions la fin du monde. Nul catastrophisme pourtant dans ce texte qui avait la même mélodie anaphorique que L’Ecclésiaste, « Voici ce que j’ai pensé », et qui peignait notre paysage quotidien avec une manière d’objectivité poétique. Un peu comme celle d’Edgar Poe dans La Lettre volée qui nous apprend à regarder ce qui est sous nos yeux mais que plus personne ne pense à voir, comme ce « monde où il faut construire des toilettes publiques sur les pentes de l’Everest à cause de l’affluence des promeneurs. » L’érudition de Baudouin de Bodinat, jamais pesante, mêlait les poètes du Grand Jeu et les auteurs de science-fiction comme le John Brunner de Tous à Zanzibar, la Bible et Feuerbach, Rimbaud et Marx, Bossuet et Sade, Dada et Épicure. Il ne s’agissait pas pour Bodinat de manifester on ne savait quelle supériorité ou argument d’autorité, c’était juste que, comme le remarquait déjà Debord dans son Panégyrique, « les citations sont utiles dans les périodes d’ignorance ou de croyances obscurantistes ».

C’est donc avec un grand bonheur qu’on retrouve aujourd’hui Baudouin de Bodinat dans Au fond de la couche gazeuse, 2011-2015 aux éditions Fario. En exergue, une citation d’Immanuel Velikovsky, extraite de Mondes en collision, explique le titre et nous renvoie de manière très pascalienne à notre misère coincée entre deux infinis : « Dans un immense univers, un petit globe, la Terre, tourne autour d’une étoile. […] Il est constitué par un noyau solide, tandis que la majeure partie de sa surface est recouverte de liquide, et il possède une enveloppe gazeuse. Des créatures vivantes peuplent le liquide. D’autres volent dans le gaz, et d’autres encore rampent ou marchent sur le sol, au fond de la couche gazeuse. » Il ne s’agira pas d’une chronique événementielle des cinq dernières années de l’humanité qui servirait à confirmer les intuitions de l’auteur de La Vie sur Terre. Baudouin de Bodinat précise juste, car les choses se sont manifestement aggravées, une vision de l’humanité sur le point de disparaître ou tout au moins de muter de manière définitive puisque le monde d’avant ne subsiste plus qu’à l’état de trace.

Le phénomène nouveau, accentué jusqu’à la schizophrénie, est avant tout la confusion définitive entre le réel et le virtuel. Elle est devenue une nécessité pour supporter cette phase terminale en même temps qu’elle l’accélère, comme avec les jeux vidéo : « Je me suis souvenu qu’à la fin du xxe siècle, on estimait qu’un Américain moyen de 18 ans avait pu visionner à domicile environ 22 000 meurtres explicites (durant lesquels 150 000 spots publicitaires criards lui auraient traversé le cortex) ; mais aujourd’hui que nous avons quitté cette époque de passivité consommatrice pour celle de l’autonomie participative, c’est tout différemment qu’ici au même âge, il aura pu former sa personnalité individuelle en perpétrant ces 22 000 meurtres ou davantage aux manettes de ses jeux hyperréalistes à l’écran. »

Que les choses soient claires : Baudouin de Bodinat est un réactionnaire magnifique et assumé. Il est persuadé et nous persuade que c’était mieux avant, et il en avance les preuves écologiques, démographiques, sanitaires. Ajoutez à cela le choix d’une langue classique, mais qui s’adapte ironiquement aux innovations technologiques, comme dans cette obstination à appeler un « smartphone » un « optiphone ». Une manière de refuser tout compromis avec ce suicide à grande échelle à coup de voies rapides, d’anxiolytiques, de centrales nucléaires, d’hypermarchés, de villes inhabitées ou inhabitables, de réseaux sociaux qui se substituent à la vie réellement vécue d’autrefois. Des pages superbes se succèdent ainsi, souvent sur le ton de la déploration élégiaque – il faut lire celles consacrées à la différence entre le regret, la mélancolie et la nostalgie –, parfois sur celui de l’humour glacé. Tout cela est autant d’un poète que d’un moraliste. Et cette équation rare dit assez où nous sommes rendus, sans qu’il apparaisse l’ombre d’une solution sans doute parce qu’il n’y en a pas, qu’il n’y en a plus ou qu’il n’y en a jamais eu : « Qui, s’il en avait le choix, ne frissonnerait à l’idée de revenir sur Terre dans un millier d’années ? se demandait Maeterlinck vieux. Qui, si on le lui proposait, souhaiterait son transfert immédiat à vingt ans d’ici dans l’avenir ? Et qui, si c’était possible, ne souscrirait aussitôt à prendre ses vacances dans le monde d’il y a quarante ou cinquante ans ? »

  • Au fond de la couche gazeuse, de Baudouin de Bodinat, éd. Fario, 2016.
  • Pour mémoire, du même auteur : La Vie sur Terre, éd. de l’Encyclopédie des nuisances, 2008. (Paru dans Causeur Magazine, Mars 2016)

 3 - Biographie


Baudoin Pierre Marie de Bodinat dit Baudouin de Bodinat, né le 1er juillet 1954 à Boulogne-Billancourt, est un philosophe et essayiste contemporain français, qui, selon Maxime Catellier, « cultive l'anonymat comme d'autres le plagiat ».

Bodinat est notamment l'auteur de La Vie sur Terre, un essai de critique sociale anti-industrielle paru initialement en deux tomes en 1996 et 1999 aux Éditions de l'Encyclopédie des Nuisances. Les Inrockuptibles y voient « un inventaire de la barbarie de cette société industrielle totalitaire dans laquelle nous vivons » tandis que, pour Le Nouvel Observateur, « Bodinat est un moraliste de notre temps. »

La Vie sur terre présente une vision pessimiste du monde actuel, très critique sur le progrès technique, le génie génétique et la pollution, considérés comme ennemis conjoints de l'intelligence, de la culture et de l'humanité dans ce qu'elle a de plus noble : la liberté, et de plus précieux : le temps. L'essai n'est pas politique au sens où il ne propose pas de remède aux maux du « temps où nous sommes ». Bodinat considère, en effet, qu'il n'est plus temps de sauver quoi que ce soit, que nous ne sommes pas dans une période précédant une catastrophe, mais déjà dans le cataclysme lui-même.

Sébastien Lapaque en loue le style « libre et drapé » et « l'usage voluptueux de l'imparfait », y voyant une « respiration biblique ». Frédéric Schiffter en déplore les « molles et graves considérations » et la « monotonie du style inspiré des scansions de l’Ecclésiaste ». Selon Michel Crépu, Bodinat « est l'ultime figure de l'anachorète dont la noirceur parfaite est encore crédible, jetant des apophtegmes ciselés du haut de sa colonne comme des épluchures » ; il rapproche sa prose « élégante et sardonique » du Précis de décomposition d'Emil Cioran et des Soirées de Saint-Petersbourg de Joseph de Maistre. Jérôme Leroy, tout en affirmant que Bodinat « s’était fait un peu connaître dans les milieux de la pensée radicale, postsituationniste », le qualifie de « réactionnaire magnifique et assumé ».

Bodinat a contribué aux revues Interférences, Conférence et Fario, avec deux notes ensuite reprises dans la réédition de 2008 de La Vie sur Terre. Il signe également un essai sur la photographie, « Le mystère de la chambre noire », paru dans Les Cahiers de l'ADRI en 1981 et un texte biographique sur Eugène Atget, ce pourquoi on le croit parfois photographe.

Il n'existe pas de sources biographiques sur cet auteur. Michel Crépu avance qu'il « vivrait caché dans un gros bourg », mais Jérôme Leroy rappelle que « certains disent que Baudouin de Bodinat n’existe pas, qu’il s’agirait d’un collectif d’auteurs ».

Naissance

22h45

 Sources

  • Personne, famille: CdBdM
  • Naissance: Boulogne-Billancourt, Année 1954, Acte n°1373, 22h45

  Photos & documents

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 Aperçu de l'arbre

Marie-Charles-Henri-"Gaston" de BODINAT 1894-1961   Marie "Jacqueline" RUYNEAU de SAINT-GEORGES 1900-1977   Pierre PERRIN de BRICHAMBAUT 1889-1967   Yvonne HERSENT 1895-1975
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Jean de BODINAT 1922-2007   Monique PERRIN de BRICHAMBAUT 1926-2015
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portrait
Baudoin de BODINAT 1954



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